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L’OMVS au cœur des écoles reculées du Brakna et du Trarza

De Ribaat et de Bareïna, dans les profondeurs dunaires du Trarza, jusqu’à Keur Macène, en passant par Boghé et R’Kiz, sur les bordures du Fleuve Sénégal, les écoliers du fondamental et du secondaire, rassurent. La qualité de l’enseignement public survit dans ces contrées recluses de la Mauritanie, là où elle s’est profondément dégradée dans les grandes villes. L’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS), enseignée en cours d’histoire et de géographie dans le programme scolaire national, garde ainsi intacte toute sa place dans les connaissances générales des élèves. C’est ce que le Réseau des Journalistes pour les Activités de l’OMVS (REJAO), en partenariat avec l’OMVS, a constaté lors de sa deuxième caravane de sensibilisation, organisée du 15 au 18 mai 2019 dans certains établissements scolaires du Brakna et du Trarza.

Lycée «Bab El Veth » de Ribaat, chez les Ennahwi

Le ciel est profondément clément ce 15 mai 2019, dixième jour du mois de Ramadan. Vers quatorze heures, là où les températures affichent d’habitude 44°, la fraîcheur qui plane sur Ribaat, localité enclavée située à quelques trente kilomètres de la Route de l’Espoir, est d’une mansuétude quasi miraculeuse pour les jeûneurs.

Les élèves du Lycée «Bab El Veth de Ribaat» attendent depuis le matin l’arrivée de la Caravane du REJAO composée de quatre journalistes, un caméraman et la Chargée de Communication de la cellule OMVS à Nouakchott, Mme Awa Sidibé. En cette fin d’année scolaire, des tables-bancs usées et en vrac sont jetées dans la cour. Un soudeur est entrain de tout retaper, pour resservir pour la prochaine rentrée, sous le regard de la direction de l’école au grand complet et des enseignants. Il a fallu plus de quinze mètres de fils électriques pour relier l’unique prise électrique placée dans le bureau du directeur et la salle de classe où un film sur l’historique de l’OMVS doit être projeté.

La salle de classe est archi comble et les élèves, malgré la longue attente, enthousiasmés.  Après les élèves du lycée, les élèves du fondamental leur ont succédé dans la salle pour se soumettre aux mêmes exercices.

Après avoir religieusement visionnés le film conçu sous forme de dessin animé retraçant l’historique, les réalisations et les retombées socioéconomiques de l’OMVS et de ses trois barrages, Felou et Manantali au Mali, Diama entre le Sénégal et la Mauritanie, les élèves de la 6ème année du Lycée de Ribaat, puis après eux les élèves de l’école fondamentale, se sont prêtés aux questions-réponses de leur professeur, Saidou Ould Hacen, professeur Histoire-Géographie, puis du maitre Mamadou Oumar Sy.

Des réponses données qui ont satisfait l’encadrement des deux établissements et agréablement surpris les caravaniers venus de Nouakchott, étonnés de constater que l’école publique garde encore ses qualités. «Pas étonnant, c’est le fief des Ehel Ennahwi, une famille religieuse très nantie qui a mis le plein pour offrir un enseignement d’un tel niveau aux élèves de la localité» susurre un membre de la délégation.

Quelques noms d’élèves sont particulièrement sortis du lot, Oumoukelthoum Mint Hafedh (6ème D), Mohamed Horma Ould Sidi Mohamed (4ème A) et Abderrahmane Ould Saleck (1ère A).

A la fin de la cérémonie, des cahiers souvenirs comportant au verso un bref historique de l’OMVS ont été distribués aux élèves ainsi que des stylos billes.

Le directeur du lycée a dit toute sa satisfaction pour la visite. «Grâce à votre caravane, les élèves ont amélioré leurs connaissances sur l’OMVS et ses réalisations » a-t-il déclaré.

