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Contre la mortalité maternelle et néonatale, une campagne nationale sur la planification familiale

Dr. Moussa Salatou Diagana, directeur général de la Santé de la mère et de l’enfant au Ministère de la Santé, accompagné du staff de son département, et SEM. Saidou Kaboré, Représentant résident du fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) en Mauritanie, ont procédé lundi 28 septembre au lancement officiel de la Campagne nationale sur la planification familiale. La cérémonie a eu lieu au Centre de santé de Sebkha, au milieu de dizaines de sages-femmes. Cet événement constitue la première étape contre la mortalité maternelle et néonatale, dont les indicateurs restent alarmants en Mauritanie.

La campagne nationale sur la planification familiale a réunie des dizaines de sages-femmes.
Table officielle – Crédit : Aidara

En cette année 2020, année de la sage-femme, le ministère de la Santé, avec l’appui de l’UNFPA, a procédé lundi 28 septembre au lancement d’une vaste campagne sur la planification familiale dans les trois Wilayas de Nouakchott et en Assaba.

La cérémonie a été présidée au nom du ministre de la Santé, par le directeur général de la Santé de la mère et de l’enfant, Dr. Moussa Salatou Diagana, en présence de plusieurs directeurs du département de la Santé, ainsi que le représentant résident de l’UNFPA en Mauritanie, SEM. Kaboré et ses collaborateurs. Le médecin-chef du centre de santé de Sebkha et la présidente de l’Association des sages-femmes de Mauritanie (ASFM),  Vatimetou Mint Moulaye, étaient aussi présents.

De G. à Droite : Dr.Diagana, Saidou Kaboré et Vatimetou Moulaye.
De G. à Droite : Dr.Diagana, Saidou Kaboré et Vatimetou Moulaye – Crédit Aidara

Ouvrant la cérémonie de lancement, Dr. Diagana a d’abord salué le rôle des sages-femmes, avant de brosser les réformes apportées dans la restructuration du département de la santé, comme la création d’une direction de la Santé de la mère et de l’enfant, une première, et l’autorisation au niveau communautaire de l’auto-injection du dernier contraceptif, le Sayana-Press, entre autres. « Tout cela n’aurait pas eu lieu sans votre concours, vous les sages-femmes » a-t-il déclaré, déclenchant ainsi une batterie d’applaudissements. Et de poursuivre : « c’est pourquoi je tiens à vous transmettre les félicitations du ministre de la Santé qui compte sur vous pour l’accélération de la réduction de la mortalité maternelle et néonatale en se basant sur l’espacement des naissances comme méthode porteuse« .

La mortalité maternelle et néonatale reste alarmante en Mauritanie.
Les femmes bénéficiaires – Crédit Aidara

Avant, le Représentant Résident de l’UNFPA avait également tenu à féliciter les sages-femmes qui selon lui, travaillent souvent dans des conditions difficiles. Il les a encouragé à poursuivre le combat, car il permet de sauver des vies de femmes, de filles et de nouveau-nés. Et de rappeler que l’UNFPA, à la suite du ministère de la Santé qui a décidé de lancer cette campagne sur la planification familiale, a décidé d’accompagner le département, soulignant que l’essentiel est fait par le ministère de la Santé et à ses côté la société civile, et que son institution n’est là que pour apporter un appui technique et un appui sur certains axes. Il a salué au passage le ministère de la Santé qui, malgré les contraintes liées à la pandémie du Covid-19, a œuvré au maintient et à la continuité des services.

Des efforts pour un service de santé de qualité

Dans l’allocution qu’elle a prononcée à l’occasion, Mme Vatimetou Mint Moulaye a mis l’accent sur les efforts déjà fournis par les sages-femmes pour que chaque femme ait accès à des services de santé de qualité, promettant que la corporation qu’elle représente déploiera encore beaucoup plus d’efforts pour consolider les acquis et sauver davantage de mères et de nouveau-nés de morts évitables. Elle a salué le geste du ministère de la Santé et de l’UNFPA qui a permis de distribuer des blouses neuves aux sages-femmes en marge de la cérémonie, promettant de généraliser la distribution aux quatre sites de son association à Nouakchott, saluant au passage le Ministère et l’UNFPA pour les 700 blouses destinées aux sages-femmes exerçant à l’intérieur du pays.

Les sages-femmes.
Les sages-femmes – Crédit Aidara

Après le centre de santé de Sebkha, centre de référence en matière de santé de la reproduction au niveau national, les deux délégations, celle du ministère de la Santé et celle de l’UNFPA, se sont dirigées vers le Centre d’Arafat Ibn Sina.

