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Abu Dhabi, les leaders religieux du monde adoptent le Document sur la Fraternité Humaine

Les chefs et les leaders des religions mondiales et traditionnelles, participant à la septième Conférence des chefs religieux qui s’est tenue au Kazakhstan et  intitulée: « Le rôle des chefs religieux dans le développement spirituel et social de l’humanité pendant l’ère post-Covid-19 », ont adopté aujourd’hui,  jeudi,  le Document sur la Fraternité humaine dont la signature a eu lieu, le 4 février 2019, à Abou Dhabi, par le Grand Imam  Prof. Dr. Ahmed Al-Tayeb, Cheikh d’Al-Azhar, président du Conseil des Sages musulmans et Sa Sainteté le Pape François, chef de l’Église catholique, sous le patronage de Son Altesse Cheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, président des Émirats arabes unis.

La déclaration finale de la conférence, qui a réuni plus de 108 chefs et leaders religieux du monde entier, a souligné l’importance du Document sur la Fraternité humaine en tant que document historique contribuant à la promotion de la paix, du dialogue, de la compréhension et du respect mutuel entre tous les êtres humains.

La Conférence des chefs religieux, d’une durée de deux jours allant du 14 au 15 septembre derniers, s’est tenue à la capitale du Kazakhstan renommée « Nour-Soultan » avec la présence et la participation du président kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, et de Son Éminence le Grand Imam Prof. Dr. Ahmed Al-Tayeb, Cheikh d’Al-Azhar, président du Conseil des Sages musulmans et Sa Sainteté le Pape François, chef de l’Église catholique ainsi qu’un grand nombre de chefs et de leaders religieux du monde entier.


Le Forum mondial sur la justice pour les enfants s’ouvre à Nouakchott avec 50 pays invités

Nouakchott a abrité mardi 8 novembre 2022, l’ouverture des travaux du Forum mondial sur la justice des enfants et la privation de liberté. Une feuille de route et un plan d’action global, ainsi que des recommandations issues de travaux de groupes, ont été adoptés à la fin du conclave qui a duré deux jours.
Vue de la salle de conférence – Crédit AIdara
L’évènement est organisé par « Défense des Enfants International (DEI) », une plateforme mondiale représentée en Mauritanie depuis 2015 par l'Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l'Enfant (AMSME), et le comité des organisations non gouvernementales sur les enfants privés de liberté, avec le soutien du Commissariat aux Droits de l'Homme, à l'Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile. 
 Plus d'une cinquantaine de pays et d'organisations ont planché sur les progrès et les défis par rapport à la situation des enfants depuis ces dernières années, après la soumission de l’étude réalisée en 2019 par les Nations Unies sur la question.
Le forum de Nouakchott a été le lieu d’intenses échanges sur les bonnes pratiques entre différents pays, en vue de promouvoir une coopération renforcée et coordonnée aux niveaux national, régional et international. L’idée a été lancée d’adopter un plan d'action global pour mettre en œuvre les recommandations de l'étude mondiale réalisée par les Nations Unies. 
 La Mauritanie et ses efforts pour l’enfance
Rassoul Ould Khal ouvrant les travaux – Crédit Aidara
L’ouverture officielle a été l’occasion pour le Commissaire adjoint aux droits de l'homme, M. Rassoul Ould Khal, de réaffirmer l'adhésion de la Mauritanie aux principes fondamentaux des droits des enfants. « Le forum est l’occasion indiquée de réaffirmer cet engagement et d'évaluer le travail entrepris dans le domaine de la justice pour les enfants et la privation de liberté » a-t-il déclaré. Il a cité dans ce cadre les activités réalisées par son département dans la promotion et la protection des droits humains en Mauritanie, ainsi que les instruments mis en place pour les consolider, tels que l’Observatoire national des droits de l’homme, l’important arsenal juridique mis en place pour la protection des groupes les plus vulnérables, tels que les enfants en conflit avec la loi.
Des experts venus d’une cinquantaine de pays – Crédit Aidara
Selon Rassoul Ould Khal, « tous ces efforts n'auraient pas pu être réalisés, sans une volonté politique sincère de Son Excellence le Président de la République, M. Mohamed Cheikh Ghazouani ». Il a souligné que la Mauritanie a élaboré un code de protection de l'enfance, mis en place un Conseil National de l'Enfance, et un observatoire de défense des droits des femmes et des filles. Ces instruments devront être complétés selon lui, par l’adoption imminente de la loi contre les violences faites aux femmes et aux filles. 
Consolider l’élan mondial

Pour sa part, la présidente de l'Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l'Enfant (AMSME), Mme Zeynabou Taleb Moussa, a déclaré que ce forum « constitue une opportunité pour renforcer le dialogue et la coopération sur des questions centrales et les droits actuels des enfants, car il permettra l'interaction et l'échange de vues sur les résultats de l'étude mondiale menée par le Secrétaire général des Nations Unies en 2019 sur la situation de la liberté des enfants ainsi que l’accès à leurs droits et à la justice ».
Le Représentant de l’UNICEF en Mauritanie – Crédit Aidara
Prévenir les effets néfastes de la détention des enfants


