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Les femmes et les filles au cœur d’une rencontre des pays SWEDD à Nouakchott du 12 au 15 février 2019

Dans le cadre du projet SWEDD qui œuvre à l’amélioration des conditions de vie des femmes et des jeunes filles et à la réduction des inégalités de genre dans le Sahel, se tiendront deux ateliers, du 12 au 15 février 2019, à Nouakchott, Mauritanie. Pendant quatre jours juristes et experts en droits des sept pays membres du SWEDD (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) se réuniront dans le cadre d’un Atelier d’échanges et de partages d’expériences entre des intervenants sur les cadres juridiques et législatifs relatifs à l’autonomisation des femmes et des filles. Cette rencontre a pour objet la création d’un environnement législatif et juridique pour une application effective des lois en faveur de la promotion de l’autonomisation des femmes et des filles. Les lois des pays du SWEDD en lien avec les thématiques principales du SWEDD, à savoir : le mariage des enfants, les mutilations génitales féminines et la promotion de la scolarisation des filles seront analysées, les lacunes identifiées, les propositions pour les améliorer seront faites et les bonnes leçons seront tirées pour inspirer le plaidoyer pour tous les pays.

Parallèlement se tiendra la Formation de formateurs pour les leaders religieux de confession musulmane du Sahel sur les thématiques de lutte contre le mariage d’enfants, la promotion de l’éducation des filles, l’autonomisation des femmes et l’espacement des naissances. Un atelier, très important dans la stratégie du projet SWEDD, qui valorise et facilite l’engagement des chefs religieux auprès de leurs communautés, de leur apporter des compétences appropriées leur permettant ensuite, d’aider leurs fidèles à faire des choix informés et éclairés sur des décisions relatives à leur santé et à leur bien-être.
Pour se faire, des méthodes et techniques de communication pour un changement social et de comportement seront le socle du processus de formation basé sur un curriculum adapté aux besoins des chefs religieux pour mieux les outiller dans la promotion des thématiques du projet SWEDD dans les zones vulnérables du projet. Les thématiques ciblées sont les politiques, règles et lois pour développer des cercles d’influence, aux normes sociales, à la sécurité et le bien-être des femmes et des enfants dans les zones de conflits et de vulnérabilité, en vue de développer un plaidoyer à l’endroit des communautés ayant des  taux élevés de mariages précoces et de naissances précoces pour un développement prospère, durable et inclusif des communautés, qui requiert la participation et l’engagement de ces chefs religieux.

L’atelier est organisé par l’Unité de Coordination du Projet SWEDD en Mauritanie, le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) et la Banque mondiale, en collaboration avec le Centre Islamique International pour la Recherche et les Etudes en Population de l’Université Al-Azhar du Caire.

Pour rappel, le projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel (SWEDD) a été lancé en novembre 2015 dans six pays (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) avec le soutien financier de la Banque mondiale, l’appui technique du Fond des Nations Unies pour la population (UNFPA) et de l’organisation Ouest-Africaine pour la Santé (OOAS) pour accroître l’accès des femmes et des adolescentes à la santé sexuelle et reproductive, notamment la planification familiale volontaire et la santé maternelle. Le projet SWEDD améliore également la santé et la nutrition des enfants, renforce l’éducation des filles et s’emploie à mettre fin au mariage des enfants et à d’autres pratiques néfastes.
A savoir :

  • Le Bénin est officiellement devenu membre du SWEDD le 25 janvier 2019.
  • Le projet a été prolongé jusqu’en décembre 2023.
  • Les ministres africains en charge des questions de population et développement réunis en octobre 2018, à Accra, Ghana, dans le cadre de décisions pour impulser une dynamique d’accélération des mesures et réponses concrètes aux engagements internationaux et continentaux en faveur du Dividende Démographique, ont unanimement recommandé l’extension du projet SWEDD à tous les pays du Continent.


