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Bilan exhaustif de deux années en matière de droits humains en Mauritanie

Le Commissaire aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile, M. Cheikh Ahmedou Ould Ahmed Salem Ould Sidi, a dressé le bilan de deux années dans le domaine des droits humains en Mauritanie. Voici l’intégralité de la tribune publiée le 13 décembre 2021.

Le Commissaire aux Droits de l’Homme

Au cours des deux dernières années, notre pays a connu une transformation radicale sans précédent dans le domaine des droits de l’homme. Celle-ci a été marquée entre autres, par la levée de nombreux griefs, la correction de plusieurs déséquilibres, la cessation de toutes sortes de violations, le renforcement de l’arsenal juridique relatif aux droits civiques et à la liberté d’expression. Mais aussi, la révision juridique des textes qui entravaient le travail des associations, l’ouverture au spectre des droits de l’homme avec ses diverses tendances, orientations et positions.

Apaiser la scène

Les mesures prises immédiatement après l’accession à la magistrature suprême du Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, ont permis de normaliser les relations avec les organisations de défense des droits humains. L’idée de partenariat et le principe de la consultation sont devenus les titres de cette normalisation. Les juristes nationaux et les défenseurs des droits de l’homme ont été traités comme des partenaires et non comme des ennemis.

Recadrage juridique et institutionnel

Le travail des organes gouvernementaux chargés de la promotion des droits de l’homme a été reconsidéré et le classement mondial de notre pays a connu une amélioration significative, passant à la « Catégorie A » dans le classement du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et celui du Conseil des droits de l’homme de Genève.

De pays honni à pays exemplaire

La Mauritanie, hier au banc des nations en matière de violations des droits humains, devient un pays cité en exemple dans le domaine du respect des droits humains, parce que le pays a évolué sur ce plan en termes de résultats, et parce qu’il a su mettre un terme à l’engorgement des droits de l’homme, aux bras-de-fer permanent avec les défenseurs des droits de l’homme qui étaient souvent jetés en prison.

Libérer les organes consultatifs

Les organes consultatifs et de contrôle de notre pays ont l’occasion de jouer pleinement leur rôle. La Commission Nationale des Droits de l’Homme est devenue un partenaire de l’État. Elle décide quand elle le souhaite et sans restriction, de mener ses enquêtes, ses inspections et contacts avec les détenus et les suspects, de s’assurer du respect de leurs droits, de surveiller, d’alerter, d’arbitrer et d’évaluer la situation des droits humains en général, et de conseiller le gouvernement, en plus des convois qu’elle organise régulièrement pour sensibiliser, mobiliser et cultiver les droits de l’homme.

Pour sa part, le Mécanisme National de Prévention de la Torture, dont le mandat a été renouvelé en 2020, continue de travailler conformément au protocole facultatif à la Convention contre la torture, afin de prévenir la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. , notamment dans les lieux de privation de liberté.


Passage réussi à l’EPU

En plus de ce qui précède, il y a des réalisations remarquables qui ont été accomplies au cours des deux dernières années : en octobre 2019, notre pays a été élu au Conseil des droits de l’homme à Genève. Le 29 novembre de la même année est pris le décret n°385/2019 portant création d’un service des missions publiques dénommé la Délégation générale à la solidarité nationale et à la lutte contre les exclusions (TAAZOUR), dont la mission première est d’aider à définir les politiques de protection sociale, de solidarité, de lutte contre l’exclusion et la pauvreté, au profit des populations pauvres et vulnérables. Des mesures qu’est venue renforcer la stratégie nationale de protection sociale.

Prêts pour accueillir les Rapporteurs des Nations Unies

En 2020, les termes de référence de cette stratégie ont été élaborés dans le but de préparer une stratégie nationale pour la promotion et la protection des droits de l’homme, accompagnée d’un plan d’action national, en collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, et d’un plan d’action de lutte contre la traite des êtres humains.

En interaction avec les mécanismes régionaux et internationaux des droits de l’homme, tous les rapports nationaux requis ont été soumis aux organes conventionnels, et le rapport national pour l’examen périodique universel a été préparé et présenté le 7 octobre 2020 au Conseil des ministres.

