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Mauritania Airlines, compagnie nationale ou compagnie arnaque

Profitant de son quasi monopole sur certaines lignes aériennes, notamment l’axe Nouakchott-Dakar et Nouakchott-Tunis, Mauritania Airlines se comporte en véritable prédateurs, en plus de la qualité de ses services, de ses retards incessants et de ses annulations de vol sans prévenir.

Imaginez-vous que l’axe Nouakchott-Dakar qui dure 45 minutes coûte plus cher (149.000 UM) que Nouakchott-Tunis (140.000 UM) qui dure 3 heures de temps ! Mauritania Airlines profite de ce monopole avant le décollage d’Air Sénégal, pénalisant ainsi les Mauritaniens qui sont plus nombreux sur cet axe. Mieux, le billet sur Las Palmas est paradoxalement plus cher aujourd’hui qu’il y a un mois, bien qu’il y ait moins de voyageurs ! Quelle aberration ou quelle politique commerciale ! Pourtant, en tant que compagnie nationale, Mauritania Airlines devait appliquer des tarifs concurrentiels face aux compagnies étrangères. Elle devait faciliter les déplacements des citoyens mauritaniens qui ont été en partie saignés à blanc pour sa création.

En plus de profiter largement de cette situation, en l’absence de compagnies nationales dans les pays comme le Sénégal ou le Mali, pour plumer les voyageurs mauritaniens, Mauritania Airlines est toujours en retard. Son équipage verses quotidiennement dans des excuses plates au moment des décollages. Que dire alors des annulations intempestives de vol, qui laissent parfois en rade des voyageurs souvent désargentés et à l’étranger, ne sachant à quel saint se vouer en attendant la prochaine programmation.

Il n’est pas étrange que la compagnie mauritanienne soit actuellement sous la ligne de mire de la presse nationale. Les articles fouillés sur sa gestion chaotique, aussi bien sur le plan financier que technique, remplissent chaque jour les colonnes des sites d’informations.

La situation est d’autant plus incompréhensible que la compagnie a modernisé sa flotte et possède actuellement 2 appareils type Boeing 737-500 (dont l’un est cloué depuis des jours à Dakar), 1 Boeing 737-700, 1 Embraer 145 et 1 Boeing 737-800. Elle est même sur le point d’acquérir un deuxième Boeing 737-800 MAX aux Etats-Unis. Le problème est que Mauritania Airlines qui cherche à élargir ses horizons, après Paris et Las Palmas vers Jeddah, souffre d’un manque de personnel navigant, notamment des pilotes expérimentés, après le départ de plusieurs d’entre eux vers d’autres compagnies plus disant.

Avec une flotte aérienne de 5 appareils et trois équipages fonctionnels (7 personnes), la compagnie doit d’abord combler son important déficit en personnel, car elle a besoin d’au moins douze équipages. Elle doit nécessairement soit rappeler ses pilotes qui ont migré vers d’autres compagnies avec une bonne incitation, soit recruter des pilotes étrangers (ce qui serait difficile vu les salaires dérisoires proposés) et commencer dès à présent à former des pilotes. Sans cela, Mauritania Airlines sera obligé de clouer un de ses appareils au sol, faute de personnel navigant.

Le personnel actuel se plaint déjà de la faiblesse des revenus qui leur sont accordés et de graves accusations de malversations et de mauvaise gestion pèsent sur la direction de la compagnie aérienne nationale.

Il faut rappeler que Mauritania Airlines a été lancée en décembre 2010 sur les cendres de Mauritania Airways et d’Air Mauritanie. Elle est entièrement détenue par l’Etat mauritanien et dessert douze destinations en Afrique avec une flotte de 5 appareils, un sixième serait en route. Son capital de départ vient de plusieurs fonds d’entreprises publiques, comme la Société industrielle et minière (SNIM) ou la Caisse nationale de sécurité sociale (Cnss).

