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Journées musicales de Carthage : la Centrafricaine Emma Lamadji en compétition

Emma Lamadji

Festival et concours arabo-africain, les Journées musicales de Carthage (JMC) se dérouleront, dans leur quatrième édition, du 8 au 15 avril 2017. Cette année, l’Afrique subsaharienne sera représentée en compétition officielle, en attendant l’annonce du Off, par la Centrafricaine Emma Lamadji.

Cinquante dossiers de candidature pour la compétition, c’est ce qu’a reçu le comité directeur des Journées musicales de Carthage, festival arabo-africain de musique proposant un concours, avec à sa tête, pour la troisième année consécutive, Hamdi Makhlouf. La majorité des dossiers était tunisienne, soit 32 candidatures ; les 18 dossiers restant se sont répartis entre 8 marocains, 3 égyptiens, 1 libanais, 2 sénégalais, 1 burkinabè, 1 ivoirien, 1 centrafricain et 1 ghanéen.

Le jury de sélection, composé d’Amina Srarfi (musicienne et chef d’orchestre), Oussema Farhat (musicien et compositeur), Anis Klibi (musicien, compositeur et universitaire), Sami Ben Said, (pianiste et arrangeur), Adel Jouini (guitariste compositeur), et Karim Ben Amor (homme de médias spécialiste des musiques modernes), a eu la difficile tâche de choisir les 12 artistes qui auront à concourir pour l’obtention d’un des trois Tanit (or, argent et bronze) ou d’autres prix, comme la prix du public.

Pour la sélection, le jury s’est basé sur des critères tels que la créativité et l’originalité. Finalement son choix s’est porté sur 6 artistes tunisiens et 6 étrangers (arabes et africains). Il est à noter que le quota des artistes étrangers ne doit pas dépasser 50 % de l’ensemble des participants, et ce, selon l’article 4 du règlement de la compétition des JMC.

Sur les 6 dossiers des Africains subsahariens, les membres du jury ont opté pour la Centrafricaine Emma Lamadji avec son spectacle «Free river».

Artiste autodidacte, Emma Lamadji (qui se destinait au départ au basket professionnel !), a commencé à chanter dans une chorale afro-gospel, «Kumbaya» de Montpellier (France), avant d’intégrer d’autres formations de gospel. «Free river» est le fruit de sa rencontre avec le guitariste Matia Levréro et de son désir «d’ouvrir son horizon vers un univers musical nouveau, nourri à la fois de soul, de world, de jazz, de gospel, de pop».

Rappelons que le Tanit d’or de l’édition des JMC (2015) a été remporté par le groupe Djarabikan Balafon de Côte d’Ivoire, et celui de 2016 par Sahad and the Naatal Patchword du Sénégal. Toujours pour l’édition de 2016, le Gangbé Brass band  (du Benin) a obtenu deux distinctions : le prix spécial de la composition musicale et celui du public.


Interdire les activités d’IRA : une mesure prise en marge du Conseil des ministres !

Ceux qui s’attendaient à ce que l’interdiction relative à toute activité de l’ONG Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) soit publiée sous forme de communiqué sanctionnant le conseil des ministres se trompent. Ce genre de décision ne sort pas sous forme de communiqué. Il est confirmé que le cas de IRA a été bel et bien discuté en marge du Conseil des ministres du jeudi 12 janvier 2017. C’est le Ministre de l’Intérieur qui a été chargé de prendre les dispositions pour interdire toute manifestation ou activité des militants d’IRA le 15 janvier prochain (dimanche), date de retour de Birame Dah Abeid et de Coumba Dado Kane, tous deux absents du pays depuis plusieurs mois. Un mouvement des forces de la police nationale serait même signalé, quittant  Nouakchott pour se rendre à Rosso.

Birame Dah Abeid, président du mouvement IRA  dénonce la décision prise en marge du conseil des ministres de ce jeudi 12 janvier 2017 relative à l’interdiction de toute activité de son mouvement. «Une décision injustifiée et illégale !», a-t-il commenté en substance.