C’est un rapport qui a été largement partagé avec toutes les parties concernées (Assemblée nationale, Comité national des droits de l’homme, Mécanisme national de prévention, Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, organisations de la société civile, etc.).

À cet égard, les demandes de visite de deux rapporteurs spéciaux des Nations Unies ont également été acceptées, à savoir le Rapporteur spécial du Groupe de travail sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles et le Rapporteur spécial sur les formes contemporaines d’esclavage.

Dans le domaine du suivi des obligations internationales, un projet de loi visant à prévenir et réprimer la traite des personnes et à protéger les victimes a été approuvé et adopté. Cette loi a pour objectif de doter les professionnels de la lutte contre la traite des personnes d’une législation prenant en compte toutes les dimensions de ce phénomène.

Notre pays a également été fortement présent dans de nombreuses manifestations internationales des droits de l’homme, puisqu’il a participé aux travaux de la 43ème session du Conseil des droits de l’homme et de la 47ème session ordinaire du Comité arabe des droits de l’homme, tenues respectivement le 24 février 2020 à Genève et le 11 février 2020 au Caire.

Au cours de ces manifestations, le Commissariat aux Droits de l’Homme a présenté les réalisations de la Mauritanie dans le domaine de la promotion et de la protection des droits de l’homme.

L’un des indicateurs positifs les plus importants enregistrés en 2020 est peut-être le reclassement de notre pays au deuxième niveau du classement annuel du rapport du Département d’État américain sur la traite des êtres humains, après être resté au dernier niveau pendant près de sept ans.

En 2021, les activités se sont concentrées sur l’introduction des droits, le renforcement des capacités, la défense de la politique nationale dans le domaine des droits de l’homme et le suivi du respect et de la mise en œuvre des engagements internationaux de la Mauritanie.

 Parmi les réalisations de la Mauritanie à cet égard, on peut citer :