M. Marc Lucet, représentant de l’UNICEF en Mauritanie, a remercié le gouvernement mauritanien d’avoir bien voulu accueillir ce forum qui réunit des participants de plusieurs pays et des partenaires techniques et financiers. Il a déclaré que l'étude globale sur la situation des enfants et ses recommandations illustrent l'un des meilleurs moyens de prévenir les effets néfastes de la détention des enfants, pour éviter de les priver de leur liberté. Il a mis en exergue l'engagement de « Défense des Enfants International (DEI) » à aider tous les gouvernements du monde dans ce combat et à se tenir aux côtés des acteurs présents sur le terrain.
Mettre en œuvre l’étude mondiale des Nations Unies
Pour sa part, M. Abdul Manaf Kamokai, président de DEI, a exprimé sa gratitude envers tous les partenaires, soulignant que l'organisation de ce forum vise à donner un nouvel élan à la mise en œuvre des recommandations de l'étude diligentée par les Nations Unies.
Vue partielle de la salle – Crédit Aidara

Le forum a vu la présence des directeurs régionaux de la sûreté nationale au niveau des trois Wilayas de Nouakchott, l’Ambassadeur de France, le président du Forum des Acteurs Non Etatiques et les représentants des organisations internationales présentes en Mauritanie.

Plusieurs panels sur la situation des enfants en situation spéciale

L’ouverture officielle a été précédée d’une session de haut niveau sur la privation de liberté comme violence structurelle et la route vers la justice pour les enfants. Cette session a été ponctuée par une vidéo sur l’étude mondiale, version adaptée aux enfants et commentée par Dr. Najat Maala M’Jid, Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies chargée de la question de la violence contre les enfants. Elle a été modérée par Alex Kamarotos, Directeur Général de DEI et animée par le professeur Manfred Nowak, Secrétaire général du Global campus of Human Rights, expert indépendant et auteur de l’Etude mondiale des Nations Unies sur les enfants privés de liberté. Il avait à ses côtés Benoit Van Keirsbilk, membre du Comité des droits de l’Enfant des Nations Unies.

Une assistance captivée par les débats – Crédit Aidara

Après le retrait des officiels, les participants ont suivi plusieurs panels, dont un portant sur la privation de liberté dans l’administration de la justice et les enfants vivant en prison avec la personne ayant leur garde physique. Cette session a été modérée par Margaret Tuite, animée par Aïcha Salma, DEI/Mauritanie, Shahid M. Korjie, Coordinateur, Bureau du procureur général et ministre de la Justice de Sierra Leone, Hannah Tisfentgraber, Programme Mondial sur l’Elimination de la violence à l’Encontre des Enfants (UNODC), Meskerem Geset Techane, membre du Groupe de travail des Nations Unies sur la discrimination envers les femmes et les filles, et le professeur Nancy Loucks, Directrice générale Familles Outside.

Les participants ont suivi par la suite trois autres panels, sur la privation de liberté dans le contexte institutionnel, la privation de liberté et les enfants en contexte de migration, et enfin, la privation de liberté des enfants dans les conflits armés et dans des contextes spécifiques relevant de la sécurité nationale.

La journée a été clôturée par une soirée de gala au cours de laquelle plusieurs prix ont été décernés. Les participants ont également visité les expositions de dessins réalisés par les enfants détenus au Centre d’Accueil et de Réinsertion Sociale des Enfants en Conflit avec la loi (CARSEC) de Nouakchott.

Cheikh Aïdara


Partenariat Ferme de Guerrou-PRODEFI, une ambitieuse expérience pour la Mauritanie face à la dépendance alimentaire et fourragère

Dans un pays si fortement dépendant des marchés extérieurs pour la nourriture de sa population et de son nombreux cheptel comme la Mauritanie, la Ferme de Guerrou qui comprend une composante agriculture- maraîchage et une composante industrielle pour aliments de bétail et de volaille, représente-t-elle une réelle opportunité pour réduire la dépendance et renforcer la résilience du système d’alimentation de bétail et de volaille à grande échelle ?

Usine de transformation du moringa en aliments de bétail de la Ferme de Guerrou – Crédit Aidara

Le complexe agro-industrielle de Guerrou est installé à l’orée de la ville, à 5 kilomètres au Nord-Est, sur une superficie de 51 hectares, à 550 kilomètres de la capitale, Nouakchott. C’est le fruit d’une initiative privée, celle de l’armateur et homme d’affaires, Ahmedou Ould Hmeiti. Entre deux escales, entre la capitale économique Nouadhibou où il travaille et Nouakchott, il fait de fréquentes descentes dans sa cité d’origine, là où il a installé sa famille et sa ferme.

Partenariat PRODEFI et Ferme de Guerrou

Depuis 2019 et dans le cadre d’un Partenariat Public Privé Producteurs (4 P), la Ferme de Guerrou a noué un partenariat avec le Projet de Développement des Filières Inclusives (PRODEFI), un projet financé par le Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA), à hauteur de 45 millions de dollars U.S pour la période 2019-2023.

A travers deux entités, la Société Moringa pour les Cultures Fourragères (SMCF) et l’Unité des Fourrages du Sud (UFS), la Ferme de Guerrou produit une grande partie de ses intrants en fourrages pour alimenter l’usine de fabrication des aliments de bétails et de volailles. 

