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Akjoujt, mise en place de la Plateforme multisectorielle de lutte contre les violences basées sur le genre

La Wilaya de l’Inchiri dispose désormais de sa Plateforme multisectorielle de lutte contre les violences basées sur le genre. Un dispositif mis en place lundi 20 août 2021 par le Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille, avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population.

Photo de famille regroupant les autorités, les membres de la Plateformes – Crédit Aidara

« Nous ne disposons pas de chiffres à notre niveau, mais l’ampleur des violences basées sur le genre dans la région de l’Inchiri, en particulier à Akjoujt, est telle que la création d’un mécanisme de lutte contre ce fléau, comme cette plateforme qui vient d’être mise en place, est une nécessité absolue ! »

De G. à Dr. maire d’Akjoujt, le Hakem, le Conseiller du Wali et le Commandant de la Garde – Cheikh Aidara

Cette déclaration de l’imam Mohamed Ali Ould El Boukhary, directeur régional des Affaires Islamiques et président de deux associations locales, celle des Ulémas et celle des Imams, a été cueillie en marge d’un atelier de trois jours, qui a suivi l’installation officielle de la Plateforme multisectorielle de lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) en Inchiri. La cérémonie de lancement de ce mécanisme, le 20 août 2021, a été présidée par le Conseiller du Wali Chargé des Affaires Economiques, M. Sayid Ould Sam, en présence du Hakem d’Akjoujt, M. Mohamed Cheikh Ould El Ghowth et du maire de la commune, M. Ahmed Yacoub Ould Chia.

Mise en place officielle de la plateforme

M. Sayid Ould Sam – Crédit Aidara

Ouvrant les travaux de l’atelier de mise en place de la Plateforme de lutte contre les VBG dans la wilaya de l’Inchiri, le représentant du Wali a rappelé que le respect des droits humains est un principe de base de l’Islam. Il a cependant mis en exergue les transformations sociales qui ont entraîné une perversion des mœurs, sous l’effet conjugué de la mondialisation et de l’introduction massive des produits psychotropes. Cela a abouti, selon lui, à la recrudescence des violences, notamment celles faites aux femmes et aux filles. « Cette situation exige que nous unissions nos forces pour faire face à ce phénomène, à travers la mise en place d’outils ou de mécanismes efficaces comme cette plateforme, en droite ligne avec les instructions du Chef de l’Etat, M. Mohamed Cheikh Ghazouani qui accorde une importance particulière aux franges les plus vulnérables, notamment les femmes et les jeunes filles » a-t-il signalé.

Le maire de la commune d’Akjoujt, M. Ahmed Yacoub Chia a abondé dans le même sens, saluant l’initiative d’une telle plateforme qui constitue selon lui, une demande pressante de la part des autorités et des populations locales.

Mme Lebneike Mint Soulé-Crédit Aidara

S’exprimant au nom de la Ministre des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille (MASEF), la Directrice de la Promotion de la Famille, de la Femme et du Genre, Mme Lebneik Mint Soulé a déclaré que la mise en place des plateformes multisectorielles de lutte contre les violences basées sur le genre sur l’ensemble du territoire, dont celle en cours à Akjoujt, répond à une situation d’urgence au moment où les violences contre les femmes et les filles prennent de l’ampleur dans le pays. « L’objectif du présent atelier est de réunir dans une plateforme les principaux acteurs qui détiennent une certaine expertise dans ce domaine, parmi les agents de l’Etat et les activistes de la société civile, afin d’assurer la sensibilisation et la coordination pour prévenir et prendre en charge les cas de VBG » a-t-elle précisé. Elle a remercié au passage l’UNFPA pour ses appuis constants aux actions du département des affaires sociales.

Mme Khadijetou Lô-Crédit Aidara

Mme Khadijetou Lô, Chargée du Programme Genre au sein du Bureau UNFPA Mauritanie, a remercié au nom du Représentant résident, M. Saidou Kaboré, le gouvernement mauritanien pour avoir mis dans ses priorités la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, citant au passage l’intérêt que lui accorde le Président de de la République, M. Mohamed Cheikh Ghazouani dans son programme politique. « C’est dans ce cadre que l’UNFPA vient en appui au MASEF dans la mise en œuvre de ce vaste programme à travers l’installation des plateformes multisectorielles de lutte contre les VBG dans les quinze régions du pays, et en particulier l’évènement qui nous réunit aujourd’hui dans la capitale de l’Inchiri » a-t-elle souligné. Elle a précisé que cette plateforme qui réunit tous les acteurs intervenants dans le domaine de la lutte contre les violences basées sur le genre, est un cadre de coordination, de référence et de contre-référence pour la gestion des cas et l’accompagnement des survivantes.

