aidara

Nouakchott se prépare à accueillir le plus grand forum mondial sur les droits des enfants

En prélude au forum mondial sur la justice pour les enfants et la privation de la liberté que la Mauritanie va accueillir les 8 et 9 novembre 2022 à Nouakchott, Mme Zeinebou Taleb Moussa, présidente de l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant (AMSME), a animé une conférence de presse en sa qualité de représentante en Mauritanie depuis 2015 de la plateforme internationale, Défense des Enfants International (DEI) présente sur les cinq continents.Elle a expliqué devant les représentants des médias que c’est la première fois que la Mauritanie accueille un tel évènement, avec la présence attendue de représentants venant de 50 pays. Une étude mondiale sur la situation des enfants sera faite par un représentant du Secrétaire Général des Nations Unies, M. Antonio Guterez

La presse briefée sur le forum mondial – Crédit Aidara

En marge du forum qui regroupera plusieurs experts internationaux sur les droits des enfants et qui sera ouvert par le Commissaire aux droits de l’homme, à l’action humanitaire et aux relations avec la société civile, avec la présence de hauts responsables des Nations Unies, la plateforme DEI va tenir son assemblée générale devant mettre en place de nouvelles instances et qui se tient tous les quatre ans.

Zeynabou Taleb Moussa – Crédit Aidara

Cette AG aura lieu du 10 au 12 novembre 2022, en présence du Commissaire aux droits de l’homme, à l’action humanitaire et aux relations avec la société civile et d’autres personnalités.

Une conférence de presse est prévue le 9 novembre. La clôture du forum aura lieu le 12 novembre et sera marquée par la lecture de la Déclaration de Nouakchott de la plateforme DEI sur la justice pour les enfants et la privation de liberté.

Ci-après le communiqué de presse établie à cette occasion.

Cheikh Aidara

COMMUNIQUE DE PRESSE

La Mauritanie abritera du 8 au 9 novembre 2022 un Forum Mondial sur la Justice pour les Enfants et la privation de liberté. Une cinquantaine de pays et d’organisations internationales prendront par à l’évènement.

Le forum est organisé par Défense des Enfants International représenté par l’Association de Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant en Mauritanie AMSME en partenariat avec le Panel d’ONG sur les enfants privés de liberté avec l’appui agissant du Commissariat Mauritanien au Droits de l’Homme à l’Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile.

Le Forum est destiné à faire le point sur le travail accompli en matière de justice pour les enfants et de privation de liberté, en mobilisant les principales parties prenantes pour déclencher des actions face à des défis sans précédent, en veillant à ce qu’aucun enfant ne soit laissé pour compte. Le Forum sera ouvert par le Commissaire au Droits de l’Homme Mr. CHeikh Ahmedou Sidi et la Représentante spéciale du Secrétaire général sur la violence à l’encontre des enfants, Dr Najat Maalla M’jid, avec le Professeur Manfred Nowak, expert indépendant et auteur principal de l’Étude mondiale, qui participera également au Forum et partagera son expérience de l’Étude et de sa diffusion. 

Ces dernières années, de nombreux pays ont connu un rétrécissement dramatique de l’espace civique, des troubles politiques et des restrictions COVID-19 qui ont affecté les droits des enfants et leur participation significative. Alors que la pandémie mondiale a révélé de graves lacunes dans l’accès à la justice pour les enfants, pendant les périodes de confinement, et a eu un impact sévère sur les droits humains des enfants privés de liberté en particulier, ouvrir la voie à la réalisation de l’objectif de développement durable 16 peut encore combler les lacunes si nous agissons maintenant.  

