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Esclavage en Mauritanie, quand l’impunité devient un mode opératoire supervisé par l’Etat sous la pression des tribus

Victime de propos esclavagistes et avilissants, Moussa Bilal, un ressortissant de Boutilimit était hors de lui, lors de la conférence de presse qu’il avait animée, lundi 11 septembre 2023, en compagnie du député et président de l’ONG IRA-Mauritanie, Birame Dah Abei

Table des conférenciers – Crédit Aidara

La personne contre laquelle il avait porté plainte, également natif de Boutilimit, Sid’Ahmed Ould Jeylani, fonctionnaire à l’Agence nationale des statistiques et des analyses démographiques et économiques (ANSADE), écroué le 23 août 2023 par le Parquet de la République pour injures à caractère esclavagiste, punies par l’article 19 de la Loi 031-2015 incriminant les pratiques esclavagistes, a bénéficié d’une liberté provisoire

Moussa Ould Bilal – Crédit Aidara

Selon Moussa Bilal, sa libération s’est déroulée dans une atmosphère de fête et magnifiée par des chapelets de louanges portés par des bloggeurs de la tribu qui l’ont magnifié en héros. En fait, selon Moussa Bilal, cette liberté provisoire est la victoire du système esclavagiste et tribal sur les institutions et les lois de la République.

Pourtant, selon Abdallahi Abou Diop, responsable des droits de l’homme au sein du mouvement IRA, non seulement l’accusé, Sid’Ahmed Jeylani, est sous la coupe d’une loi réprimant des crimes contre l’humanité, mais en tant que fonctionnaire, il est passible de l’article 19 de la loi 031-2015 qui stipule : « la qualité de fonctionnaire ou d’officier public, de dépositaire ou d’agent de l’autorité ou de la force publique de l’auteur d’infractions, prévues par la présente loi, constitue une circonstance aggravante ».

Abdallahi Abou Diop – Crésit Aidara

Pire, selon lui, l’accusé a été libéré sous la pression de sa tribu, notamment de ses députés et de ses magistrats, à l’image du député de Boutilimit, Abdoul Mawahab Mohamed Houcein, qui s’est particulièrement distingué dans sa lutte pour l’obtention de cette liberté provisoire, soutenu par des magistrats de la tribu, lesquels ont échangé des blogs magnifiant ce qu’il a fait.

Dans son intervention, Birame Dah Abeid, a relevé deux curiosités. D’abord, la Cour d’Appel avait refusé tout recours contre le billet d’écrou dressé par le Parquet contre l’accusé, avant que le juge chargé du dossier ne se rétracte sous la pression tribale et n’accorde la liberté provisoire à l’accusé.

Ensuite, il s’est étonné de voir un magistrat dévoiler les secrets de l’instruction judiciaire, dans la mesure, où il a continué à communiquer avec une tierce partie favorable à l’accusé sur les résultats satisfaisants des délibérés pour l’élargissement provisoire de l’intéressé. Et ces échanges étaient répercutés sur le groupe de réseaux sociaux des intéressés.

C’est en fait, ce vaste mouvement d’impunité sur l’ensemble des cas d’esclavages jugés et condamnés depuis l’adoption en 2015 de la loi incriminant l’esclavage en Mauritanie qui a été mis en exergue et dénoncé lors de la conférence de presse.

Selon Abdallahi Abou Diop, il est étonnant de constater qu’aucune des personnes poursuivies pour des crimes d’esclavage depuis 2015 ne se trouvent en prison, alors que des dizaines de cas ont été jugés ces dernières années.

Birame Dah Abeid – Crédit Aîdara

Pire, Birame Dah Abeid a fustigé le caractère mensonger des déclarations du Commissariat aux droits de l’homme qui affirme que plus d’une cinquantaine de personnes accusées d’esclavage sont actuellement en prison. Selon lui, c’est un gros mensonge, aussi a-t-il demandé à l’actuel Commissaire, arrière-petit-fils de l’Emir du Trarza, Cheikh Ahmedou, de démissionner et de quitter l’antre de la falsification qu’est le département qu’il dirige.

Il faut noter que Moussa Bilal a affirmé, lors de la conférence, qu’il n’est pas membre du mouvement IRA, qu’il est plutôt dans la mouvance du président Ghazouani, mais qu’il est conscient qu’il s’agit de la seule organisation vers laquelle se tournent les victimes d’injustice, quelle que soit leur obédience.

