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Birame Dah Abeid fustige la plateforme d’entente politique entre le duo RFD-UFP et le parti INSAF

Au cours d’une conférence de presse animée jeudi 10 août 2023 à Nouakchott, le député et président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), Birame Dah Abeid trouve indécente et incohérente la plateforme d’entente politique conclue entre deux partis d’opposition, l’Union des Forces Progressistes (UFP) et le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) avec le parti au pouvoir, INSAF, au détour d’une audience avec le président Ghazouani.

Birame Dah Abeid au micro – Crédit Aidara

Le président du mouvement IRA et député Birame Dah Abeid a animé le 10 août dernier une conférence de presse au cours de laquelle il a abordé la crise nigérienne, l’emprisonnement du député Mohamed Bouya et la plateforme d’entente UFP-RFD-INSAF.

Une entente politique indécente

Pour Birame Dah Abeid, la nouvelle entente entre le duo UFP-RFD avec le parti INSAF vient s’ajouter au mépris qu’une partie de la classe politique mauritanienne ne cesse d’infliger au peuple mauritanien. Il trouve indécente que des partis dits d’opposition puissent magnifier une telle entente avec un régime et un parti politique qu’il a traité de « partis des voleurs et des pilleurs »

@Crédit Aidara

Selon lui, cette plateforme est une insulte au peuple mauritanien. Il trouve inconcevable qu’une telle entente puisse être souscrite par des partis dits de l’opposition après les dégâts causés par le régime de Ghazouani depuis son arrivée au pouvoir en 2019. Il a cité pêle-mêle, la rupture de la convivialité entre les communautés du pays, la destruction de la culture, l’oppression des langues, la persistance de l’esclavage et du racisme, le pillage des richesses, la corruption galopante, les détournements des deniers publics, ainsi que le viol de la Constitution, sans compter la domestication du pouvoir judiciaire et du pouvoir parlementaire, la fraude électorale, l’interdiction des partis politiques, la confiscation des terres, etc.

 Affaire Mohamed Bouya, une agression contre la Constitution

Pour Birame Dah Abeid, l’immunité parlementaire n’a plus aucun sens en Mauritanie, dans la mesure où les députés peuvent être dépouillés de leur immunité et jeté en prison, par la seule volonté de l’Exécutif, même durant l’expression de leurs idées sous la coupole de l’Assemblée Nationale.

Pour le président du mouvement, c’est une première dans l’histoire du pays et une agression caractérisée contre les électeurs mauritaniens qui ont élu ce député. Il s’agit, selon lui, d’une charge mortelle contre la séparation des pouvoirs, contre l’esprit démocratique et contre la Constitution.

Il a déclaré par ailleurs avoir toujours mis en garde l’Etat mauritanien contre l’utilisation de l’islam à des fins politiques, fustigeant cette pente dangereuse amorcée sous le règne de Mohamed Ghazouani et son prédécesseur Mohamed Abdel Aziz pour contrer la montée du parti islamiste Tawassoul.

Cela s’est traduit selon lui, par l’adoption d’une loi condamnant le blasphème à la peine capitale sans possibilité de repentir, ce qui selon lui n’existe dans aucune législation islamique. Il s’agit, dira-t-il en substance, d’une invention pour des raisons politiques et populistes.

Cette loi, a souligné Birame est ridicule dans la mesure où ses dispositions sont inapplicables, car la peine de mort n’est plus appliquée en Mauritanie. D’autre part, il trouve que le président Ghazouani n’a plus besoin de la portée politique de la loi, puisqu’il n’y a plus une confrontation réelle entre son pouvoir et le parti Tawassoul.

 Mohamed Bouya serait en définitive poursuivi, entre autres griefs avancés, pour avoir réclamé la peine de mort pour le blasphème d’une lycéenne dans sa copie au baccalauréat. L’incohérence, selon Birame est de poursuivre un député pour avoir demandé l’application de la loi.

Les démocraties à l’africaine, principale cause des coups d’Etat

S’exprimant sur le coup d’Etat au Niger, le député et président du mouvement IRA trouve que la fusion entre la jeunesse et les populations africaines autour des putschistes face à leurs gouvernements tirés par la France, est une réalité que l’Afrique de l’Ouest en particulier vie depuis quelques années. Il est en effet, selon lui, un sentiment ardent pour la décolonisation complète des Etats qui forment cet espace qui commence à germer çà et là.