Ghazwani, le meilleur choix après le meilleur des présidents, Mohamed Abdel Aziz

Après plus de dix ans de réalisations titanesques, l’un des meilleurs présidents que la Mauritanie a connus, bâtisseur de la IIème République, Mohamed Abdel Aziz, est sorti par la grande porte, en refusant de toucher à la Constitution pour se représenter à un troisième mandat que le peuple mauritanien était prêt à lui offrir sur un plateau d’argent. Une première dans un continent africain et dans un monde arabe, où la règle est  la pérennisation au pouvoir, dût-il être sur des cadavres et sur les décombres d’Etats saignés à blanc, dépouillés à sec.

Aliou Sarr

En choisissant un homme du sérail, ancien général de l’armée, connaisseur du monde public ainsi que des rouages de la géostratégie politique et sécuritaire de la région, tout en étant conscient du lourd héritage qui lui est légué, le président Mohamed Abdel Aziz, a le souci de la succession dans la continuité, pour préserver les acquis, assurer la stabilité d’un pays entouré de zones d’instabilité et poursuivre l’œuvre de développement à l’orée d’importantes exploitations gazières qui ne manqueront pas d’attiser les convoitises.

En effet, l’important projet de construction, entamée en 2008, sous les auspices de Mohamed Abdel Aziz, doit se poursuivre sans secousses telluriques. Une transmission du pouvoir, déjà largement plébiscitée, qui est synonyme de maturité dans l’exercice démocratique, valant à la Mauritanie des avancées spectaculaires sur le plan diplomatique. Cette œuvre de construction qui s’est traduite par la mise sur pied d’une armée restructurée, fer de lance de la politique sécuritaire au sein du G5 dont la Mauritanie assure le leadership, est la pierre angulaire qui scelle la confiance accordée par les partenaires internationaux à la lutte contre le terrorisme dans le Sahel.

Si le départ du pouvoir de Mohamed Abdel Aziz pouvait constituer un élément d’inquiétude de la part des acteurs  au Sahel, l’arrivée de Mohamed Cheikh dit Ghazwani, comble parfaitement ces frémissements. Longtemps chef d’Etat-major des Forces armées mauritaniennes et artisan de toutes les réformes qu’a connu l’armée,  le candidat à la prochaine présidentielle, est en effet l’homme du consensus tant sur le plan de la sécurité dans la région, que dans le domaine des réformes politiques entamées depuis deux décennies.

Abdallahi dit Alioune Sarr


Birame Dah Abeid, Docteur Honoris Causa de l’Université de Leuven en Belgique

C’est ce lundi 4 février 2019, que Birame Dah Abeid, icône de la lutte contre l’esclavage en Mauritanie, a reçu les palmes de Docteur Honoris Causa de l’Université de Leuven en Belgique. Une distinction qui vient s’ajouter à plusieurs autres titres internationaux, venus couronner un combat de long haleine, parsemé de plusieurs emprisonnements et condamnations dans son pays, où il bouleverse l’ordre établi et s’attire les foudres des conservateurs et autres féodaux.

Voici en intégralité, le discours qu’il a prononcé à l’occasion de sa distinction.

Birame Dah Abeid recevant sa distinction (Crédit Hamady)

Monsieur le Recteur,

Mesdames et messieurs membres du jury,

Mesdames et messieurs les étudiantes et étudiants, chers invités.

Aujourd’hui, je ressens l’honneur et la reconnaissance de mon engagement, de ma douleur et de la rumination de dizaines de millions de forçats, subjuguées sous, d’autres cieux, du seul hasard de leur venue au monde.  Autant de mes semblables endurent, jusqu’à nos jours, le rétrécissement, pour ne pas dire l’amputation de leur être, sous l’emprise du travail forcé ou indécent, du mépris de couleur et de l’infériorité ethnique. L’esclavage, même quant il s’estompe ou disparait comme institution, continue à produire, sur le temps étiré, l’inégalité prosaïque et la honte de soi qu’entraine la moindre conscience de se savoir amoindri, dès la naissance. Un descendant d’esclave s’émancipe au travers de sa descendance et toujours dans l’obstination, pour ne récolter, in fine, que l’évidence de son humanité. Vous semble-t-il concevable de souffrir et de mourir pour une évidence ? Malgré sa banalité, l’article est trop cher payé mais nous autres rejetons de paria n’avons d’autre choix. La liberté s’impose à nous, non en termes de faculté mais de survie. Je vous invite à redécouvrir le sens de cette vocation contrainte, par les exemples familiers à l’entendement de l’Europe, dans la littérature de la Shoah et celle du Goulag.

