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Esclavage, Traite et Migration : Free The Slaves et SOS Esclaves renforcent la capacité d’une trentaine d’acteurs à Nouakchott

Nouakchott a abrité lundi 22 décembre 2025 un atelier de formation d’acteurs et d’actrices locaux de l’ONG SOS Esclaves sur la Loi n°2015-031 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes au niveau de la Wilaya.

L’ONG antiesclavagiste mauritanienne SOS Esclaves et Free The Slaves (FTS), organisation non gouvernementale américaine présente sur les 5 continents et engagée dans la lutte contre l’esclavage moderne partout dans le monde, ont ouvert lundi 22 décembre 2025 à Nouakchott, un atelier de deux jours sur la Loi N°2015-031 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes en Mauritanie.

Ouvrant les travaux de l’atelier, le Directeur de l’Instance nationale de lutte contre l’esclavage, la traite des personnes et le trafic des migrants, M. Cheikh Tourad Ould Abdel Malick, a salué l’initiative tendant à vulgariser les lois réprimant ces trois phénomènes et à sensibiliser les acteurs de terrain, véritables relais avec les communautés. Il a remercié au passage FTS pour ses efforts dans le renforcement des capacités des acteurs et dans sa contribution à éradiquer les pratiques esclavagistes, la traite des personnes et le trafic des migrants dans le pays. Il a également mis en exergue le travail de longue haleine menée par SOS Esclaves qui œuvre depuis plus d’une trentaine d’années à lutter contre l’esclavage. Il a enfin mis en exergue les actions menées dans ce cadre par les pouvoirs publics, conformément aux orientations et à l’engagement des plus hautes autorités du pays.

Auparavant, M. Boubacar Ould Messaoud, président de SOS Esclaves, qui a tenu malgré les contraintes à assister à l’ouverture de l’atelier, il a souligné sa satisfaction de constater que l’écrasante majorité des bénéficiaires de la rencontre sont des femmes. Il a remercié FTS pour cette nouvelle collaboration avec son organisation, saluant au passage ses actions et son engagement dans la lutte contre l’esclavage dans le pays. Il a également salué la présence du Directeur de l’Instance, ainsi que l’Etat pour avoir mis en place un arsenal juridique solide qui criminalise et réprime les pratiques esclavagistes.

Pour sa part, le Représentant de FTS en Mauritanie, M. Dame Bâ, a salué la présence honorifique du président Boubacar Ould Messaoud et du directeur de l’Instance, Cheikh Tourad Ould Abdel Maleck à cet atelier. Il a magnifié la collaboration qui vient d’être scellée entre son institution et SOS Esclaves, soulignant que ce partenariat se poursuivra dans la durée. Il a remercié l’Etat et les autorités mauritaniennes pour les facilités et l’accompagnement des actions menées par FTS sur leur sol. Il a surtout salué la mise en place des cadres juridiques nécessaires pour éradiquer l’esclavage, la traite des personnes et le trafic des migrants en Mauritanie. Il a aussi remercié les participants pour leur présence et leur engagement.

Pendant deux jours, les acteurs et actrices de terrain de SOS Esclaves et d’autres organisations actives, suivront des communications présentées par des experts, sur les différentes lois réprimant et criminalisant l’esclavage, la traite des personnes et le trafic des migrants.

L’accent sera surtout mis sur la Loi N°2015-031, ses textes d’application et d’autres dispositions juridiques, telle que l’Ordonnance 81-234 relative à l’abolition de l’esclavage.

L’atelier se poursuivra jusqu’au mardi 23 décembre 2025.

Cheikh Aïdara


Dernier Tango des Traversées 2025 : paroles aux femmes réfugiées

« Danser la littérature », thème central du festival de la 16ème édition 2025 Traversées Mauritanides, s’est achevé par une table ronde : « Regards croisés sur les femmes réfugiées ». Une clôture en apothéose, en présence de l’ambassadeur de l’Union européenne en Mauritanie, le Représentant du Haut-Commissariat pour les réfugiés, la présidente de l’Observatoire national des Droits de la Femme et de la Ffille, d’un sociologue, d’une avocate défenseuse des droits de l’homme et d’une écrivaine. Le tout, sous la modération du directeur du festival.

