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SOS-Esclaves, un Congrès pour renforcer le combat pour les droits humains

L’ONG SOS-Esclaves, connue pour sa lutte pour les droits de l’homme, notamment contre l’esclavage en Mauritanie, a clos dimanche 30 septembre 2018, son 3ème Congrès ordinaire dont l’ouverture a eu lieu vendredi au siège de l’organisation. Trois jours de conclave au cours desquels, les différentes commissions, celle chargée de la révision des textes, celle chargée de l’étude du Manuel de procédures et celle chargée de l’étude de la protection de l’enfance, ont restitué les résultats de leurs travaux et formulé des recommandations. Un nouveau bureau exécutif a été élu et le président sortant, Boubacar Ould Messaoud, a été reconduit sans surprise à la tête de l’organisation.

Table officielle, de g.à dr. Ahmed Wedia, Ch.S.Kamara, Ely Allaf, Boubacar Messaoud (crédit Aidara)

La cérémonie d’ouverture de ce 3ème congrès a été marquée par la présence d’éminentes personnalités de l’opposition, notamment des présidents de partis comme Ahmed Ould Daddah du Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD), Mohamed Jemil Mansour de Tawassoul, Mohamed Ould Maouloud de l’Union des Forces du Progrès (UFP), Samory Ould Bèye de Mostaqbel, des personnalités de la société civile, comme le président de l’Ordre national des avocats, Me Cheikh Ould Hindi, l’avocat Me Brahim Ebetty, l’ancien ministre et coordinateur de la coalition RAG/Sawab, Oumar Ould Yali, Sarr Mamadou du FONADH, la député Khadiatou Malik Diallo.

Ahmed Dadda et Mohamed Maouloud, 2ème et 3ème à partir de la gauche (crédit Aidara)

L’occasion fut surtout empreinte du discours-bilan prononcé par le président Boubacar Ould Messaoud, entouré d’éminents membres fondateurs et sympathisants de SOS-Esclaves, à l’image du Pr.Cheikh Saad Bouh Kamara, l’ancien ambassadeur Ely Ould Allaf, président du Congrès, pour ne citer que ceux-là. L’Union européenne était aussi représentée, à travers Pierre Yves-Renaud, tout comme les délégués de Minority Rights Group International, partenaires de SOS-Esclaves. Boubacar Ould Messaoud a déploré l’absence des autorités malgré selon lui, l’invitation qui leur a été adressée, considérant la présence de Dahmoud Ould Abdatt, conseiller du Ministre de la Justice comme découlant de lui-même, puisqu’il est membre de l’organisation.

Des membres de Minority Group et derrière Jemil Mansour et Omar Yali (crédit Aidara)

C’est le bilan de plus de 23 ans de lutte pour les droits humains et l’éradication de l’esclavage que Boubacar Ould Messaoud a évoqué, se réjouissant des étapes franchies et des difficultés surmontées avec toujours ce même objectif en ligne de mire, une Mauritanie réconciliée avec elle-même, débarrassée de toute forme d’injustice. Pour lui, « la lutte pour l’éradication de l’esclavage doit être l’affaire de tout le monde« , et qu’aucune « communauté ni organisation n’en détient le monopole« . Il faudrait selon lui combattre l’esclavage en milieu maure et avec la même fermeté en milieu négro-africain où « parfois les préjugés qui s’y rattachent et les pratiques qui en découlent dépassent l’entendement » a-t-il précisé.

Ainsi, pour le président de SOS-Esclaves, le troisième congrès qui vient de se dérouler a été l’occasion pour les congressistes de renouveler l’engagement qui était le leur, celui de faire de leur organisation un outil de promotion de tous les droits humains en général et d’éradication de l’esclavage en Mauritanie, en particulier.

