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« Empreint’Art » honore plus d’une vingtaine d’artistes et d’acteurs culturels au titre de l’année 2025

Le projet « Empreint’Art », nouvelle structure qui s’intéresse aux talents artistiques, a organisé samedi 10 janvier 2026 à l’Ambassador à Nouakchott, la première édition de ses Awards. Plus d’une vingtaine d’artistes et d’acteurs culturels ont reçu des distinctions aux termes d’un concours où le vote du public a été aussi déterminant que les avis d’un jury d’experts triés sur le volet.

La splendide salle de spectacle de l’Ambassador, au cœur de Nouakchott, a accueilli samedi 10 janvier 2026, le Ghota de la culture mauritanienne. Au milieu des partenaires et des institutionnels, un public rayonnant et varié, mais aussi des artistes de divers horizons.

Cérémonie d’ouverture

En l’absence de l’initiatrice du projet « Empreint’Art », Oumou Sy, en déplacement, c’est son alter ego Djeynaba Touré qui a prononcé le mot d’ouverture de la cérémonie de remise des Awards aux nominés. Elle sera suivie plus tard par le co-initiateur de l’évènement, Abdallah Baba Fall qui adressera lui aussi ses remerciements aux partenaires, au Ministère de la Culture, aux artistes et aux invités.

La cérémonie a été animée, côté maître et maîtresse de cérémonie, par la Coordinatrice générale de « Empreint’Art », Oumoul Khairy Konaté et Hamza El Ghailani. Tous les deux ont invité le public dans « un voyage à travers nos voix, notre histoire et notre mémoire commune, mais aussi nos identités ».

Furent distribués au cours de la soirée haut en couleur des distinctions, des hommages et des célébrations de performances, mais aussi des sonorités musicales.

Le jury désigné pour départager les candidats était composé de Papis Koné, Hameth Ly, Alassane Thiam, Sidna Aly, Malika Diagana, Mohamed Abdallahi Wedad, Amadou Sy et Cheikh Baby. Des figures connues de la scène culturelle avec chacun son domaine de prédilection.

Les distinctions

Quelques 25 artistes et acteurs culturels ont été honorés pour chaque catégorie au titre de l’année 2025.

Hit de l’année BRMX. Meilleur réalisateur Moussa VFC. Meilleur featuring Ndillen. Chroniqueur de l’année Douk’s La Panthère. Meilleur créateur de contenus Aliya Abass. Meilleur projet EP/Mixtape Al barka – Authentique. Meilleur animateur H-Bra. Meilleure structure VFC PROD. Meilleur album Adviser – AAWDI. Meilleur photographe Disi. Meilleur designer Wells Arts Ousmane Mangane. Meilleur clip BRMX – Mami Wata. Artiste de la diaspora Roi Hem’s. Meilleur beatmaker Dj Mansoul. Meilleure artiste féminine Fama Mbaye. Meilleur artiste sous-région Sénégal Ousmane Fall.

Le Prix de la révélation de l’année est allé à Bamoum Rap et le meilleur artiste urbain masculin à Matgareh.

Des prix honorifiques et d’hommage ont été décernés à des figures qui ont marqué l’année 2025. Noura Mint Seymali pour son Impact au-delà des frontières, primée par le prix WOMEX. Awa Seydou Traore pour sa contribution dans le secteur culturel mauritanien Big Baba pour sa contribution dans le domaine de la comédie. Mohamed Mitta acteur culturel malien pour l’intégration. Amy Sow pour les arts visuels et Ebbaya Ould Oumar dans la catégorie « MEDH ». Sans compter Mohamed Samba Seyid et Ousmane Toure qui a emporté le Prix « Empreinte d’Or ».

Les remises de reconnaissance ont été entrecoupées par des intermèdes musicaux, avec le « Petit Nar », jeune prodige en ascension, le chanteur Authentique ou encore le groupe touarègue « Doudou ».

