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Education Primaire en Mauritanie, quel rôle pour les Associations des Parents d’élèves (APE) ?

En marge de son 20ème anniversaire et de son Assemblée générale annuelle tenue dans la foulée, l’ONG de développement ECODEV a réuni jeudi 11 avril 2019, un panel d’experts pour débattre des problèmes de l’enseignement en Mauritanie et dégager des pistes de solution.

Panel sur l’éducation (Crédit Aidara)

Le panel était composé de l’ancien ministre, ancien Président de l’Université de Nouakchott, Dr.Bekaye Ould Abdel Maleck, NGaïdé Alassane, Conseiller du Ministre de l’Education Nationale, Cheikh Ould Maata, ancien maire de Riadh et Directeur du Centre d’Etudes et de Recherches Pédagogiques (CERP), El Hadj Ould Rabani, expert planificateur COGES (Conseil de Gestion des Ecoles), Mohamed Ould Tolba de la Banque Mondiale et Dr.Abdallahi Ould Ewah, professeur d’université et gérant du Projet TOME (Transparence dans le budget de l’Education). La rencontre a été modérée par Dr.Mohamed Lemine Hamady, Expert au CERF et professeur d’université.

Survol général

Introduisant le débat, le modérateur a fait un survol de la situation globale de l’enseignement en Mauritanie, avec chiffres et données à l’appui, comme l’amélioration des infrastructures  permettant une capacité d’absorption de tous les enfants en âge scolaire, avec 600.000 enfants qui vont à l’école (statistique de 2018), pour 15.000 enseignants. La Mauritanie compte, selon lui, 4.000 écoles dont 600 pour le privé, avec un ratio de 33 élèves par enseignant et un taux de plus de 100% de scolarisation. Seulement, relève-t-il, le taux d’inscription est de 80%, le taux de déperdition scolaire de 24% , avec un déficit de 145.000 tables-bancs, et 80% des écoles ne disposant ni d’aire de jeu ni de terrain de sport.

Pour Mohamed Lemine Hamady, la société civile, notamment les parents d’élèves, sont un partenaire incontournable dans l’amélioration de la qualité de l’enseignement, soulignant la nécessité pour chaque école de disposer d’une association de parents d’élèves. «Tout le monde est aujourd’hui conscient de la crise de l’école en Mauritanie » a-t-il déclaré, ajoutant que la solution est une solution globale qui interpelle tous les acteurs.

Rappelant l’évaluation qui a été réalisée sur la performance du système éducatif, le modérateur a souligné que l’Etat a dépensé des milliards dans l’enseignement sans résultat qualitatif, soulignant que le taux d’admission dans tous les examens nationaux n’a pas dépassé 35%, que 40% des enseignants ne sont pas passés par l’Ecole Nationale des Instituteurs, que sur l’ensemble des enseignants en arabe, seuls 14% maîtrisent la langue, comme seuls  4% des enseignants en français maîtrisent le français. Cela s’est répercuté, a-t-il souligné sur les résultats, avec 26% d’admission à l’entrée en sixième, 29 % au brevet et 15% au baccalauréat. S’il y a dépenses exhaustives sur les infrastructures, cela s’est traduit de l’autre côté par la baisse de la qualité, a-t-il affirmé, pointant du doigt le système dirigiste et non inclusif qui a jusque-là prévalu, en l’absence de toute implication des acteurs de l’enseignement que sont les parents d’élèves, les centres d’études et les experts indépendants dans la confection des programmes, dans les modèles de gestion de l’enseignement et les programmes pédagogiques. Selon Mohamed Lemine Hamady, toutes les études ont montré que la non implication des APE dans les politiques éducatives sont l’une des causes essentielles de l’échec du système éducatif.

Pour remédier à cette situation, il a suggéré la nécessité d’adopter une stratégie de gouvernance sociale avec les APE comme partenaires centraux, soulignant qu’une étude menée en 2018 a démontré que l’implication des APE encourage la scolarité et le suivi pédagogique.