  •  Adoption du rapport national du troisième cycle de l’examen périodique universel (EPU) ;
  • Organisation de campagnes de sensibilisation par le Commissariat aux Droits de l’Homme sur la loi 031-2015 criminalisant les pratiques d’esclavage et de servitude et la loi 017-2020 sur la prévention et la lutte contre la traite des êtres humains ;
  • Organisation de campagnes de sensibilisation, en partenariat avec des organisations de défense des droits humains, sur la loi 031-2015 criminalisant l’esclavage et les pratiques serviles et la loi 017-2020 sur la prévention et la lutte contre la traite des êtres humains ;
  • Préparation d’un plan d’action national pour mettre en œuvre les recommandations du troisième cycle de l’examen périodique universel ;
  • Encouragement du rôle pionnier des associations et personnalités indépendantes dans la défense des droits de l’Homme et le renforcement de la cohésion nationale, avec la création du Prix national des droits de l’Homme et de la cohésion sociale. C’est l’expression de la gratitude du gouvernement pour les efforts déployés par les juristes pour préserver le tissu social et faire progresser le bilan du pays en matière de droits humains.
  • Organisation d’une table ronde avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, les départements et institutions nationaux concernés, les présidents des tribunaux chargés des affaires d’esclavage et les ONG de défense des droits de l’homme sur les obstacles liés à la mise en œuvre de la loi 2015-031 criminalisant l’esclavage et les pratiques de servitude. Cette table-ronde s’est terminé par la formation d’un comité de suivi des affaires d’esclavage, l’élaboration et la publication d’une circulaire conjointe signée par les ministres de la Justice, de la Défense et de l’Intérieur sur la poursuite des délits de traite des êtres humains, d’esclavage et de pratiques de servitude adressée aux Procureurs de la République près la Cour suprême, les Procureurs près des Cours d’Appel, les Procureurs de la République, les officiers et agents de la police judiciaire de la Sûreté nationale et de la gendarmerie ;
  • Au cours de l’année en cours, un organisme national a été créé pour lutter contre la traite des êtres humains et le trafic de migrants, la stratégie nationale pour la promotion et la protection des droits de l’homme a été achevée et un programme national a été élaboré pour renforcer la cohésion sociale. Il est décidé d’imprimer un ensemble de textes juridiques et les rendre accessibles aux professionnels du droit, aux organisations de la société civile et aux citoyens.
  • Dans le domaine de l’action humanitaire, le Commissariat aux Droits de l’Homme a financé 119 projets destinés à l’amélioration des conditions de vie des populations, dans le cadre du programme des Pôles de Développement Intégré (PDI), après une phase d’identification en collaboration avec les autorités, les services techniques et la population dans 11 Wilayas ; des milliers de paniers alimentaires ont également été distribués aux familles nécessiteuses à Rosso, Kaédi, Sélibaby, Bassiknou et Timbedra ;  une assistance a été fournie aux détenus des prisons de Nouakchott, Nouadhibou et Rosso avec des denrées alimentaires et des fournitures d’hygiène ; un soutien aux malades, aux nécessiteux et aux victimes d’incendie.
  • Dans le cadre de la mise en œuvre des droits civils et politiques, notamment ceux liés à la consolidation de la liberté de réunion, la stratégie nationale de promotion de la société civile a été élaborée et approuvée ; préparation et promulgation des décrets et décisions d’application de la loi relatives aux associations, organismes et réseaux ;  création d’une plateforme numérique de suivi des organisations de la société civile, avec lancement du processus de sensibilisation sur la loi 2021/004 et ses mécanismes d’application ;  mise en place de plateformes régionales de la société civile au niveau de toutes les Wilayas.
  • Dans le cadre de la promotion des droits économiques et sociaux, le gouvernement a poursuivi la mise en œuvre du programme « Mes priorités élargies », qui contient le plus grand nombre de projets simultanés dans l’histoire du pays. Ce programme financé par l’État vise à augmenter le pouvoir d’achat des citoyens, à améliorer l’accès aux services de base et à créer des opportunités d’emploi. Il a bénéficié à près de deux millions de personnes et a permis de créer plus de 6 000 emplois temporaires ou permanents.
  • Dans le même contexte, et dans un souci d’améliorer les conditions de vie des citoyens, en particulier des groupes vulnérables, et pour faire progresser les secteurs de la santé et de l’éducation, les soins de santé et l’assurance ont été étendus pour couvrir cent mille familles nécessiteuses ; de nombreuses infrastructures scolaires ont été inaugurées et le programme de parrainage scolaire a été lancé. Ce qui reflète clairement l’importance que les autorités publiques au plus haut niveau attachent à la promotion de l’éducation et de la santé et à la réduction des disparités sociales, des injustices et des disparités entre les groupes de la société.

Voilà en gros, une lecture rapide de la somme des réalisations dans le domaine des droits de l’homme dans notre pays depuis 2019. Telles sont les réalisations que nous espérons, si Dieu le veut, se consolider au cours de l’année à venir, notamment avec l’adoption de la nouvelle stratégie nationale pour la promotion et la protection des droits de l’homme, la stratégie nationale pour l’action humanitaire et la stratégie nationale pour la promotion de la société civile.

C’est surtout la somme des efforts déployés par le gouvernement pour opérer une réforme radicale au niveau des droits de l’homme, basée sur des consultations avec toutes les parties, en phase avec l’évolution des mécanismes et du système juridique international, en réponse aux exigences de la scène nationale, dans l’objectif de mettre un terme aux abus et aux violations qui ont menacé jusque-là l’harmonie sociale et la cohésion nationale au cours de la dernière décennie.


Le Président Ghazouani à l’assaut du grand « Désordre social »

« Le discours de Ouadane du président de la République, Mohamed Cheikh Ghazouani, est emblématique. Il interpellera encore pendant longtemps les consciences, tout en continuant à jeter dans le pavé de l’histoire les souillures du passé. Ce discours fait infléchir déjà la courbe des certitudes historiques, politiques et sociales du pays ». Une tribune signée Abdallahi Sarr, cadre au Ministère des Finances.

