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« Démographie, Paix et Sécurité », des consultations nationales s’ouvrent en Mauritanie et au Sahel

En prélude à la rencontre sur les consultations nationales sur le triptyque « Démographie Paix et Sécurité au Sahel » prévue à Bamako le 19 mai 2021, la Mauritanie à l’instar de plusieurs pays SWEDD du Sahel a organisé lundi 17 mai 2021, une journée de réflexion sur sa propre monographie. Organisée par le Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs, avec l’appui du Bureau Mauritanie du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), la journée a porté sur une réflexion autour de l’étude présentée par le consultant, Baba Boumeiss.

Table des officiels – Crédit Aidara

Nouakchott a abrité lundi 17 mai 2021, une journée de réflexion et d’échanges autour de « l’étude monographique sur la démographie, la paix et la sécurité en Mauritanie ». Les résultats des débats et les recommandations issues de ces travaux seront versés au forum prévu à Bamako le 19 mai 2021 sur le triptyque « Démographie, Paix et Sécurité au Sahel ».  La rencontre a été organisée par le Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs, avec l’appui de l’UNFPA Mauritanie, en présence de plusieurs autres acteurs de développement.

Fortes demandes sociales et problématique de la jeunesse

Baba Boumeiss – Crédit Aidara

Baba Boumeiss, statisticien-économiste, ancien Directeur général de l’Office National de la Statistique et Consultant recruté par l’UNFPA a présenté « L’Etude monographique sur la démographie, la paix et la sécurité en Mauritanie », qu’il a réalisée en août 2020. Cette étude met en exergue l’évolution du contexte sécuritaire en Mauritanie, épargnée depuis 2013 par les attaques terroristes, les perspectives démographiques soumises à la forte demande sociale d’un pays dont les moins de 35 ans représentent 75% de la population, et enfin, les politiques et programmes pour répondre d’une manière durable à la fragile situation sociale, économique et démographique du pays. « La population mauritanienne est très jeune » dira-t-il. Elle peut être source de développement si elle reçoit une bonne éducation de base, une formation professionnelle de qualité et de l’emploi, a-t-il souligné en substance. « Ce qui n’est pas encore totalement le cas », a-t-il regretté. Il a aussi regretté les taux alarmants de décès maternels, infantiles et juvéniles, le taux inquiétant du chômage des jeunes. Quinze années de Cadre Stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP 2001-2015) et quatre années de SCAPP (2016-2020) n’ont pas encore résolu tous les problèmes de résilience.

Participants – Crédit Aidara

De son côté, Dr. Souleymane Diakité qui s’est exprimé par visioconférence à partir de Dakar où il travaille au sein de l’Ecole Nationale de la Statistique et des Analyses Economiques (ENSAE) a présenté les « Résultats des modèles statistiques et la Modélisation entre démographie, paix et sécurité ». Selon lui, le contexte africain est marqué par un fort taux de chômage des jeunes, l’insuffisance des ressources, le niveau élevé de la demande sociale et des facteurs démographiques inhibiteurs de développement, avec de forts taux de mortalité maternelle et infantile et des taux élevés de fécondité.

Rejoignant presque Baba Boumeiss dans son analyse des causes des conflits, Dr. Souleymane Diakité a évoqué l’approche économique et ses politiques d’exclusion et de marginalisation, l’approche sociale avec ses tensions socioculturelles et ethniques, l’approche démographique d’inspiration malthusienne. Parmi les 11 variables actives retenues, la sécurité occupe selon lui, 5 modalités, mettant en exergue le cas particulier de l’Afrique de l’Ouest comme foyer de tension et de conflits.

