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Sécurité et Santé au travail, une culture et des pratiques à promouvoir dans la pêche en Mauritanie

Chantiers, usines, embarcations, terre-plein ! Des espaces où le danger côtoie en permanence le travailleur mauritanien. Une réalité documentée par Dr. Hatem Ben Mansour, expert à l’Institut de Santé et de Sécurité au Travail (ISST) de Tunis. C’était  lors de la formation organisée  du 16 au 20 septembre 2019 à Nouakchott, dans le cadre du programme Promopêche, financé par l’Union Européenne et l’Allemagne, mis en œuvre par le Bureau International du Travail (BIT), la coopération allemande (GIZ) et l’Agence espagnole de coopération internationale au développement (AECID).

Dr; Hatem Ben Mansour au milieu des participants (Crédit Aidara)

La sécurité et la santé au travail. Un sujet qui tombe sur une île presque vierge. Peu de Mauritaniens y sont sensibles, notamment dans le milieu de la pêche où les accidents de travail et les maladies professionnelles se multiplient. Ainsi, tout au long de la chaîne de valeur du poisson, du pêcheur à l’usinier, en passant par l’écailleur, le transporteur, le danger est permanent, malgré un dispositif législatif clair sur le sujet.

Que prévoit la législation en santé et sécurité au travail

Un diapo sur le mécanisme de suivi des accidents de travail (Crédit Aidara)

Les participants ont été familiarisés aux textes nationaux et internationaux relatifs aux risques liés au travail et qui sont faiblement pris en compte dans les métiers de la mer, telles que les dispositions du Code de Pêche, du Code de la Marine Marchande ou encore du Code du Travail, sans compter les conventions internationales de l’OIT, telles que la Conventions 121 de 1964 sur les prestations en cas d’accident du travail et de maladies professionnelles, la Convention 155 de 1981 sur la sécurité et la santé au travail, la Convention 161 de 1985 sur les services de santé au travail, la Convention 187 de 2006 sur le cadre promotionnel pour la sécurité et la santé au travail et la Convention 188 de 2007 sur le travail dans la pêche.

Tous ces textes exigent des conditions de sécurité optimales pour les travailleurs, et pour les employeurs, le devoir de créer un environnement décent à même de prémunir leurs employés contre tout risque travail, de même que leur prise en charge médicale en cas d’accident ou de maladie professionnelle.

Quelques outils de gestion des risques au travail

Au cours des cinq jours de formation, les participants ont été édifiés sur les risques professionnels à bord des navires de pêche, dans les usines et sur le terre-plein, sur les principes de la prévention et sur la nécessité de disposer d’une base de données sur les accidents de travail et les maladies professionnelles. Ces indicateurs sont utiles dans la gestion des risques et permettent d’apporter des réponses ciblées en fonction de leur taux de fréquence et de leur taux de gravité. Ils permettent surtout aux autorités de pallier l’absence de statistiques dans ce domaine très souvent négligé, car la plupart des accidents de travail ne sont pas comptabilisés, notamment dans le secteur de la pêche artisanale, qui est un secteur informel par excellence.

Les acteurs de la pêche découvrent des aspects ignorés sur la sécurité et la santé au travail

La majorité des participants, malgré leur expérience professionnelle au sein d’organisations socioprofessionnelles de pêche ou d’administrations en lien avec le milieu du travail, comme la CNSS ou la Médecine du Travail, ou d’institutions de formation comme l’Académie Navale, sont peu au fait des normes nationales et des conventions internationales du BIT en matière de sécurité et de santé au travail. Ce que la formation a permis de combler.

