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Association de Défense des Droits des Femmes (ADDF), large sensibilisation à Nouakchott-Nord sur les dangers de l’excision

L’Association de Défense des Droits des Femmes (ADDF) que préside Mme Oumoulkheiry Kane a déposé, le jeudi 27 octobre 2022, ses valises à Nouakchott-Nord qui couvre Dar-Naïm, Teyarett et Toujounine. Objectif, sensibiliser les populations sur les dangers de l’excision et promouvoir les droits des filles et des femmes. Cette campagne couvrira les trois Wilayas de Nouakchott.

A Dar-Naïm, la campagne a connu une forte affluence – Crédit Aidara

Le quartier Teyssir, aux confins de la Moughataa de Dar-Naïm, zone excentrée sur la route d’Akjoujt, a été le théâtre, jeudi 27 octobre 2022, d’une campagne de sensibilisation contre l’excision et pour la promotion des droits des filles et des femmes. Cette activité, menée par l’ONG ADDF avec le soutien du gouvernement allemand, a été marquée par la tournée en caravane menée dans la journée au niveau des trois Moughataas de Nouakchott-Nord, Dar-Naïm, Teyarret et Toujounine. La soirée, une tente dressée dans la cour d’une école dans le quartier Teyssir a accueilli une cérémonie officielle.

L’occasion pour la présidente de l’ONG ADDF, Mme Oumoulkheïry Kane, d’annoncer le lancement d’une série de caravanes qui vont sillonner les trois Wilayas de Nouakchott dans le cadre de la mise en œuvre d’un projet de promotion et de protection des droits des femmes en Mauritanie, avec le soutien de la République Fédérale d’Allemagne.

Mme Oumoulkheïry Kane lors de son discours – Crédit Aidara

« Notre pays a réalisé des progrès importants en matière de développement humain, de promotion des droits humains et d’égalité de sexe » a-t-elle souligné. Elle a ajouté que « ces progrès témoignent d’une volonté politique réelle, car la Mauritanie a ratifié les principales conventions internationales en faveur des droits humains et de l’équité genre »

Seulement, selon la présidente de l’ADDF, le pays reste confronté à des défis sociaux à caractère culturel et traditionnel, mais aussi des défis économiques traduits par un manque d’opportunités pour les femmes, sans compter les défis législatifs liés à l’absence de protection spécifique des droits des filles et des femmes.

Forte présence de l’Ambassade d’Allemagne et la GIZ (le conseiller politique en chemise blanche) – Crédit Aidara

C’est ainsi que la contribution de l’Allemagne à notre pays se traduit, selon elle, par le projet « Promotion des Droits des Filles et des Femmes et de lutte contre l’excision en Mauritanie », dont l’objectif est de protéger l’intégrité physique de ces deux franges contre toutes formes de pratiques traditionnelles néfastes, comme les Mutilations Génitales Féminines (MGF) en particulier, et à promouvoir leurs droits.Un projet porté par l’ADDF sur le terrain de la sensibilisation.

Selon la présidente de l’association, « la sensibilisation pour le changement de comportement est une activité pertinente qui prend du temps, mais reste le moyen le plus efficace pour la lutte contre l’excision et toute pratique traditionnelle contraire aux droits humains. »

La présidente de l’Observatoire des droits des femmes – Crédit Aidara

La caravane sur les trois Wilayas de Nouakchott, lancée à partir de Dar-Naïm, sera ainsi l’occasion, selon Mme Oumoulkheïry Kane, de vulgariser la Fatwa que des Ulémas mauritaniens avaient émis en 2010 sur le caractère non religieux de l’excision, ainsi que la déclaration signée par le corps médical sur les dangers médico-sanitaires liés à cette pratique traditionnelle néfaste.

La soirée s’est achevée en beauté par des sketchs sur l’excision, l’humour avec Big Baba et la musique avec des artistes rappeurs.

Ambiance assurée et messages déchiffrés sur les droits des femmes – Crédit Aidara

A souligner que la rencontre s’est déroulée en présence du conseiller politique de l’Ambassade d’Allemagne, de deux représentants de la Coopération allemande (GIZ), d’un représentant du Commissariat aux Droits de l’Homme, de la présidente de l’Observatoire national des droits des femmes et des filles, ainsi qu’un nombreux public, dont un grand nombre d’adolescentes et adolescents, ainsi que des mères de familles.

