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Chaîne de valeur de la sardinelle : comment aller au-delà des milliers d’emplois créés en Mauritanie

«Hier méprisée, la sardinelle est aujourd’hui prisée par les Mauritaniens, créant des milliers d’emplois directs et indirects » selon Issa Diop, Président de la Coopérative des Filets tournants. Seule une analyse méthodologique de la chaîne de valeur et du système de marché, exemple de la sardinelle et du secteur halieutique, permettra de développer les différents secteurs de l’économie nationale et créer des emplois décents. C’est l’exercice auquel ont été soumis entre le 9 et le 20 avril 2018, soixante participants travaillant dans des institutions publiques et internationales, des organisations de la société civile nationale et internationale, sous l’égide du Bureau International du Travail (BIT) avec le financement de l’Union Européenne.

Banderole annonçant la formation sur la chaîne de valeur (Photo Aidara)

La plage des pêcheurs de Nouakchott, un univers où le poisson est le lien ombilical qui lie les différents acteurs du terrain. Policiers, gendarmes, garde-côtes, vendeurs à la criée, ménagères en quête d’économie, mareyeurs aux regards torves, enfants sur chariot ou vendant des emballages, côtoient des pêcheurs aux tuniques ruisselant, des porteurs empressés, un bac de poissons sur la tête, des piroguiers dévissant à l’ombre d’une poupe à sec, le tout au milieu d’une effervescence des jours de traite et le relent fétide des entrailles de poisson disséqués sur des tables pleines d’écailles et de sang. Au loin s’élèvent les «Ho ! Hiss !» d’un groupe de marins qui vient de mouiller. Des dizaines de bras maintiennent la pirogue au cordeau, tandis que des jeunes hommes alertes, vêtus de larges camisoles vert-olive en toile, courent pieds-nus, la tête portant des bacs remplis de poissons frétillants. A pas de course, ils partent verser leurs charges dans l’arrière d’une 404 déglinguée, au milieu d’une foule de curieux et sous l’œil alerte de quelques acheteurs. La sardinelle, scintillant sous le soleil dégagé de ce mois d’avril, brille d’une couleur bleuâtre comme un joyau serti d’émeraude.

Cette pirogue vient de rentrer d’une marée de sardinelles à Nouakchott (Photo Aidara)

Jusqu’à une date récente, le yay-boy se situait au bas de l’échelle de prestige, à côté d’autres espèces jugées plus nobles, comme le Tiof, le Kibarou, le Seuk ou encore la Courbine.

Du rejet à la ruée

Issa Diop, président de la Coopérative des Filets Tournants (générique désignant les pêcheurs de sardinelle), membre de la Fédération nationale de pêche, se souvient. «Jusqu’en 2000, le Yay-Boy était le poisson le plus méprisé, celui qui faisait travailler peu de monde, nourrissait peu son homme et se bazardait à deux sous». Selon lui, les pêcheurs lui préféraient des espèces plus vendables, comme le poulpe ou les autres poissons plus comestibles. «Il fallait mener une vaste campagne pour faire goûter le Yay-Boy aux Mauritaniens, en le livrant aux coins les plus reculés du pays. A l’époque, seule une quarantaine de pirogues travaillait dans la filière » se souvient-il. La sardinelle, d’après lui, était bradée à 10 ou 20 UM le kilo. «Aujourd’hui, tous les Mauritaniens en mangent et le prix a bondi, 200 UM l’unité dans certains endroits» souligne-t-il. Selon lui, l’apparition des usines de Moka (fabriques de farine de poisson) fut une véritable aubaine. Plus d’inquiétude pour les poissons pourris, avariés ou invendus.