Abdallahi Sarr – Crédit Aïdara

Il était temps en effet que les tenants du « Désordre social », ceux qui ont toujours fondé leur suprématie sociale sur des considérations injustes et injustifiées de classe, soient remis à leur place et que les vraies échelles des valeurs soient rétablies.

Le discours du Chef de l’Etat, Mohamed Cheikh Ghazouani le 10 décembre 2021, à l’ouverture de la 10ème édition du Festival des Cités du Patrimoine, ex-Festival des Villes Anciennes, est d’abord un discours qui en dit long sur la personnalité de l’auteur, finesse, modestie et condescendance. Il parle de maux à demi-mots, en effleurant une problématique sans la nommer. En fait, le sens du discours, les analystes qui ont eu à l’aborder sont allés le chercher au fil des allusions.

Le Président de la République aborde un sujet d’actualité amère, ce qui a permis de remuer le cocotier et d’ébranler bien de convictions ancrées depuis des millénaires dans l’inconscient collectif. Il s’agit de la stratification de classe qui accorde des préjugés indus à des individus prétendument bien nés et qui rabaisse au bas de l’échelle d’autres individus considérés comme des manants, personnes serviles de naissance, créés pour servir les maîtres.

« Au fil des époques successives… ». C’est comme cela que le président Ghazouani entame la narration de l’histoire de la cité de Ouadane, passerelle entre l’Afrique du Nord et l’Afrique Subsaharienne, cité savante, riche des « capacités créatives exceptionnelles de ses enfants qui s’appuient sur divers services issus de l’artisanat traditionnel et du développement animal ou agricole, constructions et autres ». Des groupes qui, selon le président Ghazouani, ont « pu vaincre les dures conditions naturelles », martelant que « sans leurs efforts légendaires, la ville n’aurait pas été formée en premier lieu, et elle n’aurait pas pu survivre et résister face aux temps, pour l’élever aujourd’hui comme un héritage précieux ».

Tout le monde a compris par là son allusion aux forgerons, objets ces derniers temps d’attaques méprisables de la part de certains individus qui se prévalent d’une classe sociale meilleure. C’est ce qu’il a exprimé, lorsqu’il soutient « ce qui m’attriste, c’est que ces groupes de notre société ont historiquement été victimes d’injustice et de vision négative ». Mais selon le président Ghazouani « ils devraient être au sommet de la hiérarchie sociale ».

Le moment est venu, selon lui, de « purifier notre patrimoine culturel des vestiges de cette injustice odieuse et de se débarrasser de ces préjugés et stéréotypes qui contredisent la vérité, heurtent les règles de la Charia, et de la loi, affaiblissent la cohésion sociale et l’unité nationale, entravent le développement de mentalités conformes aux concepts d’Etat de droit et de citoyenneté ».

L’appel lancé par le président Ghazouani, suite au discours de Ouadane, a été amplement répercuté ces deniers jours dans les mosquées qui ont unifié les Khoutba autour de cette thématique de classe. Le président a en effet demandé à tous les citoyens de transcender les vestiges de cette injustice dans notre patrimoine culturel, à purifier les discours et les comportements de ce genre de préjugés et de stéréotypes. Il a aussi demandé à chaque citoyen de se dresser face à l’émergence du soi tribal. Cela, devant l’ampleur de plus en plus grande du fait tribal qui est en train de dominer toutes les activités des plus officieuses aux plus officielles.

Le fait tribal contredit, selon le président Ghazouani, la logique de l’Etat moderne, menace l’unité nationale et les intérêts individuels. L’Etat doit rester d’après lui le protecteur de l’unité nationale, de la dignité, de la liberté et de l’égalité de tous les citoyens et qu’il n’établira pas un droit ou devoir en se fondant sur l’affiliation autre que l’affiliation nationale.

En s’attaquant à ces deux grandes citadelles du « Désordre social », le privilège de classe et le fait tribal, le président Mohamed Cheikh Ghazouani lance les jalons d’une République qui ne reconnait que des citoyens égaux en droits.

