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16ème édition Festival Assalamalekum, Telema et Coordination des Acteurs Culturels, deux nouveaux visages

La 16ème édition du Festival Assalamalekum a démarré sur des chapeaux de roue, vendredi 23 juin 2023 sur l’esplanade de l’Institut Français de Mauritanie (IFM) avec Didier Awadi en tête d’affiche. Le festival qui a démarré le 22 juin par une conférence de presse se prolongera jusqu’au 2 juillet avec une décentralisation à Nouadhibou et deux nouveautés, la chaîne Telema de l’association Assalamalekum et un nouveau partenaire, la Coordination des Acteurs Culturels.

Concert à l’IFM avec Awadi – Crédit Aidara

Vendredi 23 juin 2023. L’Institut Français de Mauritanie (IFM) affiche son ambiance traditionnelle chaque fois que le festival Assalamalekum dépose ses valises devant son esplanade.

Un programme plein hip-hop

Le démarrage de la 16ème édition du Top 1 de la musique Hip Hop mauritanienne qu’est le festival Assalamalekum depuis son lancement en 2018 sur cette même place, a un goût nostalgique pour les anciens, et constitue une découverte pour les centaines d’adolescents qui s’agglutinent avec enthousiasme au milieu de tout ce boucan et ses lumières à peine tamisées.

Affiche du concert du 23 juin à l’IFM – Crédit Aidara

Avec comme tête d’affiche, un Didier Awadi qui a su conserver toute sa verve et son énergie entraîneur, le festival a drainé un bon monde, dont plusieurs expatriés et un public jeune.

Samedi 24 juin, c’est le Stade Olympique de Nouakchott qui accueille le festival populaire, le Méga Concert, avec des centaines de mélomanes venus des trois régions et des neuf départements de Nouakchott, des lointains quartiers d’El Mina, Sebkha, Raydh, Arafat, Toujounine, Dar Naïm, Teyarett, Ksar, à la cité des bourgeois, Tevragh-Zeine.

Sur l’esplanade du Stade Olympique de Nouakchott, le public découvrira de nouveaux jeunes talents, à image de VJ, Force Trankil, BuzzShit, Absen, Maxim & Ambaila, entre autres.

Première extension à Nouadhibou

Le 1er juillet 2023, le festival Assalamalekum va sortir de Nouakchott pour s’installer dans la cité économique, à Nouadhibou. Pour Monza, « l’action de notre association a pour ambition et objectifs de connecter le monde professionnel et artistique aux débouchés économiques ». Un concert musical hip-hop sera animé en face de l’aéroport de la ville, en partenariat avec le conseil municipal de Nouadhibou et les acteurs locaux.

Affiche du Méga Concert du Stade Olympique – Crédit Aidara

D’autres formes artistiques

A l’affiche du festival, en plus de la musique, d’autres formes artistiques, tels que le duo d’artistes suisses, Santo et Chayne, le RBS Crew du Sénégal pour le graffiti, Sahel Connect pour la résidence de création. Comme invité également « Bakel Hip-Hop » de la maison musique urbaine de Bakel au Sénégal.

En effet, le festival connaîtra le lancement du Street Basket, une formation sur le recyclage des ordures ménagères avec l’ONG « Mauri Propre », des ateliers de graffiti, une résidence de création et un marché dit « Créative Marsa » au parc municipal de Tevragh-Zeina du 23 au 27 juin 2023. Pour tous ceux qui sont intéressés par le style vestimentaire 100% Made in Mauritanie, l’espace sera ouvert de 10 heures à 20 heures.

Des conférences sont également prévues, avec une rencontre Assalamalekum Music Lab le 26 juin, autour du thème « le management artistique dans un monde numérisé » avec comme intervenants John Boy Soldat de Côte d’Ivoire, Santo de la Suisse, Cheikh Babi de Mauritanie, sous la modération de Dezzy Dez de Mauritanie. Il y aura également le mardi 27 juin, une conférence sur « le rôle des artistes dans la construction de la paix au Sahel » avec Awadi, Daddy Def et Monza.

Le mardi également, la présentation du programme « Heya Nouakchott Tevragh-Zeina ville créative » que l’association Assalamalekum compte conduire pour sa candidature au 5ème Prix International de Mexico, organisé par les Cités et Gouvernements Locaux Unis (CGLU), Culture 21 et la ville de Mexico.