L’évènement permettra notamment de 

  • Faire le point sur les progrès et les défis 3 ans après la présentation de l’étude globale à l’AGNU pour chaque groupe : Administration de la justice, enfants privés de liberté, enfants en situation de migration, enfants en institutions et enfants détenus dans le contexte d’un conflit armé/de raisons de sécurité nationale ;  
  • Échanger les pratiques prometteuses de différents pays et contextes, comme l’investissement dans des mesures non privatives de liberté pour assurer la réintégration sure des enfants dans les familles et les communautés ;  
  • Plaider pour le suivi de la collecte de données sur les enfants privés de liberté ;  
  • Promouvoir le lancement de plans d’action et de politiques nationales mettant en avant les alternatives à la détention ;  
  • Elaborer sur la nécessité d’une approche multipartite et multisectorielle pour mettre fin à la privation de liberté des enfants ; Construire des synergies et des alliances renforçant l’action collective des organisations de défense des droits de l’enfant, de la société civile et d’autres parties prenantes pour promouvoir les recommandations de l’étude mondiale des Nations Unies sur les enfants privés de liberté et utiliser l’ODD16 en particulier comme une feuille de route pour le rétablissement et la promotion de la justice pour les enfants 
  • Promouvoir une coopération renforcée et coordonnée aux niveaux national, régional et international ;   
  • Promouvoir les politiques et pratiques de prévention et de réintégration ;  
  • Mettre en évidence les bonnes pratiques et les pratiques innovantes qui permettent une participation effective et significative des enfants à ces objectifs.  
  • Accroitre la volonté politique de promouvoir et de mettre en œuvre une justice adaptée aux enfants, en créant une dynamique pour les réformes sur les alternatives non privatives de liberté ; 
  • Assurer le suivi et la diffusion des contributions au Forum en apportant des messages clés de plaidoyer au Congrès mondial sur la justice ou à d’autres forums pertinents (Forum politique de haut niveau en juillet 2023). 
  • Adopter un plan d’action pour la mise en œuvre des recommandations de l’étude globale. 

 Le forum est organisé en prélude de l’Assemblé Générale du Mouvement Défense des Enfants International qui se tiendra à Nouakchott du 10 au 12 Novembre 2022.


73ème session de la Commission africaine des droits de l’homme, la Mauritanie présente son rapport annuel et renouvelle son attachement à la promotion des droits de l’homme

Une forte délégation conduite par le Commissaire aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile, M. Cheikh Ahmedou Ould Ahmed Salem Ould Sidi, a pris part à la 73ème session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples qui se tient à Banjul (Gambie) depuis le 20 octobre 2022 et s’achèvera le 9 novembre. Le Rapport périodique de la Mauritanie sur la mise en œuvre des exigences de la Charte africaine des droits de l’homme a été présenté au cours de cette session.

Le Commissaire aux droits de l’homme devant la Commission africaine à Banjul

C’est le 26 octobre 2022 que le Commissaire aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile, M. Cheikh Ahmedou Ould Ahmed Salem Ould Sidi, a présenté devant les délégués de la Commission africaine des droits de l’homme, le rapport périodique de la Mauritanie sur ses engagements par rapport à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. C’était à l’occasion de la tenue de la 73ème session ordinaire de cette haute instance africaine à Banjul (Gambie) prévue du 20 octobre au 9 novembre 2022.

Il a affirmé que le gouvernement mauritanien est convaincu de la place qu’occupent les droits de l’homme dans le développement économique et social du pays et qu’il a toujours respecté ses engagements internationaux, dont la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

La salle de conférence lors du discours du Commissaire aux droits de l’homme

Il a passé en revue les différentes mesures et politiques adoptées par la Mauritanie dans la préservation et la protection de droits humains. Selon lui, le gouvernement est conscient de l’importance de la stabilité et du respect de la loi dans l’atteinte des objectifs de développement. Il a de ce fait renouvelé l’engagement des autorités mauritaniennes et leur attachement aux valeurs et aux principes des droits de l’homme, en particulier les dispositions de la Charte africaine des droits de l’homme.

Auparavant, le Commissaire aux droits de l’homme, avait prononcé un discours dans lequel il avait mis en exergue les efforts déployés par la Mauritanie pour contribuer au règlement des conflits dans le continent, dans l’accueil des réfugiés et des demandeurs d’asile. Il a aussi indiqué les défis que la Mauritanie tente de surmonter, notamment ceux liés à la sécurité, tels le terrorisme, l’extrémisme violent, le crime transfrontalier, grâce à une approche sécuritaire globale, dans le cadre du G5 Sahel. Il a surtout souligné la priorité accordée par le programme politique du président de la République, M. Mohamed Cheikh El Ghazouani à la consolidation de la cohésion sociale, la lutte contre les pratiques surannées et les stéréotypes, la nécessité de rompre avec toutes les formes de discrimination.

