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Pêche artisanale, la résistance des Taghredient

La pêche a toujours été une activité lucrative et de survie. Mais, de nos jours, les nouvelles technologies influent fortement sur les jeunes des milieux traditionnels. Et la sagesse des anciens maintient les filets!  

La pêche artisanale des Taghredient, une tradition qui s’émousse ?

Appelés « le bras noir du guerrier de Trarza » les Taghredient seraient arrivés il y a plusieurs siècles en Mauritanie. Guerriers-pêcheurs, ou pêcheurs-guerriers, quand ils découvrent la rive droite du fleuve Sénégal, régulièrement inondée par les eaux de l’océan, ils décident de s’y installer. Devenus d’excellents pêcheurs, ils transmettent depuis lors, de génération en génération, une tradition plusieurs fois menacée. Si l’installation du barrage de Diama qui a asséché les plaines a mis provisoirement leur tradition en péril, il existe aujourd’hui un risque tout aussi réel : le désamour des jeunes pour une pêche saisonnière et exigeante.

Cette pêche artisanale, pratiquée dans les zones inondées du Parc National de Diawling (PND), soit au filet soit à l’hameçon, à pied ou dans des embarcations légères, assure aujourd’hui aux pêcheurs un revenu mensuel de 40 000 MRU mais uniquement pendant 5 mois. En effet, la pêche pratiquée dans l’enceinte du PND répond à des règles strictes de préservation de l’environnement naturel. Les périodes, les zones, les techniques, les mailles des filets, tout est réglé pour maintenir l’harmonie entre la faune, la flore et les populations.
Si les vieux pêcheurs sont respectueux des règles qui entourent cette activité très lucrative, il n‘en est pas de même pour les jeunes formatés par les réseaux sociaux. Ces derniers aspirent à une vie plus ludique dans les grandes villes. Ainsi, ils sont de plus en plus nombreux à quitter les villages pour tenter leur chance à Nouadhibou, Nouakchott, Saint-Louis…

Interrogés sur ce nouvel exode, qui menace la pérennité de leur tradition, les anciens confient avec un hochement de tête et le sourire que « finalement ils ont jusqu’à présent beaucoup de chance, car après leurs expériences dans les villes, les jeunes s’en retournent au village, bredouilles, et rentrent dans les rangs des  pêcheurs ». Mais combien de temps cela va-t-il durer ?

La coopération allemande GIZ, qui apporte son soutien au PND à travers le programme Co-Management des ressources marines, côtières et terrestres (CorMCT) et le projet Promotion de l’emploi et de l’insertion professionnelle en milieu rural (PELIMIR), a récemment organisé une formation sur la réglementation du parc, les pratiques de pêche durable, et le développement de la chaîne des valeurs dans la perspective de promouvoir à terme l’emploi et l’insertion des jeunes. Ainsi 120 personnes ont été formées sur huit jours. Les jeunes pêcheurs qui étaient aussi conviés sont arrivés, peu nombreux et très contestataires. Quand ils ont compris le sens des modules dispensés, certains d’entre eux se sont progressivement rapprochés des vieux et ont suivi avec eux la formation jusqu’au bout. Mais rien n’est encore gagné. L’appât du gain est toujours fort, et les tentations d’enfreindre les règles toujours bien présentes.
Comme chaque année, le coup d’envoi de la pêche a été donné le 1er novembre. Et cette fois les jeunes pêcheurs Taghredient ont été les premiers à jeter leurs filets. La sagesse des anciens viendra-t-elle à bout de l’impatience des jeunes ?
                                                                                                                                                                                          Oumar S


Mabingué Ngom, entre séances de travail et bain de jouvence à Nouakchott

Que cela soit avec le ministre de la Santé ou celui de l’Economie et des Finances, ou au cours de sa visite à l’Ecole Nationale de Santé Publique (ENSP) de Nouakchott et sa rencontre avec les jeunes champions en SR/PF, le court séjour en Mauritanie, le 2 novembre 2018, du Directeur régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (WCARO), Mabingue Ngom, a été intense en activités. Au centre, satisfécits pour les efforts accomplis par la Mauritanie dans la capture du dividende démographique, mais aussi promesses d’appuis et de soutiens pour accélérer le processus.