@Crédit Aidara

Ce ras-le-bol face à une colonisation permanente qui perdure depuis les indépendances avec la complicité d’acteurs locaux aux commandes des Etats sourd de plus en plus à travers la région sahélo-soudanaise, explique Birame. Selon lui, les démocraties de façade qui ont fleuri partout en Afrique de l’Ouest et les régimes frauduleux qu’ils produisent oppriment les peuples qui n’ont connu que la pauvreté, le délabrement des institutions éducatives et sanitaires, l’absence de progrès et de bien-être, le chômage endémique.

Ces populations n’ont connu, selon lui, que des régimes corrompus où les richesses nationales sont bradées au profit d’une oligarchie au pouvoir et de leurs satellites, la confiscation des libertés, l’asservissement des pouvoirs judiciaires et législatifs par des pouvoirs exécutifs maintenus à coups de fraudes électorales.

Conclusion pour Birame, les populations ouest-africaines et du Sahel n’ont ainsi plus d’espoir quant à une alternance pacifique au pouvoir détenu par des oligarques dont chaque réélection frauduleuse est saluée par la communauté internationale. Ces présidents issus de tels scrutins seront toujours considérés comme des présidents démocratiquement élus, bien que tous savent qu’ils sont mal élus, tant qu’ils préserveront les intérêts des puissances qui exploitent les richesses de leurs pays et dont ils tirent eux-mêmes de substantiels subsides.

Il a donné comme exemple l’élection en 2019 de Mohamed Cheikh Ghazouani, félicité par la France et l’Espagne, avant même la proclamation des résultats officiels par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et le Conseil constitutionnel.

Il n’est donc pas étonnant, selon Birame, que les populations ouest-africaines et leur jeunesse, saluent toute prise de pouvoir, tant qu’elle les délivre des régimes qui les dirigent. Selon lui, le club des Chefs d’Etat qui forme la CEDEAO n’a laissé aucune alternative à leurs populations, parce qu’ils ont verrouillé la porte de l’alternance politique, en ne laissant ouverte que celle qui mène vers les renversements militaires de leur pouvoir.

Cheikh Aïdara


Rencontre entre la société civile mauritanienne et le président de l’ECOSOCC, modalités d’accréditation auprès de l’Union Africaine

Le président du Conseil économique, social et culturel (ECOSOCC) de l’Union africaine, Khalid Boudali, a échangé les 9 et 10 août 2023 à Nouakchott avec la société civile mauritanienne. Il a expliqué les modalités d’accréditation auprès de l’Union africaine, ainsi que le rôle de la société civile dans l’atteinte des objectifs fixés par l’Agenda 2063 de l’instance régionale.

Khalid Boudali (3ème à partit de la gauche) entouré de leaders de la société civile – Crédit Aidara

Au dernier jour de sa rencontre à Nouakchott avec la société civile mauritanienne, le 10 août 2023, Khalid Boudali, président de l’ECOSOCC, a d’abord remercié les autorités mauritaniennes pour les facilités qui lui ont permis de mener à bien sa mission en Mauritanie. Il a salué d’autre part les efforts déployés par les pouvoirs publics en vue de la réalisation des objectifs de développement durable (0DD) 2030 et ceux fixés par l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Une contribution appréciable à la communauté africaine

« La persévérance constante et l’engagement profond du gouvernement et du peuple mauritanien à concrétiser les aspirations du continent africain reflètent leur sincère volonté et leurs efforts continus en vue d’avancer et de prospérer » a-t-il déclaré. Il précise que « la Mauritanie a grandement contribué à la communauté africaine ».

Vue partielle de la salle – Crédit Aidara

Il a salué par ailleurs le rôle de la société civile mauritanienne dont il a magnifié la compétence et la qualité des leaders. « Face aux défis contemporains et aux développements successifs, les organisations de la société civile en Mauritanie, membres de l’ECOSOCC, continuent de servir comme exemple en matière de coopération avec les autorités publiques » a-t-il relevé.  

Il souligne qu’en participant « à la mise en œuvre des décisions, programmes et politiques gouvernementales, ces organisations jouent un rôle crucial dans la transformation des objectifs nationaux en réalisations concrètes ».

Les accréditations à l’Union africaine

Khalid Boudali a expliqué aux participants les nouvelles règles d’accréditation de la société civile auprès des différents organes de l’Union africaine. Dorénavant, a-t-il souligné en substance, les organisations désireuses de travailler avec l’instance africaine doivent passer par un Chapitre national.