Issa Diop, président des pêcheurs sardinelles de Nouakchott (Photo Aidara)

«Face à la forte demande dont il était l’objet et à la cherté des autres espèces, le yay-boy a connu depuis les années 2009 un boom sans précédent», indique Issa Diop. D’après lui, la flotte a doublé, passant à quatre-vingts dix pirogues, estimant entre 10 et 15.000 le nombre d’emplois directs et indirects créé. «Les objectifs fixés ont  largement été atteints, populariser le Yay-Boy et faire travailler plus de monde» indique-t-il, juché à califourchon sur un vieux pneu. Derrière son caftan sombre et ses yeux rieurs sous le «hawli » noir, il prend sa revanche sur l’histoire, se rappelant les railleries quand une minorité dont il faisait partie allait pêcher le yay-boy. Aujourd’hui, c’est un patron comblé, qui attend le retour de sa pirogue.  «Le mérite d’un tel succès, on le doit au président Mohamed Abdel Aziz et sa vision éclairée. En nationalisant les emplois dans la pêche, il a forcé les Mauritaniens à s’intéresser à la mine d’or qu’est la mer» lance-t-il avec conviction. «Toutes les ethnies sont représentées ici, même celles dont les aïeux ignoraient la couleur de la plage» balaye-t-il d’un revers de main. Pour lui, aucune activité n’a créé autant d’emplois que le yay-boy. «Chaque pirogue fait travailler 30 à 35 bonhommes et autant à terre pour débarquer le produit» indique-t-il.

De la plage au plat du consommateur
Le poisson ramené de mer est vendu aux usines. «Ces 404 vétustes rangées là, ce sont elles qui livrent le produit aux usines et les camions-frigos des sociétés les distribuent aux quatre coins du pays» détaille-t-il. Selon lui, 300 à 500 tonnes de sardinelles sont pêchées par jour. «Nous avons livré une fois  800 tonnes aux usines moka» se rappelle-t-il.

Une 404 en charge (Photo Aidara)

Sur les prix à la plage, il indique qu’une charge de 404 (2 tonnes), se vend à 150.000 UM (ancienne ouguiya) soit 75 UM le kilo ou 25 UM l’unité. «Les femmes au marché, les revendent entre 150 et 200 UM l’unité dans certains endroits, mais au 5ème ou 6ème, il ne dépasse pas 50 UM» explique Issa. «J’ai vendu hier une caisse de 50 kilos à 2.000 UM, soit environ 13 UM l’unité» illustre-t-il.

Le transport est l’une des chaînes importantes du maillon du yay-boy. Environ une centaine de voitures de type 404 travaillent dans la filière sur la plage de Nouakchott. Une rangée de tacots, rouillés par le temps, qui ont besoin d’être renouvelés. Selon Oumar Niang, chauffeur, «nous livrons le produit aux frigos, monnayant 1.500 UM donnés par le producteur et 3.000 UM, parfois 4.000 UM versés par le commerçant». Chaque véhicule fait travailler au moins deux à trois personnes. Mais selon lui, le parc est vieillot et les chauffeurs n’ont pas de moyens pour en acheter d’autres. «Nous avons un véritable problème d’accès au crédit » se lamente-t-il.

Oumar Niang, transporteur (Photo Aidara)
Un parc vieillissant (Photo Aidara)

Beaucoup de femmes achètent et revendent le yay-boy sur place. «Combien le kilo? » demande un client en pantalon chemise. «300 UM pour toi et 50 UM l’unité», rétorque la vendeuse dans un large sourire. Ici, l’habit fait le moine. Le prix proposé peut aller du simple au triple, selon la tête du client. D’autres ajoutent de la plus-value.

Une revendeuse de yay-boy (Photo Aidara)

C’est le cas de Maïmouna Diop, coincée entre ses assiettes et ses fourneaux. Elle offre du yay-boy grillé, accompagné d’une sauce à base d’oignons et d’épices, à 300 UM le plat. Plus loin, Alioune, un jeune écailleur de poisson. A côté de lui, plusieurs autres de son âge, offrent le même service, à 50-60 UM le kilo de yay-boy disséqué, vidé de ses entrailles et découpés en fines rondelles. Quelques marmots se faufilent dans le marché, au milieu des flaques d’eau noirâtres. Ils proposent des sachets d’emballage à 100 UM l’unité.