Panel des acteurs nationaux

Table des panélistes – Crédit Aidara

S’exprimant au nom de la Direction des Stratégies et Politiques de Développement du Ministère des Affaires Economiques, M. Mohyedine Sidi Baba a déclaré que la Mauritanie a « une taille de ménage à 6 et un taux de fécondité de 5 enfants, restons-en là, pas de politiques malthusienne ».  Il a évoqué lors du panel organisé pendant l’atelier que les frontières héritées de la colonisation sont souvent sources de conflits, soulignant les fragiles accords de défense qui empêchaient jusque-là beaucoup de pays ouest-africains à investir dans l’armement. Ce qui s’est traduit depuis quelques années par des dépenses militaires de plus en plus colossaux au détriment des autres lignes budgétaires, sachant que l’Aide Publique au Développement ne peut servir à acheter des armes et que l’aide militaire n’est pas non plus compris dans l’Aide publique au développement.

D’une manière schématique, M. Mohyedine Sidi Baba a scindé la population en trois catégories, ceux qui consomment, c’est-à-dire la totalité, ceux qui produisent et ceux qui détruisent, sachant que ceux qui produisent constituent une minorité et que ceux qui détruisent par actes de banditisme, de terrorisme ou, selon d’autres, de détournements de biens publics, sapent les efforts de développement et alimentent les tensions. La solution à ces défis passe selon lui par la gouvernance, l’emploi des jeunes et la sécurité. Il citera dans ce cadre les réponses du gouvernement, à travers la Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée (SCAPP) 2016-2030, notamment le Levier 2 relatif au Capital humain et le Levier 3 relatif à la bonne gouvernance. Il a évoqué surtout, le Programme Elargi du Président de la République à travers la SCAPP 1 (2016-2020) et la SCAPP 2 (2020-2030) qui mise sur une croissance forte, la création d’emplois et l’offre accrue des services sociaux de base.

Selon Mohyedine Sidi Baba, « l’emploi des jeunes assèche les sources de violence et la fourniture des services de base favorise l’occupation du territoire national et le recul des zones non habitées, propices à l’insécurité ». Il a précisé enfin que les politiques publiques adoptées sont en parfaite adéquation avec les résultats d’analyse de l’étude sur la démographique, la paix et la sécurité au Sahel.

Pour lui, le principal défi reste l’emploi des jeunes, soulignant que chaque année, 50.000 jeunes arrivent sur le marché du travail qui n’offre que 25.000 opportunités. Parmi ces 50.000 jeunes, seuls 2.000 à 2.500 ont une formation professionnelle, donc absorbables par le marché du travail. Le reste, soit environ 42.000 sont soit sans instruction, soit sans formation professionnelle où sortant des universités, donc non désirés par le marché. « Où vont-ils ? » s’est-il demandé.

Selon Mohyedine Sidi Baba, l’Etat est en voie de résorber ce déficit d’emploi des jeunes à travers deux grands programmes phares chers au Président de la République, « Mechroui-Moustaghbeli » (Mon Projet-Mon Avenir) doté d’un budget de 250 millions MRU et « Mihneti » (Mon Métier) d’un budget de 150 millions MRU, gérés tous les deux par le Ministère de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports,

Les participants ont suivi par la suite trois communications, l’une sur l’apport du secteur privé par Hamza Babeta, l’autre sur le rôle du Haut Conseil de la Jeunesse par son président, Mohamed Yahya Taleb Brahim et le troisième sur le rôle de la société civile par le Pr. Moussa Bathily Bâ.

Mais avant, il y avait l’ouverture officielle

A rappeler que l’ouverture officielle de l’atelier a été marquée par le discours prononcé par le Secrétaire Général du Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs, M. Mohamed Moustapha Ould Abdi Ould Jiyid qui s’est félicité de la réflexion ouverte sur cet important thème qui met en exergue les liens étroits entre démographique, paix et sécurité. « Notre pays fait face à d’énormes défis liés au développement d’une manière générale et de ses liens étroits avec la paix et la sécurité dans la région du Sahel, d’une manière particulière » a-t-il déclaré.