Mabingue Ngom s’entretient avec le Ministre de l’Economie et dss Finances Moctar Ould Diay (Photo Aidara)

Opérationnaliser le dividende démographique

«Je suis venu rendre une visite de courtoisie au Ministre de la Santé de Mauritanie pour faire le point sur l’état du partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) » a déclaré d’emblée Mabingue Ngom dès sa sortie d’audience avec le Pr. Kane Boubacar. Il a déclaré avoir félicité le ministre pour le travail accompli par son département ainsi que les progrès réalisés par la Mauritanie dans l’accélération de la planification familiale, soulignant que le pays a réalisé un bond de 5 points en quelques années. Mabingue Ngom a renouvelé la disponibilité de son institution à continuer à accompagner la Mauritanie dans sa marche vers la prospérité, évoquant la question de l’opérationnalisation du dividende démographique et la nécessité de poursuivre les efforts pour une meilleure intégration des services de santé.

Mabingue Ngom échange avec le Ministre de la Santé Pr.Kane Boubacar (Photo Aidara)

Partager l’expérience mauritanienne

C’est le même satisfecit que le Directeur régional de l’UNFPA exprimera quelques heures plus tard dans le bureau du Ministre de l’Economie et des Finances, Moctar Ould Diay, considéré comme le champion du dividende démographique. Mabingue Ngom dira en effet tout son plaisir de «rencontrer un Ministre de l’Economie et des Finances qui est convaincu que la question de la capture du dividende démographique est une voie qui permet la marche du continent vers la prospérité ». C’est à ce titre, dira-t-il en substance, qu’il a encouragé le ministre Ould Diay «à partager son expérience avec les autres pays », soulignant qu’il aimerait voir l’excellent travail qu’il est en train de mener être dupliqué dans la sous-région.  Mabingue Ngom a mis en exergue le «rôle de leader de la Mauritanie au sein du projet SWEDD», saluant au passage l’excellente coopération qui lie le pays et l’UNFPA.

Eriger une école de référence régionale

Mabingue Ngom en visite à l’ENSP de Nouakchott (Photo Aidara)

Mabingue Ngom qui était accompagné dans sa tournée par le Représentant résident, Saidou Kaboré et son staff, s’est rendu par la suite à l’Ecole nationale de Santé Publique (ENSP) de Nouakchott. Il a visité les locaux de l’école en compagnie de la directrice et du Secrétaire général du Ministère de la Santé. Il a arpenté les salles d’exercice pratique où les futurs infirmiers et sages-femmes mauritaniens sont formés, puis a écouté les explications des responsables qui lui ont étalé les avancées réalisées en termes d’infrastructures et d’équipement, mais aussi les insuffisances et les besoins.

«Vous avez la chance d’avoir des bureaux régionaux à côté, il suffit juste de voir comment vous pouvez en tirer profit et obtenir des ressources additionnelles de qualité pour votre école » a a suggéré le Directeur régional. Selon lui, l’UNFPA peut soutenir l’ENSP de Nouakchott «dans l’identification et la facilitation pour trouver des partenariats avec des institutions solides et crédibles ». Il a aussi proposé des initiatives novatrices, comme l’organisation d’ateliers régionaux, soulignant que l’ENSP «ne doit pas faire comme les autres écoles de santé, mais essayer d’innover pour se faire un nom et attirer des financements additionnels, à travers par exemple le mentorat et le concours du projet SWEDD».

Bain de jouvence

Mabingue Ngom accueilli par la présidente de l’AMPF (Photo Aidara)

Connu pour son intérêt particulier pour la jeunesse africaine, à travers son initiative «Young People First» et son slogan fétiche «Pas un pas sans les jeunes », Mabingue Ngom a tenu particulièrement à rencontrer les jeunes champions mauritaniens en SR/PF. C’était en marge d’une visite au centre de santé maternelle de l’Association mauritanienne pour la planification familiale (AMPF) à Dar-Naïm, dans la périphérie de Nouakchott. Il a été accueilli par la présidente de l’ONG, membre de l’IPPF, Marième Mint Ahmed Aïcha, ancienne ministre, qui lui a fait visiter les différentes ailes de l’établissement.

Mabingue Ngom prend un bain de foule avec les jeunes (Photo Aidara)

La rencontre du Directeur régional avec les jeunes a tourné autour du dividende démographique, la planification familiale, le danger de la fécondité non contrôlée et ses répercussions sur les finances publiques, sur la paix et la stabilité sociale, la migration, la scolarisation des filles, l’autonomisation des femmes, le mariage des enfants, l’emploi, etc. Un débat fructueux aux termes duquel il a répondu aux préoccupations exprimées par sa jeune assistance. La rencontre s’est achevée par un cocktail et une photo de famille.

Cheikh Aïdara

 


Lancement à Nouakchott de la 2ème édition de la «Caravane ouest-africaine pour la Terre, l’Eau et les Semences »

Le droit à la terre, à l’eau et aux semences ! Voilà le plaidoyer que la société civile membre de la Convention Globale des Luttes pour la Terre et l’Eau Ouest-africaine vient d’entamer, à travers la deuxième édition de sa Caravane de sensibilisation qui sillonnera du 10 au 30 novembre 2018 la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo et le Bénin. La Mauritanie, à travers ROSA, a lancé samedi 3 novembre 2018 au siège de la «Rencontre Citoyenne» à Nouakchott sa caravane, qui rejoindra, à travers ses représentants, son point de ralliement à Bamako.