Mais, soyons équitables et ne nous interdisons l’ironie du paradoxe. Si l’humour est la politesse du désespoir, la lucidité ne dédaigne les coquetteries de la franchise.

Oui, nos anciens maitres sont aussi à plaindre. Ils naissent et grandissent dans la certitude acquise de leur préséance. Contestés ou accusés, ils cherchent argument auprès des promoteurs de la race et de la religion, deux filets létaux quand l’ignorance, le préjugé et la paresse les submergent. Les héritiers des propriétaires de nos aïeuls, de nos pères et mères s’y débattent, aujourd’hui, sans le secours du discernement et finissent par s’épuiser contre la vague irrépressible de notre soif de mieux-vivre. Vous pouvez le comprendre, vous les rescapés de tant de révolutions et de génocides, arrières-enfants de colonisateurs : tôt ou tard, les auteurs et complices d’une hiérarchie fondée sur l’infériorité de l’Autre se trouvent emmurés dans la prédisposition suicidaire à toujours s’imaginer le progrès en ennemi.  Oui, pour son propre salut, la progéniture de ceux qui nous ont asservis des siècles durant, mérite sa dose de thérapie curative. Or, nous en sommes l’unique pilule. Qui veut guérir se doit de nous avaler puis de ravaler l’amertume.

Qui suis-je ? Ma lutte inaugurale, dès l’âge de 10 ans, je la dois à mon père. Il me pressait à me battre contre l’esclavage héréditaire qui décimait sa famille, sur plusieurs générations.

Aussi, étais-je programmé à me tenir, debout, en travers de toute persécution, dans mon pays et ailleurs, quelle qu’en fut la victime. Un opposant banni, un activiste en prison, un objecteur de conscience menacé de peine de mort, une fillette mariée de force, un paysan dépossédé de sa terre, m’interpellent et je ne fuis l’injonction du devoir.

Au-delà des esclaves, ma communauté, beaucoup d’autochtones d’extraction noire africaine subissent, en Mauritanie, la ségrégation et le déni de réparation, après avoir enduré des années de tuerie, de déportation et d’assimilation culturelle.  Les responsables de telles cruautés bénéficient encore de l’immunité, par l’effet d’une loi sur mesure. Je salue, ici, la mémoire des suppliciés et des disparus. Je renouvelle la résolution, à leurs proches, de poursuivre l’effort d’éradiquer l’impunité. Mon admiration va aux Justes, les agitateurs à contresens,  penseurs de la déconstruction,  qui viennent souvent des groupes dominants et s’exposent, ainsi, à l’ostracisme. Leur concours accélère notre dynamique vers l’égalité et nous épargnent, alors, davantage de sacrifices. Grace à eux, la non-violence devient notre réflexe, guère une utopie.

Birame Dah prononçant son allocution (Crédit Hamady)

Chers amis de l’université de Leuven, je vous promets de poursuivre les œuvres de l’humanisme en action,  sur les nobles brisées de Baruch Spinoza, Primo Levi, Martin Luther King, Nelson Mandela et d’Alexandre Soljenitsyne, pour ne citer que les grands maitres. En ce chemin ponctué de ténèbres, mes compagnons d’espérance et moi continuerons de nous éclairer à la lumière de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. L’Universalisme nous guide, je dirais nous rappelle la trivialité exaltante d’appartenir, tous, à la même espèce. Préserver la diversité des langues, des arts et des modes d’organisation sociale anime notre combat, d’où la présence, aujourd’hui, parmi vous. Nous partageons la foi que l’uniformisation par contrainte de corps, la négation de l’individu, l’effacement des singularités et l’aversion de l’altérité diminuent les défenses immunitaires de chaque population, face au fanatisme, la tuberculose de notre siècle adolescent.

