aidara

Match amical Mauritanie-Algérie (1-3) : les Mourabitounes succombent à la malédiction du «Dernier quart »

Ils ont fait rêver tout un peuple pendant quarante-cinq minutes, avant de succomber à la malédiction du «dernier quart ». Après avoir mené les Fennecs d’Algérie par 1 but à 0 en première période sur un pénalty transformé par Hacen El Id à la 18ème minute, les Mourabitounes prendront de l’eau partout, encaissant trois buts en seconde période, Hanni (53e), Bounedjah (73e) puis Bentaleb (90e+2).

Au coup de sifflet final du match amical joué à Blida (Algérie) le samedi 7 janvier 2017, l’équipe nationale d’Algérie a pris le meilleur sur les Mourabitounes sur le score de 3 buts à 1. Ce match de préparation devait permettre aux Algériens de procéder aux derniers réglages et faire jouer les automatismes, à quelques encablures d’une Coupe d’Afrique des Nations, où ils comptent sortir du tour préliminaire dans une poule où ils affronteront le Zimbabwé, la Tunisie et le Sénégal.

Ce sont les Mourabitounes qui créeront pourtant la surprise lors de ce premier match, en ouvrant le score à la 18ème minute. Sur un débordement de Mamadou Niass, fauché par le défenseur central de l’équipe algérienne, les Mourabitounes bénéficieront d’un pénalty transformé par El Hacen El Id. Les protégés de Corentin Martins mettront ensuite les Fennecs dans une mauvaise posture, mettant à nu les défaillances de l’équipe adverse. Pendant toute la première mi-temps, les Algériens complètement désossés au milieu, ne trouveront pas la faille, alors que leur ligne défensive était de plus en plus perforée par Niass et Ismaël Diakité. Le gardien de but algérien Asselah sauvera deux fois ses filets en bottant en corner deux tirs cadrés de Mamadou Niass qui fut le meilleur Mourabitoune.
Il faudra attendre la deuxième mi-temps, et quatre remplacements, pour voir les Algériens renverser la vapeur. Les Mourabitounes qui semblaient avoir livré toutes leurs cartouches lors de la première mi-temps, prenaient eau de toute part. C’est d’abord, Hani, sur un corner botté par le milieu offensif algérien Taider qui remettra à la 53ème minute, les pendules à l’heure en offrant l’égalisation pour son équipe. D’une pichenette, il ne laissa aucune chance à Souleymane Diallo.
Les Fennecs avaient pris le match en main, face à des Mourabitounes essoufflés physiquement. A la 73ème minute, c’est le même Taider, sur une balle arrêtée qui permettra à Bounedjah d’inscrire un deuxième but pour l’Algérie en dominant de la tête toute la défense centrale mauritanienne. Le coup de grâce surviendra à la 92ème minute, pendant les arrêts de jeu, sur un tir à l’entrée de la surface de réparation. Souleymane Diallo qui n’était pas dans ses meilleurs jours, ne put rien faire face au tir cadré de Bentaleb.
Certes, les Mauritaniens ont évolué au cours de ce match amical sans leur formation type, car manquaient à l’appel Bâ Abdoul, Khassa Camara, Sally Sarr et Guidilèye Diallo, qui n’ont pas été libérés par leurs clubs. L’Algérie a aussi joué sans certaines de ses vedettes, à l’image de Ryad Mahrez qui vient d’être consacré meilleur jour africain, mais également Slimani et Soudani légèrement souffrants, ainsi que Brahimi et Adlène Guedioura.
Après ce premier match amical joué à Blida, le staff de l’équipe nationale d’Algérie a sans doute repéré parmi les jeunes pouces, ceux qui devront rejoindre l’équipe type, le mardi 10 janvier prochain, pour une autre rencontre à huis clos face à la même équipe des Mourabitounes. C’est le cas des deux gardiens, Asselah qui vient de jouer son premier match en sélection, mais aussi Rahmani. En défense, le choix se fera entre les débutants, Ramy Bensebaini, Aïssa Mandi ou encore Rabie Meftah et Faouzi Ghoulam.
Au milieu, le trio Taider, Abeid et Bentaleb seront sans doute conservé, tout comme la ligne d’attaque, Bounedjah, Rachid Ghezzal et Sofiane Hani.
Pour Corentin Martins, sans ses effectifs au grand complet sous la main, il ne pourra que colmater avec les locaux, renforcés par Diadié Diarra de FC Gueugnon (France), Aly Abeid et El Hacen Id de Levante (Espagne), ou encore Ismaël Diakité de l’AS Marsa (Tunisie), Mohamed Soudani de Tataouine (Tunisie) et Mamadou Niass de Salam Zaghrata (Liban).
Il faut rappeler que l’Algérie a choisi comme sparting-partner les Mourabitounes pour ses matches de préparation en prélude à la Coupe d’Afrique des Nations 2017. Les Fennecs affronteront le 15 janvier prochain, le Zimbabwé, puis le 19 janvier la Tunisie, et enfin le 23 janvier le Sénégal.

