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Menacé de représailles en cas de manifestation, IRA persiste et signe

Après les 3 marches pacifiques successives organisées par IRA – Mauritanie les 18/19/20 février 2018 contre la montée insupportable des prix et la faillite de la monnaie nationale, les autorités policières ont convoqué le président Biram Dah Abeid (dans la nuit du 20 au 21 février 2018) et l’ont menacé de sévir contre sa personne et contre IRA – Mauritanie si les manifestations se poursuivent. Aujourd’hui encore, après la marche pacifique organisée ce 08/10/2018 devant l’Assemblée nationale pour exiger la libération du président Biram Dah Abeid et qui a été violemment réprimée et dont les images des militantes et militants, ensanglantés, ont émus le monde entier, c’est le coordonnateur de l’organisation monsieur Elhaj Elid qui a été convoqué au commissariat 3 de Riyadh (quartier périphérique de Nouakchott,  la capitale).

Le commissaire ….  lui a signifié qu’il est porteur d’un message des hautes autorités du pays qu’ils veulent transmettre à travers lui à IRA – Mauritanie et leur dire que les manifestations ne sont pas autorisées et que toute manifestation organisée par IRA sera réprimée dans le sang et que même les regroupements des gens de IRA, à l’intérieur de leurs maisons, sont interdits et seront sévèrement sanctionnées.

Nous interdire de manifester pacifiquement pour exiger la libération de notre leader injustement incarcéré, est un acte hors-la-loi et anticonstitutionnel, s’est exclamé Elhaj Elid. Avant d’ajouter que les menaces, le harcèlement, la répression, les arrestations, la prison ne nous ébranleront point et aucune manifestation ne sera annulée car on ne fait qu’exercer nos droits garantis par la constitution.

Et le coordinateur régional d’IRA à Nouakchott d’ajouter à l’adresse de l’officier de police : nous notons aussi que vous utilisez la violence sauvage contre les noirs-hratin et vous traitez les manifestants en totalité composés d’Arabo berbères d’une manière beaucoup moins violente, plus humaine et bien plus proche du droit. C’est une preuve supplémentaire que votre régime est raciste et discriminatoire.

IRA – Mauritanie réitère son attachement indéfectible à son droit inaliénable à manifester pacifiquement et s’engage à manifester au plus vite pour exiger la libération du président et député Biram Dah Abeid et son compagnon Abdallahi Houssein Messoud.

Elle lance un appel aux élus de la République, aux responsables des institutions de la République, aux ongs et partis politiques ainsi qu’aux mouvements de jeunes mauritaniens, mais aussi aux missions diplomatiques et la presse nationale et internationale, d’observer de prêt la conduite et les agissements de la police mauritanienne que le dictateur Mohamed ould Abdelaziz a transformé en milice pour casser et humilier les populations hratin.

 

Fait à Nouakchott le 12/10/2018

La Commission de communication

 


La Mauritanie engagée à bannir le mariage des enfants

«Le mariage suppose le sens de la responsabilité, ce qu’on ne peut attendre d’une fillette. C’est pourquoi l’Islam a interdit le mariage des filles avant leur maturité ». Cet argumentaire religieux développé par l’Association des Ulémas de Mauritanie et présenté par l’Imam Bouna Oumar Ly, fut l’un des moments forts de la cérémonie de lancement de la Campagne nationale contre le mariage des enfants, initiée par le Ministère des Affaires Sociales et World Vision, à l’occasion de la Journée internationale de la Fille célébrée le 11 octobre 2018 à Nouakchott.

Vue partielle du public (Photo Aidara)

Cette journée qui a eu lieu dans le grand pavillon de l’Hôtel Azalaï a été l’occasion pour les autorités mauritaniennes et les responsables de World Vision de porter loin la sensibilisation, devant un parterre de responsables d’ONG nationales actives dans la défense des droits de l’homme en Mauritanie, notamment les droits de la femme et de la petite fille, mais aussi de responsables en charge de ces questions au niveau de l’Etat, notamment des représentants de différents ministères concernés par la question, Justice, Jeunesse et Sport, Affaires Sociales, Affaires Islamiques, Commissariat aux Droits de l’Homme, ainsi que les partenaires au développement, PNUD, UNICEF, OMS, Union Européenne, entre autres.