Vue des participants – crédit photo Aidara

Le siège de la «Rencontre Citoyenne» à Nouakchott a abrité ce samedi 3 novembre 2018 le lancement de la 2ème édition de la «Caravane Ouest-africaine, Droit à la terre, à l’eau et à l’Agroécologie paysanne : une lutte commune». Cette caravane, à laquelle participe le Réseau des Organisations sur la Sécurité Alimentaire (ROSA) de Mauritanie en partenariat avec le GNAP (Groupement national d’association de coopératives pastorales) et le GRDR (Groupe de recherche et de réalisations pour le développement rural), s’ébranlera  de Mamou en Guinée, traversera la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo pour prendre fin au Bénin. La délégation mauritanienne rejoindra Bamako où convergeront les délégations du Sénégal et de la Gambie, et ensemble elles se rendront en Guinée, où la Caravane va grossir au fur et à mesure de l’itinéraire.

Dans un communiqué distribué à l’occasion, il est souligné que l’objectif de la caravane est de contribuer d’une part, à une transformation sociale pacifique en Afrique de l’Ouest, particulièrement pour les femmes et les jeunes par la sensibilisation, la formation et la mobilisation des communautés. Il s’agit d’autre part, de créer une force  de proposition dans les politiques publiques, les accords et les textes législatifs en cours de ratification, d’élaboration ou de révision, notamment sur le foncier, l’eau, les semences paysannes, le pastoralisme, la pêche, les APE, la migration dans l’espace CEDEAO, pour défendre les droits des communautés dans le cadre de la souveraineté alimentaire, à travers l’Agroécologie paysanne qui s’appuie sur les droits humains, dont le droit à l’alimentation.

Le président de ROSA Sarr Mamadou à gauche – crédit Aidara

Au cours du discours qu’il a prononcé à l’occasion, le président de ROSA, Sarr Mamadou, a remercié OXFAM sans laquelle, dira-t-il, «la participation mauritanienne n’aurait pas lieu».  Il a rappelé la participation de son organisation à la première édition de 2016 qui est partie du Burkina Faso pour s’achever au Sénégal où le Livre Vert a été remis au président Macky Sall à l’adresse de ses pairs. «Comme il y a deux ans, la Caravane de 2018 s’achèvera par la remise du Livre Vert amélioré aux Chefs d’Etats de la CEDEAO» a-t-il précisé. Dans ce livre est consigné la préoccupation du monde paysan face aux dangers que représentent l’accaparement de ses terres, de ses ressources en eau, de l’agression sur ses semences et ses savoir-faire, par des multinationales, des consortiums et des sociétés privées qui font main basse sur leurs produits de subsistance.

L’édition 2018 de la Caravane Ouest-africaine sur la terre, l’eau et les semences, ce sont 1.500 personnes mobilisées tout au long de l’itinéraire, 350 participants de 15 pays de l’espace CEDAO + la Mauritanie. Au menu, des conférences populaires, des marches, des projections de films et des rencontres avec les populations, les communautés, les parlementaires, les élus communaux, les autorités administratives et coutumières.

Cheikh Aïdara


Bric-à-brac à l’Exécutif et au bout… un boulevard vers la Présidence pour Ghazwani

Ça y est, le scénario dont le dernier acte sera posé en 2019, s’écrit déjà. Un mini-remaniement, qui ressemble fort bien à une mission de la dernière heure confiée à un commando rafistolé de toutes parts, avec des commandants qui changent de poste et d’autres qui attendent d’improbables redéploiements vers d’autres champs de bataille.

Aziz et Ghazwani

La prochaine présidentielle se prépare activement, avec  le désormais ex-général Ghazwani, promu Ministre de la défense, mais véritable Chef des Armées, auquel on ouvre un souverain boulevard vers les jardins de la Présidence de la République, sous la baguette magique du maestro Mohamed Ould Abdel Aziz. L’homme confie ainsi son destin et celui de sa postérité à un proche du sérail qui a l’avantage de n’avoir de problème avec personne.