Abdallahi Sarr
Cadre au Ministère des Finances


Accélérer l’élimination des MGF, les acteurs autour d’une nouvelle stratégie

Le Ministère de l’Action Sociale, de l’Enfance et de la Famille (MASEF), avec l’appui technique et financier du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) et le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), a organisé les 16 et 17 décembre 2021 à Nouakchott, un atelier de restitution du diagnostic et de validation des orientations de la nouvelle Stratégie nationale pour l’accélération de l’abandon des Mutilations Génitales Féminines (MGF) en Mauritanie.

Consolider la coordination entre le MASEF et ses partenaires; UNFPA et UNICEF – Crédit Aïdara

Malgré des résultats très satisfaisant sur le recul des MGF, telles que révélés par les données préliminaires de l’Enquête Démographique et de Santé (EDS) 2020, les acteurs nationaux engagés dans la lutte contre ce fléau qui touche les filles, surtout les nouveau-nés, restent préoccupés par les taux encore élevés du phénomène. A ce titre, les chiffres du Guidimagha, qui sont passés d’une prévalence en MGF de 92% (MICS 2015) à 56% (EDS 2020) sont encourageants.

Baisse encourageante des MGF

Mme Khadijetou Lô, Chargée de programme Violences Basées sur le Genre (VBG) à l’UNFPA, se félicite ainsi de la baisse des MGF sur le plan national, de 66% (MICS 2015) à 63, 9 % (EDS 2020), notamment le recul enregistré au niveau des enfants de 0 à 4 ans, qui est passé de 53, 2% à 44,5%. « La tendance est vers la baisse, mais il y a encore du travail à faire, vu la persistance des poches de résistances » a-t-elle averti. Selon elle, les phénomènes liés à des facteurs de changements de comportements sont lents à se résorber. « C’est une lutte de longue haleine » affirme-t-elle. Elle a toutefois regretté la non-adoption de la loi sur les violences faites aux femmes et aux filles, validée en conseil des ministres, mais toujours bloquée par les poches de résistance au sein du parlement.

Ainsi, malgré les stratégies adoptées et les efforts consentis, les MGF résistent encore aux assauts des défenseurs des droits humains. Entre 2015 et 2019, la lutte contre les MGF a ainsi absorbé en une année 667.000 dollars U.S, l’UNFPA disposant à ce titre, d’une enveloppe annuelle de 400.000 dollars U.S destinée aux MGF. Depuis 2015, les MGF sont introduits dans les curricula des écoles de santé, et la santé de la reproduction est dans les programmes scolaires au niveau du secondaire. Depuis 2018 également, le Comité national de suivi VBG/MGF se réunit régulièrement pour faire le point. 

Pour Khatou, Coordinatrice de la Cellule Genre au MASEF, « chaque déclaration sur les MGF a été suivie de la mise en place d’un comité de veille post-déclaratif, mais c’est le suivi qui a manqué ». Elle a surtout déploré l’absence de coordination entre le MASEF et les acteurs de la société civile. « Les ONG ne présentent pas de rapport ou ne les partagent pas avec nous, d’ailleurs beaucoup mènent des activités de terrain sur les VBG et les MGF sans que nous soyons au courant » a-t-elle regretté. Elle a aussi noté la résurgence des pratiques MGF ces dernières années avec l’arrêt des campagnes de sensibilisation.

Le paradoxe demeure encore vivace, selon plusieurs experts, qui trouvent incompréhensibles que 75% des personnes interrogées jugent les MGF d’atteinte grave aux droits humains, alors que plus de 60 % continuent de les pratiquer. 

Les contours de la nouvelle stratégie

C’est dans cette perspective que le MASEF et ses partenaires, notamment UNFPA et UNICEF, ont trouvé opportun d’élaborer une nouvelle stratégie d’accélération pour l’abandon des MGF.