De nouveaux partenaires

Deux nouveaux visages viennent de donner un coup de neuf à cette 16ème édition du festival Assalamalekum, c’est surtout la chaîne Telema qui se veut un tremplin pour la promotion de la culture et du vivre ensemble, mais surtout cette coordination des acteurs culturels que dirige Cheikh Habaib, ainsi que le constant partenaire Yacoub Beyrouk et son programme « Samah » qui accompagne le festival depuis 2018, permettant l’insertion sociale de plusieurs centaines de jeunes.

La conférence de presse de lancement

Conférence de presse. De G. à Dr. Christope Roussin, Cheikh Habaib, Monza, Chayne et Santo – Crédit Aidara

Jeudi 22 juin 2023, le siège de l’association Assalamalekum, sis à la Cité Plage de Nouakchott, avait abrité la conférence de presse de lancement du festival. Cette conférence animée par Kane Limam dit Monza, le président de l’association, s’est déroulée en présence du Directeur de l’IFM, Christophe Roussin, le Coordinateur de la cellule Coordination des Acteurs Culturels, Cheikh Habaib, le promoteur du programme « Samah » Yacoub Beyrouk et les deux artistes suisses, Santo et Chayne. Plusieurs artistes et acteurs culturels avaient assisté à la rencontre modérée par DJ Paco.

Affirmer le potentiel créatif

Dans son mot introductif, Monza a souligné que cette 16ème édition prouve que le festival Assalamalekum est d’abord une vision dans l’affirmation du potentiel créatif mauritanien. « Sans les artistes, point de de festival ni de cris de la jeunesse pour s’exprimer » a-t-il rappelé. Selon lui, il y a une forte dynamique dans le monde culturel mauritanien, et Assalamalekum n’est qu’un grain dans cette dynamique collective et individuelle qui tente de créer un espace consensuel propice à un travail d’ensemble.

Un festival qui promeut le brassage culturel

Depuis 2009, dira-t-il en substance, Assamalekum accueille des artistes venus de tous les continents pour des échanges avec les artistes mauritaniens. Assamamalekum a su également selon Monza, étendre ses activités dans toutes les régions du pays, grâce à son tremplin Assalamalekum Découvertes, toujours à la recherche de talents cachés pour les former et les lancer sur le marché de la production artistiques et culturelle. Assalamalekum a pu ainsi s’attirer de nombreux partenaires, dont l’Union européenne depuis 2016 à travers le programme « Samah » pour la prévention des conflits et le dialogue interculturel.

Lutter contre la radicalisation des jeunes

Pour Yacoub Beyrouk, « à travers le programme Samah, nous travaillons depuis 2018 avec le festival Assalamalekum. Nous avons travaillé ensemble sur l’ensemble du territoire national et nous avons formé une centaine de jeunes que nous avons accompagnés dans le domaine de la musique et de l’expression artistique ».

Encadrer et accompagner les artistes

Cheikh Habaib souligne que la Coordination des Acteurs Culturels s’active dans tous les compartiments des arts et de la culture, notamment dans la recherche de partenaires et de financements pour les acteurs culturels. Selon lui, cette coordination aide, entre autres activités, à orienter et accompagner les jeunes artistes, mettant l’accent sur l’importance de la culture dans le développement social et culturelle. « Sans culture, il n’y a point de développement » affirme-t-il. 

Les questions posées par les journalistes ont tourné autour du festival en tant que vecteur de cohésion sociale et de vivre ensemble, autour des droits des artistes, notamment les droits d’auteur et le statut de l’artiste.

Cheikh Aïdara


Fête de fin d’année, l’association El Vejr honore une nouvelle promotion de jeunes musiciens

L’association El Vejr du groupe Walfadjiri, a fêté samedi 17 juin 2023 à son siège « Sunu Keur » à l’Ilot K de Nouakchott, la sortie d’une nouvelle promotion de jeunes musiciens baptisée du nom d’Ahmed Hamza, ancien président de la Communauté Urbaine de Nouakchott, également ancien maire de Tevragh-Zeina et président de l’Alliance française de Nouakchott, décédé le 17 décembre 2022.