Formation des acteurs

Pendant trois jours, du 20 au 22 août 2021, sous la houlette de la Direction régionale à l’Action Sociale à Akjoujt, les 15 membres de la Plateforme multisectorielle de lutte contre les VBG, qui regroupe des représentants du Ministère de l’Education Nationale, des Affaires Islamiques, de la Justice, de la Santé, des forces de sécurité (Police, Gendarmerie, Garde), de la commune, ainsi que plusieurs organisations de la société civile, ont suivi plusieurs communications au cours d’une formation de renforcement de capacités.

Vue partielle de la salle lors de l’ouverture – Crédit Aidara

Ils ont été édifiés, en tant que point focal de leur structure au sein de la plateforme, sur le rôle qu’ils doivent jouer en tant que cadre de coordination, de mobilisation de ressources, de sensibilisation de la communauté pour un changement social et de comportement, de référencement et de contre-référencement, de collecte de données, de productions de rapports et de suivi des cas de violences. Outre les réunions mensuelles, les membres de la plateforme doivent également faire le point une fois par trimestre.

Beaucoup de notions leur ont été transmises, comme le concept de VBG, les quatre principes directeurs (sécurité, confidentialité, respect de la dignité des survivants et non-discrimination), la prise en charge psychosociale et médicale des survivants.

Le denier jour, les participants se sont scindés en deux groupes de travail sur deux thèmes : la prise en charge psychosociale et la prise en charge clinique des survivants des VBG.

A rappeler que c’est le mercredi 21 avril 2021 que le Secrétaire général du MASEF et le Représentant résident de l’UNFPA avaient lancé la mise en place des plateformes multisectorielles de lutte contre les VBG dans les quinze Wilayas du pays en commençant par l’équipement des trois Wilayas de Nouakchott.

Ces plateformes sont composées de 15 unités informatiques complètes, 15 imprimantes laser, 15 armoires de rangement, 300 chaises visiteurs, 15 multiprises 10 mètres, 30 onduleurs, 15 cartons rame de papier, 30 recharges imprimantes, 30 produits hygiène, plus un lot d’eau de javel et de détergent, ainsi que 45 classeurs chemises.

Cheikh Aïdara

Témoignages

Mohamed Ali Ould El Boukhari, Directeur régional des Affaires Islamiques

« Cette plateforme est importante si elle va jouer son rôle dans le rétablissement de la justice, comme le veut l’Islam qui bannit toute forme d’injustice. Quelle que soit la victime, homme, femme ou jeune fille. En tant qu’imam, j’ai réglé beaucoup de problèmes de violences, certaines conjugales, d’autres relatifs à des agressions sexuelles. En tant qu’ancien directeur du secondaire, je sais qu’il y a beaucoup d’abus en milieu scolaire. Il faut surtout retenir que la ville d’Akjoujt, en sa qualité de cité industrielle, est un carrefour qui attire beaucoup de monde, des gens venant de toutes les régions du pays et de l’étranger, avec la présence de stupéfiants. On y compte beaucoup de crimes sexuels. Les agressions sexuelles ont cependant beaucoup diminué, mais nous comptons cependant, un à deux cas par semaine devant les juridictions. D’où l’importance d’un mécanisme de coordination comme la plateforme qui vient d’être mise en place ».

Oumoukelthoum Hamady NGaïdé, ONG « Assistance aux démunis »

« Nous faisons face chaque jour à toutes les formes de violence. Le dernier cas que nous avons accompagné est celle d’une jeune fille de 15 ans, violée par un cambrioleur. Son agresseur croupit actuellement en prison. L’autre cas, celle d’une femme mariée d’une trentaine d’année, qui a subi elle aussi une agression dans les jardins. L’auteur du viol est quelqu’un de connu. Le cas de cette femme a été aussi pris en charge par notre ONG et l’auteur a été incarcéré. Pour vous dire l’importance de la plateforme car Akjoujt est une ville très dangereuse pour les femmes et les filles. Une vingtaine d’élèves ont ainsi été enceintée. La situation est explosive. Nous fondons beaucoup d’espoir sur la plateforme, car l’essentiel de sa mission doit porter sur la sensibilisation, surtout en milieu scolaire ».