La grande salle de conférence de l’Institut français de Mauritanie (IFM), a fait le plein, ce jeudi 11 décembre 2025, à l’occasion de la célébration de la Journée internationale des droits humains. Une journée qui clôt une semaine de rencontres littéraires organisées par l’Association « Traversées Mauritanides ». Laquelle a accueilli du 1er au 7 décembre cette année plus d’une dizaine d’écrivains venus de France, du Luxembourg, des États-Unis, d’Allemagne et Cameroun, rejoints par la crème de la littérature mauritanienne.

Au menu de la soirée : « Regards croisés sur les femmes réfugiés ». Les intervenants, SEM. Joaquim Tasso Vilallonga, ambassadeur de l’Union européenne en Mauritanie, M. Tayyar Sukru Cansizoglu, Représentant du Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés (HCR) en Mauritanie, Me Fatimata Mbaye, avocate, Présidente de l’Association mauritanienne des droits de l’homme (AMDH), Mme Mehla Ahmed Talebna, ancienne ministre et Présidente de l’Observatoire national des droits de la Femme et de la Fille (ONDFF), Pr. Abdoulaye Sow, Sociologue, professeur à l’Université de Nouakchott et Mme Marième Derwich, écrivaine franco-mauritanienne.

Cette journée du 11 décembre 2025, avait un goût particulier, une note inédite sur un thème innovant. Une rencontre avec les réfugiées installées en Mauritanie, dont quelques représentants ont agrémenté de leur présence la qualité de la rencontre par leurs nombreux témoignages.

Plus de 300.000 réfugiés vivent en Mauritanie

Selon l’ambassadeur de l’Union européenne, la Mauritanie accueille 300.000 réfugiés, dont 120.000 réfugiés maliens installés dans le camp de Mberra et d’autres nationalités résidant dans les grandes villes du pays dont Nouakchott. Il soulignera, également, que l’Université de Nouakchott compte en son sein 80 étudiants réfugiés.

L’ambassadeur a salué, au passage, l’hospitalité légendaire dont jouissent les populations étrangères installées en Mauritanie et la solidarité dont elles bénéficient de la part de l’État mauritanien et de sa population. Il a cependant déploré le nombre toujours croissant des populations fuyant l’insécurité au Mali et la pression de plus en plus grande exercée sur les services sociaux de base, sur les services administratifs et les ressources naturelles, tels que l’eau, les pâturages, les zones de culture.

L’ambassadeur a déclaré, aussi, que les réfugiés ne sont pas que des chiffres et que derrière chaque réfugié, se cache une vie, une histoire, mettant en exergue l’extrême complexité de la femme réfugiée qui vit une double voire une triple vie, en termes de précarité et de vulnérabilité. Ces femmes traversent selon lui des obstacles plus élevés, par rapport aux hommes, notamment des difficultés liées à l’accès à l’éducation pour leurs enfants, la santé et leurs moyens de subsistance.

Il a salué toutefois la résilience et l’endurance des femmes réfugiées, qu’il dit lui-même avoir constaté, lors de ses nombreuses visites de terrain à Mberra. Leur force, dit-il, est immense. Elles sont enseignantes, leaders dans leur communauté et actrices vivaces au cœur de la vie sociale.

L’ambassadeur souligne que l’approche de l’Union européenne est basée sur le respect des principes fondamentaux des droits de l’homme et l’égalité entre les sexes. Il a salué dans ce contexte, l’énorme travail abattu par le HCR sur le terrain. Il a déclaré que l’Union européenne et ses États membres travaillent depuis des années pour soutenir les réfugiés et les communautés hôtes dans la gestion de l’accès aux services de base et l’atténuation des ressources.