Il faut rappeler que la cérémonie qui vient d’être organisée marque en principe la deuxième phase du projet dont le lancement officiel a eu lieu le 28 juillet 2022 à l’hôtel Azalaï à Nouakchott.

Cheikh Aïdara


Fièvre de la Vallée du Rift, un tueur silencieux à éliminer à grandes doses de sensibilisation

La Mauritanie est devenue depuis 1987 un lieu de villégiature de la Fièvre de la Vallée du Rift qui vient de frapper le pays depuis août 2022 avec plus d’une dizaine de morts chez les humains et plusieurs centaines de morts chez le bétail. Le Ministère de la Santé et le Ministère de l’Elevage épaulés par l’OMS et la FAO essayent d’endiguer le mal. Seulement, l’aspect sensibilisation-information à travers les acteurs du secteur pastoral, ainsi que l’implication de la société civile, est jugé indispensables pour arrêter ce tueur silencieux.

Des animaux en transhumance à un puits au Trarza – Crédit Aidara (archives)-

C’est en août 2022 que les premiers cas de Fièvre de la Vallée du Rift ont été signalés en Mauritanie, pays qui a déjà subi des vagues d’invasion en 1998, 2003, 2010, 2012, 2015 et 2020, après une première apparition en 1987. Cette zoonose virale africaine, affecte principalement les animaux domestiques ruminants (bovins, moutons, chèvres, chameaux, etc.) Elle peut se transmettre aux humains par l’exposition à un animal infecté, ou à un produit animal contaminé, parfois par piqure moustiques. Elle se manifeste comme une fièvre, souvent hémorragique chez l’animal et parfois (1 à 3 % des cas) chez l’homme.

La rescousse internationale

Face à la gravité de la maladie et le nombre croissant de cas mortels aussi bien au niveau des animaux que des populations, avec 17 morts enregistrés dont une fille à Atar, les pouvoirs publics ont fait appel à la FAO qui a dépêché début octobre 2022 trois experts, en plus de l’aide apportée par l’OMS. Les experts de la FAO ont rencontré toutes les parties prenantes, autorités sanitaires et cadres de l’Elevage, fédération d’éleveurs, marchés à bétail, etc.

L’Institut National de Recherches en Santé Publique (INRSP) laboratoire de référence, a déjà procédé à plusieurs tests, dont celui effectué le 29 septembre 2022 sur 131 personnes avec 30 cas positifs.

Le Comité de crise présidé par le Premier ministre a ainsi insisté sur le volet sensibilisation des éleveurs et des populations, appelant à plus de vigilance dans la consommation du lait et de la viande.

Impliquer la société civile

A côté des mesures prises par les autorités dans le domaine du dépistage et du diagnostic, mais aussi par rapport aux mesures préventives visant à isoler les animaux malades et les vaccins distribués aux éleveurs, la société civile s’est aussi fortement impliquée dans cette opération.

C’est ainsi qu’un groupe d’ONGs regroupant AMAMI, ActionDev, LCP, GAMM, ADIG, GLOBE et AJPED, ont publié le 19 octobre 2022 un communiqué où elles ont demandé aux pouvoirs publics et aux partenaires de développement « de venir en aide à une population dont la nourriture est essentiellement constituée des produits d’origine animale viande et lait. ». Selon ces organisations, « cette maladie a un impact négatif sur la situation alimentaire et nutritionnelle des populations vulnérables du pays, en particulier les femmes et les enfants déjà fragilisée par les effets du COVID-19, la flambée des prix et les changements climatiques. » Leur rôle dans la sensibilisation et l’information des pasteurs et des populations peut constituer, selon les observateurs, un grand tournant dans la lutte contre la maladie.

Coopération régionale

La nature nomade des populations ouest-africaines, notamment les populations mauritaniennes, porte encore les risques à grande échelle plus probante et inquiétante. En effet, les experts sont d’avis que les déplacements des troupeaux à la recherche d’eau et de pâturage, surtout la transhumance transfrontalière non contrôlée, peuvent augmenter davantage les risques de contamination entre les pays, cas de la Mauritanie, du Mali et du Sénégal. D’où les appels au renforcement de la coopération interrégionale pour la surveillance, la prévention et la lutte contre la maladie de la Fièvre de la Vallée du Rift.

