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Mauritanie : face à l’explosion de la criminalité, des voix s’élèvent pour appliquer la Charia

Des voix de plus en plus nombreuses se font entendre en Mauritanie pour l’application de la Charia face à la recrudescence des crimes et l’impunité des criminels.

Manif devant un des tribunaux de Nouakchott (photo archives) – Crédit Aidara

Pas un jour ne passe sans son lot de crimes et de cambriolages à mains armées. Des crimes perpétrés par des multirécidivistes fichés par la police et maints fois condamnés. Aguerris par l’ampleur de l’impunité dont ils bénéficient, de la légèreté des peines qui leur sont appliqués et de la nonchalance d’une justice devenue un antre de légèreté, les criminels de plus en plus endurcis, multiplient leurs actes entre deux séjours en prison.

La série de crimes perpétrés en une seule nuit il y a deux jours à Nouadhibou, causant la mort de deux personnes et la blessure grave de trois autres à l’arme blanche, représente un cursus non négligeable de l’ampleur de la criminalité en Mauritanie.

En effet, le banditisme et les gangs armés étaient jusque-là circonscrits à Nouakchott, la capitale tentaculaire de la Mauritanie. Aujourd’hui scindée en trois régions, ces dernières représentent chacune un échantillon représentatif de l’empire du crime. Le cœur de cette faune visqueuse se trouve à Dar-Naïm. Ce département concentre à lui seul 60 % des actes criminels perpétrés à Nouakchott, selon les statistiques de la police divulgués par une source qui a requis l’anonymat. Suivent en ordre non moins négligeables Arafat, Riadh, El Mina, Sebkha et Teyarett. Nulle place dans la capitale n’est plus réellement sûre, prise en tenaille par des bandes de jeunes drogués, perdus et sans repères.

Des actes commis en plein jour

Les actes les plus horribles sont rapportés quotidiennement par les médias locaux. Tels cet incident qui s’est produit il y a quelques jours à Toujounine, où deux jeunes filles et leur maman ont été tailladées à la suite d’une tentative infructueuse de viol. Quant aux attaques à l’arme blanche dans les rues de Nouakchott, elles ne se comptent plus.

La hardiesse des gangs est arrivée à un tel point, qu’ils n’hésitent plus à opérer en plein jour. C’est le cas de l’attaque massive conduite par des jeunes au marché de Sebkha, dépouillant les boutiquiers du coin et détroussant les passants sous la menace de couteaux et de haches.

C’est aussi le cas de cette jeune fille qui a échappé de justesse à Dar-Naïm à un jeune déséquilibré qui voulait l’immoler dans une maison abandonnée.

Des citoyens paisibles sont agressés en pleine nuit dans leur domicile, dépouillés par des bandes de plus en plus hardies. Le crime s’est transporté dans d’autres villes et localités du pays, connus pourtant il y a quelques années pour leur tranquillité, comme Adel Bagrou, Touil, Kiffa, Rosso, Zouerate.

Des voix s’élèvent pour l’application de la Charia

La Mauritanie toute entière est aujourd’hui à la merci d’une multitude de jeunes, victimes du chômage, des divorces intempestifs, de la pauvreté et de la misère qui frappe les trois quarts de la population. La drogue, les séries télévisées, la chute des valeurs, la désocialisation et la déscolarisation, sont autant de facteurs qui ont jeté des milliers de jeunes sur les routes du crime organisé.

Face à tant d’innocentes personnes tombées victimes de ces gangs criminels, des voix s’élèvent de plus en plus hautes pour réclamer l’application de la Charia qui recommande de couper la main du voleur et les membres opposés du brigand et de tuer les auteurs de crimes. Exactement comme cela est appliqué dans plusieurs villes américaines qui continuent selon leurs arguments, à appliquer la peine de mort. « Nous devons appliquer les recommandations divines sur la loi du Talion, nonobstant l’avis des organisations des droits de l’homme et de l’Occident. L’Etat mauritanien doit protéger l’intégrité physique de ses populations, préserver la paix civile et sauvegarder la vie et les biens des citoyens » a déclaré tout dernièrement un imam de mosquée.

Un avis qui n’est pas loin d’être partagé par des pans de plus en plus importants de la population.