Mohamed Ould Abderrahmane, chef de service prévention CNSS
«Nous avons beaucoup appris au cours de cette formation, des notions sur la prévention de risques au travail, sur les statistiques, que nous ignorions. Nous remercions le BIT et l’UE d’avoir organisé cette formation qui est primordial et nous demandons à ce qu’elle soit répétée, avec plus de pratiques»

Mathurin Dieng, Facilitateur de la Plateforme «Cogestion» de la pêche artisanale
«Une formation très utile pour les acteurs de la mer. Nous avons appris beaucoup de choses, comme la nécessaire formalisation du secteur de la pêche afin que ses travailleurs puissent bénéficier des services de la caisse de sécurité sociale et de la médecine du travail. En matière de respect des normes liées à la sécurité, nous sommes à zéro. On compte 2 à 3 collisions en mer tous les six mois, notamment entre pirogues de la pêche artisanale et gros navires. Il en résulte des dégâts physiques souvent mortels et des dégâts matériels qui restent sans suite.  Au niveau de la pêche artisanale, les disparitions en cas de tempête, sont légions. L’année passée, une pirogue a chaviré et dix pêcheurs ont disparu. Après cette formation, nous devons en tant que pêcheurs et organisations socioprofessionnelles, allez vers la recherche de l’information, sur la caisse et la médecine du travail, voir comment y adhérer. Les responsables de ces institutions doivent aussi nous aider».

Bakary Mamadou, formateur au Centre de Qualification et de Formation aux Métiers de la Pêche (CQFMP)

«Cette formation a été très utile pour nous formateurs car nous avons recueilli beaucoup d’informations et de connaissances. En tant que formateur en sécurité en mer, j’avais besoin de cette formation pour me mettre à niveau. J’ai découvert beaucoup d’aspects liés aux risques de travail et la prévention de ces risques au cours de cette formation. Je remercie le BIT et l’UE et je trouve en effet que la sécurité en mer est un sérieux problème en Mauritanie. Les accidents sont nombreux et très peu de gens sont formés dans le sauvetage, que ce soit en mer ou à terre. Je salue l’initiative de l’ONMT de se déployer le long de la côte, là où l’Académie Navale dispose déjà d’installations».

L’Office National de la Médecine du Travail (ONMT), un outil à améliorer

Siège de l’ONMT à Nouakchott (Crédit Aidara)

Logé dans un immeuble flambant neuf à Tevragh-Zeina, l’Office National de la Médecine du Travail (ONMT) est une révolution dans le monde du travail. Des médecins spécialistes, des laboratoires qui seront complétés en 2020 à travers la coopération turque par l’installation d’un laboratoire de toxicologie, le premier en Mauritanie. L’ONMT développe également un partenariat privilégié avec le BIT et l’ISST de Tunisie. En plus de son rôle curatif à travers ses  centres et ses  postes de santé, il effectue également des pré-visites, des visites et post-visites aux entreprises dans le cadre de la sécurité et la santé au travail.

Dr. Mohamed Vall Houssein lors de la visite guidée à l’ONMT, à sa droite Dr. Hatem Ben Mansour (Crédit Aidara)

Cependant, il est confronté à plusieurs défis, selon Dr. Mohamed Vall Houssein, spécialiste en santé et sécurité professionnelle et Directeur Technique de l’ONMT, qui cite le caractère étendu du territoire national, l’absence d’indicateurs statistiques dans le domaine de la sécurité au travail et des maladies professionnelles, la mauvaise répartition du tissu économique, l’insuffisance du personnel qualifié et l’absence de coordination entre les acteurs du travail.

La visite guidée de l’ONMT et la présentation de ses missions ont été largement appréciés par les participants.

La dernière journée de formation a été consacrée à la connaissance des textes réglementant le travail en Mauritanie, notamment le Code du Travail et les textes régissant la sécurité sociale. Les participants ont posé beaucoup de questions sur l’applicabilité de ces textes sur le secteur de la pêche artisanale qui demeure informel. Des pistes de réflexion sont envisagées avec les institutions concernées avec l’appui du BIT, pour trouver des solutions afin que les travailleurs de la pêche artisanale puissent bénéficier des prestations ouvertes aux travailleurs du secteur formel, comme les prestations liées à la branche des risques professionnels.

Cheikh Aidara

 


Afriyan Mauritanie et UNFPA offrent aux habitants pauvres de Dar-Beida, deux journées de consultations gratuites

Organisées par le réseau Afriyan Mauritanie, avec l’appui du Bureau  Pays du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), deux journées de consultations gratuites en médecine générale, pédiatrie et services de santé de la reproduction, planning familial, ont été offertes aux habitants de Dar-El Beida, l’un des quartiers populaires le plus pauvre à Nouakchott.