Ecole fondamental «Attigh» de Bareïna

Perdue dans un décor désertique où les dunes de sable sont les seuls repères, surgit Bareïna, localité totalement enclavée du Trarza, située à quelques encablures de Ribaat. Ici, c’est le fief des Ehel Cheikhany, illustre famille religieuse. Des maisons en dur, de coquettes villas, des rues sinueuses et ensablées, l’électricité dans toute la cité, et des minarets déchirant l’espace de leurs hauteurs majestueuses. L’école primaire «Attigh» de Bareïna, la première construite dans la localité est une vielle bâtisse.

La maîtresse, Khadijetou Mint Mohamed Saïd Tolba, n’a pu retenir, en cette fin d’année scolaire qu’une vingtaine d’élèves. Aux questions sur l’OMVS, ils ont répondu avec brio et qualité, un niveau qui n’a rien à envier à celui de leurs camarades de Ribaat.

Comme récompense, ils ont reçu des tee-shirts à l’effigie de l’OMVS et du REJAO.

Mohamed Ould Mohameden, Secrétaire général de la commune de Bareïna et Directeur de l’école «Varough» trouve que cette caravane du REJAO est d’une importance capitale.

«Cette caravane a permis aux élèves d’en connaître davantage sur l’OMVS et ses réalisations, surtout dans le domaine hydraulique, agricole et électrique» a-t-il souligné.

Ecole 1 de R’Kiz

C’est aux environs de 16 heures, ce 15 mai 2019, que les élèves de l’école fondamentale 1 de R’Kiz ont accueilli les membres de la Caravane du REJAO. L’établissement ne disposant pas d’électricité, il a fallu utiliser le groupe électrogène amené par la délégation pour palier l’absence d’électricité dans la plupart des établissements scolaires du pays.

Ici aussi, les élèves ont suivi le film sur l’OMVS puis ont répondu aux questions posées par le directeur de l’établissement, Ahmedou Ould Sidi Mokhtar, en présence de l’inspecteur de l’Enseignement Fondamental, qui a été d’un grand apport pour la réussite de la Caravane.

«Cette visite a été très bénéfique pour les élèves, surtout le film sur l’OMVS. Elle leur a permis de se remémorer de leurs cours sur cette organisation, cours dispensé en histoire-géographie » a souligné le directeur.

A la fin de la rencontre avec les élèves qui ont montré beaucoup d’entrain pour répondre aux questions, des cahiers et stylos à l’effigie de l’OMVS leur ont été distribués.

Lycée de Sarandougou

Située à 15 kilomètres de Boghé et à 2 kilomètres environ du fleuve Sénégal, le lycée de Sarandougou a fait le plein. Sur la route sinueuse parsemée d’arbres, aux alentours de l’antique établissement, des nuées de lycéens courent derrière la Caravane.

A l’intérieur, le lycée est noir de monde. Ici, pas d’électricité. Le groupe électrogène est salutaire. Pour ne pas frustrer ce nombre impressionnant d’élèves qui fait le pied de grue depuis le début de la matinée et qui se bouscule, un cours magistral est dispensé sur l’OMVS et ses réalisations.

Puis, direction la salle des 6ème et des 4ème année. Projection de film, questions-réponses sur l’organisation.

Une nouvelle occasion pour tester l’excellent  niveau des élèves et la maîtrise, pour certains du français, bien que le programme scolaire en histo-géo sur l’OMVS n’est dispensé qu’en arabe.

Le directeur de l’établissement, El Hadj Moussa Kelly s’est dit heureux de la visite de la délégation. «Je considère que c’est une bonne fin d’année scolaire que ce cours sur l’OMVS qui a permis aux élèves de se rappeler leurs cours d’histoire-géographie» a-t-il souligné.

Habsa Abou Sow, 19 ans, est élève en 6ème année. Pour elle, l’année prochaine, c’est le baccalauréat. Elle voulait s’engager pour l’armée, mais comme les corps sont fermés aux filles, elle veut faire la santé. Chaque jour, Habsa tape 4 kilomètres Aller/Retour pour relier son village, Hamdallaye et le lycée de Sarandougou. «Ce cours sur l’OMVS est très intéressant, car nous avons appris beaucoup sur l’organisation, des aspects qui ne nous ont pas été dispensés en cours» a-t-elle déclaré.

