aidara

Retour avec Dr.Bâ Mohamedou sur le détournement de 75.000 Euros de l’ASAC Concorde par la FFRIM

Le site sportif «HALARIM » s’est entretenu il y a quelques jours avec Dr.Bâ Mohamedou, président légitime de l’ASAC Concorde, sur les raisons qui ont abouti, selon lui, «à son éviction par abus de pouvoir de la part du Président de la Fédération mauritanienne de football (FFRIM) qui s’est immiscé dans les affaires intérieures d’un club, en violation des textes de la FIFA, suite au détournement d’un montant de 75.000 Euros, fruit du transfert de deux de ses joueurs, Hacen El Id et Aly Abeid, au club espagnol, Levante».

Dr.Bâ (extrême gauche) en compagnie de Pedro Cortes (agent des joueurs) et son fils, ainsi que Hacen El Id (au centre en tee-shirt blanc) Crédit photo / Dr.Bâ

Cette histoire vieille de plus de deux ans continue d’interroger le milieu sportif mauritanien pas suffisamment édifié sur le cas de l’ASAC Concorde, beaucoup pensant jusque-là à une crise interne au club. Selon Dr.Bâ, «il n’y a jamais eu de problèmes entre les dirigeants, tous les présidents qui se sont succédés à la tête de l’association ont été élus avec démocratie et transparence, car la Concorde est avant tout une famille qui regroupe toutes les communautés qui ont toujours vécu dans la fraternité et l’entente».

C’est sur la base d’un Procès-verbal datant du 11 juillet 2011 que le Dr.Bâ a pris les rennes de l’ASAC Concorde, participant à toutes les activités, notamment les Assemblées générales de la FFRIM, les compétitions organisées par la Ligue Nationale (championnat et coupe du Président). Les problèmes de l’ASAC Concorde ont commencé avec le transfert de deux parmi ses joueurs, selon Dr.Bâ.  Il déclare qu’une fois le montant du transfert détourné avec de fausses factures, le président de la FFRIM, a refait surface avec une mystérieuse circulaire taillée sur mesure datant du 19 janvier 2016 lui permettant de s’immiscer dans le fonctionnement d’une association qui menait tranquillement ses activités. La FFRIM par abus d’autorité avait imposé un nouveau collège électoral de 120 membres alors que l’Assemblée générale du club ne regroupe que 49 membres.

«Il s’agit d’un dangereux précédent que rien ne pouvait justifier, d’autant qu’il met en péril notre football national, voir même la crédibilité des institutions du football international » a souligné Dr.Bâ, qui ajoute : «les dirigeants légitimes de l’ASAC Concorde, face à cette situation inique, ont décidé de réagir de façon ferme et soutenue par rapport à de tels agissements irresponsables venant du président de la FFRIM».

Il est à rappeler que la Chambre Civile du tribunal de Nouakchott avait  ordonné d’abord le blocage du montant, source de la plainte déposée par la direction du club sous la férule du Dr.Bâ, puis le 27 février 2017, elle a requis auprès de la FFRIM le remboursement de la totalité du montant. Cette décision a été confirmée par la Cour d’Appel le 27 février 2018. Cependant, Dr.Bâ Mohamedou estime que l’ASAC Concorde reste otage de la FFRIM et de son président, soutenant que les actions de la justice se poursuivent pour l’exécution des sentences prononcées par les autorités judiciaires, en parallèle avec les autres actions menées au niveau de la FIFA et des autres organismes de régulation du football mondial.