Les tentes bondées de patientes (Crédit Aidara)

Pendant deux jours, les 24 et 25 septembre 2019, quelques 800 consultations ont été délivrées. La mobilisation a été forte, avec une écrasante présence de filles et de femmes, mais aussi d’enfants et de quelques hommes.

Aminetou Mint Sidi, la trentaine avec déjà quatre enfants, entre 4 ans et huit mois : «Je suis venue me consulter et la sage-femme m’a convaincue de suivre un planning. Elle m’a prescrit des pullules, la méthode que j’ai moi-même choisie comme la plupart des femmes de mon quartier».

Venu le deuxième jour et à la dernière heure, Zeinebou Mint El Barka, «j’avais des douleurs d’estomac ; on m’a prescrit une ordonnance mais on m’a dit que le stock de médicaments est  épuisé ».

C’est la même déconvenue pour Aminata Sow, dont l’enfant souffre de problèmes dermiques. Elle a pu au moins obtenir un paquet de pullules du lendemain. Pour son enfant, il n’y avait plus de médicaments à la pharmacie qui a été ouverte pour la circonstance dans l’enceinte du poste de santé.

Aida Diop, sage-femme, avec une patiente pour le PF (Crédit Aidara)

C’est surtout Madame Fall née Aida Diop, Sage-femme au Poste de Santé de Dar-Beida où ces journées de consultations gratuites se sont déroulées qui a été la plus sollicitée. Elle distribuait consultations pré et post-natales en plus du planning familial, à des femmes qui se bousculaient devant sa porte.  «Les femmes ici optent en général pour les pullules ; je leur ai proposé des injectables, mais elles semblent en avoir peur» a-t-elle déclaré. Elle a pu cependant administrer une dizaine de Sayana-Press et quelques Dépo-Provera.

D’une manière générale, les patients qui ont bénéficié des consultations ont exprimé toute leur satisfaction, d’autant que «ce n’est pas tous les jours, disent-elles, qu’on les soigne et leur donne des médicaments gratuitement».

De G.à Dr. Moussa MBareck, Bâ Bocar, Saidou Kaboré, Mohamed Abdallahi Sghaïr (Crédit Aidara)

A noter que la cérémonie de lancement des Journées de Consultations gratuites a été marquée par un échange de discours, entre le Représentant Résident de l’UNFPA en Mauritanie, SEM. Saidou Kaboré, le Président du Réseau Afriyan Mauritanie, Bâ Bocar, le maire de la commune d’El Mina, Mohamed Abdallahi Ould Sghaïr, la Coordinatrice régionale du Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille, Neya Mohamed Vall et l’infirmier chef du poste de santé, Adama Diop.

Les jeunes de Afriyan, réseau mis en place par le Bureau régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre,  ont aussi animé pendant les deux jours, des séances de sensibilisation sur les violences basées sur le genre (VBG) et les mutilations génitales féminines (MGF).

Il faut enfin mettre en exergue le rôle particulier qu’a joué l’Association «Jeunesse A l’Heure JAHE d’El Mina» et son président Moussa MBareck, membre du réseau Afriyan, dans la mobilisation des masses.

Cheikh Aidara


Bureau Mauritanien pour l’Insertion (BMI), une structure au secours des jeunes chercheurs d’emploi

Depuis janvier 2018, des jeunes chercheurs d’emploi comme Koudy Diallo et Abdoulaye Brahim Dia, ont une porte à laquelle taper pour les accompagner dans l’insertion professionnelle. En effet, le Bureau Mauritanien pour l’Insertion (BMI), mis en place avec l’appui du Bureau International du Travail (BIT) sur financement de l’Union européenne, à travers le Fonds Fiduciaire d’Urgence pour l’Afrique dans le cadre du PECOBAT, est une structure avec une vocation d’insertion. Il intervient à Nouakchott, au Brakna, au Gorgol et au Guidimagha.