L’action de l’Union européenne tourne autour de 4 principaux axes, selon Joaquim Tasso Vilallonga : la protection, notamment contre les violences basées sur le genre (VBG), l’éducation et formation professionnelle, l’autonomisation économique, à travers l’insertion, les financements via la microfinance et l’entreprenariat. La Délégation de l’UE œuvre ainsi, avec les autorités locales, la société civile, les communautés, à la consolidation de finances d’infrastructures sociales de base dans le domaine de la santé, de l’éducation et de la formation. Au cœur de ce dispositif, la promotion des droits des femmes réfugiées apparaît comme un pilier au cœur des valeurs européennes. Objectif : faire en sorte que chaque femme réfugiée puisse vivre en sécurité dans la paix et parvienne à réaliser son plein potentiel en conservant sa liberté de choix sur sa vie.

Le HCR et les réfugiés

Le Représentant du HCR, Tayyar Sukru Cansizoglu, a salué à son tour l’extrême résilience des femmes réfugiées, leur créativité et détermination. Son institution a toujours été aux côtés des réfugiés, a-t-il déclaré, en leur offrant la protection et en leur fournissant plusieurs formes d’assistances humanitaires : autonomisation et sécurité.

Il a, toutefois, évoqué les défis que connaît son institution en termes d’opportunités à offrir aux réfugiés, notamment dans le domaine de la formation professionnelle et de la protection des structures communautaires. Il a cité les nombreuses interventions du HCR, en particulier le financement d’Activités génératrices de revenus (AGR) ou encore dans le domaine de la santé, par la prise en charge des survivantes de VBG et dans la formation de médiatrices sociales.

Il a mis en exergue le rôle que le HCR joue dans l’amplification du rôle des femmes réfugiées qui ne sont pas, selon lui, seulement des demandeurs d’aide, mais aussi des piliers au sein de leur communauté.

Leila, réfugiée et veuve

Le public a suivi avec beaucoup d’émotions, le témoignage de Leïla, formatrice en informatique, réfugiée Centrafricaine, veuve et mère de 2 enfants. Elle a parlé de ses problèmes d’insertion face au barrage linguistique, sa vie au jour le jour pour entretenir ses enfants, ses maigres moyens de subsistance et de ceux liés à ses difficultés d’accéder à un travail à cause de son statut de réfugiée. Elle a parlé de la difficile d’intégration et du statut de réfugié non respecté. Ce problème toucherait même, selon elle, de hauts diplômés réfugiés qui ne peuvent pas accéder au marché du travail en Mauritanie parce qu’ils sont réfugiés.

Deux autres réfugiées, dont une élève, ont-elles aussi fourni leurs témoignages, des histoires de vies brisées, d’avenir en bandoulière et de solutions à imaginer.

A ce titre, le public a été ému par un beau texte écrit et déclamé par Fatimata Ansari, élève réfugiée et scolarisée au Lycée français Théodore Monod de Nouakchott. Elle a été récompensée par un long standing ovotion pour sa brillante plume ciselée et certainement promise à l’écriture ! Et Bios Diallo, dira : « Ce soir nous vous avons écouté ici, sans doute que nous aurons un jour comme invitée aux Traversées comme écrivain. Bravo! »

L’ONDFF ouvert aux femmes réfugiées

Dans son intervention, Mme Mehla Ahmed Talebna, a exprimé son regret de n’avoir jamais été sollicitée par les femmes réfugiées, déclarant que les portes de son observatoire leur sont ouvertes. Elle a toutefois rappelé que l’ONDFF est une institution consultative du gouvernement mauritanien chargée de donner son avis sur les droits des femmes et des filles. Il s’agit, selon elle, d’une institution récente, créée il y a juste 4 ans et qui souffre encore de la faible coordination avec d’autres structures de l’État. Elle a déploré la faible prise en compte du statut des réfugiés, qui jouissent pourtant de la protection internationale, rapportant le sort qui leur est réservé en Mauritanie à des disfonctionnements sur certains axes des lois.

« Aucune femme étrangère vivant en Mauritanie n’a jamais contacté l’ONDFF », a-t-elle martelé. Sa structure pourrait les aider ou les évoquer, ne serait-ce, selon elle, que dans le rapport annuel adressé au Chef de l’État. Mme Mehla Ahmed Talebna a indiqué que jusque-là, l’ONDFF ne s’est intéressée qu’à la santé mentale des femmes réfugiées et qu’elle peut s’ouvrir sur d’autres chantiers pour elles. Cette table ronde l’éclaire donc, et à l’avenir des synergies pourront se construire avec toutes celles qui en feront la demande.