Cheikh Ould Maata, l’apport des centres d’études et le rôle des APE

Partant de l’expérience du Centre d’études, le CERP, qu’il dirige, l’ancien maire de Riadh à Nouakchott, Cheikh Ould Maata a mis l’accent sur la recherche, la formation et la sensibilisation pour améliorer la qualité de l’enseignement, mais surtout sur l’implication des APE. Ce débat devrait permettre selon lui, de tirer des recommandations qui pourront faire l’objet d’une stratégie capable de recentrer l’apport des parents d’élèves dans le système pédagogique national, ce qui n’est pas encore le cas, a-t-il déploré en substance :

Le Président de la Fédération nationale des associations de parents d’élèves et étudiants, Ahmed Ould Sghaïr, s’est pour sa part félicité du rôle joué par ECODEV dans le domaine de l’éducation, citant les actions à résultats déjà palpables sur le terrain,  comme au niveau de Riadh à Nouakchott et de Tidjikja au Tagant, où l’ONG a formé en 2018 quelques 40 bureaux de parents  d’élèves dans le suivi pédagogique.

Dr.Bekaye Ould Abdel Maleck et les Zones d’Education Prioritaires (ZEP)

Concept nouveau développé en France dans les années 80 pour harmoniser l’enseignement et offrir une éducation de qualité égale à tous les enfants notamment ceux issus de familles défavorisées, les ZEP servent à renforcer le système éducatif à tous les niveaux et sur l’ensemble du territoire, car comme l’a souligné Dr.Bekaye Ould Abdel Maleck, le système éducatif est un tout, tant et si bien que toute faiblesse dans une des chaînes peut compromettre le fonctionnement de l’ensemble. La ZEP sert ainsi, selon lui, à corriger les incohérences et  les disparités dues à des problèmes économiques ou sociaux des parents.

Pour Dr.Bekaye Ould Abdel Maleck, la ZEP est créée selon plusieurs principes et critères, la discrimination positive, la prise en charge totale des enfants des familles défavorisées (bourse, trousse), la faible capacité d’accès, la fragilité socioéconomique, la forte déperdition scolaire. La ZEP est administrée à travers des conseils comprenant l’administration, les communes, les APE, avec des commissions spécialisées, comme celles chargées de lutter contre la violence et la délinquance en milieu scolaire, contre les stupéfiants, etc. La ZEP a besoin ainsi, selon l’intervenant, d’enseignants payés plus que leurs autres collègues et plus motivés, avec des primes de suggestion spéciale. Des bourses doivent être octroyées aux élèves ainsi qu’une prise en charge totale sur le plan de l’alimentation dans les cantines scolaires et en fournitures, pour compenser des parents dont ils constituent le plus souvent les seules forces de travail. Dr.Bekaye a suggéré d’ouvrir dans une première phase des ZEP modèles dans les localités les plus pauvres, puis généraliser l’approche dans une seconde étape.

Pr.El Hadj Ould Rabani et l’expérience de COGES

Le Conseil de participation communautaire et de gestion des écoles (COGES) est bâti selon Pr.El Hadj Ould Rabani sur un décret qui donne une place centrale aux APE. Il est composé, conformément à l’article 3 du décret, d’un président élu, d’un Secrétaire général et d’un gestionnaire, plus un représentant de la commune, un représentant des APE, un représentant du personnel enseignant et un représentant des élèves. Il se réunit une fois par mois et discute de tous les problèmes scolaires.

Dr.Abdallahi Ould Ewah et le Projet TOME

Le Projet TOME (Transparency Of Mauritanian Education Budget) liant l’ONG ECODEV et le GPSA (Global Partenership For Social Acountability) de la Banque Mondiale a été lancé le 18 janvier 2017 pour une durée de quatre ans. Son objectif est d’améliorer la transparence du Budget et la qualité de l’éducation primaire à travers les outils de la redevabilité sociale dans les Wilayas cibles, Nouakchott Sud et le Tagant.