Lycée-Collège de Touldé

Il faut longer la ville de Boghé vers le Sud, pour tomber dans un quartier déshérité et pauvre, Touldé et son lycée perdu dans un océan d’arbres. Un no man’s land entourant un énorme établissement à l’architecture moderne et neuve. Ici deux classes de 4ème année sont retenues.

Des classes archi pleines, où les élèves ont dû se mettre à quatre par table pour être contenus. Ici, pas de projection mais des questions-test sur l’OMVS auxquelles les élèves ont répondu avec justesse.

Le tout, sous le regard attendri de la directrice, Mariata Abdalaye Dia, et ses professeurs. Cahiers et stylo billes étant épuisés, les élèves ont eu droit à des tee-shirts et des casquettes à l’effigie de l’OMVS et du REJAO.

«Nous sommes contents de la visite de la Caravane, mais notre lycée, malgré qu’il soit un beau site manque d’eau et d’électricité, ce qui nous bloque pour la réalisation de nos activités» a déclaré la directrice.

A la fin de la rencontre, les élèves se sont éparpillés par groupes, marchand le long des arbres, pour rejoindre leur domicile. Ici, par de Prado luxueux ni de V 8 rutilantes pour les déposer aux portes de l’établissement. L’effort physique pour rejoindre l’établissement marque cependant leur ardent désir d’apprendre, et explique peut-être la qualité de l’enseignement dans ce coin perdu de la Mauritanie.

Ecole fondamentale 1 de Keur Macène

De Boghé à Keur Macène, c’est environ 300 kilomètres de route, en partie cabossée et la foisonnante ville de Rosso à traverser. Les 35 kilomètres qui séparent Bombri et Keur Macène, construits il y a à peine sept ans, ne sont plus que ruines. De véritables pièges où la dextérité des conducteurs est mise à rude épreuve. Le soleil est presque à l’horizon, lorsque la Caravane s’arrête devant un établissement vieillot, tombant presque en lambeaux noircis par le temps.

Dire qu’il a été construit depuis une trentaine d’années à peine. La cour où s’entassent quelques écoliers mal habillés et fluets se confond avec l’état de délabrement ambiant.

Pourtant, la soif de savoir et d’apprendre se lit sur ces dizaines de visages tannés. Sur l’OMVS, les petits élèves de Keur Macène en connaissent un bon bout, grâce aux cours déjà reçus sur l’organisation dont l’un des barrages, Diama, se situe à quelques encablures de la ville.

Tee-shirts et casquettes les chaussant de pied en cape, les élèves ont gratifié la délégation de l’un des plus beaux souvenirs de la tournée, le sourire lumineux de l’innocence épanouie. L’espoir est dorénavant permis. L’école publique vit encore ses heures de gloire dans ces contrées perdues et oubliées de la Mauritanie.

«Nous sommes contents de la visite et les élèves l’ont particulièrement appréciée» a témoigné Brahim Ould Rabani, le directeur de l’établissement. Il a trouvé néanmoins l’occasion de décliner certaines doléances, comme la reconstruction entière de l’école, la fourniture en tables-bancs et en ouvrages scolaires.

Cheikh Aïdara

 

 

 

 

 

 


L’assèchement de la mare de Kankossa menace la vie des populations

L’assèchement de la mare de Kankossa menace les moyens d’existence des populations de cette ville, chef-lieu de la Moughataa relevant de la région de l’Assaba. L’alerte est donnée par l’Association pour le Développement Intégré du Guidimagha (ADIG) qui travaille sur la région du Guidimagha et de l’Assaba.

Le tarissement des ressources en eau de cette mare interpelle en effet les pouvoirs publics et les partenaires au développement  sur le sort préoccupant des populations locales dont la mare constitue l’unique source en eau et en ressources économiques. Hormis l’usage domestique, la mare regorge de poissons, développant ainsi une activité de pêche qui fait travailler des dizaines de personnes et alimente le marché en produits riches en protéine.