Outre les représentants du Ministère de la Culture, la soirée a été marquée par la présence du Maire de Tevragh-Zeina, le Directeur de l’Institut Français de Mauritanie et des figures connues de la société civile et du monde des arts.

Cheikh Aïdara


Baie de l’Etoile, Zoom sur le partenariat entre la Zone Franche et le Projet WACA

A l’occasion d’une visite de terrain effectuée à Nouadhibou le 25 décembre 2025, en partenariat avec le Projet d’investissement de résilience des zones côtières en Afrique de l’Ouest (WACA), des membres de l’Association des Journalistes Amis du Littoral (AJAL) se sont rendus à la Baie de l’Etoile.

L’entrée de la Baie signalée par une pancarte – Crédit Aidara

Située à environ 14 kilomètres au nord de Nouadhibou sur la façade ouest de la Baie du Lévrier, près du Cap Blanc, la Baie de l’Etoile est une zone écologique remarquable. Elle a été classée récemment comme réserve naturelle suite à un décret adopté en juillet 2024 pour préserver ses herbiers marins et sa riche biodiversité, notamment les oiseaux et les poissons. La baie offre un cadre touristique axé sur la pêche sportive et les activités nautiques. Elle est cependant confrontée à plusieurs défis et des pressions d’urbanisation et de pêche, conduisant à une gestion intégrée pour son développement durable.

Un refuge pour les oiseaux migrateurs et les poissons

La Baie de l’Etoile est une lagune peu profonde avec des herbiers de zostères, ainsi que des prairies de spartines, habitat crucial pour de nombreuses espèces marines et aviaires. Elle s’étend sur une superficie de 29,45 kilomètres carrés, avec une zone marine de 12 kilomètres carré et une zone terrestre de 17,45 kilomètres.

Contribution de WACA

S’exprimant sur le partenariat qui lie la Zone Franche de Nouadhibou depuis sa création en 2019 et le Projet WACA, Monsieur Mohamed Béchir, Point Focal Environnement, a déclaré que c’est grâce à ce partenariat qu’une clôture de 4.200 mètres entourant toute la zone a été réalisée en 2021. L’objectif est de protéger la rivière à spartines contre le bétail, les éleveurs ayant pris, selon lui, l’habitude d’arracher les herbiers pour nourrir leurs animaux.

Une clôture de 4.200 mètres protège la baie – Crédit Aidara

En plus d’avoir contribué à la protection de la baie, le projet WACA a aussi aidé à l’installation de panneaux de signalisation, tout en participant aux campagnes annuelles de sensibilisation, sans oublier son rôle déterminant dans le classement de la Baie de l’Etoile comme réserve naturelle en 2024. D’ailleurs a-t-il précisé, ce travail en commun avec le Projet WACA avait réuni toutes les parties prenantes avec un atelier organisé en 2019 pour valider le projet de loi et le plan d’action. Seulement, alors que tous ces documents devaient être approuvés en Conseil des ministres, tout était resté en standby jusqu’en 2024.

Mohamed Béchir, Chef du Pôle Environnement à la Zone Franche

Entre temps, ajoute-t-il, le ministère de l’Environnement, à travers le PRCM, avait recruté un consultant pour revoir le décret de classement. Seulement, la Zone Franche dont le périmètre est situé sous sa compétence, n’a pas été associée. Résultat, le projet de décret était mort-né.

Selon M. Dia Abdoul, Coordonnateur adjoint du Projet WACA MR, « par rapport à la Baie de l’Etoile, le Projet WACA a accompagné la baie par plusieurs actions de sensibilisation lors des journées de l’Environnement et les journées de l’Océan auprès des autorités et de la société civile, avec l’accompagnement du ministère de l’Environnement pour travailler les textes, notamment le décret de création, tout en faisant du lobbying, jusqu’au classement de la Baie de l’Etoile en zone naturelle »

S’agissant des actions entreprises par le Projet WACA MR, une fois le classement établi, c’est le lancement d’une étude internationale pour l’élaboration d’un Plan d’aménagement et de gestion de la baie. Selon lui, « la Baie de l’Etoile est aujourd’hui munie d’un plan chiffré, sur quatre à cinq ans ».