Une partie des participants- Crédit Aidara

Selon lui, la Mauritanie pourra étoffer sa représentativité auprès des instances spécialisées de l’Union africaine à travers ses organisations de la société civile.

Il faut souligner que le président de l’ECOSOCC est venu à Nouakchott sur invitation des organisations de la société civile mauritanienne membres de l’ECOSOCC, dont l’ONG ADIG. Celles-ci lui avaient adressé le 31 juillet 2023 une lettre dans ce sens.

La rencontre s’est achevée par des échanges et une photo de famille.

Cheikh Aïdara / Groupe des Journalistes Mauritaniens de Développement

ENCADRE

Le Conseil économique, social et culturel (ECOSOCC) de l’Union africaine

L’ECOSOCC a été créé en juillet 2004 comme organe consultatif composé de différents groupes sociaux et professionnels des Etats membres de l’Union africaine.

Son objectif est de donner aux organisations de la société civile africaine l’occasion de jouer un rôle actif dans l’élaboration et la mise en œuvre des principes, politiques et programmes de l’union.

L’ECOSOCC réunit deux organisations de la société civile par Etat membre, 10 au niveau régional, 8 au niveau continental, 20 de la diaspora et 6 en qualité de membres de droit.

Il est composé d’une Assemblée générale, organe de prise de décision composé de tous les membres, un Comité permanent de 18 membres composé du Bureau, de présidents des 10 groupes sectoriels et 2 représentants de la Commission de l’UA. Le mandat est de 2 ans. L’ECOSOCC comprend aussi un Comité de vérification des pouvoirs, des groupes sectoriels, des chapitres nationaux et un secrétariat.

L’Assemblée générale de l’ECOSOCC se réunit tous les deux ans en session ordinaire.


Fin du projet « Prévention de l’extrémisme violent à travers l’insertion des jeunes en conflit avec la loi », l’heure du bilan

A la fin du projet « Prévention de l’extrémisme violent à travers l’insertion des jeunes en conflit avec la loi et le renforcement de l’accès aux droits et à la justice », acteurs locaux et étrangers ont tiré le bilan de leurs activités au cours d’un atelier organisé à Nouakchott du 2 au 4 août 2023. La réflexion a porté sur le défi lié à la durabilité et à la pérennité des approches développées par le projet durant ses 18 mois d’existence.

Table des officiels à la clôture – Hélène Phan et Nevissa Habiboullah (3ème et 4ème à partir de la gauche)- Crédit Aidara

Le projet « Prévention de l’extrémisme violent à travers l’insertion des jeunes en conflit avec la loi et le renforcement de l’accès aux droits et à la justice » s’achève le 13 août 2023, après 18 mois d’intenses activités entre acteurs mauritaniens (gouvernement et société civile), et partenaires techniques d’exécution, en l’occurrence l’Organisation des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) et le Bureau international du travail (BIT), avec le soutien du Fonds du Secrétaire général des Nations Unies pour la consolidation de la paix.  

« Ce projet de 18 mois est mis en œuvre à Nouakchott, Nouadhibou et Kiffa. Il cible à la fois les jeunes en conflit avec la loi mineurs (15-18 ans) et adultes (18-24 ans) » selon la note conceptuelle du projet.

Atelier multi-acteurs

Du 2 au 4 août 2023 à Nouakchott, plusieurs représentants venant des départements de la Justice, de la Jeunesse, de l’Economie, des Affaires Sociales, de l’Emploi, du Travail, de la Sûreté et de la Garde Nationale, en plus du directeur général du Centre d’Accueil et de Réinsertion Sociale des Enfants en Conflit avec la loi (CARSEC), ont pris part à l’atelier de clôture du projet. Il était question de réfléchir sur la durabilité et la pérennité des approches développées.

Henri Ebelin (BIT) présente les réalisations du projet – Crédit Aidara

L’objectif de l’atelier était de promouvoir une meilleure prise en charge des besoins des enfants et jeunes en conflit avec la loi en Mauritanie, à travers la présentation des résultats du projet et une réflexion collective autour de la pérennisation de ses initiatives phares.

Quelques recommandations

Au cours de leurs recommandations, les participants ont insisté sur la nécessité d’assurer l’autonomisation de ces jeunes et leur total accès aux services de justice.

Représentants de différents acteurs – Crédit Aidara

Avec le guichet Techghil du ministère de l’Emploi, il a été relevé quelques dysfonctionnements au niveau de Nouadhibou où les moins de 18 ans n’ont pas accès aux fonds destinés à l’auto-emploi.

