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Partenariat Ferme de Guerrou-PRODEFI, une ambitieuse expérience pour la Mauritanie face à la dépendance alimentaire et fourragère

Dans un pays si fortement dépendant des marchés extérieurs pour la nourriture de sa population et de son nombreux cheptel comme la Mauritanie, la Ferme de Guerrou qui comprend une composante agriculture- maraîchage et une composante industrielle pour aliments de bétail et de volaille, représente-t-elle une réelle opportunité pour réduire la dépendance et renforcer la résilience du système d’alimentation de bétail et de volaille à grande échelle ?

Usine de transformation du moringa en aliments de bétail de la Ferme de Guerrou – Crédit Aidara

Le complexe agro-industrielle de Guerrou est installé à l’orée de la ville, à 5 kilomètres au Nord-Est, sur une superficie de 51 hectares, à 550 kilomètres de la capitale, Nouakchott. C’est le fruit d’une initiative privée, celle de l’armateur et homme d’affaires, Ahmedou Ould Hmeiti. Entre deux escales, entre la capitale économique Nouadhibou où il travaille et Nouakchott, il fait de fréquentes descentes dans sa cité d’origine, là où il a installé sa famille et sa ferme.

Partenariat PRODEFI et Ferme de Guerrou

Depuis 2019 et dans le cadre d’un Partenariat Public Privé Producteurs (4 P), la Ferme de Guerrou a noué un partenariat avec le Projet de Développement des Filières Inclusives (PRODEFI), un projet financé par le Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA), à hauteur de 45 millions de dollars U.S pour la période 2019-2023.

A travers deux entités, la Société Moringa pour les Cultures Fourragères (SMCF) et l’Unité des Fourrages du Sud (UFS), la Ferme de Guerrou produit une grande partie de ses intrants en fourrages pour alimenter l’usine de fabrication des aliments de bétails et de volailles. 

Abdel Kader Mohamed Saleck – Crédit Aidara

Pour que la ferme puisse davantage impacter sur son environnement, « le PRODEFI a associé à ce projet 8 coopératives implantées dans la région de l’Assaba et qui se sont engagées avec le producteur. L’objectif est de produire pour toute la région, voire la partie fourragère pour les trois régions de l’Est, Assaba, Hodh Gharbi et Hodh Charghi » selon le Coordinateur du PRODEFI, Abdel Kader Mohamed Saleck.  Pour cela, un fond d’1 million de dollars U.S, soit 49% des investissements, a été injecté par le PRODEFI contre 51% apportés par le promoteur.

L’avis d’un producteur associé

 Selon Seiv Ould Boubacar, président de la Coopérative El Kheir associé à l’USF, « notre coopérative est dirigée par un Bureau Exécutif de 15 membres et compte une trentaine d’employés. C’est l’une des 8 coopératives que le PRODEFI a sélectionnées comme actionnaire dans l’Usine des Fourrages du Sud (UFS) ». Sur une parcelle de 4 hectares, la coopérative cultive des produits fourragers et pratique le maraîchage. Selon Seiv Boubacar, « grâce aux semences de bonne qualité, nous avons enregistré cette saison de bons rendements, avec une production d’une tonne et demie (1,5) de fourrage de maïs, mais un faible rendement en légumes ». Le manque d’eau reste l’une de leur plus grande préoccupation, affirme-t-il en substance.

Pourtant, selon le directeur de la Ferme de Guerrou, celle-ci dispose de plusieurs sondages, forages et un château d’eau qui alimentent les parcelles de culture et l’usine.

Les partenaires jugent satisfaisant l’expérience de Guerrou en matière d’agro-business, soulignant qu’il s’agit d’un modèle inédit dans la zone. Elle tranche, selon eux, avec l’habituelle pratique, celle de l’agriculture traditionnelle de type familiale à petite échelle et à faible rendement largement pratiquée en Mauritanie.

Pas moins de deux ministres de l’Agriculture ont visité la ferme en 2022 et ont exprimé chacun son émerveillement face à une exploitation d’une telle ampleur, tout en engageant le département à accompagner cette expérience au regard de son potentiel apport à l’autosuffisance alimentaire et fourragère.

Une expérience calquée sur le Maroc

Le complexe agro-industriel de Guerrou, encore appelé « la ferme de Guerrou » est réputée surtout pour ses tomates de grande qualité.

Production record de tomates en une saison – Crédit Aidara

« Notre expérience en ce qui concerne la culture de tomates, s’est inspirée totalement du Maroc. Nous avons calqué toute la chaine de production, en utilisant les mêmes semences, les mêmes techniques, les mêmes méthodes de production, les mêmes équipements et matériels. Nous avons même amené un expert marocain qui a accompagné le début de nos activités. Les résultats étaient au-delà de nos prévisions. Nous tablions sur 120 tonnes à l’hectare, nous avons eu plus de 170 tonnes à l’hectare » explique Mohamed Ould Cheikh Ahmed, le Directeur de la ferme.

Une initiative saluée par les partenaires

Pour Moctar Kelly, expert suivi-évaluation du projet Environnement et Changements Climatiques au bureau FAO de Nouakchott, « à côté de l’agroforestier qu’elle pratique avec la culture du Moringa et d’autres types d’arbres, la Ferme de Guerrou fait également de l’agroécologie, une association entre les arbres et les produits maraîchers qui est très bénéfique. Parce que l’arbre stocke le carbone et fertilise le sol. C’est ce qui fait le succès de cette ferme, car en général les gens déboisent avant de faire du maraîchage ce qui n’est pas judicieux. Ainsi, la ferme de Guerrou sur une superficie de moins de deux hectares produit des quantités considérables de tomates ».