M. Dia Abdoul a déclaré que le Projet WACA est ouvert pour accompagner la nouvelle structure qui sera chargée de la gestion de cet espace. Ce sera probablement lors de la phase WACA Plus où cet accompagnement est déjà prévu pour la mise en œuvre du Plan d’aménagement et de gestion.

M. Dia Abdoul n’exclut pas la possibilité de transformer la zone naturelle en Aire Marine Protégée (AMP) en lançant les procédures nécessaires.

Zoom sur la Baie de l’Etoile

Au cours d’un entretien avec M. Mohamed Béchir, il est apparu que le périmètre de la Zone Franche de Nouadhibou a été revu dans le cadre d’une nouvelle loi aux termes de laquelle, selon lui, la Baie de l’Etoile ne ferait plus partie du périmètre de la Zone Franche, et qu’elle n’en serait dorénavant qu’une annexe ou une zone support. La zone est parfaitement ouverte d’après lui aux investisseurs pour l’installation de restaurants et d’espaces d’attraction. D’ailleurs, il soutient que la Baie de l’Etoile est la seule zone d’attraction à Nouadhibou, une zone touristique par excellence, et l’unique zone de pêche sportive du pays.

Les habitats exercent leur agression sur la baie – Crédit Aidara

Selon Mohamed Béchir, la Baie de l’Etoile est constituée de deux composantes : la baie elle-même et la rivière à spartines. Une brigade relevant du Ministère de l’Environnement sous tutelle de la Zone Franche est chargée de sa surveillance.

La Zone Franche organise, d’après lui, deux à trois campagnes annuelles de collectes des ordures confiées à des ONG de la place, en plus d’un volet éducation environnementale et des sorties d’écoliers du primaire en collaboration avec la Délégation régionale de l’Enseignement et des organisations de la société civile actives dans le domaine.  

L’action anthropique de l’homme se poursuit sur la baie – Crédit Aidara

Cependant, Mohamed Béchir trouve que la Zone Franche a aujourd’hui besoin d’une nouvelle étude, la dernière en date remontant en 2009, réalisée par un chercheur de l’IMROP dénommé Ly. Cette fois, selon lui, l’étude devra nécessiter des recherches scientifiques approfondies pour déterminer si la zone conserve toujours la même valeur. « Il y a aujourd’hui une intense activité anthropique, il y a occupation de l’espace et des constructions partout » constate-t-il.

Il a rappelé l’existence d’une commission créée en 2006, la Commission d’Orientation Stratégique du Littoral (COSTAL) de la Baie de l’Etoile.

L’intérêt des partenaires

En 2018, se rappelle Mohamed Béchir, lors des discussions avec des partenaires, notamment le BaCoMab et des partenaires allemands, ceux-ci avaient exprimé leur intention d’investir dans le projet de classement de la zone.

Siège de la Zone Franche à Nouadhibou – Crédit Aidara

Il a aussi évoqué le triple intérêt de la Baie de l’Etoile, économique, biologique et social. Sur le plan social, elle est la principale zone d’attraction pour la ville de Nouadhibou et la seule zone pour la pêche sportive. Elle sera gérée, d’après Mohamed Béchir, par un Etablissement indépendant spécialisé placé sous la tutelle du Ministère de l’Environnement. Cet établissement n’a pas encore vu le jour selon lui, soulignant que rien également sur la Baie de l’Etoile n’a été prévue dans le Budget de l’Etat pour l’année 2026, probablement dans l’attente du WACA Plus.