Cheikh Aidara


Mauritanie : une mythique église transformée en mosquée à Zouerate

Fermée il y a environ trois ans, après le départ définitif de la mission catholique, l’église de Zouerate a été depuis lors vidée de ses prêtes et sœurs qui y servaient les offices du dimanche depuis plus de soixante-dix ans, un peu avant la création de la société des mines de Mauritanie (MIFERMA), nationalisée en 1974. Tout a été emporté en France, même les corps qui étaient enterrés dans ses cimetières. Les clés du lieu de culte ont été remises à la SNIM (société nationale industrielle et minière), créée sur les cendres de la Miferma.

Aujourd’hui, l’église catholique est en chantier. A sa place, les riverains, des cadres de la SNIM, ont décidé de construire une mosquée, la «Mosquée El IHSAN», effaçant lentement les derniers vestiges de la présence française dans la cité minière.

Les travaux de réfection qui ont débuté le 1er janvier 2017 s’achèveront le 31 mai prochain, peut-on lire sur une pancarte fixée près du chantier. Y sont mentionnés les sources de financement, des mécènes, trois numéros de téléphone, celui des représentants de la future mosquée.

Deux étapes de construction de la future mosquée
La mosquée sera construite en deux phases. La première comportera la rénovation, le nettoyage, le tapissage, la peinture et la construction de latrines pour les ablutions. Cette étape devra s’achever fin janvier courant, ce qui permettra aux fidèles d’entamer leurs prières dans l’édifice. Deuxième phase, extension de la mosquée vers le nord.
Il faut dire que l’église de Zouerate a été non seulement un lieu de prière, mais aussi un centre de santé, de culture, de rencontres et de fêtes pour les travailleurs français de la Miferma, de la fin des années 40 aux années 70. Outre les prières du dimanche, on y célébrait Noël, la Pentecôte, Pâques, mais aussi les mariages et les baptêmes. On y distribuait des friandises aux enfants, des présents, des cadeaux, mais aussi de la chaleur humaine. «Je me rappelle enfant qu’on esquissait dans la rue adjacente des pas de danses au son du choral qui échappait des portes, car on n’osait pas pénétrer dans les lieux » se rappelle Touré, devenu tourneur quelques années plus tard à la SNIM.
Certains vieux de Zouerate se rappellent encore de l’affluence monstre les dimanches, de l’ambiance bon enfant, des baumes de fleurs ramenés de quelques potagers locaux, de cette foule bigarrée de blancs, ouvriers et cadres, en costumes cravates, des femmes blanches dans leurs amples robes et leurs enfants, courant dans les allées attenantes à l’église. Mourade, un vieux retraité de la SNIM a servi à la Miferma. «Je ressens une grande tristesse, chaque fois que je passe devant le chantier de l’ancienne église. Cet endroit renferme une partie de mes souvenirs. Bien que je n’ai jamais fréquenté les lieux, la chaleur humaine qui s’y dégageait les jours de dimanche, se répandait dans toute la ville, apportant couleur et gaieté dans la ville ». Il se souvient surtout du centre de santé de l’église, de l’accueil des sœurs qui y prodiguaient conseils et soins aux indigènes qu’ils furent, puis citoyens d’une nouvelle République fièrement proclamée un certain novembre 1960.