La mare abreuve également les animaux, mais aussi participe au développement du maraîchage et de l’agriculture locale. Plusieurs milliers de personnes vivent des ressources qu’elle fournit et de l’écosystème engendré par sa présence pluriséculaire. Les habitants de Kankossa souffrent énormément de son assèchement et de la détérioration des capacités de production agricole. Toutes les activités socio-économiques s’en trouvent affectées et la surexploitation des ressources en eau et en terre entraînera sans nul doute conflits et migrations.

Le PNUD par le biais du SGP avait anticipé et  travaillé sur le long du bassin Msilé qui alimente la mare  afin d’organiser les  communautés du bassin dans une action coordonnée au niveau local (5 communes) pour protéger et préserver l’écosystème du bassin, qui représente un patrimoine commun, en tant que ressources environnementales pour le bien de générations présentes et futures. La situation s’est cependant détériorée au fil des ans, du fait des changements climatiques et de la pression démographique au cours des dernières décennies

Le contexte climatique défavorable, la forte pression démographique et la pauvreté accentuée, mais aussi l’inadéquation des politiques publiques ainsi que la faiblesse des institutions sont les principales causes de l’insécurité alimentaire dans cette zone.

La Moughataa de Kankossa enregistre le taux de malnutrition le plus élevé du pays, 6,2% de malnutrition aigüe sévère (MAS) et 20,5% de malnutrition aigüe grave (MAG). La détérioration graduelle et accélérée de la situation de la mare aura des effets néfastes sur les populations et en particuliers les femmes et les enfants qui sont déjà fragilisés par une situation d’insécurité alimentaire et nutritionnelle dépassant de loin le seuil d’alerte.

L’association des pécheurs de Kankossa vient de lancer un appel que vous pouvez visualiser sur le lien suivant :

https://kiffainfo.net/article24797.html

Les populations lancent ainsi un appel de détresse pour attirer l’attention des pouvoir publics et des partenaires sur la situation catastrophique de la mare. Une mobilisation rapide est requise, sur la base d’une analyse urgente de la situation afin d’assurer la survie de la population de Kankossa, avant que son état ne s’aggrave face à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle grave

Le SG de l’Association des Pêcheurs lance un appel de détresse

Dans la vidéo dont le lien est au dessus, le Secrétaire général de l’Association des pêcheurs de Kankossa, Mohamed Lemine Ould Abdallahi Ould Kaber, a déclaré que son association a alerté depuis des années les autorités administratives sur la situation de la mare qui s’asséchait année après année, sans qu’aucune oreille attentive n’ait voulu les écouter.

Mohamed Lemine Ould Kaber qui avait accordé une interview au site «Kankossa Yowm», affirme que son organisation a alerté les autorités administratives et les responsables de la commune. Ils ont même alerté tous les responsables gouvernementaux qui ont eu à effectuer des passages dans la ville, le Wali de l’Assaba et même le président de la République. L’association des pêcheurs de Kankossa accuse ainsi les autorités de faire la sourde oreille face à la menace dangereuse qui s’annonçait. Aujourd’hui, la mare de Kankossa, dit-il, s’est asséchée, créant la panique au sein de la population dont la survie est intimement liée à elle, en particulier les populations pauvres, les pêcheurs qui ont perdu leur unique source de revenus, sans compter les élèves et les commerçants.

Désignant une bande de poissons en décomposition, Mohamed Lemine Kaber n’a pas pu cacher sa douleur et a réclamé une intervention rapide des autorités.

Cheikh Aïdara 


Le Forum National de la Jeunesse réunit 150 jeunes autour du Dividende Démographique

Cent-cinquante jeunes venus des différentes Wilayas du pays ont pris part du 2 au 3 mai 2019 à Nouakchott au Forum National de la Jeunesse ouvert sous le thème «Tous engagés pour le dividende démographique et le développement durable». Cette manifestation qui fête ses dix années est organisée chaque année par le Ministère de la Jeunesse et des Sports avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA).