Sur le plan économique, Mohamed Béchir a évoqué l’existence de fonds internationaux dédiés à ce genre de projet. « Avec les Changements Climatiques et les contraintes liées à l’environnement, le monde est de plus en plus poussé vers la création et le soutien réserves naturelles et des aires maritimes protégées » affirme-t-il. Il a aussi évoqué la Convention d’Abidjan que la Mauritanie a signé le 22 juin 1981 et qu’elle a ratifiée le 18 novembre 2010, ainsi que l’intérêt porté sur la Baie de l’Etoile.

D’autres investisseurs sont également intéressés par la zone, selon Mohamed Béchir, entre autres, le BaCoMab, ou le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM). Comme le Parc National du Banc d’Arguin (PNBA), la Baie de l’Etoile accueille aussi, d’après lui, des oiseaux migrateurs venus d’Europe tout en offrant une véritable nurserie aux poissons.  

Cheikh Aïdara

Decret de classement de la Baie de l’Etoile en réserve naturelle

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Esclavage, Traite et Migration : Free The Slaves et SOS Esclaves renforcent la capacité d’une trentaine d’acteurs à Nouakchott

Nouakchott a abrité lundi 22 décembre 2025 un atelier de formation d’acteurs et d’actrices locaux de l’ONG SOS Esclaves sur la Loi n°2015-031 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes au niveau de la Wilaya.

L’ONG antiesclavagiste mauritanienne SOS Esclaves et Free The Slaves (FTS), organisation non gouvernementale américaine présente sur les 5 continents et engagée dans la lutte contre l’esclavage moderne partout dans le monde, ont ouvert lundi 22 décembre 2025 à Nouakchott, un atelier de deux jours sur la Loi N°2015-031 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes en Mauritanie.

Ouvrant les travaux de l’atelier, le Directeur de l’Instance nationale de lutte contre l’esclavage, la traite des personnes et le trafic des migrants, M. Cheikh Tourad Ould Abdel Malick, a salué l’initiative tendant à vulgariser les lois réprimant ces trois phénomènes et à sensibiliser les acteurs de terrain, véritables relais avec les communautés. Il a remercié au passage FTS pour ses efforts dans le renforcement des capacités des acteurs et dans sa contribution à éradiquer les pratiques esclavagistes, la traite des personnes et le trafic des migrants dans le pays. Il a également mis en exergue le travail de longue haleine menée par SOS Esclaves qui œuvre depuis plus d’une trentaine d’années à lutter contre l’esclavage. Il a enfin mis en exergue les actions menées dans ce cadre par les pouvoirs publics, conformément aux orientations et à l’engagement des plus hautes autorités du pays.

Auparavant, M. Boubacar Ould Messaoud, président de SOS Esclaves, qui a tenu malgré les contraintes à assister à l’ouverture de l’atelier, il a souligné sa satisfaction de constater que l’écrasante majorité des bénéficiaires de la rencontre sont des femmes. Il a remercié FTS pour cette nouvelle collaboration avec son organisation, saluant au passage ses actions et son engagement dans la lutte contre l’esclavage dans le pays. Il a également salué la présence du Directeur de l’Instance, ainsi que l’Etat pour avoir mis en place un arsenal juridique solide qui criminalise et réprime les pratiques esclavagistes.

Pour sa part, le Représentant de FTS en Mauritanie, M. Dame Bâ, a salué la présence honorifique du président Boubacar Ould Messaoud et du directeur de l’Instance, Cheikh Tourad Ould Abdel Maleck à cet atelier. Il a magnifié la collaboration qui vient d’être scellée entre son institution et SOS Esclaves, soulignant que ce partenariat se poursuivra dans la durée. Il a remercié l’Etat et les autorités mauritaniennes pour les facilités et l’accompagnement des actions menées par FTS sur leur sol. Il a surtout salué la mise en place des cadres juridiques nécessaires pour éradiquer l’esclavage, la traite des personnes et le trafic des migrants en Mauritanie. Il a aussi remercié les participants pour leur présence et leur engagement.