Décision irréfléchie
Birame Dah Abeid considère que cette décision ne sert pas le gouvernement et risque d’aboutir à des résultats autres que ceux qui sont escomptés, parce qu’elle n’est ni légale, ni constitutionnelle, ni juridique. Elle exprime selon lui le degré de cafouillis de l’appareil sécuritaire du pays, mais aussi la faiblesse d’une gouvernance politique par laquelle le régime en place tente de réguler et de gérer les courants d’idées ainsi que la prise de conscience de populations, qui aspirent désormais à la liberté dans tous les domaines, en particulier la liberté syndicale et associative qui leur donne le droit d’adhérer au mouvement de leur choix. Or, souligne Birame, le régime veut faire de cette liberté syndicale et politique une liberté à sens unique, par l’usage de la restriction, de la traîtrise, de la répression, de la torture et de la manipulation de la justice et de la force publique pour mettre un frein aux courants d’idées, à la liberté de pensée et d’adhésion aux mouvements syndicaux, associatifs ou politiques.
Ce sont là malheureusement, selon le président d’IRA, les signes d’une confusion et d’un manque de vision qui prévalent au sommet de l’Etat.

Pas de riposte aux forces de l’ordre
Birame lance un appel aux Mauritaniens qui attendent, selon lui, son retour avec impatience, notamment les militants d’IRA qui ont l’habitude de lui réserver un accueil populaire. Il leur a demandé de ne pas riposter face à la violence des forces de l’ordre. «Nous ne nous défendrons pas, car notre combat est pacifique» a-t-il déclaré. A ces partisans qui décideront de venir à l’accueil à Rosso, il leur demande d’empêcher les infiltrations d’éléments subversifs et d’encadrer les militants d’IRA non avertis, en les prémunissant des provocations tendant à susciter des réactions de violence de leur part.
Le président d’IRA a déclaré à ses partisans que la victoire est proche contre le système esclavagiste et raciste qui cherche à semer la zizanie entre les composantes de la population mauritanienne.
Aux acteurs de la scène politique et de la société civile, il leur a demandé de suivre attentivement les péripéties de son retour et la manière avec laquelle les autorités vont réagir. «Mes premiers pas sur le sol mauritanien sont des pas de paix et de fraternité » a-t-il précisé.

«Je ne suis pas un citoyen ordinaire»
Par rapport à la décision relative à l’interdiction des activités du mouvement IRA tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, Birame soutient que «cette décision sera perçue par plusieurs observateurs, aussi bien au niveau national qu’international, comme un stimulant médiatique qui participera à la réussite de son retour au pays et lui donnera une dimension populaire inattendue. « Tout le contraire de ce que veut le régime « .
Birame déclare avoir reçu des informations selon lesquelles le gouvernement mauritanien cherche à banaliser son retour. «Ils veulent que je revienne au pays comme un citoyen ordinaire » a-t-il souligné avant de demander «mais pourquoi m’évoquent-t-ils en conseil des ministres si j’étais une personne ordinaire ? », ajoutant qu’il est aussi au centre des discussions des plus hautes autorités sécuritaires du pays, lesquelles distillent dans les organes de presse qui leurs sont proches des informations le concernant. «Pourquoi, si le gouvernement me considère comme une personnalité ordinaire, fait-il bouger des bataillons de policiers de Nouakchott vers la ville de Rosso, par laquelle je compte rentrer au pays ? » s’est-il en plus demandé.  Avec une pointe d’ironie : «que ceux qui me prennent pour une personne ordinaire s’abstiennent de s’intéresser à moi » !

La renommée d’IRA
Tout cela, selon Birame, dénote d’une faiblesse politique et d’une incompétence dans la gestion de la chose publique de la part du régime qui semble oublier, dit-il, le penchant humain vers l’interdit. «La chose la plus appréciée est celle qui est interdite » affirme-t-il.
Selon lui «IRA est un mouvement interdit depuis sa création, ce qui lui confère une grande notoriété auprès des médias internationaux, qui considèrent cet interdit comme une fierté. «Dire qu’IRA est interdite est déjà une reconnaissance de son existence » rappelle-t-il. Pour Birame, IRA est la seule organisation interdite en Mauritanie, elle est aussi la plus évoquée et la plus citée dans ce pays. «Personne, dans les quatre coins de la Mauritanie, du plus petit enfant au vieillard, n’ignore que Birame est le président d’IRA » fait-il remarquer. «Demander à n’importe quel Mauritanien de vous citer le nom d’une seule des centaines d’associations reconnues et vivant de la subvention publique ou le nom de son président, il ne le connaît pas» lance-t-il avec défi.