Sur la base du diagnostic de la stratégie nationale de l’éducation et du Plan national 2001-2011 puis 2012-2020, il est apparu selon Dr.Abdallahi Ould Ewah que le budget alloué à l’éducation représente 4% du PIB, dont 44 % pour l’enseignement fondamental. «Il y a certes une forte augmentation dans l’accès à l’éducation, beaucoup d’écoles ont été construites, beaucoup d’enseignants recrutés, beaucoup plus d’élèves scolarisés, mais la qualité de l’enseignement a continué à baisser, avec des élèves souffrant de faiblesse générale dans toutes les matières. Un résultat catastrophique » a-t-il arrêté.  Et de poursuivre «100 % des enfants mauritaniens entrent à l’école, mais 90% ressortent dans la rue durant leur parcours scolaire et une fois aux portes du baccalauréat ». Et  de se demander «ces enfants vont où ?».La plupart vont alimenter les gangs, versent dans la délinquance, la drogue, à la merci des premiers recruteurs djihadistes. Avec des enseignants mal formés (non intéressés par leur métier), mal payés, évoluant dans des classes souvent délabrées, sans aucun matériel didactique, le résultat ne peut être que celui offert par le système actuel, dira-t-il en substance.

La solution réside selon lui dans la redevabilité sociale, telle que préconisée par le Projet TOME, à travers un comité de suivi participatif au niveau de chaque école. Ce principe repose sur le fait que l’éducation est l’affaire de tout le monde et que la solution doit venir aussi bien de l’Etat, du secteur privé, des mécènes, des parents d’élèves, de la société civile, des partenaires, dans un même élan coordonné et planifié.

NGaïdé Alassane, encore sur le rôle des APE

Conseiller du Ministre de l’Education Nationale en charge de la Promotion du Partenariat avec les syndicats et les APE, NGaïdé Alassane, est revenu sur le rôle des APE, comme partenaire essentiel du système éducatif. Il a évoqué l’institutionnalisation de ce partenariat entre le Ministère et les APE à travers la révision en cours du Décret 137-1999, soulignant que les parents d’élèves disposent pour leurs actions de prérogatives tirées du circulaire du ministre, de la mise en place de comités de veille, entre autres mécanismes d’intervention.

Des discussions, questions et interventions pertinentes de la part des participants ont par la suite émaillé les débats.

Cheikh Aïdara


ECODEV, le bilan de 20 ans d’actions pour le développement

Créé en 1999, ECODEV vient de fêter ses 20 ans. C’était en marge de l’Assemblée générale annuelle organisée à Nouakchott les 10 et 11 avril 2019, en présence de délégués venus de plusieurs régions du pays. L’occasion pour l’ONG de présenter une vidéo retraçant ses vingt-ans d’actions en faveur du développement local et communautaire, dans des localités rurales et semi-urbaines  dans les Wilayas de l’Assaba, du Gorgol, du Trarza, des deux Hodhs, du Tagant, notamment.

De G. à Dr. directrice au Ministère de l’Intérieur, Directeur de la Société Civile et Président ECODEV (photo Aidara)

Ouvrant la cérémonie officielle, le Directeur des relations avec la société civile au Commissariat aux droits de l’homme, Mohameden Ould Horma, a félicité les organisateurs pour leur «engagement soutenu pour le développement.» Il a indiqué que les autorités «apprécient l’engagement de l’ONG ECODEV à améliorer les conditions de vie des populations», tout en rappelant les efforts menés par le gouvernement pour encadrer et faciliter la contribution de la société civile dans l’élan de développement.

Auparavant, le Président d’ECODEV, Sidi Ould Khalifou, a rappelé que l’ONG avait «mis en place dès ses débuts une approche méthodologique basée sur la compétence, le respect des engagements et la rigueur». Ce qui va lui attirer au fil des ans la confiance des bailleurs et des partenaires au développement,  notamment l’Union européenne, la Banque Mondiale, les Coopérations française, allemande et espagnole, la Principauté de Monaco, Kosmos Energy, BP, Tasiast, etc.