Une partie du public – Crédit Aidara

En présence des parents d’élèves, du corps professoral et des partenaires, notamment le Service culturel de l’ambassade de France (SCAC) et l’Institut français de Mauritanie (IFM), des représentants des ambassades d’Allemagne, des Etats-Unis et d’Espagne, le président du groupe Walfadjiri (Association El Vejr), Papis Koné, a tenu à remercier le Ministère de la Culture et tous ses partenaires.

Insertion des jeunes issus des quartiers pauvres

Partie de l’assistance – Crédit Aidara

De 2018 à 2023, et avec le soutien des services de l’ambassade de France en Mauritanie, l’association El Vejr, a formé 75 jeunes filles et garçons dans les différentes filières de la musique, guitare, basse, piano, batterie, percussion et chants. Il s’agit de formations gratuites offertes à des jeunes issus des quartiers pauvres de Nouakchott désireux de faire de la musique et qui n’ont pas les moyens de se payer des cours.

« Ainsi, nous comptons favoriser le Vivre Ensemble et la tolérance en créant des liens de convivialité entre les jeunes grâce à la musique » devait souligner Papis Koné.

Waldjiri, espace d’apprentissage et d’épanouissement

Remise d’attestation-Crédit Aidara

Dressant l’historique de son association, Papis Koné a rappelé que le groupe Walfadjiri a été créé en 1995 à Rosso. Il est devenu, selon lui, un repère pour l’espace musical mauritanien, par sa constance, son expérience et sa capacité à traverser les différents univers musicaux du pays, tout en s’enrichissant des cultures étrangères.

Face au manque d’écoles de musiques en Mauritanie, de studios d’enregistrement, de moyens financiers et matériels, le groupe a décidé de jouer « aux grands frères » déclare Papis Koné, pour venir en aide aux jeunes talents mauritaniens attirés par une carrière musicale.

Jeune guitariste formée au centre – Crédit Aidara

C’est à partir de 2015 que cette initiative prendra forme, avec pour objectif de favoriser l’éducation, la formation et l’accompagnement des jeunes musiciens. « Nous travaillons régulièrement avec des jeunes nationaux comme étrangers à travers des répétitions, conseils en matière d’écriture de textes, d’accompagnement jusqu’à l’enregistrement de leurs productions au sein de nos studios avec le label Walf Music Rec’Or, de l’association El Vejr » a insisté Papis Koné.

Le centre de formation offre ainsi une panoplie de services aux jeunes, des cours de music sur les différents instruments et le lead vocal, des séances de répétitions et d’enregistrement studio, enregistrements de clip vidéos, évènementiel, sensibilisation, production.

Jeune pianiste formée au centre – Crédit Aidara

« Nous avons conçu un dispositif de formation musicale avec l’appui du service de coopération et d’action culturelle (SCAC) de l’ambassade de France et l’Institut Français de Mauritanie (IFM) qui a débuté en janvier 2018, afin d’enrichir le paysage musical mauritanien en formant des jeunes issus de milieux défavorisés » a déclaré Papis Koné.

Un groupe de choriste formé au centre-Crédit Aidara

L’objectif est de permettre l’accès des jeunes aux arts et à la culture, loin des chemins tortueux de la délinquance, et dans le respect de la diversité culturelle et l’égalité entre les hommes et les femmes.

Le label Walf Music Rec’Or

Il s’agit du label du groupe Walfadjiri (El Vejr), celui du studio d’enregistrement audiovisuel mis en place et dédié à la formation, à la production et à la diffusion des œuvres musicales et culturelles. Il dispose d’une salle équipée pour les répétitions avec ses instruments.

Une trentaine de jeunes musiciens et d’artistes chanteurs sont actuellement en formation au centre, selon Papis Koné, qui rappelle que sa structure dirige plusieurs festivals, notamment le Festival Jazz qui en est à sa 8ème édition et le Festival Nouakchott Reggae qui en est à sa 4ème année également.