Dans le discours qu’il a prononcé à l’occasion du lancement officiel de la Campagne nationale triennale de lutte contre le mariage des enfants, le Secrétaire général du Ministère des Affaires Sociales est revenu sur les avancées enregistrées par la Mauritanie dans ce domaine. Il a cité la ratification par le pays des principaux instruments juridiques internationaux en la matière, comme la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF), la Convention internationale des Droits de l’Enfant (CIDE), la Charte africaine des droits et du bien-être des enfants et le Protocole de Maputo. La Mauritanie a aussi, selon lui, adhéré à la Campagne africaine de lutte contre le mariage des enfants et adopté en 2001 le Code du Statut Personnel qui fixe à 18 ans l’âge légal du mariage, l’adoption d’un Code général de l’Enfant et la mise en place d’une Commission intersectorielle de lutte contre le mariage des enfants et son Plan d’action qui vise à mettre fin à ce type d’union.

La Mauritanie, avec ses 37% de filles mariées avant l’âge de 18 ans, bien que moins touchée que des pays comme le Niger (68%), le Tchad (59%), ou le Mali (52%), vise à travers la campagne de trois ans qui vient d’être lancée, Zéro mariage des enfants en 2021.

C’est le souhait exprimé par Mme Lilian Dodzo, Directrice nationale de World Vision Mali-Mauritanie, qui a développé un plaidoyer appuyé à l’adresse des acteurs de la petite enfance, pour une meilleure coordination autour du «plan national de lutte contre le mariage des enfants, afin de réduire le taux de 35,2% de mariage d’enfants à Zéro».

Mme Lilian Dodzo à l’extrême droite (Photo Aïdara)

La journée a été marquée par le discours de la petite Khadijetou Bâ qui a par la suite remis solennellement la Note de Politique de l’Enfance à Madame la Ministre des Affaires sociales, par le biais de son secrétaire général qui la représentait à la cérémonie.  Les participants ont suivi également un sketch et une cœur offerts par les élèves de Sebkha, puis une projection vidéo de la musique de la campagne, avec les musiciens Saidou Nourou Gaye, Noura Mint Seymali, Coumba Salla et Seydou Sow du Groupe Walfadjri.

Les participants ont suivi plusieurs communications, dont une «Présentation de la situation du mariage des enfants en Mauritanie » par Abdallahi Diakité, Président de la Commission intersectorielle de lutte contre le mariage des enfants qui a cité les causes du phénomène, pauvreté, traditions, environnement socioéconomique, crises humanitaires.

Abdallahi Diakité à l’extrême droite (Photo Aidara)

Dr.Aïssata Bâ, gynécologue et Directrice de l’Hôpital Mère et Enfant a pour sa part tiré la sonnette d’alarme sur les dangers multiples qui guettent la jeune fille donnée précocement en mariage, citant, les troubles psychologique, les décès, les fistules obstétricales, soulignant que 60% des décès maternels enregistrés en Mauritanie concernent les filles âgées entre 12 et 15 ans. D’autres communications ont suivi, celle de Mohamed Bedda, Directeur de l’Enfance sur le «Système de protection des enfants », celle de l’Imam Bouna Oumar Ly et de Oustaz Moussa Sarr sur le «Guide argumentaire religieux sur le mariage des enfants».

La journée s’est terminée sur une note artistique, par l’exposition photos à la galerie Art Gallé de l’artiste Amy Sow à la Cité Plage.

Cheikh Aïdara


Conférence de presse IRA : « Nous redescendrons sur le terrain de la lutte pacifique avec nos plâtres et nos blessures ouvertes »

Vingt-quatre heures après la répression policière violente et barbare qui a décimé ses rangs, avec ses nombreux blessés, l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) a convié la presse à une conférence qui s’est déroulée le mardi 10 octobre 2018 au domicile du président Birame Dah Abeid, en présence de plusieurs journalistes.

Table des conférenciers (Photo Aidara)

Balla Touré, Chargé des Affaires Extérieures du mouvement a rappelé le contexte dans lequel s’est déroulée cette saignée  dans les rangs de son mouvement qui a laissé plusieurs éclopés. « Les militants d’IRA avaient organisé un sit-in pacifique le lundi 8 octobre dernier devant l’Assemblée Nationale lors de l’ouverture de sa première session pour demander la libération du président et député Birame Dah Abeid, lorsqu’ils furent sauvagement chargés par des policiers qui avaient visiblement reçu des ordres de casser du manifestant« . Selon Balla Touré, la cruauté démesurée des forces de l’ordre face à des civils désarmés et pacifiques n’a épargné personne, même les femmes qui ont été rouées de coups de matraques et de coups de rangers, après une pluie de gaz lacrymogène. Selon lui, toute cette violence est l’expression d’une indignation, celle d’un régime qui croyait en avoir fini avec un mouvement dont le président  a été isolé pour empêcher la dynamique qui s’était créé entre son aile politique, le parti RAG et le parti Sawab, dynamique qui a permis l’entrée à l’Assemblée Nationale de trois députés de la coalition dont le président Birame Dah Abeid élu, alors qu’il était en prison.