Abdel Kader Mohamed Saleck – Crédit Aidara

Pour que la ferme puisse davantage impacter sur son environnement, « le PRODEFI a associé à ce projet 8 coopératives implantées dans la région de l’Assaba et qui se sont engagées avec le producteur. L’objectif est de produire pour toute la région, voire la partie fourragère pour les trois régions de l’Est, Assaba, Hodh Gharbi et Hodh Charghi » selon le Coordinateur du PRODEFI, Abdel Kader Mohamed Saleck.  Pour cela, un fond d’1 million de dollars U.S, soit 49% des investissements, a été injecté par le PRODEFI contre 51% apportés par le promoteur.

L’avis d’un producteur associé

 Selon Seiv Ould Boubacar, président de la Coopérative El Kheir associé à l’USF, « notre coopérative est dirigée par un Bureau Exécutif de 15 membres et compte une trentaine d’employés. C’est l’une des 8 coopératives que le PRODEFI a sélectionnées comme actionnaire dans l’Usine des Fourrages du Sud (UFS) ». Sur une parcelle de 4 hectares, la coopérative cultive des produits fourragers et pratique le maraîchage. Selon Seiv Boubacar, « grâce aux semences de bonne qualité, nous avons enregistré cette saison de bons rendements, avec une production d’une tonne et demie (1,5) de fourrage de maïs, mais un faible rendement en légumes ». Le manque d’eau reste l’une de leur plus grande préoccupation, affirme-t-il en substance.

Pourtant, selon le directeur de la Ferme de Guerrou, celle-ci dispose de plusieurs sondages, forages et un château d’eau qui alimentent les parcelles de culture et l’usine.

Les partenaires jugent satisfaisant l’expérience de Guerrou en matière d’agro-business, soulignant qu’il s’agit d’un modèle inédit dans la zone. Elle tranche, selon eux, avec l’habituelle pratique, celle de l’agriculture traditionnelle de type familiale à petite échelle et à faible rendement largement pratiquée en Mauritanie.

Pas moins de deux ministres de l’Agriculture ont visité la ferme en 2022 et ont exprimé chacun son émerveillement face à une exploitation d’une telle ampleur, tout en engageant le département à accompagner cette expérience au regard de son potentiel apport à l’autosuffisance alimentaire et fourragère.

Une expérience calquée sur le Maroc

Le complexe agro-industriel de Guerrou, encore appelé « la ferme de Guerrou » est réputée surtout pour ses tomates de grande qualité.

Production record de tomates en une saison – Crédit Aidara

« Notre expérience en ce qui concerne la culture de tomates, s’est inspirée totalement du Maroc. Nous avons calqué toute la chaine de production, en utilisant les mêmes semences, les mêmes techniques, les mêmes méthodes de production, les mêmes équipements et matériels. Nous avons même amené un expert marocain qui a accompagné le début de nos activités. Les résultats étaient au-delà de nos prévisions. Nous tablions sur 120 tonnes à l’hectare, nous avons eu plus de 170 tonnes à l’hectare » explique Mohamed Ould Cheikh Ahmed, le Directeur de la ferme.

Une initiative saluée par les partenaires

Pour Moctar Kelly, expert suivi-évaluation du projet Environnement et Changements Climatiques au bureau FAO de Nouakchott, « à côté de l’agroforestier qu’elle pratique avec la culture du Moringa et d’autres types d’arbres, la Ferme de Guerrou fait également de l’agroécologie, une association entre les arbres et les produits maraîchers qui est très bénéfique. Parce que l’arbre stocke le carbone et fertilise le sol. C’est ce qui fait le succès de cette ferme, car en général les gens déboisent avant de faire du maraîchage ce qui n’est pas judicieux. Ainsi, la ferme de Guerrou sur une superficie de moins de deux hectares produit des quantités considérables de tomates ».

Bamanthia Tandida – Crédit Aidara

Selon Bamanthia Mamadou Tandia, Chef d’antenne PRODEFI de Kiffa, chef-lieu de la région de l’Assaba, « l’année passée, la SMCF a réalisé une production exceptionnelle de 85 tonnes de tomates d’une variété de haute qualité. C’est la première fois qu’un tel résultat est atteint dans toute l’histoire du pays. C’est une variété de tomate dont la moyenne de rendement tourne entre 180 à 200 T par hectares, ce qui est très loin de la moyenne nationale située entre 25 et 30 tonnes à l’hectare ».

Avec l’ambition de couvrir une large partie des besoins du pays en tomates, la Ferme de Guerrou est également entrain de casser les prix du marché. « Alors que le kilo de tomates se négocie autour de 50 à 60 MRU, la ferme cède aux grossistes une tomate dont le kilo varie entre 15 et 30 MRU, selon les périodes », affirme le Directeur de la ferme.

Selon lui, « la superficie réservée aux tomates, vont passer à partir de cette année, de 1, 5 hectare à 4 hectares, ce qui va décupler la production et nous tablons sur plus de 300 tonnes, ce qui va couvrir largement les besoins de la région et des autres régions, voire du pays »

La ferme de Guerrou cultive aussi dans sa partie maraîchage toutes les autres variétés de légumes. « Nous avons produit l’année dernière 28 tonnes de melons et 15 tonnes de pastèques » a aussi affirmé le directeur de la ferme.

Selon Bamanthia Tandia, « l’intérêt est que la SMCF produit toute l’année. La première campagne a commencé à partir de la saison normale, de septembre à février-mars. Dès le mois de décembre déjà, elle approvisionnait le marché local à Kiffa ».