Stand en marge de la manifestation (Crédit Aidara)

Selon Sidi Khalifou, ECODEV qui a acquis une expertise certaine dans le domaine du développement, s’oriente vers la consolidation des objectifs qu’elle s’est tracés dans sa Stratégie 2016-2020, en parfait alignement avec les ODD et la SCAPP, avec un accent particulier sur deux nouveaux créneaux, l’éducation primaire de base avec l’implication des Associations de Parents d’élèves et d’étudiants (APE), mais aussi l’entreprenariat et l’emploi des jeunes. Ces deux thèmes ont d’ailleurs fait l’objet de deux débats animés par des experts le 11 avril 2019.

La première journée de ces «20 ans d’Engagement pour le Développement de la Mauritanie » s’est ainsi achevée par l’élection d’un bureau, avec maintien de Sidi Ould Khalifou à la tête de l’ONG. Un stand présentant les différents projets menés par ECODEV, a été organisé dans les coulisses.

Cheikh Aïdara 

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Birame Dah Abeid : «le G 5 Sahel, c’est le choix entre les dictatures d’Etat et le terrorisme, et je refuse de choisir entre le choléra et la peste»

Au cours d’une conférence de presse animée lundi 8 avril 2019 au siège du parti Sawab qui soutient sa candidature à la Magistrature suprême dont l’élection est prévue en juin 2019, l’antiesclavagiste et député Birame Dah Abeid a décrit le G 5 Sahel comme le club des dictatures imposées aux peuples de la sous-région au nom de la lutte contre le terrorisme.  Selon lui, ce regroupement informel qui navigue hors des structures des Nations-Unies et de l’Union Africaine sert comme marketing politique à des Chefs d’Etat honnis par leur peuple dont ils sont loin des préoccupations. «Pourquoi les pays du G 5 Sahel n’ont pas dénoncé le génocide des Peuls au Mali, ou la situation des esclaves et la question négro-mauritanienne en Mauritanie ?» s’est-il interrogé.

Au cours de cette rencontre avec la presse, Birame Dah Abeid a abordé plusieurs autres questions, dont la détention des deux blogueurs Ould Wedadi et Ould Jidou, «des détenus d’opinion dont le seul tort est d’avoir répercuté des informations faisant état du gel aux Emirats Arabes Unis de plus de 2 milliards de dollars déposés par des proches du locataire du Palais présidentiel » a-t-il souligné.

Il  a évoqué l’élection présidentielle à venir et l’impérieuse nécessité pour les candidats de l’opposition de coordonner leurs actions dès maintenant en vue du second tour qui serait selon lui, inéluctable. «Aucun des candidats en lice ne peut passer au premier tour, si le scrutin se déroule dans la transparence et l’équité » a-t-il déclaré. «Avec ma candidature, celle de Sidi Mohamed Ould Boubacar, de Mohamed Ould Maouloud et de Kane Hamidou Baba, la boucle est bouclée pour les candidats de l’opposition » a-t-il énuméré. Selon Birame, l’opposition doit planifier sa participation de sorte à se faire représenter dans l’ensemble des bureaux de vote et sur toute l’étendue du territoire, soulignant que les populations ont un grand rôle à jouer dans la lutte contre la fraude électorale et la transparence du scrutin. «Le peuple doit barrer le chemin au candidat du pouvoir qui n’est en réalité que le prolongement d’un système qui veut se perpétuer sous la fausse couverture d’un candidat nouveau derrière lequel il va continuer à tirer les ficelles » a-t-il prévenu.

Pour Birame, il n’y a pas eu de coup d’Etat blanc de la part de l’armée contre Mohamed Abdel Aziz, comme le prétend ses soutiens. «Mohamed Abdel Aziz continue d’avoir les pleins pouvoirs de nuisibilité, lui qui vient d’apporter un nouveau coup dur contre des associations qui œuvrent pour la cohésion sociale, l’unité nationale et les actions humanitaires, comme «Main dans la Main » et «El Islah » qu’il vient de faire interdire » a-t-il ajouté.