Bamanthia Tandida – Crédit Aidara

Selon Bamanthia Mamadou Tandia, Chef d’antenne PRODEFI de Kiffa, chef-lieu de la région de l’Assaba, « l’année passée, la SMCF a réalisé une production exceptionnelle de 85 tonnes de tomates d’une variété de haute qualité. C’est la première fois qu’un tel résultat est atteint dans toute l’histoire du pays. C’est une variété de tomate dont la moyenne de rendement tourne entre 180 à 200 T par hectares, ce qui est très loin de la moyenne nationale située entre 25 et 30 tonnes à l’hectare ».

Avec l’ambition de couvrir une large partie des besoins du pays en tomates, la Ferme de Guerrou est également entrain de casser les prix du marché. « Alors que le kilo de tomates se négocie autour de 50 à 60 MRU, la ferme cède aux grossistes une tomate dont le kilo varie entre 15 et 30 MRU, selon les périodes », affirme le Directeur de la ferme.

Selon lui, « la superficie réservée aux tomates, vont passer à partir de cette année, de 1, 5 hectare à 4 hectares, ce qui va décupler la production et nous tablons sur plus de 300 tonnes, ce qui va couvrir largement les besoins de la région et des autres régions, voire du pays »

La ferme de Guerrou cultive aussi dans sa partie maraîchage toutes les autres variétés de légumes. « Nous avons produit l’année dernière 28 tonnes de melons et 15 tonnes de pastèques » a aussi affirmé le directeur de la ferme.

Selon Bamanthia Tandia, « l’intérêt est que la SMCF produit toute l’année. La première campagne a commencé à partir de la saison normale, de septembre à février-mars. Dès le mois de décembre déjà, elle approvisionnait le marché local à Kiffa ».

Mieux, Bamanthia Tandia affirme que « l’expérience de la Ferme de Guerrou, qui est accompagnée par une série de formations à l’intention des coopératives, dont celle qui a démarré lundi 19 septembre 2022, commence à faire des émules dans la région, notamment autour de Guerrou. Plusieurs hommes d’affaires ont commencé à se lancer dans les cultures fourragères en perspective des gains qu’ils pourraient tirer avec l’USF ».

Un point de vue largement partagé, car selon le Coordinateur du PRODEFI, « l’initiative de la Ferme de Guerrou a fait des émules parce que cette expérience intéresse tous les acteurs. Beaucoup compte sur cette expérience pour développer cette espèce et par là introduire pour d’autres espèces des semences qui pourront produire des rendements beaucoup plus importants. Cela fait aussi des rentrées beaucoup plus importantes pour les populations ».

Assurer l’autosuffisance en aliments de bétail et de volaille dans les régions de l’Est

Par rapport à la production d’aliments de bétail, des évolutions ont été notées en fonction des politiques de l’Etat. Au départ, le projet était centré essentiellement sur le Moringa et les cultures fourragères avec 13 hectares aménagés, plus 2 hectares pour le maraîchage.

Une partie de la ferme avec les tomates et les moringa – Crédit Aidara

Avec le problème de Guergueratt, au niveau de la frontière entre la Mauritanie et le Maroc, et la pénurie de légumes qui s’en est suivi en 2020 sur le marché national, le ministère de l’Agriculture a demandé à l’ensemble des projets et aux initiatives de s’intéresser plus au maraîchage, d’où l’orientation de la production de la ferme vers les cultures maraîchères. C’est dans ce cadre que la recherche s’est dirigée vers de nouvelles espèces et de nouvelles semences beaucoup plus productives et beaucoup plus intéressantes. Il s’en est suivi une très bonne production. L’intérêt de cette espèce, ce n’est pas seulement son aspect productif, mais le fait qu’il est possible avec elle de faire deux saisons avec une plus grande période. Quasiment sur une année, il est possible de réaliser 9 mois de production, alors que les premières espèces ne pouvaient se faire qu’au cours de la contre-saison. Cette année, la campagne est allée du mois d’octobre 2021 au mois de mai 2022.

Sur ce plan, le Coordinateur du PRODEFI affirme que « l’unité de production d’aliments de bétail et de volaille, qui forme avec la ferme deux projets complémentaires du même opérateur privé, traduit l’idée chez son concepteur d’associer une ferme capable de produire les intrants de l’usine et faire un système complémentaire avec l’appui des coopératives ». L’idée a été jugé intéressante selon lui, car cette usine, d’après lui, est extrêmement ambitieuse parce qu’elle doit être aujourd’hui l’une des plus grandes du pays et c’est la seule que l’on trouve dans cette zone. Elle a une capacité de 10 tonnes à l’heure, ce qui est énorme. Mais elle est destinée aussi à nourrir en aliments de bétail et de volaille l’ensemble des trois zones de l’Est mais aussi le marché national si besoin, a-t-il précisé en substance.

Culture sous serre – Crédit Aidara

En moyenne, l’USF pourra produire 30.000 tonnes d’aliments de bétail par an. Selon le Directeur de la Ferme, « nous voulons y aller par étape. Nous allons partir d’une production annuelle de 10.000 tonnes par an, et nous allons augmenter graduellement la production année après année jusqu’à atteindre la vitesse de croisière ». Selon lui, l’usine pourra faire travailler plus de 2.000 personnes de façon indirecte, car une centaine de périmètres agricoles commencent à essaimer tout autour à raison de 20 à 25 personnes par périmètre, sans compter les 250 personnes membres des 8 coopératives associées. Tous ces projets vont fournir l’usine en matières premières fourragères, en plus du personnel de l’usine, constitué de 22 employés permanents et plus d’une dizaine de journaliers. L’écrasante majorité des employés sont des jeunes et des femmes.