Notre tension vers la possibilité élargie du bonheur et le désir d’en faire jouir le plus grand nombre, opère ici et maintenant, sur terre, point en dessous. Nous ne pouvons attendre de mourir pour mériter la justice. C’est en cela que nous avons besoin de vous, nos frères en humanité.

Je vous remercie
Biram Dah Abeid

 


Pêcheurs mauritaniens et sénégalais autour de la gestion de la ressource et le bon voisinage

Après Dakar 2018, les acteurs de la pêche artisanale du Sénégal et de la Mauritanie se sont réunis à Nouakchott sur l’initiative des organisations professionnelles en Mauritanie, notamment la FNPA et le Comité de Cogestion des Pêches de Nouakchott et le Comité National de dialogue Social Pêche Aquaculture et le CONIPAS du Sénégal. Cofinancé par le BIT et le Projet d’appui à la contribution effective de la société civile à la bonne gouvernance et au développement de la pêche artisanale en Mauritanie, mis en œuvre par l’ASSPCI/FNPA avec le cofinancement de L’UE, l’atelier qui a réuni les deux parties a porté sur la bonne gestion transfrontalière des produits halieutiques et les problèmes de voisinage.

@Crédit Aidara

Nouakchott a abrité du 23 au 25 janvier 2019 la «Rencontre sous-régionale des acteurs de la société civile de la pêche artisanale sur la gouvernance transfrontalière et le développement des pêcheries entre la Mauritanie et le Sénégal». Cette rencontre, après celle de juillet 2018 à Dakar, a permis un échange entre acteurs des deux pays. Elle intervient après les nouveaux accords de pêche accordés au Sénégal, 400 licences pour les Guet-NDariens.

La délégation sénégalaise conduite par l’Honorable Mamadou Thiam Thioune, Conseiller aux Collectivités locales et territoriales du Sénégal et Coordinateur du Comité de dialogue national, de la pêcherie et de l’aquaculture,  était composée d’une dizaine de responsables de fédérations et d’associations de pêcheurs et mareyeurs. La délégation mauritanienne comprenait également des représentants d’organisations socioprofessionnelles, Fédération nationale de la pêche artisanale (FNPA), Fédération libre de la pêche artisanale (FLPA) et Fédération des mareyeurs.

La pêche artisanale, priorité stratégique pour les acteurs

Travaux de groupes (Crédit Aidara)

Ouvrant les travaux, M.Dia Amadou Bocar, Directeur de la Pêche Artisanale et Côtière, a déclaré que la Mauritanie a inscrit la préservation et l’orientation des ressources dans ses priorités à travers la Stratégie nationale 2015-2019 de gestion responsable pour un développement durable des pêches et de l’économie maritime. Il a mis en exergue le rôle de la société civile dans les prises de décisions, partant des réalités du terrain et les besoins des acteurs.

Auparavant, le président de la FNPA avait brièvement présenté sa structure, 9.000 membres présents dans plusieurs régions du pays. Au nom du BIT, M.Cheikh Thiam a brièvement décrit «PROMOPECHE» et son rôle dans le dialogue social et la concertation entre les acteurs, annonçant la sortie d’une étude réalisée par le BIT sur les associations professionnelles de la pêche artisanale.

Mamadou Thiam Tioune a de son côté mis en exergue le rôle de la société civile sénégalaise et sa forte implication dans la prises de décision. Jorge Valliente de la Délégation de l’Union européenne a mis en évidence le caractère prioritaire de la pêche artisanale et côtière et son impact dans le développement socioéconomique, à travers l’emploi et la sécurité alimentaire. «L’Union européenne, dans son appui aux efforts du gouvernement mauritanien, tient à souligner l’importance de la conservation de la ressource par une gestion durable, rationnelle et concertée entre l’Etat et les opérateurs » a-t-il déclaré.

