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Violences basées sur le genre, une mission conjointe MASEF-UNFPA constate les difficultés rencontrées par 7 plateformes régionales

Une mission conjointe entre le Ministère de l’Action Sociale, de l’Enfance et de la Famille (MASEF) et le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) a constaté lors de sa tournée effectuée dans sept Wilayas, entre le 18 août et le 3 septembre 2022, les difficultés majeures rencontrées par les plateformes de lutte contre les Violences Basées sur le Genre (VBG) créées il y a plus d’une année.

La mission se réunit avec les membres de la plateforme du Tiris-Zemmour

Du 18 août au 3 septembre 2022, une mission conjointe MASEF-UNFPA a sillonné les régions de l’Inchiri, de l’Adrar, du Tiris-Zemmour, de Dakhlet-Nouadhibou, du Tagant, du Trarza et du Brakna. L’objectif de la mission conduite par Mme Aïchetou Sidi, Directrice adjointe chargée de la famille, de la promotion féminine et du Genre au MASEF et par Mme Khadijetou Lô, Chargée de Programme Genre et Droits Humains à l’UNFPA, était à la fois fastidieux et complexe.

Avec le Hakem de Zouerate

Il s’agissait entre autres de faire l’état des lieux des sept plateformes multisectorielles de lutte contre les VBG mises en place en 2021 dans les sept régions citées, notamment l’état de mise en œuvre des plans d’action, l’analyse des forces et faiblesses de ces structures, pour en tirer des recommandations. La mission devait également renouveler son plaidoyer auprès des autorités régionales et communales pour un plus grand ancrage de ces plateformes dans le dispositif administratif local. Elle devait également recueillir les données sur les cas de violences enregistrés, actualiser la liste des membres et identifier les besoins pour la planification 2023.

La réussite dépend souvent des autres

Membres de la plateforme de l’Adrar

Les observateurs ont constaté que là où d’autres acteurs s’impliquent, en l’occurrence des ONG internationales comme Medico Del Mundo (MDM), World Vision, Terre des Hommes, Save The Children, ou quelques rares acteurs nationaux, comme la Garde Nationale ou l’Association Mauritanienne pour la Promotion de la Famille (AMPF), les plateformes de lutte contre les VBG marchent. C’est le cas au Brakna où deux antennes ont été installées à Aleg et à Boghé avec l’appui de MDM, ou encore à Nouadhibou avec MDM et Save The Children. C’est encore dans ces deux régions, en plus de l’Inchiri, où l’implication des maires a été jugée de déterminante dans la performance des plateformes.

L’absentéisme de certaines Directrices régionales du MASEF pointé du doigt

Selon les témoignages recueillis auprès de sources proches des plateformes au niveau de l’Inchiri notamment et du Trarza, l’absentéisme des directrices régionales du MASEF qui président les plateformes ainsi que leur faible implication ont lourdement pesé sur leur fonctionnement. Ajoutée à cela, l’absence de ressources financières. Selon les mêmes sources, le MASEF pourtant saisi n’a pas encore répondu aux requêtes qui lui ont été adressées par les responsables des plateformes et aucun n’a pu mobiliser des ressources ailleurs.

Quelques résultats encourageants

Malgré les difficultés auxquelles elles font face, plusieurs plateformes tentent cependant de mener leurs activités, avec des séances de travail ponctuelles, des activités de sensibilisation menées à l’occasion, ainsi que des cas de violences répertoriés, même en l’absence d’outils de collectes efficaces. D’où des résultats mitigés, notamment au Trarza où les taux faibles déclarés, 15 cas en une année, semblent souffrir d’une irrégularité dans la collecte, même si la région est connue pour sa faible prévalence en VBG. Même cas en Inchiri où les acteurs parlent de forte prévalence alors que les chiffres annoncés sont très bas.

Photo avec les membres de la plateforme du Tiris-Zemmour

En termes de cas répertoriés et de prévalence, Nouadhibou vient en tête parmi les 7 régions, avec 197 cas depuis 2021, suivi de l’Adrar, 65 cas, Tiris-Zemmour avec 59 cas, Brakna (52), Tagant (41) et Inchiri (6). La plupart des cas sont liés aux violences conjugales, violences physiques et morales, violences économiques, abandon de foyer, etc.