Cheikh Aïdara


Les journalistes ouest-africains édifiés sur les engagements nationaux en faveur de la Planification familiale

Bamako a abrité lundi 18 septembre 2017, l’ouverture d’une session de remise à niveau et d’information à l’intention des journalistes spécialistes des questions de santé de la reproduction et de planification familiale issus des 9 pays du Partenariat de Ouagadougou.

Table officielle : de gauche à droite, Rodriguez NGouana, Cheikh Touré, Fatimata Sy, Marie Bâ et Moctar Diallo (Crédit photo Aïdara)

Pendant trois jours, du 18 au 20 septembre 2017, plus d’une dizaine de journalistes issus des pays membres du Partenariat de Ouagadougou devront suivre une session de remise à niveau, d’échanges et de débats sur l’évolution de la Planification Familiale (PF) en Afrique de l’Ouest.

La séance de lancement de cet important atelier a eu lieu lundi dernier à l’hôtel Radisson Blu de Bamako, en présence de la Directrice Exécutive de l’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou (UCPO), Mme Fatimata Sy et ses collaborateurs, en plus du Dr.Cheikh Touré, Directeur d’Intrahealth Mali et du Dr.Moctar Diallo, Directeur du «Civil Society For Familiy Planing » ou CS4FP.

Quid des engagements des Etats

A quelques encablures de la rencontre annuelle des pays du Partenariat de Ouagdougou, prévue en décembre 2017 à Lomé (Togo), les journalistes participants à la rencontre de Bamako ont été largement édifiés sur le rôle crucial qu’ils devront jouer dans la phase actuelle d’accélération. Celle-ci succède à la Première phase, «l’urgence d’agir » pour la période 2011-2016 qui avait tablé sur 1 million d’utilisatrices supplémentaires. Le résultat étant largement satisfaisant, avec 1,2 millions de nouvelles adhérentes, la Phase d’accélération lancée en 2016 cherche à assurer davantage l’atteinte des objectifs fixés à l’horizon 2020 (initiative FP 2020), soit 2,2 millions d’utilisatrices supplémentaires. Or, la lenteur constatée sur ce plan au niveau des Etats membres du Partenariat de Ouagadougou, fait douter de la capacité de ces pays à atteindre leurs objectifs sans des efforts supplémentaires tant au niveau de l’amélioration des taux d’accès aux services de la planification familiale que sur celui de la satisfaction des besoins non satisfaits.

Il s’agira d’accompagner les pays membres à revoir leurs Plans d’action nationaux budgétisés (PANB) pour en faire des plans de deuxième génération capables d’assurer l’accélération de la mise en œuvre de leur politique de planning familial.

C’est dans ce cadre que les pays du Partenariat ont renouvelé en août dernier à Londres devant la communauté internationale, leurs engagements à réaliser leurs objectifs respectifs dans l’atteinte du nombre d’utilisatrices supplémentaires qu’ils se sont fixés. Ils devront à ce titre redoubler leurs efforts tant sur le plan politique, financier que programmatique. Le rôle des journalistes consistera, sur la base d’une production soutenue et de qualité,  à rappeler à leurs gouvernants les engagements qu’ils ont pris, et de parvenir avec le concours de la société civile et des autres acteurs à faire bouger les lignes.

A rappeler qu’en 2015 au cours de la réunion des ministres de la Santé des pays du Partenariat de Ouagadougou, les 9 pays membres (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Sénégal et Togo) s’étaient engagés entre autres, à créer la demande en services PF, à adopter une approche multisectorielle dans leurs démarches, à assurer la sécurisation des produits contraceptifs, à mettre en œuvre des initiatives hautement porteuses et  à aligner leur vision politique sur l’agenda du PF 2020, notamment en adoptant une loi sur la santé de la reproduction, en rehaussant la part de leur budget national réservée à la PF et en élaborant de bonnes programmations.