Des débouchées pour les populations

Ses retombées profitent directement, selon lui, aux habitants de la région, en particulier ceux de Guerrou, et leur jeunesse en matière d’emploi, mais aussi tous les petits producteurs alentours, ainsi que les commerçants de la région, les hommes d’affaires, l’Etat et le pays tout entier, car les autres producteurs des autres régions pourront aussi alimenter l’usine de Guerrou de leurs produits fourragers.

L’équipe de la FAO. De G. à Dr. Moctar Kelly-Moussa Maouloud-Touré Fatimata – Crédit Aidara

Une expérience à mettre à l’échelle

Selon Moussa Mohamed Maouloud, Assistant FAOR (Program) du bureau FAO Mauritanie, « si l’expérience de la Ferme de Guerrou est mise à l’échelle dans les autres régions par un échange avec les autres producteurs, avec l’appui du département de l’Agriculture, ce sera bénéfique pour le pays. Pour le moment, l’ambition qu’elle doit s’accorder, c’est d’abord satisfaire la demande au niveau local ».

Pour Touré Fatimata, experte en mobilisation communautaire spécialiste du Moringa au bureau FAO Mauritanie, « d’une manière générale, la transformation sur place du moringa en aliments de bétail ou en aliments de volailles, va faire diminuer le taux de transhumance dans les pays voisins, réduire la mortalité de ces espèces animales et influer sur les chaines de valeur ». 

Pour Bamanthia Tandia, « il est attendu de l’USF beaucoup d’impact, car des partenariats sont en train de se tisser entre des producteurs des autres régions, comme le Brakna et le Gorgol avec l’UFS de Guerrou.  Ce qui est sûr, l’usine de Guerrou pourra à moyen terme, couvrir les besoins en aliments de bétail et de volaille les trois régions de l’Est que sont l’Assaba et les deux Hodhs, si l’on sait que ces régions représentent en termes de bétail, environ 70 à 80% du cheptel national. De là, le pays pourra faire beaucoup d’économies en termes d’achats de ces aliments, qui coûtent au budget de l’Etat la bagatelle de 24 milliards MRO chaque année ».

Rien qu’en février 2022, l’Etat a importé 90.000 tonnes d’aliments de bétail, dont 75.000 tonnes de blé et 15.000 tonnes de fourrages. Malgré tout, le prix de cession des aliments de bétail aux éleveurs reste élevé, entre plus 400 et plus 500 MRU.

Avec le démarrage incessant de l’usine de Guerrou, cette commande nationale en aliments de bétail pourra être réduite d’un tiers, ce qui fera plusieurs milliards d’ouguiyas d’économie pour le budget, selon les acteurs locaux.

Pour Moctar Kelly, « l’initiative la plus ambitieuse de la Ferme de Guerrou, c’est la fabrication d’aliments de volaille à partir du moringa. Cela va beaucoup aider les aviculteurs des régions de l’Est qui sont obligés d’importer les produits à partir de Nouakchott, avec un coût élevé et des risques liés au transport sur de longues distances ».

Il faut dire que l’Etat mauritanien fait de la sécurité alimentaire une de ses plus grandes priorités. Selon Fatimetou Mint Khattri, Commissaire à la Sécurité Alimentaire, « nous sommes conscients que la sécurité alimentaire est une question de souveraineté et de survie et qu’il est impératif d’assurer notre autosuffisance alimentaire, au moins en ce qui concerne les produits de première nécessité » 

Beaucoup de défis à relever

Les changements climatiques, notamment les inondations qui ont perturbé l’année agricole cette année, constituent l’un des défis qui se posent à la Ferme de Guerrou. « Il y a eu cet hivernage très difficile et des inondations qui ont entraîné un arrêt forcé, en attendant que la situation se tasse pour pouvoir utiliser le sol. Ce sont là des effets des changements climatiques, d’où l’exigence ressentie de changer de stratégie » note le Coordinateur du PRODEFI.

L’usine de transformation du moringa en aliments de bétail – Crédit Aidara

Seulement, des solutions ont été dégagées, car selon lui, « la ferme a aménagé 8 hectares de tomates et de pastèques, avec, face aux changements climatiques, une orientation portée sur le choix du sol ». Il souligne qu’au départ, l’idée qu’il pourrait y avoir des zones inondables au sein de la ferme, n’était pas venu à l’esprit des promoteurs, car il y a toujours eu des pluies abondantes, mais jamais au niveau de ce périmètre, une telle situation ne s’est produite.

« C’est pourquoi de nouveaux aménagements ont été entamés sur des espaces non inondables. Pour la campagne qui se prépare, au moins 5 périmètres qui ne peuvent pas être inondés ont été préparés, avec des systèmes d’irrigation pour être prêt fin septembre-début octobre 2022 pour lancer la campagne de production de la saison froide » a-t-il ajouté.

L’autre défi, même s’il est jugé passager, est celui lié à l’énergie. En effet, d’après le Directeur de la Ferme, Mohamed Cheikh Ahmed, la société d’électricité ne dispose pas à l’instant de l’énergie nécessaire pour faire fonctionner les 400 KW de l’usine USF. Une solution provisoire est envisagée à court terme, à travers l’installation de quatre générateurs, en attendant une solution définitive qui est à l’étude.