Bâ Zeynabou, Sage-femme, Chef de service santé reproductive au Centre de santé d’Akjoujt

« Avec la drogue et la délinquance juvénile, nous sommes souvent confrontés aux cas de viol et d’agressions sexuelles. Cette plateforme peut beaucoup apporter à la lutte contre les violences, d’autant qu’elle regroupe tous les acteurs impliqués dans la lutte contre ce phénomène. Les autorités ont toujours réagi rapidement à cette situation, et l’apport de la plateforme sera cruciale pour apporter une plus-value à l’offensive contre le fléau des violences qui, il faut le dire, ont pris parfois des ampleurs démesurées à Akjoujt ».

El Mami Ould Brahim, président de la Plateforme de la Société Civile dans la Wilaya de l’Inchiri

« En tant que participant à cet atelier, représentant la Plateforme régionale de la société civile mise récemment en place par le Commissariat aux Droits de l’homme, nous ne pouvons que nous féliciter de l’installation de cette plateforme multisectorielle de lutte contre les VBG qui est venue à point nommé pour mettre fin à ces crimes contre les femmes et les filles. Au niveau de la région, nous ferons en sorte que ce phénomène perde de l’ampleur. Nous suivrons les cas que l’on signalera et nous ferons tout notre possible pour accompagner les survivants et prendre leur cas en charge. Je connais chacun des quinze membres de la plateforme et je confirme que les personnes qui ont été choisies font partie des meilleurs dans leur secteur d’activités, ce qui me pousse à accorder beaucoup de confiance au travail qui sera abattu dans ce domaine ».


Entreprenariat féminin et Planification Familiale, l’exemple des femmes restauratrices de Ouagadougou

Grâce à la planification familiale, la présidente Mme Kargougou Ouedraogo Mamouna et les 230 adhérentes du Collectif des Associations de Restauratrices et Transformatrices de Produits Locaux à Ouagadougou ont pu assurer leur autonomisation et imposer leur leadership.

« J’ai la cinquantaine, mais tout le monde me donne à peu près trente ans ! » lance avec un grand sourire, Mme Kargougou Ouedraogo Mamouna, présidente du Collectif des Associations de Restauratrices et Transformatrices de Produits Locaux (CARTPL) de Ouagadougou (Burkina Faso). Le collectif regroupe 93 associations de femmes et 230 adhérentes.

Le secret de Mme Kargougou ? L’adoption du Norplan, une méthode contraceptive moderne, qu’elle adopte depuis plus de vingt ans. « Mon dernier enfant a aujourd’hui 24 ans. J’ai quatre enfants, dont deux jumeaux. Dans nos traditions, quand tu as des jumeaux, tu es obligée de les faire suivre par un autre enfant. Mais le 5ème, c’est moi d’en décider », poursuit-elle, avec plein d’énergie.

Situé dans le 11ème arrondissement de Ouagadougou, le siège du CARTPL accueillait ce jeudi 12 août 2021 un groupe de journalistes venus des pays membres du Partenariat de Ouagadougou, une organisation créée en 2011 dans la capitale burkinabé et qui regroupe, outre le Burkina Faso, le Bénin, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Togo. Son objectif, assurer l’accès facile à la planification familiale de qualité pour la survie des mères et des nouveau-nés et pour l’amélioration des conditions de vie des femmes et des jeunes en vue d’assurer le bien-être familial et garantir le développement durable.

Tour à tour, présidentes d’associations membres du collectif, jeunes animatrices et membres adhérentes se sont exprimées sur leurs activités, dont un pan important consacré à la sensibilisation sur la contraception. Si la moyenne d’âge des membres du collectif tourne autour de la quarantaine, toutes ont salué les bienfaits qu’elles ont tiré de la planification familiale.

« N’ayant pas d’enfants en bas âge, j’ai pu voyager pendant ces vingt dernières années à mon aise, assister à des réunions, et consacré l’essentiel de mon temps à mes affaires grâce à la planification familiale » affirme Ouedraogo Salamata, présidente de l’association « Pagb Zoodo », membre du CARTPL. Toutes les femmes du collectif partagent la même expérience. Elles sont dans la restauration ou la transformation de produits agroalimentaires qu’elles commercialisent au niveau du Burkina Faso et dans les pays limitrophes, voire à l’extérieur. Des sucreries, des produits en poudre, des boissons, des aliments, sous emballages ou dans des bouteilles, fabriquées à base de produits de l’agriculture ou des arbres locaux. De véritables installations industrielles, avec des entrepôts, des laboratoires et des salles de transformation qui font travailler des centaines de personnes.