L’église a vu passer la France en Mauritanie

L’église de Zouerate a survécu aux coopérants et travailleurs français, partis par vagues successives à partir de 1974, date de la nationalisation de la Miferma. Mais d’année en année, le nombre de ses ouailles a fondu comme beurre au soleil. En semaine, le prêtre était souvent seul à célébrer, en présence de quatre ou cinq africains, originaires d’Afrique de l’Ouest.

Mais le centre de santé de l’église, rattaché au Croissant rouge mauritanien, mais sous la responsabilité de la mission catholique, restait le seul lien affectif avec les autochtones. Les consultations y avaient lieu trois fois par semaine, souvent associés à des médicaments pour une somme modique de 5.000 ouguiyas (15 euros). La mission  avait également une riche bibliothèque attenante à l’église, ouvrable tous les jours et fréquenté par des élèves et des enseignants. La revue El Watan El Arabi, hebdomadaire arabe de culture générale, était présente dans ses rayons.

Les habitants de Zouerate se souviennent du Père Guy, le dernier prêtre de l’église, avec sa vieille maman et sa R4 blanche. Ils voyaient souvent le fils et la mère sillonner ensemble les ruelles de Zouerate, entrant dans l’Economat «A» ou en sortant. Parfois, on les voyait se rendre ensemble au dispensaire situé à la Cité Police. Ils habitaient dans un logement attenant à l’église dans la Cité des Cadres, tandis que les sœurs logeaient un peu plus loin, à la Cité M4.
C’était peu avant la construction du centre de santé de la mission catholique, situé dans le vieux quartier populaire «El Heite », qui veut dire «Mur », du nom de l’enceinte qui le séparait de la cité française.


Mauritanie : après le genre, la santé de la reproduction rebute les parlementaires

Décidément, les parlementaires mauritaniens sont réfractaires à tout ce qui touche à la féminité. Après avoir fustigé le projet de loi sur les violences basées sur le genre, renvoyant le gouvernement à ses copies, les députés et sénateurs viennent d’opposer la même réserve au projet de loi sur la santé de la reproduction. Pourtant, cette dernière loi est le fruit d’une longue lutte menée par la société civile mauritanienne. Il s’agit d’un des principaux axes de la stratégie nationale de la santé publique, dans le cadre de la lutte contre la mortalité maternelle et infanto-juvénile, dont la Mauritanie affiche les plus forts taux au monde !

cela fait longtemps que le gouvernement mauritanien fait de la résistance face au projet de loi sur la santé de la reproduction, en effet, le texte croupit depuis quelques années dans les obscurs tiroirs de la République. Adopté le 6 octobre 2016 en Conseil des ministres, le texte vient d’être soumis à l’approbation du Parlement mauritanien, suscitant déjà quelques hostilités.

Pour Toutou Mint Taleb Navé, député du parti islamiste, «l’année 2017 semble être celle des lois anti-islamiques ». Selon elle, le projet de loi sur la santé de la reproduction, tout comme la loi sur les violences basées sur le genre, comporte dans ses replis un message négatif à l’endroit de la société mauritanienne et ses valeurs. «Son adoption par le parlement ouvrira la voie à la dépravation des mœurs, tout comme la loi défendue par le ministre de la Justice sur le Genre » a-t-elle déclaré.

Elle a fustigé notamment les articles 7, 9 et 17 du projet de loi. «Ces articles sont dangereux ! » s’est-elle exclamée lors d’une rencontre avec un groupe de journalistes. «Leurs charges sont nocives pour nos valeurs, dans la mesure où ses articles comportent de façon claire des dispositions relatives à l’introduction de la sexualité dans les programmes d’enseignement, l’encouragement des jeunes à utiliser des condoms ainsi que des informations relatives aux méthodes contraceptives, sans compter l’exigence faite aux centres de santé de mettre les produits contraceptifs à la disposition des jeunes et des adolescents, levant ainsi le tabou sur cette question» a-t-elle martelé. Plus grave, ajoute-t-elle en substance, ce projet de loi autorise la publicité sur le planning familial, sur la contraception et ses produits. «Nous demandons le retrait du texte soumis au parlement et sa révision, afin de rendre ses dispositions conformes à notre religion et à nos valeurs » a-t-elle conclu.