Entretien avec Mme Maya Sahli

Il a mentionné les nouvelles mesures prises pour concrétiser l’ambition du pays à créer une société égalitaire et plus juste, à travers notamment le lancement de l’école républicaine dont l’objectif est de renforcer les principes d’équité et d’égalité, en redonnant aux établissements d’enseignement du pays la possibilité de jouer leur rôle de champ de valeurs républicaines et de pilier de l’unité nationale.

Il a cité la caravane lancée le 13 octobre dernier pour vulgariser les textes relatifs à l’esclavage, la discrimination, la traite et la torture, caravane qui continue de battre le plein sur toute l’étendue du territoire avec l’appui de la société civile. Il a évoqué les surenchères politiques qui instrumentalisent les questions relatives aux droits de l’homme et qui en font un fonds de commerce.

Avec le président de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples

Le Commissaire a aussi évoqué les progrès réalisés dans le domaine de la protection des droits et des libertés, citant la loi 004-2021 relative aux associations, organismes et réseaux et qui consacre le système déclaratif des associations longtemps soumises au système d’autorisation. Il a aussi cité la création de l’Observatoire national des femmes et des filles, comme instrument de défense des droits en matière genre.

Pour la première fois, dira-t-il en substance, un processus d’élaboration d’une stratégie nationale de promotion et de protection des droits de l’homme dans le pays a été lancée, suivant un processus consultatif et en collaboration avec le Bureau pays du Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. Il a aussi évoqué la création d’un prix national pour les droits humains pour encourager les acteurs et renforcer la cohésion nationale.

Au cours de son séjour en Gambie, le Commissaire a rencontré le président de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, M. Rémy Ngoy Lumbu et la Rapporteuse de la Commission africaine des droits de l’homme en charge de la Mauritanie, Mme Maya Sahli.

Durant tout son séjour, le Commissaire était accompagné d’une délégation comprenant M. Harouna Traoré, Chargé de mission à la Présidence de la République, M. Mohamed Ould Ely Telmoudi, Conseiller du Premier ministre chargé des droits de l’homme et plusieurs cadres des départements concernés par la question.

Cheikh Aïdara


« Traite, esclavage, discrimination et torture », la campagne nationale dans sa 20ème journée

Lancée depuis le 12 octobre 2022, la campagne nationale contre la traite des personnes, l’esclavage, la discrimination et la torture se poursuit sur l’ensemble du territoire national, à travers les missions dépêchées par le Commissariat aux droits de l’homme et les activités de la société civile.

Atelier de sensibilisation des autorités

La campagne nationale contre la traite, l’esclavage, la discrimination et la torture continue de battre son plein au niveau des Wilayas (régions administratives) de Nouakchott et celles de l’intérieur du pays.

Ateliers de formation et encadrement

Aux lendemains du lancement officiel de la campagne, le Commissariat aux droits de l’homme a initié plusieurs ateliers de formation et d’encadrement de la société civile chargée de la sensibilisation à travers les caravanes itinérantes.

Sensibiliser les autorités administratives…

La société civile impliquée

Ces ateliers se sont déroulés dans un climat participatif, avec échanges d’idées et de points de vue sur les thèmes de la campagne, les dispositions des lois criminalisant la traite des personnes, l’esclavage, la discrimination et la torture, ainsi que les dispositifs pour la protection des victimes.

Les participants à ces ateliers ont été largement édifiés sur ces différentes lois par des experts du ministère de la Justice, ceux de la Commission nationale des droits de l’homme et du Mécanisme national de prévention de la torture.