Mieux, Bamanthia Tandia affirme que « l’expérience de la Ferme de Guerrou, qui est accompagnée par une série de formations à l’intention des coopératives, dont celle qui a démarré lundi 19 septembre 2022, commence à faire des émules dans la région, notamment autour de Guerrou. Plusieurs hommes d’affaires ont commencé à se lancer dans les cultures fourragères en perspective des gains qu’ils pourraient tirer avec l’USF ».

Un point de vue largement partagé, car selon le Coordinateur du PRODEFI, « l’initiative de la Ferme de Guerrou a fait des émules parce que cette expérience intéresse tous les acteurs. Beaucoup compte sur cette expérience pour développer cette espèce et par là introduire pour d’autres espèces des semences qui pourront produire des rendements beaucoup plus importants. Cela fait aussi des rentrées beaucoup plus importantes pour les populations ».

Assurer l’autosuffisance en aliments de bétail et de volaille dans les régions de l’Est

Par rapport à la production d’aliments de bétail, des évolutions ont été notées en fonction des politiques de l’Etat. Au départ, le projet était centré essentiellement sur le Moringa et les cultures fourragères avec 13 hectares aménagés, plus 2 hectares pour le maraîchage.

Une partie de la ferme avec les tomates et les moringa – Crédit Aidara

Avec le problème de Guergueratt, au niveau de la frontière entre la Mauritanie et le Maroc, et la pénurie de légumes qui s’en est suivi en 2020 sur le marché national, le ministère de l’Agriculture a demandé à l’ensemble des projets et aux initiatives de s’intéresser plus au maraîchage, d’où l’orientation de la production de la ferme vers les cultures maraîchères. C’est dans ce cadre que la recherche s’est dirigée vers de nouvelles espèces et de nouvelles semences beaucoup plus productives et beaucoup plus intéressantes. Il s’en est suivi une très bonne production. L’intérêt de cette espèce, ce n’est pas seulement son aspect productif, mais le fait qu’il est possible avec elle de faire deux saisons avec une plus grande période. Quasiment sur une année, il est possible de réaliser 9 mois de production, alors que les premières espèces ne pouvaient se faire qu’au cours de la contre-saison. Cette année, la campagne est allée du mois d’octobre 2021 au mois de mai 2022.

Sur ce plan, le Coordinateur du PRODEFI affirme que « l’unité de production d’aliments de bétail et de volaille, qui forme avec la ferme deux projets complémentaires du même opérateur privé, traduit l’idée chez son concepteur d’associer une ferme capable de produire les intrants de l’usine et faire un système complémentaire avec l’appui des coopératives ». L’idée a été jugé intéressante selon lui, car cette usine, d’après lui, est extrêmement ambitieuse parce qu’elle doit être aujourd’hui l’une des plus grandes du pays et c’est la seule que l’on trouve dans cette zone. Elle a une capacité de 10 tonnes à l’heure, ce qui est énorme. Mais elle est destinée aussi à nourrir en aliments de bétail et de volaille l’ensemble des trois zones de l’Est mais aussi le marché national si besoin, a-t-il précisé en substance.

Culture sous serre – Crédit Aidara

En moyenne, l’USF pourra produire 30.000 tonnes d’aliments de bétail par an. Selon le Directeur de la Ferme, « nous voulons y aller par étape. Nous allons partir d’une production annuelle de 10.000 tonnes par an, et nous allons augmenter graduellement la production année après année jusqu’à atteindre la vitesse de croisière ». Selon lui, l’usine pourra faire travailler plus de 2.000 personnes de façon indirecte, car une centaine de périmètres agricoles commencent à essaimer tout autour à raison de 20 à 25 personnes par périmètre, sans compter les 250 personnes membres des 8 coopératives associées. Tous ces projets vont fournir l’usine en matières premières fourragères, en plus du personnel de l’usine, constitué de 22 employés permanents et plus d’une dizaine de journaliers. L’écrasante majorité des employés sont des jeunes et des femmes.

Des débouchées pour les populations

Ses retombées profitent directement, selon lui, aux habitants de la région, en particulier ceux de Guerrou, et leur jeunesse en matière d’emploi, mais aussi tous les petits producteurs alentours, ainsi que les commerçants de la région, les hommes d’affaires, l’Etat et le pays tout entier, car les autres producteurs des autres régions pourront aussi alimenter l’usine de Guerrou de leurs produits fourragers.

L’équipe de la FAO. De G. à Dr. Moctar Kelly-Moussa Maouloud-Touré Fatimata – Crédit Aidara

Une expérience à mettre à l’échelle

Selon Moussa Mohamed Maouloud, Assistant FAOR (Program) du bureau FAO Mauritanie, « si l’expérience de la Ferme de Guerrou est mise à l’échelle dans les autres régions par un échange avec les autres producteurs, avec l’appui du département de l’Agriculture, ce sera bénéfique pour le pays. Pour le moment, l’ambition qu’elle doit s’accorder, c’est d’abord satisfaire la demande au niveau local ».

Pour Touré Fatimata, experte en mobilisation communautaire spécialiste du Moringa au bureau FAO Mauritanie, « d’une manière générale, la transformation sur place du moringa en aliments de bétail ou en aliments de volailles, va faire diminuer le taux de transhumance dans les pays voisins, réduire la mortalité de ces espèces animales et influer sur les chaines de valeur ». 