De dr.à g. : le député Me El Id, Cheikh Ould Hindi, Samory Beye (5ème) (crédit Aidara)

C’est dans ce cadre que Boubacar Ould Messaoud a cité les cas d’esclavage que son organisation a présenté devant les juridictions nationales entre 2008 et 2011, avec en apothéose, l’affaire des deux frères Said et Yarg, et la première condamnation d’esclavagistes, même si cette condamnation ne fut que symbolique, car selon lui, elle n’a été d’aucune conséquence, le prévenu ayant bénéficié d’un allègement de peine et libéré au bout de quelques temps.

Sur le plan de l’appui et de l’accompagnement des victimes d’esclavage ou de ses séquelles, SOS-Esclaves a bénéficié selon son président de 18 projets dans 8 régions du pays, avec l’appui de ses partenaires, Anti-Slavery et Minority Rights Group, mais aussi de quelques donateurs étrangers et nationaux. Ces appuis ont servi, selon lui, à l’assistance judiciaire, aux moyens de libération des victimes ou de leur convoyage, mais aussi en termes de fonds d’urgence pour l’insertion, et le renforcement de capacités des groupes de soutien des membres qui assurent les activités d’accompagnement, d’aide et de soutien aux victimes, mais aussi en termes de sensibilisation et d’information des communautés autour de la législation, entre autres.

La député Khadiatou Malik Diallo suivie de Me Brahim Ebetty (crédit Aidara)

Parmi les difficultés rencontrées par SOS-Esclaves dans son combat pour les droits humains et la lutte contre l’esclavage en Mauritanie, Boubacar Ould Messaoud a cité la non indépendance de la justice, la complicité implicite ou explicite de nombreux responsables de l’administration et de la sécurité face aux pratiques esclavagistes, les difficultés à créer une jurisprudence, à instaurer le dialogue constructif avec l’Etat, à constituer un fonds propre de l’association, à avoir suffisamment de documents légaux, entre autres.

A la fin de son discours, le président Boubacar Ould Messaoud a demandé à l’assistance d’observer une minute de silence et la récitation de la Fatiha à la mémoire de personnalités disparues qui ont marqué de leur vivant la lutte pour la promotion des droits humains et la lutte contre l’esclavage en Mauritanie, à l’image du diplomate Mohamed Said Ould Homody; l’ingénieur Niang Abdoul Aziz, le professeur Mohamed Mahmoud Ould Breihmatt, Elhadj Ould Shaba, Ethmane Ould Mahmoud Ould Souweiloum, ou plus récemment le juge Bâ Aliou.

Cheikh Aïdara

L’intégralité du discours de Boubacar Messaoud lors du troisième congrès de SOS-Esclaves

Honorables invités

Le troisième congrès de notre organisation dont nous célébrons aujourd’hui les festivités intervient à un moment particulièrement important d’un processus de lutte enclenché bien avant la création de l’organisation en 1995 pour tous les droits de l’homme en général et pour l’éradication de l’esclavage en particulier.

Ainsi, après plus de vingt-trois ans de combat ponctué de hauts et de bas, SOS-Esclaves se réjouit aujourd’hui d’avoir réalisé certains succès qui lui permettent d’entretenir l’espoir de voir un jour une Mauritanie réconciliée avec elle-même et départie de toute injustice sociale où la promotion de tous les droits est une réalité et où le Mauritanien de toutes les communautés nationales n’est plus qu’un Citoyen.

La lutte pour son éradication doit être l’affaire de tout le monde. Aucune communauté ni aucune organisation n’en détient le monopole. Surtout que cette pratique est commune à toutes les communautés nationales.

Autant l’esclavage doit être combattu en milieu Arabe, autant il doit l’être dans les milieux négro-africains (Soninké, Poular et Wolof) où parfois les préjugés qui s’y rattachent et les pratiques qui en découlent dépassent l’entendement.

Ce troisième congrès constitue donc pour nous une occasion de renouveler l’engagement de SOS-Esclaves de rester comme toujours une organisation de lutte pour la promotion de tous les droits humains en général et pour l’éradication de l’esclavage en Mauritanie en particulier à travers le soutien inconditionnel à toutes les victimes de violations quelque soient leurs origines sociales contre tous les oppresseurs de quelque communauté qu’ils soient. SOS-Esclaves adopte une approche pacifique basée sur la légalité et le respect des textes et lois en vigueur dans le pays sans jamais accepter ni la moindre concession ni la moindre compromission.