Des solutions pour rendre les plateformes performantes

Selon les experts, les plateformes en difficulté pourraient réaliser les objectifs escomptés si les directrices régionales du MASEF étaient plus présentes et s’impliquaient davantage et si leur staff ainsi que les membres des plateformes étaient dotés de plus de compétence dans le domaine des VBG. Ils ont évoqué aussi la nécessaire implication des autorités régionales ainsi que celle des conseils régionaux et municipaux, en plus des moyens financiers pour la mise en œuvre des plans d’action.

Avec le Wali du Tiris-Zemmour

Autre insuffisance à corriger, d’après les experts, la création de bases de données formelles et fiables, ainsi que l’adoption d’outils de collecte efficaces pour la remontée de l’information.

Parmi les difficultés pratiques posées aux plateformes, l’apparition de nouvelles formes de violences et les arrangements à l’amiable qui spolient les survivant(es) en l’absence de toute assistance judiciaire, de toute forme de prise en charge et de tout centre d’accueil.

De l’utilité des plateformes de lutte contre les VBG

Il est pourtant admis que les plateformes de lutte contre les VBG constituent un cadre d’échanges, de collaboration, de référence et de contre référence au niveau régional entre tous les acteurs intervenant dans la problématique, services de l’état et société civile. Outre les réunions mensuelles, les membres de la plateforme doivent également faire le point une fois par trimestre. Ils doivent se réunir chaque fois qu’un cas est signalé, produire des rapports et des notes de suivi des cas, y compris la prise en charge psychosociale des survivants et le suivi judiciaire .

A noter que toutes les plateformes ont été équipées en outils informatiques, imprimantes laser, armoires, chaises, ainsi que tout le matériel bureautique au complet.

Sources d’espoir, des autorités locales, comme les maires d’Aleg, d’Akjoujt et de Nouadhibou sont cités en exemple pour leur engagement contre les VBG et pour leur leadership au sein des plateformes mises en place dans leur région, ce qui renforce la crédibilité de leurs structures au sein des populations et des partenaires.

Cheikh Aïdara


Interview Birame Dah Abeid, « Aziz ne court aucun risque d’être jugé, car, selon les dire de ses proches, il dispose d’arguments dissuasifs »

Sur ces relations avec Mohamed Cheikh Ghazouani, sur les reproches qui lui sont fait par ses détracteurs durant ces dernières sorties, sur les élections locales en vue, notamment la présidentielle de 2024, et sur une éventuelle coalition de l’opposition autour d’un front uni, le leader de l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA) et député à l’Assemblée Nationale, Birame Dah Abeid, revient en détail. Entretien.

Birame Dah Abeid (lors de sa dernière tournée) – Crédit IRA

Actualité oblige, quelle lecture faites-vous de la libération de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz dont l’assignation à résidence a expiré le 8 septembre 2022 ?

Mon impression est celle de tout Mauritanien. Nous avons assisté à une véritable tentative d’induire le peuple en erreur. On a joué avec les espoirs du peuple et ses sentiments. On a fait de sorte que le peuple ait l’espoir qu’il y a un début véritable de lutte contre la gabegie. Mais apparemment il s’avère que ce n’est pas le cas. Je pense que le ressenti du peuple après cette désillusion risque de faire très mal au président Ghazouani et à son clan. Le peuple se sentira floué et méprisé, considéré comme un jouet. Je pense que cette affaire va renforcer, chez les populations, l’impression de se retrouver, toujours, devant un dossier de représailles entre les différentes factions d’une même coterie qui a pillé et continue de piller le pays, parce que la reddition des comptes n’est pas dans sa logique.

Expliquez-vous davantage…

Ce que je viens de dire c’est que le sentiment populaire est d’autant plus exacerbé que la gabegie a continué de plus belle sous l’ère Ghazouani. Même après l’incarcération de Aziz et sa mise en accusation lui et certains de ses compagnons, la mauvaise gouvernance persiste et se banalise ; ses scandales réguliers défrayent la chronique, quasiment chaque mois.

Est-ce que vous pensez comme certains le disent, que si l’affaire de la décennie s’avère en définitive un simple jouet entre les deux dirigeants, ce serait un boulevard qui va être ouvert à Birame pour s’accaparer du pouvoir présidentiel ?