Pour Bamanthia Tandia, « il est attendu de l’USF beaucoup d’impact, car des partenariats sont en train de se tisser entre des producteurs des autres régions, comme le Brakna et le Gorgol avec l’UFS de Guerrou.  Ce qui est sûr, l’usine de Guerrou pourra à moyen terme, couvrir les besoins en aliments de bétail et de volaille les trois régions de l’Est que sont l’Assaba et les deux Hodhs, si l’on sait que ces régions représentent en termes de bétail, environ 70 à 80% du cheptel national. De là, le pays pourra faire beaucoup d’économies en termes d’achats de ces aliments, qui coûtent au budget de l’Etat la bagatelle de 24 milliards MRO chaque année ».

Rien qu’en février 2022, l’Etat a importé 90.000 tonnes d’aliments de bétail, dont 75.000 tonnes de blé et 15.000 tonnes de fourrages. Malgré tout, le prix de cession des aliments de bétail aux éleveurs reste élevé, entre plus 400 et plus 500 MRU.

Avec le démarrage incessant de l’usine de Guerrou, cette commande nationale en aliments de bétail pourra être réduite d’un tiers, ce qui fera plusieurs milliards d’ouguiyas d’économie pour le budget, selon les acteurs locaux.

Pour Moctar Kelly, « l’initiative la plus ambitieuse de la Ferme de Guerrou, c’est la fabrication d’aliments de volaille à partir du moringa. Cela va beaucoup aider les aviculteurs des régions de l’Est qui sont obligés d’importer les produits à partir de Nouakchott, avec un coût élevé et des risques liés au transport sur de longues distances ».

Il faut dire que l’Etat mauritanien fait de la sécurité alimentaire une de ses plus grandes priorités. Selon Fatimetou Mint Khattri, Commissaire à la Sécurité Alimentaire, « nous sommes conscients que la sécurité alimentaire est une question de souveraineté et de survie et qu’il est impératif d’assurer notre autosuffisance alimentaire, au moins en ce qui concerne les produits de première nécessité » 

Beaucoup de défis à relever

Les changements climatiques, notamment les inondations qui ont perturbé l’année agricole cette année, constituent l’un des défis qui se posent à la Ferme de Guerrou. « Il y a eu cet hivernage très difficile et des inondations qui ont entraîné un arrêt forcé, en attendant que la situation se tasse pour pouvoir utiliser le sol. Ce sont là des effets des changements climatiques, d’où l’exigence ressentie de changer de stratégie » note le Coordinateur du PRODEFI.

L’usine de transformation du moringa en aliments de bétail – Crédit Aidara

Seulement, des solutions ont été dégagées, car selon lui, « la ferme a aménagé 8 hectares de tomates et de pastèques, avec, face aux changements climatiques, une orientation portée sur le choix du sol ». Il souligne qu’au départ, l’idée qu’il pourrait y avoir des zones inondables au sein de la ferme, n’était pas venu à l’esprit des promoteurs, car il y a toujours eu des pluies abondantes, mais jamais au niveau de ce périmètre, une telle situation ne s’est produite.

« C’est pourquoi de nouveaux aménagements ont été entamés sur des espaces non inondables. Pour la campagne qui se prépare, au moins 5 périmètres qui ne peuvent pas être inondés ont été préparés, avec des systèmes d’irrigation pour être prêt fin septembre-début octobre 2022 pour lancer la campagne de production de la saison froide » a-t-il ajouté.

L’autre défi, même s’il est jugé passager, est celui lié à l’énergie. En effet, d’après le Directeur de la Ferme, Mohamed Cheikh Ahmed, la société d’électricité ne dispose pas à l’instant de l’énergie nécessaire pour faire fonctionner les 400 KW de l’usine USF. Une solution provisoire est envisagée à court terme, à travers l’installation de quatre générateurs, en attendant une solution définitive qui est à l’étude.

Le plus grand défi, reste aux yeux des observateurs, l’appropriation de cette expérience par l’Etat mauritanien à la fin du PRODEFI prévu en 2023, et l’approvisionnement régulier et en quantité suffisante, en fourrage pour alimenter cette énorme machine qu’est l’usine UFS et ses 10 Tonnes/heure de fabrication d’aliments de bétail. A ce titre, les responsables de la Ferme affirment qu’ils disposent d’ores et déjà de 6 mois de stocks de fourrages.

Pour Moctar Kelly, « l’autre défi, ce sont les semences de qualité, surtout des semences résilientes aux changements climatiques et aux ennemis des cultures. Mais dans le cas du Moringa, le problème ne se pose pas, car il s’agit d’un arbre forestier porteur d’une banque de semences ».

Les efforts de l’Etat et des partenaires contre l’insécurité alimentaire

L’Etat mauritanien affiche des ambitions encore plus grandes pour booster son agriculture. La preuve, le budget pour la campagne agricole 2022-2023 a été porté à 4 Milliards MRU (109 millions USD), selon la déclaration faite par le ministre de l’Agriculture, Adama Bocar Soko, le 29 juin dernier.