Cheikh Aïdara


Fête de la Musique, CODEX célèbre cette journée entre débats, animations et jeux

A l’instar du reste du monde, les artistes mauritaniens ont célébré comme chaque année, la fête du 21 juin, fête de la musique. Au cœur de l’Ilot K à Nouakchott, plus précisément à « Sunu Keur » (El Vejr), le collectif d’artistes CODEX dirigé par Mister X alias Cheikh Diagne, rappeur, slameur et animateur musical, a organisé une journée de débats et d’échanges entre acteurs culturels.

Des artistes lors de la fête de la musique – Cheikh Aidara

A l’occasion de la fête de la musique, en cette journée du 21 juin 2023, le collectif des artistes unis dans l’art que représente CODEX a célébré sa 3ème édition de sa « Faite de la Muzik » en présence d’un parterre de noms connus dans le milieu culturel, certains depuis un quart de siècle ou plus, et d’autres, encore très jeunes et qui font leurs premiers pas dans le monde culturel et artistique mauritanien. Ils sont musiciens, slameurs, rappeurs, producteurs, réalisateurs, managers, techniciens de son ou d’image, infographes ou vidéocastes, s’ils ne sont dans les nouvelles technologies, comme la musique assistée par ordinateur (MAO), designer…

  • A LIRE : https://aidara.mondoblog.org/2018/03/29/arterial-network-mauritanie-arterial-day-premier-fonds-mauritanien-culture/

Les femmes et les métiers de l’art

Malika DIagana (à gauche) et au milieu Mister X débats sur les métiers de la musique – Crédit Aidara

Une journée où l’intellect a été plus sollicité que le sensoriel dans la mesure où elle a été bercée par une série de débats et d’échanges.

Le premier café-débat, animé par Malika Diagana, artiste-photographe mauritanienne qui dirige la maison D’Art, a porté sur le thème : « la musique est-elle un frein à la réussite sociale et matrimoniale des femmes artistes musiciennes en Mauritanie ? »

Un public entièrement féminin, avec quelques noms biens connus, l’artiste-chanteuse Dioba Guèye, la journaliste Awa Seydou, des artistes comme Fatimata Diakité, Colette, Ebène, Zeyna, Binta Mifa, Médina Ndiaye, Madame Camara, Djifa Touré, Thiolito, Sira Slameuse, Ema FG 92, Fama Mbaye, Nfertiti Diop, Coumba Saala, Oumy Sy la virtuose de la guitare et Hawa Ba.

Pendant près d’une heure, les dames et les demoiselles ont raconté des difficultés de parcours dus parfois à des parents réfractaires ou des maris conservateurs. S’il y a eu des résistantes, il y a eu aussi celles qui pour sauver leur foyer ont observé des pauses dans leur carrière. Mais la passion de la musique, de l’art et de la culture a souvent brisé des tabous, cassé des interdits et rompu des chaînes matrimoniales.

En coulisse, certaines artistes se sont confiées.

Dioba alias Marième Guèye, artiste-chanteuse, militante de la cause des enfants

« Je suis musicienne, guitariste, artiste-peintre, depuis ma tendre enfance. Je suis célibataire, divorcée, issue d’une famille de griots, bien que ma maman se soit opposée à mes débuts car elle ne voulait pas que je devienne musicienne. Personnellement, je n’ai jamais eu de contrainte dans ma carrière, mon ex-mari était artiste, donc il ne s’est jamais opposé à ce que j’exerce ma passion. Mais je pense que normalement, rien ne doit empêcher la femme musicienne de s’épanouir dans son métier. J’ai actuellement un petit groupe et je prépare un deuxième album. Mais souvent je fais appel à d’autres musiciens pour m’accompagner ».

Oumou Sarr Mifarasta, chanteuse reggae, choriste et chanteuse traditionnelle

« Je suis Oumou Sarr dit Mifarasta, femmes divorcée. Je fais du reggae et je fais de la musique depuis mon enfance. Dans ma famille, il y avait déjà des musiciens, dont mon oncle Feu Baby Sarr. Il y avait surtout mon grand frère et ma grand-sœur qui faisaient déjà du reggae. Mais le problème, c’est que les femmes qui font du reggae sont mal vues. Nous sommes négligées et marginalisées. Pendant mes neuf mois de mariage, mon mari ne m’avait pas autorisé à faire de la musique mais tolérait que je fasse du sport. J’avais donc observé une pause pendant ma vie matrimoniale pour respecter la volonté de mon mari. Pour dire que c’est vrai, le mariage peut constituer un frein à la carrière des femmes musiciennes surtout si leur partenaire s’y oppose. »

Mamadou Aly situation des métiers de la musique – Crédit Aidara

Le reste de la journée s’est poursuivie par d’autres débats, notamment celui ayant réuni les techniciens et techniciennes de spectacles, tous ces hommes et toutes ces femmes de l’ombre et tous ceux qui travaillent en coulisses autour de la musique.

