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En Mauritanie, le Commissariat aux Droits de l’Homme lance une campagne de sensibilisation contre la traite, l’esclavage, la discrimination et la torture

Le Commissaire aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile, M. Cheikh Ahmedou Ould Ahmed Salem Ould Sidi, a lancé ce jour, 12 octobre 2022 au Palais des Congrès de Nouakchott, la caravane nationale de sensibilisation contre la traite des humains, l’esclavage, la discrimination et la torture. C’était en présence de plusieurs autorités publiques, les partenaires et la société civile.

Le Commissaire lors de son allocution – Crédit Aidara

Sous le thème « Ensemble pour préserver la dignité humaine et les droits dans un Etat de droit », le Commissaire aux Droits de l’homme a lancé le 12 octobre 2022 la campagne nationale de sensibilisation sur les instruments juridiques contre la traite des êtres humains, l’esclavage, la discrimination et la torture.

Une campagne, pourquoi ?

Cette campagne continue de battre son plein au niveau des Wilayas (régions administratives) de Nouakchott et celles de l’intérieur du pays. La traite des personnes, l’esclavage, la discrimination et la torture constituent des injustices sur lesquelles la Mauritanie est régulièrement interpellée à chaque Examen Périodique Universel (EPU) devant le Conseil des Nations Unies des droits de l’homme à Genève, examen auquel sont soumis tous les Etats. Malgré les mesures adoptées pour combattre l’esclavage, à travers notamment les tribunaux spéciaux ou la loi de 2015 incriminant les pratiques esclavagistes, les ONG antiesclavagistes comme SOS Esclaves et IRA ne cessent de dénoncer le « laxisme » des autorités judiciaires face aux nombreux cas qui leur ont été soumis. Pour renforcer le caractère répressif des mesures luttant contre les tares sociales que sont l’esclavage et les formes de racisme qui l’accompagnent, la Mauritanie a adopté d’autres dispositifs comme la loi contre la discrimination et la loi contre la traite des êtres humains, tout en créant un mécanisme national de prévention de la torture.

Cette campagne d’une grande importance est menée en collaboration avec les ministères de l’Intérieur et de la Justice, la Commission nationale des droits de l’homme, le Mécanisme national de prévention de la torture et l’Observatoire national des droits des femmes et des filles, ainsi que la société civile et les partenaires internationaux.

Vue partielle des participants – Crédit Aidara

Diffuser une large culture des droits humains

L’activité de sensibilisation en cours, selon le Commissaire aux droits de l’homme, a pour objectif l’information du public par rapport aux lois condamnant les faits de torture et d’esclavage, ainsi que la discrimination et la traite des personnes. Elle vise aussi à sensibiliser les populations autour de ces questions et les peines prévues par la législation pour les réprimer.

« Cette campagne constitue une étape importante car elle traduit le discours historique du président de la République M. Mohamed Cheikh Ghazouani à Ouadane, lorsqu’il a appelé à combattre toutes les formes d’injustice sociale, notamment les tares héritées de notre patrimoine culturel, à purifier le discours social et l’expurger de tous les préjugés et faux stéréotypes qui la travestissent », a déclaré le Commissaire aux Droits de l’Homme durant l’allocution qu’il a prononcé à l’occasion.

Il a souligné que le lancement de cette campagne nationale coïncide avec celui de l’Ecole républicaine qui vise à renforcer la cohésion sociale, à consolider le principe de l’équité et de l’égalité, en redonnant à nos établissements d’enseignement le rôle qu’ils ont toujours joué jadis dans l’ancrage des valeurs républicaines comme pilier de notre unité nationale.

Vue partielle des participants – Crédit Aidara

« Le Commissariat aux droits de l’homme ne cherche pas à faire de cette campagne une fête foraine ni une simple formalité de passage, mais plutôt le lieu d’une interaction profonde entre les Mauritaniens, un moment d’intense communion, une occasion de mieux comprendre l’intérêt d’appliquer les lois condamnant l’esclavage, la traite, la discrimination et la torture », a précisé le Commissaire aux droits de l’Homme.

À ce titre, il a souligné que son institution sollicite l’appui et la coopération de tous les acteurs, les membres du gouvernement et les organismes non gouvernementaux dans cette lutte. Le Commissaire aux droits de l’Homme a également rappelé la nécessité d’unir leurs efforts pour atteindre les objectifs recherchés à travers cette campagne nationale. Il a salué au passage les efforts d’accompagnement et de soutien des partenaires au développement, notamment lors de la période préparatoire de cette campagne de sensibilisation.