Pourtant, les services de police ont toujours, et avec promptitude, arrêté tous les auteurs de crime, dans des délais relativement courts. Tous les cas de cambriolages, de viols, de vols, et de meurtres ont tous été résolus par la police. Là où le bât blesse, selon plusieurs observateurs, c’est au niveau de la Justice. Ils soutiennent que « la police arrête et la justice relâche ». Plusieurs dossiers judiciaires devant les tribunaux ne connaissent pas selon eux les mêmes traitements. Des meurtriers retrouvent la liberté trop tôt, au bout de deux ou de trois ans, alors qu’ils doivent être condamnés au moins à la perpétuité, selon l’un des observateurs. Aujourd’hui, une partie non négligeable de la population demande tout simplement qu’ils soient exécutés. Pour l’exemple.

Cheikh Aïdara


Le Stade de Nouadhibou ou le bras-de-fer entre Taleb Sid’Ahmed et Ahmed Ould Yahya

Construit par l’Etat mauritanien pour abriter la Coupe d’Afrique des Nations des U-20 que la Mauritanie a abrité du 14 février au 6 mars 2021, le Stade de Nouadhibou est actuellement l’objet d’un bras-de-fer terrible entre la Fédération mauritanienne de football (FFRIM) et le Ministère de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports. Qui de Taleb Sid’Ahmed ou de Ahmed Yahya sortira vainqueur de cette guerre ?

Le Stade de Nouadhibou

Depuis que les lampions de la CAN U-20 se sont éteints, les convoitises se sont attisés autour de la gestion du Stade de Nouadhibou, un joyau construit par l’Etat mauritanien pour la bagatelle de 1,5 milliards anciennes ouguiyas. C’est d’abord le maire de Nouadhibou, El Ghassem Ould Bellali qui a réclamé la paternité de l’ouvrage, soulignant que la gestion du stade relève de la compétence de la municipalité de Nouadhibou. Ce que la FFRIM, sous la conduite de son président, Ahmed Ould Yahya a vite rejeté. Résultat, aucune compétition nationale de football ne s’est joué dans ce complexe sportif. Pour Ahmed Yahya (texte en arabe), la gestion du stade doit relever des prérogatives de la FFRIM. Pour Ghassem Ould Bellali, le nouveau stade a été érigé sur les décombres du stade municipal, ce qui fait que sa propriété revient à la commune de Nouadhibou.

C’est dans ce climat délétère que la Zone franche de Nouadhibou est intervenue dans le différent en signant avec la Fédération un contrat qui stipule que la gestion du stade de Nouadhibou est confiée à la fédération de football pour une durée de 20 ans renouvelable.

Nouveau rebondissement, le Ministère de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports a aussitôt publié une note, soulignant que la gestion des infrastructures sportives relève de la compétence du département des Sports. Il a rappelé que la FFRIM elle-même est placée sous la tutelle du Ministère.

C’est dans ce cadre qu’il a décidé de confier la gestion du stade de Nouadhibou au Complexe Olympique de Nouakchott (voir communiqué ci-dessous).

Ce bras-de-fer qui oppose d’une part, le président de la FFRIM au maire de Nouadhibou et de l’autre au Ministère des Sports, va se terminer au bénéficie de quel des trois protagonistes ? C’est ce que l’avenir proche nous permettra de savoir. En tout cas, il fait ressortir une crise profonde entre le président de la fédération de football et le ministre des Sports. L’arbitrage des plus hautes autorités de l’Etat, le président de la République ou le Premier ministre, est désormais requis pour mettre fin à ce bras-de-fer et ouvrir le stade aux compétitions nationales de football.

Cheikh Aïdara

Communiqué du Ministère de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports sur la gestion du stade de Nouadhibou

Conformément aux dispositions de la loi 2016-029 du 29 juillet 2016, qui annule et remplace la loi 97-021 du 16 juillet 1997 portant organisation et développement de l’éducation physique et sportive.

Dans le cadre de la controverse sur le Stade de Nouadhibou, récemment construit par le gouvernement, et compte tenu des mesures que le citoyen attend pour mettre fin à cette controverse et permettre à chaque citoyen d’accéder également aux établissements sportifs ;

Considérant que le Ministère de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports est responsable des installations sportives, conformément aux dispositions des articles 54, 57 et 58 qui exigent entre autres l’approbation préalable du ministère dans tout ce qui pourrait être considéré comme réforme, construction ou annulation partielle ou complète d’une installation sportive, sa modification ou sa transformation pour autre attribution ;

Le ministère étant le propriétaire de la tutelle des fédérations sportives, conformément à l’article 28 qui l’oblige à veiller au respect des lois et règlements en vigueur par les fédérations nationales sportives.