Accélérer la planification familiale

Rodriguez NGouana, Chargé des Relations avec les Pays au sein de l’UCPO a présenté une communication exhaustive, qui a porté sur les enjeux, les objectifs et les perspectives de la Phase d’accélération 2016-2020 de la PF, mais aussi sur la situation de chaque pays membre du Partenariat. Alors que la zone Afrique de l’Ouest affiche un taux de prévalence contraceptif (TPC) de 11% avec des besoins non satisfaits de 29%, il fait remarquer que dans les pays développés, 57% des femmes utilisent la contraception contre seulement 18% de besoins non satisfaits.

Par ailleurs, M.NGouana fait remarquer que les résultats restent disparates entre les pays membres du Partenariat de Ouagadougou avec des pays qui font des progrès comme le Sénégal qui a fait un bond de 8 points en trois ans, la Mauritanie et le Niger qui ont enregistrés aussi des résultats incitatifs, et d’autres pays qui accusent des retards. Selon lui, en sus de son rôle fédérateur, catalyseur, émulateur et mobilisateur grâce au réseautage des acteurs clés (journalistes et société civile) en plateformes d’échanges et de plaidoyers, le Partenariat de Ouagadougou s’efforce surtout de développer le relèvement de l’ancrage institutionnel de la planification familiale, d’accélérer les objectifs fixés par les États, d’accroître l’investissement et le nombre d’utilisatrices, tout en veillant au maintien du momentum de 2011 et au développement de plans d’action ambitieux avec de bonnes perspectives.

«Avec 84% des accouchements dans les centres de santé, il est inconcevable que seules 16% de femmes partent avec une méthode contraceptive » regrette-t-il. Pourtant, note-t-il, les financements par les partenaires techniques et financiers de la Planification Familiale en Afrique de l’Ouest, sont passés entre 2011 et 2015, de 80 millions à 100 millions de dollars U.S, avec 18% d’augmentation rien qu’entre 2014 et 2016. Selon lui, les pays du Partenariat de Ouagadougou doivent également augmenter leur part du budget réservé au planning familial, soulignant que leur engagement à accorder 15% de leurs budgets nationaux à la santé, reste déjà un vœu pieux.

Pour Rordriguez Ngouana, si les tendances actuelles se poursuivent, l’objectif de 2,2 millions d’utilisatrices supplémentaires en 2020 risque de ne pas être atteint. Ainsi, la Côte d’Ivoire a promis 441.000 nouvelles utilisatrices d’ici 2020, le Burkina Faso 389.000, le Niger 304.000, le Mali 269.000, le Bénin 227.000, le Sénégal 217.000, la Guinée 188.000, le Togo 141.000 et la Mauritanie 39.000.
Il fait remarquer que durant la Première phase 2011-2015, tous les pays du Partenariat, hormis le Burkina Faso, n’avaient pas atteint les objectifs attendus, comme la Mauritanie qui avait promis 7.847 utilisatrices supplémentaires et qui n’a réalisé que 5.657. Si la tendance se maintient, trouve-t-il, les gap risquent d’être importants entre les résultats attendus et ceux qui seront réalisés, précisant que certains gap peuvent aller jusqu’à un chiffre de 50.000 comme dans le cas de la Côte d’Ivoire, fait-il remarquer.

L’impondérable retrait des fonds américains

Brossé par Rodriguez NGouana lors de sa présentation, le financement de la PF sera davantage approfondi par Marie Bâ de l’UCPO, qui a évoqué le risque d’une diminution de l’enveloppe destinée à ce volet à cause de la politique du président américain Donald Trump. «Ce n’est pas un phénomène nouveau, car cette politique, nous l’avons vécu souvent avec les Républicains, sans que nous nous écroulions » a-t-elle fait remarquer. Il s’agit tout de même d’un des plus grands bailleurs, car l’USAID contribue à hauteur de 46 millions de dollars. La perte des fonds américains, qui pourrait être décidée par la nouvelle administration américaine, pourrait cependant, selon Marie Bâ, être compensée par l’apport d’autres initiatives privées, comme «She Decides » qui est parvenu à mobiliser 400 millions de dollars en 2016. L’UNFPA participe à hauteur de 22 millions de dollars et Gates de 25 millions.