Le Commissaire prononçant son discours – Crédit Aidara

Points de vue des acteurs

S’exprimant à son tour, le président de SOS Esclaves, M. Boubacar Ould Messaoud a souligné l’importance d’initier de tels programmes au profit des victimes de l’esclavage. « La conception, la mise en œuvre et le suivi de ces programmes, ainsi que les politiques qui les accompagnent, doivent faire l’objet d’un partenariat solide entre les organisations de la société civile et les institutions gouvernementales », a-t-il précisé.

De son côté, le président du Forum des Acteurs Non étatiques, M. Mohamedou Ould Sidi, a invité la société civile à participer activement à cette campagne nationale. « J’invite les pouvoirs publics à créer les conditions d’accompagnement des acteurs actifs dans le domaine des droits de l’Homme dans l’élaboration d’un plan national global qui permettrait le suivi et la mise en œuvre des lois incriminant l’esclavage, la traite, la discrimination et la torture, ainsi que l’application des conventions internationales ratifiées par le pays », a-t-il souligné.

Le Représentant par intérim du Haut-commissariat des Nations Unies pour les droits de l’Homme en Mauritanie, Mme Khadija Bâ, a félicité le gouvernement pour les progrès réalisés dans le domaine des droits de l’homme et les évolutions positives constatées à ce niveau. « Le Haut-Commissariat renouvelle son appui et son accompagnement dans les efforts menés par la Mauritanie pour consolider les droits de l’homme », a-t-elle affirmé.

La cérémonie de lancement officiel de la campagne s’est déroulée en présence du Délégué Général de l’Agence nationale de Solidarité et de lutte contre l’exclusion (TAAZOUR), du président de la Commission nationale des droits de l’homme, celui du Mécanisme national de prévention de la torture, du Secrétaire général du Ministère de l’Intérieur, du Wali de Nouakchott-Ouest, du Vice-président du Conseil régional de Nouakchott, de plusieurs responsables de la société civile et de nombreux citoyens.

Cheikh Aïdara


Campagne contre la fistule obstétricale à Kiffa, une dizaine de femmes retrouvent le sourire grâce à l’Agence Française de Développement et le Projet TEMEYOUZ

Une campagne contre la fistule obstétricale, menée du 26 au 30 septembre 2022 à Kiffa, capitale de l’Assaba, a permis à une dizaine de femmes venues de plusieurs coins reculés du pays de briser leur isolement et de retrouver le sourire. Cette opération financée par l’Agence Française de Développement (AFD) a été pilotée par le Projet TEMEYOUZ mise en œuvre par Expertise France et son consortium qui regroupe des ONGs internationales et nationales, en l’occurrence Santé Sud, Medicos Del Mundo (MDM) et l’Association Mauritanienne pour la Promotion de la Famille (AMPF), avec l’appui du Centre hospitalier de Kiffa et l’Association des Femmes Volontaires du Développement (AFVD).

Kiffa, l’une des plus grandes villes du pays, à 600 Km de la capitale Nouakchott – Crédit Aidara

Au Centre hospitalier de Kiffa, bâtisse imposante étalée sur plusieurs hectares, la salle d’hospitalisation des femmes opérées de la fistule obstétricale est située sur un long couloir attenant au bloc opératoire. Trois femmes nouvellement traitées sont allongées sur des lits en fer. Dr. Sow Aboubekri, chirurgien urologue, vient s’enquérir de leur situation.

Centre hospitalier de Kiffa – Crédit Aidara

« Nous allons bien. Al Hamdoulillah, nous sommes heureuses et ne savons comment vous remercier » dit l’une d’elle. L’autre, plus jeune, bredouille dans un leitmotiv, « cela faisait mal, mais maintenant je suis très contente. Merci ».

« Al Hamdoulilah je suis guérie » déclare cette patiente qui a été opérée – Crédit Aidara

Plus loin, devant le bloc opératoire, une équipe de médecins de MMS-France (Mère du Monde en Santé) et leurs collègues mauritaniens, dont Dr. Diagana Mohamadou et Dr. Semethe discutent des prochaines programmations. Dr. Alimi Jean-Charles, chirurgien urologue affiche un sourire permanent. La jeune anesthésiste Dr. Antonietta Pia passe furtivement avec un léger geste de la main pour saluer et s’engouffre dans le bloc où une patiente se faisait préparer.