C’est dans ce contexte qu’agit SOS-Esclaves dénonçant l’esclavage par ascendance et portant au niveau des juridictions les cas qui lui sont soumis par les victimes ou leurs proches. De 2008 à 2011, les cas sont le plus souvent requalifiés en conflit de travail, ou en exploitation des mineurs, ou impossibilité de contact des prévenus qui sont supposés être ailleurs que sur le sol mauritanien. A partir de 2012 avec le cas de Said et Yarg, la juridiction décide d’une peine aux auteurs de crime d’esclavage en dessous de celles prévues par la loi, peine malheureusement non suivie d’effet, le prévenu ayant bénéficié d’un allégement de peine en contrôle judiciaire.

Il est constaté une obstruction instaurée en système par les autorités pour dissimuler toute tentative d’information sur les cas de violation des droits humains en général et une banalisation des cas d’esclavage en particulier.

En 8 ans, l’association a pu gagner 18 projets mis en œuvre diversement dans 8 régions du pays sur toutes les thématiques concernant l’esclavage ; ces projets ont été mis en œuvre soit avec les partenaires Anti Slavery International, Minority Rights Group avec des financiers de donateurs internationaux ou sur levée locale des fonds de donateurs étrangers et nationaux.

Les projets ont servi essentiellement à la prise en charge des victimes en termes d’assistance juridique, en termes de moyens pour la libération et le convoyage des victimes, en termes de fonds d’urgence contribuant à leur réinsertion, et en renforcement de capacités des groupes de soutien des membres qui assurent l’ensemble des activités d’accompagnement, d’aide et de soutien aux victimes, mais aussi les sensibilisations et l’information des communautés autour de la législation, les difficultés et défis des victimes, les difficultés que rencontre l’association à poser une bonne jurisprudence, et aussi à alimenter un plaidoyer pour l’amélioration de la prise en charge des questions de l’esclavage.

L’association a connu beaucoup de difficultés mais aussi beaucoup de succès importants qui tendent tous vers une vérité essentielle : c’est de faire plus qu’il n’a jamais été fait pour que l’organisation soit plus forte par son existence et sa présence sur tous les terrains, ses activités vers les victimes et survivants de l’esclavage, vers les communautés nationales et internationales.

Elle doit renforcer les outils juridiques pérennisant son existence : manuel de procédure, statuts, règlement intérieur, politique de protection de l’enfance, politique contre le harcèlement des femmes, etc.

Principales difficultés de 2010 à 2018

L’exercice de répertorier les difficultés de l’association s’avère en soi une difficulté. Les défis sont d’autant plus nombreux et contextuels que les meilleurs résultats:

– N’avoir pas eu le statut de partie civile a longtemps limité l’action de l’association à l’endroit des victimes

– Malgré les moyens humains et matériels investis dans les dossiers, malgré la célérité commandée par la loi, il est difficile de les programmer.

– La non indépendance du pouvoir judiciaire de l’exécutif

– La complicité implicite ou implicite de nombreux responsables de l’administration et de la sécurité face aux pratiques esclavagistes

– La non indépendance de l’agence chargée de l’éradication de d’esclavage

– La non mise à niveau des mesures d’accompagnement à la loi (tribunaux, police et gendarmerie spéciale, services sociaux dédiés), centres d’écoute et de suivi psychologique non existants)

– Difficultés de créer une jurisprudence

– Difficultés d’instauration d’un dialogue constructif avec l’Etat

– Difficultés de constituer un fonds propre de l’association

– L’insuffisance des documents légaux :

(1) manuel de procédure, (2) statut et règlements intérieurs, (3) politique de protection de l’enfant, (4) politique de protection contre le harcèlement des femmes, (5) politique contre la corruption

– Communication interne de l’association et la gestion des conflits sont à améliorer

Principaux meilleurs résultats 2010 à 2018

De 2010 à 2018 l’association a enregistré des résultats importants :

Elle a eu l’opportunité avec l’appui des partenaires :

– De se positionner comme une des associations ayant acquis l’expertise sur les questions liées à l’esclavage par ascendance

– D’assurer un suivi et accompagnement des victimes sans interruption de 2008 à 2018.