L’irrésistible besoin en formation

Rencontre d’échanges entre les anciens techniciens, à l’image de Baba Djiré, nostalgiques d’un passé où ils se sont forgés dans un milieu rudimentaire et presque manuel, contrairement à cette jeune génération et les facilités offertes par les nouvelles technologiques de l’information et de la communication, dans un monde où les connaissances universelles sont à la portée d’un clic.

Une assistance captivée par les débats – Crédit Aidara

Mais reste le problème de la relève face à des jeunes qui, selon certains intervenants, préfèrent la facilité au dur apprentissage de métiers qu’ils s’entêtent à exercer sans en chercher l’expertise et la maitrise, pourtant à portée de leur smartphone. L’exemple des managers, souvent choisis parmi l’entourage des artistes, sans compétence et sans talent, a été cité.

Il fut aussi question de l’importance du réseautage dans un contexte où les spécialisations se sont fragmentées. Beaucoup ont regretté la multiplicité des festivals, la poussée inquiétante des egos et la recherche effrénée du gain, compromettant ainsi tout esprit d’union, de regroupement et de capitalisation des ressources et des compétences.

La capitalisation plutôt que le réseautage

Une détente entre deux pauses – Crédit Aidara

C’est l’idée lancée par l’artiste Mamadou Aly Diallo, qui souligne que le réseautage c’est important, mais que la capitalisation c’est encore mieux. Pour lui, la demande est encore très forte en matière de production artistique et musicale, rappelant que 88% de la population mauritanienne est jeune, et que cette jeunesse est hyper consommatrice de cette production. La musique est, selon lui, vecteur de cohésion et d’unité. La musique rassemble. Le hic, dira-t-il en substance, c’est que la plupart des artistes culturels manquent de formation et n’acceptent pas de reconnaître leur ignorance ni leurs insuffisances pour accepter d’être formés.

Mister X devait observer que la tente sous laquelle se sont déroulés tous ces débats d’échanges était la tente de la résidence et de la résistance, celle de la lutte pour la reconnaissance des droits culturels et des droits visuels.

Qui ne réclame rien, n’a rien

Pour Malika Diagana, ce genre de rencontres est le lieu de débats et d’évaluation des ressources, mais aussi le lieu d’apprentissage et de formation. Elle déclare qu’un projet est en cours sur le plan national pour la restructuration du secteur culturel et artistique.

Improvisation d’un live – Crédit Aidara

Une discussion s’est alors engagée sur la nécessité pour les artistes de réclamer leurs droits, dont l’adoption d’une loi garantissant leur statut d’artiste, non sans évoquer leur mise à l’écart par rapport au fonds du Covid-19 où ils ont été complètement exclus. « Les artistes sont ceux qui ont le plus souffert de la crise sanitaire de 2020-2022 » clama l’assistance.

Ils apprendront cependant que faute d’accès à l’information, et face à leur inertie, ils n’ont bénéficié d’aucune compensation de la part de l’Etat, au moment où l’association des griots par exemple a reçu 60 millions d’ouguiyas anciennes parce qu’ils ont multiplié les protestations.

La Mauritanie ne veut pas d’artistes

Les artistes ont regretté le peu d’intérêt que les gouvernements successifs en Mauritanie ont toujours accordé aux artistes, exprimant leurs regrets de voir des centaines de jeunes talents laissés pour compte, poussant beaucoup d’entre eux à l’exil ou à des conversions douloureuses.

Mister X – Crédit Aidara

« Les plus grandes victimes du mépris d’Etat parmi les artistes, ce sont les rappeurs et le monde du Hip-Hop qui occupent pourtant les trois quarts de la jeunesse mauritanienne, dont une écrasante majorité de négro-mauritaniens », ont observé certains intervenants.