Le Secrétaire général du Ministère des Affaires Economiques – Crédit Aidara

Il a ajouté que l’évolution des indicateurs démographiques et socioéconomiques, nonobstant des avancées significatives, restent tout de même sources d’inquiétude. « C’est ce que notre pays a très tôt pressenti grâce aux orientations du Président de la République, M. Mohamed Cheikh Ghazouani » a-t-il précisé. Cela s’est traduit, d’après lui, par les grandes avancées dans la formation du capital humain et du dividende démographique, et l’intégration de ces données dans la SCAPP. « Ce, à travers plusieurs leviers, notamment une croissance économique forte, pérenne et globale, la formation d’un capital humain performant et la bonne gouvernance » a-t-il souligné.

Le secrétaire général a ajouté que 15 chantiers et 59 interventions prioritaires ont été réalisés, ainsi que de nombreux projets. « Le gouvernement compte beaucoup sur ce présent atelier pour trouver d’autres pistes de réflexion capables de permettre au pays de répondre aux attentes de ce 21ème siècle » a-t-il affirmé.

Le Représentant résident de l’UNFPA en Mauritanie, SEM. Saidou Kaboré, en déplacement à Bamako, a adressé un message dans lequel il a souligné que « la recrudescence des conflits violents en Afrique subsaharienne a amené les chercheurs et les responsables politiques à s’interroger sur les corrélations entre démographie, paix et sécurité ». Il a ajouté que « ces dernières années, la région du Sahel a connu une hausse extraordinaire des attaques terroristes (Burkina, Mali, Niger…) ». Il a précisé que le contexte est aggravé par la faiblesse de la gouvernance, la dégradation de l’environnement et l’arrivée d’importantes vagues de migrants.

Vue des participants – Crédit Aidara

La réponse a généralement porté, selon lui, sur la création d’opportunités économiques, la lutte contre la pauvreté et l’exclusion politique. Mais ces solutions n’ont pas été suffisantes, a-t-il ajouté en substance. D’où le lancement en 2020 par le Bureau régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (WCARO) d’une étude intitulée « la démographie, la paix et la sécurité dans le contexte africain ». A l’instar du Mali, du Burkina et du Niger, la Mauritanie a ainsi réalisé une monographie, dont les résultats font l’objet des présentes consultations nationales. Celles-ci visent, selon lui, à recueillir les contributions respectives des pays à la réflexion régionale sur la démographie, la paix et la sécurité dans la région du Sahel. Elles participent au plaidoyer pour la conception de politiques et programmes novateurs avec un accent particulier sur l’investissement dans le capital humain et la capture du dividende démographique, a-t-il précisé en substance.

Cheikh Aïdara


En mode virtuel, les Sages-femmes de Mauritanie célèbrent leur journée internationale et réclament la règlementation de leur profession

L’Association des sages-femmes de Mauritanie, à l’instar de leurs consœurs à travers le monde, ont célébré mercredi 5 mai 2021 en mode virtuel, la Journée internationale de la sage-femme, sous le thème « Les chiffres parlent d’eux-mêmes : investissez dans les sages-femmes ».

L’affiche de la Journée internationale sage-femme – Crédit Aidara

Pandémie Covid-19 oblige, les sages-femmes de Mauritanie ont célébré mercredi 5 mai 2021, la Journée internationale de la sage-femme en mode virtuel.

Rehausser la pratique sage-femme

En ouverture officielle, la Secrétaire générale du Ministère de la Santé, Dr. Bâ Halima, a rappelé d’abord les chiffres alarmants de la Mauritanie en termes de taux de décès maternel et néonatal (respectivement 582 décès pour 100.000 naissances vivantes et 29 pour 1.000 naissances vivantes) par rapport au monde et à l’Afrique. « Cela nous interpelle à mettre en place des stratégies d’intervention efficace pour rendre accessibles géographiquement et financièrement les services essentiels de santé, de prendre en charge les urgences obstétricales et développer les ressources humaines de qualité en santé maternelle et néonatale » a-t-elle déclaré.