Le Directeur du Centre Hospitalier en compagnie des chirurgiens urologues devant le bloc – Crédit Aidara

Le recrutement des patientes, le principal problème

« MMS France est une ONG qui travaille dans le domaine de la fistule obstétricale depuis plus d’une dizaine d’années avec une expérience dans plusieurs pays d’Afrique, Burkina Faso, Rwanda, Tanzanie et Mali » explique Dr. Faivre d’Arcier Benjamin. Puis, d’ajouter « aujourd’hui c’est notre première mission en Mauritanie et les conditions d’accueil sont excellentes, un bloc chirurgical de qualité et surtout une infrastructure globale avec entre autres, l’AFVD qui a bien pris conscience de ce qu’est la fistule, de ses enjeux et de ses difficultés ». Il a précisé ensuite que l’équipe MMS France est accompagnée par des collègues mauritaniens, notamment Dr. Sow et Dr. Diagana. « Ils sont très motivés pour développer cette chirurgie » a-t-il fait savoir, précisant qu’ils espèrent pouvoir revenir pour traiter un maximum de femmes et poursuivre la formation des équipes sur place.

« Nous reviendrons pour opérer encore plus de femmes » Dr. Faivre D’Arcier – Crédit Aidara

Les difficultés de recrutement constituent le principal problème, a ajouté Dr. Faivre D’Arcier Benjamin, soulignant « nous sommes en train de reprendre une activité qui avait plus ou moins disparu ».

Pour sa part, Dr. Sow ABoubekri, déclare apprécier la présence de l’équipe MMS France qui est venue renforcer les compétences du personnel local dans le cadre de cette activité riche et importante parce qu’elle concerne des femmes vulnérables venues des coins les plus reculés. « Le fait de recevoir des missions de ce genre permet d’avoir un recrutement plus important et de pérenniser cette activité » a-t-il précisé.

« Les chirurgiens qui pratiquent la fistule sont peu nombreux en Mauritanie  » Dr. Sow Aboubekri – Crédit Aidara

Évoquant la situation en Mauritanie, il a reconnu que « le nombre de chirurgiens qui pratiquent la fistule est peu nombreux » citant les quelques références nationales dans ce domaine, notamment Dr. Diagana et Dr. Yahya TFeil.

Dr. Sow a par ailleurs indiqué que « la chirurgie réparatrice de la fistule n’est pratiquée que dans un seul centre à Nouakchott, donc hors de portée de la majorité des femmes, et le fait de la décentraliser à l’intérieur du pays, à Kiffa par exemple, permet de rendre le service plus accessible ».

Prise en charge pendant 21 jours

Un peu plus bas, dans le vieux quartier de la Qadima, le « Centre d’accueil et d’hébergement fistules obstétricales » de l’AFVD. Un groupe de femmes assises dans une véranda, visage couvert. En leur compagnie, deux volontaires de l’association.

« L’ONG prend en charge les patientes pendant 21 jours » Salka Touda, sage-femme membre de l’AFVD – Crédit Aidara

« Nous avons actuellement 8 femmes recrutées dans le cadre de cette campagne sur la fistule. L’AFVD les accueille et leur fournit dès leur arrivée, un kit composé d’un sceau, d’un sac, d’une bouteille, d’une serviette, plus un savon et des couches adultes » explique Salka Touda, sage-femme membre de l’Association. Ces femmes sont entièrement prises en charge avec leurs accompagnants, a-t-elle précisé, soulignant que leur transport aller-retour est également assuré ainsi que leur déplacement entre le centre et l’hôpital.

« Elles sont prises en charge pendant 21 jours » a en outre souligné Salka, dont la journée est marquée par d’incessants va-et-vient entre l’hôpital et le centre d’accueil. Une équipe de Medicos Del Mundo à Kiffa veille également au bon déroulé de la campagne, notamment Guèye Oumar et Fatou Cheikh Guèye, technicienne santé genre.