– D’avoir eu à son compte (1) le procès de Salma Mint Ahmed Koïry et Oum El Ide Mint Salem Tayvour, esclaves de Madame Oumelmouminine Mint Boubakar Vall, cadre à la BCM, dossier traité sous la loi contre la traite des personnes, (2) procès de Said et Yarg tenus en esclavage par la famille de Monsieur Cheikh ould Hassine à Lemden dans les environs d’Aleg au Brakna, (3)procès de Mboirika Mint Khdeija Mint Ahmed à Néma, tenue en esclavage par Mme M’Teytou Mint boba, d’Echemim (30 km Nord Est de Nema), procès de Vatma Mint Hamody et de Vatma Mint Zaida de Néma, tenues en esclavage par les sieurs Hanana Ould Sidi Mohamed et Khllihina Ould Haymad, procès de Rabi’a et ses sœurs à Nouadhibou où pour la première fois l’association use sans coup férir de son statut de partie civile.

– D’assurer un appui institutionnel continu pour les bureaux de Nouakchott de 2008 à 2018, Néma et Atar de 2011 à 2019, de Bassiknou de 2013 à 2019.

– D’avoir la propriété d’un siège national, une grosse acquisition qui assure une pérennité de l’association.

– D’avoir la propriété de 3 véhicules

– De donner mensuellement à 132 personnes un pécule qui va des indemnités à des contributions au transport et communication

– D’avoir une base de données des victimes accompagnées depuis 2008

– D’avoir mis en œuvre 18 projets sur diversement les thématiques :

  1. a) du travail des enfants harratines, des droits des femmes harratines,
  2. b) l’assistance juridique des survivants à l’esclavage,
  3. c) la sensibilisation des populations autour de la loi et de la problématique de l’esclavage,
  4. d) la mise en œuvre d’AGRs pour les femmes et les hommes,
  5. e) l’alphabétisation des femmes et des enfants survivants et descendants d’esclaves,
  6. f) Formation des femmes Harratines en métiers
  7. g) un plaidoyer au niveau régional et international autour de toutes les questions liées à l’esclavage
  8. h) un accroissement de la population des membres
  9. h) une renommée et une expertise sur l’esclavage en Mauritanie
  10. i) des alliances fortes au niveau national, régional, international
  11. j) Appui à l’Association Mauritanienne pour l’Eradication de l’Esclavage et de ses Séquelles (AMEES) dans la lutte contre les pratiques esclavagistes à Coumba Ndaw, région du Guidimakha

Je voudrai rendre un vibrant hommage à d’illustres militants de SOS-Esclaves aujourd’hui disparus qui ont chacun selon ses capacités et ses compétences contribué efficacement au travail de l’organisation. Je veux citer :

Le diplomate Mohamed Said Ould Homody

L’ingénieur Niang Abdoul Aziz

Le professeur Mohamed Mahmoud Ould Breihmatt

Elhadj Ould Shaba

Ethmane Ould Mahmoud Ould Souweiloum

Je vous appelle tous à l’observance d’une minute de silence et à la lecture de la Fatiha pour le repos de leurs âmes.

Mesdames, Messieurs, Honorables invités

Mesdames, Messieurs les congressistes

Au nom de SOS-Esclaves et à mon nom personnel, je vous adresse mes vifs remerciements et ma profonde gratitude pour l’honneur que vous nous faites en acceptant de venir partager avec nous ce moment décisif de l’histoire de notre organisation. Mes remerciements vont aussi à tous nos partenaires nationaux et internationaux sans lesquels les succès précités n’auraient pas été possibles. J’invite enfin les congressistes à de laborieuses réflexions pour apporter toutes les contributions positives de nature à permettre à leur organisation d’améliorer ses prestations pour la promotion de tous les droits de l’homme en Mauritanie, en Afrique et dans le Monde.