Sur la question des parrainages imposée par la loi électorale aux candidats à la présidentielle, à savoir la caution morale d’au moins cent conseillers municipaux dont cinq maires, Birame Dah Abeid a déclaré détenir plus que ce que la loi exige. «Le problème, ce ne sont pas les parrainages, mais le refus des autorités compétentes à recevoir les parrainages à mon profit, comme les quatre conseillers municipaux de Mâle (Brakna) qui se sont vus refoulés par le commandant de brigade de gendarmerie lorsqu’ils se sont présentés à lui pour cautionner ma candidature » a-t-il mentionné. «La logique actuelle du pouvoir est de m’empêcher de participer à l’élection présidentielle en vue, mais je vous dis que cela ne se passera pas aussi facilement comme le veut les tenants du système » a-t-il prévenu.

Birame est revenu une nouvelle fois sur la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qu’il qualifie de structure dépendante, avec un directoire acquis au candidat du pouvoir. Selon lui, les tenants du système sont aux abois, car ils ne font confiance ni aux prétendus soutiens qui les entourent actuellement ni aux membres du parti-Etat qui  ont déployé tout leur arsenal pour accueillir leur candidat au cours de sa récente tournée, qui se poursuit encore. «Sinon, pourquoi refuser de faire de la CENI, une structure réellement crédible pour gérer en toute impartialité et transparence l’élection présidentielle, comme ce fut le cas en 2009 et en 2013 où la présidence de la CENI a été confiée à l’opposition ? » s’est-il interrogé.

Cheikh Aïdara


Birame Dah Abeid, «le refus par le pouvoir de procéder à la recomposition de la CENI, procède d’un manque de confiance du pouvoir et de son candidat à se prêter au jeu démocratique »

Birame Dah Abeid, président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie (IRA), candidat à la présidentielle de 2014 et député à l’Assemblée Nationale, a annoncé le 25 mars dernier sa candidature à l’élection présidentielle de juin 2019. C’était au cours d’un meeting populaire organisé à l’Ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott, en présence des ténors de l’opposition et de Sidi Mohamed Boubacar, ancien Premier Ministre et candidat au même scrutin. Dans cet entretien, il est revenu sur sa première expérience en 2014, mais aussi sur ses soutiens, sur le refus du pouvoir de reconstituer la CENI, sur ses relations avec les autres candidats de l’opposition, notamment Sidi Mohamed Boubacar, mais aussi sur le programme de société qu’il propose aux Mauritaniens.

Birame Dah Abeid lors de l’annonce de sa candidature (Crédit Aidara)

Par rapport à votre déclaration de candidature à la présidentielle de 2014, qu’est-ce qui a changé selon vous en 2019 ?

Birame Dah Abeid : beaucoup de choses  ont changé en 2019, par rapport à ma première déclaration de candidature à la magistrature en 2014, qui n’était en réalité qu’une candidature test faite à l’improviste, que nous jugeons positive et qui nous a aidés à préparer les échéances actuelles. Entre 2014 et 2019, j’ai passé la moitié de cette période confronté à  de multiples exactions et emprisonnements, dont la dernière, lors des dernières élections partielles, où on m’a emprisonné pour m’empêcher de battre campagne en tant que candidat à la députation. Se sont ajoutées à ces exactions, les interdictions qui nous ont frappés, interdiction de sortir de la Capitale, interdiction d’organiser des rassemblements et de rencontrer les populations. Je pense que nous avons remporté le bras de fer qui nous a opposé au pouvoir et qui voulait nous éradiquer avant 2019. Nous sommes encore plus présents sur la scène, mais surtout nous sommes les plus présents et les plus forts en termes de contenus et de soutien populaire. Je pense que 2019 sera l’année de la victoire.