Je pense que l’opposant est de nature opportuniste mais mon rôle à moi consiste à interpeler les différents protagonistes qui méprisent le peuple et se jouent de sa colère légitime envers les cleptocrates toujours impunis. In fine, la population, dans sa diversité, nourrit le sentiment d’avoir été trahie, manipulée, aux seules fins de la conservation du pouvoir. Notre responsabilité d’opposant nous dicte de jeter la lumière sur cette imposture, d’enfoncer le clou pour amener le peuple à adopter une réaction citoyenne, en vue d’exiger davantage de redevabilité, au-delà des effets d’annonce, sans lendemain.

Vous avez certainement appris que Aziz a récupéré ses passeports et qu’il pourrait même voyager à l’étranger mais le Parquet a publié un communiqué selon lequel le dossier de Aziz et consorts est toujours en cours et qu’un procès aura lieu. Est-ce que vous pensez qu’il y aura un procès ?

Ah non, le flafla du Parquet n’a aucun sens. C’est une tentative désespérée de tromper le peuple, à nouveau. Je prends le pari que le dossier ne parviendrait pas jusqu’au prétoire. L’ex-Président Mohamed Ould Abdel Aziz dispose d’informations, voire de révélations, à caractère dissuasif. Lui et ce qui reste de ses proches loyaux sont en mesure de produire des arguments à même de décourager ceux qui veulent aller au procès. Ils l’ont toujours clamé : jamais le pouvoir de Ghazouani ne pourra les juger. Les deux segments du même noyau dirigeant sont embourbés dans une fange identique, comme le rappelle l’étroitesse des liens initiaux entre Aziz et Ghazouani. Les gens présents sur le banc des accusés et ceux actuellement en charge de la direction de l’Etat appartiennent à un vivier invariable, celui de l’oligarchie politico-militaire, du renseignement et du complexe tribalo-marchand. Leur fortune procède des ententes illicites, du trafic d’influence et des conflits d’intérêts. Dans le fond, aucun ne gagne à enfoncer l’autre.

« Ma récente visite à l’intérieur m’a prouvé que l’Etat est absent »

Bain de foule avec ses partisans – Crédit IRA

Vous venez d’achever une visite dans plusieurs régions du pays, quelles leçons tirez-vous de cette tournée ?

La leçon que je tire de mes visites dans les régions du Brakna, de l’Assaba et d’une partie du Trarza et du Hodh Gharbi que je viens de sillonner en quatre semaines, d’août à septembre 2022, reste l’absence de l’Etat. En dehors des symboles de l’autorité administrative et des casernes militaires, la gouvernance de proximité et les services universels de base font cruellement défaut. Au sein des quartiers populaires des villes et surtout à l’intérieur du pays, le hiatus s’impose au regard. L’Etat se limite aux bureaux et au contrôle du trafic routier. Il n’y a plus d’écoles, plus de services sanitaires, plus d’eau, les populations ont soif, l’encadrement paysan s’étiole, le personnel des eaux et forêts n’est plus visible en rase campagne, les services météo sont à l’abandon…Ici, l’on peut parler d’une faillite multidimensionnelle de l’Etat mais, pour le moment, en mode sourdine.

Vous voulez dire que l’Etat est aujourd’hui seulement au service des oligarques au détriment des populations ?

Bien sûr, les féodalités tribales et claniques, les groupes d’intérêt issus de la haute administration et les commis de l’Etat sont devenus les grands électeurs dans leurs circonscriptions. Il s’agit de mini-chefs d’Etats dans l’Etat, à l’image de Kankossa. Ce grand département est sous la coupe réglée de trois meneurs, Kaba Ould Elewa, Lemrabott ould Bonnahi et du notable général Ould Mohamed Radhi. Ces hommes, comme ailleurs en pays maure et soninké et poularophone, y font la pluie et le beau temps ; ils continuent à contrôler les populations et leur indiquer où aller et comment voter, en contrepartie de subsides. Vous pouvez rajouter, au constat, la difficulté, notamment pour les descendants d’esclaves et les gens de la ruralité, d’obtenir les documents biométriques de l’état-civil.