Je vous remercie.

Nouakchott, le 28 Septembre 2018

 


Premier comité de pilotage du partenariat UE – HCR sur le projet « Renforcement de la résilience des populations déplacées par l’instabilité au Nord du Mali et soutien à la coexistence pacifique entre communautés » en Mauritanie.

Le vendredi 21 septembre, s’est déroulée la première réunion du comité de pilotage du projet «Renforcement de la résilience des populations déplacées par l’instabilité au Nord du Mali et soutien à la coexistence pacifique entre communautés» en Mauritanie.

De gauche à droite : Fadela Novak-Irons (HCR), Els Mortier (UE) et Mhamada Meimou (MIDEC)

Cette rencontre s’est tenue en présence de Monsieur M’hamada Meimou, Directeur Général de l’administration territoriale (MIDEC), Madame Els Mortier, Chef d’équipe « Gouvernance et Appui Institutionnel » de la Délégation de l’Union européenne en Mauritanie, Madame Fadela Novak-Irons, Représentante adjointe de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en Mauritanie, des représentants des agences des Nations Unies, des ONGs partenaires et des (représentants) membres du gouvernement mauritanien.

Mis en oeuvre par le HCR et ses partenaires sur une période de trois ans, le projet «Renforcement de la résilience des populations déplacées par l’instabilité au Nord du Mali et soutien à la coexistence pacifique entre communautés» a débuté en juillet 2017. Ce projet régional financé dans le cadre du Fonds Fiduciaire d’Urgence de l’Union européenne pour l’Afrique (FFU) pour un total de 20 millions d’euros s’inscrit dans le cadre d’une réponse intégrée à la situation de la crise régionale du Mali.

« Dans le cadre spécifique de la Mauritanie, l’UE cherche, à travers ce projet, des solutions durables et une autonomisation des réfugiés dans une région sujette à des crises chroniques liées à l’insécurité et à la sècheresse » a affirmé Mme Mortier, dans son allocution de bienvenue.

D’un montant de 5 292 000 EUR, ce projet innovant vise à contribuer à la réduction des facteurs d’instabilité et de vulnérabilité de 57000 maliens accueillis dans le camp de Mbera ainsi que les communautés d’accueil de la région de Bassikounou. La création d’opportunités socio-économiques permettra le financement des activités génératrices de revenus: activités de maraîchage, formations professionnelles, bourses d’études et séances de sensibilisation entre les deux communautés. Le projet prévoit aussi la facilitation par le HCR de retours volontaires au Mali. A ce jour, malgré l’accord Tripartite conclu en juin 2016 entre la Mauritanie, le Mali et le HCR sur le rapatriement volontaire des réfugiés maliens, la situation ne permet pas leur retour volontaire.

Dans son discours M. M’hamada Meimou a insisté sur l’importance de continuer à apporter une réponse humanitaire avec l’aide de tous les acteurs humanitaires, en collaboration avec le gouvernement mauritanien. M. M’hamada Meimou a aussi rappelé l’importance du programme de résilience en faveur des communautés hôtes qui accueillent les réfugiés.

En conclusion il a été rappelé par Mme Novak-Irons que l’Union européenne est l’un des bailleurs de fonds les plus importants pour le HCR et le partenariat entre le HCR et l’UE est essentiel du fait qu’il préconise une approche différente intégrant réponses humanitaires et de développement.

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Le HCR coordonne la réponse humanitaire à la situation des réfugiés maliens afin d’assurer la protection, l’accès aux services de base tels que l’éducation, la santé, le logement, l’eau, l’assainissement et l’hygiène, ainsi que la fourniture de produits de première nécessité (CRIs) au camp de Mbera. L’organisation travaille à promouvoir l’autonomie et la coexistence pacifique dans le camp et ses environs.