Un partenaire et non un concurrent

Et de rappeler que «tout cela n’est pas nouveau pour nous. Le régime a toujours usé de ses moyens de coercition à notre égard, mais les résultats auxquels il aboutit sont à chaque fois contraires à ceux auxquels il s’attendait».
Selon Birame, Mohamed Abdel Aziz a un problème. Depuis qu’il a accédé au pouvoir, il a toujours été incapable de souffrir la moindre concurrence face à des personnalités en vue et qui réussissent dans tous les domaines. Le défenseur des droits de l’homme de renommée, toujours selon Birame, est perçu par Aziz comme un concurrent. Il commence alors à le cibler et à le combattre dans son domaine d’intervention au lieu de le considérer comme un partenaire indépendant et libre. Cela est arrivé entre Mohamed Abdel Aziz et beaucoup de personnalités, des hommes d’affaires, des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes…  «Ce comportement dénote d’un échec notoire dans la gouvernance, mais aussi dans la fonction présidentielle, qui est la plus haute fonction » a-t-il souligné. C’est ce qui a conduit selon lui Mohamed Abdel Aziz à tomber inutilement dans des erreurs ou à se retrouver dans des positions inconfortables qui ont sérieusement entamé sa légitimité depuis le début, et cela s’est beaucoup aggravé par la suite.


Assemblée Générale de la Fédération mauritanienne de basket-ball : 2017 ou l’année de la construction

Le Président de la Fédération Mauritanienne de Basket-Ball (FMBB), M.Fall Youssouf, n’y est pas allé du dos de la cuillère. Selon lui, il a hérité d’une situation catastrophique, une fédération sans textes clairs, sans programmes, et sans le moindre sou. A un certain moment, j’ai même pensé jeter l’éponge, tant les montagnes de difficultés me semblaient insupportables, a-t-il déclaré en substance. 

Ce constat amer de la situation de la FMBB, Fall Youssouf, ancien Secrétaire général de la Confejes, l’a décliné lors de son rapport moral au cours de l’Assemblée générale organisée mardi 10 janvier 2017 à l’Hôtel Azalaï-Marhaba de Nouakchott. C’était en présence des membres du Comité directeur, des présidents des ligues régionales et des présidents de clubs. «Excusez-moi d’être franc, mais je suis obligé de vous exposer la réalité telle qu’elle est » a-t-il souligné.

Le basket-ball mauritanien encore « embryonnaire » 
Ainsi, en 54 années, le basket-ball mauritanien est encore dans une situation embryonnaire, selon son président qui a cependant défini une batterie de mesures pour redresser la barre et faire retrouver au basket mauritanien ses lettres de noblesse.
Parmi ses mesures, le toilettage des textes de base (Statuts et Règlement Intérieur), la mise en place de 13 Commissions spécialisées, le renouvellement des 9 Ligues Régionales actuellement actives (Nouakchott, Nouadhibou, Zouerate, Adrar, Tagant, Brakna, Trarza, Gorgol et Guidimagha)
La plus grande manœuvre envisagée par la Fédération est le démarrage en 2017 du Championnat national autour de quatre zones. La Zone Nord, avec Nouadhibou et Zouerate en plusieurs manches, la Zone Sud qui regroupe Rosso, Kaédi et Boghé, ainsi que les deux Zones de Nouakchott. La Fédération s’engage à prendre les frais de transport et d’hébergement des équipes en déplacement.

Intéresser les Mauritanien à ce sport
L’objectif de la Fédération dans cette nouvelle et ambitieuse stratégie de relance est d’intéresser de nouveau les Mauritaniens, autorités, élus, partenaires financiers et jeunes, à la pratique du basket.
Hormis 2015 qui fut, selon Fall Youssouf, une année d’observation pour mieux comprendre un monde qu’il venait d’intégrer après sa nomination le 10 octobre de la même année, l’année 2016, sera celle de quelques actions menées par la Fédération. Le plus grand problème qu’il avait rencontré était selon lui, le problème financier. «Sans programme, les sponsors n’étaient pas emballés » a-t-il soutenu. S’y sont joutés, dira-t-il, le désintérêt des acteurs et celle des autorités, ainsi que la non « opérationnalisation » des ligues et l’existence de clubs peu viables.

Malgré un environnement difficile,  le Comité Directeur a cependant respecté ses calendriers de réunion, mis en place 13 Commissions spécialisées, procédé au renouvellement des ligues, célébré la Journée nationale du Sport, et organisé quelques mini-tournois, avec la participation de membres du gouvernement et des jeunes en colonies de vacances. Il a également évoqué les aides financières que la FMBB est arrivé à accorder à des initiatives, tels l’appui apporté à la Ligue de Nouakchott pour l’organisation d’un tournoi de basket filles, et celui apporté à l’Amical des Anciens basketteurs pour un tournoi similaire.
Par la suite, Sy Amadou, Trésorier général de la Fédération a présenté le bilan financier de la Fédération qui a été arrêtée au 31 décembre 2016 à la somme de 9.283.048 ouguiyas.
A la fin de l’assemblée les 30 membres présents ont approuvé les deux rapports et donné leur quitus au président Fall Youssouf.