Parmi les recommandations, certains ont mis l’accent sur la nécessité de développer un plaidoyer fort pour introduire la culture du parrainage dans les mœurs avec appel aux philanthropes. D’autres ont plaidé pour le renforcement des capacités matérielles des CARSEC et l’augmentation du salaire des encadreurs.

L’appui psychologique des enfants et jeunes en conflit avec la loi a été sollicité, mais surtout le renforcement de l’appui accordé aux brigades des mineurs.

Un projet prioritaire pour le Ministère de la Justice

Clôturant les travaux de l’atelier, Nevissa Mohamed Houcein Habiboullah, Conseillère du Ministre de la Justice, a indiqué que grâce aux efforts conjugués des différents acteurs du projet, 59 jeunes membres d’associations ont pu suivre des stages de formation sur la prévention des crimes et la réinsertion socioprofessionnelle des jeunes en conflit avec la loi.

Forte présence de femmes – Crédit Aidara

Elle a aussi évoqué l’appui que le département de la justice a apporté aux différents CARSEC, notamment l’ouverture d’un nouveau centre d’accueil à Kiffa, ce qui, selon elle, va rapprocher les jeunes en conflit avec la loi de leurs juges naturels et de leurs familles, contribuant ainsi à leur réinsertion dans leur milieu.

L’accent a été surtout mis sur la formation professionnelle des jeunes, a indiqué Nevissa Habiboullah, notamment à Nouakchott et Nouadhibou, ce qui a facilité, selon elle, l’insertion de 82 jeunes filles et garçons en conflit avec la loi, à travers des stages obtenus grâce aux partenariats tissés avec quelques entreprises et centres de formation. Ceci sans compter les « Journées portes ouvertes sur les métiers » qui profitent chaque année, pendant quatre jours, à 155 jeunes en conflit avec la loi.

Elle a aussi cité l’identification de 212 jeunes incarcérés au niveau des commissariats de police et dans les prisons, avec un plan d’appui à leur profit ainsi qu’un plan d’insertion individuelle.

L’ONUDC accompagne les efforts des partenaires locaux

Auparavant, Hélène Phan, Cheffe du Bureau de l’ONUDC à Nouakchott, a mis l’accent sur la fragilité des jeunes objets du projet qui vient de s’achever et la nécessité de les appuyer pour les extirper des voies détournées de la délinquance juvénile.

Vue partielle – Crédit Aidara

Elle a mis l’accent sur l’apport important du système judiciaire, soulignant qu’il s’agit de cibles psychologiquement faibles face à la marginalisation et à la stigmatisation dont ils sont souvent l’objet, ce qui les empêche de bénéficier au même titre que les autres jeunes des mêmes opportunités de travail. D’où, dira-t-elle en substance, la nécessité d’adopter l’approche développée par le projet pour faciliter la réinsertion sociale de ces jeunes et leur réhabilitation, afin de leur permettre de participer à la vie sociale et de profiter des chances offertes par ce projet porté par le ministère de la Justice.

Communications et travaux de groupes

Les deux premiers jours de l’atelier ont été marqués par plusieurs présentations et travaux de groupes autour de trois thématiques sur les recommandations de l’étude réalisée par une consultante sur les trajectoires de vie des jeunes en conflit avec la loi et la cartographie.

Vue de la salle – Crédit Aidara

Il s’agit de recommandations relatives à la promotion du rôle des jeunes dans la résolution des conflits impliquant les enfants et jeunes en conflit avec la loi, des recommandations relatives à l’accès aux droits et à la justice, et enfin, l’inclusion et la participation socioéconomique de ces enfants et jeunes. Il a été question dans ce dernier volet de l’appui aux familles, du financement et de l’accompagnement des entreprises qui accueillent les stagiaires en provenance des CARSEC.

Parmi les communications qui ont marqué les premiers jours, le contexte du projet et les résultats de sa mise en œuvre par Nevissa Habiboullah, une présentation des CARSEC par le directeur général, Sid’Ahmed Jeddou, l’étude sur les trajectoires des enfants en conflit avec la loi, par Marie-Charlotte Bisson, consultante.

En plus de Henri Ebelin du bureau BIT Mauritanie qui a présenté le dernier jour le récapitulatif des recommandations issues des différents travaux de groupes, plusieurs associations de jeunes formés dans le domaine de la prévention des crimes et la réintégration des jeunes en conflit avec la loi, venus de Nouakchott, Nouadhibou et Kiffa, ont présenté leurs réseaux et les actions qu’ils ont menés.