Atelier d’entretien avec des jeunes demandeurs d’emploi

«Les besoins en matière d’insertion de jeunes diplômés chercheurs d’emploi directs ou d’auto-emploi sont réels. C’est la raison pour laquelle, forts de notre expérience de plus de dix ans avec le Groupement de Recherches Technologiques (GRET), à travers son projet CAP-Insertion qui a pris fin, mon ami Alpha et moi, avions décidé en décembre 2017 de créer le BMI. Notre structure dispose de son récépissés de reconnaissance en tant que SARL», a déclaré Mamadou Bâ, l’un des initiateurs du projet. Selon lui, les jeunes chercheurs d’emploi sont confrontés aux mêmes problèmes. Ils ne savent pas à qui s’adresser pour obtenir des informations sur les opportunités de travail, de stage ou de formation professionnelle. Ils ont un besoin impérieux en services de conseils, d’orientation et d’information. Tout ce que le BMI leur offre.

Le département de Sebkha, notamment Basra, l’un des quartiers les plus précaires de Nouakchott, avec son fort taux de chômage, abrite le siège central de BMI. «Nous avons choisi de nous installer dans un quartier périphérique de la capitale, l’un des plus déshérités, parce que les structures étatiques d’emploi, comme l’Agence Nationale Pour l’Emploi des Jeunes (ANAPEJ), fournissent certes des efforts, mais n’atteignent pas une couche de jeunes résidant loin du centre-ville et confrontés à des problèmes de transport, de connexion et d’information »a précisé Mamadou Bâ. ««Ici, nous recevons beaucoup de jeunes de tout bord. A travers les contrats qui nous lient à certains partenaires, tels que le BIT ou Terre des Hommes Italie, nous assurons le suivi-insertion des jeunes formés dans le cadre de projets comme PECOBAT, pour les aider à accéder au marché du travail après leur formation» nous confie-t-il. Selon lui, le BMI accompagne aussi les jeunes désireux de créer leur propre entreprise.

Interview avec une jeune demandeuse d’emploi

Concernant la méthodologie, M. Bâ explique que leur démarche se base sur les techniques de recherche d’emploi, notamment les conseils d’orientation, le ciblage et la démarche d’emploi, les techniques d’entretien d’embauche, de rédaction de curriculum vitae (CV) et de lettre de motivation, la défense d’un projet. «Autant d’appuis que nous apportons pour répondre aux besoins des jeunes dans leur quête de travail » souligne-t-il.

Le BMI s’est impliqué dans plusieurs projets visant l’insertion et l’emploi des jeunes à l’intérieur du pays, comme le Chantier-école d’entretien routier à Aleg (Brakna), le projet PECOBAT à Kaédi (Gorgol) et à Sélibaby (Guidimagha) dans l’insertion des jeunes formés en maçonnerie-terre et en énergies renouvelables. Ces deux projets sont mis en œuvre par le BIT sur financement de l’Union européenne. A noter que contrairement à Nouakchott, où le BMI dispose d’un siège fixe, il n’est présent à l’intérieur du pays que dans les moments actifs d’exécution de contrats de suivi-insertion avec les partenaires.

«Le BMI est parvenu, dans le cadre du PECOBAT, à insérer 66 jeunes sur 96, soit un taux d’insertion de 71% » a précisé Mamadou Bâ. Il s’agit selon lui, d’un pourcentage important, compte-tenu des réalités du marché de travail mauritanien et des difficultés inhérentes à l’insertion des jeunes en situation de vulnérabilité, avec peu ou pas d’instruction de base.

Indépendamment des projets confiés par les partenaires, il ajoute que le BMI accueille également des jeunes issus d’autres quartiers précaires de Nouakchott, tels que ceux d’El Mina, de Riadh, d’Arafat ou de Dar-Naïm, qui viennent spontanément pour une recherche de stages ou d’emplois. «C’est notre participation sociale à l’effort d’insertion que nous offrons, dont l’auto-emploi » explique Mamadou Bâ. «Dans le cadre des nouveaux chantiers écoles de formation du PECOBAT, qui ont démarré à MBagne (Brakna) et Gouraye (Guidimagha), avec cofinancement de l’Union européenne et de l’Agence Française de Développement (AFD), le BIT nous à approchés à nouveau» confie-t-il. Et d’ajouter, «nous avons été invités à rencontrer les stagiaires dès le processus de sélection pour les formations, en vue d’un éventuel accompagnement en suivi-insertion».