Juriste, Sociologue et écrivain face aux femmes réfugiées

Me Fatimata Mbaye a parlé des conventions internationales ratifiées par la Mauritanie qui obligent l’État à respecter et à protéger les droits des réfugiés, détenteurs, de la carte du HCR. Elle a déploré des cas de refoulement de réfugiés au cours du renvoi des étrangers en situation irrégulière, des cas de réfugiés diplômés obligés d’abandonner leurs études, ou encore des difficultés pour eux de trouver du travail, ou assurer à leurs enfants une scolarité normale. Pour elle, ceci ne résulte que de problèmes d’application de la loi.

Le Pr. Abdoulaye Sow a posé le problème de la femme réfugiée, et les difficultés qu’elle rencontre pour éduquer ses enfants dans des circonstances aussi difficiles de précarité. Se disant touché par les propos entendus, il dit que : « Quand dans une société la femme est piétinée, c’est toute l’humanité qui est piétinée ».

À la suite du sociologue, l’écrivaine Marième Derwich souligne la part humaine à entretenir face aux femmes réfugiées. Au cours de son intervention, elle a évoqué les femmes réfugiées à travers le monde, celles venues de divers horizons pour trouver refuge en Mauritanie, mais également des mauritaniennes victimes des évènements des années 90. « Elles sont triplement persécutées, en tant que femmes arrachées à leur terroir, en tant que femmes exilées pendant des décennies, et en tant que femmes, reversées dans un pays qu’elle retrouve après tant de souffrance et de traumatisme ».

Le directeur des rencontres Traversées Mauritanides, Bios Diallo, a conclu la rencontre de la plus belle des manières, dans un ramassis d’éloquence où se sont mêlés des hommages aux écrivains présents à cette 16ème édition, aux sponsors qui ont soutenu le festival, aux écoles et aux sites ayant accueilli les écrivains et activités, à l’Université de Nouakchott, aux publics qui ont embelli les échanges et aux équipes qui l’ont accompagné dans la réussite de l’événement.

Rendez-vous est pris, pour la 17ème édition en 2026, avec des « Traversées Mauritanides» toujours innovantes. Inchallah.

Cheikh Aïdara


Journée Internationale des Droits de l’Homme, le mouvement IRA lance le débat sur les droits civils et politiques en Mauritanie

L’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA) a célébré la Journée Internationale des Droits de l’Homme, le 10 décembre 2025, sous le thème « Accès des Mauritaniens aux droits civils et politiques ». C’était en présence d’un public nombreux, composé de chefs de partis de l’opposition, de députés, de sympathisants et membres du mouvement.

L’ambiance était à la mobilisation, dans le nouveau siège du mouvement IRA sis à la Cité Plage de Nouakchott. C’était à l’occasion de la célébration du 10 décembre, Journée Internationale des droits de l’homme. Le débat était lancé sur l’accès des Mauritaniens aux droits civils et politiques.

Plantons le décor

Le ton était d’emblée donné par cette ribambelle de véhicules massés autour des lieux, par cette exubérance populaire dont le trop plein était massé devant l’immeuble. A l’intérieur, c’était fool. Des femmes en tenues traditionnelles donnaient le tempo, chantant, claquant des mains, tambourin au diapason, injectant dans l’atmosphère une ambiance des grands jours.

En haut, là où se trouve la salle de réunion, la porte était close. C’était plein à craquer. A l’intérieur, une foule d’hommes et de femmes, des visages connus de la scène politique, mélange d’opposition dite radicale, d’une frange dite modérée, d’opposants au profil ambigu, avec des dehors d’opposants et un pas dans l’antichambre du pouvoir, selon certaines classifications.

Le député Birame Dah Abeid, président du mouvement IRA, trois fois dauphins aux dernières élections présidentielles (2014, 2019 et 2024), continue de battre des records de rejet de la part du pouvoir, après une période où le glamour avec l’actuel occupant de la Maison Brune, n’a pas pu résister aux forces centrifuges du « Système profond ou Dawlal Amigha ».