Cheikh Aidara


Interview exclusive de Birame Dah Abeid, président de l’IRA : «Mon rôle se joue en Mauritanie, pas ailleurs, que je sois en liberté ou en prison»

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«Certains segments du pouvoir cherchent à m’éliminer physiquement. Mon rôle côtoie le risque. Je vis avec le risque. Pour mon combat, ma vie n’est qu’un modeste sacrifice. »

Après une absence de près de huit mois et une campagne internationale en Afrique, aux Etats-Unis et en Europe pour dénoncer ce qu’il considère être «la situation catastrophique des droits de l’homme en Mauritanie, notamment l’esclavage, la discrimination et le racisme », Birame Dah Abeid, président du mouvement Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) s’apprête à rentrer en Mauritanie. Ce sera le 15 janvier 2017 par le bac de Rosso. Une date et un lieu symbolique, car c’est à Rosso, le 15 janvier 2015, qu’il a été condamné à 2 ans de prison fermes par le tribunal régional, en compagnie de son vice-président Brahim Bilal Ramadan et Djiby Sow, président de Kawtal, après une Caravane contre l’esclavage agricole. Il nous a accordé cette interview exclusive, à quelques jours d’un retour à haut risque que l’opinion nationale et internationale va suivre avec la plus grande attention.

En dehors d’un certain symbolisme, pourquoi avez-vous décidé de revenir en Mauritanie maintenant à cette date précise, au moment où beaucoup pense que vous risquez d’être arrêté dès votre arrivée ?