Dr. Bâ Halima, Secrétaire Générale du Ministère de la Santé

Selon elle, « la cérémonie qui nous réunit, à l’occasion de la Journée internationale de la sage-femme, constitue une étape importante dans le renforcement de la profession sage-femme ». Le thème retenu cette année, « Investissez dans la sage-femme », recoupe, dira-t-elle en substance, la préoccupation des autorités qui l’ont clairement définie dans la politique de santé conformément aux engagements du Président de la République, Mohamed Cheikh Ghazouani, « Taahoudati » et au programme du gouvernement. Celui-ci, ajoutera-t-elle « donne la priorité à la santé de la mère, du nouveau-né, de l’enfant et de l’adolescent ». Elle a souligné que le Ministère de la Santé fera tout pour rehausser la pratique sage-femme.

Pour un Ordre national des sages-femmes

Le Représentant résident du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) en Mauritanie, SEM. Saidou Kaboré, s’exprimant au nom du Système des Nations Unies, avait auparavant évoqué les données du Rapport mondial 2021 sur la pratique sage-femme. « Ces données indiquent clairement que les sages-femmes sont essentielles pour mettre fin aux décès maternels évitables d’ici 2030 et éviter les décès évitables des nouveau-nés et d’enfants de moins de 5 ans » a-t-il souligné.

SEM. Saidou Kaboré, Représentant Résident UNFPA Mauritanie

Rappelant les données sur la mortalité maternelle et néonatale, il a déclaré que pour toutes ces raisons, « nous devons veiller au renforcement des capacités et des compétences des sages-femmes, à l’amélioration continue de leurs conditions de travail, au recrutement d’un nombre plus élevé et à leur déploiement le plus proche des populations ». Ce qui contribuera sans nul doute, a-t-il ajouté en substance, à atteindre Zéro décès maternel évitable, Zéro besoin non satisfait en planification familiale et Zéro violence basée sur le genre d’ici 2030

Selon SEM. Saidou Kaboré, « il s’agira de poursuivre le plaidoyer pour l’adoption d’un projet de loi instituant l’Ordre national des sages-femmes, cadre réglementaire de la profession sage-femme ». Il a salué l’engament des sages-femmes qui sont selon lui au front durant cette période difficile de pandémie de Covid-19 pour offrir des soins de qualité en faveur des femmes, des nouveau-nés, des enfants et des adolescents. Ce qui a permis, dira-t-il en substance, de minimiser les effets négatifs de la pandémie.

Enfin, il a partagé une citation de la Directrice Exécutive de l’UNFPA, Dr. Natalia Kanem, saluant l’héroïsme de sages-femmes en ces termes. « Nous avons des preuves et savons ce qu’il faut faire. Les systèmes de santé du monde entier doivent en prendre note et agir, car investir dans les sages-femmes autonomes est l’un des moyens les plus sûrs de préserver la vie, de protéger la santé et le bien-être de tous ».

Investir dans les soins sages-femmes

A l’ouverture de la cérémonie commémorative, Mme Vatimetou Mint Moulaye, Présidente de l’Association des Sages-femmes de Mauritanie, avait rappelé que la célébration de la Journée internationale de la sage-femme a coïncidé avec la publication du Rapport mondial 2021 sur la profession, codirigé par la Confédération internationale des sages-femmes, l’UNFPA et l’OMS. « Ce rapport a apporté des preuves sur l’importance cruciale d’investir dans les soins sages-femmes de qualité, à l’avant-garde des discussions mondiales en matière de santé » a-t-elle cité.

Mme Vatimetou Mint Moulaye, Présidente des Sages-femmes de Mauritanie

Selon les données du Rapport, a-t-elle poursuivi, « une couverture universelle de 95% d’interventions effectuées par les sages-femmes pourraient éviter 67% de décès maternels, 64% de décès néonatal et 65% de décès à la naissance, ce qui permettra de sauver chaque année 4,3 millions de vies d’ici 2035 ».