Le secteur de la pêche en Mauritanie et au Sénégal

Bâ Ibrahima (FNPA) présente sa communication (Crédit Aidara)

Les participants ont suivi par la suite une communication de Guèye Djibril, Chef de service à la Direction de l’Aménagement des Ressources et des Etudes (DARE) sur la part du secteur maritime dans le Budget national (25%), dans le PIB (10 à 12%), l’emploi (36.000 travailleurs) avec une part de la pêche artisanale de 2% au PIB pour 9.200 pirogues recensées. Il a également évoqué le Décret 2015-159 portant Code des pêches  et l’Arrêté 1724 portant types de concession et droit d’usage, quotas, accès à la ressource et redevances.

Quant à Mamadou Thiam Tioune du Sénégal , il a présenté une communication sur la gestion des ressources dans son pays et le rôle des Collectivités locales de la pêche artisanale qui participent à la délivrance des concessions, l’identification des pirogues, l’accès aux aires marines protégées, la gestion des quais et la co-surveillance des côtes avec les agents de l’Etat. Il a souligné que Saint-Louis reste incontournable dans les relations avec la Mauritanie, d’où l’impérieuse nécessité de trouver des solutions pour une bonne gestion de voisinage.

Gilles Cols de Promopêche a pour sa part présenté le «Concept de chaîne de valeur appliquée à la pêche artisanale», après une communication introduite par Bâ Ibrahima sur la sécurité en mer.

Au cours des travaux de groupe, les participants ont relevé les faiblesses et les forces du secteur, tout en proposant une recommandation clé, la mise en place d’un Comité sous-régional de dialogue Mauritanie-Sénégal pour la pêche artisanale. Les pêcheurs sénégalais ont été davantage sensibilisés sur le respect de la législation mauritanienne en matière d’accès à la ressource. Plusieurs questions ont été abordées au cours de la rencontre, les conflits entre pêcheurs, la saisie de pirogues en situation irrégulière, la signalisation de la frontière maritime, les conflits avec les gardes-côtes mauritaniens, le problème des cartes de séjour, la commercialisation entre les deux pays et les difficultés des mareyeurs mauritaniens sur les marchés sénégalais, entre autres. A la fin des travaux, une déclaration dite de Nouakchott a été présentée.

Réactions de quelques participants

Mamadou Thiam Tioune, Chef Délégation du Sénégal

«cet atelier est une contribution à la mise en œuvre des Accords de pêche entre la Mauritanie et le Sénégal par les organisations de la société civile. Elle s’inscrit dans une dynamique de dialogue, car l’effort des Etats en matière de coopération bilatérale doit être complété par la société civile et les populations pour assurer l’atteinte des objectifs. Quand on est porteur d’une telle mission nous avons l’obligation de mieux sensibiliser, informer et communiquer. Nous sommes en train de voir, dans le domaine économique, comment les Etats peuvent nous faciliter la tâche pour un partenariat gagnant-gagnant entre les acteurs des deux pays. Nous voulons que la Commission qui aura en charge la concertation, le conseil et l’information puisse arriver à tisser des facilités sur l’aspect lié à la commercialisation et que cet aspect soit inclus dans les Accords ».

Fatimata Bâ, mareyeuse à Nouadhibou

«cette rencontre a permis aux acteurs des deux pays de se rencontrer, d’échanger et de renforcer leurs capacités. Les mareyeurs mauritaniens, surtout les femmes, rencontrent d’énormes difficultés sans aucune facilité. Le poisson est de plus en plus rare et chère et nous ne bénéficions d’aucun financement, contrairement aux mareyeurs sénégalais qui sont soutenus par leur Etat».