Pendant deux jours, les acteurs et actrices de terrain de SOS Esclaves et d’autres organisations actives, suivront des communications présentées par des experts, sur les différentes lois réprimant et criminalisant l’esclavage, la traite des personnes et le trafic des migrants.

L’accent sera surtout mis sur la Loi N°2015-031, ses textes d’application et d’autres dispositions juridiques, telle que l’Ordonnance 81-234 relative à l’abolition de l’esclavage.

L’atelier se poursuivra jusqu’au mardi 23 décembre 2025.

Cheikh Aïdara


Dernier Tango des Traversées 2025 : paroles aux femmes réfugiées

« Danser la littérature », thème central du festival de la 16ème édition 2025 Traversées Mauritanides, s’est achevé par une table ronde : « Regards croisés sur les femmes réfugiées ». Une clôture en apothéose, en présence de l’ambassadeur de l’Union européenne en Mauritanie, le Représentant du Haut-Commissariat pour les réfugiés, la présidente de l’Observatoire national des Droits de la Femme et de la Ffille, d’un sociologue, d’une avocate défenseuse des droits de l’homme et d’une écrivaine. Le tout, sous la modération du directeur du festival.

La grande salle de conférence de l’Institut français de Mauritanie (IFM), a fait le plein, ce jeudi 11 décembre 2025, à l’occasion de la célébration de la Journée internationale des droits humains. Une journée qui clôt une semaine de rencontres littéraires organisées par l’Association « Traversées Mauritanides ». Laquelle a accueilli du 1er au 7 décembre cette année plus d’une dizaine d’écrivains venus de France, du Luxembourg, des États-Unis, d’Allemagne et Cameroun, rejoints par la crème de la littérature mauritanienne.

Au menu de la soirée : « Regards croisés sur les femmes réfugiés ». Les intervenants, SEM. Joaquim Tasso Vilallonga, ambassadeur de l’Union européenne en Mauritanie, M. Tayyar Sukru Cansizoglu, Représentant du Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés (HCR) en Mauritanie, Me Fatimata Mbaye, avocate, Présidente de l’Association mauritanienne des droits de l’homme (AMDH), Mme Mehla Ahmed Talebna, ancienne ministre et Présidente de l’Observatoire national des droits de la Femme et de la Fille (ONDFF), Pr. Abdoulaye Sow, Sociologue, professeur à l’Université de Nouakchott et Mme Marième Derwich, écrivaine franco-mauritanienne.

Cette journée du 11 décembre 2025, avait un goût particulier, une note inédite sur un thème innovant. Une rencontre avec les réfugiées installées en Mauritanie, dont quelques représentants ont agrémenté de leur présence la qualité de la rencontre par leurs nombreux témoignages.

Plus de 300.000 réfugiés vivent en Mauritanie

Selon l’ambassadeur de l’Union européenne, la Mauritanie accueille 300.000 réfugiés, dont 120.000 réfugiés maliens installés dans le camp de Mberra et d’autres nationalités résidant dans les grandes villes du pays dont Nouakchott. Il soulignera, également, que l’Université de Nouakchott compte en son sein 80 étudiants réfugiés.

L’ambassadeur a salué, au passage, l’hospitalité légendaire dont jouissent les populations étrangères installées en Mauritanie et la solidarité dont elles bénéficient de la part de l’État mauritanien et de sa population. Il a cependant déploré le nombre toujours croissant des populations fuyant l’insécurité au Mali et la pression de plus en plus grande exercée sur les services sociaux de base, sur les services administratifs et les ressources naturelles, tels que l’eau, les pâturages, les zones de culture.

L’ambassadeur a déclaré, aussi, que les réfugiés ne sont pas que des chiffres et que derrière chaque réfugié, se cache une vie, une histoire, mettant en exergue l’extrême complexité de la femme réfugiée qui vit une double voire une triple vie, en termes de précarité et de vulnérabilité. Ces femmes traversent selon lui des obstacles plus élevés, par rapport aux hommes, notamment des difficultés liées à l’accès à l’éducation pour leurs enfants, la santé et leurs moyens de subsistance.