A part le parti SAWAB qui soutient votre candidature, y a-t-il d’autres forces politiques ou mouvements qui vous soutiennent ou qui comptent vous soutenir dans ces élections de 2019 ?

Birame Dah Abeid : nous sommes restés dans la même projection d’une opposition sociale populaire droits de l’hommiste qui s’appuie sur la force populaire. C’est ce qui a été la base de la force d’IRA. Cette candidature s’appuie sur la forte opposition des populations mauritaniennes au régime de prédation économique, d’injustices, de racisme et de discrimination, qui a appauvri la population. C’est sur cette opposition populaire que nous nous basons et non pas sur des oppositions institutionnelles comme les partis politiques. Ces derniers n’ont pas pu réussir au premier test que leur dicte la situation exceptionnelle actuelle, en ne parvenant pas à s’accorder sur un candidat unique, alors que l’occasion d’un changement radical qui s’offre à eux aujourd’hui, risque de ne pas se répéter de sitôt. Je pense que la seule opposition, c’est l’opposition populaire, les partis politiques ayant été affaiblis et dégarnis par des années d’usure de la part du pouvoir en place. Ce qui fait que depuis l’avènement de Mohamed Abdel Aziz au pouvoir, la vraie opposition a vécu dans l’illégalité, que cela soit dans les mouvements de jeunes et de la société civile, dont IRA est le fer de lance. C’est cette opposition qui détient réellement la légitimité populaire et électorale. Je pense que nous détenons cette légitimité car nous fédérons toute cette opposition non institutionnelle, ce courant populaire qui traverse tous les pans de la société. C’est de là que nous tirons notre force, et non de la somme de soutiens de partis politiques qui se sont éparpillés entre soutiens au pouvoir et soutiens à d’autres candidats indépendants.

On vous a vus très proches de l’ancien Premier ministre et candidat comme vous à la Magistrature Suprême, Sidi Mohamed Ould Boubacar. Qu’est-ce qui vous rapproche de ce candidat ?

Birame Dah Abeid, entouré de Sidi Mohamed Boubacar (à gauche) et du président de Sawab (à droite) (Crédit Cridem)

Birame Dah Abeid : notre mot d’ordre est de rassembler au maximum toutes les forces qui s’opposent, même de façon conjoncturelle, au pouvoir de Mohamed Abdel Aziz et à la reconduction de ce pouvoir pour une nouvelle décennie pendant laquelle Mohamed Abdel Aziz va continuer à tirer les ficelles dans le dos de son pantin, Mohamed Ould Ghazwani. Nous pensons qu’il est urgent et juste de rassembler toutes les forces, mêmes celles qui sont issues de la désagrégation des groupes qui étaient dans le pouvoir et qui nous ont rejoins dans notre combat contre le système en place dans cette phase conjoncturelle. Je pense qu’il faut aussi unir nos forces, au sein de cette grande opposition, pour barrer le chemin au candidat du pouvoir qui ne ferait que prolonger la souffrance des populations et maintenir les injustices. Le candidat Sidi Mohamed Ould Boubacar est parvenu à rassembler une partie des forces qui étaient au sein du pouvoir et qui veulent se démarquer dans cette phase des présidentielles ainsi que des forces de l’opposition représentées par des partis politiques, comme Tawassoul. Il faut donc s’engager dans ce jeu de l’alternance qui ne peut se faire sans susciter des fissures au sein des groupes dominants.

Le gouvernement, par le biais du Ministère de l’Intérieur, vient de rejeter la principale revendication de l’opposition, c’est-à-dire la recomposition de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), qu’en pensez-vous ?