« La pandémie Covid-19 a beaucoup impacté nos activités au début de la crise en 2020, mais nous avons vite surmonté la crise » souligne Marguerite Ouedraogo, présidente de l’association « Bas Yiré » et membre du bureau exécutif du CARTPL.

Véritables entrepreneurs, les femmes du CARTPL de Ouagadougou sont débordantes d’énergie et démontrent par leur réussite, que l’autonomisation des femmes et la réalisation de leur plein potentiel passent par l’adoption d’une méthode contraceptive moderne.

En appui à leurs activités productrices, le collectif gère une mutuelle de santé dénommée « Laafi Beolgo » qui offre une gamme de services de santé, dont l’hospitalisation, la référence des malades et le service d’ambulance, sans compter les consultations, les accouchements, etc. La mutuelle a noué un partenariat avec la commune et le ministère de la santé. Elle est appuyée par d’autres partenaires comme l’ONG ASMADE et Solidarité Socialiste de Belgique.

A la fin des exposés et la visite des produits fabriqués par les femmes de l’association, les invités ont eu droit à la dégustation de plats de la gastronomie burkinabé confectionnés à base de produits locaux.

Cheikh Aïdara


Planification familiale, les journalistes du Partenariat de Ouagadougou rechargent leurs batteries

Réunie à Ouagadougou (Burkina Faso) du 11 au 12 août 2021, une quarantaine de journalistes issue des neuf pays membres du Partenariat de Ouagadougou ont participé à un atelier d’orientation sur la santé de la reproduction et la planification familiale.

Photo de groupe avec au 1er plan le ministre de la Santé – Crédit Aidara

La capitale burkinabé, Ouagadougou, a accueilli du 11 au 12 août 2021, un atelier régional d’orientation des journalistes sur la santé de la reproduction et la planification familiale (SR/PF). Cette rencontre, organisée par l’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou (UCPO) et Population Council, a ciblé les acteurs des médias issus des neuf pays membres du partenariat, Burkina Faso, Bénin, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Togo. Sur la soixantaine de participants à l’atelier, figurent des journalistes, des présidents d’association de presse, des bloggeurs et des points focaux jeunes.

La rencontre a été marquée par un échange de discours entre le Ministre de la Santé du Burkina Faso, Pr. Charlemagne Ouedraogo, le Secrétaire général du Ministère de la Communication, M. Rabankhi Abubakr Zida et Mme Marie Bâ, Directrice de l’UCPO.

De Dr. à G. Fatou MBow (Population Council), SG Ministre Communication (Burkina), Ministre Santé (Burkina), Marie Bâ (UCPO), Aidara – Crédit Aidara

Il s’agit du troisième atelier du genre organisé à l’intention des journalistes, après Dakar en 2014 et Bamako en 2017.  Objectif, booster la contribution des journalistes pour accélérer les progrès dans l’utilisation de la planification familiale dans leurs pays respectifs.

L’occasion pour la directrice de l’UCPO de se féliciter des avancées enregistrées ces dernières années, soulignant qu’en 2011, lors du lancement du Partenariat de Ouagadougou, rares étaient les pays qui avaient une prévalence contraceptive supérieure à 10%. « Aujourd’hui, la prévalence est à deux chiffres dans tous les pays » s’est-elle réjouie.

Nouvelle stratégie

Présentant la Stratégie 2021-2030 de l’UCPO, Mme Marie Ba a indiqué que l’objectif est de recruter 13 millions de nouvelles utilisatrices de méthodes de contraception moderne, avec un focus sur les jeunes et la société civile, le renforcement du volet changement social et de comportement, une meilleure coordination avec les partenaires et des échanges plus renforcés entre pays.

Vue des participants – Crédit Aidara

La nouvelle vision de l’UCPO sera ainsi davantage portée, selon elle, sur le suivi des objectifs, une meilleure gestion des données, une voix plus puissante donnée aux jeunes, la priorité accordée à l’action régionale et l’intérêt plus poussé aux pays pris individuellement.