Tout frais de retour au pays, après une longue tournée en Europe, Birame Dah Abeid a pu, l’instant d’un symposium, réunir une importante partie du Ghota politique national. Une opposition dans toute ses facettes.

Une présence politique florès

Sur la table officielle, l’ancien président de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), Mohamed Vall Ould Bellal, qui fut ministre, pilier du pouvoir, Me. Lo Gourmo, avocat et cadre du parti Union des Forces du Progrès (UFP), Sidi Ali Ould Mohamed Khouna, ancien ministre, devenu paria et maints fois emprisonnés pour sa défense de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, Mohamed Ould Djibril, ancien Premier ministre sous Ould Abdel Aziz, lui aussi traqué pour sa fidélité, Abdi Salem Ould Horma, président du parti Sawab, qui sert de parapluie politique à Birame et ses partisans,

Ladji Traoré, activiste, militant engagé qui a accompagné l’évolution politique de la Mauritanie depuis son indépendance en 1960, Hamadi Ould Sid’El Mokhtar, président du parti islamiste Tawassoul, et son ex-compagnon, Mohamed Jemil Mansour, acteur politique, premier président du parti Tawassoul, leader d’un part politique nouvellement reconnu, Samba Thiam, président du parti FPC et Oumar Ould Yali du parti RAG, deux formations politiques que les pouvoirs successifs de Aziz et de Ghazouani refusent de reconnaître pour des considérations personnelles.

Il y avait également l’artiste Maalouma Mint Meydah, ancienne chantre du parti RFD d’Ahmed Ould Daddah, ancienne sénatrice et voix libre. Parmi aussi l’assistance, plusieurs députés, des représentants d’organisations internationales, quelques diplomates, des sympathisants, des militants, une flopée de journalistes, de caméras, des blogueurs…

Un discours galvaniseur

Birame Dah Abeid n’a pas dérobé à sa rhétorique habituelle, pleine de verve. Un survol laconique de l’histoire politique, des premiers espoirs nés du pluralisme au début des années 90, à la confiscation forcée de l’Etat par les prétoriens, au blocage du processus de dévolution pacifique du pouvoir, au verrouillage dans la reconnaissance des partis sous le régime actuel. Un glissement vers la confiscation des libertés sous le couperet de la loi des symboles, une arme de répression contre les voix dissonantes. Des forces armées et de défense érigées en gardiens du système dominant, la tribalisation du vote et le dévoiement du processus démocratique.

Pour Birame, il est temps que la population mauritanienne soit préparée à exercer ses droits civiques et à reconquérir à travers la mobilisation citoyenne ses droits spoliés.

Le débat fut lancé et des interventions effilochées engagées, contre l’accumulation des injustices et des violences des droits humains en Mauritanie.

Cheikh Aïdara

Allocution du Président Biram Ould Dah Ould Abeid et introduction

Je souhaite la bienvenue aux dignes représentants de la classe politique et civile de la Mauritanie

Cette année, l’Ira décide de commémorer la journée internationale des droits de l’homme sous le thème « L’accès des Mauritaniens à leurs droits civils et politiques »

Après l’arrêt prématuré de la croissance de l’Etat postindépendance, notre pays ne tarda à subir un accident de l’histoire qui portera, à sa tête, la violence des luttes intestines, entre les prétoriens, désormais convertis en politiciens. Après quelques années de gouvernance militaire brute, 1992 a inauguré une ère d’ouverture au pluralisme. La tentative, sobre au demeurant, dévoilait à quel points ses auteurs se méfiaient du peuple. Le verrouillage méticuleux des mécanismes de l’alternance dans les urnes, réduit les possibilités d’une compétition ouverte qui nourrirait l’espoir d’un changement majeur de la gouvernance, par la vertu, la probité, la sanction et de la récompense. Ainsi, le pouvoir du moment, fruit d’une confiscation autoritaire, sous des habits civils et revolver à portée, ne cesse de modeler puis de remanier les règles de reconnaissance des partis, au point de provoquer une pénurie artificielle.