Selon lui, à part le BIT, dans le cadre des projets financés par l’Union européenne, les partenaires du BMI sont les ONG, Terre des Hommes, ECODEV, Mauritanie 2000, GRET et Action pour le Développement (Action-Dev), ainsi que l’institution DJIKKE de microfinance et le Centre d’Accueil et de Réinsertion sociale des Enfants en Conflit avec la loi (CARSEC).

Témoignages

Koudy Abdoul Diallo, 23 ans, divorcée : «je fais partie de la promotion formée par PECOBAT en maçonnerie-terre à Kaédi. J’ai travaillé dans la construction de l’école de Dar-Salam. J’ai été contactée ensuite par le BMI, ce qui m’a permis d’être retenue pour la construction d’une autre école à Mbagne, au Brakna. Je salue l’attention particulière que BMI nous a accordée. Je les remercie de leur accompagnement et de leur aide précieuse. Je remercie également le PECOBAT, le BIT et l’UE qui nous ont formés et qui ne nous ont pas lâchés, car c’est grâce à eux que j’ai été contactée par le BMI pour la phase du suivi-insertion»

Abdoulaye Brahim Dia, électricien-maintenance formé au CFPP de Nouakchott : «j’ai été formé au CFPP de Nouakchott en électricité en 2013, puis en maintenance électrique en 2015. Je ne connaissais pas le BMI. J’avais suivi une formation supplémentaire avec le BIT sur les énergies renouvelables en 2018, ici à Nouakchott. C’est le BIT qui m’a demandé de contacter le BMI pour le suivi-insertion. Depuis, je viens de temps en temps, voir s’il y a du nouveau. En attendant, je travaille pour mon compte dans des chantiers privés dans l’installation, la maintenance, les raccordements à domicile. Je cherche une embauche dans une entreprise du BTP, et si je trouve un petit financement pour ouvrir un atelier, ce serait mieux. En attendant, je ne chôme pas, car l’essentiel pour moi est de travailler et ne pas être dépendant. Merci au BIT et à l’UE et félicitations au BMI au service des jeunes».

Cheikh Aïdara

 

 

 

 


Conseil National du Dialogue Social : entre l’espoir d’un renouveau et l’angoisse du statut quo

Le Conseil National du Dialogue Social, mis en place en 2014 et dont les membres ont été désignés en février 2019, a organisé à Nouakchott sa première rencontre les 17 et 18 septembre 2019. C’était au cours d’un atelier de renforcement de capacités, sous l’égide du Ministère du Travail avec l’appui du BIT. L’éternelle effervescence des rapports tendus entre les pouvoirs publics et certaines centrales syndicales  a ressurgi dès la première journée au cours de laquelle, les arguments des partisans du renouveau se sont heurtés à ceux qui évoquent le statu quo.

@crédit Aidara


Pendant deux jours, du 17 au 18 septembre 2019, les membres du Conseil National du Dialogue Social (CNDS) ont participé à un atelier de renforcement de capacité organisé par le Ministère de la Fonction Publique, du Travail et de la Modernisation de l’Administration (Ministère du Travail), avec l’appui du Bureau International du Travail (BIT) Alger dont dépend le bureau de Nouakchott.

Dialogue social et négociations collectives

Institué par décret 2014-156 du Premier Ministre en date du 21 octobre 2014, le CNDS dont les membres ont été nommés par l’Arrêté 085 du Ministre du Travail en date du 5 février 2019, suscite beaucoup d’espoir auprès des acteurs du travail, mais nourrit également le doute chez certaines centrales syndicales qui lui reprochent son faible ancrage institutionnel et le caractère purement consultatif de ses avis.

Le CNDS est composé de 21 membres, sept représentant l’Etat, sept les Employeurs et sept les Travailleurs. Son président a été nommé parmi les personnalités indépendantes. Il est composé d’une Assemblée Générale, d’un Bureau Exécutif et de trois sous-commissions.

En l’absence d’une définition conventionnelle du dialogue social, il est cependant établit que l’esprit de ce dialogue est ancré dans l’histoire et la culture locale, en tant que forme de négociation, de consultation et d’échanges qui se retrouve dans la Jemâa et la Choura, bien avant qu’il ne soit confiné dans des concepts juridiques et institutionnels.