De G.à Dr. Zoubeir, Leila et Abdallahi Abou Diop (Crédit Photo Aidara)

Balla Touré a évoqué les multiples réactions, aussi bien au niveau national qu’international, suite aux exactions sans précédents que les militants d’IRA ont essuyé. Il a déclaré que les auteurs de telles violences sont identifiées, leurs photos et leurs noms seront publiés, précisant qu’une plainte internationale sera déposée à leur encontre auprès des instances en charge des droits de l’homme dans le monde. Tour à tour, les blessés de la répression du 8 octobre se sont exprimés.

De G.à Dr. Abdallahi Abou Diop, EL Hadj et Balla (Crédit photo Aidara)

Pour El Hadj Ould El Id, Coordinateur du mouvement IRA, « pourquoi, lorsque des centaines de personnes se sont assemblés pour accueillir Cheikh Ould Baya (ancien colonel élu président de l’Assemblée Nationale), la police ,n’est pas intervenue pour les disperser car il s’agissait d’un rassemblement non autorisé, et quand il s’est agi des militants venus réclamer pacifiquement la libération de leur président, ils sont chargés comme des ennemis à abattre. Nous allons porter plainte contre ces exactions qui semblent viser une seule communauté« . Pour lui, la lutte va reprendre ses droits après ce petit repos du guerrier.

Pour Abdallahi Abou Diop, blessé à la tête, « la répression est notre lot, nous les gens d’IRA, c’est notre pain quotidien depuis que notre mouvement a vu jour en 2008« . Pour lui, c’est l’acharnement des policiers sur Leïla Mint Ahmed, l’épouse de Birame qui lui a fait le plus mal, soulignant qu’à terre, elle subissait des coups de matraque et des coups de rangers et que lui-même s’est interposé pour en contrer plusieurs. Sinon, son  cas serait encore plus dur. « Qu’Aziz augmente ses effectifs, ses matraques et qu’il renouvelle son stock de grenades car nous n’attendrons pas que nos blessures se cicatrisent. Nous redescendrons dans la rue ! »

(PhotoCrédit Aidara)

Pour sa part, Leïla Mint Ahmed a déclaré que les policiers l’ont visé personnellement. « C’est comme s’ils n’attendaient que moi, avec des ordres précis. Dès qu’ils m’ont vu, ils se sont jetés sur moi à coups de matraques et de coups de godasses. Je souffre de tout mon corps et n’eût été la pudeur je vous aurais montré les ecchymoses qui le tapissent« . Selon elle, les blessés dont elle faisait partie sont restés des heures à l’Hôpital National sans le moindre soin, ce qui explique qu’arrivés à 12 heures, certains blessés n’ont regagné leur domicile que vers 21 heures.

C’est avec la même colère, la même détermination de reprendre le combat, que les autres témoins, Zoubeir Ould Mbareck , président du Comité de Paix d’IRA et Abdallahi Ould Mohamed, se sont exprimés, soulignant que le plus grand exploit qu’ils ont réussi, c’est d’avoir réussi une marche, alors que les forces de l’ordre pensaient avoir mis en place un dispositif sécuritaire qui rendait impossible un tel exploit.

Cheikh Aïdara

 


En Mauritanie, la session parlementaire suspendue jusqu’à nouvel ordre

Les Islamistes de Tawassoul et Birame Dah Abeid. Les deux dilemmes que le pouvoir mauritanien doit résoudre avant de sonner la rentrée des classes pour les parlementaires.

 

Militants d’IRA en sit-in devant l’Assemblée Nationale pour réclamer la libération du député Birame Dah Abeid (Crédit IRA)

La première session parlementaire devait s’ouvrir le 1er octobre 2018, selon l’article 52 de la loi constitutionnelle n°2012-015 portant révision de la Constitution de 1991 qui stipule «le parlement tient deux sessions ordinaires chaque année, d’abord le premier jour ouvrable du mois d’octobre, le second le premier jour ouvrable du mois d’avril ». Contre toute attente, alors même que la Constitution ne le prévoit pas, cette session a été purement et simplement reportée. Mieux, les membres de l’Assemblée n’avaient même pas reçus de convocation et le président de la République n’avait pas, alors que la Constitution l’y oblige, signé le moindre décret de convocation pour l’ouverture de la session. Ceci pour souligner la situation de non-droit dans laquelle la Mauritanie s’est installée depuis quelques années. C’est le DROIT dans sa plénitude qui est même bafoué dans ce pays, comme si l’arsenal juridique existant ne sert que décor. Et ce déni du droit se manifeste dans tous les compartiments de la vie, donnant libre cours à l’Exécutif, celui de naviguer en toute omnipotence, en l’absence de tout contre-pouvoir. Nous sommes même devenus plus barbares que les Califats musulmans du 8ème siècle, eux qui au moins, reconnaissaient au pouvoir judiciaire sa totale indépendance, bien avant qu’un certain Montesquieu dans son « Esprit des Lois » ne vienne poser le postulat des trois pouvoirs, l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire.