Une partie de l’assistance (Photo Aïdara)

Elle a évoqué d’autres partenaires qui accordent d’importantes enveloppes au niveau mondial comme le Canada avec 650 millions de dollars, mais aussi Global Gag Rule depuis 2017, mais aussi le Challenge Initiative, le projet SWEDD qui regroupe 6 pays d’Afrique de l’Ouest, le Gate’s Arc qui couvre les 9 pays du Partenariat de Ouagadougou, Hewlett’s, CS4FP et Dutch d’Intrahealth, etc.

Elle a notamment parlé de sources additionnelles et d’un financement qui est passé de 80 millions à 126 millions de dollars entre 2012 et 2016, avec 17 millions amenés par deux nouveaux bailleurs, qui sont venus s’ajouter aux  bailleurs traditionnels du Partenariat de Ouagadougou et qui eux, ont maintenu leur apport à 109 millions de dollars.

Selon Marie Bâ, «nous avons surtout besoin de nouveaux Plans d’action nationaux budgétisés », soulignant que le problème du financement se situe surtout au niveau des besoins non satisfaits encore sous-financés par rapport à un sur-financement de l’accès aux services de PF. «Le Planning familial demeure malgré tout un domaine prioritaire pour les bailleurs.» fera-t-elle remarquer. Elle a seulement regretté la distribution non équitable des financements entre les pays du Partenariat de Ouagadougou, certains recevant bien plus que d’autres, comme la Mauritanie qui ne reçoit que 2,2 millions de dollars comparée par exemple à une Côte d’ivoire qui reçoit 24 millions de dollars ou le Sénégal 25 millions de dollars. Selon elle, «le niveau de contribution des pays pourrait constituer un déterminant majeur dans la contribution  des bailleurs.»  Elle s’est surtout inquiétée de la diminution constatée dans l’achat des produits contraceptifs.

Sur le plan des efforts budgétaires nationaux, les gouvernants des pays d’Afrique de l’Ouest ont aussi besoin d’être bousculés. Ainsi, le Burkina Faso a promis d’injecter 500 millions de francs Cfa dans la PF, le Sénégal 300 millions, le Mali 200 millions, là où la Mauritanie n’accorde à ce volet que 15 millions de francs Cfa de son budget. Mais la Mauritanie reçoit également le moins de financement extérieur pour l’appui à ses politiques de PF, environ 2,2 millions de dollars, alors que certains pays reçoivent jusqu’à 24 millions de dollars.

Jeunesse, société civile et fistules obstréticales

Les participants ont également suivi d’autres présentations, notamment une communication sur «Ados et Jeunes : a-t-on repensé les approches et les stratégies ? Pour quels résultats ?» présentée par Dr.Moctar Diallo, Directeur CS4FP dont le but est de renforcer l’engagement de la société civile dans le repositionnement de la PF en Afrique de l’Ouest. Il déclare que son institution travaille beaucoup avec les jeunes scolarisés et déscolarisés, avec  un accent sur l’Éducation complète à la sexualité qui se heurte encore à des barrières socioculturelles. Certains espaces de dialogue commencent ainsi à émerger,  selon lui, comme les Synergie-Call ou encore les Think Thank Jeunes, avec des résultats satisfaisants sur le plan de la coordination sous-régionale.

