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Mauritanie-Sénégal : une guerre froide nécessaire et des intérêts communs permanents à protéger

Permettez-moi de partager avec vous la réflexion du Pr.Hamahoullah Ould Salem (photo ci-dessus), historien et universitaire, panarabiste engagé, défenseur invétéré de la langue arabe et anti-français notoire.
Dans un article publié sur le site «Aqlam», il développe sa vision sur la nature des relations qui doivent lier la Mauritanie au Sénégal, mais aussi à la France, et les enjeux militaro-politiques qui sous-tendent à ses yeux la construction du Port naval de NDiago, inauguré il y a quelques jours par le président Mohamed Ould Abdel Aziz.

S’il n’est pas possible selon lui de changer la géographie des lieux ni l’histoire pluricentenaire qui lie la Mauritanie et le Sénégal, les Mauritaniens devraient à ses yeux supporter un voisin aussi dérangeant que le Sénégal à travers un partenariat souple pour affronter les défis géopolitiques complexes sur nos frontières Sud, qui vont du Fleuve Sénégal jusqu’au Fleuve Niger et qui s’ouvre sur un espace qui s’étend jusqu’aux rives du Tchad, du Soudan et de l’Ethiopie, avec des intérêts certains pour la Mauritanie.

Seuls ceux qui ignorent la géographie et l’histoire, mais aussi les intérêts communs entre le Sénégal et la Mauritanie, parmi les citoyens des deux pays peuvent, selon lui, croire à une guerre possible entre les deux Etats. Et le Pr.Hamahoullah Ould Salem de souligner que les relations avec le voisin sénégalais doivent rester dans les limites du partage d’intérêts et de bon voisinage. Ces relations ne doivent jamais, selon lui, être bâties sur une confiance qui n’existe plus. Ces relations doivent toujours rester des relations normales mais dans un climat de «guerre froide» permanent, une «réelle guerre froide qui se poursuit d’ailleurs, dira-t-il, depuis les indépendances, sans que jamais elle ne s’enflamme ni se refroidisse, et sans qu’elle ne puisse connaître une fin».

Le Pr.Hamahoullah de reconnaître que le Sénégal dispose d’une véritable élite qui participe à la prise de décision et apporte son aide par ses recherches et par ses réflexions, mais aussi d’une respectable opinion publique active dont les positions pèsent dans l’orientation de ses politiques générales. Selon lui, le Sénégal ne connaît pas de crise identitaire, étant parvenu par un large consensus tacite à régler définitivement la question culturelle et la question identitaire. Le Sénégal, dira-t-il en substance, ne cache pas ses positions vis-à-vis de son voisin du nord, la Mauritanie Il la critique très souvent, lui impose ses exigences parfois et lui a toujours arrachés des intérêts dans les projets communs liés à la gestion du Fleuve. Ainsi, selon le Pr.Hamahoullah, le Sénégal engrange au détriment de la Mauritanie un développement agricole et hydroélectrique équilibré, et la supplante dans le domaine de l’enseignement, de l’éducation et des infrastructures essentielles de base.

La situation générale a toujours été ainsi favorable au Sénégal, fait-il remarquer, et cela continue encore aujourd’hui, même partiellement. La situation se serait compliquée lorsque le pouvoir sénégalais tomba dans une erreur fatale et historique, en faisant assassiner des Mauritaniens et spolier en toute impunité leurs biens. Et il ne s’en excusa point. Il incombait au régime mauritanien d’alors, souligne le Pr.Hamahoullah, de n’accepter aucun arrangement avec le Sénégal sans des excuses solennelles et publiques et sans compensation intégrale. Au lieu de cela, le régime mauritanien a accepté un accord à minima sous la pression de la France et tout fut effacé au détour d’une réunion de routine entre les délégations des deux pays sous la bénédiction de la direction de la sûreté extérieure et de l’anti-espionnage français. Le sang des Mauritaniens et leurs biens furent ainsi classé dans la rubrique pertes et profits, leur dignité et leur honneur avec, sous le règne de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya malgré ses positions radicales au début de la crise. Le Pr.Hamahoullah trouve que le Sénégal s’en sortit finalement sans perte économique ni diplomatique, à cause justement de la médiocre diplomatie mauritanienne, de la concentration excessive des pouvoirs entre les mains du président et de l’ignominie de certains régimes arabes ainsi que l’hypocrisie de certains Mauritaniens beïdanes. Mais le Sénégal, selon lui, perdit définitivement la confiance des Mauritaniens, tant au niveau étatique que populaire. Beaucoup de Mauritaniens eurent cependant la mémoire courte, regrette le Pr.Hamahoullah, faisant remarquer que plusieurs d’entre eux sont retournés à leurs habituelles transhumances et commerces au Sénégal dont les terres regorgeaient encore de leur sang et d’où fusaient encore leurs cris de détresse. Le tout en l’absence du moindre sursaut de leur gouvernement dans leur protection.