Je vous remercie pour cette interview qui arrive à point nommé. Je n’ai jamais dit que j’ai quitté la Mauritanie pour ne jamais y revenir. J’ai quitté la Mauritanie au lendemain de ma libération de prison pour recevoir le Prix Heroes pour la lutte contre l’esclavage et la traite des personnes que le Département d’Etat américain, par le biais de John Kerry, devait me remettre à moi et à mon vice-président Brahim Bilal Ramadan qui m’accompagnait. C’est en ce moment que nous avions appris l’arrestation de 13 membres du bureau exécutif de l’IRA, suite à une manifestation manigancée par le pouvoir et ses tentatives forcenées de décapiter notre mouvement. Cela, en utilisant tous les moyens, la torture, l’instrumentalisation de la justice et des médias publics et privés. Suite à la mise en place d’un comité de crise que nous avons créé d’urgence pour faire face à cette énième agression,  des discussions se sont engagées entre les membres. J’avais opté pour un retour immédiat au pays, mais j’ai été mis en minorité par la majorité qui a opté pour une contre-offensive et une stratégie de riposte à partir de l’extérieur. Riposte à travers tous les leviers de la communauté internationale, ONGs, missions diplomatiques, organismes internationaux, Etats démocratiques, mais aussi médias internationaux du monde libre et différentes organisations des droits de l’homme en Afrique, en Europe, en Amérique, en Asie, mais aussi en Australie.
Sur un autre front non moins important, il fallait mobiliser la logistique, d’abord au profit des détenus (nourriture, bien-être) mais aussi au profit de leurs familles et aux militants du mouvement, sauvagement torturés et blessés par les forces de l’ordre. Nous avons dû subvenir à leurs soins et à la prise en charge des familles des prisonniers, mais aussi des prisonniers eux-mêmes. Tout cela, nous l’avons mobilisé à partir de l’extérieur.
J’avais dit à mes amis que le jour où l’enquête sur l’affaire «Edebaye Bouamatou » sera clôturée par le pouvoir judiciaire inféodé au pouvoir politique mauritanien, et que je serais cité comme accusé, je débarquerais à Nouakchott. C’était la décision sur laquelle le Comité de crise a trouvé le consensus. J’ai initié et dirigé l’offensive à partir de l’extérieur, avec la présidente Coumba Kane, Bakary Tandian, Sikam Sy et Abidine Merzough. Nous avons commencé à mettre en place notre dispositif d’attaque pour déconstruire les mensonges du gouvernement mauritanien sur une prétendue orchestration de la violence par IRA à «Edebaye Bouamatou ». Moi-même j’ai présidé aux contacts et à la coordination avec la société civile et politique mauritanienne, avec le barreau. Ce qui a abouti à la constitution d’un front large et compact au niveau national contre les mensonges du gouvernement à propos de cette affaire. Cette action a été renforcée par la grande mobilisation que nous avons pu drainer sur le plan international, englobant les grands Etats démocratiques du monde, les organisations internationales, les Nations Unies, les Etats Unis, l’Union européenne, la Commission africaine des droits de l’Homme, mais également les ONG internationales des droits de l’homme, ainsi que les médias internationaux.
J’ai continué sur une tournée internationale très réussie, et très médiatisée y compris sur le plan national. C’était une bataille rangée entre nous et le gouvernement mauritanien, une bataille diplomatique dans laquelle le pouvoir a subi des défaites retentissantes et cuisantes. Les revers qu’il a subis en Afrique, que nous sillonnions pour la première fois, pour prêcher la cause des victimes d’esclavage, de racisme et du manque de démocratie en Mauritanie.
Nous avons aussi réussi à obtenir de la Commission africaine des droits de l’homme, durant sa session d’octobre 2016 à Banjul, une condamnation de la Mauritanie, pour la première fois, sur les pratiques de l’esclavage et la connivence du pouvoir mauritanien avec les criminels de l’esclavage.
Nous avons également réussi à obtenir la condamnation inédite et lourde de conséquences pour la Mauritanie, quand les sept rapporteurs des Nations Unies, dans une position commune, ont condamné la Mauritanie et lui ont demandé des comptes à propos des pratiques des pouvoirs judiciaires et policiers contre les détenus d’IRA et contre le mouvement. Nous avons aussi obtenu la même condamnation de tous les gouvernements du monde, de l’Afrique à l’Amérique du Nord en passant par l’Europe. Il s’agit de victoires sans précédent de l’IRA, victoires que j’ai personnellement dirigé et coordonné avec mes amis ainsi que les partenaires du mouvement.
A la fin de cette mission hautement réussie, j’ai décidé le 17 décembre passé, lors d’une conférence de presse de clôture à Paris, de rentrer au pays. Cette rentrée est symbolique bien sûr, car il y a beaucoup de menaces qui fusent de la Mauritanie à mon égard, promesses qui, s’ils ne proviennent pas du pouvoir, viennent de milieux qui lui sont très proches. Des menaces sensées faire peur à Birame de ne pas rentrer au pays. Mais mon rôle et ma place sont en Mauritanie, que je sois libre ou en prison. Mon rôle, je le joue en Mauritanie, pas ailleurs, je l’ai toujours dit. J’ai terminé ma mission, j’ai clôturé ma tournée et rempli le mandat qui m’a été délégué par le Comité de crise de IRA au lendemain de l’emprisonnement de nos camarades. Maintenant, je rentre au pays.
Avant de venir, ceux qui veulent préparer pour Birame ce qu’ils prétendent préparer, eh bien, je suis sur le chemin de retour. Le 15 janvier 2017 le matin, je quitterais Rosso Sénégal pour rejoindre par le Bac, Rosso Mauritanie, le plus naturellement du monde.
Je saisis cette occasion pour dire à tous les militants, de rester vigilants, de ne pas céder à la provocation, de rester attaché à l’action pacifique, légale et reconnue par la Constitution mauritanienne. Je les adjoins d’être attentifs à l’infiltration de la part de personnes de mauvaise foi, pour pousser des militants non avertis à la violence. N’acceptez pas les infiltrations et le détournement de notre action pacifique. J’invite aussi tous les observateurs, toutes les ONG et tous les partis politiques mauritaniens, à observer ce processus de retour, pour pouvoir témoigner.

Ne craignez-vous pas pour votre vie ? L’assassinat politique est en vogue de nos jours. Un suicide maquillé ou un meurtre commandité, n’est pas à exclure. Vous n’avez pas peur ?

 

Des rumeurs me sont déjà parvenues, qu’il y a une faction du pouvoir dominant, fraction politique et sécuritaire, qui milite pour une élimination physique, maquillée, comme vous l’avez nommé. J’en ai déjà fait part à certaines personnes représentatives d’institutions internes et externes à la Mauritanie. Ceci est une grosse aventure, une aventure diabolique vers laquelle tire le segment le plus dangereux des groupes au pouvoir. Néanmoins, je pense qu’il y a un minimum de responsabilité qu’on peut escompter de la part des autres segments de ce même pouvoir. Je pense aussi que les uns et les autres ne manqueront pas de réaliser les conséquences extrêmement graves pour l’avenir, l’existence et l’unité de ce pays en cas de pareille action. Quant à moi, je suis dans mon rôle et ce dernier n’a jamais été exempt de risques. Mon rôle côtoie le risque. Mon devoir est de jouer ce rôle jusqu’au bout, avec le maximum de précaution pour la vie et la sécurité des citoyens mauritaniens, pour la paix entre les citoyens mauritaniens, et par de-là la Mauritanie, pour la paix dans le monde. Pour cet engagement, ma vie n’est qu’un modeste sacrifice.