Il a salué toutefois la résilience et l’endurance des femmes réfugiées, qu’il dit lui-même avoir constaté, lors de ses nombreuses visites de terrain à Mberra. Leur force, dit-il, est immense. Elles sont enseignantes, leaders dans leur communauté et actrices vivaces au cœur de la vie sociale.

L’ambassadeur souligne que l’approche de l’Union européenne est basée sur le respect des principes fondamentaux des droits de l’homme et l’égalité entre les sexes. Il a salué dans ce contexte, l’énorme travail abattu par le HCR sur le terrain. Il a déclaré que l’Union européenne et ses États membres travaillent depuis des années pour soutenir les réfugiés et les communautés hôtes dans la gestion de l’accès aux services de base et l’atténuation des ressources.

L’action de l’Union européenne tourne autour de 4 principaux axes, selon Joaquim Tasso Vilallonga : la protection, notamment contre les violences basées sur le genre (VBG), l’éducation et formation professionnelle, l’autonomisation économique, à travers l’insertion, les financements via la microfinance et l’entreprenariat. La Délégation de l’UE œuvre ainsi, avec les autorités locales, la société civile, les communautés, à la consolidation de finances d’infrastructures sociales de base dans le domaine de la santé, de l’éducation et de la formation. Au cœur de ce dispositif, la promotion des droits des femmes réfugiées apparaît comme un pilier au cœur des valeurs européennes. Objectif : faire en sorte que chaque femme réfugiée puisse vivre en sécurité dans la paix et parvienne à réaliser son plein potentiel en conservant sa liberté de choix sur sa vie.

Le HCR et les réfugiés

Le Représentant du HCR, Tayyar Sukru Cansizoglu, a salué à son tour l’extrême résilience des femmes réfugiées, leur créativité et détermination. Son institution a toujours été aux côtés des réfugiés, a-t-il déclaré, en leur offrant la protection et en leur fournissant plusieurs formes d’assistances humanitaires : autonomisation et sécurité.

Il a, toutefois, évoqué les défis que connaît son institution en termes d’opportunités à offrir aux réfugiés, notamment dans le domaine de la formation professionnelle et de la protection des structures communautaires. Il a cité les nombreuses interventions du HCR, en particulier le financement d’Activités génératrices de revenus (AGR) ou encore dans le domaine de la santé, par la prise en charge des survivantes de VBG et dans la formation de médiatrices sociales.

Il a mis en exergue le rôle que le HCR joue dans l’amplification du rôle des femmes réfugiées qui ne sont pas, selon lui, seulement des demandeurs d’aide, mais aussi des piliers au sein de leur communauté.

Leila, réfugiée et veuve

Le public a suivi avec beaucoup d’émotions, le témoignage de Leïla, formatrice en informatique, réfugiée Centrafricaine, veuve et mère de 2 enfants. Elle a parlé de ses problèmes d’insertion face au barrage linguistique, sa vie au jour le jour pour entretenir ses enfants, ses maigres moyens de subsistance et de ceux liés à ses difficultés d’accéder à un travail à cause de son statut de réfugiée. Elle a parlé de la difficile d’intégration et du statut de réfugié non respecté. Ce problème toucherait même, selon elle, de hauts diplômés réfugiés qui ne peuvent pas accéder au marché du travail en Mauritanie parce qu’ils sont réfugiés.

Deux autres réfugiées, dont une élève, ont-elles aussi fourni leurs témoignages, des histoires de vies brisées, d’avenir en bandoulière et de solutions à imaginer.