Vue partielle de l’assistance (Photo Aïdara)

Parlant au nom de la Coalition régionale de la société civile qu’il préside, Mamoutou Diabaté de nationalité malienne, est revenu sur l’historique du Partenariat de Ouagadougou qui a vu le jour en février 2011 dans la capitale burkinabé. C’est en septembre de la même année à Saly-Portudal dans le département de Mbour (Sénégal), que la société civile verra, dira-t-il, ses préoccupations inscrites dans les Plans d’action nationaux budgétisés des pays membres. Des points focaux vont être créés dans les différents pays après la mise en place d’un bureau de coordination dont le but est d’accompagner les différentes coalitions nationales de la société civile.

Ensuite, Aoua Guindo, patronne de la Direction nationale de la Santé et Santé de la Reproduction du Mali a fait une présentation de la PF dans son pays. Un diagnostic qui recoupe en gros celui des autres pays du Partenariat de Ouagadougou, avec les mêmes problèmes, les mêmes défis et opportunités.

La dernière communication, présentée par le Dr.Demba Traoré d’Intrahealth-Mali, a porté sur la fistule obstétricale, un fléau qui touche plus de 2 millions de femmes dans le monde, selon lui. La fistule est provoquée, fera-t-il remarquer, par un accouchement difficile lié souvent à un mariage précoce, soulignant qu’il existe aussi des fistules nées de faute professionnelle ou de négligence médicale. Ces derniers cas, sources  actuelle de vives préoccupations dans le milieu médical, représentent entre 8 et 12% des cas de fistules enregistrés, a-t-il souligné. En plus de l’âge précoce au mariage, la fistule serait due aussi selon lui, à l’analphabétisme, l’excision, la pauvreté, l’inaccessibilité géographique et la discrimination sexuelle. «Quelques 894 fistules ont été réparées depuis 2014 au Mali » a-t-il témoigné. Un documentaire racontant le calvaire de quelques fistuleuses guéries est venue verser un brin d’émotion dans la salle et clore une journée bien remplie.

Cheikh Aïdara
Envoyé Spécial à Bamako

Qu’est-ce-que Intrahealth ?

IntraHealth, est une ONG américaine qui a pour but l’amélioration de la qualité des soins de santé. Elle a été fondée en 1979 sous le nom Intrah. Elle a une réputation internationale pour ses innovations dans l’amélioration de la performance et des activités de formation dans des domaines tels que le planning familial, la santé de la reproduction et la santé maternelle et infantile. Le bureau régional d’IntraHealth, Afrique de l’Ouest et Central se trouve à Dakar.

 

Au sujet du CS4FP

CS4FP ou Projet de renforcement de l’engagement de la Société Civile pour la planification familiale en Afrique de l’Ouest, mis en œuvre par IntraHealth international,  a pour but de contribuer à l’atteinte du dividende démographique dans les neuf pays du Partenariat de Ouagadougou à travers le renforcement des capacités de plaidoyer et d’action des coalitions d’OSC, des jeunes et des leaders religieux ; et l’amélioration de l’accès des jeunes et adolescents aux programmes de santé de la reproduction y compris la prévention du VIH/SIDA.


Renvoyée de Mauritanie, la délégation américaine se penche sur l’esclavage depuis Dakar

À Dakar, Birame Dah Abeid, président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), a démenti les prétextes avancés par les autorités mauritaniennes sur leur refus d’accepter la visite des personnalités américaines anti-esclavage, déclarées persona non grata après leur arrivée à Nouakchott, vendredi 8 septembre dernier.

Birame, la main tendue devant le miacro entouré des membres de la délégation – Crédit photo IRA

«Parmi les résultats de ma visite à Chicago le 7 juin dernier, au cours de laquelle j’ai rencontré les activistes des droits de l’homme américains, dont des combattants historiques comme le Révérend Jessie Jackson et d’autres prêtres américains, mais aussi des Imams de mosquée et des libéraux qui ont contribué à la chute de l’Apartheid en Afrique du Sud, il y a l’organisation de cette visite d’une délégation du mouvement civique américain, largement édifiée par le mouvement IRA et SOS Esclaves sur la situation des droits de l’homme en Mauritanie. » C’est par ces propos que le leader anti esclavagiste Birame Dah Abeid a ouvert la conférence de presse qu’il a animée à Dakar aux termes de sa rencontre avec les membres de la délégation américaine qui a été refoulée de l’aéroport de Nouakchott le 8 septembre dernier.