Au cas où vous ne serez pas inquiété et que vous rejoindrez Nouakchott en toute quiétude, comment comptez-vous vous y prendre pour remobiliser des troupes longtemps démobilisées par votre longue absence ?

Je ne pense pas que nos troupes aient été à un quelconque moment démobilisées. Je crois que les troupes sont toujours mobilisées et ont toujours démontré leurs capacités à persévérer dans leurs contestations populaires, légales et pacifiques face à l’arbitraire en Mauritanie. Durant l’incarcération de nos camarades à nos jours, il y a eu des manifestations pacifiques, de nombreuses personnes, femmes et jeunes, dont les pieds et les bras ont été brisés par les forces de l’ordre ; il y a les photos qui circulent sur les réseaux sociaux, sur les interfaces des sites d’information, sur ceux des organisations nationales et internationales des droits de l’homme. Les images montrent la poursuite des manifestations par les militants d’IRA et les répressions féroces auxquelles ils font face.
Il y a cette violence indicible qui se déchaîne chaque fois que nos militants manifestent pacifiquement. La plus récente il y a deux jours devant le ministère de la justice. Il y a eu passage à tabac et agressions injustifiés de militants, certains ont été conduits dans des cachots et torturés par la police mauritanienne. Cette option est une vieille option qui ne nous poussera pas à la violence.
Moi je vais retourner au pays et ce sera les retrouvailles avec les militants. Nos actions se poursuivront avec les yeux rivés vers le bagne de Bir-Moghreïn où sont encore incarcérés nos militants, Moussa Birame, Abdallahi Diop et Abdallahi Maatala Saleck.
D’autre part, quand je rentrerai au pays, j’ai une plateforme de propositions pour le sursaut national, un plan de sauvetage du pays que je vais proposer à des membres de la société civile et politique mauritanienne représentative de ceux qui sont au pouvoir, mais aussi de ceux qui sont dans l’opposition. Le contenu de cette plateforme est le fruit de beaucoup de réflexion et d’échanges avec plusieurs personnes attachées à l’unité et à la paix dans ce pays, mais aussi à l’alternance pacifique et paisible du pouvoir en Mauritanie. Ce contenu sera divulgué aux médias quand les conditions le permettront et selon la réaction et l’intérêt qu’il suscitera auprès des parties concernées.

Le pouvoir n’est-il pas parvenu à vous détourner de votre combat contre l’esclavage en vous mobilisant d’une façon quasi-permanente autour de manifestations pour la libération de dirigeants ou de militants emprisonnés ?

Je pense que le ciblage de plus en plus grossier, à la fois systématique, récurrent et continue de l’IRA, est une preuve suffisante de l’impact très certain et fort du mouvement aussi bien au niveau national qu’international. Il est le résultat du très fort déploiement diplomatique de l’IRA sur le plan international. Ce qui lui a permis de remporter les différents duels contre le pouvoir. L’impact de l’IRA est aussi celui d’avoir remporté tous ses procès contre le pouvoir. Il n’y a pas un seul procès, parmi les nombreux procès intentés contre le mouvement depuis sa naissance, où le pouvoir mauritanien est sorti victorieux, malgré l’inféodation du pouvoir judiciaire et son instrumentalisation. Ce qui a permis à IRA de démontrer sa supériorité morale sur le pouvoir, sa capacité de résistance et celle de ses militants. Il est très rare que des membres du mouvement sortent de prison, en faisant allégeance au pouvoir ou en se soumettant à lui. Ils en sortent souvent encore plus engagés et plus déterminés dans leur combat, avec le moral intact et toujours debout, malgré les sévices et les brimades. Cette ténacité est rare dans notre paysage politique. Ténacité face à la peur et à la corruption.
Ces batailles judiciaires pour la décapitation ou la démobilisation du mouvement IRA, que le pouvoir nous assigne à longueur d’année, c’est le pouvoir qui y perd sa légitimité, sa crédibilité et tout simplement sa face. Ces emprisonnements de militants et dirigeants d’IRA sont pour nous de grandes tribunes de plaidoyer pour dénoncer les grands maux dont souffre la Mauritanie et qui ont pour noms, l’esclavage, le racisme, l’exclusion, la discrimination, la gabegie, etc.