Birame Dah Abeid : le pouvoir par son refus de permettre la recomposition de la CENI selon les principes fondateurs de la loi électorale, enfreint le jeu démocratique, ce qui constitue un argument de moins à la charge du pouvoir qui n’a pas pu s’apprêter au jeu de la transparence même dans ses principes les plus élémentaires. La CENI doit être constituée de personnalités issues de l’opposition et du pouvoir, alors que tous les membres de la CENI actuelle ont déjà déclaré allégeance et soutien au candidat du pouvoir, Mohamed Ould Ghazwani, à part un seul membre qui est de l’opposition, l’Alliance Populaire Progressiste (APP), parti qui n’a pas encore déclaré sa position. Ce refus du pouvoir de recomposer la CENI, est une aberration tranchée par rapport au sentiment victorieux qu’avait Mohamed Abdel Aziz en 2009 lorsqu’il avait confié la CENI à l’opposition. La position actuelle du pouvoir tranche aussi avec l’esprit de 2013 lorsque Mohamed Abdel Aziz avait accepté de confier la direction de la CENI à un membre de l’opposition, Ould Soueid’Ahmed de l’APP, qui a été nommé par Messaoud Ould Boulkheïr. Nous pensons que cette fois-ci, Mohamed Abdel Aziz et son candidat Ould Ghazwani ne sont pas en confiance par rapport au vote libre des électeurs mauritaniens, mais aussi, ils ne font pas confiance à ces vagues de soutien et de Moubadarat qui semblent ne pas les convaincre. C’est pourquoi ils tiennent à maintenir cette CENI qui est à leur solde et dont les membres leur obéissent au doigt et à l’œil. Une conférence de presse sera d’ailleurs animée ce mardi 2 avril et le décor sera planté pour un mouvement de résistance contre cette tentative de faire élire le candidat du pouvoir avant l’heure par le biais d’une CENI inféodée.

Certains affirment que le candidat Ould Ghazwani utilise les moyens de l’Etat dans sa tournée actuelle, qu’en pensez-vous ?

Birame Dah Abeid : l’utilisation par le candidat Ould Ghazwani des moyens de l’Etat n’est qu’un signe de panique qui s’empare du pouvoir et sa tentative de vouloir confisquer le vote des électeurs en s’accaparant les symboles de l’Etat, l’administration et l’armée. Mais cette fois-ci, le morceau sera dur à faire avaler au peuple mauritanien.

L’argent est le nerf de la guerre dans toute élection. Avez-vous reçu d’aides ou de soutiens de la part d’hommes d’affaires mauritaniens ?

Birame Dah Abeid : nous ne sommes soutenus par aucun homme d’affaires. D’ailleurs, tous les hommes d’affaires craignent les représailles pour oser soutenir un opposant. Ils sont tous sous la coupole du régime de Mohamed Abdel Aziz qui n’hésite pas à suspendre sur leur tête l’épée de Damoclèes de la répression fiscale, mais aussi celle de l’exclusion de tout marché public, sans compter les entraves à leurs activités. Ils sont tous tenus également de financer les campagnes du pouvoir pour ne pas subir de sanctions et des représailles. Aussi, aucun d’entre eux n’ose s’afficher ou aider un candidat opposé au pouvoir.

Quel est en résumé, le programme de société que vous proposez aux Mauritaniens ?

Birame Dah Abeid : dans une formule très ramassée s’agissant de mon programme, je compte restaurer la moralité de la vie publique et assurer une meilleure gouvernance, restaurer la confiance entre la nation et sa classe politique, entre l’administration et ses administrés, assurer l’égalité de tous devant la loi, restaurer l’existence et l’action des structures d’inspections et de contrôles crédibles des finances publiques, garantir l’exercice d’une presse libre et responsable.  Ces paramètres doivent être résolument ramenés. Il faut aussi maintenir les hommes politiques, les cadres de l’administration publique et parapublique dans le strict respect de l’éthique républicaine et de la bonne gouvernance. Toutefois, ce thème de bonne gouvernance peut donner l’impression d’être un critère purement exogène imposé par les institutions internationales, à la limite de l’ingérence pudiquement revêtue de la notion de droit d’ingérence. Il faut bien se persuader que la bonne gouvernance est faite d’abord pour nous-mêmes pour garantir à moyen et long terme les conditions de vie de nos populations.

Propos recueillis par
Cheikh Aïdara