Le plus grand défi, reste aux yeux des observateurs, l’appropriation de cette expérience par l’Etat mauritanien à la fin du PRODEFI prévu en 2023, et l’approvisionnement régulier et en quantité suffisante, en fourrage pour alimenter cette énorme machine qu’est l’usine UFS et ses 10 Tonnes/heure de fabrication d’aliments de bétail. A ce titre, les responsables de la Ferme affirment qu’ils disposent d’ores et déjà de 6 mois de stocks de fourrages.

Pour Moctar Kelly, « l’autre défi, ce sont les semences de qualité, surtout des semences résilientes aux changements climatiques et aux ennemis des cultures. Mais dans le cas du Moringa, le problème ne se pose pas, car il s’agit d’un arbre forestier porteur d’une banque de semences ».

Les efforts de l’Etat et des partenaires contre l’insécurité alimentaire

L’Etat mauritanien affiche des ambitions encore plus grandes pour booster son agriculture. La preuve, le budget pour la campagne agricole 2022-2023 a été porté à 4 Milliards MRU (109 millions USD), selon la déclaration faite par le ministre de l’Agriculture, Adama Bocar Soko, le 29 juin dernier.

Son prédécesseur, Sidina Ahmed Ely, avait quant à lui annoncé en février 2022, que le montant global mobilisé pour cette campagne agricole a dépassé 7 milliards MRU sur le budget de l’Etat. Il a ajouté que la chambre froide inaugurée à Rosso, « contribuera fondamentalement à la conservation de l’excédent de la production nationale de légumes cette saison et constituera le début d’un programme élargi pour la mise en place d’infrastructures de base et avec des capacités de stockage des légumes plus importantes en vue de leur utilisation pendant la période où il n’y a pas de légumes. »

Visite du ministre de l’Agriculture à la Ferme de Guerrou – Crédit Aidara

Cela devrait pouvoir régler la production record que la ferme de Guerrou ainsi que celle des nouveaux périmètres aménagés dans plusieurs régions du pays par d’autres hommes d’affaires dans le maraîchage comptent produire pour la saison.

Cependant, il faut souligner que «« les objectifs du Gouvernement en matière de développement sont définis dans la Stratégie de croissance accélérée et de prospérité partagée (SCAPP) pour 2016-2030 : faire passer le taux d’insécurité alimentaire sous les 5 pour cent, éliminer l’insécurité alimentaire grave et faire passer le taux de malnutrition aiguë globale sous les 2 pour cent d’ici à 2030»

A noter également que « malgré les interventions du Gouvernement et de la communauté humanitaire pour faire face à la crise de sécheresse, près du tiers (32,3%) des ménages mauritaniens souffrent d’insécurité alimentaire ; ce taux est le plus élevé jamais enregistré en Mauritanie. 12,1% des personnes sont en insécurité alimentaire sévère contre 8%. Près de 1 million de personnes dont près de 800 mille en milieu rural et 200 mille en milieu urbain sont affectées à des degrés variables par cette situation ; près de 400 mille personnes souffrent d’insécurité alimentaire sévère contre moins de 280 mille »

La communauté internationale continue également à soutenir la Mauritanie. « L’Aide Alimentaire Programmée, l’outil financier du Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères français, a ainsi permis d’octroyer 2 400 000 euros à diverses organisations (Programme Alimentaire MondialAction Contre la FaimGRDR et Croix Rouge) afin d’intervenir face à cette crise dans les wilayas parmi les plus touchées à savoir le Guidimakha, le Gorgol et le Hodh EL Chargui. Au titre de cet instrument financier, ce sont 4 850 000 euros qui, en quatre années (période 2018-2021), avaient déjà été accordés par la France en faveur de la sécurité alimentaire des Mauritaniens. »

Le Conseil des administrateurs de la Banque mondiale a  aussi approuvé un financement additionnel de 92 millions de dollars en faveur du Projet régional d’appui au pastoralisme au Sahel-Phase 2 (PRAPS-2) pour renforcer la sécurité alimentaire et la résilience alors qu’éleveurs et agropasteurs doivent faire face aux crises alimentaires qui sévissent dans plusieurs régions de la Mauritanie et du Niger. Pour la Mauritanie, cette enveloppe supplémentaire porte sur un crédit d’un montant égal à une contre-valeur de 42 millions de dollars de l’Association internationale de développement (IDA) »

Enfin, pour souligner l’importance de la Ferme de Guerrou dans le dispositif national de lutte contre l’insécurité alimentaire et la dépendance en aliments de bétail et de volaille, la Journée Mondiale de l’Alimentation (JMA) a été célébrée cette année 2022 à Guerrou.

Cheikh Aïdara


Etats généraux de la justice en Mauritanie: pourquoi faire ?

L’institution judiciaires et celle de la Magistrature, sous sa forme organisée actuelle, sont apparues dans un contexte historique marqué par une tendance à la spécialisation des différentes activités sociales, économiques et politiques. En matière de règlement des différends et conflits cette spécialisation est centrale pour définir et encadrer les fonctions et rôles dans les différents services judiciaires, internes et externes. Il peut s’agir de situation mettant en conflit des entités étatiques, des populations, des acteurs économiques comme les entreprises nationales ou étrangères, de situation relavant du domaine du contentieux sur la propriété, etc.

Cheikh Sidi Mohamed Cheina, Magistrat – Crédit Aidara


Au niveau de la République islamique de Mauritanie, l’institution judiciaire a connu d’importantes mutations depuis la période pré-coloniale, celle des emirats et des groupes tribaux traditionnels notamment, en passant par la parenthèse coloniale elle-même, jusqu’à l’avènement de l’État moderne.
Cette institution porte désormais le nom de pouvoir judiciaire conformément à la Constitution du pays et aux lois organiques.