«Que la loi soit rejetée par les hommes je peux comprendre, mais qu’elle le soit par les femmes, c’est là une ignorance flagrante, surtout si cela vient de femmes parlementaires » s’est insurgée Mana Mint Ahmed, activiste de la société civile.

Pour comprendre les divergences de vue par rapport au projet de loi sur la santé de la reproduction, et sur le plan strictement religieux, il suffit simplement de savoir que l’un de ses plus fervents défenseurs n’est autre que Hamden Ould Tah, président de l’Association des Ulémas de Mauritanie (qui regroupe tous les érudits du pays) et non moins président de l’ONG Stop Sida. Pour ce jurisconsulte qui jouit d’une grande renommée en Mauritanie, «tous les pays voisins disposent déjà d’une loi sur la santé reproductive, j’ose penser qu’avec ce texte, la Mauritanie franchira elle aussi et sous peu, le Rubicon». Cette déclaration a été faite en août 2016 lors d’un atelier de mise à niveau et d’appropriation du projet de loi sur la santé de la reproduction, que son ONG avait animé en présence de cadres du département de la santé, ceux du Programme National de la Santé de la Reproduction, de juristes, d’Ulémas, d’organisations de la société civile et des partenaires au développement.

Sur le plan institutionnel, le gouvernement mauritanien est déterminé à faire passer le projet de loi devant le parlement. En témoigne l’audience qui avait réuni le 30 août 2016, le ministre de la Santé, le Pr.Boubacar Kane, et la Représentante résidente de l’UNFPA en Mauritanie, Mme Cécile Compaoré Zoungrana. Lors de cette rencontre, il a été question de l’adoption de la loi sur la santé de la reproduction, l’application du décret relatif au suivi des décès maternels, la mise en route de la ligne budgétaire destinée à l’achat des produits de la santé de la reproduction, le repositionnement de la planification familiale, les conditions d’éligibilité à certains fonds thématiques ainsi que les dispositions et modalités pratiques de nature à booster le partenariat entre les deux parties.

Le ministre de la Santé a confirmé lors de cette rencontre l’adoption prochaine de la loi sur la santé de la reproduction, alors que la Représentante de l’UNFPA a promis d’explorer les possibilités que peut offrir l’Initiative H6 destinée à soutenir les efforts du gouvernement mauritanien pour la réduction drastique de la mortalité maternelle, néonatale et infantile. L’initiative H6 regroupe les organismes du Système des Nations Unies, UNFPA, UNICEF, OMS, ONUSIDA, ONUFEMMES et Banque Mondiale.

A rappeler que le projet de loi sur la santé de la reproduction, proposé et suivi par un comité interdisciplinaire composé d’activistes de la société civile, de leaders religieux et d’acteurs des médias, est constitué de 25 articles répartis dans 8 chapitres. L’article premier du texte définit ainsi ses objectifs: « La présente loi a pour objet de protéger les générations présentes et futures des effets sanitaires, sociaux, dévastateurs des maladies touchant à la santé publique et en particulier la santé de la reproduction en République Islamique de Mauritanie ».

La Mauritanie est, avec la Côte d’Ivoire, le seul pays à ne pas disposer de cadre juridique régissant la santé de la reproduction en Afrique de l’Ouest.

Cheikh Aidara


Mauritanie : un projet de loi sur les violences basées sur le genre

Le projet de loi sur les violences basées sur le genre, actuellement sur la table du Parlement, a créé un véritable tsunami. Jugé anti-islamique, le texte est violemment critiqué, au point que la ministre chargée de le présenter devant les députés, la ministre des Affaires sociales, de la Famille et de l’Enfance, a refusé de le défendre, laissant le soin à son homologue de la justice de le faire.

Entériné lors d’une première lecture par le Sénat, le projet de loi sur les violences basées sur le genre est déjà fortement critiqué par certains membres de l’Assemblée Nationale, avant même qu’elle ne leur soit soumise. Composé de 74 articles répartis en cinq chapitres, le projet de loi en question porte sur des dispositions générales, les sanctions pénales et crimes basés sur le genre, les procédures judiciaires, les mesures préventives sur les violences faites aux femmes, et enfin, la prise en charge sociale des femmes victimes de violences sexuelles.