IRA, pomme de discorde entre les Américains et les autorités

«Le calendrier de visite de la délégation américaine comportait, selon Birame, des rencontres avec les activistes des droits de l’homme mauritaniens et les acteurs de la société civile, mais aussi des réunions de travail avec les autorités.» Cette visite revêtait ainsi, dira-t-il en substance, un cachet hautement officiel, car l’ambassade américaine à Nouakchott a été saisie selon lui par le Département d’Etat américain pour instruire les autorités mauritaniennes sur l’arrivée de la délégation. Les autorités mauritaniennes n’auraient pas, selon lui, manifesté la moindre opposition à cette visite au départ, sauf au dernier moment où elles ont posé une seule condition : que le mouvement IRA soit exclu du programme de visite. Sauf que les Américains ont insisté pour rencontrer leurs partenaires du mouvement IRA, au même titre que leur autre partenaire SOS Esclaves. A rappeler qu’IRA est un mouvement créé en 2008 pour lutter contre l’esclavage, le racisme et toute forme de discrimination en Mauritanie. Les autorités mauritaniennes refusent de le reconnaitre.

Ainsi, après leur refoulement de l’aéroport de Nouakchott, raconte Birame, la délégation a tenu à rester à Paris pour prendre le vol à destination de la capitale sénégalaise pour y rencontrer les activistes d’IRA. «Notre mouvement a également tenu à accueillir les Américains à Dakar. Il a dépêché à cette occasion ses dirigeants ainsi que quelques victimes d’esclavage assez représentatives des différentes formes de servitude exercées en Mauritanie, des victimes de l’esclavage domestique, de l’esclavage foncier et du viol esclavagiste, mais aussi les exilés, les victimes de racisme et les rescapés des camps de la mort, sans compter les victimes d’arrestations arbitraires et de tortures », a-t-il souligné. Parmi les membres de la délégation du mouvement IRA, il a cité le sénateur Youssouf Sylla, échantillon représentatif selon lui «des sénateurs actuellement victimes de la chasse aux sorcières par un régime qui les punit parce qu’ils ont refusé d’entériner un projet de révision anticonstitutionnel ».

Démenti de la thèse officielle

Selon Birame, «parmi la propagande véhiculée par le gouvernement mauritanien et relayée par les organes d’information publique ainsi que les réseaux sociaux, pour expliquer l’autorisation refusée aux Américains d’entrer en Mauritanie, celle qui parle d’une délégation de mécréants venue pour détruire de l’intérieur le tissu social d’un pays musulmane.» Cette propagande est mensongère, dira le leader d’IRA, dans la mesure où la délégation comprenait également, selon lui, des érudits musulmans, dont le premier juge (Cadi) américain d’origine musulmane, mais aussi des membres d’associations islamiques et des imams de mosquée de Chicago, connus pour leur combat contre l’islamophobie aux Etats-Unis.

L’autre propagande distillée par les autorités mauritaniennes, selon Birame, parle d’une visite destinée à insuffler dans le pays un brin de racisme et de division. «Ce qui est encore archi-faux et mensonger », rétorque-t-il, car selon lui, la délégation comprend aussi bien des Noirs que des Blancs américains, tous réunis dans le même combat contre le racisme et la discrimination, d’une manière légale et pacifique, à l’image du Pr. Jonathan Jackson, connu pour sa lutte contre l’injustice.