L’action judiciaire, ses institutions, son cadre humain, ainsi que les différents mécanismes, à leurs divers niveaux, soulignent tous l’importance du pouvoir judiciaire et définissent ses attributions au regard de l’autorité qui lui est attribuée dans l’espace de la République.
Le “caractère républicain” particulier de ce pouvoir le distingue du reste des pouvoirs constitutionnels (exécutif et législatif) pour lui assurer son indépendance, son impartialité et son intégrité de manière à ce qu’il exerce les missions et rôles qui lui sont dévolus en vertu de sa compétence. A cet égard, nous pouvons noter les points suivants :

Premièrement: le pouvoir judiciaire, un pouvoir constitutionnel qui se caractérise par son indépendance

De ce fait, il doit être loin de tout ce qui dénote d’un attachement à des allégeances étroites : équilibres tribaux, ethniques, régionaux, etc. Sinon, comment parler d’indépendance, condition essentielle pour son existence, l’exécution de sa mission, et l’évaluation de son travail !?

Deuxièmement: le pouvoir judiciaire, un « pouvoir républicain » immuable.

Dans les différentes démocraties, les composantes de la société sont représentées au sein des organes et institutions de l’État conformément aux règles fondées sur la base de l’article 21 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Cet article stipule explicitement que ‘’la volonté du peuple est la source de l’autorité. Elle s’exprime par des élections. Elle est juste, conduite sur la base du scrutin secret et la liberté de vote, soit périodiquement, soit à la suite de circonstances exceptionnelles d’urgence’’…

Cependant, le discours sur la représentation des composantes au niveau de l’institution judiciaire pose problème. Ce discours contredit le caractère républicain “spécial impartial’’ du pouvoir judiciaire. Car, il n’est pas conforme à la mission de celui-ci.
Le pouvoir judiciaire, contrairement aux autres pouvoirs constitutionnels, a certaines caractéristiques qui le distinguent des autres, à savoir :

1- “sa stabilité”, parce qu’il n’est pas soumis à des élections spécifiques dont les membres seraient élus régulièrement pour une durée déterminée.
2- Ce n’est pas, non plus un ‘’pouvoir représentatif’’ des composantes de la société dans laquelle il s’exerce.

On observe que la ‘’nature républicaine’’ du pouvoir judiciaire dont il est question réside ici dans les avantages qu’il apporte dans les sociétés où il se situe où la vie est contrôlée dans ses divers aspects et contradictions.

Pour atteindre ses objectifs, le pouvoir judiciaire doit faire preuve : d’impartialité, d’intransigeance et d’objectivité.
Ces caractéristiques sont nécessaires pour que cette autorité républicaine particulière accomplisse son travail de la manière prévue dans la Constitution et les lois qui la régissent dans ses multiples et importantes fonctions en dehors de toute interférence ou pression politique ou sociale.

Il n’est pas surprenant que ces caractéristiques et conditions existent également dans les règles juridiques applicables à partir des textes et des arsenaux juridiques contraignants.

Troisièmement : les juges, la prestation de serment et la loyauté

Qui dans le milieu judiciaire n’a pas été formé sur la base de règles et textes juridiques qui renforcent et consacrent à titre privé ou public la “conviction du juge” et protègent et préservent l’indépendance de  » l ‘autorité la justice” ?
C’est ainsi que les magistrats ont, tous, été formés dans le but de remplir pleinement leurs fonctions.

Dès leur entrée dans la Magistrature, les juges prennent l’engagement de respecter les textes et règles de procédure qui garantissent leur indépendance et préservent leur conviction, y compris en Mauritanie.

Pour y parvenir de manière sérieuse et assurer l’impartialité, une mesure procédurale contraignante a été établie pour chaque juge avant qu’il accède à son travail: C’est le mécanisme de  »prestation de serment ».

Il s’agit d’un engagement et d’une promesse explicites du juge de respecter tout au long de sa carrière ‘’tout ce qui sert et renforce son acuité et sa vigilance à mettre en œuvre l ‘application impartiale de la loi et d’œuvrer à assurer l’indépendance de la magistrature et à protéger l’honneur des magistrats et
d ‘observer les règles qui renforcent leurs convictions’’.

Nous magistrats, n’avons-nous pas tous juré de veiller à appliquer ces règles et principes chers ? Et ne sommes-nous pas tenus de les respecter à toutes les étapes de notre parcours professionnel, quels que soient nos origines sociales ou nos préférences intellectuelles ?

Cette autorité constitutionnelle, compte tenu des responsabilités qui est le sienne, ne peut pas s’accommoder, de part sa nature, d’une quelconque restriction qui limite son action. Cela contraste avec le reste des pouvoirs ou institutions constitutionnelles dans les pays qui appliquent le système démocratique pluraliste soumis aux règles de la représentation communautaire et ses diverses composantes, sur la base de quotas, proportionnalité, représentation partielle, etc.

Quatrièmement: les garanties de l’indépendance du pouvoir judiciaire.

Dans tous les pays du monde, malgré la pluralité, la diversité et les différences des systèmes politiques et judiciaires, on s’accorde sur la nécessité de l’impartialité et l’indépendance de la justice en particulier. Et cela dans une optique d’ordre pragmatique, avant tout, dans le but à ce que cette autorité fasse le travail qui lui est confié en vertu des lois et règlements.