Et les exemples du non-respect des lois et des procédures sont devenus hélas légions dans un pays où toutes les décisions reviennent à un seul homme. Mieux, le droit doit se plier à ses volontés. Il est devenu la loi, rappelant tristement cette réplique de Judge Dredd : « Je suis la Loi  » dans ce film américain futuriste où l’ordre est  assuré par des policiers urbains, à la fois juges, jurés et bourreaux.
Ce report de la session parlementaire serait dicté par cette épée de Damoclès suspendue sur le sort des Islamistes, et celui du président d’IRA, Birame Dah Abeid.

En effet, le pouvoir tergiverse encore dans son intention d’interdire le parti Tawassoul et, par ricochet, empêcher ses 14 parlementaires d’intégrer la future Assemblée Nationale. La tension est certainement forte au niveau de l’Exécutif. Mohamed Abdel Aziz est tenu en tenaille. D’une part, il y a les Occidentaux qui tentent de le dissuader d’une telle démarche à l’heure où les jihadistes et les extrémistes endurcis leur causent déjà du fil à retordre. S’en prendre aux Islamistes modérés, surtout qu’ils constituent déjà une force politique certaine, ne ferait qu’envenimer la situation. De l’autre côté, le pouvoir mauritanien doit satisfaire à la demande de l’Arabie Saoudite et celle des Emirats Arabes Unis, des soutiens financiers de taille, qui le poussent à décapiter les frères musulmans comme ils l’ont fait chez eux et en Egypte.  C’est ce dilemme  que Mohamed Ould Abdel Aziz doit d’abord résoudre avant de permettre la rentrée en classe des nouveaux députés. Il a déjà préparé les prémisses d’une telle décapitation, en s’en prenant à celui qui est considéré comme le référentiel des Islamistes mauritaniens, Cheikh Mohamed Hacen Ould Deddew qui a vu son Centre de formation des Ulémas et son Université Ibn Yacine, fermés en guise d’entrée en matière avant d’attaquer le plat de résistance.

L’échange téléphonique, ce mercredi 3 octobre, entre Mohamed Abdel Aziz et Cheikh Mohamed Ben Zayed Al Nahyane, Chef d’Etat-major adjoint des Forces armées émiratis, pourrait avoir un rapport avec le dossier des Islamistes, marquant certainement l’impatience de l’Arabie Saoudite et celle des Emirats Arabes Unis face à ce dénouement qui tarde à venir. Il faut dire que l’argent émirati coule de plus en plus à flot en Mauritanie, la gestion de l’aéroport Oumtounsy de Nouakchott et celui du Port de l’Amitié, construction, dit-on, d’une future base militaire émiratie en Mauritanie, sans compter d’autres fonds placés ailleurs dans l’économie locale.

L’autre dilemme que Mohamed Abdel Aziz doit régler, c’est le sort de l’antiesclavagiste et lauréat des Nations Unies pour les droits de l’homme, Birame Dah Abeid. En prison depuis plusieurs semaines, sous le fallacieux prétexte d’une plainte pour diffamation déposée par un pseudo-journaliste, l’investiture de cet ennemi de longue date du pouvoir mauritanien comme député à l’Assemblée Nationale, semble être une pilule amère à digérer. Là également, le choix est difficile pour un pouvoir qui compte satisfaire ses élans répressifs envers un « empêcheur de tourner rond« , à qui il ne faudrait pas offrir une tribune comme l’Assemblée Nationale, l’immunité parlementaire et le passeport diplomatique. De l’autre, la pression internationale est forte en faveur de la libération de Birame, considéré comme prisonnier politique et dont l’éviction dans ses nouvelles fonctions pourrait le revêtir du manteau de martyr de la cause démocratique, surtout dans un pays qui cherche ad aeternam à redorer son blason de respectabilité.

En attendant, le pouvoir répressif de Mohamed Abdel Aziz continue de faire fi des lois et de la Constitution, en reniant les droits fondamentaux protégés, dont le droit de manifester. Des militants du mouvement IRA ont été sauvagement battus le 1er octobre dernier et l’Honorable député Coumba Dado Kane, malgré son statut, sauvagement violentée, alors qu’ils manifestaient pacifiquement devant les grilles de l’Assemblée Nationale pour réclamer la libération de l’Honorable député Birame Dah Abeid.

Cheikh Aïdara