«Je suis venu assister à ce Forum pour interpeller les autorités, l’UNFPA et les jeunes, sur le drame des femmes rurales en couche qui meurent en cours de route au moment de leur transport vers des structures de santé éloignées de plusieurs kilomètres de leur localité. Je suis venu plaider pour que les services de santé soient rapprochés des populations ».  C’est le témoignage recueilli auprès du jeune MBareck Vall, du Hodh Charghi. Un témoignage similaire a été formulé à différents niveaux par une centaine de jeunes dont la plupart vient des régions de l’intérieur du pays. Certains ont décrié les problèmes de l’éducation scolaire, d’autres le problème du chômage, pendant que les jeunes filles, dont la plupart originaires de la Vallée, ont fustigé la poursuite des mutilations génitales féminines (MGF), la violence conjugale, ou encore la précarité qui pousse beaucoup de familles à retirer leurs filles de l’école pour les travaux domestiques ou pour les marier à bas âge.

Les jeunes comme fer de lance du dividende démographique

Tous ces drames soulevés par les jeunes constituent les principaux thématiques du dividende démographique et pour lesquels le Ministère de la Jeunesse et des Sports, avec l’appui de l’UNFPA, s’est mobilisé pour un débat participatif et des solutions provenant des jeunes leaders dont le choix a été fait selon leur engagement dans les différents problématiques soulevés.

C’est ainsi que les jeunes ont suivi pendant la première journée différentes communications sur la Stratégie nationale de la jeunesse, sur Jeunesse et Citoyenneté, sur la santé de la reproduction, sur la Conférence internationale du Caire (CIPD), sur le concept du dividende démographique et la Feuille de route de l’Union Africaine. Le deuxième jour, ils se sont scindés en quatre groupes, Santé maternelle, Planification familiale, Genre et Violences basées sur le genre (VBG), Jeunesse, civisme et développement durable. A l’issue de ces ateliers, les jeunes ont formulé des recommandations qui devront enrichir les différentes stratégies gouvernementales pour que les préoccupations de la jeunesse mauritanienne soient prises en compte. Un Comité de suivi du Plan d’action des jeunes a été mis en place à l’issue des travaux qui ont été ouverts par la Ministre de la Jeunesse et des Sports, Mme Djindah Mohamed El Moustapha Bal, en présence de son homologue des Affaires Sociales et du Représentant résident de l’UNFPA en Mauritanie,  SEM.Saidou Kaboré.

Gouvernement et UNFPA pour le même combat

Dans l’allocution qu’elle a prononcée à l’occasion,  Mme Djindah Bal a mis en exergue l’attention accordée par les pouvoirs publics au développement, à l’épanouissement  et à la contribution des jeunes dans la croissance économique. Elle a précisé que les experts sont unanimes que des investissements importants et cohérents doivent être faits dans les secteurs stratégiques, comme l’éducation, la santé et l’emploi.

A son tour, le Représentant résident de l’UNFPA a insisté sur l’importance à accorder aux jeunes, eu égard à leur poids démographique, soulignant que «de nos jours, 1,9 milliards de la population mondiale sont des jeunes, dont la majorité vivent dans les pays en développement et la plupart, 64%, en Afrique». Il  a salué au passage les efforts fournis par la Mauritanie pour relever le défi posé par sa jeunesse, à travers «la ratification de la Charte africaine de la Jeunesse, l’octroi de 1% des recettes douanières au secteur de la jeunesse et des sports, la création du Haut Conseil de la Jeunesse, l’adoption d’une loi sur la santé de la reproduction, la promulgation d’une fatwa contre la pratique des mutilations génitales féminines».

Le projet SWEED a également participé à l’organisation et à l’animation des débats. Le maire de la commune de Tevragh-Zeine, M.Taleb Ould Mahjoub a prononcé un discours de bienvenue à l’ouverture du forum.

Témoignages

En marge de la manifestation, beaucoup de jeunes se sont exprimés pour saluer l’organisation du forum qui permet aux jeunes mauritaniens de divers horizons de se rencontrer, d’échanger et d’interpeller les décideurs.

Pour Marième, association de jeunes de Riadh (Nouakchott): «la femme en tant que pilier de la société doit participer activement dans la sensibilisation et s’engager activement pour les changements des mentalités, surtout que son rôle a toujours été dévalué, parce qu’elle est souvent considérée comme un fardeau pour la société».