Une campagne jusqu’au 26 novembre

A rappeler que la campagne nationale sur la planification familiale s’étendra du 26 septembre au 26 novembre. Cet évènement piloté par quatre ONG nationale, SOS Esclaves, Jeunesse A l’Heure d’El Mina, Fédération mauritanienne des handicapés et l’Association des Sages-femmes de Mauritanie  au niveau des trois Wilayas de Nouakchott, et par l’Association des Femmes Volontaires du Développement en Assaba, est marqué par des journées de sensibilisation et des journées sur sites pour l’offre de produits contraceptifs.

L’objectif est de recruter quelques 700 nouvelles femmes pour la planification familiale et la formation de 400 prestataires de services.

Témoignages

Vatimetou Mint Moulaye, Présidente ASFM

"La planification familiale et l’espacement des naissances contribuent à réduire de 30% la mortalité maternelle et néonatale."

«Je suis très ravie et très contente, d’abord parce que l’année 2020 est l’année des sages-femmes, ce qui nous encourage davantage et ensuite, cette campagne va au profit de femmes aux besoins non satisfaits en matière d’espacement des naissances. On parle de 33 % de besoins non satisfaits en matière de contraception en Mauritanie. Elle va aussi contribuer à la réduction de la mortalité maternelle et néonatale, les expériences et les études ayant démontré que la planification familiale et l’espacement des naissances contribuent à réduire de 30% la mortalité maternelle et néonatale. Nous, les sages-femmes, nous ne ménagerons aucun effort pour la réussite de cette campagne pour qu’aucune femme ne meurt plus en donnant la vie».

Loubane Mint Ahmed, demandeuse de service PF

«Je suis venue soigner mes enfants, mais je profite de l’occasion pour inviter les femmes à adopter l’espacement des naissances pour leur santé et celle de leurs enfants. Personnellement, je suis une méthode de planning depuis plusieurs années et cette campagne m’offre l’occasion d’en savoir beaucoup plus sur les nouvelles méthodes de contraception, en particulier le Sayana-Press dont j’ai entendu parler ».

Cheikh Aïdara


Birame s’attaque au pouvoir judiciaire

Au cours d’une conférence de presse organisée lundi 28 septembre 2020 dans un nouveau siège de l’organisation antiesclavagiste IRA qu’il préside dans le populeux quartier de PK 10, Birame Dah Abeid, député à l’Assemblée Nationale, a fustigé le pouvoir judiciaire qui ne suit pas selon lui, le mouvement réformateur introduit par le président de la République, Mohamed Cheikh Ghazouani dans la gouvernance politique, à travers l’indépendance des pouvoirs et la consolidation de l’Etat de droit.

Birame Dah Abeid (en costume) entouré de son staff – Crédit Aidara

«L’indépendance de la justice, un vœux pieux que le pouvoir de Mohamed Cheikh Ghazouani a instauré, est malheureusement utilisée par les juges pour servir les esclavagistes et les milieux d’influence, au détriment de la primauté du droit et de la justice». C’est autour de cette attaque contre le pouvoir judiciaire en Mauritanie, que le député et président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), Birame Dah Abeid, a introduit la conférence de presse qu’il a animée lundi 28 septembre 2020 au PK 10 à Nouakchott.

Selon lui, seuls les pauvres et les sans appuis subissent les foudres de la justice mauritanienne, les nantis, les fils des grandes tribus et les milieux d’influence étant assurés de l’impunité, quelle que soit la gravité des crimes commises. Et de citer trois cas de viol qui ont secoué cette année 2020 l’opinion publique, dont l’un suivi de grossesse sur mineur et un autre suivi de meurtre dont les auteurs ont été soit soustraits à la justice, soit innocentés ou en voie d’être absous par la formule magique consacrée, «transgression des interdits d’Allah », une porte ouverte à l’impunité.

Journalistes et militants avec la même attention – Crédit Aidara

Il s’agit notamment, cite-t-il en substance, du cas du commandant de la brigade de gendarmerie de Touil au Hodh Gharbi, Mohamed Taleb Ould Mohamed Mokhtar accusé d’avoir enceinté sa bonne de 12 ans, Toutou Mint Kaber. Après deux mois de détention préventive, il bénéficiera d’une liberté provisoire délivrée par un magistrat de la Cour Suprême, ce qui lui a permis de quitter tranquillement le pays, laissant derrière lui une famille éplorée, une gosse qui a donné naissance à un bébé qui n’a pas survécu, avec tout le traumatisme psychologique et les douleurs de l’enfantement.

Le deuxième cas est celui d’un fils d’une grande famille maraboutique vénérée, Hattab Ould Youba Zeine, accusé lui aussi d’avoir violé et enceinté une fille qu’il était censé soigné, Enne Mint Mousse. Celui-là ne sera même pas insculpé ni arrêté, sous le poids de l’influence de sa famille et de sa tribu.