Que pensez-vous de la reconnaissance par le pouvoir du parti de Daoud Ould Ahmed Aîcha et celui de Saad Ould Louleïd ?

Cette reconnaissance est un non évènement. Elle va dans le sens de l’agitation qu’orchestre le pouvoir pour désinformer l’opinion. Le régime insinue que l’avènement de l’IRA Mauritanie, qu’il considère comme une organisation extrémiste et sectaire, a suscité d’autres extrémismes. Mais l’extrémisme et le racisme sont les instruments de domination du pouvoir. Nous, nous luttons justement contre ce racisme institutionnalisé et mortel, qui traverse et gangrène toutes les institutions civiles, militaires et sécuritaires du pays, y compris les institutions financières, religieuses et même éducatives. C’est le racisme d’Etat mauritanien qui a été aiguisé par l’extrême droite arabo-berbère que représente le Chef de l’Etat, Mohamed Ould Abdel Aziz. Ils ne peuvent pas détourner le regard de la communauté nationale et internationale qui observe et dénonce l’arbitraire et le sectarisme du pouvoir. Cette manœuvre qui consiste à chercher à détourner le regard de l’enracinement du racisme au sein des institutions et du pouvoir mauritanien vers d’autres personnes, dont les propos et les actes n’ont aucun impact sur la vie des populations, cette manœuvre ne peut pas nous tromper. Nous continuerons quant à nous à lutter contre le racisme institutionnalisé et le sectarisme perpétré par des personnes et des institutions qui symbolisent l’Etat mauritanien, à savoir le Chef de l’Etat, le gouvernement, le parlement, les tribunaux, les institutions judiciaires, les institutions sécuritaires. C’est ça le racisme qui menace la paix civile et les droits des Mauritaniens dans leur intégrité physique et morale.
Ce monsieur, Daoud Ould Ahmed Aïcha, je ne le connais pas, je ne l’ai jamais vu. S’il est raciste, son racisme est individuel et n’a aucune incidence sur la chose publique. Un seul juge ou un seul policier peut s’en occuper, il va se calmer. Le premier jugement et la première garde-à-vue suffiront à le remettre à sa place. Je pense et j’ai des preuves, c’est quelqu’un qui a eu un mandat de la part des services de renseignement pour jouer au trouble-fête, pour permettre au pouvoir de l’utiliser comme expiatoire, pour détourner les regards du véritable racisme d’Etat qui sévit de manière multiforme contre les populations. Mais ça ne marchera pas avec IRA.

Que pensez-vous du rôle que joue Saad Ould Louleïd, accusé par certains de vouloir déstabiliser le mouvement IRA ? Quel regard portez-vous sur le personnage ?

Je ne suis pas très porté à faire des jugements sur des personnes. Je pense que lorsque Saad était avec nous, il était engagé à nos côtés. Comme il nous a quittés, moi je n’ai pas l’habitude de commenter les actes et les paroles des gens qui ont quitté IRA

Quel regard portez-vous sur la situation politique en Mauritanie ?