Son prédécesseur, Sidina Ahmed Ely, avait quant à lui annoncé en février 2022, que le montant global mobilisé pour cette campagne agricole a dépassé 7 milliards MRU sur le budget de l’Etat. Il a ajouté que la chambre froide inaugurée à Rosso, « contribuera fondamentalement à la conservation de l’excédent de la production nationale de légumes cette saison et constituera le début d’un programme élargi pour la mise en place d’infrastructures de base et avec des capacités de stockage des légumes plus importantes en vue de leur utilisation pendant la période où il n’y a pas de légumes. »

Visite du ministre de l’Agriculture à la Ferme de Guerrou – Crédit Aidara

Cela devrait pouvoir régler la production record que la ferme de Guerrou ainsi que celle des nouveaux périmètres aménagés dans plusieurs régions du pays par d’autres hommes d’affaires dans le maraîchage comptent produire pour la saison.

Cependant, il faut souligner que «« les objectifs du Gouvernement en matière de développement sont définis dans la Stratégie de croissance accélérée et de prospérité partagée (SCAPP) pour 2016-2030 : faire passer le taux d’insécurité alimentaire sous les 5 pour cent, éliminer l’insécurité alimentaire grave et faire passer le taux de malnutrition aiguë globale sous les 2 pour cent d’ici à 2030»

A noter également que « malgré les interventions du Gouvernement et de la communauté humanitaire pour faire face à la crise de sécheresse, près du tiers (32,3%) des ménages mauritaniens souffrent d’insécurité alimentaire ; ce taux est le plus élevé jamais enregistré en Mauritanie. 12,1% des personnes sont en insécurité alimentaire sévère contre 8%. Près de 1 million de personnes dont près de 800 mille en milieu rural et 200 mille en milieu urbain sont affectées à des degrés variables par cette situation ; près de 400 mille personnes souffrent d’insécurité alimentaire sévère contre moins de 280 mille »

La communauté internationale continue également à soutenir la Mauritanie. « L’Aide Alimentaire Programmée, l’outil financier du Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères français, a ainsi permis d’octroyer 2 400 000 euros à diverses organisations (Programme Alimentaire MondialAction Contre la FaimGRDR et Croix Rouge) afin d’intervenir face à cette crise dans les wilayas parmi les plus touchées à savoir le Guidimakha, le Gorgol et le Hodh EL Chargui. Au titre de cet instrument financier, ce sont 4 850 000 euros qui, en quatre années (période 2018-2021), avaient déjà été accordés par la France en faveur de la sécurité alimentaire des Mauritaniens. »

Le Conseil des administrateurs de la Banque mondiale a  aussi approuvé un financement additionnel de 92 millions de dollars en faveur du Projet régional d’appui au pastoralisme au Sahel-Phase 2 (PRAPS-2) pour renforcer la sécurité alimentaire et la résilience alors qu’éleveurs et agropasteurs doivent faire face aux crises alimentaires qui sévissent dans plusieurs régions de la Mauritanie et du Niger. Pour la Mauritanie, cette enveloppe supplémentaire porte sur un crédit d’un montant égal à une contre-valeur de 42 millions de dollars de l’Association internationale de développement (IDA) »

Enfin, pour souligner l’importance de la Ferme de Guerrou dans le dispositif national de lutte contre l’insécurité alimentaire et la dépendance en aliments de bétail et de volaille, la Journée Mondiale de l’Alimentation (JMA) a été célébrée cette année 2022 à Guerrou.

Cheikh Aïdara


Etats généraux de la justice en Mauritanie: pourquoi faire ?

L’institution judiciaires et celle de la Magistrature, sous sa forme organisée actuelle, sont apparues dans un contexte historique marqué par une tendance à la spécialisation des différentes activités sociales, économiques et politiques. En matière de règlement des différends et conflits cette spécialisation est centrale pour définir et encadrer les fonctions et rôles dans les différents services judiciaires, internes et externes. Il peut s’agir de situation mettant en conflit des entités étatiques, des populations, des acteurs économiques comme les entreprises nationales ou étrangères, de situation relavant du domaine du contentieux sur la propriété, etc.

Cheikh Sidi Mohamed Cheina, Magistrat – Crédit Aidara


Au niveau de la République islamique de Mauritanie, l’institution judiciaire a connu d’importantes mutations depuis la période pré-coloniale, celle des emirats et des groupes tribaux traditionnels notamment, en passant par la parenthèse coloniale elle-même, jusqu’à l’avènement de l’État moderne.
Cette institution porte désormais le nom de pouvoir judiciaire conformément à la Constitution du pays et aux lois organiques.

L’action judiciaire, ses institutions, son cadre humain, ainsi que les différents mécanismes, à leurs divers niveaux, soulignent tous l’importance du pouvoir judiciaire et définissent ses attributions au regard de l’autorité qui lui est attribuée dans l’espace de la République.
Le “caractère républicain” particulier de ce pouvoir le distingue du reste des pouvoirs constitutionnels (exécutif et législatif) pour lui assurer son indépendance, son impartialité et son intégrité de manière à ce qu’il exerce les missions et rôles qui lui sont dévolus en vertu de sa compétence. A cet égard, nous pouvons noter les points suivants :

Premièrement: le pouvoir judiciaire, un pouvoir constitutionnel qui se caractérise par son indépendance

De ce fait, il doit être loin de tout ce qui dénote d’un attachement à des allégeances étroites : équilibres tribaux, ethniques, régionaux, etc. Sinon, comment parler d’indépendance, condition essentielle pour son existence, l’exécution de sa mission, et l’évaluation de son travail !?