Ce qu’il faut aujourd’hui, selon Hamahoullah Ould Salem, c’est briser le cercle infernal qui impose depuis des siècles aux habitants du Sud de la Mauritanie de transhumer au Sénégal et au Mali, de dépendre pour leur survie des mils qui sont importés de ces pays. Il prône surtout l’élimination totale du Français dans l’administration et dans l’enseignement en Mauritanie, trouvant anormal que le pays signe un accord qui lui impose une concordance de diplôme au sein de la CEDEA dont elle s’était pourtant retirée depuis des décennies. Pour le Pr.Hamahoullah, une telle décision constitue une atteinte à la souveraineté du pays et consolide son ancrage dans le giron sénégalais et français.

Tout cela, souligne-t-t-il, se déroule sous l’actuel régime qui fait pourtant l’apologie de la résistance, en accointance avec quelques collabos foncièrement ennemis à tout ce qui est arabe ou maure, persifle-t-il. Des gens qui selon lui, rêvent d’un avenir radieux en s’appuyant sur l’aide étrangère et dans une provocation effrontée des exclus de la société mauritanienne et devant un gouvernement qui se débat. Pour le Pr. Ould Salem, assurer l’indépendance alimentaire, culturelle et administrative de la Mauritanie est la démarche la plus raisonnable. Elle est selon lui plus importante que la possession de la bombe atomique.

Le Pr.Hamahoullah estime que le retrait stratégique vers l’Afrique du Nord pour compenser les échecs au Sud comme solution est tout simplement inacceptable et suicidaire.

L’universitaire en vient ainsi au Port naval de NDiago, que le président Mohamed Ould Abdel Aziz a inauguré il y a quelques jours. Selon lui, la construction de cette importante infrastructure militaire à vol d’oiseaux du Sénégal est un choix stratégique et souverain, pour la défense des frontières fluviales et maritimes du Sud. Il ne remet nullement en question, selon lui, le principe de bon voisinage avec le Sénégal, principe basé sur la paix et l’échange réciproque. Le Pr.Hamahoullah trouve cependant nécessaire le maintien de cette «guerre froide» comme base des relations avec le voisin sénégalais, un voisin qui serait passé à ses yeux maître en la matière. Il évoque ses pions installés en Mauritanie qu’il manipule selon les circonstances, ses anciennes prétentions territoriales sur la rive gauche qu’il brandit à l’occasion, étant entendus que la donne démographique selon le Pr.Hamahoullah peut pousser à cette «guerre froide» qui pourrait devenir à la longue une constance incontournable.

Et le Professeur de souligner qu’un affrontement militaire avec un pays où l’accroissement démographique est plus rapide peut pousser à la recherche d’un espace plus spacieux qui ne peut être trouvé que dans une Afrique du Nord arabe dérangeante, malgré le fait que la Mauritanie trouve mieux son bien-être géographique et politique dans son domaine fluvial. Une donne à méditer, conseille-t-il.

Selon le Pr.Hamahoullah Ould Salem, le financement du Port naval de NDiago ne peut en aucun cas être sur fonds propres, soulignant que la Mauritanie qui a été incapable de débourser 199 millions de dollars pour l’assainissement vital de la ville de Nouakchott, ne peut pas avoir dans ses fonds propres la bagatelle de 350 millions de dollars pour construire une telle infrastructure. Il pense que la Chine n’est pas étrangère à cette réalisation et que le Port de NDiago pourrait en définitive se transformer en une base militaire avancée de la Chine sur l’Océan Atlantique. Et cela, les Mauritaniens devraient s’en réconforter, selon le Pr.Hamahoullah, car dans ce monde des puissants, il ne resterait comme véritable allié de confiance à la Mauritanie que la République Populaire de Chine. La Russie fédérale aurait déjà un allié régional de taille, l’Algérie. Quant aux relations avec les Etats-Unis, la Mauritanie devait les renforcer, mais pas au détriment de la Chine, selon le Pr. Ould Salem.