Ainsi, les sages-femmes de Mauritanie, se joignent au plaidoyer mondial en faveur de l’investissement pour une formation de qualité des sages-femmes, une réglementation de leur pratique, un environnement favorable et des soins de qualité afin de contribuer à l’amélioration de la santé sexuelle et reproductive maternelle, néonatale, infantile et adolescente et de contribuer de manière significative à la réduction de la mortalité maternelle et néonatale.

Avaient pris part à la cérémonie commémorant la Journée internationale de la sage-femme, le Directeur général de la Santé Publique, le Directeur de la Santé Mère et Enfant, le chef de service de la santé maternelle, néonatale, infantile et adolescente, ainsi que le staff de l’UNFPA.

A noter que les activités prévues par l’Association des Sages-femmes de Mauritanie durant cette journée ont été reportées jusqu’après la fête « Id El Fitr » ou « Korité », mettant fin au jeûne du mois de Ramadan.

Cheikh Aïdara


Journée internationale de la liberté de la presse, la présidente de la Région de Nouakchott offre un « F’Tour » aux journalistes

La présidente du Conseil Régional de Nouakchott, Fatimetou Abdel Maleck, a offert un somptueux « F’Tour » aux journalistes et aux blogueurs. Cela s’est passé dimanche 2 mai 2021, à l’occasion de la Journée internationale du 3 mai, qui est consacrée la liberté de la presse.

Mme Fatimetou Abdel Maleck entourée des directeurs des organes publics – Crédit Aidara

 A la veille de la Journée internationale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai de chaque année, la présidente du Conseil Régional de Nouakchott, Mme Fatimetou Abdel Maleck a convié les journalistes et blogueurs au couper du Ramadan, ou « F’Tour ».

La cérémonie a eu lieu le 2 mai 2021 au Parc de l’OMVS, en face du flamboyant bâtiment abritant le siège du Conseil Régional. Sous une énorme tente en forme de « U », plusieurs dizaines de journalistes et de blogueurs ont eu droit à un somptueux couper du jeûne, au 20ème jour du mois béni de Ramadan.

Sur la table officielle, trônaient aux côtés de la Présidente du Conseil Régional de Nouakchott, les différents directeurs des organes de la presse publique, Mohamed Mahmoud Aboul Maali de la Télévision EL Mouritania, Mohamed Vall Oumère de l’Agence Mauritanienne d’Information, Houcein Ould Meddou de la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel. Il y avait aussi des politiques, comme Ould Dahmach, conseiller à la Présidence de la République, et des syndicalistes, comme Ahmed Salem Dah du Syndicat des Journalistes de Mauritanie. Plusieurs présidents d’associations et de réseaux de journalistes, ainsi que des reporters, directeurs de publications de la presse privée écrite et audiovisuelle, en plus de plusieurs bloggeurs étaient présents à la cérémonie.

Dans le discours qu’elle a prononcé à l’occasion, Fatimetou Abdel Maleck a exprimé toute la considération qu’elle porte au « 4ème pouvoir », c’est-à-dire à la presse, qu’elle a qualifié de partenaire incontournable pour le développement du pays. Elle a souligné que Nouakchott, vitrine de la Mauritanie qui concentre le tiers de la population mauritanienne, a besoin du concours de tous les acteurs, en particulier de la presse nationale. Elle a mis en exergue la particularité de Nouakchott, district renfermant trois régions et neuf départements. Une ville tentaculaire dont l’urbanisme de type horizontal a ses avantages mais aussi ses inconvénients. Parmi ses avantages, celui d’avoir contribué à la faible progression du Covid-19, vu l’espacement spatial des habitants, et parmi les inconvénients, la difficulté dans l’offre des services sociaux de base.