Ali Kébé, Association des Jeunes au service de Rosso : «je pense que le dividende démographique est un  concept que la plupart des jeunes présents à ce Forum ignoraient jusque-là, d’où l’importance du thème retenu au cours de cette rencontre et qui a permis  à ces jeunes d’appréhender encore plus le rôle qui leur est dévolu pour améliorer la santé reproductive, l’éducation des filles, lutter contre les VBG, mais surtout contre les pratiques néfastes comme les MGF et le mariage précoce des filles».

Bâ Bocar, président Afriyan Mauritanie : «Afriyan Mauritanie, qui fait parti d’un réseau régional de jeunes africains engagés sur la thématique du dividende démographique, s’est repositionné. Il va identifier au cours de ce forum les jeunes leaders issus des différentes régions du pays pour en faire des points focaux du dividende démographique dans leur région».

Questionnements
Au milieu de l’euphorie des nouveaux participants qui inaugurent leur premier Forum National de la Jeunesse, des vétérans qui sont là depuis 2009, date de la première édition, restent sceptiques par rapport aux résultats attendus. Ces questions qu’ils posent s’adressent aussi bien au Ministère de la jeunesse et des Sports qu’aux partenaires, tels que l’UNFPA :

– Quel bilan le Ministère de la jeunesse peut aujourd’hui nous présenter après dix années de rencontres du genre, surtout que nous touchons vers la fin de la Stratégie nationale de la Jeunesse 2015-2020 alors que les résultats en termes de promotion, de l’entreprenariat, de la formation et de l’insertion professionnelle des jeunes, autant de recommandations issues des différents forums nationaux de la jeunesse, n’ont pas été satisfaits ?

– Quelle approche va-t-on développer face à la création des nouveaux Conseils régionaux et la décentralisation qu’ils incarnent, sachant que le développement local, à partir des spécificités et des richesses au niveau local, peut constituer un bon levier pour les jeunes ?

– Que vaut aujourd’hui le Haut Conseil de la Jeunesse, que valent toutes ces nominations de jeunes à des postes nominatifs dans le gouvernement ou dans les hautes sphères de l’Etat s’il n’y a pas de retombées directes sur la condition des jeunes ?

– Ne faut-il pas fusionner le Haut Conseil de la Jeunesse et le Réseau National des Jeunes et organiser des élections à la base, au lieu de cette cooptation qui ne diffère en définitive en rien aux nominations gouvernementales ?

Cheikh Aïdara

REPORTAGES PHOTOS

Toutes les photos sont Crédit Aidara


Par delà la lutte contre le travail des enfants en Mauritanie, le souci de les protéger des travaux dangereux

Un atelier de deux jours sur le travail dangereux des enfants a eu lieu du 2 au 3 mai 2019 à Nouakchott, sous l’égide du Ministère de la Fonction Publique, en collaboration avec le projet «MAP 16» piloté par le BIT. Une rencontre qui a permis de revenir sur le bilan de plusieurs décennies de stratégies nationales pour l’enfance, à quelques encablures de 2025, date à laquelle la Mauritanie s’est engagée, à l’instar de beaucoup de pays, à mettre définitivement fin au travail des enfants.

Le débat sur le travail des enfants (Crédit Aidara)

Cette rencontre de deux jours a été solennellement ouverte par le Secrétaire Général du Ministère de la Fonction Publique, du Travail, de l’Emploi et de la Modernisation de l’Administration, Ahmed Ould Mohamed Mahmoud Ould Deh. Selon lui, «cet atelier s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du Plan d’action du département pour l’année 2019, d’une part, et d’autre part, la volonté de notre pays d’honorer ses engagements suite à la ratification en 2001 de la Convention internationale 182 de lutte contre toutes les formes de travail présentant des risques pour les enfants».

Marc Ninerola, Coordinateur du Programme «MAP 16», destiné à lutter contre le travail des enfants et le travail forcé, Coordinateur du Projet «Bridge» en Mauritanie, a de son côté exprimé «l’importance que présente l’organisation de cette rencontre qui va contribuer sans doute à la sensibilisation et à la prise de conscience des dangers auxquels les enfants font face».