.les autorités sécuritaires…

Ainsi, au cours de l’atelier organisé le 13 octobre 2022, le Commissaire adjoint aux droits de l’homme, M. Rassoul Ould El Khal, a précisé que la discrimination constitue une violation des droits fondamentaux de l’homme, tout comme la torture, et qu’ils constituent tous les deux avec l’esclavage et la traite des crimes punis par la loi, par l’islam et par les conventions internationales ratifiées par la Mauritanie. Il a précisé que la rencontre devra contribuer à mieux diffuser la culture des droits humains, ce qui permettra de renforcer l’unité nationale et la cohésion sociale, tout en renforçant l’Etat de droit.

Le président du Forum des Acteurs Non-étatiques, M. Mohamedou Ould Sidi avait également exhorté les membres de la société civile à s’imprégner des connaissances reçues pour mieux transmettre les messages aux populations.

La société civile

Les autorités sont sensibilisées

Le Commissariat aux droits de l’homme avait également organisé, en présence du Commissaire M. Cheikh Ahmedou Ould Ahmed Salem Ould Sidi, une rencontre avec les autorités administratives, sécuritaires et judiciaires au niveau des trois Wilayas de Nouakchott. C’était pour les sensibiliser par rapport aux caravanes qui allaient sillonner leur région par des activistes des droits de l’homme dans le cadre de la campagne nationale contre l’esclavage, la traite, la discrimination et la torture.

Cette rencontre qui avait eu lieu le 17 octobre 2022 était le prélude de la campagne de lancement des caravanes qui s’est déroulé le lendemain, et qui bat son plein actuellement dans les neuf Moughataas de Nouakchott.

Intenses activités médiatiques

Dans toutes les régions du pays, dans toutes les Moughataas, les arrondissements, jusqu’aux hameaux les plus lointains, des dizaines, voire des centaines d’activistes sillonnent les zones de concentrations humaines, comme les marchés, les places publiques, pour sensibiliser les populations.

Ces campagnes sont accompagnées d’une forte médiatisation et utilisation massive de supports de communication, notamment les autocollants, les pancartes et banderoles, distribution de tee-shirt et casquettes à l’effigie de la campagne. Certains organisent même des soirées récréatives pour distiller les messages relatifs aux thématiques évoqués.

Cheikh Aïdara


Centre d’Accueil et de Réinsertion Sociale des Enfants en Conflit avec la loi (CARSEC), briser le cercle vicieux de la délinquance juvénile

Plus d’une centaine de jeunes, dont des filles, âgés entre 13 et 18 ans, incarcérés pour diverses infractions dans les « CARSEC » de Nouakchott et de Nouadhibou, probablement bientôt à Kiffa, sont minutieusement encadrés pour suivre une formation professionnelle qui les maintiendra hors du cercle vicieux de la récidive. Le Bureau Internationale du Travail (BIT) les accompagne pour se former et s’insérer dans la vie professionnelle via des entreprises prêtes à les accueillir.

Portail d’entrée du centre ouvert CARSEC de Nouakchott – Crédit Aidara

Le 17 octobre 2022, les enfants détenus au CARSEC de Nouakchott avaient rendez-vous avec les divers métiers de la pêche. En août et septembre 2022, ils avaient déjà vécu des journées de découvertes où leur ont été présentées les opportunités dans les métiers de la menuiserie et du bâtiment. Deux autres journées seront consacrées à la mécanique et à la restauration.

La bâtisse est énorme. Couleur ocre, grand portail en fer gardé par de vieux agents de sécurité. Le Mot CARSEC inscrit en grosses lettres, face à une triste ruelle dans le quartier Netteg à Basra, quartier populeux et excentrique de Nouakchott.

Une vaste cour d’intérieur, des blocs de pavillons à l’architecture ronde. La même couleur ocre, rendue moins triste par des coupoles peintes en blanc. Une infirmerie, des bureaux administratifs, des salles de réunion, d’autres pavillons lointains. Sur place, un formateur de l’Ecole Navale Centre de Qualification et de Formation aux Métiers de la Pêche (CQFMP), Zeidane Ould El Arby et deux jeunes, Ramdhane Abdel Kader et Mohamed Maouloud. Ces derniers ont suivi une formation à l’Ecole Navale, promotion 2015. Si Ramdhane est aujourd’hui patron de pêche, capitaine de sa propre pirogue, faisant travailler 3 marins, Mohamed Maouloud travaille quant à lui depuis deux ans dans un bateau turc, avec une bonne situation. « Je subviens à mes besoins et ceux de mes parents » témoigne-t-il devant des gosses émerveillés.