Pire, l’application de la loi dite « des symboles » n’a produit qu’arrestations et emprisonnements et le nombre de ses victimes s’allonge, d’une année à la suivante. Quant aux forces armées et de sécurité, elles agissent, durant les périodes d’expression du suffrage universel, toujours au service des partisans de l’actuel Chef de l’Etat. L’on se souvient des bureaux de vote réservés à telle ou telle tribu. Autre exemple, celui de Rag devient un cas d’école. Issu de la mouvance de l’opposition née durant le début du siècle autour de la promotion des droits humains, le Parti ne dispose pas encore de l’autorisation requise, en dépit de son essor constant lors des consultations nationales.

Le recensement, le découpage électoral, la liste non consensuelle, l’implication forcée des fonctionnaires au sein des campagnes de la coalition du chef de l’Etat, constituent autant de sujets de discorde, du moins d’un contentieux sur la partialité du système d’arbitrage.  Or, il nous revient, je crois tous ici, de préparer, la population, à exercer ses droits civiques. Le premier consiste en la faculté de détenir une identité administrative, à l’abri de la moindre contestation.

Aussi, en ce jour de solennité, je vous propose de travailler ensemble afin à déclencher une mobilisation citoyenne afin de reconquérir, avec nos compatriotes, tout ce dont nous sommes spoliés.  Nous œuvrerons à consolider la démocratie, raffermir le respect des droits humains et relever le niveau de la lutte contre le racisme, l’impunité et la discrimination à l’égard des femmes. L’Ira, au risque de rester seule, réitère son engagement à favoriser le recul du recours à la violence d’où qu’elle vienne et quelque soit son motif, et l’abolition de la peine de mort. Enfin, elle demande encore une fois au gouvernement mauritanien, de signer le Protocole de Rome, créant la Cour pénale internationale (Cpi).

Je vous remercie


Migration de la main d’œuvre, vers l’élaboration d’une Stratégie nationale en Mauritanie

Nouakchott a abrité mercredi 10 décembre 2025, l’atelier de lancement de l’élaboration de la Stratégie Nationale de migration de la main d’œuvre. Il s’agissait pour les participants de discuter des modalités du processus entamé et de dégager des pistes d’exécution pour les phases ultérieures.

En ratifiant la Convention 143 de l’OIT sur les travailleurs migrants, la Mauritanie avait exprimé dès l’entrée en vigueur de cette convention en 2020, son engagement à améliorer les conditions de travail et la protection des migrants sur son sol, ainsi que sa volonté à aligner sa législation avec les normes internationales à ce sujet.

La Mauritanie ouverte à la main d’œuvre étrangère

L’atelier de lancement de la Stratégie Nationale de migration de la main d’œuvre, organisé par le Ministère de la Fonction Publique et du Travail avec l’appui du Bureau International du Travail (BIT) le mercredi 10 décembre 2025 serait l’illustration de l’ouverture de la Mauritanie à la main d’œuvre étrangère, comme cela transparait dans le mot prononcé à l’occasion par le Secrétaire général du ministère, M. El Bekaye Abdel Kader El Khou.

Il voit dans cette démarche, une volonté des pouvoirs publics d’organiser la migration en Mauritanie, avec l’appui de ses partenaires, afin d’offrir de meilleures perspectives pour la main d’œuvre étrangère dans le pays. Il s’agit aussi selon lui d’améliorer les relations de partenariat dans le domaine de la libre circulation de la main d’œuvre migrante, soulignant que la Mauritanie est toujours ouverte à la présence de cette main d’œuvre en provenance de pays amis et frères, tout en restant convaincue que des traitements similaires seront réservés à ses ressortissants établis à l’étranger.

La mobilité des travailleurs chère à l’OIT

Auparavant, Aurélie Segatti, spécialiste de la migration du travail de l’OIT pour l’Afrique du Nord et la Corne de l’Afrique, avait salué la ratification par la Mauritanie de la Convention 143, ce qu’elle considère comme un pas important franchi, avec des études sur les métiers en tension dans divers secteurs de l’économie mauritanienne et l’appui aux services publics de l’emploi (TECHGHIL) pour le placement à l’international des travailleurs, entre autres réalisations.