Le ministère n’ayant pas délivré de mandat, de licence préalable, ni d’autorisation d’approbation de transformation ou de modification de toute allocation à une installation sportive à n’importe quel organisme.

Il a été décidé :

1-À compter de la date du vendredi 23 avril 2021, le stade de Nouadhibou a été mis à la disposition de l’Autorité du Complexe Olympique de Nouakchott qui est chargé de l’ouvrir au public pour pratiquer, gérer et entretenir le sport en attendant la publication des textes réglementaires spécifiques à la responsabilité de l’État et de tous les acteurs sportifs ;

2-Nous demandons à chacun, de par sa position et son degré de responsabilité, de placer l’intérêt général au-dessus de toute autre considération, et de coopérer avec l’administration du Complexe Olympique pour qu’il puisse prendre possession du stade dans de bonnes conditions.


Lutte contre les VBG, mise en place et équipement des plateformes multisectorielles

Le Secrétaire général du Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille (MASEF), accompagné du Représentant résident du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) en Mauritanie et leurs staffs, ont procédé mercredi 21 avril 2021 au lancement et à l’équipement des trois plateformes multisectorielles de lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) au niveau des trois Wilayas de Nouakchott.

SEM. Saidou Kaboré remettant les dons à la Directrice régionale du MASEF dans l’une des Wilayas de Nouakchott Crédit Aidara

Le Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille (MASEF) a réceptionné, mercredi 21 avril 2021, des équipements et matériels destinés aux 15 plateformes multisectorielles de lutte contre les VBG installées dans les 15 Wilayas du pays.  Ce don du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) est composé de 15 unités informatiques complètes, 15 imprimantes laser, 15 armoires de rangement, 300 chaises visiteurs, 15 multiprises 10 mètres, 30 onduleurs, 15 cartons rame de papier, 30 recharges imprimantes, 30 produits hygiène, plus un lot d’eau de javel et de détergent, ainsi que 45 classeurs chemises.

A pas de course, la délégation du Ministère des Affaires Sociales et celle de l’UNFPA ont procédé ce 21 avril 2021 à la remise des équipements et matériels aux trois Directions régionales du MASEF au niveau des Wilayas de Nouakchott-Ouest, Nouakchott-Sud et Nouakchott Nord.

Le Secrétaire général du MASEF (SEM. Saidou Kaboré à sa droite) lors de son discoursCrédit Aidara

S’exprimant à cette occasion, le Secrétaire général du MASEF a remercié l’UNFPA pour ce don qui fait, selon lui, « partie de l’accompagnement que le Fonds des Nations Unies pour la Population n’a cessé d’apporter au département des Affaires Sociales, notamment dans le domaine de la lutte contre les VBG ». M. Mohamed Mahmoud Ould Sidi Yahya a indiqué que « dans les prochaines étapes, il y aura aussi le renforcement des capacités des ressources humaines, car les plateformes ont besoin d’assistance technique pour les redynamiser, en partenariat avec les parties prenantes, notamment les organisations de la société civile ».

Echantillon d’équipements et matériels d’une des plateformes multisectoriellesCrédits Aidara

De son côté, le Représentant résident de l’UNFPA en Mauritanie, SEM. Saidou Kaboré a souligné que «la remise des équipements aux plateformes multisectorielles de lutte contre les VBG s’inscrit dans le cadre du programme de coopération entre le gouvernement de la Mauritanie et l’UNFPA ». Il s’agit selon lui, « d’accompagner le Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille dans son plan de prévention des VBG et de prise en charge des survivant(e)s de VBG y inclus l’élimination des mutilations génitales féminines (MGF) et les mariages d’enfants ».

Il a indiqué par ailleurs que « le renforcement des capacités d’intervention des plateformes multi sectorielles de lutte contre les VBG, mises en place par le gouvernement dans les Wilaya permettra de consolider la lutte contre les VBG ». Il a rappelé les résultats de l’enquête conduite par le MASEF en août 2020, qui indiquent que 94,1% des personnes interrogées ont affirmé que la pandémie à COVID-19 a entraîné une forte augmentation des cas de violences faites aux femmes et aux filles.  