A ce titre, le public a été ému par un beau texte écrit et déclamé par Fatimata Ansari, élève réfugiée et scolarisée au Lycée français Théodore Monod de Nouakchott. Elle a été récompensée par un long standing ovotion pour sa brillante plume ciselée et certainement promise à l’écriture ! Et Bios Diallo, dira : « Ce soir nous vous avons écouté ici, sans doute que nous aurons un jour comme invitée aux Traversées comme écrivain. Bravo! »

L’ONDFF ouvert aux femmes réfugiées

Dans son intervention, Mme Mehla Ahmed Talebna, a exprimé son regret de n’avoir jamais été sollicitée par les femmes réfugiées, déclarant que les portes de son observatoire leur sont ouvertes. Elle a toutefois rappelé que l’ONDFF est une institution consultative du gouvernement mauritanien chargée de donner son avis sur les droits des femmes et des filles. Il s’agit, selon elle, d’une institution récente, créée il y a juste 4 ans et qui souffre encore de la faible coordination avec d’autres structures de l’État. Elle a déploré la faible prise en compte du statut des réfugiés, qui jouissent pourtant de la protection internationale, rapportant le sort qui leur est réservé en Mauritanie à des disfonctionnements sur certains axes des lois.

« Aucune femme étrangère vivant en Mauritanie n’a jamais contacté l’ONDFF », a-t-elle martelé. Sa structure pourrait les aider ou les évoquer, ne serait-ce, selon elle, que dans le rapport annuel adressé au Chef de l’État. Mme Mehla Ahmed Talebna a indiqué que jusque-là, l’ONDFF ne s’est intéressée qu’à la santé mentale des femmes réfugiées et qu’elle peut s’ouvrir sur d’autres chantiers pour elles. Cette table ronde l’éclaire donc, et à l’avenir des synergies pourront se construire avec toutes celles qui en feront la demande.

Juriste, Sociologue et écrivain face aux femmes réfugiées

Me Fatimata Mbaye a parlé des conventions internationales ratifiées par la Mauritanie qui obligent l’État à respecter et à protéger les droits des réfugiés, détenteurs, de la carte du HCR. Elle a déploré des cas de refoulement de réfugiés au cours du renvoi des étrangers en situation irrégulière, des cas de réfugiés diplômés obligés d’abandonner leurs études, ou encore des difficultés pour eux de trouver du travail, ou assurer à leurs enfants une scolarité normale. Pour elle, ceci ne résulte que de problèmes d’application de la loi.

Le Pr. Abdoulaye Sow a posé le problème de la femme réfugiée, et les difficultés qu’elle rencontre pour éduquer ses enfants dans des circonstances aussi difficiles de précarité. Se disant touché par les propos entendus, il dit que : « Quand dans une société la femme est piétinée, c’est toute l’humanité qui est piétinée ».

À la suite du sociologue, l’écrivaine Marième Derwich souligne la part humaine à entretenir face aux femmes réfugiées. Au cours de son intervention, elle a évoqué les femmes réfugiées à travers le monde, celles venues de divers horizons pour trouver refuge en Mauritanie, mais également des mauritaniennes victimes des évènements des années 90. « Elles sont triplement persécutées, en tant que femmes arrachées à leur terroir, en tant que femmes exilées pendant des décennies, et en tant que femmes, reversées dans un pays qu’elle retrouve après tant de souffrance et de traumatisme ».

Le directeur des rencontres Traversées Mauritanides, Bios Diallo, a conclu la rencontre de la plus belle des manières, dans un ramassis d’éloquence où se sont mêlés des hommages aux écrivains présents à cette 16ème édition, aux sponsors qui ont soutenu le festival, aux écoles et aux sites ayant accueilli les écrivains et activités, à l’Université de Nouakchott, aux publics qui ont embelli les échanges et aux équipes qui l’ont accompagné dans la réussite de l’événement.

Rendez-vous est pris, pour la 17ème édition en 2026, avec des « Traversées Mauritanides» toujours innovantes. Inchallah.

Cheikh Aïdara