Cheikh Aïdara


Les femmes et les filles au cœur d’une rencontre des pays SWEDD à Nouakchott du 12 au 15 février 2019

Dans le cadre du projet SWEDD qui œuvre à l’amélioration des conditions de vie des femmes et des jeunes filles et à la réduction des inégalités de genre dans le Sahel, se tiendront deux ateliers, du 12 au 15 février 2019, à Nouakchott, Mauritanie. Pendant quatre jours juristes et experts en droits des sept pays membres du SWEDD (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) se réuniront dans le cadre d’un Atelier d’échanges et de partages d’expériences entre des intervenants sur les cadres juridiques et législatifs relatifs à l’autonomisation des femmes et des filles. Cette rencontre a pour objet la création d’un environnement législatif et juridique pour une application effective des lois en faveur de la promotion de l’autonomisation des femmes et des filles. Les lois des pays du SWEDD en lien avec les thématiques principales du SWEDD, à savoir : le mariage des enfants, les mutilations génitales féminines et la promotion de la scolarisation des filles seront analysées, les lacunes identifiées, les propositions pour les améliorer seront faites et les bonnes leçons seront tirées pour inspirer le plaidoyer pour tous les pays.

Parallèlement se tiendra la Formation de formateurs pour les leaders religieux de confession musulmane du Sahel sur les thématiques de lutte contre le mariage d’enfants, la promotion de l’éducation des filles, l’autonomisation des femmes et l’espacement des naissances. Un atelier, très important dans la stratégie du projet SWEDD, qui valorise et facilite l’engagement des chefs religieux auprès de leurs communautés, de leur apporter des compétences appropriées leur permettant ensuite, d’aider leurs fidèles à faire des choix informés et éclairés sur des décisions relatives à leur santé et à leur bien-être.
Pour se faire, des méthodes et techniques de communication pour un changement social et de comportement seront le socle du processus de formation basé sur un curriculum adapté aux besoins des chefs religieux pour mieux les outiller dans la promotion des thématiques du projet SWEDD dans les zones vulnérables du projet. Les thématiques ciblées sont les politiques, règles et lois pour développer des cercles d’influence, aux normes sociales, à la sécurité et le bien-être des femmes et des enfants dans les zones de conflits et de vulnérabilité, en vue de développer un plaidoyer à l’endroit des communautés ayant des  taux élevés de mariages précoces et de naissances précoces pour un développement prospère, durable et inclusif des communautés, qui requiert la participation et l’engagement de ces chefs religieux.

L’atelier est organisé par l’Unité de Coordination du Projet SWEDD en Mauritanie, le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) et la Banque mondiale, en collaboration avec le Centre Islamique International pour la Recherche et les Etudes en Population de l’Université Al-Azhar du Caire.

Pour rappel, le projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel (SWEDD) a été lancé en novembre 2015 dans six pays (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) avec le soutien financier de la Banque mondiale, l’appui technique du Fond des Nations Unies pour la population (UNFPA) et de l’organisation Ouest-Africaine pour la Santé (OOAS) pour accroître l’accès des femmes et des adolescentes à la santé sexuelle et reproductive, notamment la planification familiale volontaire et la santé maternelle. Le projet SWEDD améliore également la santé et la nutrition des enfants, renforce l’éducation des filles et s’emploie à mettre fin au mariage des enfants et à d’autres pratiques néfastes.
A savoir :

  • Le Bénin est officiellement devenu membre du SWEDD le 25 janvier 2019.
  • Le projet a été prolongé jusqu’en décembre 2023.
  • Les ministres africains en charge des questions de population et développement réunis en octobre 2018, à Accra, Ghana, dans le cadre de décisions pour impulser une dynamique d’accélération des mesures et réponses concrètes aux engagements internationaux et continentaux en faveur du Dividende Démographique, ont unanimement recommandé l’extension du projet SWEDD à tous les pays du Continent.


Ghazwani, le meilleur choix après le meilleur des présidents, Mohamed Abdel Aziz

Après plus de dix ans de réalisations titanesques, l’un des meilleurs présidents que la Mauritanie a connus, bâtisseur de la IIème République, Mohamed Abdel Aziz, est sorti par la grande porte, en refusant de toucher à la Constitution pour se représenter à un troisième mandat que le peuple mauritanien était prêt à lui offrir sur un plateau d’argent. Une première dans un continent africain et dans un monde arabe, où la règle est  la pérennisation au pouvoir, dût-il être sur des cadavres et sur les décombres d’Etats saignés à blanc, dépouillés à sec.