Dans sa présentation sur les objectifs du CNDS, ses règles de fonctionnement, les attentes et les défis liés à sa mise en place, Hamoud Ould T’Feil, Conseiller technique du Ministre du Travail a rappelé quelques conventions de l’OIT ratifiées par la Mauritanie et qui sous-tendent l’assise juridique de ce nouvel organe de régulation sociale. Il s’agit de la Convention 98 sur le droit d’organisation et de négociation collective de 1954, la Convention 87 sur la liberté syndicale et la Convention 144 sur les consultations tripartites relatives aux normes internationales du travail. Sur le plan national, il a cité le Code du Travail en son Chapitre IV sur la Convention et les Accords collectifs du Travail.

Il a passé en revue les trois grandes négociations collectives qui ont eu lieu en Mauritanie en 2005, 2011 et 2016, lesquelles avaient permis aux travailleurs d’obtenir de substantielles améliorations de leurs conditions, tels que les augmentations successives du SMIG, l’assurance maladie, la formation professionnelle, la révision du statut des dockers, etc., mais aussi aux employeurs de négocier leur fiscalité, coûts de production, endettement, entre autres.

La question centrale de la représentativité syndicale

Parmi les tâches confiées au CNDS, la tenue d’élections professionnelles devant fixer la représentativité syndicale, une vieille revendication que les autorités mauritaniennes n’ont jamais voulu satisfaire conformément à la feuille de route du 6 mars 2017 et en totale violation de la loi 017/2004 portant Code du Travail Mauritanien et fixant les critères de représentativité des organisations syndicales, en ses articles 90 et 265,

Le Conseil est également chargé de la mise en œuvre du Plan d’Action National pour l’Elimination du Travail des Enfants (PANET-RIM) et la réactivation du dialogue social entre les partenaires sociaux interrompu depuis 2016.

Communications et groupes de travail

Les participants ont suivi plusieurs communications, dont trois présentées par Mohamed Kchaou, Expert en dialogue social et administration du travail. Le premier est intitulé «Conditions de réussite du dialogue social au niveau national», le second, «Règles de conduite et recommandations pour le bon fonctionnement des conseils nationaux de dialogue social» et le troisième «Organisation du fonctionnement du Conseil national de dialogue social en Tunisie».

Mme Ntap Innocence Présidente CNDS Sénégal (Crédit Aidara)

Invitée d’honneur de l’atelier, la présidente du CNDS Sénégal, Mme NTap Innocence, qui était accompagnée de trois de ses collaborateurs, a présenté les 5 années d’expérience de son pays.

Enfin, les participants ont animé trois ateliers pratiques, sur les «Méthodes et techniques du dialogue tripartite au niveau national», «Les priorités du dialogue social en Mauritanie » et «L’organisation des élections professionnelles en Mauritanie : les difficultés et les solutions».

Les participants ont formulé et adopté à la fin de l’atelier un certain nombre de recommandations.

Il faut souligner que l’atelier a été ouvert par le Secrétaire Général du Ministère du Travail, Mohamed Mahmoud Ould Deh. Il a indiqué que son département travaille d’arrache-pied pour renforcer la capacité des partenaires sociaux, garantir leurs droits et préserver les acquis afin d’assurer  l’équilibre des relations au travail.  Il a enfin appelé les participants à profiter pleinement de l’atelier, louant au passage l’appui constant que le BIT n’a cessé d’accorder à son département.

Dr. Halim Hamzaoui, Directeur par intérim OIT Alger pour le Maghreb (Crédit Aidara)

Auparavant, le Président du Conseil, Mohamed Ould Baba, avait salué la présence des trois mandants de l’OIT, le Gouvernement, le Patronat et les Organisations syndicales, estimant que la qualité de leur apport servira certainement au succès de l’atelier.

S’exprimant au nom du BIT, Dr. Halim Hamzaoui, Directeur par intérim de l’OIT à Alger pour les Pays du Maghreb, dont la Mauritanie, a remercié les autorités mauritaniennes pour l’organisation de cet atelier dont l’objectif selon lui, est de renforcer la capacité des membres du Conseil National du Dialogue Social et améliorer leur expertise.

Cheikh Aïdara