Deuxièmement: le pouvoir judiciaire, un « pouvoir républicain » immuable.

Dans les différentes démocraties, les composantes de la société sont représentées au sein des organes et institutions de l’État conformément aux règles fondées sur la base de l’article 21 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Cet article stipule explicitement que ‘’la volonté du peuple est la source de l’autorité. Elle s’exprime par des élections. Elle est juste, conduite sur la base du scrutin secret et la liberté de vote, soit périodiquement, soit à la suite de circonstances exceptionnelles d’urgence’’…

Cependant, le discours sur la représentation des composantes au niveau de l’institution judiciaire pose problème. Ce discours contredit le caractère républicain “spécial impartial’’ du pouvoir judiciaire. Car, il n’est pas conforme à la mission de celui-ci.
Le pouvoir judiciaire, contrairement aux autres pouvoirs constitutionnels, a certaines caractéristiques qui le distinguent des autres, à savoir :

1- “sa stabilité”, parce qu’il n’est pas soumis à des élections spécifiques dont les membres seraient élus régulièrement pour une durée déterminée.
2- Ce n’est pas, non plus un ‘’pouvoir représentatif’’ des composantes de la société dans laquelle il s’exerce.

On observe que la ‘’nature républicaine’’ du pouvoir judiciaire dont il est question réside ici dans les avantages qu’il apporte dans les sociétés où il se situe où la vie est contrôlée dans ses divers aspects et contradictions.

Pour atteindre ses objectifs, le pouvoir judiciaire doit faire preuve : d’impartialité, d’intransigeance et d’objectivité.
Ces caractéristiques sont nécessaires pour que cette autorité républicaine particulière accomplisse son travail de la manière prévue dans la Constitution et les lois qui la régissent dans ses multiples et importantes fonctions en dehors de toute interférence ou pression politique ou sociale.

Il n’est pas surprenant que ces caractéristiques et conditions existent également dans les règles juridiques applicables à partir des textes et des arsenaux juridiques contraignants.

Troisièmement : les juges, la prestation de serment et la loyauté

Qui dans le milieu judiciaire n’a pas été formé sur la base de règles et textes juridiques qui renforcent et consacrent à titre privé ou public la “conviction du juge” et protègent et préservent l’indépendance de  » l ‘autorité la justice” ?
C’est ainsi que les magistrats ont, tous, été formés dans le but de remplir pleinement leurs fonctions.

Dès leur entrée dans la Magistrature, les juges prennent l’engagement de respecter les textes et règles de procédure qui garantissent leur indépendance et préservent leur conviction, y compris en Mauritanie.

Pour y parvenir de manière sérieuse et assurer l’impartialité, une mesure procédurale contraignante a été établie pour chaque juge avant qu’il accède à son travail: C’est le mécanisme de  »prestation de serment ».

Il s’agit d’un engagement et d’une promesse explicites du juge de respecter tout au long de sa carrière ‘’tout ce qui sert et renforce son acuité et sa vigilance à mettre en œuvre l ‘application impartiale de la loi et d’œuvrer à assurer l’indépendance de la magistrature et à protéger l’honneur des magistrats et
d ‘observer les règles qui renforcent leurs convictions’’.

Nous magistrats, n’avons-nous pas tous juré de veiller à appliquer ces règles et principes chers ? Et ne sommes-nous pas tenus de les respecter à toutes les étapes de notre parcours professionnel, quels que soient nos origines sociales ou nos préférences intellectuelles ?

Cette autorité constitutionnelle, compte tenu des responsabilités qui est le sienne, ne peut pas s’accommoder, de part sa nature, d’une quelconque restriction qui limite son action. Cela contraste avec le reste des pouvoirs ou institutions constitutionnelles dans les pays qui appliquent le système démocratique pluraliste soumis aux règles de la représentation communautaire et ses diverses composantes, sur la base de quotas, proportionnalité, représentation partielle, etc.

Quatrièmement: les garanties de l’indépendance du pouvoir judiciaire.

Dans tous les pays du monde, malgré la pluralité, la diversité et les différences des systèmes politiques et judiciaires, on s’accorde sur la nécessité de l’impartialité et l’indépendance de la justice en particulier. Et cela dans une optique d’ordre pragmatique, avant tout, dans le but à ce que cette autorité fasse le travail qui lui est confié en vertu des lois et règlements.

Et comme à partir de l’extrapolation historique de la réalité du pouvoir judiciaire, on ne peut imaginer dans l’histoire, qu’un jour un pouvoir judiciaire a été institué et que des juges ont été choisis dans le but de légaliser, par exemple, les interdits et de légaliser les lois de la jungle qui consacrent la survie du plus fort.

Au contraire, on constate que cette institution est vitale dans diverses sociétés, comme le montrent les études anthropologiques. Elle est destinée à sauvegarder les droits des individus et des sociétés, à l’abri du pouvoir de tentation et inféodation dérivante.