Pour plus d’information veuillez contacter:

UNHCR Mauritanie:

Jose Manuel Caceres, Chargé de relations extérieures. Email: caceres@unhcr.org, Tél : +222 42 78 23 01

Viola E. Bruttomesso, Chargée d’information publique. Email: bruttome@unhcr.org, Tél.: +222 42 78 23 05


Oscar des vacances ou le talent caché des jeunes Mauritaniens

Qui disait que les jeunes Mauritaniens manquent de talent ? Il fallait juste leur offrir une plateforme d’expression, comme « Oscars des Vacances », une initiative du jeune promoteur,  Boubacar Amadou Sarr dit Boubs et l’ONG « Femmes Solidaires pour le Développement », que « Save The Children » appuie depuis deux ans dans le cadre du Projet AFIA financé par le Fonds Fiduciaire d’Urgence pour l’Afrique  de l’Union européenne. L’édition 2018, c’est une série de concours de danse, de théâtre et de Miss qui s’étalent du 22 juillet au 1er septembre, avec la participation de 9 groupes de jeunes issus de différents départements de Nouakchott.

Chaque mardi, depuis le 22 juillet 2018, « La Case » est devenue la Mecque des jeunes Nouakchottois. Dès 15 heures, un festival d’accoutrements envahit les alentours de cette mythique place connue pour ces cérémonies de mariage. Cette fois, c’est « Oscar des Vacances » qui fait battre des centaines de cœur juvénile. A l’affiche, concours de danse, de Miss et théâtre, mettant en rivalité neuf quartiers chauds de Nouakchott, 6ème, Basra, Neteg, PK, Arafat, Dar Beyda, Saada et Cité Plage. Chaque groupe est composé de 15 personnes, danseurs, comédiens et Miss. Du coup, les quartiers se mettent en branle.

La soirée du 7 août dernier fut particulièrement chaude. A 20 heures,  l’effervescence était à son comble, rappelant Nouakchott des années 60-70 quand les salles de cinéma attiraient les après-midi une jeunesse qui n’avait que l’embarras du choix pour se distraire. Tout a disparu aujourd’hui et les jeunes de Nouakchott n’ont plus de loisirs.

Les jeunes décompressent

Le jeune promoteur, Boubacar Amadou Sarr dit Boubs (Photo Aidara)

« J’ai créé Oscar des Vacances pour les jeunes désœuvrés de la capitale, surtout en ces périodes de vacances, à travers une plateforme de rencontres et d’éclosions de talents artistiques » lance Boubs, entre deux sonorités.  Affichant moins que ses 31 ans, Boubs avait les yeux pétillants de bonheur. « Tu vois tous ces gosses se bousculer pour un ticket d’entrée, avec plus de moyens, l’accès serait gratos » lance-t-il, la mine triste. Ces recettes servent selon lui à compenser le coût élevé de la logistique, malgré l’appui des partenaires et les économies tirées de sa modeste boutique « DJ Boubs Telecom » et de ses activités de producteurs d’évènements culturels. « Il faut prendre en charge tous ces groupes, leur accoutrement, leur déplacement… » justifie-t-il.

Avec sa salle archicomble et sa coupole en forme de Khaïma, « La Case » tremblait sous un flot de décibels. La plupart des jeunes portait des tee-shirts et des képis blanc avec l’effigie « Ensemble, protégeons les enfants en mobilité contre l’exploitation » du Projet AFIA. Le staff de l’ONG espagnole arborait le même accoutrement.

Du spectacle

Sketch sur les enfants confiés (Photo Aidara)

Des sketchs sous le thème « Enfant confié« , parmi d’autres développés par le Projet AFIA pour sensibiliser sur la protection des enfants migrants contre la traite et l’exploitation, furent joués avec plusieurs variantes. Chaque groupe apportait sa touche au drame vécu par ses enfants confiés. Ils sont placés, souvent dès le bas âge, chez des marabouts véreux, qui les battent et les envoient mendier. La plupart finissent par prendre les avenues de Nouakchott, ses marchés et ses lampadaires comme dortoirs. Beaucoup basculent dans la criminalité et atterrissent en prison.