Cheikh Aïdara


Cogito : Cher Pays virtuel (1ère PARTIE)

Par Chbih Cheikh Mélaïnine, ancien ministre, économiste et penseur
Une série d’article en 6 PARTIES, dont nous vous livrons la PREMIERE PARTIE

Le pays de mes rêves a été diabolisé et me donne une trouille bleue … ainsi qu’à mes compatriotes désemparés. Il se consume, comme de la paille en feu. La misère, la paupérisation programmée, la concentration et la confiscation des biens, des revenus, la corruption, l’arbitraire sans gants, le bradage des ressources, le chômage endémique, la crise des valeurs, l’absence de repères et la dépravation…

Tous les indicateurs de la décadence et la défiguration sont au rouge et chaque jour que Dieu fait trimballe d’autres malheurs. Je cherche sans espoir de trouver le CHINGUIT des Emirs et le FOUTA des Almamy, mariés depuis l’aube des temps. Ce couple dont l’harmonie témoignait d’une joie et d’un désir affiché de bien « vivre ensemble »… défendait les 2 facettes culturelles d’un dogme Malékite avec une soif de répandre l’Islam dans la région.

Perdant l’attachement à un destin commun, le couple perdait une intimité que l’Occident avait minée…et que des élites aigries ne cessent de pousser à la séparation. Toutefois, ni l’un ni l’autre n’avait le courage, l’intérêt ou un peu d’arrogance pour demander le divorce. Bien que chacun veut imposer son hégémonie à l’autre, le couple se maintient en se méprisant cordialement. Couple, faisant lits à part, les relations devenaient stériles.

Une vie parallèle conduira à terme à une séparation douloureuse. Tiraillée par deux forces centrifuges… entre le marteau du Maghreb et l’enclume de l’Afrique subsaharienne, le pays est envahi par des vagues d’immigrants. Est-on en face d’une double colonisation de peuplement conflictuelle… ?

Devant l’impossibilité de comprendre cette incapacité d’ériger un état et devant cet abandon de notre mode de coexistence…je me suis réservé, clandestinement, le devoir de simuler une Mauritanie à mes goûts… Cette Mauritanie est réalisable sur le plan économique et sur le plan politique…le social découlera comme résultante, en favorisant un retour à nos valeurs séculaires de vraie solidarité et de clémence.

I. Sur le plan économique :

L’objectif central de tout développement doit être la recherche du bien être ou au moins d’une dynamique de mieux être pour le Peuple. La réalisation de cet objectif passe par l’élaboration d’une stratégie économique basée sur la répartition la plus équitable des Revenus et le bannissement des formes de marginalisation et d’exclusion.

 CHOMAGE/EMPLOI

Le chômage

Le pays vit un chômage endémique multiforme ou plus exactement un type d’exclusion du système productif générateur de revenus.

Les « mal appelés chômeurs » se divisent en 4 groupes :

– Tekoussou : une masse de plus de 400 000personnes n’offrant pas de savoir-faire sur un marché du travail régi par la « loi de l’offre et de la demande ».

– les « diplômés chômeurs » dépassant 60 000, dont l’offre est dite « inadaptée »… dont la responsabilité incombe à des politiques d’enseignement sans coordination avec la politique (inexistante) de l’emploi. L’enseignement supérieur qui doit créer des élites à même de développer et de générer des revenus à été réduit à des espèces de « jardin d’enfants » pour des jeunes adultes à anesthésier…et à sacrifier sur l’autel d’une politique d’exclusion érigée en gouvernance.

L’option Université choisie en lieu et place d’une option écoles et instituts allait fabriquer des exclus sans acquis professionnels…l’école et l’institut garantissaient un savoir-faire et une intégration. L’emploi ne se limite pas au salaire, il donne des repères et un statut social. L’orientation et la formation délaissées par les gouvernants servaient à parquer à terme ces diplômés tout en leur miroitant des « issues  » non seulement folkloriques mais aussi inefficaces.

-le chômage déguisé dans un secteur informel très mal encadré et victime de la concurrence hostile d’une classe de prédateurs…un secteur où la différence entre l’informel productif et celui qui vit en privant l’état de recettes n’est pas défini. A cet informel mauritanien vient se coller un autre animé par des étrangers. L’informel génère un revenu sans pour autant assurer un statut de travailleur à son homme.

