aidara

Amical Mauritanie-Niger (0-2) : Le MENA ramène les Mourabitounes sur terre

Après le nul concédé contre le Kenya (0-0) le 31 août dernier à Agadir (Maroc) où ils sont en regroupement, l’équipe nationale de Mauritanie, les Mourabitounes, ont été défaits par le Mena du Niger sur le score de 2 buts à 0.

C’est une équipe mauritanienne méconnaissable, épurée aussi bien en défense qu’en attaque qui a livré son dernier match ce mardi 5 août.

Après une première mi-temps vierge (0-0), les Nigériens ont ouvert le score à la 48ème minute sur pénalty. Le coach nigérien, François Zahoui semble avoir fait une meilleure évaluation de l’adversaire du jour, car si la première mi-temps peut être considérée comme un round d’observation, la deuxième mi-temps est réellement celle des entraîneurs. Sur ce point, Corentin Martins semble ne pas avoir vu que son équipe n’était plus que l’ombre d’elle-même, avec un Abdoul Bâ, dans ses plus mauvais jours et des attaquants manquant totalement de réalisme. C’est dans ce contexte fantomatique dans lequel se trouvaient les Mourabitounes, que les Nigériens vont porter l’estocade à la 87ème minute.

Pour rétablir la parité, le coach des Mourabitounes a multiplié les remplacements, sans que le résultat n’ait évolué. Au coup de sifflet final, le Niger l’emportait sur le score de 2 à 0. Le Niger qui avait perdu son premier match test le 31 août devant le Togo sur le même score, termine ainsi son stage marocain sur une note de satisfaction. Une sorte de revanche que les Nigériens viennent de réaliser sur les Mouranitounes qui les avait battus en 2015 et en amical à Nouakchott sur le même résultat de 2 à 0.

Cette défaite aura sans doute l’avantage de ramener les Mourabitounes sur terre, eux qui surfaient depuis un certain temps sur un nuage.

Cette défaite servira sans doute de baromètre au staff technique pour opérer aux réglages qu’il faut, avant mars 2018, face à une redoutable équipe du Burkina Faso. Un match choc comptant pour la 2ème journée des éliminatoires de la CAN 2019.

Cheikh Aidara


Sinistres en Mauritanie : la situation nutritionnelle et alimentaire risque de se compliquer

Une forte tempête suivie de pluies torrentielles a endeuillé une partie des Wilayas du Brakna et de l’Assaba.

Sinistrés (photo d’illustration)

Le bilan le plus meurtrier est signalé dans la région du Brakna, notamment dans les environs de Boghé, où les maisons situées à 5 kilomètres à l’entrée de la ville, mais aussi les villages de Sarandougou, de Niakaka et de Gourel Boubou ont été les plus touchés. En attendant un bilan officiel, plusieurs sources concordantes parlent d’une dizaine de morts et de plus de vingt blessés dont les plus graves ont été évacués à l’hôpital d’Aleg, la capitale régionale.

Le drame est survenu dans la nuit du lundi 4 septembre vers 1 heure du matin. Les populations ont été surprises dans leur sommeil par la violence du vent qui a emporté des toitures, fait effondrer plusieurs maisons, arraché des arbres et même des poteaux électriques à haute tension.

Selon Jules Diop, correspondant local de presse, «les dégâts humains et matériels ont été surtout causé par la tempête plus que la pluie qui n’était pas si forte ». Selon lui, c’est surtout l’effondrement d’une partie de la ligne électrique en provenance de Manantali et confié à une entreprise locale qui est le plus inquiétant.  «Cela prouve seulement que les travaux ont été mal faits » souligne-t-il.

La région de l’Assaba n’a pas non plus échappé aux effets de cette tempête qui a balayé tout sur son chemin, en provenance de la région voisine du Brakna. Selon le site «L’éclairage» et les points focaux de l’ONG ADIG, «le maire de la commune de Melgue, Baba Ould Saleck a appelé les autorités publiques, les organisations de la société civile et les organismes internationaux à fournir une aide d’urgence aux sinistrés ». Plusieurs villages de l’Assaba se seraient retrouvés dans l’œil du cyclone, notamment les villages de Boudaraa, Vountili et Zouira. Là également, les sources déplorent six morts à Boudaraa et à Ehel Deide. Plus d’une centaine de familles seraient sans abri.