Et comme à partir de l’extrapolation historique de la réalité du pouvoir judiciaire, on ne peut imaginer dans l’histoire, qu’un jour un pouvoir judiciaire a été institué et que des juges ont été choisis dans le but de légaliser, par exemple, les interdits et de légaliser les lois de la jungle qui consacrent la survie du plus fort.

Au contraire, on constate que cette institution est vitale dans diverses sociétés, comme le montrent les études anthropologiques. Elle est destinée à sauvegarder les droits des individus et des sociétés, à l’abri du pouvoir de tentation et inféodation dérivante.

Le système judiciaire mauritanien n’est pas loin de ces expériences humaines et règles importantes évoquées plus haut.
En effet, la loi fondamentale de la République (articles 91, 89, 90) précise la position centrale de cette autorité, elle définit ses attributions et affirme qu’elle est une instance constitutionnelle indépendante de manière à exercer pleinement ses compétence et ses pouvoirs spécifiques sans aucune interférence.

On observe que le degré de respect de l’indépendance de la justice, le niveau du statut des juges et l’importance des moyens dont ils disposent varient selon les degrés d’ engagement des Etats et suite aussi aux efforts des juges . Cela est identique dans différents pays et systèmes judiciaires dans le monde.

Aujourd’hui, en Mauritanie, pour renforcer les pouvoirs de notre autorité judiciaire et consacrer des garanties qui définissent et confirment son indépendance, à cette étape de l’histoire de notre justice, il est nécessaire de revoir la loi sur le statut des juges, conformément aux articles constitutionnels précités, ainsi que sur la base de l’esprit, du préambule et des principes généraux sur lesquels repose cette loi suprême dans l’arsenal juridique du pays. D’autant plus que ces lois et instruments juridiques sont tous considérés comme un point de départ pour les garanties du ‘’renforcement de l’indépendance de la justice mauritanienne’’.

En révisant les articles qui garantissent l’indépendance de la justice de manière définitive, le juge doit être protégé contre la mutation sans son avis ou sans une base légale (établie par la loi ) et la vulnérabilité de son droit à la promotion.
Il y a lieu de revoir de plus l’autonomie du parquet général et l’inspection générale de la justice de l’autorité du ministère de la justice.
Ces prérogatives sont actuellement du ressort du pouvoir exécutif, à travers l’autorité du Ministre de la Justice, selon les dispositions légales en vigueur.

Il faut aussi, pour assurer un meilleur fonctionnement de cette autorité sensible. activer la règle de la récompense et de la sanction pour apprécier le travail et les compétences des juges, saluer leur intégrité et leur expérience et valoriser leurs spécialisations. En créant l’atmosphère propice à une saine émulation, loin de toute forme de pression, d’allégeance ou de manifestation d’injustice, cela servirait sans aucun doute la mission et l’action de cette autorité constitutionnelle spéciale.

Cinquièmement: l’indépendance du pouvoir judiciaire..un risque pour la République ?

Quelqu’un pourrait dire que notre institution judiciaire est faible et que la demande de son indépendance peut constituer une menace pour l’État, ses différentes institutions et même les citoyens. Un autre dira que lutter pour l’indépendance de la justice conduirait à la création d’un pouvoir des juges qui surpasserait les autres instances constitutionnelles: Une véritable dictaure du pouvoir des juges.

Si certains pensent, avec ou sans raison, que la justice souffre des sérieuses difficultés, notre conviction nous amène à croire que des jours meilleurs sont devant ce secteur. L’une des raisons est que ces dernières années, l’essentiel de l’appareil judiciaire est devenu majoritairement composé de tranches d’âge jeunes qui se caractérisent par les qualifications professionnelles et scientifiques requises selon les normes internationales dans le domaine de la justice: diplômes universitaires de haut niveau et fondements moraux solides, sens élevé du devoir, responsabilité et distance appropriée avec les parties, etc.

Dans le même temps, ces groupes auront une forte présence pour couvrir le déficit qui se produira dans le nombre de juges d’ici la fin de l’année de 2023 lorsque plus d’une vingtaine de juges mauritaniens bénéficieront de leur droit à la retraite.

La réforme de la justice et le renforcement de son indépendance resteront des conditions essentielles pour maintenir la paix, rendre justice aux justiciables, punir les différents coupables et protéger d ‘avantage les opérateurs économiques nationaux ou étrangers et leurs investissements. Cela augmentera, sans doute, également les chances de la Mauritanie d’assumer une position décente à différents niveaux pour faire face aux défis de son nouveau statut de pays gazier et pétrolier qui le conduira à promulguer régulièrement des lois diverses et complexes pour prévenir les conflits résultant de la protection de ces nouvelles richesses qui, connaîtront de profondes transformations.

Cette situation exige que chacun, en particulier les autorités compétentes, s’emploie à garantir que le pouvoir judiciaire reste toujours dans une position appropriée pour s’acquitter pleinement de toutes ses responsabilités légales. Ce qui signifie un renforcement de l’indépendance et des pouvoirs de la justice et la mise à disposition des moyens matériels et humains nécessaires.

Sixièmement: Des Etats généraux pour quel modèle de justice en Mauritanie ?