S’agissant des relations avec la France, il trouve qu’elles doivent régresser considérablement pour être ramenées à des relations normales comme celles que nous avons avec d’autres pays européens dont certains seraient d’ailleurs plus importants et plus significatifs, comme l’Espagne, l’Allemagne et même la Norvège.

Enfin, le Pr.Hamahoullah trouve que la manière avec laquelle l’armée mauritanienne poursuit son armement est anormale et que nos plus grands malheurs viennent des régimes qui nous dirigent, des régimes qui méprisent leur élite et leurs citoyens, qui ne disposent pas d’assez de souffle ni en tant de paix ni en tant de crise, ni de position claire basée sur une identité nationale et une histoire commune, mais des gouvernements qui prennent tous ses facteurs comme cheval de Troie pour des objectifs temporaires et passagers.


Le FNDU et le pouvoir mauritanien : L’opposition accusée de démissionnaire

Le FNDU (Forum national pour la démocratie et l’unité), un conglomérat qui regroupe plusieurs partis de l’opposition pure et dure, est depuis quelque temps sur la sellette d’une partie de l’opinion publique qui lui reproche son absence totale sur la scène politique et sa démission par rapport au rôle qui lui est dévolu. Ces ténors s’en défendent en évoquant le manque d’interlocuteurs sérieux du côté du pouvoir en place. Entre les deux, la société civile cherche à se frayer un chemin, estimant que les défis économiques et sociaux que connait le pays ont assez fait les frais des tiraillements politiciens puérils.

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Le président mauritanien Aziz en compagnie de leaders de l’opposition

 

Le FNDU a multiplié ses derniers temps ses sorties, après une longue léthargie marquée en quatre années par de sporadiques sorties populaires sans incident sur le cours de l’histoire politique du pays. Absente des consultations électorales depuis 2008, l’opposition se serait effritée en querelles internes, saignées par des défections en masse, des démissions en cascade, des absences répétées dans toutes les consultations nationales et rayées depuis 2013 de toute présence tant au niveau des deux chambres du parlement qu’au sein des conseils municipaux.
S’étant totalement mis en marge de la scène politique, les partis formant le FNDU se seraient mués selon quelques analystes en un club de vieux retraités politiques qui ruminent les occasions ratées et attendent que Mohamed Ould Abdel Aziz leur cède le pouvoir sur un plateau d’argent. Une attitude attentiste et opportuniste que beaucoup de Mauritaniens leur reproche aujourd’hui alors que le pouvoir resté seul maître à bord, s’apprête à se perpétuer en toute légalité.

 

Pas d’alternative crédible à Mohamed Abdel Aziz
En effet, l’échéance de 2019 que tous les acteurs attendent, risque d’être une énième déception pour le FNDU qui compte sur le vote populaire pour accéder au pouvoir. Aux yeux de plusieurs observateurs, le suicide politique de l’opposition radicale après plusieurs années d’absence sur le champ de la confrontation politique, risque de lui faire perdre l’opportunité d’une élection présidente inédite prévue en 2019 et où le président sortant ne sera pas candidat à sa propre succession. D’aucun table sur un passage de flambeau qui amènera au pouvoir un pur produit du système actuel au détriment d’une opposition affaiblie par ses divisions et ses querelles byzantines.
Ainsi, beaucoup de Mauritaniens ne voient pas dans les ténors de l’opposition actuelle des alternatives crédibles pour succéder à Mohamed Abdel Aziz, écœurés qu’ils sont par la visée purement électoraliste de ses leaders, lesquels à leurs yeux n’ont eu aucun égard pour la masse des déshérités qui comptaient sur leur leadership et leur clairvoyance pour ne pas laisser le pouvoir être seul maître du jeu.

Le FNDU prône le boycott du référendum constitutionnel
D’où la tentative d’une partie de la société civile mauritanienne de prendre en main son propre destin en faisant des défis économiques et sociaux des Mauritaniens, champ délaissé par le FNDU, leur principal crédo. Ils estiment que les problèmes liés au développement ont fait les frais des querelles politiques, accusant le pouvoir aussi bien que l’opposition, d’avoir délaissé cet important volet de la vie de la Nation. Ils accusent notamment les partis formant le FNDU d’avoir sacrifié l’avenir de la Mauritanie sur l’autel de leurs ambitions personnelles. Ils estiment que ces partis devaient marquer par leur présence, la gestion des affaires publiques, par la participation active et non par le boycott nuisible.
Depuis quelques jours en effet, le FNDU a organisé plusieurs manifestations dont une conférence de presse par laquelle ses leaders ont prôné le boycott du référendum constitutionnel en vue, accusant le pouvoir d’avoir dilapidé les biens du pays, avant d’entamer un marathon de rencontres avec les ambassadeurs occidentaux en poste à Nouakchott. Toute démarche qui aux yeux des Mauritaniens ne fait que confirmer aux yeux de l’opinion publique nationale, la nature virtuelle d’une opposition bureaucratique, adepte des communiqués et des conférences de presse, et dont la présence sur le champ politique est encore plus virtuelle.