En Assaba comme au Brakna, les autorités administratives, militaires et médicales se sont mobilisées, selon les différentes sources, pour faire face aux drames des populations victimes. Des corps ont été retirés des décombres, des ambulances mobilisées et le personnel médical des deux régions mis à contribution.

Le plus urgent pour le moment, selon les sources locales, est de trouver des refuges aux centaines de famille dont les habitats ont été détruits.

Selon quelques acteurs de la société civile, «c’est surtout la situation nutritionnelle qui risque de s’aggraver, les deux régions touchées étant les plus vulnérables en matière de malnutrition des enfants et d’insécurité alimentaire ».

Pour le moment, la priorité des autorités semble être focalisée sur les premiers secours d’urgence à apporter aux blessés.  Viendront par la suite, le bilan des pertes humaines et matérielles, l’acheminement d’abris et la distribution de produits alimentaires. Pour cela, la Mauritanie aura certainement besoin de l’aide humanitaire internationale, notamment celle du Programme alimentaire mondial, de la FAO et des pays amis.

Il faut noter que c’est toute la région du Sahel qui a été touché ces derniers jours par le déchainement des éléments naturels, notamment au Niger, en Guinée, en Sierra-Leone

Cheikh Aîdara


3 journalistes, 2 syndicalistes, 8 sénateurs et consorts : voilà comment le pouvoir mauritanien compte bâtir son scénario du «Grand complot transfrontalier »

Dans l’affaire dite du «Grand complot transfrontalier », un sénateur et un sous-officier de l’armée sont déjà en prison, suite à une comparution devant le Parquet de Nouakchott-Ouest, avec à la clé la mise sous contrôle judiciaire de quelques journalistes et syndicalistes. La Mauritanie s’achemine ainsi vers une série d’arrestations et de procès retentissants où la politique, le business et l’affaire Tweila risquent de créer un remue-ménage.

Moussa Samba Sy

En haut de gauche à droite : Moussa Samba Sy, Ahmed Cheikh, Sénateur Ould Ghadde (en bas : Maalouma)

Le Procureur général près de la Cour Suprême de la Wilaya de Nouakchott-Ouest a requis, le jeudi 31 août 2017, la mise sous dépôt des ex-sénateur Mohamed Ould Ghadde et Maalouma Mint Meidah ainsi que le sous-officier de l’armée Mohamed Ould MBareck. Il a requis en même temps la mise sous contrôle judiciaire de trois patrons de presse, Moussa Samba Sy du «Quotidien de Nouakchott », Ahmed Ould Cheikh du journal «Le Calame » et Rella Bâ du site «Cridem », ainsi que deux Secrétaires généraux de syndicats, Mohamed Ould Abdallahi dit Nahah de la CGTM et Samory Ould Beye de la CLTM. Des mandats d’arrêt auraient été lancés contre huit ex-sénateurs alors qu’un mandat d’arrêt international a été émis au nom de l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou en exil depuis des années au Maroc et son bras droit, Mohamed Ould Debagh. Le juge d’instruction qui a hérité du dossier a décidé de soustraire la sénatrice Maalouma Mint Meidah de la prison, décidant de la placer sous contrôle judiciaire. Les auditions se sont déroulées jusqu’à l’aube.

Les interpellations avaient débuté le vendredi 25 août dernier lorsque la Direction des crimes économiques et financiers, relevant de la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN), avait convoqué pour audition certains prévenus, notamment les trois journalistes, les deux syndicalistes et quelques sénateurs. Tous ont été relâchés au bout de quelques heures après leur déposition. Les questions qui leur ont été posées portaient toutes sur les relations qu’ils entretenaient avec l’homme d’affaires Ould Bouamatou et s’ils avaient reçu des financements de sa part. Deux journalistes, Jedna Deida, rédacteur en chef du «Quotidien de Nouakchott » et directeur de publication du site «Mauriweb » ainsi que Babacar Baye Ndiaye, webmaster du site «Cridem », entendus tous les deux par la Direction des crimes économiques et financiers, n’ont pas été convoqués par le Parquet.