Le 5 octobre 2022, les autorités compétentes ont annoncé l’organisation en fin d’année des États généraux de la justice en Mauritanie. L’objectif de ce conclave inédit dans l’histoire de la Mauritanie, est d’abord de faire un état des lieux de ce secteur qui tout au long de l’évolution du pays a pourtant fait l’objet de maintes réformes initiées par les différentes régîmes qui ont dirigé le pays.
Ensuite, il s’agira d’identifier les défis et les obstacles auxquels la justice est confrontée et trouver les voies et moyens pour assurer sa réforme en renforçant l’indépendance des magistrats dont la fonction est essentielle dans la construction et la préservation de l’Etat de droit, la justice étant le garant des valeurs républicaines et de la nature du système démocratique du pays.

Cheikh Sidi Mohamed Cheina,
Président de la Cour Pénale spéciale Sud spécialisée dans la lutte contre l’Esclavage


Nouakchott se prépare à accueillir le plus grand forum mondial sur les droits des enfants

En prélude au forum mondial sur la justice pour les enfants et la privation de la liberté que la Mauritanie va accueillir les 8 et 9 novembre 2022 à Nouakchott, Mme Zeinebou Taleb Moussa, présidente de l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant (AMSME), a animé une conférence de presse en sa qualité de représentante en Mauritanie depuis 2015 de la plateforme internationale, Défense des Enfants International (DEI) présente sur les cinq continents.Elle a expliqué devant les représentants des médias que c’est la première fois que la Mauritanie accueille un tel évènement, avec la présence attendue de représentants venant de 50 pays. Une étude mondiale sur la situation des enfants sera faite par un représentant du Secrétaire Général des Nations Unies, M. Antonio Guterez

La presse briefée sur le forum mondial – Crédit Aidara

En marge du forum qui regroupera plusieurs experts internationaux sur les droits des enfants et qui sera ouvert par le Commissaire aux droits de l’homme, à l’action humanitaire et aux relations avec la société civile, avec la présence de hauts responsables des Nations Unies, la plateforme DEI va tenir son assemblée générale devant mettre en place de nouvelles instances et qui se tient tous les quatre ans.

Zeynabou Taleb Moussa – Crédit Aidara

Cette AG aura lieu du 10 au 12 novembre 2022, en présence du Commissaire aux droits de l’homme, à l’action humanitaire et aux relations avec la société civile et d’autres personnalités.

Une conférence de presse est prévue le 9 novembre. La clôture du forum aura lieu le 12 novembre et sera marquée par la lecture de la Déclaration de Nouakchott de la plateforme DEI sur la justice pour les enfants et la privation de liberté.

Ci-après le communiqué de presse établie à cette occasion.

Cheikh Aidara

COMMUNIQUE DE PRESSE

La Mauritanie abritera du 8 au 9 novembre 2022 un Forum Mondial sur la Justice pour les Enfants et la privation de liberté. Une cinquantaine de pays et d’organisations internationales prendront par à l’évènement.

Le forum est organisé par Défense des Enfants International représenté par l’Association de Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant en Mauritanie AMSME en partenariat avec le Panel d’ONG sur les enfants privés de liberté avec l’appui agissant du Commissariat Mauritanien au Droits de l’Homme à l’Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile.

Le Forum est destiné à faire le point sur le travail accompli en matière de justice pour les enfants et de privation de liberté, en mobilisant les principales parties prenantes pour déclencher des actions face à des défis sans précédent, en veillant à ce qu’aucun enfant ne soit laissé pour compte. Le Forum sera ouvert par le Commissaire au Droits de l’Homme Mr. CHeikh Ahmedou Sidi et la Représentante spéciale du Secrétaire général sur la violence à l’encontre des enfants, Dr Najat Maalla M’jid, avec le Professeur Manfred Nowak, expert indépendant et auteur principal de l’Étude mondiale, qui participera également au Forum et partagera son expérience de l’Étude et de sa diffusion. 

Ces dernières années, de nombreux pays ont connu un rétrécissement dramatique de l’espace civique, des troubles politiques et des restrictions COVID-19 qui ont affecté les droits des enfants et leur participation significative. Alors que la pandémie mondiale a révélé de graves lacunes dans l’accès à la justice pour les enfants, pendant les périodes de confinement, et a eu un impact sévère sur les droits humains des enfants privés de liberté en particulier, ouvrir la voie à la réalisation de l’objectif de développement durable 16 peut encore combler les lacunes si nous agissons maintenant.  

L’évènement permettra notamment de 

  • Faire le point sur les progrès et les défis 3 ans après la présentation de l’étude globale à l’AGNU pour chaque groupe : Administration de la justice, enfants privés de liberté, enfants en situation de migration, enfants en institutions et enfants détenus dans le contexte d’un conflit armé/de raisons de sécurité nationale ;  
  • Échanger les pratiques prometteuses de différents pays et contextes, comme l’investissement dans des mesures non privatives de liberté pour assurer la réintégration sure des enfants dans les familles et les communautés ;  
  • Plaider pour le suivi de la collecte de données sur les enfants privés de liberté ;  
  • Promouvoir le lancement de plans d’action et de politiques nationales mettant en avant les alternatives à la détention ;  
  • Elaborer sur la nécessité d’une approche multipartite et multisectorielle pour mettre fin à la privation de liberté des enfants ; Construire des synergies et des alliances renforçant l’action collective des organisations de défense des droits de l’enfant, de la société civile et d’autres parties prenantes pour promouvoir les recommandations de l’étude mondiale des Nations Unies sur les enfants privés de liberté et utiliser l’ODD16 en particulier comme une feuille de route pour le rétablissement et la promotion de la justice pour les enfants 
  • Promouvoir une coopération renforcée et coordonnée aux niveaux national, régional et international ;   
  • Promouvoir les politiques et pratiques de prévention et de réintégration ;  
  • Mettre en évidence les bonnes pratiques et les pratiques innovantes qui permettent une participation effective et significative des enfants à ces objectifs.  
  • Accroitre la volonté politique de promouvoir et de mettre en œuvre une justice adaptée aux enfants, en créant une dynamique pour les réformes sur les alternatives non privatives de liberté ; 
  • Assurer le suivi et la diffusion des contributions au Forum en apportant des messages clés de plaidoyer au Congrès mondial sur la justice ou à d’autres forums pertinents (Forum politique de haut niveau en juillet 2023). 
  • Adopter un plan d’action pour la mise en œuvre des recommandations de l’étude globale. 