De Droite à Gauche : Zeidane El Arby (en costume), Ramdhane Abdel Kader et Mohamed Maouloud – Crédit Aidara

Auparavant, Zeidane Ould El Arby a pris le temps d’exposer aux groupes successifs de jeunes les divers métiers de pêche qui les attendent, s’ils le souhaitent, à leur sortie du centre. Marin pêcheur, mécanicien hors-bord, charpentier, classificateur, transformateur…Ils n’ont que l’embarras du choix. Une formation théorique d’un mois et deux mois de pratique, après une formation militaire de base d’un mois. A la clé, un certificat qui pourra aboutir à un livret maritime. Un avenir assuré et de l’argent honnête à engranger. L’avis est de Ramdhane et de Mohamed Maouloud.

Seulement, l’âge minimum pour intégrer l’académie navale est de 17 ans. Beaucoup de jeunes ont exprimé leur enthousiasme de suivre la formation, après leur peine. Les filles se sont surtout senties attirées par la classification et la transformation.

CARSEC, c’est quoi ?

Selon Sidi Mohamed Beïdi, Directeur du CARSEC, « le centre reçoit les enfants de 13 à 18 ans ; il se charge de les accueillir, de les orienter, de les former et de faire tout pour assurer leur réinsertion professionnelle à leur sortie ». Le centre a été créé, dira-t-il, suite à une expérience menée par « Terre des Hommes » au Burkina Faso et qui a été dupliquée ici.

Le Directeur en inspection – Crédit Aidara

« Le centre a été créé en 2009 et « Terre des Hommes » a continué à le soutenir jusqu’en 2012, date de création du CARSEC. Il s’agit d’un établissement public à caractère administratif, une structure décentralisée de l’Etat qui est appelée à recevoir et à gérer tous les enfants en conflit avec la loi. »

Ces enfants sont orientés, selon lui, par le Procureur compétent. Il existe 3 CARSEC au niveau du pays, deux à Nouakchott, l’un fermé et l’autre semi-ouvert, plus le centre semi-ouvert de Nouadhibou.

« Au niveau du centre semi-ouvert de Nouakchott, nous disposons de trois pavillons, deux pour les garçons et un pour les filles. Ces enfants sont formés dans divers métiers disponibles au niveau du centre, la menuiserie bois, aluminium et métallique, la mécanique, la broderie et la couture, l’informatique, avec des ateliers équipés des matériels nécessaires pour chaque métier et des formateurs » a-t-il précisé

Au niveau du centre fermé géré par le CARSEC, la sécurité est assurée par la Garde Nationale. « Les enfants qui s’y trouvent disposent d’un seul atelier de formation professionnelle, la menuiserie métallique, aluminium et bois. Mais tous les enfants reçoivent une éducation en instructions morales et religieuses, l’apprentissage du Coran, l’Arabe et le Français, etc. » a-t-il ajouté

Des enfants regagnent leur bloc après la séance de sensibilisation – Crédit Aidara

Le projet mené par le BIT au CARSEC, est un projet conjoint avec l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) axé en grande partie sur la formation professionnelle, a précisé le Directeur. Selon lui, une étude très avancée est en cours. Elle a été commanditée auprès de l’Institut National de Promotion de la Formation Technique et Professionnelle (INAP-FTP) et permettra de déterminer les besoins du CARSEC en matière de formation professionnelle, que cela soit au niveau des programmes, des formateurs, de la certification, entre autres. Les premières conclusions de cette étude ont été présentées selon lui, la semaine passée.

« Il est envisagé le recrutement de deux conseillers à la réinsertion professionnelle à Nouakchott et à Nouadhibou qui seront chargés de prendre contact avec les enfants pour recueillir leurs besoins en matière de formation professionnelle et leurs attentes » a-t-il souligné.