Aux acteurs qui s’échinaient à apporter sur le plancher de « La Case » plus de dose comique et de mélodrame, sous l’œil attentif du jury, leurs supporters rivalisaient à qui crèvera l’applaudimètre.

L’apothéose fut atteinte au concours de danse. Le délire!

Le groupe Basra de danse (Photo Aidara)

Quelques vieux briscards, des parents accompagnateurs, durent retrouver sans doute la chaleur enfumée des salles de cinéma et les sifflets stridents des spectateurs. La même ambiance faisait vaciller les structures solides de « La Case« . La beauté des chorégraphies, l’explosion de couleurs des tuniques arborés par les danseurs, la vivacité des gestes, n’eurent d’égal que l’effervescence qui enflammait la salle. Chaque fin de spectacle était ponctuée par des salves d’applaudissements et des sifflets admiratifs. On entendit même le son d’un Vuvuzela. Puis, le clou de la soirée, un défilé de grâce, celui des Miss, toutes habillées en mariée maure. Et les spectacles de danses reprirent de plus belle, pour la grande joie des enfants.

Le jury et juste derrière, le public (Photo Aidara)
Photo de famile des Miss en compétition (Photo Aidara)

Témoignages

Mme Habi Seck MBodj, Cheffe du Projet AFIA à « Save The Children » (Photo Aidara)

Mme Habi Seck MBodj, Cheffe du Projet AFIA à « Save The Children », ONG internationale présente en Mauritanie depuis 2006 : « Oscar des Vacances, c’est un canal de communication pour transmettre des messages et sensibiliser les jeunes, leurs familles et leurs communautés, sur les dangers qui guettent les enfants en mobilité. Il est supporté par le Projet AFIA sur financement de l’Union européenne. Ce projet œuvre à l’actualisation de la Stratégie nationale de protection de l’enfance (SNPE) en prenant en compte le renforcement du système de protection des enfants en mobilité. Le projet renforce aussi les capacités de la société civile exerçant dans le domaine de l’enfance. Il équipe les centres d’accueil et d’hébergement des enfants, avec un partenariat poussé avec le Ministères des Affaires Sociales et le Ministère des Affaires Islamiques pour le recrutement de points focaux régionaux et l’élaboration d’un guide de sensibilisation avec justification par le Coran« .

Francesco Cecon, Responsable « Protection de l’Enfance » à « Save The Children » : « Oscar des Vacances est une plateforme qui nous permet de toucher plus d’enfants et de jeunes, mais aussi les familles et les communautés pour véhiculer nos messages sur la protection de l’enfance contre la mobilité, l’exploitation et la maltraitance, à travers notamment les sketchs ».

Papis (15 ans) : « mes parents voulaient m’amener en vacances à Boghé pour m’envoyer chez un marabout, et j’ai pleuré car j’allais de nouveau prendre la gamelle et  je ne voulais pas rater Oscar des Vacances« .

Mouna (17 ans) danseuse : « Avant Oscar des Vacances, on ne savait que faire de nos journées. Aujourd’hui, on est en répétition tous les après-midi pour préparer le spectacle du mardi suivant. Du coup, le quartier s’anime et les jeunes ne parlent plus d’immigration »

Amadou (36 ans) père d’un jeune comédien  « mon fils fait du théâtre, une passion qu’il s’est découvert grâce à Oscar des Vacances. Avant, il traînait pendant les vacances avec les jeunes de la rue, et cela m’inquiétait« .

Cheikh Aidara


Anticiper sur la Mauritanie Post-gaz 2021

La représentation de la société British Petrolum (BP) en Mauritanie a organisé jeudi 20 septembre dernier, à l’intention de deux groupes de journalistes, une séance d’explication sur les différentes étapes de la chaîne de valeur des produits d’hydrocarbures, de l’exploration jusqu’à la vente aux détails, en passant par l’extraction, le transport et le stockage, mais aussi sur les opportunités socioéconomiques que la Mauritanie pourra tirer de l’ère post-gaz.