Le scénario pré-2019

Longtemps soldat effacé des évènements qui ont marqué l’histoire du pays depuis l’avènement des généraux en 2005 après la chute de Ould Taya, jusqu’à la destitution manu militari de Sidi Ould Cheikh Abdallahi le 6 août 2008, le général Ould Ghazwani a toujours été cet ami fidèle du président Aziz, celui qui lui garda intact son fauteuil pendant sa longue convalescence en France en octobre 2012, suite à la fameuse balle de «Tweïla». Depuis, il est resté loin des sphères de la politique politicienne et ses batailles intestines, loin des flashs de l’actualité nauséeuse et ces scandales à répétition qui en ont éclaboussé plus d’un.

Sous ses oripeaux de frais retraité, Ghazwani semble être prêt pour endosser le rôle que plusieurs observateurs lui avaient déjà fait enfiler. Le fameux dauphin de Mohamed Abdel Aziz, c’est sans doute lui. Sa première nomination à un poste civil, et pas des moindre, la gestion des affaires de l’armée et de la sécurité et celle du G5 Sahel, le préparent ainsi à prendre la relève d’un aspect les plus importants de la géopolitique dans la région, levant ainsi l’inquiétude des partenaires occidentaux, notamment la France et les Etats-Unis, quant à la succession de Mohamed Abdel Aziz et l’inextricable question de la sécurité au Sahel.

Sur le plan interne, Ghazwani ne compte que peu ou prou de contestataires au sein de l’opposition, beaucoup le croient proche des Islamistes. Personne ne lui connaît d’ennemis au sein des opposants les plus radicaux, ni au sein de l’actuelle majorité présidentielle où il est resté loin des clans formés en son sein par des généraux.

Un gouvernement de transis

Cette première lecture sur le premier gouvernement post-électoral de septembre 2018, occulte ainsi tous les autres petits rafistolages infestés du relent du déjà-vu. Le choix du Premier Ministre, Mohamed Salem Ould Béchir, pur produit du Hodh Gharbi, serait une gifle adressée aux gens du Hodh Charghi, jusque-là usine à produire des PM, mais qui avaient, à certains endroits, mené des mini-rebellions contre l’UPR lors des dernières élections. Mais dans un système où tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains d’un seul homme, le président Mohamed Abdel Aziz, il serait fort probable que le PM n’ait même pas été consulté pour la constitution de l’actuel gouvernement.

Mohamed Abdel Aziz et son nouveau PM Mohamed Salem Béchir (Crédit ami)

Parmi les faits marquants de ce mini-séisme à peine déchiffrable, le départ de Mohamed Lemine Ould Cheikh et son remplacement par Sidi Mohamed Ould Maham, comme porte-parole du gouvernement. Par cette nomination et le maintien de Moctar Ould Diay comme Ministre des Finances, Aziz démontre qu’il fait peu cas de l’avis populaire. Ould Maham avait fait une digression qui lui avait attiré la foudre de quelques pseudos gardiens du temple religieux, lorsqu’il attribua certains attributs divins à Mohamed Abdel Aziz à Boutilimit. Ce qui lui valut une courte éclipse avant de revenir au-devant de la scène.

La poule aux œufs d’or

Mais ceux qui comptaient sur le départ de Moctar Ould Diay semblent oublier que Mohamed Abdel Aziz ne tue pas une poule aux œufs d’or. Or Ould Diay n’a pas de scrupules quand il faut renflouer les caisses de l’Etat, même s’il faut passer sur le corps rabougri et chétif du contribuable le plus misérable, ce qui explique son impopularité, mais en même temps la croissance exponentielle de l’estime que lui voue Ould Abdel Aziz.

Par contre, peu de personnes regrettent le départ de Diallo Amadou Bathia, ce civil porté à la tête d’un département de la Défense où il servait de décor, tant sa parole était peu audible face à celle des puissants généraux qui l’entouraient.  Il se contentait de présider certaines cérémonies protocolaires de sorties de promotions. Son départ dégarnit cependant le quota sensé revenir aux négro-africains amateurs de dosage ethnique. Autre départ remarqué, celui de Vatma Mint Soueina, la prof d’Anglais renvoyée à ces chères études. Le département de l’Elevage qu’elle dirigeait a été absorbé par sa collègue de l’Agriculture, Lemina Mint Moma, pour former un nouveau département, celui du Développement Rural qui a subi on ne sait combien de mutations.

«Khashoggsisation»

Autre fait saillant, la «Khashoggsisation» du Ministère de l’Emploi, de la Formation Professionnelle et des Ntics. Chacun des morceaux de ce pauvre ministère s’est fait enterrer dans un département, l’Emploi à la Fonction Public, la Formation Professionnelle à l’Education Nationale et les Ntics à l’Enseignement Supérieur.  La dérision, c’est tout ce que ce remaniement mérite, car il ne s’agit ni plus ni moins que des noms et des corps qui meublent des départements sans aucune prétention d’en changer le cours.

Cheikh Aïdara