« TEMEYOUZ et ses partenaires vont permettre de traiter davantage de femmes » Sedy Camara – Crédit Aidara

S’exprimant au nom de la Direction Régionale de l’Action Sanitaire (DRAS) au niveau de l’Assaba, Sedy Camara, Point Focal Santé de la Reproduction, s’est réjoui de l’arrivée de nouveaux partenaires sur le terrain de la lutte contre la fistule, notamment le Projet TEMEYOUZ et son consortium d’ONG. « Cette pratique est bien connue en Assaba, à travers les nombreuses actions menées dans ce domaine depuis plusieurs années par le Ministère de la Santé et le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) » a-t-elle rappelé. Elle a ajouté que le Projet TEMEYOUZ et ses partenaires vont permettre de traiter davantage de femmes victimes de la fistule dans le cadre de cette campagne.

Depuis Nouakchott, la coordination du Projet TEMEYOUZ veille au grain

Logé dans un bâtiment situé à Tevragh-Zeina, l’ONG Medicos Del Mundo (MDM) assure la coordination des ONGs du consortium en charge d’une partie des activités du Projet TEMEYOUZ.

Luis Chang, Coordinateur de Consortium du Projet Temeyouz – Crédit Aidara

« Cette première campagne de fistule obstétricale organisée dans le cadre du Projet TEMEYOUZ appartient à l’action que mène le consortium qui travaille sur les soins de santé primaire et sur les violences basées sur le genre » a d’emblée lancé Luis Chang, Coordinateur du Consortium du Projet Temeyouz regroupant Santé Sud, MDM et AMPF. Il a précisé qu’il s’agit d’une campagne pilote qui a pour objectifs, de faire mettre en œuvre une première expérience internationale au niveau de Nouakchott pour renforcer les compétences de l’équipe de Kiffa afin qu’elle puisse prendre en charge et opérer les cas de fistule obstétricale qui pourraient avoir lieu dans la région et dans les régions avoisinantes.

Selon Luis Chang, cette première campagne leur a permis de mieux connaître la situation et voir les défis à prendre en compte, dans tout ce qui est l’identification des cas et leur référencement. « Mais surtout de mieux sensibiliser les populations sur l’importance de traiter les fistules obstétricales, et des changements de vie que cela peut produire pour les femmes que nous prenons en charge, tout en permettant à l’hôpital de Kiffa d’acquérir les compétences nécessaires pour recevoir et traiter les cas de fistule » a-t-il souligné. Il a évoqué par la suite la possibilité pour le Projet TEMEYOUZ d’organiser une deuxième campagne du genre.

La santé, un axe de développement pour l’AFD

Selon Bénédicte Brusset, Directrice de l’AFD en Mauritanie, la santé fait partie du domaine d’intervention de son institution, et cela fait partie aussi selon elle du développement. « Nous intervenons en santé en Mauritanie depuis plus de dix ans, d’abord dans le cadre du forfait obstétrical qui permet aux femmes d’avoir accès à tous les services liés à la grossesse » a-t-elle rappelé.

Bénédicte Brusset, Directrice AFD Agence de Mauritanie – Crédit Aidara

La Directrice de l’AFD a souligné que la fistule est la conséquence d’un accouchement compliqué entrainant des problèmes délicats pour la femme et la mettant dans une situation handicapante. « Ce n’est pas la première fois que l’AFD intervient sur la fistule, elle l’a fait ailleurs dans d’autres pays, mais c’est peut-être notre première intervention sur ce sujet en Mauritanie » a-t-elle souligné. Selon elle, l’AFD a toujours contribué dans ce domaine, notamment à travers des formations d’équipes en capacité d’opérer.

S’agissant de la campagne de Kiffa, Mme Brusset a précisé que l’AFD finance le Projet TEMEYOUZ et que ce dernier est mis en œuvre par « Expertise France », filiale de l’AFD, et que dans ce cadre des discussions ont eu lieu avec le Ministère de la Santé et « Expertise France » sur un projet qui pouvait adresser des problèmes de santé communautaire ou de santé maternelle. Selon elle, dans la santé maternelle, sujet vaste, plusieurs choix ont été faits, une partie des interventions porte sur la fistule et une partie par rapport à la transfusion sanguine.

« L’intervention de TEMEYOUZ sur le sujet du sang est d’arriver à reconstruire le Centre National de Transfusion Sanguine de Nouakchott, qui sera totalement neuf, et de créer un centre régional de transfusions sanguine à Kiffa, afin de mettre à la disposition des chirurgiens du sang « sûr » qui ne met pas en danger la vie de la femme » a expliqué la Directrice de l’AFD.