Cheikh Aïdara


Genre et Développement, quand la Cellule Sectorielle Genre du Ministère des Affaires Economiques se veut locomotive de l’approche en Mauritanie

Pendant trois jours, du 10 au 12 octobre 2022, les membres de la Cellule Sectorielle Genre du Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs ont suivi une formation intensive sur l’approche genre. Un atelier au cours duquel l’accent a été mis sur l’exigence des bailleurs de fonds par rapport au respect de l’approche genre dans tous les pays.

Le Chargé de mission du ministère en compagnie du Hakem (à sa gauche) et du Conseiller du ministre – Crédit Aidara

Créée en janvier 2022 avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), la Cellule Sectorielle Genre du Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs a révélé un dynamisme qui lui permet de jouer le rôle de locomotive dans l’intégration de l’approche Genre dans toutes les politiques sectorielles.

D’où la formation intensive qui a été dispensée à ses membres, du 10 au 12 octobre 2022, au cours d’un atelier-retraite dans la ville de Tiguint, à mi-chemin entre Nouakchott et Rosso.

Comprendre le Genre pour plus d’efficience

Pendant trois jours, les membres de la cellule ont suivi une formation dispensée par une experte dans le domaine, Mme Neya Hally. Définition, concepts et généralités, différence entre sexe et genre, les stéréotypes liés au genre, ainsi que les notions d’égalité, d’équité et de discrimination en matière de genre, les pratiques traditionnelles néfastes, les explications détaillées de la consultante ont été suivies de débats et de discussions. Il fut question également de la nouvelle approche basée sur le Genre et le Développement (GD) au lieu de l’ancienne approche (IFD) qui se focalisait sur des activités exclusivement réservées aux femmes.

L’experte Genre en pleine séance d’explications – Crédit Aidara

Les membres de la cellule ont été également largement imprégnés des notions de violence sexiste et de violences basées sur le genre et les violences à l’égard des femmes ainsi que leurs manifestations diverses (violences physiques, affectives et psychologiques, le viol, les violences socioéconomiques, etc.

Les participants ont aussi suivi plusieurs présentations portant sur des thématiques comme « Genre et Développement », « Genre et Santé de la Reproduction », « Genre et droits humains ». Ont été également rappelées des mesures importantes, comme la Participation Politique de la Femme (PPF) dans un processus entamé en 2006 et qui a permis le quota de 20% accordée aux femmes dans les élections, quota relevé par la suite à 30%, à travers l’Ordonnance 2006-029 du 22 août 2006 révisée en 2012.

Des statistiques ont été fournies sur la base des données de l’EDS 2019-2020. Par exemple, le taux de mutilations génitales féminines (MGF) est de 70%, les mariages précoces, 17% chez les moins de 15 ans, violence sexuelle 6%, violences physiques 9,6% et les violences conjugales 5,3% chez les 15-49 ans.

Les membres de la cellule, le staff du ministère et une représentante de l’UNFPA (Aicha Sy en noir au premier plan) – Crédit Aidara

Ces taux sont jugés alarmants par la consultante qui a énuméré les différentes conventions internationales ratifiées par la Mauritanie ainsi que les mesures juridiques et institutionnelles prises pour la défense des droits des femmes. Elle a cité le Code du Statut Personnel, le Mécanisme de surveillance pour la mise en œuvre des conventions, les missions de la Commission nationale des droits de l’homme, de la Commission interministérielle et l’Office national des droits de l’homme, chargé des rapports de suivi et de la mise en œuvre des recommandations issues des Examens Périodiques Universels. Ont été aussi citées des institutions comme l’Observatoire Egalité-Genre et l’Observatoire National des droits des femmes et des filles.

Toutes ces dispositions n’ont pas permis une représentation significative des femmes dans l’administration et les fonctions électives (voir Encadré).

L’approche Genre encore mal comprise par les décideurs

La Mauritanie dispose d’une Stratégie Nationale d’Institutionnalisation du Genre (SNIG) de 2015, démarrée en 2017, qui peine à être mise en œuvre malgré le plaidoyer intense mené par le Ministère de l’Action Sociale, de l’Enfance et de la Famille (MASEF).

Khadijetou Mint Yahya – Crédit Aidara

Les participants ont suivi également un exposé présenté par Khadijetou Mint Yahya, Directrice adjointe au Ministère des Affaires Economiques sur la Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée (SCAPP), notamment son Plan d’Action 2021-2025 qui prévoit parmi ses chantiers des volets portant accès des femmes à la santé de la reproduction et à la formation professionnelle ainsi qu’à l’éducation.