Cependant, nous avons mis un pied dans la fourmilière, en dépit de la campagne féroce visant, sans succès, à réduire notre audience lors de la tournée. L’accès de plus en plus exponentiel au téléphone portable à la connexion internet nous a servi de catalyseur décisif et facilite le travail de mobilisation. Nous comptons accentuer cet atout, afin de surmonter les réflexes de crainte envers le makhzen (pouvoir) et le chantage alimentaire, à l’encontre de nos partisans et sympathisants.

« Mohamed Cheikh Ghazouani n’a aucune chance de gagner la prochaine présidentielle »

Engtre sa vice-présidente et son épouse – Crédit Aidara

Les images de votre visite tournent en boucle dans les réseaux sociaux et l’affluence des populations semble vous avoir galvanisé.

En effet, comme vous l’avez sans doute constaté, dans les images des accueils qui nous ont été réservés, il y a un basculement inédit et à 180°, des populations contre le parti au pouvoir. Je pense que cela va se sentir très prochainement au cours des élections. Durant la tournée et à son terme, j’ai conçu le doute, fort, que le président Ghazouani puisse remporter un second mandat. Il aura du mal à compétir dans la transparence et risquerait, alors de frôler l’humiliation.

Vous avez lancé il n’y a pas longtemps un appel pour une candidature unique de l’opposition à la présidentielle de 2024 pour créer une nouvelle transition démocratique en Mauritanie et une coalition forte autour des législatives et des élections locales. Avez-vous partagé l’idée avec d’autres leaders de l’opposition ? Si oui, quelle a été leur réaction ?

J’en ai parlé personnellement – Oumar Yali (président du parti RAG) aussi – avec certains dirigeants de l’opposition, au moins deux, qui ont signifié leur accord de principe, certes pas avec beaucoup de ferveur. Néanmoins, je pense utile de mieux promouvoir la perspective de l’unité par-delà les divergences. D’ailleurs, les rares partis de l’opposition reconnus, sont menacés de mort, surtout si chacun d’eux tente, à lui seul, de mener une confrontation avec le pouvoir.

La seule issue pour le changement non-violent et démocratique demeure l’union, le consensus minimal qui permettra de ressusciter une opposition unie et très forte, une opposition plurielle et démocratique qui va redonner espoir aux Mauritaniens. Toutes les composantes de l’alternative au statuquo – indépendants compris – ont la capacité d’obtenir la majorité, accéder au Parlement, dans les conseils municipaux et régionaux. Les mouvements de la diaspora disposent, à cet égard, d’un potentiel jusqu’ici négligé.

« L’opposition est condamnée à s’unir autour d’un front ou disparaître »

Accueilli par ses partisans à l’intérieur du pays – Crédit Aidara

Vous pensez qu’une coalition forte des partis d’opposition est encore possible et qu’elle pourra battre l’appareil d’Etat et son parti ?

Oui, je crois avoir suffisamment répondu à la question. La victoire est à portée si nous savons nous départir des querelles de préséance et de la profusion des egos ; devant nous, se précisent les échéances de 2023 et 2024. Le délai se rétrécit et il nous appartient d’agir, ici et maintenant, avec la conscience aiguë de l’urgence.

En avez-vous parlé aux grands leaders, ceux de l’UFP, du RFD, de l’APP… ?

J’en ai discuté avec l’UFP et Omar Ould Yali s’en est ouvert à l’APP. Tous ont marqué leur faveur à l’idée. Il s’agit, à présent, de travailler à sa mise en œuvre. La liste n’est pas exhaustive et les démarches suivront leur cours.

Au cas où le parti RAG ne serait pas reconnu d’ici les prochaines élections, quelle stratégie comptez-vous adopter ? Allez-vous réitérer l’option Sawab-RAG ou est-ce que vous avez entamé des pourparlers avec d’autres partis politiques ?

Je pense que la volte-face de Ghazouani face à son engagement de réhabiliter les libertés publiques, celles de s’associer et de créer des partis, recèle une erreur stratégique et politique suicidaire. A mon avis, le président Ghazouani, depuis son avènement en 2019, aura apporté, de l’apaisement, aux mauritaniens. Toutefois, l’acquis de la concertation avec les acteurs politiques ne peut produire des résultats durables que si le sommet de l’Etat respecte ses engagements. Hélas, il n’en est rien concernant le RAG et les FPC ou beaucoup plus simplement, l’application de la loi nationale sur les partis politiques, à titre d’illustration…

Les faucons, amenés par le ministre de l’Intérieur et les suprématistes tribalo-nasseristes ont eu finalement raison des intentions louables du président Ghazouani.