Pour le Représentant résident de l’UNFPA en Mauritanie, « ces plateformes sont des réseaux multisectoriels d’acteurs (agents de santé, assistantes sociales, agents de la police/gendarmerie, responsables d’ONG/organisation de la Société civile, fonctionnaires de la justice, etc.) dont le mandat couvre la réponse au besoin des survivantes de VBG, y compris la prévention de ce phénomène inacceptable ».

Ces plateformes constituent selon lui « un cadre d’échanges, de collaboration, de référence et de contre référence au niveau départemental entre tous les acteurs clefs ».  D’ajouter que « cette approche inclusive est une des voies privilégiées pour combattre efficacement les Violences basées sur le Genre ». C’est pourquoi, dira-t-il, « je salue cette volonté du gouvernement d’œuvrer vigoureusement contre les VBG, un frein incommensurable à l’autonomisation des femmes et des filles, les empêchant de contribuer à l’atteinte des objectifs du développement durable et partant du bien-être de l’ensemble des femmes et des hommes de Mauritanie ».

Cheikh Aïdara


Président Ghazouani, rompre avec l’ancien système ou sombrer dans le chaos social

Continuer de recycler les thuriféraires du régime de Mohamed Abdel Aziz ou annoncer une rupture totale avec l’ancien régime : c’est le dilemme auquel le président Ghazouani fait face. Il doit trancher, s’il veut instaurer un consensus national, promouvoir le changement, instaurer la justice sociale, et combattre ceux qui sont tentés de nuire à l’unité, à la sécurité et à la stabilité du pays. Tel est l’appel lancé par quatre partis de l’opposition au cours d’un conclave tenu dimanche 18 avril 2021.

Les dirigeants des partis lors du conclave du 18 avril – Crédit Aidara

Aux termes de près de deux années de gouvernance, le pouvoir de Ghazouani est miné par ce que d’aucuns appellent le retour aux pratiques malsaines des régimes précédents. Le constat revient de plus en plus, de la part des organisations des droits de l’Homme, du corps social et des partis politiques. Le marasme est arrivé au point que des voix jusque-là conciliantes, avec un esprit d’ouverture préconisé par le régime actuel, sortent de leur réserve pour dénoncer le retour insidieux des manœuvriers des anciens systèmes.

C’est la sonnette d’alarme que quatre partis de l’opposition viennent de tirer aux termes d’un conclave qui s’est tenu dimanche 18 avril à Nouakchott. En effet, l’Union des Forces du Progrès (UFP), le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD), l’Union Nationale pour l’Alternance Démocratique (UNAD) et le parti SAWAB ont publié un communiqué dans lequel ils ont mis le Chef de l’Etat, Mohamed Cheikh Ghazouani en garde contre « le retour des prévaricateurs et des pratiques du pouvoir de l’ancien président Aziz ». Ils l’ont également invité à « se débarrasser de tout ceux qui ont été impliqués dans ces méthodes et pratiques dévastatrices, toujours en place, et dont les promoteurs bénéficient, à un rythme soutenu, d’un regain de confiance ».

La Mauritanie selon les dirigeants de l’opposition en question, a plus que besoin de consensus et de changement pour instaurer la justice sociale en combattant les prévaricateurs et tous ceux qui sont tentés de nuire à l’unité, à la sécurité et à la stabilité du pays.

Ils estiment que la Nation fait face à plusieurs défis qui peuvent le conduire devant deux scénarii: revenir à la case de départ par le jeu des thuriféraires de l’ancien régime tapi dans les rouages de l’Etat, ou sombrer dans le chaos et l’instabilité.

En toile de fond, la sortie récente à travers les colonnes de l’hebdomadaire Jeune Afrique de Mohamed Abdel Aziz, « visant à tromper l’opinion publique et falsifier les faits, en essayant de jouer le rôle du leader rédempteur ».

En conclusion, les partis cités plus haut ont exhorté le gouvernement à adopter de toute urgence, les règles de bonne gouvernance et de transparence dans la gestion des affaires publiques et à rechercher des solutions appropriées aux problèmes des citoyens.

Il faut rappeler que la scène sociale bouillonne face aux nombreuses manifestations de mécontentement exprimé par des fonctionnaires, des citoyens spoliés ou frappés d’injustice.

L’esclavage foncier revient ainsi avec force, avec les problèmes soulevés à Dar El Barka et à R’Kiz, mais aussi la sulfureuse affaire de Ouadane, les créanciers de Cheikh Ridha, la montée de la criminalité, le chômage endémique, la montée vertigineuse des prix et la chute inexorable des valeurs.

Cheikh Aidara