Les défis restent cependant prégnants, a-t-elle fait remarquer, citant l’extrême jeunesse des populations des pays du Partenariat (65%), les insuffisances dans les politiques et programmes, la crise humanitaire, sécuritaire et sociale qui limite l’accès à la planification familiale, ainsi que sa lente progression.

Communications

Les participants ont suivi pendant trois jours plusieurs communications, notamment les dix ans du Partenariat de Ouagadougou, l’implication de la société civile dans l’atteinte des objectifs 2030, les ados et les jeunes, les normes sociales, la disponibilité des services de santé de reproduction, la délégation des tâches, la planification familiale en situation de crise humanitaire.

Le ministre de la Santé face à la presse – Crédit Aidara

Il a été également question de la mobilisation des ressources domestiques, l’impact de la pandémie Covid-19 sur les politiques et programmes SR/PF, le dividende démographique et la planification familiale, les pratiques à haut impact au Burkina.

Concours et visites

Une journée entière a été consacrée au concours d’excellence sur les meilleures productions médiatiques (objectifs, bilan et perspectives). D’une vingtaine de participants en 2011 lors de la première édition, le concours du Partenariat de Ouagadougou a connu un bond quantitatif et qualitatif, avec 59 participants lors de la cinquième et dernière édition. A la veille de la 6ème édition du concours, dont la clôture est prévue le 30 septembre 2021, un appel pressant a été lancé lors de l’atelier pour une participation plus massive à ce concours dont les têtes de listes des lauréats sont dominées jusque-là par les journalistes béninois et burkinabés.

La dernière journée de l’atelier a été consacrée à une visite de terrain. Les participants se sont ainsi scindés en groupes. Les uns se sont rendus au Centre Jeunes (ABBEF), les autres au Centre de Santé et de Promotion Sociale avec un focus sur la délégation des tâches, et enfin, d’autres sont allés au siège du Collectif des Associations de Restauratrices et Transformatrices de Produits Locaux.

Innovation jeune

La journée du 12 août, coïncidant avec la Journée internationale de la Jeunesse, il a été question de l’innovation chez les jeunes du Partenariat avec un appel en leur faveur, pour les appuyer et les accompagner. Un aperçu de ces talents jeunes avec le projet « BILLI NOW NOW » initié par une soixantaine de jeunes burkinabé, qui ont mis en place un programme d’engagement pour le leadership des jeunes. Ils ont créé une application qui leur permet avec des smartphones et des ordinateurs de générer des comptes numérisés sur la SR/PF. Ils ont pu ainsi, entre février et août 2021, référer digitalement quelques 4.000 jeunes (15-24 ans) auprès d’une cinquantaine de prestataires qui disposent de la même application et qui officient dans des structures de santé partenaires.

Cheikh Aïdara


Les librairies de Nouakchott : entre chétif lectorat et avarice de l’Etat

Dans une ville comme Nouakchott et son million d’habitants, l’absence de culture du livre et le faible pouvoir d’achat des populations face à des ouvrages souvent hors de portée des petites bourses, rendent le travail de libraire peu rentable. Et les investisseurs ne se bousculent pas sur cette piste. Un petit tour dans ces temples du savoir.

La devanture de deux célèbres librairies de Nouakchott – Crédit Aidara

Logée au rez-de-chaussée de l’Immeuble El Mami, sur l’Avenue Kennedy, la Librairie 15/21 l’une des plus achalandées de Nouakchott, constitue aujourd’hui l’un des temples du savoir le plus fréquenté de la capitale mauritanienne. Créée en 2002 par le défunt Tidjani Ahmed Meki, journaliste chevronné disparu en 2004 dans un accident de circulation, la Librairie 15/21 est aussi une maison d’édition, avec à son actif cinquante parutions dont vingt en français.

 « Sans fournitures scolaires, pas de librairies »

Marième Dahi – Crédit Aidara

Selon Marième Mint Dahi, épouse de Feu Tidjani Ahmed Meki qui gère aujourd’hui la maison avec ses enfants, la Librairie 15/21 repose essentiellement sur la vente des fournitures scolaires. « Il s’agit de fournitures de qualité, donc un peu plus chères à cause des droits de douane, que celles que l’on trouve sur le marché aujourd’hui inondé par les produits chinois bon marché mais de mauvaise qualité. La vente de ces fournitures constitue notre principale source de revenus » a-t-elle soutenu.