Khadijetou Mint MBourou, sage-femme et présidente de la Cellule Sectorielle Genre au niveau du Ministère de la Santé a aussi présenté une communication sur le Genre et la santé de la reproduction, indiquant les pesanteurs sociales et le manque de personnel féminin dans les postes de santé, ce qui continue de bloquer selon elle l’accès des femmes aux structures sanitaires, notamment dans les coins les plus reculés du pays où le poids des traditions reste vivace. Elle a surtout mis en exergue la faible prise en compte de la dimension genre.

C’est pourquoi beaucoup d’espoirs sont placés sur le Ministère des Affaires Economiques qui est au cœur des politiques économiques du pays et sur lequel les acteurs comptent pour booster l’approche genre dans les autres départements et dans toutes les politiques sectorielles.

Bouna Ely Bouha – Crédit Aidara

Pourtant, de l’avis de Bouna Ely Bouha, Conseiller du Ministre des Affaires Economiques qui pilote la dimension genre au niveau du département, dix cellules sectorielles genre ont été créés dans les différents départements clés de l’Etat. La plupart sont encore non opérationnelles, les responsables à la tête des institutions publiques, dont des ministres, n’appréhendent pas encore l’utilité de l’approche genre dans le processus de développement, selon l’avis de plusieurs participants.

Beaucoup ont surtout fustigé l’instabilité gouvernementale et les changements rapides et incessants des staffs des ministères, ce qui explique selon eux, l’anéantissement des efforts et l’éternel recommencement, chaque responsable faisant table-rase des actions entamées par son prédécesseur.

S’agissant de la cellule genre du Ministère des Affaires Economiques, Bouna Ely Bouha a fait état des deux études menées par le département, l’une sur l’approche genre dans quelques institutions publiques comme Taazour et le projet SWEDD et une étude plus globale sur l’approche Genre en Mauritanie financée par la Banque Africaine de Développement (BAD) et dont il fut question lors de la visite le 12 septembre du directeur de la BAD et de son staff à Nouakchott.

Il a également souligné que l’activité en cours est la première entamée par la cellule et qu’un arrêté est déjà sur la table du ministre fixant la composition de la cellule et les indemnités des membres, ainsi que le budget alloué. Il a pour l’occasion sollicitée l’appui de l’UNFPA en termes d’équipements et de moyen de locomotion.

Le respect Genre, une exigence des bailleurs

Khadijetou Lô, Chargée des questions liées aux violences basées sur le Genre à l’UNFPA a mis l’accent sur l’importance de la coordination, exprimant le souhait que la Cellule Sectorielle Genre du Ministère des Affaires Economiques puisse être élargie afin que chaque département y soit représenté. L’objectif serait de fédérer toutes les parties prenantes pour booster l’approche genre au niveau de tous les départements.

Khadijetou Lô (en blanc). En voile Khadijetou Mint MBourou – Crédit Aidara

Elle a mis en exergue l’importance de cette cellule et son imbrication sur la SNIG. Elle a souligné que sa position est stratégique car logée dans un ministère qui coordonne toutes les stratégies et politiques de la SCAPP, laquelle prend en compte les engagements de la Mauritanie vis-à-vis de la Conférence Internationale Population et Développement (CIPD). Elle a rappelé au passage les 11 engagements du pays pris lors de la CIPD+25 à Nairobi, la 5ème portant sur le Genre, mais aussi par rapport à l’Agenda 2030 des Objectifs de Développement Durable (ODD) et l’Agenda 2063 de l’Union Africaine.

Aujourd’hui, a-t-elle dit en substance, le respect de l’approche Genre dans toutes les politiques sectorielles est devenu une exigence des bailleurs de fonds au niveau international.

Le constat, relevé lors des débats, est que le Plan d’Action de la SCAPP 2021-2025 ne prend pas suffisamment en compte la dimension genre. C’est pourquoi les bailleurs ne s’intéressent plus à la Mauritanie, selon le constat fait par des observateurs suite à la dernière réunion de Banjul sur les MGF, où la Mauritanie n’a pas reçu de financement à cette occasion.