 Le forum est organisé en prélude de l’Assemblé Générale du Mouvement Défense des Enfants International qui se tiendra à Nouakchott du 10 au 12 Novembre 2022.


73ème session de la Commission africaine des droits de l’homme, la Mauritanie présente son rapport annuel et renouvelle son attachement à la promotion des droits de l’homme

Une forte délégation conduite par le Commissaire aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile, M. Cheikh Ahmedou Ould Ahmed Salem Ould Sidi, a pris part à la 73ème session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples qui se tient à Banjul (Gambie) depuis le 20 octobre 2022 et s’achèvera le 9 novembre. Le Rapport périodique de la Mauritanie sur la mise en œuvre des exigences de la Charte africaine des droits de l’homme a été présenté au cours de cette session.

Le Commissaire aux droits de l’homme devant la Commission africaine à Banjul

C’est le 26 octobre 2022 que le Commissaire aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile, M. Cheikh Ahmedou Ould Ahmed Salem Ould Sidi, a présenté devant les délégués de la Commission africaine des droits de l’homme, le rapport périodique de la Mauritanie sur ses engagements par rapport à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. C’était à l’occasion de la tenue de la 73ème session ordinaire de cette haute instance africaine à Banjul (Gambie) prévue du 20 octobre au 9 novembre 2022.

Il a affirmé que le gouvernement mauritanien est convaincu de la place qu’occupent les droits de l’homme dans le développement économique et social du pays et qu’il a toujours respecté ses engagements internationaux, dont la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

La salle de conférence lors du discours du Commissaire aux droits de l’homme

Il a passé en revue les différentes mesures et politiques adoptées par la Mauritanie dans la préservation et la protection de droits humains. Selon lui, le gouvernement est conscient de l’importance de la stabilité et du respect de la loi dans l’atteinte des objectifs de développement. Il a de ce fait renouvelé l’engagement des autorités mauritaniennes et leur attachement aux valeurs et aux principes des droits de l’homme, en particulier les dispositions de la Charte africaine des droits de l’homme.

Auparavant, le Commissaire aux droits de l’homme, avait prononcé un discours dans lequel il avait mis en exergue les efforts déployés par la Mauritanie pour contribuer au règlement des conflits dans le continent, dans l’accueil des réfugiés et des demandeurs d’asile. Il a aussi indiqué les défis que la Mauritanie tente de surmonter, notamment ceux liés à la sécurité, tels le terrorisme, l’extrémisme violent, le crime transfrontalier, grâce à une approche sécuritaire globale, dans le cadre du G5 Sahel. Il a surtout souligné la priorité accordée par le programme politique du président de la République, M. Mohamed Cheikh El Ghazouani à la consolidation de la cohésion sociale, la lutte contre les pratiques surannées et les stéréotypes, la nécessité de rompre avec toutes les formes de discrimination.

Entretien avec Mme Maya Sahli

Il a mentionné les nouvelles mesures prises pour concrétiser l’ambition du pays à créer une société égalitaire et plus juste, à travers notamment le lancement de l’école républicaine dont l’objectif est de renforcer les principes d’équité et d’égalité, en redonnant aux établissements d’enseignement du pays la possibilité de jouer leur rôle de champ de valeurs républicaines et de pilier de l’unité nationale.

Il a cité la caravane lancée le 13 octobre dernier pour vulgariser les textes relatifs à l’esclavage, la discrimination, la traite et la torture, caravane qui continue de battre le plein sur toute l’étendue du territoire avec l’appui de la société civile. Il a évoqué les surenchères politiques qui instrumentalisent les questions relatives aux droits de l’homme et qui en font un fonds de commerce.

Avec le président de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples

Le Commissaire a aussi évoqué les progrès réalisés dans le domaine de la protection des droits et des libertés, citant la loi 004-2021 relative aux associations, organismes et réseaux et qui consacre le système déclaratif des associations longtemps soumises au système d’autorisation. Il a aussi cité la création de l’Observatoire national des femmes et des filles, comme instrument de défense des droits en matière genre.

Pour la première fois, dira-t-il en substance, un processus d’élaboration d’une stratégie nationale de promotion et de protection des droits de l’homme dans le pays a été lancée, suivant un processus consultatif et en collaboration avec le Bureau pays du Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. Il a aussi évoqué la création d’un prix national pour les droits humains pour encourager les acteurs et renforcer la cohésion nationale.

Au cours de son séjour en Gambie, le Commissaire a rencontré le président de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, M. Rémy Ngoy Lumbu et la Rapporteuse de la Commission africaine des droits de l’homme en charge de la Mauritanie, Mme Maya Sahli.

Durant tout son séjour, le Commissaire était accompagné d’une délégation comprenant M. Harouna Traoré, Chargé de mission à la Présidence de la République, M. Mohamed Ould Ely Telmoudi, Conseiller du Premier ministre chargé des droits de l’homme et plusieurs cadres des départements concernés par la question.

Cheikh Aïdara