Aliou Sarr

En choisissant un homme du sérail, ancien général de l’armée, connaisseur du monde public ainsi que des rouages de la géostratégie politique et sécuritaire de la région, tout en étant conscient du lourd héritage qui lui est légué, le président Mohamed Abdel Aziz, a le souci de la succession dans la continuité, pour préserver les acquis, assurer la stabilité d’un pays entouré de zones d’instabilité et poursuivre l’œuvre de développement à l’orée d’importantes exploitations gazières qui ne manqueront pas d’attiser les convoitises.

En effet, l’important projet de construction, entamée en 2008, sous les auspices de Mohamed Abdel Aziz, doit se poursuivre sans secousses telluriques. Une transmission du pouvoir, déjà largement plébiscitée, qui est synonyme de maturité dans l’exercice démocratique, valant à la Mauritanie des avancées spectaculaires sur le plan diplomatique. Cette œuvre de construction qui s’est traduite par la mise sur pied d’une armée restructurée, fer de lance de la politique sécuritaire au sein du G5 dont la Mauritanie assure le leadership, est la pierre angulaire qui scelle la confiance accordée par les partenaires internationaux à la lutte contre le terrorisme dans le Sahel.

Si le départ du pouvoir de Mohamed Abdel Aziz pouvait constituer un élément d’inquiétude de la part des acteurs  au Sahel, l’arrivée de Mohamed Cheikh dit Ghazwani, comble parfaitement ces frémissements. Longtemps chef d’Etat-major des Forces armées mauritaniennes et artisan de toutes les réformes qu’a connu l’armée,  le candidat à la prochaine présidentielle, est en effet l’homme du consensus tant sur le plan de la sécurité dans la région, que dans le domaine des réformes politiques entamées depuis deux décennies.

Abdallahi dit Alioune Sarr


Birame Dah Abeid, Docteur Honoris Causa de l’Université de Leuven en Belgique

C’est ce lundi 4 février 2019, que Birame Dah Abeid, icône de la lutte contre l’esclavage en Mauritanie, a reçu les palmes de Docteur Honoris Causa de l’Université de Leuven en Belgique. Une distinction qui vient s’ajouter à plusieurs autres titres internationaux, venus couronner un combat de long haleine, parsemé de plusieurs emprisonnements et condamnations dans son pays, où il bouleverse l’ordre établi et s’attire les foudres des conservateurs et autres féodaux.

Voici en intégralité, le discours qu’il a prononcé à l’occasion de sa distinction.

Birame Dah Abeid recevant sa distinction (Crédit Hamady)

Monsieur le Recteur,

Mesdames et messieurs membres du jury,

Mesdames et messieurs les étudiantes et étudiants, chers invités.

Aujourd’hui, je ressens l’honneur et la reconnaissance de mon engagement, de ma douleur et de la rumination de dizaines de millions de forçats, subjuguées sous, d’autres cieux, du seul hasard de leur venue au monde.  Autant de mes semblables endurent, jusqu’à nos jours, le rétrécissement, pour ne pas dire l’amputation de leur être, sous l’emprise du travail forcé ou indécent, du mépris de couleur et de l’infériorité ethnique. L’esclavage, même quant il s’estompe ou disparait comme institution, continue à produire, sur le temps étiré, l’inégalité prosaïque et la honte de soi qu’entraine la moindre conscience de se savoir amoindri, dès la naissance. Un descendant d’esclave s’émancipe au travers de sa descendance et toujours dans l’obstination, pour ne récolter, in fine, que l’évidence de son humanité. Vous semble-t-il concevable de souffrir et de mourir pour une évidence ? Malgré sa banalité, l’article est trop cher payé mais nous autres rejetons de paria n’avons d’autre choix. La liberté s’impose à nous, non en termes de faculté mais de survie. Je vous invite à redécouvrir le sens de cette vocation contrainte, par les exemples familiers à l’entendement de l’Europe, dans la littérature de la Shoah et celle du Goulag.