 – le chômage effectif de personnes qualifiées avec un savoir-faire reconnu. Ces chômeurs sont les seuls disposant d’une offre sur le marché… mais ils subissent une concurrence déloyale de la part de milliers d’immigrés économiques non déclarés…. Les emplois qualifiés doivent faire l’objet d’un contrôle qui donne la priorité absolue de tout recrutement aux seuls Mauritaniens. « Le développement est créé par les contremaîtres » … les travailleurs qualifiés.

L’emploi

Certains emplois doivent être strictement interdits aux étrangers (pêcheurs, gardiens, plantons, chauffeurs, manœuvres, coursiers, bouchers, plombiers, électriciens, restaurateurs, mareyeurs, vendeur, tailleurs, puéricultrices…). Réserver certains emplois à nos citoyens n’est pas une expression de xénophobie, c’est un acte de justice… Protéger nos citoyens contre les dangers incalculables de ce Tsunami anarchique…flux incontrôlé d’immigrants dont l’apport se limite à des pratiques sociales différentes de notre éthique et de notre culture.

Nous n’avons pas les moyens de devenir le refuge (espèce de restaurant du cœur) de tous les damnés et autres aventuriers. Les ambassades, organisations Internationales et ONG sont tenues par décision, soutenue par une loi de recruter tout le personnel non diplomate parmi les Mauritaniens…ce qui n’est pas le cas actuellement. Maîtriser notre marché du travail est une priorité qui doit être classée comme acte de souveraineté à faire valoir. La stratégie du secteur de l’emploi créatrice de revenus et pouvant assurer un statut social, doit permettre de résoudre cette équation à plusieurs variables…

Aucune politique de l’emploi n’est fiable tant qu’il n’y a pas une mobilisation des moyens pour absorber les Tekoussou, en leur offrant des formations rapides et qualifiantes sur place et dans toutes les villes…e

Cette initiative doit être soutenues par une bourse de six mois de 5000 MRU, soit moins de 12 Milliards MRU… Une réduction de 30% des salaires du Président de la République et des Hauts responsables de la Primature, jusqu’aux directeurs de départements…accompagnée d’une limitation des émoluments des députés à 300 000 MRU par session ordinaire, et 100 000 par session extraordinaire.

Cette coupe couvrira largement le financement de l’introduction de ces exclus dans le système productif, générateur de revenus. Il faut noter la nécessité de planifier cette action en 2 ans soit 6 Milliard par an.

 – Les diplômés « inadaptés »(?) doivent être affectés vers l’enseignement, la diplomatie, la communication, les fonctions juridiques l’armée, les forces de sécurité, l’administration territoriale, les Conseils régionaux et mairies qui ne disposent pas des compétences pouvant assister les élus. Remarquons que le système d’autogestion régionale que j’ai souvent préconisé peut résoudre la quasi-totalité de la problématique du chômage.

Revenant à des données non seulement géographiques, mais aussi sociales et historiques, loin des découpages actuels, fruits du bon vouloir d’un ministre souvent soumis à des pressions politiques…ma conviction reste une limitation à 5 régions principales :

  • L’EST avec les deux Hodh et le Kouch ;
  • Le CENTRE avec l’Assaba, le Tagant et le Guidimagha ;
  • Le SUD avec le Brakna, le Gorgol et le Trarza ;
  • Le NORD avec l’Adrar, le Tiris, l’Inchiri et Dakhlet-Nouadhibou ;
  • La Région de NOUAKCHOTT.

Ces 5 régions sont gérées par des exécutifs désignés par le Gouvernement central, mais doublement responsables devant lui et devant le Conseil Régional qui peut leur retirer sa confiance et les destituer. Pour éviter des dépenses inutiles, le Conseil doit se composer des députés, élus localement sur des listes à la proportionnelle régionalisée et tous les Maires et premiers adjoints…

Tous élus au suffrage universel, cette structure jouit de la légitimité populaire. Les Sénateurs élus par les conseillers municipaux de toutes les mairies de la région au suffrage indirecte, ont pleine qualité de conseillers régionaux. Ces régions, sans efforts supplémentaires pour les finances de l’Etat, peuvent créer des centaines de milliers d’emplois…

Une meilleure affectation des choix budgétaires dicte un type de répartition de toute l’enveloppe financière entre l’état central et les régions autonomes. Le gouvernement central peut se suffire de 40 à 60 % de l’enveloppe budgétaire, et affecter 60 à 40 % aux régions. En fonction d’une clef équitable de répartition des fonds tenant compte de plusieurs données (population, surface, dotation en ressources et mise à niveau…).