Vue globale des participants – Crédit Aïdara

Pendant deux jours, les 16 et 17 décembre 2021, le MASEF et ses partenaires techniques et financiers, en plus de représentants du Ministère de la Santé et du Ministère des Affaires Islamiques, ainsi que plusieurs organisations de la société actives dans la lutte contre les MGF, comme Medico Del Mundo, World Vision, et beaucoup d’autres venues des régions de l’intérieur du pays, se sont réunis à Nouakchott. Objectifs, écouter les diagnostics dressés par les consultants recrutés à cet effet, puis valider les orientations contenues dans la nouvelle stratégie nationale pour l’accélération de l’abandon des MGF.

En deux jours, les participants ont fait le tour des défis encore importants qui se dressent devant l’abandon des MGF, notamment les résistances d’ordre religieux, culturel et social, encore prégnantes dans toutes les communautés.

Si le rôle des Imams et des religieux a été mis en exergue, la formation du personnel administratif, judiciaire et celle des forces de sécurité (police, gendarmerie) sur les dangers liés aux MGF et l’existence de textes juridiques les réprimant sont jugés nécessaires.

Procédant à l’analyse causale des MGF, Pr. Sow Abdoulaye, professeur de sociologie à l’Université de Nouakchott et membre du pôle des consultants, a indiqué que « 75% des Mauritaniens interrogés trouvent que les MGF sont des violations des droits humains, mais 66,8% continuent de les pratiquer ».  Selon lui, il faut dynamiter les résistances, introduire des modules d’enseignement sur le phénomène en milieu scolaire, susciter des débats publics sur la question, dénicher les poches de résistance et activer la pénalisation des MGF. Pour cela, trouve-t-il, « l’Etat doit affirmer sa volonté d’y mettre fin ».

Dr. Madani Saleck, l’autre consultant, a procédé pour sa part, à une analyse SWOT des MGF, en identifiant les forces et les faiblesses, les menaces et les opportunités pour mieux cerner ces pratiques et leur trouver des solutions.

Les acteurs de la société civile estiment qu’il faut impliquer d’autres départements clés dans la lutte contre les MGF, comme le ministère de la Santé, le Ministère de l’Education Nationale et le Ministère de la Justice.

Groupes de travail

Les participants se sont par la suite scindés en quatre groupe de travail. Après restitution des travaux de groupe, un débat ouvert a permis de revenir sur les nouveaux canaux de sensibilisation à explorer, mais aussi sur les contraintes liées aux survivantes que les parents hésitent à amener dans les structures de santé, en cas d’urgence, de peur des représailles judiciaires. Plusieurs fillettes meurent ainsi, selon quelques témoignages, suite à de fortes hémorragies dues aux conditions d’excision. D’où l’idée, selon certains intervenants, d’introduire une clause de clémence dans les textes réprimant les MGF, pour éviter les drames.

« Dans la 4ème phase du programme MGF qui se prépare, il est prévu la forte implication des jeunes » a souligné Mme Lô. Pour Hademine Ould Saleck, imam de la mosquée Ibn Abass, très actif au sein du réseau des religieux et imams engagés dans les questions de population, les MGF doivent être introduites dans les khotbas. Il a même émis une fatwa, condamnant à la peine de mort, toute personne ayant pris part à une excision suivie de décès, se référant à un précédent du même ordre du temps du khalife Oumar Ibn Khattab. « Le complice d’un meurtre est condamné à la même peine que l’exécutant » a-t-il justifié.

Créer des tribunaux spéciaux pour les MGF

D’autres participants proposent de multiplier les sketchs et pièces de théâtre dénonçant la pratique des MGF dans toutes les campagnes de sensibilisation, mais aussi susciter des débats intergénérationnels sur la question.

Enfin, mention a été faite sur l’existence de 6 centres de prise en charge des survivantes des VBG/MGF à Nouakchott et dans certaines régions, même s’il est constaté que les excisions de par leur caractère secrète et diffus dans les foyers sont rarement portées devant les structures de santé, sauf en de rares cas où la vie des victimes est menacée. D’où, selon plusieurs intervenants, l’idée de créer des tribunaux spéciaux pour les MGF, comme il en existe dans les cas de pratiques esclavagistes.