A rappeler que l’ouverture de l’atelier s’est déroulée sous la présidence de Mohamed Habiboullah Mohamed Ahmed, Chargé de Mission au Ministère des Affaires Economiques et le Hakem de Tiguint, Bâ Alpha Ibrahima, en présence de Mohamed Teghra, Conseiller du Ministre des Affaires Economiques et de Mohamed Bedde, Conseiller de la Ministre de l’Action Sociale.

Cheikh Aîdara

ENCADRE 1

État de lieu de la participation des femmes aux postes administratifs et mandats électoraux

2 femmes ministres à la Présidence de la République et 4 femmes ministres
1 femme Commissaire (Sécurité Alimentaire) au rang de ministre
1 femme Directrice de Cabinet du Premier Ministre
1 femme Directrice à l’Agence de Promotion de l’Investissement
1 femme Directrice de PROCAPEC
1 femme Secrétaire Général au Gouvernement
8 femmes Hakem Mouçaid
1 femme au grade de Commissaire de Police
18 femmes Officiers de Police et/ou Inspectrices de Police dont 4 dirigent les Commissariats pour Mineurs et 1 au Commissariat de la Police Judiciaire et sont appelés Commissaires
0 femme Directrice à l’Action Sanitaire
98 femmes médecins généralistes
34 femme Médecins Spécialisés (toutes spécialités confondues)
1 femme Directrice Régionale de l’Education Nationale (DREN)
1 femme Directrice de l’Hôpital Mère et Enfant
1 femme Directrice de la Société de Transport
1 femme Directrice à la Centrale d’Achat des Médicaments (CAMEC)
23 femmes professeurs dans l’Enseignement Supérieur
180 femmes d’Affaires (environ)

ENCADRE 2

Postes décisionnels             Total           Hommes            Femmes      % de Femmes
Ministres2822621.4%
SG Ministères2522312%
Ambassadeurs/Consuls444049%
Wali151416%
Hakem636123%
Députés1571263119.7%
Maires219208115.02%
Conseillères municipales38312446138536.15%
Présidente Conseil Régional1311215.33%
Conseillères Régional2311329942.85%
Magistrats31431310.31%
DREN151410.19%
DRAS151500%
Source : MASEF


En Mauritanie, le Commissariat aux Droits de l’Homme lance une campagne de sensibilisation contre la traite, l’esclavage, la discrimination et la torture

Le Commissaire aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile, M. Cheikh Ahmedou Ould Ahmed Salem Ould Sidi, a lancé ce jour, 12 octobre 2022 au Palais des Congrès de Nouakchott, la caravane nationale de sensibilisation contre la traite des humains, l’esclavage, la discrimination et la torture. C’était en présence de plusieurs autorités publiques, les partenaires et la société civile.

Le Commissaire lors de son allocution – Crédit Aidara

Sous le thème « Ensemble pour préserver la dignité humaine et les droits dans un Etat de droit », le Commissaire aux Droits de l’homme a lancé le 12 octobre 2022 la campagne nationale de sensibilisation sur les instruments juridiques contre la traite des êtres humains, l’esclavage, la discrimination et la torture.

Une campagne, pourquoi ?

Cette campagne continue de battre son plein au niveau des Wilayas (régions administratives) de Nouakchott et celles de l’intérieur du pays. La traite des personnes, l’esclavage, la discrimination et la torture constituent des injustices sur lesquelles la Mauritanie est régulièrement interpellée à chaque Examen Périodique Universel (EPU) devant le Conseil des Nations Unies des droits de l’homme à Genève, examen auquel sont soumis tous les Etats. Malgré les mesures adoptées pour combattre l’esclavage, à travers notamment les tribunaux spéciaux ou la loi de 2015 incriminant les pratiques esclavagistes, les ONG antiesclavagistes comme SOS Esclaves et IRA ne cessent de dénoncer le « laxisme » des autorités judiciaires face aux nombreux cas qui leur ont été soumis. Pour renforcer le caractère répressif des mesures luttant contre les tares sociales que sont l’esclavage et les formes de racisme qui l’accompagnent, la Mauritanie a adopté d’autres dispositifs comme la loi contre la discrimination et la loi contre la traite des êtres humains, tout en créant un mécanisme national de prévention de la torture.

Cette campagne d’une grande importance est menée en collaboration avec les ministères de l’Intérieur et de la Justice, la Commission nationale des droits de l’homme, le Mécanisme national de prévention de la torture et l’Observatoire national des droits des femmes et des filles, ainsi que la société civile et les partenaires internationaux.