Chaque région répartira son budget entre 65 à 80 % pour les investissements contrôlés par le Conseil, et 20 à35 % pour le fonctionnement, ce qui engendrera des centaines de milliers d’emplois…Et en bonus, le droit de travailler chez soi. En l’absence d’opportunités locales de travail, les régions se voient priver des forces vives, attirées par l’éventualité de trouver des emplois dans les villes.

Dans certaines régions, il n’y a que 40 hommes pour 100 femmes. L’éloignement des centres d’activités productives et l’absence d’investissement dans les régions éjectent toutes les femmes du marché du travail formel. L’économie rurale cache un chômage assoupli par une solidarité sociale devenue de plus en plus lâche.

– Le chômage déguisé est manifeste dans l’économie informelle et l’économie rurale. Il se caractérise par la précarité et l’irrégularité du revenu…C’est le « Tiebthieb » dont les revenus sont aléatoires.

Stratégies sectorielles

L’objet reste un mieux-être de mes compatriotes dans ma Mauritanie virtuelle, tout en assurant la synergie économique nécessaire pour que chaque secteur jouisse d’une politique spécifique.

A suivre…


Appel à la communauté mauritanienne au Maroc à affluer vers les centres de don du sang

Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, et le ministère délégué auprès du Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Mauritaniens de l’étranger chargé des Mauritaniens de l’étranger, ont appelé la communauté mauritanienne résidant au Maroc, y compris les étudiants et autres, à se rendre immédiatement et en grand nombre dans les centres ouverts de don du sang dans les villes marocaines.

Le communiqué publié par les deux ministères précise que cette invitation, qui s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des directives de Son Excellence le Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, qui a ordonné la mobilisation de tous les moyens pour apporter l’aide et l’assistance aux frères du Maroc, constitue une contribution pour sauver la vie de nos frères de sang et de religion qui sont aujourd’hui dans le besoin.

Voici le texte de l’invitation : « Suite au séisme dévastateur qui a frappé certaines villes du Royaume frère du Maroc et aux lourdes pertes en vies humaines et en biens qui en ont résulté, et dans le cadre de la mise en œuvre des directives de Son Excellence le Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, qui a ordonné la mobilisation de tous les moyens pour apporter aide et assistance à nos frères du Maroc, nous appelons notre communauté résidant dans le Royaume frère du Maroc, y compris les étudiants et autres, à se rendre immédiatement et en nombre dans les centres de don du sang ouverts dans les villes marocaines, pour contribuer à sauver la vie de nos frères de sang et de religion qui ont aujourd’hui, cruellement besoin de nous et par sens des responsabilités envers un peuple généreux qui nous est cher, avec lequel nous sommes liés pour le meilleur et pour le pire par des liens forts, de solidarité et de générosité.

Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique ; Ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Mauritaniens de l’étranger, chargé des Mauritaniens de l’étranger.»


Fonds d’aide publique à la presse : pour une clé de répartition stricte !

Chaque année, la distribution du Fonds d’aide publique à la presse, est précédée de campagnes souvent peu courtoises tendant à semer la zizanie et la discorde auprès des responsables chargés de la clé de répartition du fonds.

L’année 2023 ne semble pas, hélas, déroger à la règle. Certains lobbies dans le milieu de la presse, évoluant en soi-disant groupes de pression, essayent depuis quelques temps de mener une équipée sournoise contre les professionnels de la presse papier, tant francophone qu’arabophone.

Les prédateurs de la presse papier en rangs serré

L’objectif de ces lobbies est de chercher par tous les moyens à minorer cette presse papier sous des argumentaires fallacieux. Jusque-là, les acteurs susvisés se contentaient de noter sans réagir, pour éviter toute polémique malsaine.

Heureusement que les responsables chargés de la distribution de l’aide à la presse, ainsi que les cadres de la Haute autorité de la presse et de l’audiovisuel (HAPA), en commençant par leurs présidents, connaissent parfaitement le rôle et la place de cette presse qui est en réalité la pionnière de la presse indépendante en Mauritanie.

En effet, des journaux professionnels comme Le Calame, L’Authentique, Le Rénovateur, l’Eveil-Hebdo, avec leurs sites, ainsi que leurs confrères arabophones aux titres évocateurs, ont largement contribué à façonner le paysage médiatique depuis la naissance de la presse indépendante.