« Cela ne va nullement dire que les autres artistes et griots de toutes les communautés ne souffrent pas de la mauvaise volonté du département chargé de la Culture. Tous sont mécontents de la situation lamentable du monde artistique et culturel, malgré les nombreuses conventions et traités signés par la Mauritanie, notamment la Convention de l’Unesco portant sur la diversité et l’expression culturelle » font-ils cependant remarquer.

L’accès aux fonds culturels

Sur ce plan, Abderrahmane Lahy, réalisateur, producteur et cinéaste, fondateur du festival Nouakshort Film, devait souligner qu’à travers cette convention, l’Etat mauritanien reçoit une subvention égale à 80% des financements, les 20% restant étant destinés à la société civile.

Il ajoutera que la rétorsion de l’information a voulu que la plupart des artistes n’ont pas été informés des modalités d’accès aux fonds et n’ont pas rempli les formulaires d’accès à ces ressources. Seul l’Etat avait bouclé son rapport, plus deux ou trois associations qui ont pu envoyer des formulaires, a-t-il noté en substance.

Ensuite, Abderrahmane a informé l’assistance de l’existence de fonds destinés aux acteurs culturels et artistiques, rappelant la position privilégiée de la Mauritanie qui a accès aussi bien aux fonds arabes qu’aux fonds africains, tels que le fonds arabe AFAC du Liban ou encore le fonds de la diversité culturelle de l’Unesco.

Aux artistes d’aller à la chasse à l’information

Abderrahmane que l’on surnomme aussi Abderrahmane Toto, a mentionné également l’existence d’un bureau de droits d’auteurs et d’un directeur payé mensuellement, notant que ce bureau a déjà organisé plusieurs réunions avec la Francophonie et l’Unesco. Ainsi, les artistes peuvent bien aller le voir pour défendre leurs droits en cas d’utilisation abusive de leurs œuvres, suggère-t-il.


Enfin, de par son expérience, Abderrahmane a conseillé les artistes de bien soigner leur langage car, dit-il, « les politiques et les sponsors nous écoutent toujours avec l’oreille de l’intérêt, alors que nous leur parlons de l’amour de notre art ». En d’autres termes, lorsque l’artiste porte avec passion et amour son projet auprès d’un homme politique ou d’un sponsor pour chercher des financements, ce dernier évalue ce que ce projet peut lui rapporter d’abord, a-t-il détaillé.

La journée commémorative de la fête de la musique s’est poursuivie par des jeux, des projections, de la chorégraphie et du live.

Cheikh Aidara


Lancement de RIMedia, un ambitieux projet de deux ans pour requinquer la presse mauritanienne

Appui aux médias, renforcement des capacités de gouvernance et de régulation des acteurs de l’information, éducation aux médias et à l’information. Tels sont, durant deux ans, les trois axes sur lesquels va travailler le projet RIMedia, dont le lancement a eu lieu mardi 20 juin 2023 à Nouakchott. C’est le fruit de la coopération entre la Haute Autorité de la Presse de l’Audiovisuel (HAPA), la plateforme franco-africaine « Média & Démocratie » et l’Ecole publique de journalisme de Tours (EJPT), sous l’égide de l’ambassade de France et son Service de coopération à l’action culturelle (SCAC) en Mauritanie.

Lancement du projet RIMeidia – Crédit Aidara

Depuis 2019, l’ambassade de France en Mauritanie s’est lancée dans un ambitieux programme de renforcement des capacités des journalistes mauritaniens en appui aux efforts déployés par les autorités, en particulier la HAPA. Cette coopération vient de prendre un nouvel élan avec le projet RIMedia dont le lancement a été supervisé mardi 20 juin 2023 par l’ambassadeur de France en Mauritanie, SEM. Alexandre Garcia, le Directeur de l’EJPT, M. Alain Bigo, le directeur de la Plateforme « Média & Démocratie » M. Olivier Piot et le Président de la HAPA, M. Houceine Medou.

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Un espace médiatique en mutation institutionnelle

En annonçant officiellement le lancement du Projet RIMedia, M. Houceine Ould Medou a insisté sur l’importance de la formation des journalistes dans le programme annuel de son institution, évoquant une formation de deux semaines qui vient de s’achever à l’Ecole Nationale d’Administration, de Journalisme et de Magistrature (ENAJM) au profit d’une centaine de journalistes de la presse privée.