Alternance pacifique au pouvoir : La leçon gambienne

Il disait qu’il gouvernera la Gambie pendant des milliards d’années ! Yaya Jammeh, l’indéboulonnable président gambien, 22 ans au pouvoir, s’est enfin incliné devant la vérité des urnes, allant jusqu’à reconnaître sa défaite et féliciter son tombeur, Adama Barrow. Quelle image retiendra-t-on finalement de Jammeh, le dictateur sanguinaire durant ces années de pouvoir ou le démocrate de la dernière heure qui a épargné à son pays les affres d’un refus à l’alternance pacifique au pouvoir dans son pays ? Quelle leçon le pouvoir mauritanien et ses oppositions devront-ils tirer en définitive de la leçon gambienne ?

 

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La défaite surprise de Yaya Jammeh lors des présidentielles en Gambie, son abdication et les félicitations adressées à son successeur, ont été la plus grande surprise de cette année 2016 finissante. Peu d’observateurs avaient prédit la fin de Yaya Jammeh. La majeure partie d’entre eux avaient au contraire parié sur sa réélection pour un énième mandat à la tête d’un pays qu’il gouverne depuis 22 ans d’une main de fer. Ce scénario était d’autant plus envisageable que le régime gambien avait coupé le service Internet dès mercredi, isolant le pays du reste du monde, alors que les résultats étaient attendus dans la nuit du jeudi au vendredi dernier. Cet incident, premier du genre, dénotait selon plusieurs observateurs locaux, de la fébrilité d’un régime aux abois face à une déferlante populaire qui comptait user de la fenêtre d’opportunité démocratique qui s’était ouverte d’une façon miraculeuse en Gambie, pour le chasser du pouvoir.
La victoire annoncée le vendredi 2 décembre 2016 d’Adama Barrow, vainqueur du scrutin présidentiel par plus de 45% des voix contre 36 pour le président sortant, marque ainsi le début d’une ère historique pour les Gambiens. Le nouveau président élu a promis de bâtir un pays plus libre et plus démocratique, où les droits seront respectés. Parmi ses priorités, la restauration des relations avec le Sénégal que le président sortant avait plongé dans un marasme sans précédent.

Les résultats inattendus de l’élection

Alors que les échos de la fête se font encore entendre de Banjul, les analystes les plus chevronnés se sont déjà lancé dans le décryptage d’une élection qui a défrayé tous les pronostics. Ce seraient enfin les conditions économiques difficiles de la Gambie qui auraient en partie précipité la chute de Yaya Jammeh. Ce serait surtout l’union de l’opposition gambienne autour d’un candidat consensuel qui aurait pesé le plus sur la balance, mais aussi le rôle de la diaspora et des réseaux sociaux. Une leçon que l’opposition mauritanienne devra mûrir, elle dont la participation en ordre dispersé aurait jusque-là empêché une véritable alternance pacifique au pouvoir en Mauritanie. L’absence d’un leadership accepté par toute l’opposition constituerait ainsi un sérieux handicap qui l’empêche de capitaliser le mécontentement de l’opinion publique mauritanienne face à un régime qui a multiplié, selon ses détracteurs, les impairs depuis son arrivée au pouvoir en 2008.