« Les faucons du pouvoir ont pris le contrôle de l’Etat sous la férule du ministre de l’Intérieur »

A la rencontre des partisans dans la Mauritanie profonde – Crédit Aidara

Ces faucons seraient donc d’après vous, contre la méthode Ghazouani de pacifier le climat politique et de rétablir la primauté de l’Etat démocratique ?

Pire, je pense qu’ils sont en train de conduire le pays vers l’inconnu. L’actuel ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, disciple et frère de Ghazouani, le membre le plus proche de sa famille, son éminence grise, a été placé à ce poste très sensible, en vertu de la confiance entre les deux. Or, j’ai peur qu’il ne conduise le pays vers un drame similaire à celui de 1989 ; son prédécesseur d’alors, le Colonel Gabriel Cyamper ou Djibril Ould Abdellahi, avait poussé Maawiya Tay, ouvert à ses débuts, à s’enfermer et à sévir, à la fin des années 80 ; l’on se souvient du lot d’exécutions extra-judiciaires et de déportations, de l’aventurisme diplomatique et des réfugiés encore installés au Sénégal et au Mali voisin. La non-réparation de tels crimes nous poursuit encore et tend à compliquer le vivre-ensemble à l’intérieur de la Mauritanie. Par ses agissements, le personnage incarne, semble-t-il, une menace majeure à la stabilité et à la paix. Son obstination à réduire le nombre des partis politiques et compliquer la reconnaissance des plus populaires témoigne d’une peur face au verdict incertain des urnes. Et cela nous inquiète.

En quoi cela vous inquiète-t-il ?

Sa proximité familiale avec le Président de la République et sa promptitude à régler des comptes avec tous ceux qui le contredisent l’élèvent, de facto, au rang d’un fauteur de trouble, au sommet de l’Etat. A force de lui déléguer les missions délicates, le Président de la République l’a institué régent, si ce n’est dauphin putatif. Naturellement, son zèle le conduit à empêcher, autant que possible, l’éveil, en politique, des Mauritaniens d’ascendance subsaharienne, comme s’y obstinaient tant d’autres gouvernements depuis 1978. Nous répétons que la bataille est perdue d’avance parce qu’elle ne prend pas en compte la démographie, l’éveil citoyen et la célérité de l’information. La gouvernance bédouine n’a pas d’avenir, à cause de sa désuétude.

Leur objectif consiste préparer une réélection facile de Ghazouani en éliminant les adversaires de taille. Selon leur entendement, il faut empêcher Birame, dès le scrutin général de 2023, de disposer du nombre de parrainages requis au titre de la compétition suivante. Le refus de reconnaître le parti RAG procède du projet, malgré la parole donnée….

« Rien ne peut empêcher ma candidature en 2024 »

Toutes les composantes du pays ont été rencontrées – Crédit Aidara

Est-ce qu’ils pourront le faire ?

Evidemment non, car ils perdent de vue que le parrainage est institué seulement pour soulager l’Etat quand il doit prendre en charge des multitudes de candidatures farfelues. Il me semble que la mienne déroge : j’ai été élu député, en prison, dès 2018 ; en 2014 et 2019, l’élection présidentielle m’a conféré la place de second candidat, par la densité des suffrages, avec un score en progression constante. De surcroît, l’opinion publique nationale et internationale ne saurait concevoir ou trouver un justificatif à l’absence de Birame, autrement que par l’obstruction à ses droits de citoyen. 

Je lance un appel à l’Union Africaine, aux Nations Unies, à l’Union Européenne, à la CEDEAO et à l’Organisation internationale de la francophonie et au National Democratic Institute, pour qu’elles surveillent de près les échéances de 2023 et de 2024, en Mauritanie. Nous attirons surtout leur attention sur les exclusions et discriminations relevant du découpage électoral et de la biométrie.

Comment les bailleurs de fonds et les partenaires de la Mauritanie pourraient-ils accepter de financer et de cautionner des consultations électorales dont les résultats entretiendraient une source de conflit civil, au moment où la sous-région Afrique de l’Ouest s’embrase ?