Maïmouna entre ses fourneaux (Photo Aidara)

A l’autre bout de la chaîne du yay-boy, dans les grandes bourgades du pays, se trouvent plusieurs autres acteurs, grossistes, semi-grossistes, détaillants et revendeurs, mais aussi d’autres transporteurs, explique Issa Diop. Si au niveau de la production et de la distribution, les femmes sont quasi absentes, elles dominent le secteur de la commercialisation et constituent le dernier maillon avant que le yay-boy n’atterrisse dans le plat du consommateur.

A n’en pas douter, la sardinelle fait travailler du monde et génère des revenus considérables en Mauritanie. Une étude plus approfondie devrait offrir d’avantage d’éléments sur les opportunités d’une chaîne où les données sont quasi inexistantes.

De la théorie à la pratique sur les chaînes de valeur

Photo de famille de participants (Photo Aidara)

C’est sur ce modèle simplifié et non exhaustif du circuit économique de la sardinelle que des acteurs nationaux (fonctionnaires, ONG de développement, agents microfinance) et des représentants d’organismes internationaux exerçant en Mauritanie ont suivi en deux groupes, du 9 au 13 avril 2018, puis du 16 au 20 avril 2018, une formation sur l’étude et l’analyse de la chaîne de valeur. Selon Gilles Cols, consultant au BIT Mauritanie, spécialiste en développement du secteur privé, «l’objectif principal de cette formation était d’amener d’abord les participants à harmoniser leur compréhension par rapport à la chaîne de valeur et d’appréhender la manière dont on peut créer des emplois décents à travers elle. La chaîne de valeur c’est l’ensemble des activités nécessaires pour offrir un produit ou un service au consommateur final, de sa conception jusqu’à son élimination après usage, en passant par les phases intermédiaires de production et de distribution ».

Selon Gilles Coles, «Il fallait ensuite apprendre aux participants comment sélectionner une chaîne de valeur, en prenant en compte l’aspect genre, d’apprendre à gérer une entreprise de développement de la chaîne de valeur, en se posant les bonnes questions : quels sont les critères de sélection d’une chaine de valeur ? Quelles opportunités peut-on tirer de la chaîne de valeur ? Combien d’emplois peut-on créer ? Qui va gagner de l’argent ? Qui produit et qui achète

Gilles Cols (de dos) lors d’une présentation (Photo Aidara)

La formation a été menée par des experts du BIT, Thomas Khatal, spécialiste sénior en développement du secteur privé, Nadja Nutz, spécialiste en développement des systèmes de marché (qui est rentrée après la formation du premier groupe) en plus de Gilles Cols.

Aux termes de cette formation, la Mauritanie peut espérer désormais disposer de compétences en matière de chaînes de valeur, ce qui permettra une meilleure maîtrise des maillons de la chaîne et de ses potentialités en termes de création d’emplois décents et de richesses. Cela se fera si les différents segments de la chaîne développent des espaces de dialogue et de concertation et si les acteurs non-concurrents (Etat, partenaires) parviennent à jouer leur rôle de facilitation.

TEMOIGNAGES

Nadja Nutz, spécialiste en développement des systèmes de marché

«Quelles que soient les contextes et les particularismes liés aux secteurs économiques ou aux pays où la formation est dispensée, je pense que la méthodologie pour l’identification des chaînes de valeur et leur analyse pour les développer et créer des emplois décents, est la même partout. C’est pourquoi on a développé des exercices sur des chaînes de valeur que les participants ont eux-mêmes choisi»