Les conclusions tirées de cet univers encore inconnu, permettent de tirer quelques leçons :

  • Le Projet Hmeymine/Tortue, avec ses 5 blocs côté Mauritanie et ses 2 blocs côté Sénégal, voit l’émergence de la toute première et importante zone gazière en Afrique de l’Ouest sur le Bassin Mauritanie-Sénégal-Gambie-Bissau-Conakry (MSGBC), avec la technologie de dernière pointe utilisée pour extraire le gaz à plus de 700 mètres de profondeur et des réserves estimées à 425 milliards de mètre-cube.
  • Le Projet est allé vite, entre la phase découverte en 2015 et la Phase 2018 où l’on en est déjà à la « Final Investissement Decision (FID) » ou la Décision Finale d’Investissement qui va précéder l’exploitation prévue en 2021 pour une trentaine d’années. A ce stade, la Mauritanie devra préparer ses 10% de participation directe obligatoire au projet, ce qui équivaudrait déjà à un décaissement qui risque d’être hors de portée du budget national, sauf s’il faut sacrifier des investissements publics dans plusieurs secteurs ou contracter des emprunts sur le marché international.
  • Contrairement à des hypothèses déjà développées, le gaz mauritanien sera vendu sous forme de Gaz Liquide Naturel (GNL), par un processus de refroidissement du gaz à Moins 160° Celsius, ce qui réduira 600 fois le volume du gaz à l’état brut. Le GNL sera transporté par des méthaniers vers les marchés internationaux. Ainsi, l’option par transport oléoduc, même vers le point le plus proche d’Europe (l’Espagne) semble être exclue pour des raisons géopolitiques et géographiques.
  • L’exploitation commune du gaz entre la Mauritanie et le Sénégal constituera un élément de stabilité et condamnera les deux pays à veiller ensemble sur les intérêts tirés de cette manne gazière en taisant toutes dissensions.
  • Enfin, les opportunités socioéconomiques que la Mauritanie pourra tirer du Post-gaz sont réelles.

Ce qui permet d’affirmer sans risque de se tromper que tous les enjeux auxquels font face aujourd’hui les Mauritaniens ont certainement un lien, entre autres, avec les perspectives d’une nation productrice de gaz à l’horizon 2021.Qui sait, peut-être même que les enjeux des élections générales que nous venons de vivre découleraient de ces mêmes perspectives. Mais contrairement aux idées reçues, la production de cette richesse ne sera pas synonyme de résorption de tous les problèmes de chômage que le pays connaît depuis quelques années. Certes, la Mauritanie doit se préparer à la gestion de cette manne gazière par la formation d’une main d’œuvre hautement qualifiée dans le domaine, notamment des ingénieurs, des techniciens supérieurs, des ouvriers…Mais sans exagération, car les postes dans l’industrie du gaz sont très limités et les ressources humaines sont peu absorbables par les sociétés travaillant dans le domaine. Peut-être que tout au long de l’exploitation du produit et de la découverte d’autres puits, une véritable industrie du gaz dans ses différents démembrements s’installera dans le pays, y compris peut-être dans le domaine du raffinage ou de l’exploitation d’autres dérivés du gaz. Par contre, les revenus tirés de la production seront assez importants pour relever le budget de l’Etat, améliorer le niveau de vie des populations, celui des soins de santé et de l’enseignement, mais aussi celui des infrastructures. A condition qu’une bonne politique de gouvernance accompagne le processus, sinon comme dans beaucoup de pays, les revenus tirés du gaz serviraient dans le même sillage que le fer, le poisson ou l’or mauritanien, à enrichir une minorité au milieu d’une misère généralisée.
Les sociétés locales (BTP, bureaux d’études, etc) qui voudraient se greffer à ce processus gazier devront dès à présent rechercher une certification de haut niveau pour prétendre travailler avec les compagnies présentes, en l’occurrence BP ou Total.

Cheikh Aidara