Vue partielle des participants – Crédit Aidara

Diffuser une large culture des droits humains

L’activité de sensibilisation en cours, selon le Commissaire aux droits de l’homme, a pour objectif l’information du public par rapport aux lois condamnant les faits de torture et d’esclavage, ainsi que la discrimination et la traite des personnes. Elle vise aussi à sensibiliser les populations autour de ces questions et les peines prévues par la législation pour les réprimer.

« Cette campagne constitue une étape importante car elle traduit le discours historique du président de la République M. Mohamed Cheikh Ghazouani à Ouadane, lorsqu’il a appelé à combattre toutes les formes d’injustice sociale, notamment les tares héritées de notre patrimoine culturel, à purifier le discours social et l’expurger de tous les préjugés et faux stéréotypes qui la travestissent », a déclaré le Commissaire aux Droits de l’Homme durant l’allocution qu’il a prononcé à l’occasion.

Il a souligné que le lancement de cette campagne nationale coïncide avec celui de l’Ecole républicaine qui vise à renforcer la cohésion sociale, à consolider le principe de l’équité et de l’égalité, en redonnant à nos établissements d’enseignement le rôle qu’ils ont toujours joué jadis dans l’ancrage des valeurs républicaines comme pilier de notre unité nationale.

Vue partielle des participants – Crédit Aidara

« Le Commissariat aux droits de l’homme ne cherche pas à faire de cette campagne une fête foraine ni une simple formalité de passage, mais plutôt le lieu d’une interaction profonde entre les Mauritaniens, un moment d’intense communion, une occasion de mieux comprendre l’intérêt d’appliquer les lois condamnant l’esclavage, la traite, la discrimination et la torture », a précisé le Commissaire aux droits de l’Homme.

À ce titre, il a souligné que son institution sollicite l’appui et la coopération de tous les acteurs, les membres du gouvernement et les organismes non gouvernementaux dans cette lutte. Le Commissaire aux droits de l’Homme a également rappelé la nécessité d’unir leurs efforts pour atteindre les objectifs recherchés à travers cette campagne nationale. Il a salué au passage les efforts d’accompagnement et de soutien des partenaires au développement, notamment lors de la période préparatoire de cette campagne de sensibilisation.

Le Commissaire prononçant son discours – Crédit Aidara

Points de vue des acteurs

S’exprimant à son tour, le président de SOS Esclaves, M. Boubacar Ould Messaoud a souligné l’importance d’initier de tels programmes au profit des victimes de l’esclavage. « La conception, la mise en œuvre et le suivi de ces programmes, ainsi que les politiques qui les accompagnent, doivent faire l’objet d’un partenariat solide entre les organisations de la société civile et les institutions gouvernementales », a-t-il précisé.

De son côté, le président du Forum des Acteurs Non étatiques, M. Mohamedou Ould Sidi, a invité la société civile à participer activement à cette campagne nationale. « J’invite les pouvoirs publics à créer les conditions d’accompagnement des acteurs actifs dans le domaine des droits de l’Homme dans l’élaboration d’un plan national global qui permettrait le suivi et la mise en œuvre des lois incriminant l’esclavage, la traite, la discrimination et la torture, ainsi que l’application des conventions internationales ratifiées par le pays », a-t-il souligné.

Le Représentant par intérim du Haut-commissariat des Nations Unies pour les droits de l’Homme en Mauritanie, Mme Khadija Bâ, a félicité le gouvernement pour les progrès réalisés dans le domaine des droits de l’homme et les évolutions positives constatées à ce niveau. « Le Haut-Commissariat renouvelle son appui et son accompagnement dans les efforts menés par la Mauritanie pour consolider les droits de l’homme », a-t-elle affirmé.

La cérémonie de lancement officiel de la campagne s’est déroulée en présence du Délégué Général de l’Agence nationale de Solidarité et de lutte contre l’exclusion (TAAZOUR), du président de la Commission nationale des droits de l’homme, celui du Mécanisme national de prévention de la torture, du Secrétaire général du Ministère de l’Intérieur, du Wali de Nouakchott-Ouest, du Vice-président du Conseil régional de Nouakchott, de plusieurs responsables de la société civile et de nombreux citoyens.

Cheikh Aïdara