Sur les perspectives d’avenir, elle a précisé que la poursuite de l’opération dépendra des résultats, mais aussi de la stabilité du personnel, soulignant que dans le cadre de cette campagne, il y a eu le renforcement de capacité de certains chirurgiens qui sont dotés de la compétence spécifique liée à la fistule. « On verra comment ils comptent rester en région, notamment à Kiffa et non à Nouakchott où il existe déjà des compétences, surtout que les femmes victimes de fistule sont moins nombreuses à Nouakchott qu’elles ne le sont à l’intérieur du pays » a-t-elle insisté.

Autre condition de la poursuite de la campagne, selon la Directrice, la capacité des ONGs à mobiliser et à recruter. « Si demain l’hôpital de Kiffa nous dit malheureusement on avait 250 qui étaient prêtes à être opérées, mais on n’a pu en opérer que 50, alors à ce moment-là on pourra réfléchir nous-mêmes ou mobiliser d’autres acteurs pour surmonter la difficulté et pouvoir toutes les faire opérer » a-t-elle illustré. Puis d’insister que quand à la fin, seul un nombre réduit de femmes devront être opérées, par rapport aux coûts envisagés, peu de bailleurs seront emballés, y compris l’AFD.

La balle est ainsi lancée aux ONGs de redoubler d’efforts dans le recrutement et le repérage des femmes victimes de la fistule, surtout qu’elles sont connues dans leur communauté, afin de les identifier et de leur proposer une réparation chirurgicale gratuite.

A noter que lors d’une rencontre entre les Premières Dames sur la fistule en Afrique de l’Ouest et du Centre organisée en mars 2021 à Niamey, Mme Ghazouani, Marième Fadel Dah, avait souligné que la fistule reste un défi en Mauritanie. « Chaque année, un nombre de 150 à 300 femmes viennent accroître le nombre de porteuses de fistule obstétricale avec un GAP cumulé de 2.700 à 5.400 cas entre 2003 et 2021 » a-t-elle témoigné.

Certains acteurs de la lutte contre la fistule trouvent qu’un tel témoignage peut faire espérer que l’Etat donnera les moyens de la prise en charge maintenant que plus de chirurgiens sont formés.

Cheikh Aidara


Le Comité de la Charte Arabe des Droits de l’Homme félicite la Mauritanie

Le Comité arabe des droits de l’homme, connu sous le nom de Comité de la Charte, par l’intermédiaire du Secrétariat général de la Ligue des États arabes, a adressé une lettre de remerciement et de félicitation à la Mauritanie pour avoir rempli ses obligations vis-à-vis du Comité dans le domaine des droits de l’homme.

Le Commissaire aux Droits de l’Homme

Il a été indiqué dans la lettre que : « Le Secrétariat général (Secteur des affaires sociales – Département des droits de l’homme) adresse ses remerciements à la République islamique de Mauritanie pour avoir rempli, comme un État partie à la Charte arabe des droits de l’homme, ses obligations découlant de l’adhésion à cet instrument juridique » indiquant que le Comité arabe des droits de l’homme poursuivra pleinement son travail comme l’un des piliers du système arabe des droits de l’homme.

Il est à noter qu’une délégation gouvernementale de haut niveau conduite par Son Excellence le Commissaire, Cheikh Ahmedou Ould Sidi, avait présenté, en juin dernier au Caire, devant le Comité de la Charte, le premier rapport de notre pays sur la mise en œuvre de la Charte arabe des droits de l’homme, que le pays a ratifié en 2019.

Cette visite a été précédée d’une autre effectuée par le Comité de la Charte dirigé par Son Excellence le Président Jaber Al-Merri dans notre pays en mai dernier, en coordination avec le Commissariat aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile. Au cours de cette visite, le président Jaber Al-Merri précise avoir vu de près les progrès réalisés par la Mauritanie dans le domaine de la promotion et de la protection des droits de l’homme.

Au cours des trois dernières années, le dossier des droits de l’homme a connu un saut qualitatif, renforcé par le climat de paix, d’ouverture et de dialogue que Son Excellence le Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, a posé depuis sa prise de pouvoir. Cela a incité les pays amis, les partenaires techniques et les mécanismes régionaux et internationaux à saluer ces réalisations et à apprécier les efforts nationaux dans le domaine des droits humains.