Voilà le puzzle d’une affaire judiciaire qui risque de défrayer la chronique tout en mettant la Mauritanie sur orbite de l’actualité internationale, tant le scénario ficelé semble, pour certains observateurs, d’une grossièreté déconcertante. Une cascade de procès serait donc en vue et risque d’être marquée par la facture hautement politique qui lui est d’ores et déjà associée, car visant des opposants au régime en place. Pour l’opposition radicale, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un règlement de compte personnel via un appareil judiciaire qui semble n’avoir été associé qu’au dernier moment pour pondre un dossier. Celui portant sur «des crimes transfrontaliers de grande ampleur, étrangers à nos mœurs et aux valeurs de notre société, dans un cadre structuré et organisé, cherchant à semer le désordre et à perturber la sécurité publique ». Dixit, le communiqué accusateur publié par le Parquet général. Dans le communiqué, le Parquet général affirme «avoir mis la main sur des informations documentés relatives à l’implication de plusieurs personnes » dans un projet jugé criminel. Et ce serait sur cette base, qu’une large enquête a été ouverte «en vue d’apporter toute la lumière sur l’affaire ».

Ould Ghadde, au milieu du dispositif

Le bouillonnant sénateur Mohamed Ould Ghadde, président d’une Commission d’enquête du Sénat chargé de faire la lumière sur d’éventuels dossiers de corruption qui impliqueraient l’entourage du président Mohamed Oud Abdel Aziz, est le pilier central et l’élément déclencheur de la procédure en cours. Il avait décidé de braver le Chef de l’Etat mauritanien. Il aurait joué, selon le pouvoir, un rôle central dans la monumentale gifle que le Sénat avait administré à Ould Abdel Aziz, lorsque ses membres, appartenant en majorité à la mouvance présidentielle, décidèrent de rejeter le projet de référendum constitutionnel qui leur a été soumis. Alors que le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU), qui regroupe l’aile dure de l’opposition, leur tressait des lauriers en les hissant sur le Panthéon de la bravoure nationale, le pouvoir cria à la trahison. Dès lors, des suspicions de corruption et de manipulation par des forces occultes commencèrent à les poursuivre. Les ténors du pouvoir utilisèrent toutes les tribunes pour vouer les «traitres sénateurs » aux gémonies. Le Président Mohamed Abdel Aziz, lors de plusieurs meetings et déclarations, les accusa de corrompus et de prévaricateurs. Il affirmera sans ambages que «ces gens ont par leurs propres dires procédé à des partages d’argent pris sur des hommes d’affaires pour saper les institutions du pays ».

Ces accusations sont intervenues au milieu d’une vague de fuites organisées par les Services de renseignements à partir d’enregistrement interceptés sur les téléphones du sénateur confisqués depuis l’accident mortel dont il fut l’auteur près de Rosso et qui lui valut son premier procès.  Pour Mohamed Abdel Aziz, les Sénateurs étaient devenus «des traitres à la Nation » pour avoir voté NON à son projet de référendum.

L’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou est sur le viseur. Il est accusé d’avoir corrompu les Sénateurs pour voter NON au projet de référendum et de chercher à déstabiliser le pays. Pourtant, lui et son cousin Mohamed Abdel Aziz avaient filé le parfait amour. C’est lui qui l’avait soutenu après son coup d’Etat contre le premier président démocratiquement élu, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui ne passa que quinze mois au pouvoir. Grâce à son riche carnet d’adresses, il avait également facilité la reconnaissance internationale du pouvoir militaire de Mohamed Abdel Aziz. C’est encore lui qui avait financé à coups de milliards d’ouguiyas sa campagne présidentielle en 2009. Puis, la brouille sans que personne ne sache aujourd’hui  exactement la cause. Ensuite, l’exil, l’inimitié et une guerre à mort par procuration. Sur le plan économique, Mohamed Abdel Aziz a pratiquement dépouillé Ould Bouamatou de toutes ses filières financières en Mauritanie, la dernière en date étant l’exclusivité de la vente de Marlboro.