Toujours selon ses dires, le BIT et l’ONUDC ont également identifié un réseau d’entreprises qui seraient prêtes à accueillir des enfants issus des centres. Ils ont aussi lancé auprès des enfants des journées de présentation de divers métiers en amenant des formateurs, mais aussi d’anciens enfants qui ont séjourné au CARSEC et qui ont réussi dans leur vie professionnelle. Une mission s’est rendue aussi à Kiffa pour voir comment ouvrir un CARSEC au niveau de cette région.

A ce jour, selon Sidi Mohamed Beïdi, le centre fermé de Nouakchott compte 105 enfants et le centre semi-ouvert 48 enfants, dont 8 filles, sans compter les 18 enfants de Nouadhibou.

« Le centre fermé de Nouakchott, sous la surveillance de la Garde Nationale, reçoit des enfants qui ont commis de graves infractions, âgés entre 16 et 18 ans. Pour les infractions moins graves et les moins de 16 ans, ils sont envoyés dans les centres semi-ouverts » a expliqué le directeur.

La journée dans les centres semi-ouverts se déroulent entre ateliers, cours pédagogiques et sport. Au niveau du centre fermé, l’aspect sécurité et les effectifs limités de la Garde Nationale, obligent les enfants à suivre des cours par groupe restreint. Enfin, au niveau des centres semi-ouverts, les enfants en fonction de leurs comportements, peuvent bénéficier d’un week-end auprès de leurs parents.

Pourquoi des journées ouvertes de promotion des métiers

Les journées de promotion des métiers sont organisées à l’intention des enfants en conflit avec la loi pour leur donner des informations sur les formations disponibles et les aider à comprendre les opportunités qui s’offrent à eux pour faciliter leur intégration dans la vie active. Au total, 20 journées sont prévues durant la vie du projet qui prend fin en avril 2023. Il s’agit du projet « Prévention de l’extrémisme violent à travers l’autonomisation des jeunes en conflit avec la loi et le renforcement de l’accès aux droits et à la justice » financé par le Fonds des Nations Unies pour la Consolidation de la Paix (PBF).

Les ateliers de formation aux métiers du CARSEC – Crédit Aidara

Le responsable du projet au BIT, Henri Ebelin, souligne que ces activités sont organisées par le BIT en collaboration avec la Fondation Noura chaque mois depuis août 2022.

« Nous invitons à ces occasions des professionnels, des formateurs et des anciens apprentis dans des secteurs porteurs d’emploi à venir partager leur parcours de vie, discuter de leur profession avec les jeunes, ainsi que les initier à certains outils et procédés utilisés dans leur quotidien via des exercices pratiques » a-t-il précisé. Ces rencontres, selon lui, vont permettre aux enfants de rencontrer des professionnels des métiers et de mieux appréhender la culture de travail et sa fonction d’insertion sociale

La réinsertion en entreprise

Selon Henri Ebelin, le Patronat mauritanien a été impliqué dans le processus de formulation du projet et il a recommandé au BIT de démarcher les organisations socioprofessionnelles du secteur informel pour identifier des opportunités d’apprentissage au profit des jeunes.

Bâtiment administratif – Crédit Aidara

« À travers le recrutement de conseillers en insertion au CARSEC qui animent le volet « information – orientation – suivi » du projet et la mise en place de partenariats dynamiques avec plusieurs associations de la société civile, un réseau d’entreprises d’accueil pour les jeunes en voie de réinsertion a été constitué à Nouakchott, Nouadhibou et Kiffa et continue de se développer » a-t-il précisé.

Dans le cadre du placement d’un jeune, explique-t-il, des objectifs de formation sont fixés pour une période de 6 à 9 mois entre l’entreprise, l’apprenti et son conseiller, qui se charge du suivi de l’apprentissage avec le tuteur.

Selon Henri Ebelin, les entreprises informelles adhèrent à ce processus car elles ont l’expérience de former des jeunes dans le cadre de l’apprentissage traditionnel et elles comprennent naturellement l’enjeu social de donner sa chance à la jeunesse. En témoigne la participation active des professionnels aux journées thématiques organisées au CARSEC.