Un démenti formel a aussi été apporté aux rumeurs parlant de pratiques d’excision en milieu médical. Pour Aïchetou, sage-femme, « depuis 2007, les professionnels de santé ont émis une charte qui leur interdit toute pratique attentatoire aux droits humains, comme l’excision, dans les structures de santé ».

Quelques recommandations ont été émises à la fin des travaux. Il s’agit de renforcer l’engagement du gouvernement en impliquant les départements de la Santé, l’Education Nationale, la Justice, les Affaires Islamiques, le Commissariat aux Droits de l’Homme. Il s’agit également de renforcer la coordination entre le MASEF et les organisations de la société civile, impliquer plus spécifiquement le ministère de la Santé, et enfin, créer des tribunaux spéciaux pour les MGF.

Cheikh Aïdara


Journée internationale de la Migration, Traversées Mauritanides et OIM s’interrogent sur un « monde en mouvement »

A l’occasion de la Journée Internationale de la Migration, célébrée le 18 décembre 2021 au Centre Culturel Marocain de Nouakchott, l’association Traversées Mauritanides et l’Organisation Internationale de la Migration (OIM) ont animé une table-ronde sur le thème « Migration, un monde en mouvement »

Aîssata Lam au micro sous le regard de Shauna (à gauche) et de Bios Diallo (modérateur) – Crédit Aïdara

Dans le cadre de son « Hiver Littéraire », lancé au Musée National de Nouakchott le 1er décembre 2021, avec un prolongement dans les régions, Sélibaby du 3 au 5 décembre, puis Ouadane le 13 décembre, l’association Traversées Mauritanides, que préside Bios Diallo, a clos ses activités hivernales, en célébrant le 18 décembre 2021 la Journée Internationale de la Migration, en partenariat avec l’OIM.

L’occasion d’une table-ronde sur le thème « Migration, un monde en mouvement », des membres du staff de l’OIM en Mauritanie, en l’occurrence Mme Shauna Cameron, ainsi que le chargé de la protection, ont évoqué le nouveau programme de l’OIM sur l’exploitation du pouvoir socioéconomique de la diaspora mauritanienne, forte de plus de 120.000 personnes, et qui envoient plus d’un million de dollars par semaine dans leur pays d’origine.

Il fut en particulier question de l’initiative « Mobilisation stratégique de la diaspora », pour le développement socioéconomique du pays à travers le soutien aux Mauritaniens de l’étranger qui reviennent pour des missions de courte durée. Cette initiative repose sur l’exploitation des talents de la diaspora, notamment les spécialistes en sciences médiales dans cette situation cruciale de pandémie Covid-19. C’est dans ce cadre que l’OIM a soutenu le retour d’un pneumologue basé à Grenoble (France), Dr. Camara Boubou qui a été mobilisé pour une mission de trois mois

Le temps d’un cocktail, les intervenants se fixent un souvenir – Crédit Aïdara

Ce débat a également été animé par Mme Souadou Ndiaye, Directrice à l’administration territoriale au Ministère de l’Intérieur, Mme Aïssata Lam, Directrice générale de l’Agence pour la promotion des investissements en Mauritanie (APIM) et M. Ould Soueina, un migrant de retour.

Il a été question de l’état-civil, notamment de la double nationalité dont la reconnaissance juridique par les autorités mauritaniennes a été saluée par les membres de la diaspora dont c’était l’une des plus lancinantes revendications. Il a été aussi question des facilités juridiques accordées à la main d’œuvre étrangère exerçant en Mauritanie, ainsi que les opportunités offertes aux Mauritaniens de la diaspora souhaitant investir dans le pays.

Les participants avaient suivi auparavant un documentaire sur les actions menées par l’OIM en Mauritanie en faveur des migrants et des membres de la diaspora. Un autre documentaire a été aussi projeté sur le témoignage d’un migrant ivoirien résident à Nouadhibou.

Un cocktail est venu mettre fin à la rencontre, qui a vu la présence de plusieurs cadres, intellectuels, amoureux des lettres, professeurs, élèves et étudiants.

Cheikh Aïdara