Biramania ou les soubresauts d’une pré-campagne électorale vitale pour le système politique actuel et le retour de Aziz

Birame Dah Abeid. Ce personnage emblématique, Prix des Nations Unies pour les droits de l’Homme, deux fois dauphin aux présidentielles de 2014 et de 2019, élu député à l’Assemblée Nationale en 2018 à partir d’une cellule d’emprisonnement, est sur la sellette des critiques depuis la dernière ligne droite annonciatrice des élections générales de 2023 et la présidentielle de 2024. A en croire ses partisans, il est l’homme à abattre, puisqu’il constituerait, selon son entourage, une véritable menace pour le système politico-tribalo-militaire qui tient les rênes du pays depuis près de cinquante ans. Et s’il y avait un deal pour le retour de Aziz en 2024 ?

Birame Dah Abeid

Sur toutes les plateformes des réseaux sociaux, le débat national semble se concentrer sur un seul homme, celui qui tient depuis des années le haut du pavé de l’actualité politique et sociale. Il s’appelle Birame Dah Abeid et sa percée politique toujours ascendante, selon ses partisans, constituerait une véritable menace à la pérennité du système militaire de 1978, système qui s’est toujours déguisé sous des oripeaux civils depuis la Constitution de 1991, mis à part la courte parenthèse du défunt Sidi Ould Cheikh Abdallahi (2006-2008) dont le bref passage au palais brun serait aussi intimement lié aux militaires.

La virulence des attaques personnelles, presqu’au bout de l’insulte, s’accélère au fur et à mesure que la fièvre pré-électorale enflamme les rangs des partisans du camp présidentiel, l’œil rivé sur les joutes en vue en 2023 et en 2024. Et les coups viennent de partout, même de ceux qui semblent partager avec lui le même combat au sein de l’opposition. S’il était une statue, soutient ses partisans, il serait couvert de vomissure

La guéguerre entre ses partisans et ses détracteurs anime les débats et déchaîne les passions. Birame Dah Abeid, c’est le politique qui fait actuellement le buzz et ses sorties médiatiques via les réseaux sociaux, ainsi que ses déplacements populaires à travers le pays, constituent le nerf névralgique d’une opposition qualifiée de « debout » par ses militants, face à la classique opposition rendue aphone, selon les mêmes sources, depuis l’accession au pouvoir en 2019 de l’actuel président de la République, Mohamed Cheikh Ghazouani. D’ailleurs, ils soutiennent que ce dernier est tout simplement l’héritier d’une succession de palais, ayant profité d’un fauteuil présidentiel qui lui fut offert sur un plateau d’argent par Mohamed Ould Abdel Aziz, l’ami de quarante ans.

L’ami Ghazouani et le démenti d’une promesse

Depuis la dernière présidentielle de 2019 dont le dernier acte a été marqué par le déploiement de l’armée, de ses chars de combat et de ses unités spéciales dans les quartiers de Nouakchott, la jeunesse des banlieues n’a cessé d’en vouloir à Birame Dah Abeid. Le deal que le leader abolitionniste et candidat malheureux de ces élections, aurait noué avec le nouveau président élu et son régime, a été jugé comme une trahison par des milliers de jeunes qui semblaient n’attendre qu’un signal de sa part pour aller au charbon. Par la suite, ses sorties « élogieuses » envers le régime en place, allant jusqu’à déclarer qu’il a trouvé son ami, en la personne de Mohamed Cheikh Ghazouani, selon une certaine opinion, aurait eu pour effet de faire baisser sa côte de popularité auprès d’une jeunesse assoiffée de changement et qui voyait en lui le leader qui allait les conduire vers le sacrifice suprême pour la refondation de la Mauritanie. Cette jeunesse désabusée se trouvait ainsi conforter dans chaque sortie où Birame Dah Abeid « chantait les louanges de l’homme fort du pays et des ministres de son gouvernement », notent en substance ses détracteurs.

Ghazouani-Birame

En effet selon cette opinion, un bon mariage de raison s’était tissé entre le régime de Ghazouani et Birame qui s’accrochait à l’idée qu’il allait enfin recevoir la reconnaissance de son organisation droit de l’hommiste, l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA) et son bras droit politique, le parti pour la Réforme et l’Action Globale (RAG).