Crédit Aidara

Les participants, cadres de départements ministériels, membres d’organisations de la société civile, partenaires au développement, ont pendant ces deux jours débattu de la problématique de l’enfance, de son rapport au travail et surtout au travail dangereux. Le débat a été modéré par Hamoud Ould T’Feïl, Conseiller du Ministre de la Fonction Publique et Point focal de l’Alliance 8.7, Pacte mondial pour l’atteinte de l’objectif 8 cible 7 des Objectifs de Développement durable (ODD), pour  l’éradication définitive du travail des enfants, du travail forcé, de la traite des êtres humains et de l’esclavage moderne.

Les intervenants considèrent que la protection des enfants en Mauritanie est une problématique qui se pose avec acuité. Ils estiment que les résultats de décennies de politiques pour l’enfance et de budgets engloutis ont abouti au contraire des objectifs visés. Au lieu de baisser, le nombre d’enfants qui travaille en Mauritanie a quasi doublé, passant de 17% en 2000 à 36% en 2017 pour les moins de 14 ans. Pire, 37% des enfants mauritaniens âgés de 13 à 18 ans ont affirmé avoir travaillé et 80% avoir subi des violences (Enquête Mics 2015 de l’ONS).

Crédit Aidara

Ces chiffres, selon eux, sont d’autant plus alarmants que la Mauritanie n’a plus que quelques petites années pour honorer ses engagements d’éradiquer définitivement le travail des enfants d’ici 2025. Quelqu’un a même ironisé, «cela risque d’être comme la Santé pour Tous en 2000, dont le creux slogan fait sourire aujourd’hui».

D’autres gardent cependant de l’espoir avec l’engagement de la société civile,  la création des Tables régionales de protection de l’enfance dans dix Wilaya du Pays et dans 37 communes, mais aussi la création en 2017-2018, des Comités régionaux de lutte contre le travail des enfants dans cinq régions du pays, bien que ces comités, soulignent-ils, ne disposent pas encore de cadre légal pour leurs actions ni de moyens pour mettre en œuvre leurs plans d’action.

D’autres intervenants ont soulevé l’absence de données et d’indicateurs sur le travail des enfants en Mauritanie, mais aussi l’absence d’un lifting des travaux jugés dangereux pour cette frange. Ils soulignent que la précarité des familles, la pauvreté des ménages, la tradition et les coutumes ne doivent pas servir d’alibi pour soustraire l’enfant de son milieu naturel, l’école, pour le mettre au travail.

Pour Marc Ninerola, «nous sommes dans une logique intégrale. Sans une reconsidération des salaires des travailleurs, il est difficile d’avancer sur les normes contre le travail des enfants». Il a donné l’exemple de la chaîne de valeur du Cacao en Côte d’ivoire, qui prouve que quand le revenu du père de famille augmente, il est plus enclin à se libérer de son enfant pour qu’il aille à l’école, le travail de l’enfant étant considéré comme une contribution essentielle à la survie de la famille. En Mauritanie, cette expérience peut être menée dans la chaine de valeur du lait, a-t-il proposé.

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A rappeler que les travaux dangereux dont il est question dans la Convention 182 ratifiée par la Mauritanie en 2001 sont cités dans l’article 3 et sont désignés comme les pires formes de travail des enfants. Ce sont  toutes les formes d’esclavage ou pratiques analogues, telles que la vente et la traite des enfants, la servitude pour dettes et le servage ainsi que le travail forcé ou obligatoire, y compris le recrutement forcé ou obligatoire des enfants en vue de leur utilisation dans des conflits armés.

C’est l’utilisation, le recrutement ou l’offre d’un enfant à des fins de prostitution, de production de matériel pornographique ou de spectacles pornographiques. L’utilisation, le recrutement ou l’offre d’un enfant aux fins d’activités illicites, notamment pour la production et le trafic de stupéfiants, tels que les définissent les conventions internationales pertinentes. Ce sont enfin, les travaux qui, par leur nature ou les conditions dans lesquelles ils s’exercent, sont susceptibles de nuire à la santé, à la sécurité ou à la moralité de l’enfant.

Cheikh Aïdara