Traquer les derniers pseudo-soutiens de Bouamatou

Le pouvoir ratisse large pour assécher les bastions de l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou en Mauritanie. C’est ainsi que Mohamed Ould Abdel Aziz tente de dénicher ses relais au sein de la presse mauritanienne en traquant tous les journalistes supposés vivre des financements de l’homme d’affaires. Et là pratiquement, aucun organe de presse ne devait en principe échapper à l’échafaud, ni aucune officine du pouvoir de Mohamed Abdel Aziz, ni aucun Mauritanien, car l’homme est connu pour sa générosité. Il distribuait de l’argent à tout le monde, aux policiers, aux gardes, aux gendarmes, aux magistrats, aux présidents d’ONG, aux hommes politiques, aux syndicats, aux démunies, aux nantis… Son hôpital ophtalmologique à Nouakchott où tout est gratuit en témoigne. Alors, pourquoi mettre le grappin sur deux ou trois patrons de presse ? A l’heure actuelle, c’est tous les patrons de presse qui doivent être mis sous contrôle judiciaire, et même des journalistes, et même moi. Qu’est-ce que cette justice sélective, pour faire quoi, pour monter quoi ?

Mohamed Abdel Aziz, juge à la place de la justice

Aujourd’hui, la justice est accusée par l’opposition de s’être prêtée à une instrumentalisation en prenant le relais d’un dossier confectionné et apprêté par les officines de la Police politique. Car le président se serait lui-même trahi lorsqu’il a promis dès le mois de juillet  que «la mise en œuvre très prochainement de procédures judiciaires afférente à des dossiers plus graves seront divulguées » sans donner plus de détails. Plus tard, lors du meeting inaugural du référendum constitutionnel au stade Mellah à Nouakchott, il promit de faire des «révélations importantes » lors de la clôture de la campagne le 3 août. Mais de révélations il n’y en eut point, laissant l’opinion publique sur sa faim. Pour plusieurs observateurs, il aurait été maladroit que le président devance la justice sur un dossier qu’il allait lui-même lui transmettre sur le plat.

La dernière arrestation de Ould Ghadde

Poursuivant ses provocations, Ould Ghadde allait étaler sur des plateaux de télévision, quelques dossiers de corruption impliquant le président Mohamed Abdel Aziz et ses collaborateurs, évoquant les tentatives de corruption de certains sénateurs via des attributions de terrains. La sénatrice Maalouma Mint Meidah, opposante endurcie par 23 années de résistance politique contre Maaouiya Sid’Ahmed Taya et qui avait déposé ses armes aux pieds de Mohamed Ould Abdel Aziz à qui elle avait fait allégeance, retrouvera aux détours de l’épineuse question du Sénat, toute sa verve révolutionnaire. Ce qui la mettait sur la ligne de mire d’un pouvoir qui n’acceptait pas certains revirements.

Arrêté une première fois lors d’un «providentiel accident routier sur la route de Rosso», tuant une femme et en blessant grièvement une autre, puis jugé et acquitté après plusieurs jours d’emprisonnement, le sénateur Ould Ghadde sera arrêté le 11 août 2017 pour la deuxième fois. Ce sera d’abord à Rosso lorsqu’il tenta de se rendre à Dakar pour des soins médicaux, «suite à des violences policières lors de marches organisées par le FNDU pour dire NON au référendum constitutionnel », soutient-on.  Ensuite, dès son retour à Nouakchott, nuitamment par des éléments en civil de la police politique. Un enlèvement, selon son avocat et l’opposition, qui condamnent une disparition forcée d’un sénateur jouissant de l’immunité parlementaire. Personne ne savait l’endroit où il a été conduit. Pendant plusieurs jours en effet, aucune information sur Mohamed Ould Ghadde jusqu’à son transfert à l’hôpital militaire. Les premières images montrent un homme ravagé.

Les sénateurs en signe de protestation envahirent le Sénat pour un sit-in prolongé. La police les encercla, empêchant tout contact entre eux et le monde extérieur, ni nourriture, ni boisson, ni électricité, ni médicament pour ceux qui devaient prendre des prises régulières. Jusqu’au 6 août 2017 et la proclamation des résultats préliminaires du vote sur le référendum, que l’opposition considéra comme une victoire retentissante du boycott. Les chiffres divulgués par la Commission électorale nationale indépendante, avec un taux de 53% de participation, seront jugés fallacieux par l’opposition qui parle de bourrage des urnes, de pressions sur les électeurs et sur les présidents de bureaux de vote, fustigeant la mobilisation des administrations régionales et des corps constitués pour les besoins d’une fraude électorale à large échelle. N’empêche, Mohamed Abdel Aziz a obtenu ce qu’il voulait, la suppression du Sénat qu’il entérina aussitôt sans délai de grâce.