Olivier Piot au micro et à sa gauche, SEM l’ambassadeur de France – Crédit Aidara

En outre, a-t-il indiqué en substance, le projet RIMedia intervient alors que d’importantes réformes entamées en 2020 sont en cours de mise en œuvre, à travers notamment l’élargissement des compétences et prérogatives de la HAPA, le décret portant carte de presse et l’augmentation de l’aide publique à la presse, entre autres.

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Selon lui, l’appui de l’ambassade de France à la formation des acteurs des médias est l’expression d’une coopération de plus en plus dynamique dans le domaine de la presse entre la France et la Mauritanie. Il n’en veut pour preuve, dira-t-il en substance, la réunion prévue ce jour, du comité de pilotage du projet RIMedia.

Formation globale jusqu’aux élèves et la société civile

Auparavant, SEM. Alexandre Garcia a passé en revue la coopération initiée depuis 2019 entre son institution et la HAPA et qui est restée dynamique jusqu’en 2022. Ces formations qui se sont intensifiées en 2023 ont porté notamment, selon lui, sur le journalisme d’investigation, la production de contenus numériques, les réseaux sociaux, la lutte contre la désinformation et le fact-checking, avec l’appui de l’EJPT.

Amadou Sy -Crédit Aidara

Tout serait parti, dira-t-il en substance, par l’accord de coopération entre la HAPA et l’autorité de régulation française ARCOM. Ce qui s’est traduit, d’après lui, par d’intenses réunions et des séries de formation au profit des acteurs des médias et des régulateurs.

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Avec RIMedia, dira en substance l’ambassadeur, la formation va s’étendre aux acteurs non professionnels comme les influenceurs et les blogueurs, mais aussi la société civile spécialisée.

« Médias & Démocratie », une plateforme tournée vers l’Afrique

Pour Olivier Piot, la plateforme « Média & Démocratie » créé en 2016 mais qui n’a réellement démarré qu’en 2018 est majoritairement composée de journalistes africains. Elle a déjà organisé plusieurs sessions de formation au profit de journalistes mauritaniens qui ont profité selon lui du jumelage Tunis-Bordeaux avec immersion dans plusieurs médias en Tunisie et en France. La plateforme anime aussi plusieurs conférences, colloques et des formations de pair à pair.

Selon Olivier Piot, plus de 100 journalistes africains, dont 45 mauritaniens, ont ainsi bénéficié des formations par jumelage offert par « Médias & Démocratie », annonçant au passage un nouveau circuit Nouakchott-Marseille.

3ème Prix africain du journalisme d’investigation en Mauritanie

Il a aussi évoqué le démarrage incessant de deux outils en Mauritanie, une étude diagnostic sur l’écosystème des médias et l’éducation aux médias destinés à 120 écoliers mauritaniens. Une autre étude serait également prévue portant sur la création d’une Maison de la Presse à Nouakchott, mais aussi l’organisation de la 3ème édition du Prix africain du journalisme d’investigation pour la première fois en Mauritanie.

Au passage, Olivier Piot était accompagné de deux membres du conseil d’administration de son institution, dont notre confrère Amadou Sy, Directeur Pays de « Média & Démocratie » qui a prononcé un bref mot à l’occasion.

Des cellules de fact-checking dans 5 médias mauritaniens

Prenant la parole, M. Laurent Bigo a déclaré que l’école publique de journalisme qu’il dirige à Tours (France) intervient dans plusieurs pays d’Afrique, comme le Mali, les Comores, Madagascar, Cameroun, Gabon, Tchad, Tunisie, Maroc, Sénégal. Son école est surtout réputée pour ses formations en fact-checking, lutte contre la désinformation et éducation aux médias.

« L’EJPT est ouverte sur le reste du monde » a-t-il déclaré, avant d’évoquer le prolongement du dépôt de candidature à l’Appel lancé pour la formation et l’accompagnement pendant deux ans de 5 futurs entrepreneurs de presse et de la société civile pour la création de médias numériques innovants.

Cheikh Aidara