Elle a déploré l’absence de toute subvention de l’Etat, même sous les effets dévastateurs de la pandémie Covid-19.  « Non seulement, l’Etat mauritanien n’encourage pas les librairies en leur achetant des lots de livres pour les établissements scolaires, mais il leur interdit de vendre ou de réimprimer les ouvrages de l’Institut Pédagogique National (IPN) que l’on vend pourtant sous forme de polycopiés dans les nombreuses librairies par terre ou au marché de la Capitale » a-t-elle regretté.

Sellami Ahmed Mekki – Crédit Aidara

Même son de cloche du côté de Sellami Ahmed Meki, grand-frère de Tidjani qui a géré pendant plus de seize années la Librairie 15/21. Depuis 2010, il s’est mis à son propre compte en ouvrant les librairies, Joussour Abdel Aziz. Selon lui, « aucune librairie ne peut survivre en Mauritanie sans les fournitures scolaires qui constituent la première rentrée de revenus ». Les romans et livres qu’il vend, attirent peu de clientèles, d’après ses aveux. « La faible affluence s’explique par la rareté des amoureux du livre et le prix élevé des ouvrages que nous commandons des maisons d’édition. Les Mauritaniens ne lisent plus » a-t-il regretté. A part certaines chancelleries et les anciennes générations qui continuent de s’attacher aux livres, la jeune génération est très loin du livre, a-t-il fait remarquer en substance.

Sellami Ahmed Meki, membre de l’Association Internationale des Editeurs (IPA) dont le siège est à Genève (Suisse), explique que « les librairies dans le monde entier sont subventionnées par l’Etat, particulièrement en cette période de Covid-19 qui a lourdement impacté le secteur ».  En Mauritanie, poursuit-il en substance, les librairies ne bénéficient d’aucune subvention publique et l’Etat n’encourage pas le développement du secteur, en achetant au moins les romans d’écrivains mauritaniens pour les besoins de l’éducation nationale. « Aucune bibliothèque n’existe dans les régions. Aucune bibliothèque dans les communes, ni dans les administrations, ce qui pourrait encourager les populations à lire et aux éditeurs de se développer et de créer des emplois » argue-t-il.

Il a salué dans ce cadre l’initiative prise sous le règne de l’ancien Chef de l’Etat, Maaouiya Sid’Ahmed Taya, qui avait lancé à son époque une vaste opération autour du livre, suscitant même une chanson devenue un véritable cri à la lecture, « Kitabou ». C’est l’époque où plusieurs Maisons du Livre ont été ouvertes dans tous les départements du pays. « C’était une opération de politique politicienne, mais une politique positive en faveur du livre qui a beaucoup profité aux librairies » a-t-il reconnu.

La librairie « 15/21 » – Crédit Aidara

Logé aux rez-de-chaussée du même immeuble El Mami, à côté de « 15/21 » et de « Joussour Abdel Aziz », la librairie « Vents du Sud » n’en mène pas plus large que ses deux concurrents.

Créé il y a près de trois décennies, la librairie gérée par la jeune Khadijetou Sidibé, offre une panoplie d’ouvrages dans toutes les disciplines, en plus du roman mauritanien et la presse nationale. A la fois maison du livre et de l’édition, la librairie « Vents du Sud » dispose elle-aussi de sa propre clientèle. « Nous avons différents profils de clients, selon leurs goûts de lecture et de leur pouvoir d’achat » déclare Khadijetou derrière son modeste pupitre. Quelques chancelleries, des hommes politiques, universitaires, étudiants, élèves, écrivains, fréquentent la librairie, dont les ventes ont connu une chute drastique, explique-t-elle en substance.

« Livres par terre »

A part ces trois temples du savoir à Nouakchott, en plus de l’extension « Joussour » en face de l’ambassade tunisienne, plusieurs points de vente par terre encerclent le centre-ville, aux alentours du « Marché de la Capitale ».

@Crédit Aidara 2021

Ibrahima Diallo entretient depuis près de 20 ans, des lots d’ouvrages de seconde main, au bas de la Banque Nationale de Mauritanie (BNM). Perdus entre livres scolaires français, dont de vieux « Syllabaires », du « Fleuve au marigot », entremêlés avec d’anciens classiques, comme Sembène Ousmane, et des livres en arabe, Coran, traduction d’exégèses musulmans, sous une forêt de chapelets. « Ce secteur était très porteur, mais depuis quelques années, il y a peu de gens qui viennent chercher des livres. La vente des chapelets constitue ma principale source de revenus » a-t-il déclaré.