Aioune Diakité, Chef de projet à ECODEV


«Aujourd’hui nous exécutons beaucoup de projets en rapport à des chaînes de valeurs. Si nous prenons l’exemple du «Progrès Lait » où on dispose d’une chaîne qui va de la collecte jusqu’à la transformation de produits, il y a des éléments que nous ne maîtrisions pas. Cette formation nous a permis de comprendre depuis les bénéficiaires initiaux, les femmes, les vendeurs et les producteurs de lait jusqu’aux industriels. Maintenant nous connaissons mieux la chaîne et les différents acteurs, ce qui nous permettra de mieux redimensionner nos projets futurs et ne pas oublier certains acteurs que nous avions tendance jusqu’ici à ignorer parce que nous ne maîtrisions pas bien toute la chaîne de valeur. Aujourd’hui, avec les outils qui nous ont été présentés, nous sommes en mesure de mettre en place une chaîne de valeur en tenant en compte tout ce qui est au niveau environnemental, notamment la règlementation, et mettre en œuvre des plans d’action»

Diaw Abou Malick, Directeur de l’Union nationale des Caisses d’épargne et de crédit «Djikké»-Mutuelle (UNCECD-M)

«Jusque-là nous n’avions que quelques bénéficiaires dans le domaine halieutique, quelques femmes et quelques coopératives qui bénéficiaient de nos services, mais en réalité nous n’avions pas une stratégie claire et adaptée au secteur. Aujourd’hui, grâce à cette formation, et aux partenaires que nous avons rencontré, nous avons découvert qu’il y a d’importants potentiels en termes de générations de revenus, de créations de richesses et d’emplois. Nous en sommes convaincus. Dans peu de temps, nous comptons investir davantage ce secteur ainsi que ses chaînes de valeur pour mieux les connaître et développer des services mieux adaptés à ses acteurs qui ont davantage besoin des services que nous offrons».

Marième Sidi Mohamed, conseillère juridique Agence nationale d’emploi des jeunes (ANAPEJ)


«En apprenant à mieux organiser une chaîne de valeur, on peut sensibiliser les jeunes à choisir les activités qui ont un meilleur impact et qui génère plus de revenus pour eux »

Ahmedou Ould Maaloum, Office national de l’inspection sanitaire des produits alimentaires (ONISPA)


«Notre institution se trouve à l’aval et en amont, mais aussi sur tous les segments de la chaîne de valeur dans le secteur de l’agro-alimentaire. Notre rôle est de nous assurer que les normes d’hygiène et de santé sont respectées tout au long de cette chaine pour veiller à la santé publique et protéger le consommateur final. D’où l’intérêt de cette formation qui nous a édifiés davantage sur les différents segments des chaînes de valeur et leurs acteurs».

Cheikh Mélaïnine, Fédération nationale de la pêche artisanale (FNPA)


«Personnellement, c’est la notion de chaîne de valeur que je n’appréhendais pas ; j’entendais toujours parler de chaîne de valeur et quand je demandais je ne trouvais pas de réponse convaincante. Cette formation m’a permis de mieux cerner la notion. Mon souhait est que nous puissions bénéficier d’une autre formation sur la chaîne de valeur pour que nous puissions mieux maîtriser la méthodologie et transmettre les connaissances aux autres membres de notre fédération»

Kane Elimane, Institut mauritanien de recherches océanographiques et de pêches (IMROP)


«Nous avions d’énormes attentes par rapport à cette formation, car au niveau de l’IMROP, nous développons aussi des chaînes de valeur sur la pêche. On voulait voir s’il y avait de nouvelles approches par rapport à ce que l’on fait habituellement, car en étudiant une chaîne de valeur, on peut identifier les maillons qui peuvent générer le plus d’emplois. Je suis satisfait, même si au départ j’avais des appréhensions, car je trouvais les cours trop magistraux. Au dernier jour, j’ai eu réponse à mes attentes»

Cheikh Aïdara

 


Assalamalekum Découverte 2018 : 433 jeunes rappeurs issus de 10 villes mauritaniennes en compétition pour le sacre

Initié depuis 2010 sous une ancienne formule «Assalamalekum Tour», le tremplin «Assalamalekum Découvertes» fête sa 9ème édition cette année. L’objectif est la détection de jeunes talents du Hip-Hop Mauritanien. Le tremplin réunit 433 candidats issus de 10 villes mauritaniennes et crée de plus en plus d’engouement au sein de la jeunesse mauritanienne.