Nonobstant l’absence de budget depuis son implantation en 2019, à l’instar de tous les conseils régionaux du pays, la Région de Nouakchott a pu, selon elle, grâce à son carnet d’adresses internationales, mener plusieurs actions à fort impact sur sa population.

M. Saleck Ahmed Chérif-Crédit Aidara

Le bilan des réalisations du Conseil Régional de Nouakchott, ainsi que les perspectives incluses dans le Plan de développement 2020-2024, ont été présentés par M. Saleck Ahmed Chérif, Directeur des Etudes, de la Programmation et de la Coopération.

Plusieurs intervenants se sont succédés au micro pour saluer l’initiative prise par la Présidente du Conseil Régional ainsi que son conseil, en partageant avec les journalistes la célébration de la Journée internationale de la presse. Ils ont aussi salué les efforts entrepris par le Conseil régional, nonobstant l’absence de budget propre, au profit des populations de Nouakchott à travers les réalisations dans les domaines social et médical. Il s’agit notamment de la mise à disposition au profit des structures de santé, de matériels, fournitures et équipements pour la prévention et la lutte contre la pandémie du Covid-19. Ils ont aussi magnifié les actions que le Conseil a menées dans le domaine de l’éducation et de la coopération internationale.

Cheikh Aïdara


Bonne nouvelle pour les domestiques en Mauritanie, bientôt un cadre de dialogue social entre employeurs et employés du secteur

Mise en place du dialogue de proximité entre employeurs et employés dans le secteur domestique. Tel est l’un des objectifs phares de la Feuille de route que le Projet Bridge du Bureau International du Travail (BIT) a présenté au cours d’un atelier de réflexion qui s’est déroulé les 19 et 20 avril 2021 à Nouakchott, en présence de cadres du Ministère des Affaires Sociales, du Ministère du Travail et de plusieurs acteurs représentant les employeurs et les syndicats.

Debout, Marc Ninerola (coordinateur Projet Bridge) lors des travaux de groupe – Crédit Aidara

Pendant deux jours, les 19 et 20 avril 2021, les acteurs sociaux se sont réunis à Nouakchott pour débattre de la Feuille de route du BIT sur la mise en place d’un cadre de dialogue entre employeurs et salariés du secteur domestique.

Grands traits de la Feuille de route

Scindés en trois groupes de travail, les participants à l’atelier de réflexion sur le cadre de concertation dans le secteur domestique, ont procédé au diagnostic de la relation de travail dans l’emploi domestique, la mise en place d’un partenariat social dans le travail domestique par l’identification des partenaires sociaux et le choix des régulateurs, enfin, l’identification d’un socle de conformité dans l’emploi domestique sur la base de l’Arrêté 1797 du 18 août 2011 portant conditions générales d’emploi domestique, des attentes et des intérêts clairement exprimés par les parties prenantes et des propositions issues des négociations.

Il s’agit aussi de créer des espaces d’échanges et de relations, sous forme d’association, d’amical ou de bureau représentant les employeurs d’une part, et d’autre part, des cadres regroupant les employés. Comme il est prévu d’identifier les lieux géographiquement proches pour les différents acteurs.

La régulation de ce cadre de concertation pourrait être portée par les délégations régionales du Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille (MASEF), les mairies, avec implication des acteurs concernés.

Seul défi à la mise en application de la Feuille de route, l’adhésion des employés et des employeurs.

Actions préliminaires

Le BIT propose aux mandants, notamment le MASEF et le Ministère du Travail, les syndicats et les employeurs dans les régions cibles, un partenariat pour promouvoir le travail décent dans l’emploi domestique en Mauritanie, dans le cadre des principes et droits fondamentaux au travail.