Je m’adresse, ici, à tous nos partenaires, en particulier la France et l’Espagne.

« La communauté internationale doit suivre les échéances électorales en Mauritanie »

Rencontre populaire – Crédit Aidara

Pourquoi la France et l’Espagne ?

Parce que la France et l’Espagne ont toujours cautionné les fraudes électorales en Mauritanie, au nom du sacro-saint principe de la stabilité à court terme. Je dis, à la France, que le délire anti-Français en Afrique résulte de ses erreurs de doctrine diplomatique mais il n’est pas trop tard pour réparer. La France doit se montrer de l’héritage universaliste de la république. Elle y gagnera, nous aussi…

Propos recueillis par
Cheikh Aïdara


A Kaédi, le Commissariat à la Sécurité Alimentaire au secours des sinistrés

Le Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA) a lancé une série de distribution de vivres et d’abris, sur instruction de sa première responsable, sur l’ensemble du territoriale suite aux pluies diluviennes qui se sont abattues ces derniers jours. La ville de Kaédi, capitale du Gorgol, a été la plus sinistrée, suscitant le déplacement sur place du président de la République, Mohamed Cheikh Ghazouani. Les services du CSA ont ainsi procédé sur place à des opérations de distributions qui ont permis de soulager la souffrance des populations.

Les actions du CSA ont ainsi permis de couvrir quelques 1 500 familles endommagées et fortement affaiblies déjà par la flambée des prix des produits de première nécessité, ainsi que les effets de la pandémie COVID-19.

Les populations de Kaédi ont particulièrement salué l’intervention prompte des services du CSA et l’efficacité des actions qui ont compris dans les kits offerts aux populations, outre des produits comme le riz, le sucre, le lait, des produits de désinfection qui auraient dû être fournis par d’autres départements ministériels, selon certains observateurs.   

M. Sao, un quinquagénaire du quartier Guattaga, de souligner que « les équipes du CSA au niveau du Gorgol ont fait montre de dévouement et d’engagement réel, suite aux recommandations formulées par le Président de la République lors de sa visite, de faire tout pour alléger la souffrance des sinistrés ».

Un membre du parti au pouvoir, INSAF, originaire de la ville et qui est venu sur place pour participer dans l’anonymat à l’effort de solidarité, a soutenu que « le CSA fait partie des départements les plus performants en ressources humaines et en compétences ». Selon lui, « c’est une aubaine qu’une telle campagne de sauvetage des populations de Kaédi ait été confiée à une équipe engagée, soucieuse des orientations du Président de la République, ainsi que du bien-être des populations déstabilisées depuis plusieurs années par les aléas climatiques ». 

D’après M. Touré Yéro, spécialiste de l’Environnement à la retraite, « le dérèglement climatique a profondément changé la donne pluviométrique en Mauritanie ». Après plus d’une décennie de sécheresse, il explique que les pluies sont devenues d’année en année, encore plus importantes et dangereuses, rappelant les inondations de Tintane en 2008, Rosso en 2009, Nouakchott en 2014, Sélibaby en 2019, le Tagant, Gorgol et encore Nouakchott en 2022.

Pour Yéro Touré, le pays va désormais faire face à des cycles d’inondations. Outre les actions que l’Etat devra entreprendre pour mettre en place des ouvrages d’évacuation des eaux, des moyens supplémentaires doivent être accordées aux services de la protection civile en plus de leur déploiement dans toutes les régions et départements du pays.

Les actions du CSA doivent également être renforcées, selon lui, pour optimiser sa capacité opérationnelle et de stockage, mais aussi son expérience dans ce type d’intervention d’urgence. D’où des moyens financiers additionnels qu’il trouve urgent à mettre à la disposition de ses services décentralisés.

Cheikh Aïdara


Le développement tenant compte des risques pour soutenir la résilience au climat et aux catastrophes dans le Sahel

Nouakchott, 25 août – Une cinquantaine de participants de sept pays du Sahel occidental et du bassin du lac Tchad[1] ont pris part à une formation interactive sur l’intégration de la réduction des risques de catastrophe et de l’adaptation au changement climatique dans la prise de décision en matière de développement à Nouakchott, en Mauritanie, du 23 au 25 août, la première du genre en Afrique de l’Ouest, à l’invitation du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et de la Suède.