En réalité, selon le président du mouvement IRA, «le principal objectif visé par les autorités à travers ce refus d’accorder à la délégation du mouvement civique américain le droit de rentrer en Mauritanie, c’est de faire peur aux activistes des droits de l’homme mauritaniens. »

«A cause de son registre historique rempli de pratiques racistes, d’iniquité et de mal gouvernance, le gouvernement mauritanien est mal placé pour donner des leçons en matière de démocratie, de justice, de respect des droits de l’homme, de lutte pacifique, de respect des lois et des nobles valeurs » dira Birame, «car il foule du pied tous ces principes, avec le plus grand mépris pour les lois, la Charia et l’Humain».  Et de poursuivre : «tous ces prétextes mensongers ne dérangent nullement le mouvement IRA qui jamais ne faiblira ni ne se soumettra à un régime inique, jusqu’à ce qu’Allah tranche entre nous. »

Selon lui, les membres de la délégation américaine ont longuement interrogé les victimes et sont partis convaincus de l’ampleur dramatique de la situation de l’esclavage et de la violation des droits humains en Mauritanie.

Cheikh Aïdara


A Aleg, consultation de haut niveau sur le secteur agropastoral en Mauritanie

Comment financer l’agriculture et l’élevage en Mauritanie tout en faisant face aux résiliences dans les systèmes agropastoraux ? C’est la question que la Banque Mondiale voulait élucider auprès des cadres des départements concernés, en plus de la société civile, des partenaires techniques et financiers et l’Agence Tadamoun. Aux termes de la journée organisée à Aleg, dans la région du Brakna le jeudi 14 septembre 2017, une feuille de route pourrait bien se dessiner sur la base des contributions collectées au cours de la rencontre.

Table officielle. De gauche à droite : Limam Abdawa (ancien SG de Ministère), le Wali du Brakna, le DG de l’Agence Tadamoun, le Représentant de la Banque Mondiale, le Hakem d’Aleg, et le Directeur des affaires économiques et du développement (MEF) – Crédit photo Aïdara

Après la ville de Chami sur «L’urbanisation et l’accès aux services publics» le 21 août et Nouadhibou sur la «La capacité de compétitivité et les opportunités d’emploi pour réaliser le développement global et durable» le 6 septembre, la ville d’Aleg a accueilli jeudi 14 septembre 2017 la troisième journée de consultation sur le financement du développement, initiée par la Banque Mondiale en Mauritanie. La journée régionale a porté sur la préparation du Cadre de partenariat du groupe de la Banque Mondiale en Mauritanie avec comme thème «Agriculture, élevage et résilience des systèmes agropastoraux aux effets du changement climatique».

Successivement, le Wali du Brakna, Abderrahmane Ould Khattri, le Directeur général de l’Agence nationale Tadamoun (agence pour l’insertion des rapatriés mauritaniens, de la lutte contre la pauvreté et les séquelles de l’esclavage), Hamdi Ould Mahjoub et le représentant de la Banque Mondiale en Mauritanie, Laurent Msellati ont pris la parole pour magnifier l’excellence des relations qui lient leurs institutions, se féliciter des performances réalisées en matière de lutte contre la pauvreté et de croissance économique, ainsi que de l’importance des secteurs de l’agriculture et de l’élevage dans l’économie mauritanienne.

Selon le Représentant de la Banque Mondiale, «les bonnes performances enregistrées par la Mauritanie dans le cadre de la rigueur budgétaire, lui ont fait bénéficier d’un supplément de financement pour son programme triennal 2018-2020. De 80 Millions de dollars U.S qui lui était alloués sur fond IDA, l’enveloppe accordée par la Banque Mondiale passe ainsi à 200 Millions de dollars».

Les participants, cadres du Ministère de l’Économie et des Finances, du Ministère de l’Agriculture et du Ministère de l’Élevage, mais aussi du Ministère de l’Environnement et de la Direction de l’Emploi, en plus d’acteurs actifs de la société civile, ainsi que des partenaires comme le PNUD, la FAO, le PAM et l’Union Européenne, devaient réfléchir sur les secteurs prioritaires dont le financement serait le plus efficient possible.