Ils ignorent le rôle précurseur de la presse papier en Mauritanie

En réalité, l’argumentaire avancé par ce soi-disant groupe est que « la presse écrite n’existe pas », et qu’il n’y a que leurs sites qui comptent, alors qu’ils ne représentent pas le quart du combat que la presse écrite mène depuis des décennies.

La Mauritanie privée de journaux papier depuis une semaine | Mauriweb
Vendeurs ambulants de journaux à Nouakchott – Crédit Mauriweb

Les journaux, en plus de certains sites respectables que l’on peut compter sur les doigts d’une main, sont en réalité les derniers représentants de la presse crédible en Mauritanie. Ils ont leur siège, payent un personnel même réduit, payent l’eau et l’électricité ainsi que des frais d’impression auprès de l’Imprimerie nationale. Ils contribuent à l’archivage national et constituent des supports de crédibilité dans un environnement où l’écrasante majorité des sites alimentent la désinformation, l’intox, la diffamation et la banalisation du métier.

Avec plus de 3.000 parutions pour L’Authentique, plus de 2000 pour Le Rénovateur, et autant pour Le Calame et l’Eveil-Hebdo, ces publications anciennes et respectables font la fierté de la profession. Tous ces journaux résistent vaille que vaille aux aléas de la profession.

Les novices qui se veulent plus grands que leurs devanciers

Ceux qui tentent l’aventure hasardeuse de les disqualifier, ne comptent pour les plus téméraires d’entre eux, que quelques centaines de parutions, souvent des humeurs personnelles, et sont pour la plupart de parution récente sur la scène médiatique.

RIM MEDIAS un projet français pour appuyer la presse en Mauritanie |  Saharamedias
Les journaux ont encore leurs lecteurs en Mauritanie – Crédit Saharamédia

En plus, l’Aide à la presse était initialement destinée uniquement à la presse écrite papier. Elle a été élargie ultérieurement à la presse électronique, puis aux médias audiovisuels et aux associations.

En termes de charges et d’emploi, la place prépondérante de la presse papier

Cette subvention devait, dans l’esprit du législateur mauritanien, contribuer à atténuer les défis structurels auxquels faisaient face les journaux par rapport à leurs charges fixes, location d’un siège, salaires du personnel, eau, électricité, téléphone fixe, Internet, impression…

Les difficultés conjoncturelles qui ont frappé la presse mauritanienne ces dernières années ont hélas contribué à la disparition de plusieurs titres. Ne restent aujourd’hui que quatre titres francophones anciens : L’Authentique, le Rénovateur, Le Calame et l’Eveil-Hebdo.

A défaut d’améliorer substantiellement leur existence, l’aide à la presse doit contribuer à accroitre leur productivité. Car, à leur actif, plusieurs milliers d’éditions, équivalant à des millions d’ouguiyas d’investissement pour continuer à jouer leur rôle d’avant-garde dans la diffusion de la bonne et vraie information.

Une déflation de l’espace médiatique

Née dans les années 90 pour une plus grande partie de ses acteurs, l’espace médiatique était dominé jusqu’au début 2000 essentiellement par la presse version journal papier. L’émergence des sites électroniques, la mauvaise organisation de la profession, ouverte à tout vent, sans aucun critère appliqué pour son exercice, va créer une sur-obésité médiatique qui a amené sur le marché des despérados de l’information. Des gens sans formation journalistique et dont le seul crédo est le mercenariat sans aucun respect des règles établies.

Du contexte médiatique en Mauritanie

La création du Fonds d’aide publique à la presse en 2009 était une parade mise en place par le régime de Mohamed Abdel Aziz, pour palier la suppression décidée par un arrêté du Premier Ministre, Yahya Hademine, des subventions et publicités publiques que les patrons de presse parvenaient à négocier avec les administrations.

De quelques centaines de journaux, sites et associations, le fonds d’aide à la presse, bien que l’enveloppe soit doublée pour 2023, allait ainsi devenir une convoitise des nouveaux venus sur le marché. Comble d’ironie, ils cherchent à en exclure, les journalistes professionnels, détenteurs d’une longue expérience et formation dans le métier et dans son exercice au cours des deux ou trois décennies passées. Tout l’enjeu est là, et la cagnotte disponibles, n’est pas suffisante pour tout le monde, en l’absence d’une loi sur la presse, dont les conclusions confiées à une commission tardent encore à sortir des tiroirs du gouvernement depuis trois ans. Ce qui montre la puissance des lobbies non journalistes qui ont infesté le milieu et qui savent qu’ils seraient mis hors circuit si une telle loi était votée et promulguée.