Cette connivence, selon les détracteurs de Birame, aurait été marquée par d’incessantes audiences que lui accorda Ould Ghazouani au Palais présidentiel, alors que ses rendez-vous avec son prédécesseur, Mohamed Abdel Aziz, s’est résumé pendant une décennie en une série de confrontations dans les ruelles enfumées de gaz lacrymogènes à Nouakchott, et dans les salles d’audience des palais de justice.

Certes, Mohamed Cheikh Ghazouani respecta l’une de ses promesses, puisque le mouvement IRA sera reconnu et son récépissé délivré au cours d’une cérémonie solennelle présidée par le ministre commissaire aux droits de l’homme en janvier 2022. Une certaine opinion soutient en outre que Birame est parvenu même à faire recruter plusieurs jeunes de son mouvement dans divers organismes publics, comme l’Agence Taaazour, et eu même le plaisir de voir certains fonctionnaires de son directoire, promus à des postes supérieurs. Mais pour la deuxième promesse relative à la reconnaissance du parti RAG, elle restera en suspens.

Les Faucons du régime prennent la main

Mohamed Ahmed Mohamed Lemine

Le rapprochement entre Birame Dah Abeid et le président de la République, Mohamed Cheikh Ghazouani ne plut guère aux faucons du régime, d’après certaines analyses. Il s’agit principalement de Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, cousin, ami d’enfance, confident et surtout disciple de la famille Ghazouani, pointé du doigt par le courant IRA/RAG. Sur la page de l’Agence Mauritanienne d’Information (https://www.interieur.gov.mr/fr/node/26) la biographie du ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation reste cependant tristement vide. Cet administrateur civil qui avait occupé ce même poste du temps du Comité Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) sous feu le président Ely Mohamed Vall, avait alors disparu de la circulation en 2007. Dès sa prise de pouvoir, Ghazouani le rappelle et le nomme Directeur de cabinet à la Présidence de la République. D’ailleurs, les mauvaises langues disent que c’est le véritable détenteur du pouvoir et qu’aucun ministre du gouvernement n’ose aller contre sa volonté. En avril 2022, il prend les commandes du Ministère de l’Intérieur pour organiser les futures échéances électorales.

Ses détracteurs le qualifient d’autoritaire, imbu de sa personne et surtout foncièrement suprématiste et unilingue, un arabisant pur et dur qui mépriserait la langue française et ses locuteurs. Ses amis le décrivent comme un administrateur hors pair, un véritable renard politique.

Birame et ses militants considèrent cependant l’actuel ministre de l’Intérieur comme un ennemi juré du mouvement IRA et du parti RAG. Ils lui prêtent l’idée qu’un « descendant d’esclaves » ne doit pas croiser le fer avec un « chef spirituel ». Son objectif, selon eux, écarter Birame Dah Abeid des prochaines consultations électorales. 

Plusieurs faits confirmeraient ces propos, d’après leur analyse. Premier acte, l’incident d’Atar où la police arracha la banderole du parti RAG en plein meeting populaire de Birame. Deuxième acte, l’interruption du dialogue politique inclusif où le parti RAG et le parti des Forces Progressistes du Changement (FPC) étaient conviés. D’ailleurs, des rumeurs ont circulé sur la grogne de quelques leaders de l’opposition qui se seraient mal vu en présence de Oumar Ould Yali et de Samba Thiam, dont les partis ne seraient pas officiellement reconnus. Certains auraient même lié la présence des deux leaders au dialogue politique et le boycott des assises par l’emblématique leader harratine Messaoud Boulkheir. Troisième acte, l’arrestation et la déportation en fin septembre 2022 de cinq militants de IRA/RAG dont deux dames à Kiffa sur une plainte déposée par un homme tabassé au cours d’un meeting animé par Birame et au cours duquel il aurait copieusement insulté le leader au milieu de ses partisans. Devant le tribunal de Kiffa, l’homme retira sa plainte unilatéralement. Il aurait été manipulé par les barons locaux qui voulaient en découdre judiciairement avec Birame, selon la version des soutiens de ce dernier.