@Crédit Aidara 2021

Ibrahima Diallo déclare ne soutirer de son activité que peu de bénéfices, et joue souvent à cache-cache avec les services de la commune, entre taxes exorbitantes et délogements intempestifs.

Plusieurs autres vendeurs de « livres par terre » jonchent les rues sinueuses à l’entrée du grand marché. Tous vivent les mêmes calvaires, face à la rareté des lecteurs. « Les livres scolaires sont les plus sollicités » avance Malik Bâ, la soixantaine.

@Crédit Aidara 2021

Des librairies de quartier commencent à fleurir sous des initiatives individuelles, comme la librairie « Je Lis ». Ouverte il y a quelques années à Sebkha par l’écrivain Bâ Amadou Demba, elle avait pour objectif de rapprocher le livre des populations excentrées de Nouakchott, comme il l’explique dans le site Traversées Mauritanides : « Nous avons constaté, souligne son promoteur, que pendant les rentrées scolaires beaucoup de parents éprouvaient d’énormes difficultés à se rendre jusqu’à la capitale. Tout comme certains peinent avec leurs calendriers de travail, pendant que d’autres manquent tout simplement de moyens de locomotion. Nouakchott est devenue une grande ville, avec les contraintes qui vont avec. En installant la librairie dans ce quartier populaire, nous espérons épargner à ces habitants certaines déconvenues. » 

Des bibliothèques familiales sont également entretenues par de nombreux amoureux de la lecture. C’est le cas de la célèbre bibliothèque de Feu Mohamed Said Homody, véritable encyclopédie de l’histoire pré et postcoloniale, jusqu’à l’époque moderne. Un lieu privilégié du savoir que coopérant, ambassadeur ou résident d’organismes internationaux affectés à Nouakchott ne manquent pas de visiter. C’est également le cas de la riche bibliothèque de Ahmed Mahmoud Mohamed dit Jemal. L’Association Traversées Mauritanides entretient également une grande bibliothèque à son siège à la Cité Plage où figurent des ouvrages dans tous les domaines, en particulier la littérature française, africaine et surtout mauritanienne, avec l’ensemble des livres édités par des auteurs mauritaniens.

Ladji Traoré, l’un des vétérans de la librairie

Brève biographie de Ladji Tfraoré sur son ouvrage – Crédit Aidara

Député à l’Assemblée Nationale, Ladji Traoré qui vient d’éditer ses mémoires, Mon combat pour la Liberté-La démocratie-les droits Humains aux édition Muse, fut l’un des premiers libraires de Nouakchott, à côté de la célèbre maison « Gralicoma ». En effet, la Société Nationale de Diffusion (SONADI) qu’il avait créée en 1987, en face de l’actuel Banque pour le Commerce et l’Industrie (BCI) ne dura que deux ans. C’était dans le sillage du congrès des libraires et éditeurs africains, tenu en marge de la Foire d’exposition du livre à Moscou. Ladj Traoré y a été nommé représentant en Mauritanie, à côté de ses activités de pharmacien et gérant sa propre officine au Ksar, la « Pharmacie Comaphar ».

A la suite des évènements de 1989 et de sa farouche dénonciation du pogrom, il fut emprisonné pendant 13 mois, sa pharmacie et sa librairie fermées. Plus tard, il déposera la clé sous le paillasson pour des raisons économiques.

Selon lui, le livre se vendait très bien à Nouakchott, sous l’engouement d’une jeunesse avide de connaissances et de lectures et d’un système scolaire qui l’encourageait.

Plusieurs observateurs ont lié la chute du goût à la lecture à plusieurs facteurs, dont le développement des réseaux sociaux et de l’Internet, mais surtout d’un système scolaire en déliquescence, et peu tourné vers la culture de la lecture, ni chez les élèves du secondaire ni chez les étudiants au niveau universitaire.

Pour la renaissance de la librairie en Mauritanie, tous les acteurs sont unanimes. Le sort du secteur est lié à la volonté politique. « L’Etat doit encourager l’édition et la lecture, par une réforme réelle du système scolaire et universitaire, et par l’ouverture de bibliothèque dans toutes les institutions et dans tous les départements », soutiennent-ils. Sans cela, la crise actuelle risque de faire de la Mauritanie, d’après eux, l’unique pays au monde, où il n’existe ni lieu de vente du livre, ni maison d’édition.

Cheikh Aïdara