« Dans la pratique, la réduction des risques de catastrophe et l’adaptation au changement climatique se complètent ; ce sont les deux faces d’une même pièce avec un objectif commun, qui est de réduire la vulnérabilité des communautés aux événements météorologiques extrêmes actuels et futurs, » a expliqué Anna Tjärvar, Conseillère à l’ambassade de Suède à Addis-Abeba et chargée de programme pour l’environnement, le changement climatique et les énergies renouvelables dans une allocution vidéo.

Les coûts élevés des impacts des catastrophes et du changement climatique liés aux sécheresses, aux incendies, aux inondations et aux épidémies justifient une approche différente du développement qui tienne compte des multiples risques sous-jacents auxquels les populations sont exposées.

« Les acquis du développement restent fragiles et sont remis en cause par de nouvelles menaces, notamment les impacts du changement climatique ; ces menaces sont interconnectées, traversent les frontières nationales et se produisent simultanément, » a déclaré Cheikh Fall, coordinateur résident a.i. des Nations Unies en Mauritanie.

Pour cette formation, le Projet de résilience dans le Sahel du PNUD, soutenu par la Suède, s’est associé à des agences des Nations Unies telles que la FAO et l’Unicef, ainsi qu’à des institutions régionales, à savoir les Commissions de l’Union africaine et de la CEDEAO et le centre climatique AGRYMET/CILSS basé à Niamey, afin de renforcer les capacités des fonctionnaires dans sept pays partenaires du Sahel.

« La formation arrive à point nommé alors que les pays se préparent à la COP27 sur le changement climatique, où les questions du risque climatique et du développement seront amplement débattues, » a souligné M. Fall.

La Vision 2025 de la CEDEAO, et l’initiative Hydro-Met, ont permis des avancées significatives dans les politiques des États membres en matière d’environnement, d’agriculture, de sécurité alimentaire, de réduction des risques de catastrophe et d’adaptation au changement climatique.

« La variabilité du climat et les événements extrêmes constituent aujourd’hui des risques majeurs pour le développement durable, et il existe des preuves scientifiques irréfutables[2] que ces menaces vont s’accélérer dans les décennies à venir, » a déclaré Mohammed Ibrahim, chef de la division de la réduction des risques de catastrophe et des affaires humanitaires à la Commission de la CEDEAO à Abuja.

« L’intégration de la gestion des risques climatiques dans les processus de planification et de décision en matière de développement permet désormais d’exploiter les synergies entre le développement, l’adaptation au changement climatique et la réduction des risques de catastrophe, » a ajouté M. Ibrahim.

L’approche présentée aux participants à la formation de Nouakchott a été développée par le PNUD en réponse aux demandes répétées de conseils pratiques sur l’intégration de la réduction des risques de catastrophe et de l’adaptation au changement climatique dans le développement et l’Agenda 2030.[3]

En tant que processus stratégique à long terme, le développement tenant compte des risques vise à intégrer les risques liés au climat  et de catastrophe dans les processus de planification et de budgétisation du développement aux niveaux national, sous-national et sectoriel. Il reconnaît la complexité des contextes de risque, qui sont également caractérisés par l’insécurité, les épidémies et la volatilité économique.

À la fin de la formation de trois jours, les participants retournent dans leurs pays respectifs du Sahel occidental et du bassin du lac Tchad avec un menu d’actions concrètes pour faire progresser le développement tenant compte des risques conformément à l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Pour plus d’informations :

Cheikhna Ahmed Aidara, Chargé de communication, PNUD en Mauritanie

Reshmi Theckethil, Cheffe du Projet de résilience dans le Sahel, Centre sous-régional du PNUD pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Abuja/Dakar

Angelika Planitz, Team Leader, Réduction des risques de catastrophe, Bureau des crises du PNUD


[1] Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal et Tchad.

[2] Rapport de synthèse du GIEC AR6 : Climate Change 2022 (en anglais)

[3] PNUD (2020). Risk-Informed Development : Un outil stratégique pour intégrer la réduction des risques de catastrophe et l’adaptation au changement climatique dans le développement, Programme des Nations unies pour le développement (traduction française également disponible).