Cheikh Aïdara


ONG AMAMI, renforcer la capacité de la société civile en matière de budget sensible à la nutrition

Les locaux de l’Association Mauritanienne d’Aide aux Malades Indigents (AMAMI) ont abrité jeudi 27 et vendredi 28 juillet 2023 un atelier de renforcement de capacité des organisations de la société civile sur l’analyse et le suivi budgétaire des politiques de nutrition. L’entrée en vigueur à partir de 2024 du budget programme entretient l’espoir selon les participants, car il pourrait, selon eux, remédier au flou entretenu sous l’ancien système classique de budgétisation qui empêchait toute traçabilité des allocations affectées à la nutrition.

Vue partielle des participants, présidents d’ONG et experts – Crédit Aidara

Les participants, responsables d’associations actives dans le domaine nutritionnel, ont suivi au deuxième jour de l’atelier, un documentaire sur les actions menées par l’ONG AMAMI intitulé « Réponse à l’urgence nutritionnelle au Hodh Gharbi » qui a comporté des reportages sur un Centre de récupération nutritionnelle pour la malnutrition aigüe sévère (CRENAS) au niveau d’un centre de santé, le témoignage de bénéficiaires et d’agents de terrain. La prise en charge de la malnutrition et son dépistage auprès des enfants de 6 à 59 mois, la formation d’agents et de volontaires, le diagnostic communautaire, les groupes d’apprentissage pour femmes enceintes et allaitantes, ainsi que l’amélioration de l’accès à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement. Ce sont là les différents aspects sur lesquels ont porté les actions de l’ONG AMAMI, en plus de la distribution et la formation sur les micronutriments et la formation des femmes sur l’utilisation du chlore.

Extrême gauche (expert) 2ème à partir de la gauche Moulaye Mehdi – Crédit Aidara

Moulaye Mehdi Moulaye Zeine, président de l’ONG AMAMI et de la plateforme SUN Nutrition de la société civile, a rappelé par ailleurs, les actions de sensibilisation et de plaidoyer menées auprès des parlementaires le 27 octobre 2022 sur la nutrition. « 11% des enfants mauritaniens souffrent de maigreur dans les zones rurales et périurbains » a-t-il souligné.

 Le plaidoyer budgétaire

La première journée de l’atelier a été marquée par une communication présentée par un des experts sur le plaidoyer budgétaire.

Jeunes filles représentants des associations – Crédit Aidara

L’expert a détaillé dans sa présentation les éléments de base du plaidoyer budgétaire, notamment la compréhension de son processus, avant d’aborder en profondeur la stratégie de plaidoyer budgétaire, disséquant sa conception, sa formulation, sa mise en œuvre et son suivi-évaluation.

Ainsi, le plaidoyer budgétaire est, selon lui, « une démarche d’influence structurée et conduite par une organisation ou un groupe de personnes sur les politiques budgétaires ». Il permet d’agir pour une priorisation de la nutrition et la sécurité alimentaire dans l’agenda politique national. Il a défini et expliquer la terminologie budgétaire, le budget, la loi de finances, la nomenclature budgétaire et ce que veut dire lignes budgétaires.

Mokhtar Diallo (2ème à partir de la gauche) – Crédit Aidara

Parmi les éléments de base du plaidoyer budgétaire, l’expert a cité quelques préalables à assimiler, tels que l’environnement juridique, politique et financier, le système de financement de la nutrition, la maîtrise des documents politiques nationaux relatifs à ce secteur, le processus d’élaboration du budget et son cycle, la connaissance du calendrier budgétaire.

Il a également cité comme préalable la réalisation d’une analyse des forces et faiblesses, des opportunités et menaces devant être pris en compte dans le plaidoyer. Ainsi, il est important, selon lui, de bien connaître le cycle budgétaire qui se décline en 4 étapes : formulation par l’Exécutif du projet de budget sur la base d’une proposition du Ministère des Finances, l’adoption du projet de loi de finances en conseil des ministres puis sa discussion à l’Assemblée nationale. En cas d’adoption, le budget entre en vigueur généralement le 1er janvier de l’année suivante. La dernière étape est l’exécution du budget par les différents allocataires (ministères, services et institutions publics).

Vue partielle des participants – Crédit Aidara

C’est à partir de la compréhension de ce processus et le suivi des amendements ainsi que des audiences publiques qu’intervient la conception de la stratégie de plaidoyer.