Refus du ministre de défendre son texte devant l’Assemblée

Face au tollé soulevé par ce projet de loi, la ministre des Affaires Sociales, de la Famille et de l’Enfance, a refusé de défendre son texte devant les députés. Le ministre de la Justice s’en est chargé, affirmant que cette loi sera adoptée, car la Mauritanie s’est engagée sur cette voie devant la communauté internationale. Les islamistes qui ont créé une véritable chape de plomb autour de ce texte, s’étonnent que la Mauritanie ait cédé sur des articles qu’elle avait depuis des décennies tenus en réserve. En effet, l’Etat mauritanien s’est refusé depuis des années à lever ses réserves sur certains articles de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), articles aujourd’hui soumis à l’approbation des députés.

Le débat suscité par ce nouveau projet de loi dépasse aujourd’hui l’hémicycle du Parlement et enflamme la société civile, surtout les milieux islamistes et conservateurs qui y perçoivent une volonté délibérée d’appliquer en Mauritanie des dispositions contraires à ses us et coutumes. Pour les détracteurs du texte, ce dernier est tout simplement anti-islamique et s’oppose aux dispositions de la Shari’a. Ils soutiennent que l’intitulé de la loi elle-même et notamment le terme «genre» renvoie aux transsexuels, et par là renferme une charge occidentale contraire à l’Islam.

Le gouvernement soutient pour sa part que la présente loi répond à l’urgence liée à la prise de mesures draconiennes contre les violences faites aux femmes. Il rappelle que l’arsenal juridique en vigueur, largement inspiré de la Shari’a, dispose d’une vingtaine d’articles sanctionnant de telles violences. Et de préciser que de tels délits et crimes relèvent du Code pénal, soulignant que ces auteurs seront de plus en plus exposés aux poursuites et à des peines d’emprisonnement. Les victimes bénéficieront également davantage de protection juridique.

Une loi soutenue par la société civile

Ce texte fortement fustigé par les milieux conservateurs est, par contre, salué par les organisations de la société civile, notamment l’Association mauritanienne pour la santé de la mère et de l’enfant (AMSME), l’Association des femmes chefs de famille (AFCF) et l’Alliance de lutte contre la dépendance (ALCD). Ces organisations recensent chaque année des dizaines de violences faites aux femmes, viols et incestes, et se battent à longueur d’année contre l’impunité accordée aux auteurs. La plupart du temps, ce sont les victimes de viol, accusées d’adultère, qui reçoivent la punition pénale à la place de leurs bourreaux.

Interrogée à ce propos, Zeynabou Taleb Moussa, présidente de l’AMSME précise qu’il y a  eu 122 agressions sexuelles recensées en 2015, suite au bilan établi par son ONG à la date du 22 janvier 2016. Même son de cloche du côté d’Aminetou Mint Mokhtar, présidente de l’AFCF qui parle, elle, de 5441 cas de violences contre les femmes entre 2014 et 2016.

Le dernier cas en date est celui d’une fillette de 11 ans dans la commune rurale de Bousteila au Hodh Charghi. Un douanier est suspecté de l’avoir violée. Selon les informations rapportées par des sources de presse, les autorités ont tardé à réagir après la plainte déposée par la famille de la victime. De fortes pressions auraient été exercées sur cette dernière. Aux dernières nouvelles, le suspect a été déféré au tribunal de Néma et écroué. Une vidéo et une photo de la victime circulent dans les réseaux sociaux, montrant la fillette incapable de marcher, soutenue par ses parents. L’acte lui aurait causé d’importants dommages. « Il m’a prise en stop, puis m’a amenée jusqu’à la frontière avec le Mali avant d’abuser sauvagement de moi. Puis, il m’a jetée non loin de chez moi » témoigne-t-elle dans une vidéo postée dans le web.
Bousteila est une commune rurale enclavée, parmi les plus pauvres du pays. Elle relève du département de Timbédra dans le Hodh Oriental, aux frontières entre la Mauritanie et le Mali.

Viols, harcèlement et adultères condamnables

Le projet de texte condamne ainsi en son article 6,  de six mois à trois ans plus une amende, toute violence basée sur le genre non dénoncée.