Elle a évoqué l’adoption en 2011 d’une stratégie nationale de gestion de la migration avec l’appui de l’Union européenne et dont la mise en œuvre n’a été réalisée qu’en 2022. Elle a rappelé l’importance attachée par l’OIT à la mobilité de la main d’œuvre qu’elle place au cœur de son mandat normatif, pour guider les Etats sur les droits fondamentaux des travailleurs issus de la migration.

Main d’œuvre migrante, une vieille histoire

Guité Diop, qui a travaillé pendant des années comme Point Focal du BIT en Mauritanie et qui gère actuellement le Projet FMM à partir d’Abuja (Nigéria) est revenu sur les projets antérieurs, comme le Projet BIT/Migrant, AMEM, FMM, ainsi que leurs acquis.

Parlant du Projet BIT/Migrant (2008-2012) qui concernait la Mauritanie, le Mali et le Sénégal, il a précisé que pour des raisons sécuritaires au Mali, le projet s’était finalement focalisé sur le Sénégal et la Mauritanie. Il a souligné qu’il a démarré au Sénégal et que ses outils ont été adaptés à la Mauritanie. Il s’articulait autour de 4 axes, le renforcement des structures en charge du travail avec les institutions, l’amélioration de l’articulation Emploi/Formation pour répondre aux besoins du marché du travail, le renforcement de la mobilité et l’appui à la réinsertion des migrants, la promotion et l’insertion des travailleuses migrantes avec comme exemple la migration circulaire avec l’Espagne.

Comme résultats, ce projet avait permis, selon lui, d’établir des bases de données sur l’emploi malgré quelques limites. Ces résultats, d’après lui, ont cependant profité à l’ANAPEJ dans ses statistiques avec l’appui de partenaires.

Ces bases de données ont permis de faciliter la gestion des demandes d’emplois en concertation avec les employeurs. Cela a permis aussi le processus ayant conduit à l’élaboration du manuel de l’employabilité et l’amélioration de la cartographie des Service d’appui à l’emploi.

Revenant sur les acquis du Projet Appui à la Migration Equitable pour le Maghreb (AMEM 2018-2022), Guité Diop a rappelé les 3 axes autour desquels ce projet a travaillé en Mauritanie. Il s’agissait du renforcement du système d’informations autour de la main d’œuvre migrante, le renforcement du dialogue social, une meilleure cohérence d’approche entre les services publics et privés de l’intermédiation et de la protection.

S’agissant du projet actuel FMM, Appui à la libre circulation des personnes et des migrants en Afrique de l’Ouest, lancé en mai 2025 pour quatre ans, et financé par l’Union européenne, la Mauritanie, selon Guité Diop, est considérée comme un des pays prioritaires dans ce projet.

Débats et clôture

Après les débats ouverts après cette présentation, les participants ont suivi un aperçu du cadrage technique de la stratégie envisagée. Il s’est agi d’aborder l’aspect relatif au benchmark international, aux cadres régionaux et les études de cas.

Enfin, la rencontre s’est achevée par la proposition d’un canevas des étapes suivantes et de leurs modalités. Dans ce cadre, l’experte de l’OIT, Aurélia Segatti, a proposé l’organisation de trois ateliers en 2026. Un travail qui devrait être consacré à l’analyse situationnelle, après le recrutement de trois consultants dont au moins, un consultant international. Ce sera une sorte de Task Force chargée de suivre le processus de validation nationale et régionale jusqu’à l’élaboration de la stratégie finale.

L’atelier a été clos par le Directeur général du Travail, Hamoud Ould T’Feïl. Il faut noter la présence durant l’ouverture officielle du Secrétaire général du Ministère de l’Autonomisation de la Jeunesse, de l’Emploi, des Sports et du Service Civique, celle de la représentante de la Délégation de l’Union européenne en Mauritanie. L’ensemble des parties prenantes étaient aussi présentes, en l’occurrence le Patronat et les principales centrales syndicales du pays, UTM, CGTM et CLTM, mais aussi les représentants de partenaires techniques et financiers.

Cheikh Aïdara