Concertations électorales entre le ministre de l’Intérieur et certains partis politiques

S’agissant du dialogue politique initié sous la houlette de l’ancien Secrétaire général à la Présidence de la République et actuel ministre de l’Agriculture, Yahya Waguev, des partis dits de l’opposition auraient décrié la rupture d’un dialogue politique qui se voulait inclusif sous sa conduite. Mais lorsque ce dialogue politique qui voulait remettre sur la table les grandes questions nationales, telles que l’esclavage, l’éducation et le Passif Humanitaire, entre autres, se mua sous la baguette magique de Mohamed Ahmed Mohamed Lemine en un banquet autour de la question électorale, les dissensions se turent, parce qu’entre autres, Birame et son clan ont été mis à l’écart, ainsi que le président Samba Thiam. Seul déserteur dans les rangs des partis politiques conviés, l’Alliance pour la Justice et la Démocratie-Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR) d’Ibrahima Moctar Sarr selon qui de simples ententes électoralistes ne sauraient remplacer un véritable débat national.

Mais Birame et ses partisans estiment qu’ils n’ont pas seulement le ministre de l’Intérieur sur leur dos, ils accusent aussi le Premier Ministre, Mohamed Bilal Messaoud, de faire partie des faucons qui cherchent la mise à mort politique de Birame. Ce dernier verrait dans la montée populaire du leader abolitionniste, un réel danger pour la reconduite de Mohamed Cheikh Ghazouani pour un second mandat.

Sur le dos des faucons, les partisans de Birame citent la campagne de diabolisation dont il fait l’objet et où l’ennemi a jeté toutes ses forces et tous ses moyens, utilisant les manipulations vidéos pour déformer ses propos, payant des mercenaires de la plume pour l’attaquer sur toutes les plateformes et les médias, ressusciter ses vieilles recrues de la cinquième colonne, en l’occurrence les anciens transfuges d’IRA, et même des vieilleries politiques du troisième âge.

Mais tout cela, n’augure-t-il pas d’un retour de Aziz au pouvoir ?

Tout ce remue-ménage ne serait-il pas le prélude à un retour de Mohamed Abdel Aziz au pouvoir, sinon l’accomplissement d’un deal entre celui qui tenait à respecter sa promesse de ne pas briguer un 3ème mandat et son successeur déclaré ?

Ghazouani et Aziz

Une certaine analyse penche sur la non disponibilité de Mohamed Ould Ghazouani à briguer un second mandat, malgré les apparences. Cette vision évoquerait un accord passé entre lui et Mohamed Abdel Aziz, si l’on sait que l’élection de Ghazouani en 2019 a été préparée, planifiée et organisée par ce dernier. Sinon, personne ne pouvait parier un sou sur un inconnu du sérail sans assise populaire et sans aucune expérience politique. Le deal serait « je te fais président en 2019, et en 2024, je reviens au pouvoir ». Ainsi, tout aurait été minutieusement préparé, le dossier de la décennie, lâcher un peu de lest à Birame, faire croire à une inimitié entre les deux hommes, les tracasseries administratives et judiciaires. Tout serait pure mascarade visant à installer une inimitié qui n’a jamais existé. Sinon, la brutale rupture entre deux hommes liés par quarante ans de pouvoir, le discours d’investiture de Ghazouani et ses louanges dithyrambiques à l’endroit de Aziz, le fait que Aziz lui ait préparé le fauteuil présidentiel en le désignant comme son dauphin…Et puis, brusquement une guerre fratricide sans raison. Tout cela aurait dû mettre la puce à l’oreille des observateurs les plus avertis.

Aujourd’hui, Mohamed Abdel Aziz jouit de toute sa liberté et ne court aucun risque d’être traîné devant les tribunaux. Il se repose à Paris, se promène entre les restaurants chics de la capitale française et se ballade entre deux examens médicaux. A l’approche des échéances électorales, il retournera tranquillement en Mauritanie et se présentera à la prochaine présidentielle. Il trouvera un terrain tout préparé, avec un bilan catastrophique de Ghazouani sous l’ère de qui les Mauritaniens se sont massivement appauvris et où les détournements des deniers publics et les injustices sociales se sont accumulées sans aucun bilan à défendre. D’ailleurs, de plus en plus de personnes n’hésitent plus à regretter son époque, pourtant l’un des pires épisodes de la Mauritanie contemporaine.

Entre les jeux yoyo du système à vase clos où des militaires à la retraite se passent le relais au-dessus des souffrances des Mauritaniens, les partisans de Birame soutiennent qu’une personne est désignée à la vindicte populaire, comme un os que l’on jetterait à la postérité pour les détourner du grand cirque qui se prépare. Pour eux, Birame est cet os sur lequel se jettent des meutes incultes et éborgnées.

Cheikh Aïdara