Les jeunes rapports et les journalistes (en face) lors de la conférence de presse (Photo Aidara)

Année après année, le tremplin «Assalamalekum Découvertes», prend de l’ampleur. Cette année, trois nouvelles villes, Boghé, Maghama et Zouerate se sont jointes à la liste des cités Hip-Hop couvertes depuis des années par les activités de «Assalamalekum Culture», Nouakchott, Rosso, Nouadhibou, Kaédi, Kiffa, Sélibaby et Atar. La sélection qui sera effectuée au niveau de chaque ville par un jury constitué d’experts locaux s’annonce rude. En tout, 433 candidats, âgés entre 15 et 25 ans vont postulé et seuls 16 candidats par ville seront choisis pour des compétitions au niveau local. Les activités se dérouleront du 20 avril au 10 mai 2018 pour les phases éliminatoires. Seuls 64 candidats seront retenus pour des phases live, à l’issue desquelles les artistes sélectionnés participeront à différentes sessions sous la forme de concert live de 15 mn devant un jury et un public. Le groupe ou l’artiste vainqueur bénéficiera d’une enveloppe de 50.000 N-UM (500.000 anciennes ouguiyas), plus un accompagnement professionnel et une programmation lors du Festival «Assalamalekum» et du Festival Hip-Hop Festa 2H du Sénégal. Le lauréat sera également invité à d’autres festivals en réseau avec le Festival «Assalamalekum» pour des résidences et des formations.

Banc de quelques journalistes (Photo Aidara)
Des journalistes (Photo Aidara)

Lors d’une conférence de presse de lancement, organisé jeudi 12 avril 2018 au siège du Festival «Assalamalekum » à Nouakchott, le président Limam Kane dit Monza, figure de proue du Hip-Hop mauritanien, cerveau et concepteur du Label «Assakamalekum » et Zaza Production dont l’aura a dépassé les frontières nationales, a déclaré que l’objectif du tremplin est de «montrer que les régions de l’intérieur du pays renferment de jeunes talents qu’il faut accompagner et encadrer» ; citant à ce titre, le rappeur Ziza, fruit d’un tel processus et qui aujourd’hui est devenu un artiste professionnel de haut niveau. C’est pourquoi, dira Monza, «la récompense accordée au lauréat du tremplin «Assalamalekum Découvertes » a atteint aujourd’hui la somme de 500.000 UM (50.000 nouvelles ouguiyas ou N-UM) ». Il a précisé que les inscriptions au concours du tremplin sont gratuits et que les comités de sélection sont autonomes, indiquant que les candidats sont soumis à quatre phases de pré-sélection devant un jury qui étudie les dossiers des postulants, lesquels seront soumis à des tests vocaux ou artistiques, en sus de la qualité des textes proposés et des résultats des échanges avec le jury. Deux jours avant les prestations, les concurrents suivent un atelier sur une thématique.

A noter que le tremplin «Assalamalekum Découvertes 2018 » est sponsorisé par l’Organisation internationale de la Migration (OIM).

Une partie des concurrents (Photo Aidara)

Lors de la conférence de presse organisée jeudi dernier, les jeunes artistes sélectionnés au niveau de Nouakchott ont été présentés à la presse. Il s’agit de Mohamed Lemine Tourad dit M-Elkalach, jeune rapper qui joue en solo depuis 2015, Moussa Sall et Abderrahmane Kane du groupe EYCI, Abdallahi Kébé du groupe Génération MD qui joue en duo, Bakary Diallo dit Bakro du groupe K.I.B, Papy ou Dady T, Ablaye Tall du groupe Kami Tupak et son manager Alassane Kébé, Mamadou Sall du groupe WM, Mohamedou Ndiaye TREKI du groupe Yakari Africa, Moulaye Haidara du groupe PROUF, Abdoulaye Diaw du groupe Flam Game Doul All, Al Houssein Samba Saly du Groupe Founebe Nguendi.