Le troisième cas est celui de Moima Mint Mohamed Amar, violée puis tuée froidement. Selon Birame, les inculpés se sont vus accusés de «transgression des interdits d’Allah», une formule souvent utilisée par les magistrats quand ils cherchent à absoudre un crime sexuel.

Par contre, dira-t-il, trois jeunes issus des classes serviles à Adel Bagrou sont aujourd’hui jugés après une incarcération de 8 mois sur une simple accusation de tentative de viol par une femme, dont les motifs purement politiques découlent d’un règlement de compte pour punir les familles de ces jeunes pour avoir voté pour Birame Dah Abeid, lors des dernières présidentielles.

Fustigeant l’appareil judiciaire et son iniquité dans un pays qui se réclame «Phare de l’Islam et terre des hommes pieux», il est honteux dira Birame qu’une pareille justice puise perdurer avec des magistrats qui défigurent son image et  transgressent les dispositions de la loi. Aussi, ajoutera-t-il, le dossier de l’enquête parlementaire sur la décennie de gabegie est-il entré dans une zone d’ombre une fois transmis à la justice, alors que le Parlement a rempli en toute impartialité sa mission de contrôle sur l’action du gouvernement passé et que le pouvoir Exécutif a décidé de ne pas s’immiscer dans le travail de la justice. 

Mais face à la dérive des magistrats, dont l’indépendance semble être confisquée au profit des puissants de ce pays, Birame Dah Abeid en appelle au Président de la République pour soigner le «bras gangréné » de son pouvoir, par la convocation urgente du Haut Conseil de la Magistrature afin d’examiner les dérives des magistrats et d’apporter les correctifs nécessaires. Il en va, selon lui, de la préservation de la paix civile et de la cohésion sociale qui ne peuvent être maintenues qu’à travers l’instauration d’un système judiciaire soucieux de l’application de la loi dans toute sa rigueur et dans toute son impartialité sans considération de classe, d’origine ou d’appartenance.

Cheikh Aïdara


Taleb Sid’Ahmed, le ministre qui a décomplexé la fonction

Les Mauritaniens se sont habitués à l’image d’Epinal du ministre guindé, sans naturel, un ministre qui pense que quand on est ministre, il faut se départir du rire et même du sourire en public dans l’exercice de la fonction de ministre, éviter de sortir du périmètre délimité du costard, afficher surtout et en toute circonstance, un air grave, distant et hautain, même avec les anciens amis. Le nouveau ministre chez nous change du tout au tout, change d’amis, change de manière de parler, de marcher, de rire, change souvent d’épouse et d’habitat.

Le ministre Taleb (casquette) lors de sa tournée dans les régions du Sud (Crédit MEJS)

Débarque alors le fils des prolétaires de Mbout, un enfant né dans les faubourgs de la pauvreté, qui s’est forgé son propre destin, un bac en candidat libre, puis les grandes universités. Un ministre qui a révolutionné la fonction, avec son naturel dont il ne s’est jamais départi, son sourire contagieux, ses saluts aux poings qu’il échange avec les jeunes. Parce que c’est le nouveau style signé Taleb Sid’Ahmed, ministre de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports, un département qu’il a dû créer presque de toute pièce et qu’il a réchauffé, revigoré et fouetté par son dynamisme, son entrain, ses compétences. Bref, de son humanité et de son humanisme.  

Le ministre en tenue décontractée entourée de costumards (Crédit MEJS)

Contrairement aux autres ministres si prompts à quitter leur ancien taudis pour une villa huppée dans la zone résidentielle de Tevragh-Zeina, qui délaisse leurs anciens voisins pauvres pour flirter avec des gens de leur nouvelle classe, Taleb Sid’Ahmed n’a jamais quitté le populeux quartier de Riadh, gardant les mêmes contacts avec ses anciens amis et son ancien voisinage, riches comme pauvres. Il prend des selfies et embrasse avec un grand sourire, ses anciens copains. Juste au détour d’une activité publique. Qui disait que l’homme, c’est le style ?

L’éternel sourire du ministre Taleb (Crédit Sa Che)

Au départ, les Mauritaniens trouvaient qu’il était atypique, qu’il n’était pas comme les autres ministres et que quand on est ministre, on ne rit pas à tout va, on ne s’habille pas en pantalon tee-shirt basket, on ne verse pas trop dans la familiarité, surtout avec les administrés, et on ne badine pas. Quelques méchancetés sont dites sur son compte, genre ministre clown, ministre pas trop sérieux et qui ne fait pas la différence entre être ministre et être citoyen lambda. C’est aussi cela un des mauvais héritages de l’administration française. Voyez les anglo-saxons, la fonction ne les départit jamais de leur naturel, ils son relax, et pour cela, ils sont plus proches des populations. Le lourd protocole affiché par les francophones les fait rire.