L’apport du Ministère de l’Emploi

Membre du Comité de pilotage du projet, le Ministère de l’Emploi, à travers le Guichet TECHGHIL et ses conseillers emploi, qui sont en binôme avec les conseillers réinsertion du BIT, intervient dans le coaching, le développement personnel et l’orientation des jeunes en conflit avec la loi afin de faciliter le suivi de leur dossier et les aider à s’inscrire sur la plateforme DELLIL. A 18 ans, cela leur permettra de bénéficier des services publics de l’emploi.

La cour devant le portail d’entrée – Crédit Aidara

Ainsi, selon Henri Ebellin, « des conventions sont en train d’être mises en place entre les Écoles d’Enseignement Technique et de Formation Professionnelle (EETFP) sous tutelle du ministère et les centres du CARSEC. Entre autres, ces conventions pourraient permettre d’assurer la continuité des journées de promotion des métiers et des opportunités d’emploi au-delà du projet ».

L’avis d’une conseillère à la réinsertion

Oumou Watt – Crédit Aidara

Oumy Watt est une jeune conseillère à la réinsertion recrutée par le BIT dans le cadre du projet destiné aux jeunes en conflit avec la loi. Géographe de formation et titulaire d’un Master en Migration et Territoire, son travail consiste à faire des diagnostics socioprofessionnels auprès des jeunes du CARSEC, au niveau du centre fermé et du centre semi-ouvert. Elle prend les informations complètes de chaque enfant, noms prénoms, lieux de résidence, nombre des membres de la famille, motif d’incarcération, s’il est condamné ou en préventive, s’il dispose d’un avocat ou non, s’il fait l’objet d’un suivi médical ou non, niveau d’études, s’il a déjà travaillé, si oui dans quel domaine, combien il gagnait, s’il a des projets en cours ou des idées de projet, qu’est-ce qu’il envisage de faire à sa sortie du centre comme formation, est-ce qu’il veut être salarié ou indépendant, etc.

Ensuite, elle accompagne les enfants en coaching et leur accorde des séances de formation en estime et confiance en soi, de développement personnel. A leur libération, elle part à la rencontre de leur famille pour leur expliquer le programme qui est mis en place pour leur réinsertion. La conseillère les aide aussi dans la recherche d’apprentissage auprès des entreprises, et si les enfants commencent à travailler, elle les suit, sur leur lieu d’apprentissage une fois par semaine. Elle dresse des fiches professionnelles.

« Certains jeunes sont très réceptifs, avec le suivi, ils pourront s’en sortir et il y a d’autres qui ne savent pas encore réellement ce qu’ils veulent faire » témoigne Oumy. Elle ajoute que « la plupart des enfants sont prêts à apprendre un métier, d’autres sont plus pressés et veulent gagner de l’argent rapidement, eu égard à leur extrême vulnérabilité ».

Fondation Noura, une habituée du milieu carcéral

Willy Edimo – Crédit Aidara

Implantée en Mauritanie depuis 1997, la Fondation Noura est une ONG dont la mission est de valoriser les personnes défavorisées, notamment en milieu carcéral, et de contribuer à leur épanouissement.

Willy Edimo, Chargé du suivi et de la réinsertion sociale au sein de la fondation, vient en appui au BIT dans le cadre du projet CARSEC. Il intervient en matière d’identification, orientation et placement dans les ateliers professionnels. Selon lui, la Fondation Noura estime que « ces personnes défavorisées possèdent des compétences et des capacités qui doivent être encouragées et développées ». L’objectif selon lui, est d’œuvrer à la rupture des cycles de rechute en faisant de la période d’incarcération, un temps de réhabilitation et de préparation de réinsertion dans la société.

Willy précise que « le temps d’incarcération devient un temps d’apprentissage profitable. Le but de ces projets est de se concentrer sur les domaines de la formation et de la réhabilitation sociale et économique. » 

Cheikh Aidara