Mais, soyons équitables et ne nous interdisons l’ironie du paradoxe. Si l’humour est la politesse du désespoir, la lucidité ne dédaigne les coquetteries de la franchise.

Oui, nos anciens maitres sont aussi à plaindre. Ils naissent et grandissent dans la certitude acquise de leur préséance. Contestés ou accusés, ils cherchent argument auprès des promoteurs de la race et de la religion, deux filets létaux quand l’ignorance, le préjugé et la paresse les submergent. Les héritiers des propriétaires de nos aïeuls, de nos pères et mères s’y débattent, aujourd’hui, sans le secours du discernement et finissent par s’épuiser contre la vague irrépressible de notre soif de mieux-vivre. Vous pouvez le comprendre, vous les rescapés de tant de révolutions et de génocides, arrières-enfants de colonisateurs : tôt ou tard, les auteurs et complices d’une hiérarchie fondée sur l’infériorité de l’Autre se trouvent emmurés dans la prédisposition suicidaire à toujours s’imaginer le progrès en ennemi.  Oui, pour son propre salut, la progéniture de ceux qui nous ont asservis des siècles durant, mérite sa dose de thérapie curative. Or, nous en sommes l’unique pilule. Qui veut guérir se doit de nous avaler puis de ravaler l’amertume.

Qui suis-je ? Ma lutte inaugurale, dès l’âge de 10 ans, je la dois à mon père. Il me pressait à me battre contre l’esclavage héréditaire qui décimait sa famille, sur plusieurs générations.

Aussi, étais-je programmé à me tenir, debout, en travers de toute persécution, dans mon pays et ailleurs, quelle qu’en fut la victime. Un opposant banni, un activiste en prison, un objecteur de conscience menacé de peine de mort, une fillette mariée de force, un paysan dépossédé de sa terre, m’interpellent et je ne fuis l’injonction du devoir.

Au-delà des esclaves, ma communauté, beaucoup d’autochtones d’extraction noire africaine subissent, en Mauritanie, la ségrégation et le déni de réparation, après avoir enduré des années de tuerie, de déportation et d’assimilation culturelle.  Les responsables de telles cruautés bénéficient encore de l’immunité, par l’effet d’une loi sur mesure. Je salue, ici, la mémoire des suppliciés et des disparus. Je renouvelle la résolution, à leurs proches, de poursuivre l’effort d’éradiquer l’impunité. Mon admiration va aux Justes, les agitateurs à contresens,  penseurs de la déconstruction,  qui viennent souvent des groupes dominants et s’exposent, ainsi, à l’ostracisme. Leur concours accélère notre dynamique vers l’égalité et nous épargnent, alors, davantage de sacrifices. Grace à eux, la non-violence devient notre réflexe, guère une utopie.

Birame Dah prononçant son allocution (Crédit Hamady)

Chers amis de l’université de Leuven, je vous promets de poursuivre les œuvres de l’humanisme en action,  sur les nobles brisées de Baruch Spinoza, Primo Levi, Martin Luther King, Nelson Mandela et d’Alexandre Soljenitsyne, pour ne citer que les grands maitres. En ce chemin ponctué de ténèbres, mes compagnons d’espérance et moi continuerons de nous éclairer à la lumière de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. L’Universalisme nous guide, je dirais nous rappelle la trivialité exaltante d’appartenir, tous, à la même espèce. Préserver la diversité des langues, des arts et des modes d’organisation sociale anime notre combat, d’où la présence, aujourd’hui, parmi vous. Nous partageons la foi que l’uniformisation par contrainte de corps, la négation de l’individu, l’effacement des singularités et l’aversion de l’altérité diminuent les défenses immunitaires de chaque population, face au fanatisme, la tuberculose de notre siècle adolescent.

Notre tension vers la possibilité élargie du bonheur et le désir d’en faire jouir le plus grand nombre, opère ici et maintenant, sur terre, point en dessous. Nous ne pouvons attendre de mourir pour mériter la justice. C’est en cela que nous avons besoin de vous, nos frères en humanité.

Je vous remercie
Biram Dah Abeid