Une bonne stratégie de plaidoyer budgétaire doit comprendre, selon l’expert, une analyse de la situation sur la nutrition et la sécurité alimentaire suivi d’une analyse budgétaire. Deuxième étape, la formulation des objectifs de plaidoyer, l’identification des cibles et alliés, les activités à mener, les argumentaires et les prévisions budgétaires. Troisième étape, la mise en œuvre par la production de supports et l’exécution des activités prévues. Enfin, dernière étape, le suivi-évaluation des activités réalisées et des résultats obtenus.

Analyse budgétaire de la nutrition

Durant la deuxième journée, le vice-président de la plateforme GFF de la société civile mauritanienne, a présenté une communication sur l’analyse budgétaire de la nutrition, se félicitant de l’existence d’un plan d’investissement GFF (Global Financing Facility) adopté par la Mauritanie.

Alioune Diop (1er à partir de la droite) – Crédit Aidara

Il a procédé à la définition de certains concepts clés, tels que les concepts spécifiques à la nutrition qui s’attaquent aux causes et les concepts sensibles, ou causes sous-jacentes qui s’attaquent aux conséquences. Il a mis en exergue l’importance liée à la connaissance de l’environnement du marché alimentaire, les chaînes de valeur riches en nutriments, ainsi que les critères de l’USAID pour une bonne alimentation (biofortifié, légumineuses, source animale, racines et tubercules).

Ce processus devrait aboutir, selon lui, sur des résultats dont les effets doivent se mesurer à court ou à moyen termes, avec à la clé une stratégie devant définir des objectifs à atteindre.

Vue partielle des participants – Crédit Aidara

Il a défini par la suite ce que doivent être les bonnes pratiques en matière nutritionnelle, les interventions ciblées qui sont un ensemble d’actions pour réaliser ce résultat, ainsi que les indicateurs de sortie qui comportent une évaluation des produits, biens et services obtenus d’une part, et d’autre part, les données pour les indicateurs. Il s’agit notamment des indicateurs de résultat dont les effets à court ou à moyen termes doivent déterminer le nombre d’interventions à entreprendre pour une activité.

Le paradoxe de l’abondance

Il a été constaté qu’il y a réellement des paradoxes en Mauritanie, notamment dans les régions les plus pluvieuse du pays qui enregistrent les plus forts taux de malnutrition. L’explication pourrait provenir d’un problème de comportement lié à de vieilles habitudes alimentaires, selon les explications de l’expert.

Le rôle du plaidoyer dans l’action de la société civile

Moulaye Mehdi (1er à droite sur la rangée de droite – Crédit Aidara

Ce thème a été abordé par un cadre expert du Ministère de la Santé, complété par la suite par un un autre expert.

Selon le premier, il est important dans le plaidoyer de définir au préalable les cibles, les moyens, les objectifs et la finalité, mettant en exergue le rôle de la société civile dans le plaidoyer ainsi que les efforts à entreprendre par cette dernière pour dissiper les défis liés à la mauvaise compréhension des responsables publics. Ces derniers croient dans une grande mesure, selon lui, que la société civile les dépouille de leurs prérogatives sans comprendre le rôle complémentaire et celui de partenaire que joue la société civile dans l’action gouvernementale.

Les types de plaidoyer

Il a par la suite défini les types de plaidoyer, le plaidoyer de sensibilisation et de mobilisation sociale et le plaidoyer lobbying. Il a enfin salué l’évolution du budget qui de classique va se décliner dès 2024 sous forme de budget programme, ce qui va donner, selon lui, plus de visibilité sur les allocations dédiées à la nutrition.

La présentation et l’analyse des données comportent selon lui plusieurs niveaux. Un premier niveau, allocations en lien avec la nutrition, un deuxième niveau sur les tendances temporelles et un troisième sur la dimension géographique, le tout devant définir le Profit Pays qui décrit l’ensemble des investissements publics alloués à la nutrition.

Un des intervenants s’est contenté pour sa part de livrer diverses définitions du plaidoyer, ainsi que les outils de communication à mettre en œuvre pour atteindre l’objectif recherché, à savoir convaincre le partenaire à accompagner le projet présenté.

Par la suite, les participants ont suivi un bref aperçu sur le Global Financing Facility (GFF), qui a financé cette activité et que la Mauritanie a rejoint en novembre 2019. La Plateforme GFF de la société civile, qui a déjà consommé deux mandats, regroupe aujourd’hui 484 associations.

Cheikh Aïdara