Sont citées, les conditions difficiles des ménages mauritaniens, l’insécurité urbaine, la dilapidation des ressources nationales, la corruption et les détournements d’échelle, la fracture communautaire et les atteintes graves à l’unité nationale, la mort du tourisme de masse par les mauvaises politiques étrangères du pays, la médiocrité des gouvernants, la déliquescence de l’administration et les restrictions sur les libertés, sont autant de griefs sur lesquels l’opposition mauritanienne aurait pu surfer pour mettre un terme au pouvoir actuel.
La leçon gambienne constitue aujourd’hui une référence historique que les détenteurs des pouvoirs mais aussi les oppositions africaines devront décrypter.
Aujourd’hui, l’opposition mauritanienne fait face à un tournant historique, avec la décision de Mohamed Abdel Aziz de respecter la constitution en ne briguant pas un troisième mandat en 2019, malgré les cris de sirène qui l’incitent à rester ad aeternam. Face aux différents scénarios évoqués ici et là, dont une transmission probable du flambeau à un dauphin, dans une perspective de conservation du pouvoir par procuration, l’opposition mauritanienne devra dès à présent, selon plusieurs observateurs, travailler sur un candidat consensuel pour affronter cette importante échéance et briser enfin la mainmise de l’armée sur les rouages du pouvoir politique qui perdure depuis 1978 en Mauritanie.


«Birame n’est pas en exil forcé et peut rentrer quand il le voudra»

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Le collectif des 13 détenus du mouvement IRA (Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste) a animé le 30 novembre dernier une conférence de presse au cours de laquelle a été évoquée l’affaire de la Gazra Bouamatou pour laquelle ses membres ont été condamnés à des peines allant de 3 à 15 ans. Libérés par la Cour d’Appel de Zouerate lors de l’audience du 14 novembre, ils ont réitéré leur engagement à poursuivre la lutte pacifique que le mouvement n’a cessé de mener contre l’esclavage, la discrimination et le racisme d’état institué par le régime mauritanien, tout en se disant mobilisé pour faire libérer leurs trois camarades encore en détention.
Tour à tour, les deux vice-présidents d’IRA, Brahim Bilal Ramadan et Diop Amadou Tijane se sont exprimés sur la manipulation menée par les Renseignements généraux et le Parquet de la République pour mêler IRA dans des manifestations où ses militants n’étaient nullement impliqués. Bala Touré, Mohamed Jarallah, Khattri Rahel, Ousmane Lô et Ousmane Anne, mais aussi Hamady Lehbouss, ont quant à eux évoqué les conditions barbares dans lesquelles ils étaient séquestrés pendant plusieurs jours en dehors de toute légalité, puis torturés physiquement et psychologiquement.
«Les bande sonores présentées par le Parquet contiennent des preuves tangibles sur l’implication directe d’anciens militants d’IRA aujourd’hui enrôlés par les RG qui excitaient les habitants du bidonville et qui n’ont pas été inquiétés malgré leur présence physique sur le terrain des opérations » a déclaré Balla Touré.

Interrogés sur la situation du président Birame Dah Abeid, absent du pays depuis le mois de juin 2016, Brahim Bilal Ramadan a démenti les rumeurs selon lesquels le président d’IRA serait en exil forcé. «Birame n’est pas en exil forcé et peut rentrer au pays à tout moment qu’il le voudra » avant d’ajouter «il est en train de mener un travail là où ça fait plus mal au régime mauritanien, c’est-à-dire auprès des instances, organismes et institutions internationales, car c’est là, le talon d’Achille du pouvoir en place ». Diop Tijane de compléter, «Birame poursuit un agenda de voyages internationaux programmés de longue date et ce travail à l’extérieur est tout aussi important que celui que nous menons à l’intérieur du pays».

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En marge de la rencontre, le service communication d’IRA a distribué un communiqué de presse qui rappelle le verdict prononcé par la Cour d’Appel de Zouerate en date du 18 novembre 2016 condamnant, à trois ans de prison dont deux fermes, Moussa Birame et Aballahi Saleck. En réalité, selon les militants d’IRA, ces deux condamnations compensent la défaite du pouvoir judiciaire mauritanien qui cherche toujours des boucs émissaires à la place des vrais auteurs de la casse du bidonville de Bouamatou et qui veut dérober aux regards de l’opinion nationale et internationale deux prisonniers qui portent encore les stigmates de la torture. Abdallahi Abou Diop a écopé d’un an dont six mois fermes. Ont été acquittés, Ousmane Lô, Ousmane Anne et Jemal Samba. Quant à Hamady Lehbouss, Mohamed Hamar Vall, Balla Touré, Diop Amadou Tidjane, Khattri Rahel, Mohamed Jarallah et Mohamed Daty, ils ont écopé d’un an de prison dont quatre fermes. Ayant purgé leurs peines, ils ont ainsi été libérés.

Au jour de la conférence de presse, les détenus d’IRA déclarent avoir perdu les sommes d’argent déchargés au niveau des différents commissariats de police. Quant à leurs téléphones portables, leurs ordinateurs et deux véhicules, ils seraient toujours aux mains de la police.