Cheikh Aïdara

 

 


Accords de pêche Mauritanie-Sénégal : poissons contre opposants

Les accords de pêche entre la Mauritanie et le Sénégal, suspendus depuis 2015, ne sont pas prêts d’être signés, sauf si Macky Sall accepte d’extrader les opposants mauritaniens installés sur son sol. C’est la condition sine qua none et non écrite qui empêcherait encore les pêcheurs de Guet Ndar de plonger leurs filets dans les eaux mauritaniennes, selon plusieurs analyses.

Pêcheurs sénégalais

La Mauritanie a fermé depuis 2015 ses eaux maritimes aux Sénégalais, surtout aux pêcheurs de Guet Ndar, habitués depuis des siècles à jeter leurs filets jusqu’aux confins de la Langue de Barbarie, comme les Mauritaniens ont depuis des siècles coutume de faire paître leurs troupeaux dans les prairies sénégalaises dans les moments de soudure. Depuis, les incidents entre pêcheurs Guet Ndariens et garde-côtes mauritaniens sont devenus monnaie courante, avec parfois des pertes d’hommes dans les rangs des pêcheurs de Saint-Louis. Cette situation de crise permanente crée ainsi une forte pression sur les autorités sénégalaises qui, année après année, usent leurs souliers dans des allers-retours infructueux entre Dakar et Nouakchott pour décrocher des accords de pêche de plus en plus liés aux humeurs du président Mohamed Abdel Aziz.

En février 2018, le président Macky Sall s’est rendu auprès de son homologue mauritanien avec qui il a signé un certain nombre de conventions, dont de nouveaux accords de pêche qui devaient être finalisés puis signés depuis le mois de mars 2018 après études par les départements concernés des deux pays. Cette bouffée d’oxygène politique accordée à Macky Sall intervenait après la mort d’un pêcheur sénégalais sous les tirs des garde-côtes mauritaniens et les incidents visant des boutiquiers mauritaniens qui s’en étaient suivis. Ce qui donnait un sursis au pouvoir sénégalais et lui permettait d’absorber la colère de la rue.

Mais ces accords n’ont pas encore été signés. Pour apaiser l’impatience des pêcheurs de Guet Ndar, le ministre sénégalais des pêches, Omar Guèye, est monté de nouveau au créneau pour justifier le retard, indiquant que les Mauritaniens disent attendre des précisions sur les délais de construction des points de débarquement, car selon la loi mauritanienne, les pêcheurs sénégalais ont l’obligation de débarquer leur prise en Mauritanie.

En réalité, les observateurs trouvent que le retard constaté dans la signature des accords de pêche est dû essentiellement aux exigences non déclarées des autorités mauritaniennes relatives à l’extradition de leurs opposants installés au Sénégal. Depuis quelques jours, l’Etat sénégalais aurait dressé une liste d’opposants mauritaniens en vue de les livrer à Mohamed Abdel Aziz. Cette liste renfermerait des artistes, des journalistes et des politiques qui ne cessent d’attaquer le pouvoir mauritanien par leurs musiques, leurs déclarations publiques ou par leurs écrits. C’est dans ce cadre que s’inscrirait l’arrestation du manager du groupe de rap «Ewlad Leblad », Ishaq. Un chantage « poissons contre opposants » contre lequel Macky Sall serait impuissant, tenaillé entre ses engagements internationaux et la pression de son opinion publique à qui il a déjà vendu l’idée que la Mauritanie signera de nouveaux accords de pêche.