Je pense que la scène politique mauritanienne, comme la société civile et le cercle des droits de l’homme, est malheureusement minée. Il y règne un climat très malsain parce que le pouvoir en place a agi de la sorte en essayant de dresser les Mauritaniens les uns contre les autres, dans une démarche non conventionnelle ni politique, dans un dressage ethnique, sectaire et religieux. Le pouvoir manipule les sentiments religieux des Mauritaniens pour leur dire, «Je suis avec Dieu et l’opposition est avec le Diable », pour leur dire aussi «Je suis avec l’Islam et les défenseurs des droits de l’Homme sont contre l’Islam». Je pense que nous sommes en train de filer tout droit vers le mur, si cette bombe n’est pas désamorcée. Il y a la fanatisation grandissante d’une partie des Mauritaniens contre d’autres, la fanatisation d’un certain segment religieux, social, politique et ethnique contre d’autres. Le pouvoir à mon avis a agi avec beaucoup d’irresponsabilité ces dernières années, en instrumentalisant le sentiment religieux à chaque occasion et en menant des propagandes qui peuvent conduire à des surenchères de non-retour. Il est temps que les segments responsables au sein du pouvoir en Mauritanie se ressaisissent et que le Chef de l’Etat revienne à la raison, qu’ils sachent tous qu’on ne peut pas prospérer sur ce genre de manipulation extrêmement dangereux et sensible. Le pouvoir doit reconnaître que l’Islam est la religion de tous les Mauritaniens et que toute la population est musulmane. S’il y a des différences et des oppositions, ce n’est pas entre pro-Islam et anti-Islam. C’est un faux débat. C’est un dangereux débat. Un débat irresponsable. Je pense que l’élite politique a déserté le terrain pour laisser la place à une élite ethniciste qui défend l’idée erronée selon laquelle un prétendu danger menacerait l’Islam en Mauritanie. Cette théorie du complot nous éloigne de l’objectivité et de la raison tout court. Je peux illustrer ces propos à travers la position adoptée par le vice-président du parti Tawassoul et député à l’Assemblée nationale, Mohamed Ghoulam Ould El Hadj Cheikh. Un homme qui n’a jamais caché son antipathie pour le combat d’IRA, mais qui, convaincu de la torture subie par les militants du mouvement en prison, s’est levé dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale pour interpeller le ministre de la Justice et dénoncer des pratiques qui selon lui «n’existent même pas dans les geôles d’Israël » réputés pour leur férocité. La grande partie des réactions, exprimées par des personnes sensées comme lui défendre l’intégrité physique et morale de citoyens mauritaniens, abstraction faite de leur appartenance idéologique, prouve que l’amalgame est déjà très grand. Beaucoup ont reproché à Mohamed Ghoulam d’avoir dénoncé la torture, tout simplement parce que les personnes concernées appartiennent au mouvement IRA. Ce qui est extrêmement grave. Je salue au passage et je rends hommage à l’objectivité de ce député, bien que nous ne défendions pas les mêmes convictions politiques. Il suffit que nous partagions ensemble les mêmes valeurs, comme l’intégrité physique et morale des personnes et que nous condamnions toute forme de torture.

Quels sont vos projets à quelques encablures d’une transition politique très attendue en 2019 ?

Mes projets, et celui du mouvement IRA, est de participer dans les premières lignes à ce que les Mauritaniens puissent réaliser une transition démocratique et une alternance politique apaisée. Pour cela, nous allons continuer à nous adosser au droit national et au droit international. Nous continuerons à jouer le rôle de soldat vigilant de la société, à veiller au respect des lois individuelles et collectives, au respect des procédures juridiques et démocratiques constitutionnelles, basées sur l’état de droit. Nous continuerons à donner le sacrifice nécessaire pour que la Mauritanie sorte sans dégâts du marasme et des crises multiformes qui la taraudent.
Nous lançons dans ce cadre un appel à l’opposition dans ses différents compartiments, associations civiles et politiques, afin qu’elle s’unisse dans un climat démocratique et dans un sursaut national, afin de prémunir le front de l’opposition des dissensions et des phagocytages qui la menacent à la veille de ce processus de transition encore incertain et périlleux. Nous lançons un appel à l’opposition politique traditionnelle et l’invitons à faire les concessions nécessaires à l’opposition sociale, celle des droits de l’homme, afin de répondre à l’espoir et à l’adhésion des larges pans de la population mauritanienne victimes d’esclavage, de racisme, de paupérisation, et d’exclusion sociale et économique. Nous lançons le même appel à l’opposition sociale, dont IRA est la plus représentative. Le ticket gagnant est la jonction entre ces différentes oppositions. Nous à IRA nous allons consentir à toutes les concessions qui ne touchent pas à nos principes et à nos engagements. En deuxième point, nous lançons un appel au pouvoir et à ses segment qui ont usé de tous les simagrées pour s’offrir des privilèges indus, en les invitant à se ressaisir et à s’inscrire dans le repentir et le rachat de conscience face à leur peuple. Je lance un appel à tous les ponts civils et militaires qui sont capables de revenir à la raison et d’agir en toute responsabilité, car le recyclage est encore possible, à travers des discours ou des actions solennelles. Tout cela ne  fera que consolider la paix et la concorde. Le Chef de l’Etat lui-même, Mohamed Ould Abdel Aziz, peut être utile en cette période, s’il accepte sans rancœur, sans regret et en toute humilité, de se comporter en ancien Chef d’Etat responsable de son peuple et de la situation qu’il va lui léguer, en garantissant une transition démocratique et paisible susceptible de conduire à une alternance politique réussie.

Propos recueillis par
Cheikh Aïdara