Tout, sauf une presse forte et dévelopée

Depuis le début de l’expérience démocratique à nos jours, les régimes successifs en Mauritanie ont tous cherché à casser l’émergence d’une presse libre et prospère. D’où le noyautage que la profession a subi durant toute son expérience, avec l’émergence de plusieurs mercenaires de la plume, dont le rôle était de dévoyer la profession et rendre ses acteurs ainsi que leurs productions non crédibles. Aux « peshmergas » des années 90-2000, allaient succéder les manipulateurs de l’information à l’ère numérique. La suppression de l’accès aux abonnements et publicités publiques qui avaient commencé à enrichir certains médias indépendants et les rendre plus aptes à mener leur mission de dénonciation, allait ainsi laisser la place à un fonds scélérat dont la répartition n’est qu’une forme de souffle éphémère de vie à une presse poussée d’année en année à la paupérisation et à la clochardisation. C’est pourquoi, beaucoup de patrons de presse réclament un retour à l’ordre ancien des abonnements et publicités publiques, devenues depuis 2009 la chasse gardée de la presse publique, gavée à coups de milliards d’ouguiyas pour leur budget annuel.

C’est vrai qu’au temps de sa splendeur, la presse indépendante avait joué un rôle central dans l’évolution de la démocratie, l’éveil citoyen et la prise de conscience des populations sur les enjeux sociaux, économiques et culturels.

Le tarissement des sources de financement de la presse, a ainsi réduit les rédactions à un statut de tributaires d’un rachitique fonds de la presse, des miettes divisées entre un pléthore de sites, radios, télévisions, journaux, associations, dont la majorité n’existe plus que sur papier. Sans compter que près de 60% de l’enveloppe vont aux services très médiocres de l’imprimerie nationale et une grande partie aux formations, sans compter la part de lion que se partagent les membres de la commission de distribution pourtant sensés être des bénévoles sans droit à des subsides.

Les journaux sont l’ossature de la presse écrite indépendante.

Aussi, les fonds qui sont destinés aux journaux ne sont qu’une juste rétribution de leur effort entrepreneurial.

Cette clé de répartition, dont une infime partie leur est destinée chaque année, loin de couvrir leurs charges colossales, devrait en réalité traduire le fruit de leur contribution dans l’instauration de la démocratie et de la pluralité de l’information, dans la lutte contre la gabegie et la corruption, les atteintes aux droits de l’homme, à la bonne gouvernance politique et économique.

Ce combat, les journaux papiers le mènent depuis l’avènement de la démocratie dans les années 90, dans le sillage du discours de La Baule.

Une répartition dévoyée du fonds de la presse

La section Mauritanie de l'Union de la Presse Francophone se choisit une  nouvelle direction - Thaqafa - Thaqafa
La presse francophone en Mauritanie – Crédit Aisara

Certes, il y a eu beaucoup de dévoiement dans l’attribution de l’aide à la presse. Normalement, les radios et télévisions privées appartenant à des hommes d’affaires, ainsi que les associations de presse ne devaient pas figurer dans la liste des attributaires. Il est également hors de questions de considérer les bloggeurs (animateurs de pages Facebook) comme des journalistes, car ils ne le sont pas, l’aide étant en principe destinée aux seuls organes de presse, ce qui n’est pas leur cas.

D’autre part, la qualité de membres de la commission d’aide à la presse, fondée sur le bénévolat, ne doit nullement s’associer à une quelconque rétribution. Les salaires qu’ils s’octroient sur le dos de la loi constituent une ponction illégale sur les fonds publics.

Assainir le Comité chargé du fonds d’aide publique à la presse

C’est là où doit se situer le vrai combat pour assainir la gestion du fonds d’appui à la presse.

Enfin, l’Aide à la presse ne doit pas aiguiser l’appétit de certains pseudos défenseurs d’une certaine préférence stupide brandie par des prêcheurs en eaux troubles qui se jouent aux donneurs de leçons.

La presse qu’elle soit arabophone, francophone, ou en langues nationales, électronique, audiovisuelle ou sur papier, doit être respectée dans sa diversité, tels que consacrée par la loi sur la presse et les textes juridiques la régissant dans le cadre du pluralisme médiatique.

Cheikh Aïdara