Quand on est serviteur de la Nation, la moindre des choses est de cultiver la modestie et la simplicité, en se mettant au même niveau que les administrés, partager leur joie et leur tristesse, effacer toutes les barrières protocolaires superflues liées à la fonction.

Malheureusement en Mauritanie, comme dans la plupart des Etats anciennes colonies françaises, dès qu’on fait parti des «En-haut là», on se met du haut de son piédestal pour jauger la populace d’en haut, les traiter comme de simples sujets à prendre avec des pincettes, même les anciens amis. C’est pourquoi, les chutes sont toujours douloureuses.

Cheikh Aïdara


Face aux viols en Mauritanie, le monde rural invente ses « cages à filles »

Face à la recrudescence des viols jusqu’en milieu rural, les Mauritaniens ont créé des cages en fer, appellées « cages à filles » où les femmes sont enfermées pendant la nuit. À l’Assemblée, les députés ont rejetés à plusieurs reprise un projet de loi contre les viols et agressions faites aux femmes.

Face aux viols en Mauritanie, le monde rural invente ses "cages à filles".
Crédit photo : Cheikh Aîdara

Il faut dire que le démon de midi, qui décrit les appétits sexuels redoublés qui s’emparent d’hommes ou de femmes a gagné du terrain dans ce pays, surtout parmi les jeunes. Et pourtant, la réputation du pays peut prêter à confusion.

La Mauritanie, un pays de dévots ?

On parle ici d’une République Islamique. Pour qui ne connait pas ce pays musulman croirait à un pays de dévots, fait de génuflexions, chasteté, coupage de mains, flagellations et autres lapidations pour qui ne se conformerait à la loi islamique. Mais une fois à l’intérieur, on découvre un pays de cocagne où tous les plaisirs, sans s’étaler forcément à l’œil nu, débordent des huttes, des bidonvilles jusqu’aux villas.

Ici on trouve de tout, soustrait à la vigilance d’une République qui quoi que l’on dise reste intransigeante sur les interdits. Les plaisirs sont disponibles pour qui en connaît les circuits secrets : alcool, maisons closes, salles de jeu, dealers, faux monnayeurs et faussaires… On y côtoie aussi bien de faux marabouts que de faux médecins, avec une administration publique qui grouille de faux diplômés. Une ancienne ministre de la Fonction Publique parlait de 80% de faux diplômes. Une enquête aurait débutée avant d’être abandonnée. Alors, on ferme les yeux.

La Justice ferme les yeux

Mais au milieu de cette faune de malfrats, les violeurs sont les plus gros clients du système judiciaire. La loi protégeant les femmes contre les viols et les agressions sexuelles n’arrivent pas à voir le jour depuis 2016, malgré la présentation du projet à trois reprises devant les députés, la dernière tentative datant de 2020. Cette situation laisse ainsi un sursis aux violeurs, avec une Justice qui ferme souvent les yeux sur les arrangements entre familles de violeurs et familles de violées.

« Chaque jour et ses lots d’agressions sexuelles, souvent suivies de meurtre, d’enlèvement et de séquestration »

Chaque jour et ses lots d’agressions sexuelles, souvent suivies de meurtre, d’enlèvement et de séquestration de filles retrouvées plus tard jetées dans les rues. Deux cas emblématiques ont secoués récemment l’opinion publique : le viol suivi de meurtre de la jeune Khadijetou Oumar Sow en mars 2020 et récemment, celui de la jeune Moima Amar, 27 ans.

Un phénomène urbain qui touche désormais le monde rural

Ces violeurs sont de tous les profils : agents des forces de l’ordre et de sécurité, enseignants, marabouts, praticiens de la santé, chauffeurs, oncles, pères, frères, cousins, voisins, boutiquiers du coin… Sans compter les « droits de cuissage » exercés aussi bien dans le secteur public que privé, l’embauche et le maintien au poste en assouvissant les plaisirs du patron, ou la porte et la perte de l’emploi. Un chantage qui fait des ravages chez les femmes, souvent issues de milieux pauvres et déshérités.

Ce phénomène spécifiquement urbain pendant de longues décennies a gagné récemment l’arrière pays. Dans les régions de l’extrême Est, des cas de viols émergent de plus en plus dans des zones insoupçonnées comme Touil, Bousteila, Adel Bagrou…

Les populations de ces contrées lointaines, épargnées jusque-là des maux qui rongent les grandes villes, ont ainsi inventé des refuges, les « cages à filles ».

Cheikh Aîdara