Faire payer aux Sénateurs leurs frondes

Aujourd’hui, il s’agirait de faire d’une pierre deux coups. Faire payer aux sénateurs leur audace et porter atteinte à l’image d’un homme d’affaires en le mettant sur une liste de «criminels internationaux en fuite et hors-la-loi ».

Pour plusieurs observateurs, l’aventure ouverte par Mohamed Abdel Aziz est préjudiciable à plus d’un titre pour la Mauritanie. D’abord, elle enlèverait tout crédit au système judiciaire qui se retrouve embarqué dans un véritable imbroglio, en ouvrant un dossier sur la base d’une procédure «qui n’a pas été respectée lors de l’arrestation et l’emprisonnement » de Mohamed Ould Ghadde, selon le communiqué du Parquet (voir : https://cridem.org/C_Info.php?article=701651).

En effet, selon Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeiny, avocat de Mohamed Ould Ghadde, «on ne peut pas parler d’une arrestation, mais d’un enlèvement du fait que les procédures et garanties légales n’ont pas été respectées par la police lors de l’interpellation du sénateur ». Il accuse même le président Mohamed Abdel Aziz de «gérer le dossier à la place du procureur, du ministre de la justice et des avocats (https://cridem.org/C_Info.php?article=701559). Il déplore même avoir été empêché de voir son client dans les conditions prescrites par la loi mauritanienne. Me Lô Gourmo dans un article publié dans la presse parlera lui d’un «enlèvement et d’une disparition d’une gravité extrême au regard du Code pénal mauritanien et du droit international». Et la justice mauritanienne entérine toutes ces forfaitures pour plaire au Prince, déplore plusieurs activistes des droits de l’homme ainsi que des juristes.

Deuxième erreur dans laquelle Mohamed Abdel Aziz risque de se retrouver, selon certains observateurs, l’ouverture de la mystérieuse affaire de la «balle de Touweïla »qui continue de défrayer la chronique.

En effet, l’arrestation du sous-officier Ould MBareck, dont le témoignage sur le drame survenu en avril 2012 dans la base militaire de Touweila, risque de remettre en cause la version officielle jusque-là retenue. A l’époque, le président Mohamed Abdel Aziz avait été grièvement blessé au bas-ventre. Un jeune officier de l’armée, dans un témoignage télévisé, présentera ce qui est considéré aujourd’hui comme la version officielle. Il affirme avoir tiré sur un véhicule inconnu. Plus tard, il affirme avoir appris que dans la voiture se trouvait le président et qu’il a été blessé. Cette version a été remise entièrement en cause, avec l’entremise du sénateur Mohamed Ould Ghadde, par le jeune sous-officier que le lieutenant avait cité dans son témoignage comme second témoin. Un jour après son témoignage vidéo, le jeune sous-officier avait disparu et personne ne savait ce qu’il était devenu jusqu’au jeudi dernier, lors de sa comparution devant le procureur.

Cheikh Aïdara


Pour la fête de Tabaski, des chefs de ménage effondrés !

J’ai effectué un petit tour, ce jeudi 31 août 2017, à un jour de la fête de Tabaski, dans les endroits les plus fréquentés ces jours-ci par les Nouakchottois, les marchés aux fripes, les marchés de mouton, mais surtout les banques, là où le drame des chefs de famille est le plus saisissant.

Marché central de Nouakchott (Crédit photo Aidara)

J’ai vu une femme qui était venue faire un retrait. Le caissier lui rend son chèque en lui disant que son compte est vide et que le virement dont elle s’attendait n’a pas eu lieu. Je l’ai vue s’agripper au comptoir, les jambes flageolant, au bord de l’évanouissement. Je l’ai aidée à s’asseoir sur un des fauteuils réservés à la clientèle et lui ai demandé ce qui n’allait pas. «Je n’ai pas eu mon virement. C’était mon seul espoir. Je ne sais pas ce que je vais dire à mes enfants qui attendent leurs habits ». Je ne savais que lui dire, sinon de chercher quelqu’un pour lui prêter le montant nécessaire. «Qui va me prêter de l’argent ces temps-ci ?» s’interrogea-t-elle, les mains sur la tête.