  • Les auteurs de viol seront quant à eux punis de travaux forcés s’ils sont célibataires, soumis aux châtiments du fouet ou à la peine capitale, si les auteurs sont pères de famille mariés.
  • Le harcèlement sexuel est puni de six mois à un an plus une amende de 100 à 200.000 UM. Le harcèlement s’il est exercé par une autorité par abus de pouvoir est punie d’un emprisonnement d’un an à trois ans de prison.
  • L’adultère est quant à lui puni de cent coups de fouets en public ou une peine d’un an d’emprisonnement si son auteur est célibataire. Si l’auteur est marié ou divorcé, la peine capitale lui sera appliquée par la flagellation jusqu’à la mort.

Cette dernière disposition est fortement critiquée par les Islamistes qui la considèrent contraire à la Shari’a qui prévoit selon eux la lapidation jusqu’à la mort et non la flagellation. Si l’auteur est malade au moment du prononcé de la sentence, il sera attendu jusqu’à la guérison, si c’est une femme en état de grossesse, il sera attendu sa délivrance.
L’inceste est puni dans l’article 10 du projet de loi. Il concerne les relations incestueuses entre un père ou une mère avec sa fille ou son fils, entre frère, etc. Quel que soit le degré de parenté entre les deux partenaires, la sanction est la peine capitale.

  • L’article 11 porte sur les coups et blessures, sanctionnés d’une peine allant de deux mois à cinq ans plus 500.000 UM d’amende. Le kidnapping est puni d’une peine de deux mois à deux ans d’emprisonnement.
  • La maltraitance inhumaine est punie de deux mois à cinq ans, les propos insultants de dix jours à deux ans. Cette peine est appliquée à quiconque aura tenu des propos désobligeants envers son épouse.
  • Le projet de loi sanctionne également le mariage des filles en dessous de 18 ans et donne entière liberté aux femmes. Le texte punit les époux qui interdiraient à leurs épouses le droit de voyager ou de se déplacer. Ces deux dernières dispositions sont celles qui hérissent le plus le poils des islamistes et conservateurs qui s’élèvent contre l’âge au mariage et la large indépendance accordée aux femmes.
  • Le kidnapping ou la terreur exercée sur un enfant mineur est puni de six mois à un an de prison, plus 150.000 UM d’amende.

D’autres délits et crimes sont également cités dans ce projet de loi, tels la provocation, la captation d’héritage, le refus à autrui d’exercer son droit aux libertés publiques, le non respect d’une décision émanant d’une autorité, le mariage d’un individu ne disposant pas des critères requis pour cet acte social, l’agent d’état-civil qui refuserait d’enregistrer un acte de mariage, etc.

Tribunaux spéciaux pour les violences de genre

Des tribunaux spéciaux seront créés dans chaque Moughataa (département) au sein des cours pénales ou correctionnelles pour connaître des affaires liées aux violences basées sur le genre. Les autorités sont chargées d’établir un Plan d’action triennal pour la prévention contre les violences basées sur le genre avec un budget conséquent et la ressource humaine requise pour cette tâche. Il s’agira de mener des campagnes de sensibilisation et d’éducation des populations sur les dispositions de la nouvelle loi, d’ouvrir une ligne téléphonique Vert et créer une base de données.

Les femmes victimes de violences seront totalement prises en charge, en termes d’informations sur leurs droits, droit de poursuite et droit à une prise en charge sociale, avec une spécificité pour les femmes handicapées.

Cheikh Aidara

ENCADRE

Le parlement reporte la session consacrée au débat sur les VGB

L’Assemblée nationale a reporté sa session du jeudi 5 janvier courant, pour débattre le projet de loi sur les VGB (violences basées sur le genre). Une décision qui intervient à la suite d’une vive polémique en raison de la contradiction de certaines dispositions de cette loi avec les enseignements de l’Islam.

Les membres de la commission parlementaire chargée de débattre cette loi ont refusé à l’unanimité sa discussion. En conséquence, l’Assemblée nationale a décidé de reporter sa session sur la question au 12 janvier prochain. Cette mesure augure un retrait du gouvernement de la loi des délibérations, afin de réviser les clauses et d’y apporter des améliorations nécessaires, a affirmé un parlementaire.