Plusieurs communications ont été présentées, notamment sur la Stratégie de croissance accélérée et de prospérité partagée (SCAPP),  présentée par le Directeur des affaires politiques et économiques du Ministère de l’Économie et des Finances et qui constitue le Document-cadre stratégique de la politique de développement de la Mauritanie pour la période 2016-2030. Une autre présentation, faite par le Représentant local de la Banque Mondiale, a porté sur le cadre de Partenariat du Groupe de la Banque Mondiale, qui définit la politique-pays de la Banque en Mauritanie jusqu’à l’horizon 2030, avec trois objectifs clés, le développement du capital humain, l’accès aux services de base et le renforcement de la gouvernance.  Troisième  communication, celle présentée par le chef du «Projet Tekevoul », un sous projet de l’Agence Tadamoun  qui consiste à fournir du cash aux familles  les plus démunies (5.000 bénéficiaires) à raison d’un transfert monétaire de 15.000 UM par trimestre (environ 40 euros) et par ménage. Enfin, quatrième communication, celle présentée par le Directeur général de la Société nationale de développement rural (SONADER) sur son institution, une boîte créée  en 1975 pour la promotion de l’agriculture irriguée et la gestion des infrastructures collectives (aménagement de terres et encadrement des paysans).

Les participants se sont scindés par la suite en deux groupes, l’un sur le développement de l’agriculture et de l’élevage et l’autre sur les résiliences aux systèmes agropastoraux.

Contexte, défis et opportunités dans les deux secteurs de l’agriculture et de l’élevage ont été ainsi dégagés. Les maux dont souffre les deux secteurs ont été peints et des solutions proposées pour une valorisation de la richesse agricole et pastorale de la Mauritanie, porteur de plus-value, de richesse et d’emplois.

En effet, l’agriculture et l’élevage sont soumis à des chocs exogènes (déficit pluviométrique, climat rude, environnement hostile) mais aussi à de mauvaises politiques sectorielles.

Parmi les défis posés à l’agriculture, la sous-utilisation des terres aménagées  (25.000 sur 100.000 hectares), la faible mécanisation,  le manque d’appui accordé aux agriculteurs, la discrimination dans l’accès à la terre, le manque de routes pour l’acheminement de la production agricole. Pourtant, le secteur a bénéficié de beaucoup de financement, sans compter la disponibilité de larges surfaces aménagées et l’existence de quantités importantes  de sources d’eau (Fleuve Sénégal).

Idem pour le secteur de l’élevage qui a toujours été le parent pauvre des plans de développement,  malgré qu’il soit le seul secteur qui assure l’autosuffisance alimentaire de la Mauritanie et malgré l’importance du cheptel qui alimente les marchés de la sous-région en bétail sur pied et en viande rouge.  Les participants estiment que le plus grand mal de l’élevage c’est cette culture du prestige (le nombre de bétail comme statut social) qui prime sur la productivité, d’où la nécessité d’une campagne pour un changement de comportement.  Les participants recommandent ainsi le recensement du cheptel,  l’autosatisfaction en produits laitiers (la Mauritanie importe chaque année la valeur de 25 Milliards UM en lait), faute d’un système de conservation du lait national, mais aussi l’institution d’un crédit pour l’élevage, le développement de l’élevage intensif par l’importation de vaches laitiers, de croisement et d’insémination artificielle de spécimen à haute rentabilité.

Cet atelier entre dans le cadre de la nouvelle stratégie de la Banque Mondiale basée sur le Diagnostic systématique pays (DSP) dont le but est d’identifier les principales contraintes et interventions prioritaires nécessaires pour permettre à la Mauritanie d’atteindre les deux objectifs du Groupe de la Banque Mondiale, à savoir mettre fin à l’extrême pauvreté et améliorer la prospérité partagée chez les 40% des personnes les plus démunies de la population.

 

Cheikh Aïdara