Le rôle du MASEF est fondamental car le département, à travers la Direction de la Promotion Féminine, peut jouer un rôle facilitateur pour la mobilisation des acteurs à travers les réseaux des coopératives féminines, des tables régionales de protection, pour une prise en considération de l’emploi domestique et faire passer des messages de changement. Rapprocher l’emploi domestique du monde du travail ne peut être réalisé que sous l’impulsion du MASEF, en étroite collaboration avec l’administration du travail et les autorités régionales.

L’objectif de ce partenariat tripartite est de rendre les travailleuses et travailleurs domestiques visibles et de rendre leur travail plus productif, de reconnaître le travail domestique comme une activité reconnue sur le marché du travail avec une relation employeur-employé clairement définie, une réglementation des conditions de travail, la reconnaissance et promotion des droits des travailleurs domestiques, leur organisation à travers des coopératives ou syndicats, en les intégrant à la protection législative et sociale.

Le travail domestique, un travail comme les autres

Longtemps stigmatisé et dévalorisé, le travail domestique est jusque-là considéré dans le monde du travail, comme un travail non qualifié ne nécessitant aucune compétence, ni formation spécialisée. Ce sont ces préjugés qui font que le travail domestique a toujours été considéré comme une profession peu digne et non respectable. Ce que l’absence de prise en charge du secteur par les pouvoirs publics n’a fait que renforcer en l’absence de réglementation régissant l’emploi domestique, le laissant à l’humeur des employeurs. Ce qui rend les travailleurs domestiques, notamment les femmes, dans une position marginale dans le monde du travail. D’où l’extrême vulnérabilité des femmes domestiques, en général issues de milieux d’origine servile, de la migration ou de l’exode rural.

Professionnaliser le secteur domestique

L’idée des autorités mauritaniennes, avec l’expertise du BIT, est de professionnaliser le secteur domestique en créant et en développant des compétences professionnelles dans le secteur, ce qui pourrait constituer un bon point d’entrée pour changer les préjugés et promouvoir le travail domestique en tant que « travail » et valoriser les droits des travailleurs domestiques en tant que « travailleurs ». Cela pourrait faciliter un travail décent, de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail et de vie pour les employeurs domestiques.

Un plan ambitieux de développement des compétences de l’emploi domestique est prévu pour la formation professionnelle et la progression de carrière des travailleurs du secteur à différents niveaux.

Ebauche d’un Plan d’action

Il est proposé un plan à court, moyen et long terme.

A court terme, il s’agira de procéder à la cartographie des zones pilotes et expériences à capitaliser en lien avec l’emploi domestique, de mettre en place un cadre de dialogue, engager une étude sur les conditions de travail dans le secteur et une autre sur le régime d’assurance maladie des travailleurs domestiques, mener une enquête cartographique des compétentes, une enquête auprès des employeurs et une cartographie des organisations et des prestataires disponibles en termes de formation.

A moyen terme, il est proposé d’engager un dialogue national pour la ratification de la Convention 189 de l’OIT, d’élaborer des modules et la formation des formateurs, la couverture du régime d’assurance maladie d’un groupe pilote de travailleurs domestiques, d’étendre la notification du salaire minimum pour les travailleurs domestiques et de développer la politique nationale des travailleurs domestiques.

A long terme, il est attendu la ratification de la Convention 189, d’élaborer un plan national de l’emploi domestique, de mettre à jour la législation spécifique pour les travailleurs domestiques et de mettre en place et de réglementer les agences d’emploi privées spécialisées dans le secteur.

A noter que le terme travailleur domestique désigne, aux termes de l’Arrêté 1797 du Ministère du Travail « tout salarié embauché au service du foyer et des travaux attachés à la maison : boy, bonne, cuisinier(e), maître d’hôtel, nurse, berger, chauffeur, gardien, jardinier, etc. » Pour la Convention N°189 de l’OIT, « le travail domestique désigne le travail effectué au sein de, ou pour un ou plusieurs ménages ; c’est toute personne du genre féminin ou masculin exécutant un travail domestique dans le cadre d’une relation de travail ».

Cheikh Aïdara