Il faut dire que Mohamed Abdel Aziz est un habitué de ce genre de chantage dans ses relations internationales. Le Maroc en a déjà payé les frais, en abdiquant devant ses exigences d’expulser l’homme d’affaires Mohamed Bouamatou. Il avait brandi, en sus de son refus de nommer pendant des années un ambassadeur au Royaume, d’autres armes comme le rapprochement avec le Polisario et l’Algérie, la construction de la route Tindouf-Atar pour concurrencer la Transnationale reliant le Maroc à l’Afrique Noire via Nouakchott, et même la possibilité de bloquer le trafic marocain sur cet axe primordial pour le Royaume.

Cheikh Aïdara


Birame Dah Abeid : «cette condamnation d’esclavagistes à Nouadhibou est le fruit de plusieurs facteurs internes et externes »

Les dernières condamnations prononcées à Nouadhibou contre trois individus dont une femme pour crimes esclavagistes et qui ont abouti à des peines de dix à vingt ans, ont été unanimement saluées aussi bien en Mauritanie qu’à l’étranger. Birame Dah Abeid, président de l’initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) donne sa propre lecture.

Birame Dah Abeid

«Cette subite condamnation contre des criminels d’esclavage à Nouadhibou fait partie des victoires remportées par les tenants de l’application de la loi, une position intrinsèque d’IRA Mauritanie qui s’est toujours battu, sans concession, pour l’application totale de la loi incriminant l’esclavage. Je pense que cette victoire peut s’expliquer en termes d’hésitations, de tergiversations, de contradictions et de perdition du pouvoir qui a posé un acte diamétralement opposé à sa position officielle. Même dans les discours du Chef de l’Etat qui ont toujours été des discours de déni du fait esclavagiste en Mauritanie. Ce qui dévoile un manque de vision et de crédibilité du pouvoir » a-t-il déclaré.

Pour Birame Dah Abeid, il faut mettre les récentes condamnation d’esclavagiste à Nouadhibou dans un contexte national et international où les pressions sur le pouvoir mauritanien étaient si énormes qu’il fallait un coup d’éclat capable de lui ouvrir une petite fenêtre de sortie, même temporairement. Il a cité dans ce cadre, les différentes condamnation dont la Mauritanie fait l’objet ces dernières années, partant de celles prononcées par l’ONU et ses différents rapporteurs, mais aussi celles découlant de la 34ème session de l’Assemblée parlementaire paritaire Afrique Caraïbes Pacifique-Union Européenne (ACP-UE), qui s’est déroulée du 18 au 20 décembre 2017 à Port-au-Prince (Haïti), sans compter les récents rapports d’ONG internationales des droits de l’homme comme Human Rights Watch et Amnesty International qui ont sévèrement épinglés la Mauritanie pour ses multiples violations des droits de l’homme, notamment les poursuites incessantes contre les défenseurs des droits de l’homme et la persistance de l’esclavage ainsi que l’impunité qui entoure les auteurs de ces crimes

Il a salué dans ce cadre les efforts menés par SOS Esclave, notamment dans cette dernière affaire.  Pour Birame Dah Abeid «cette conscience retrouvée des autorités et des juges mauritaniens est feinte, car il y a l’organisation imminente d’une session de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples qui doit se tenir du 22 au 30 avril 2018 à Nouakchott ». Pour lui, le pouvoir mauritanien a tout fait pour accueillir cette session dans le but de l’instrumentaliser dans le cadre de sa politique de déni, de diversion et de saupoudrage, du fait esclavagiste et de la discrimination. «L’Etat mauritanien compte même fêter Mandela ici mais pour cela il faut d’abord éradiquer l’esclavage et le racisme» a-t-il affirmé.

Selon lui, toutes ces tentatives sont vouées à l’échec. «Comme je l’ai déjà dit depuis plusieurs années, IRA est là, plus forte et plus déterminée que jamais, pour déjouer toutes les manœuvres du pouvoir mauritanien et de sa féodalité qui ont toujours bâti depuis des siècles, leur mode de domination sur l’esclavage. Je leur dis qu’ils doivent tout simplement mettre fin à ces pratiques. Il n’y a pas d’autre issue » a-t-il conclu.

Cheikh Aïdara