Le système judiciaire mauritanien n’est pas loin de ces expériences humaines et règles importantes évoquées plus haut.
En effet, la loi fondamentale de la République (articles 91, 89, 90) précise la position centrale de cette autorité, elle définit ses attributions et affirme qu’elle est une instance constitutionnelle indépendante de manière à exercer pleinement ses compétence et ses pouvoirs spécifiques sans aucune interférence.

On observe que le degré de respect de l’indépendance de la justice, le niveau du statut des juges et l’importance des moyens dont ils disposent varient selon les degrés d’ engagement des Etats et suite aussi aux efforts des juges . Cela est identique dans différents pays et systèmes judiciaires dans le monde.

Aujourd’hui, en Mauritanie, pour renforcer les pouvoirs de notre autorité judiciaire et consacrer des garanties qui définissent et confirment son indépendance, à cette étape de l’histoire de notre justice, il est nécessaire de revoir la loi sur le statut des juges, conformément aux articles constitutionnels précités, ainsi que sur la base de l’esprit, du préambule et des principes généraux sur lesquels repose cette loi suprême dans l’arsenal juridique du pays. D’autant plus que ces lois et instruments juridiques sont tous considérés comme un point de départ pour les garanties du ‘’renforcement de l’indépendance de la justice mauritanienne’’.

En révisant les articles qui garantissent l’indépendance de la justice de manière définitive, le juge doit être protégé contre la mutation sans son avis ou sans une base légale (établie par la loi ) et la vulnérabilité de son droit à la promotion.
Il y a lieu de revoir de plus l’autonomie du parquet général et l’inspection générale de la justice de l’autorité du ministère de la justice.
Ces prérogatives sont actuellement du ressort du pouvoir exécutif, à travers l’autorité du Ministre de la Justice, selon les dispositions légales en vigueur.

Il faut aussi, pour assurer un meilleur fonctionnement de cette autorité sensible. activer la règle de la récompense et de la sanction pour apprécier le travail et les compétences des juges, saluer leur intégrité et leur expérience et valoriser leurs spécialisations. En créant l’atmosphère propice à une saine émulation, loin de toute forme de pression, d’allégeance ou de manifestation d’injustice, cela servirait sans aucun doute la mission et l’action de cette autorité constitutionnelle spéciale.

Cinquièmement: l’indépendance du pouvoir judiciaire..un risque pour la République ?

Quelqu’un pourrait dire que notre institution judiciaire est faible et que la demande de son indépendance peut constituer une menace pour l’État, ses différentes institutions et même les citoyens. Un autre dira que lutter pour l’indépendance de la justice conduirait à la création d’un pouvoir des juges qui surpasserait les autres instances constitutionnelles: Une véritable dictaure du pouvoir des juges.

Si certains pensent, avec ou sans raison, que la justice souffre des sérieuses difficultés, notre conviction nous amène à croire que des jours meilleurs sont devant ce secteur. L’une des raisons est que ces dernières années, l’essentiel de l’appareil judiciaire est devenu majoritairement composé de tranches d’âge jeunes qui se caractérisent par les qualifications professionnelles et scientifiques requises selon les normes internationales dans le domaine de la justice: diplômes universitaires de haut niveau et fondements moraux solides, sens élevé du devoir, responsabilité et distance appropriée avec les parties, etc.

Dans le même temps, ces groupes auront une forte présence pour couvrir le déficit qui se produira dans le nombre de juges d’ici la fin de l’année de 2023 lorsque plus d’une vingtaine de juges mauritaniens bénéficieront de leur droit à la retraite.

La réforme de la justice et le renforcement de son indépendance resteront des conditions essentielles pour maintenir la paix, rendre justice aux justiciables, punir les différents coupables et protéger d ‘avantage les opérateurs économiques nationaux ou étrangers et leurs investissements. Cela augmentera, sans doute, également les chances de la Mauritanie d’assumer une position décente à différents niveaux pour faire face aux défis de son nouveau statut de pays gazier et pétrolier qui le conduira à promulguer régulièrement des lois diverses et complexes pour prévenir les conflits résultant de la protection de ces nouvelles richesses qui, connaîtront de profondes transformations.

Cette situation exige que chacun, en particulier les autorités compétentes, s’emploie à garantir que le pouvoir judiciaire reste toujours dans une position appropriée pour s’acquitter pleinement de toutes ses responsabilités légales. Ce qui signifie un renforcement de l’indépendance et des pouvoirs de la justice et la mise à disposition des moyens matériels et humains nécessaires.

Sixièmement: Des Etats généraux pour quel modèle de justice en Mauritanie ?

Le 5 octobre 2022, les autorités compétentes ont annoncé l’organisation en fin d’année des États généraux de la justice en Mauritanie. L’objectif de ce conclave inédit dans l’histoire de la Mauritanie, est d’abord de faire un état des lieux de ce secteur qui tout au long de l’évolution du pays a pourtant fait l’objet de maintes réformes initiées par les différentes régîmes qui ont dirigé le pays.
Ensuite, il s’agira d’identifier les défis et les obstacles auxquels la justice est confrontée et trouver les voies et moyens pour assurer sa réforme en renforçant l’indépendance des magistrats dont la fonction est essentielle dans la construction et la préservation de l’Etat de droit, la justice étant le garant des valeurs républicaines et de la nature du système démocratique du pays.

Cheikh Sidi Mohamed Cheina,
Président de la Cour Pénale spéciale Sud spécialisée dans la lutte contre l’Esclavage