Ailleurs, la désolation était plus grande chez les retraités. Une carrière remplie au service de la Nation et l’oubli dans la vieillesse. Aucun virement d’avance fête ne leur a été accordée comme les fonctionnaires. Et les banques ne consentirent que rarement à délivrer des visas pour certains d’entre eux. Ils erraient, âmes absentes dans les allées des banques. Les yeux perdus dans le vide. «J’ai reçu de vieux retraités au bord des larmes me demandant un visa, alors que j’étais impuissant à le leur accorder » témoigne un banquier.

En ces jours de tension, certaines banques ont même eu leurs lots d’empoignades verbales entre certains clients et des caissiers. Comme ce relent de racisme qui opposa au guichet d’une des banques, un négro-mauritanien, un maure et un hartani. Tout commença lorsque le négro-mauritanien détenteur d’un compte d’épargne se mit à épuiser le chèque guichet en se trompant à trois reprises. La caissière, une hartanya de lancer à son intention : «eh, ne pense pas que le chèque guichet on le fabrique gratuitement. Remplis correctement ton chèque au lieu de nous en faire perdre plusieurs » Et le type de l’apostropher «tais-toi, tu n’es qu’une (mot vulgaire) placée là juste pour nous servir » Ce à quoi, le maure acquiesça, alors que la caissière choisit de ne pas relever l’insulte. Elle se tourna vers un vieux hartani pour le servir. Ce que à quoi le négro-mauritanien s’opposa, déterminé à être servi le premier. «Parce qu’il est hartani comme toi, tu cherches à le libérer avant moi ! » l’apostropha-t-il. Les échanges devenant de plus en plus violents, il fallut ameuter la sécurité.

Au marché de la Capitale, complètement bouclé à la circulation aux quatre axes qui y convergent, des centaines de personnes avaient envahi les avenues, heureux de battre le macadam sans la concurrence des voitures. Des femmes, des enfants, des hommes, sachets bourrés d’habits et de chaussures à la main, repartaient l’air satisfait. «Cette année, on peut faire la fête. Il y en a vraiment pour toutes les bourses. Les prix sont plus abordables » témoigne une femme, traînant deux garçons et une fille à ses basques. Il faut dire que le nombre de vendeurs semble s’être décuplé. De l’immeuble BMCI, plus connu sous le nom Afarco, des étals à perte de vue, sur des centaines de mètres jusqu’au cœur du marché central. Des boubous, des serwals, des chaussures, des chemises, des pantalons, bradés presque à même le sol et sur le macadam. Même les taxis n’ont pas doublé leur prix, comme en de pareilles occasions, où les prix du transport public flambaient au double. C’est comme si tout le monde était conscient de la misère qui a frappé les populations et de la raréfaction des signes monétaires. Faire de la surenchère dans ces conditions n’arrangerait en effet personne.  La raison semble ainsi l’avoir emporté sur la cupidité des années d’opulence que la Mauritanie n’a plus connue depuis 2008.

Mais les vendeurs de mouton ne semblent pas avoir compris la nouvelle donne. Au Marbatt de Haye Saaken, le prix du bétail semble défrayer la chronique. Là, le plus maigrelet mouton se négocie à prix d’or, 35.000 UM. Pour un mouton raisonnable, il faut casquer pas moins de 45.000 UM. Plusieurs pères de famille ont choisi de partir et de revenir le jour de la fête. Le dernier jour où les vendeurs sont obligés de revoir leurs ambitions à la baisse, car passé le Jour-J, leur cargaison risque de leur rester sur les bras, faute de clientèle.

Les plus prévoyants, comme moi, ont choisi quant à eux de commander leur mouton de fête depuis les régions de l’Est, à 25.000 UM, plus 1.000 UM pour le transport.
Bonne fête de Tabaski.

Cheikh Aïdara