Harouna Sall, Coordinateur nationale chargé des aspects socioéconomiques à Prompêche

«l’atelier a permis un échange fructueux entre les acteurs du Sénégal et de la Mauritanie. Il est vrai que les acteurs sénégalais sont en avance car ils sont aujourd’hui fortement impliqués dans toutes les politiques liées au secteur. De quoi permettre aux organisations socioprofessionnelles mauritaniennes de s’inspirer de ce modèle en réclamant une plus grande participation dans les politiques qui concernent la pêche artisanale. Aujourd’hui, une tendance vers cet objectif se dessine à travers un cadre de concertation dénommé «Cogestion», plateforme qui réunit syndicats et fédérations du secteur, et qui peut se positionner comme interlocuteur crédible. Il est vrai aussi que le projet «Promopêche », par-delà la formation des acteurs, le renforcement de leur capacité et la construction d’infrastructures, a participé également à la formulation d’une vision de partage pour une meilleure implication des acteurs dans les processus d’échange, de dialogue et de concertation ».

Traoré Mohamed, cadre au Ministère des Pêches et l’Economie Maritime

«cet atelier a permis aux acteurs des deux pays de mettre à plat leurs difficultés et leurs problèmes. Ils ont pris conscience de la nécessité de préserver la ressource et d’accompagner les Etats dans la bonne gestion de la mer. Ce genre de rencontre est à saluer, eu égard aux relations étroites entre les deux peuples. Cependant, il y a un amalgame entre le respect de la réglementation ainsi que les conflits qui en résultent entre acteurs et l’Etat d’une part, et d’autre part, les conflits qui opposent les acteurs des deux pays entre eux. Je pense que si chacun respecte la législation de l’autre, les problèmes se résorberont d’eux même ».

Mohamed Moustapha Sidi Yahya, économiste de pêche à l’IMROP 

«cet atelier est une bonne simulation qui a permis aux acteurs des deux pays d’identifier les difficultés auxquelles ils sont confrontés et tenter ensemble de leur trouver des solutions. Ce type de rencontre est constructif surtout pour nous gens de la recherche, mais aussi pour les administrateurs qui sont en contact direct avec les acteurs de la pêche. Il faut dire, eu égard à la proximité géographique et historique, que le premier candidat pour l’emploi dans le secteur en Mauritanie est naturellement le pécheur sénégalais. Mais il faut dire que la ressource devient de plus en plus rare et les acteurs ne voient que leurs intérêt, ce qui est source de conflits permanents avec l’Etat, mais aussi entre acteurs des deux pays ».

Mathurin Ndiaye, Facilitateur de la Plateforme «Cogestion» de la pêche artisanale (Mauritanie)

«nous sommes satisfaits car l’atelier a permis de lever bien de dilemmes. Avant, certains acteurs pensaient qu’ils pouvaient se substituer à l’Etat pour régler des problèmes et les pêcheurs sénégalais croyaient que ce sont les pêcheurs mauritaniens qui les empêchaient de travailler. Tous se sont maintenant rendu compte que c’est la décision d’un Etat qui a décidé de préserver sa ressource. Donc, c’est l’Etat qui fixe ses règles que tous les acteurs, nationaux ou étrangers, doivent appliquer à la lettre. L’objectif est d’assurer une gestion durable et c’est fait dans l’intérêt des pêcheurs. Si aujourd’hui le poisson disparaît que deviendront les populations de Ndiago et les Imraguens pour qui la pêche n’est pas seulement une activité économique, mais une partie vitale de leur culture».

Bara Sow, Chargé de mission à la Présidence de la République du Sénégal, Porte-parole des mareyeurs exportateurs: «Dans le cadre de la pêche artisanale, ce sont les acteurs qui connaissent mieux les réalités du secteur. Aussi, cette rencontre, après celle de Dakar, a permis de poser les problèmes et de dégager des solutions que nous allons soumettre aux dirigeants des deux Etats pour que les décisions qui seront prises soient conformes aux réalités du terrain et aux besoins des acteurs. Nous avons parlé de l’affrètement d’équipages sénégalais par des mareyeurs mauritaniens sans aucune garantie et sans que l’Etat mauritanien ne soit au courant, ce qui est la source de tous les problèmes».

Cheikh Aidara