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Le FNDU et le pouvoir mauritanien : L’opposition accusée de démissionnaire

Le FNDU (Forum national pour la démocratie et l’unité), un conglomérat qui regroupe plusieurs partis de l’opposition pure et dure, est depuis quelque temps sur la sellette d’une partie de l’opinion publique qui lui reproche son absence totale sur la scène politique et sa démission par rapport au rôle qui lui est dévolu. Ces ténors s’en défendent en évoquant le manque d’interlocuteurs sérieux du côté du pouvoir en place. Entre les deux, la société civile cherche à se frayer un chemin, estimant que les défis économiques et sociaux que connait le pays ont assez fait les frais des tiraillements politiciens puérils.

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Le président mauritanien Aziz en compagnie de leaders de l’opposition

 

Le FNDU a multiplié ses derniers temps ses sorties, après une longue léthargie marquée en quatre années par de sporadiques sorties populaires sans incident sur le cours de l’histoire politique du pays. Absente des consultations électorales depuis 2008, l’opposition se serait effritée en querelles internes, saignées par des défections en masse, des démissions en cascade, des absences répétées dans toutes les consultations nationales et rayées depuis 2013 de toute présence tant au niveau des deux chambres du parlement qu’au sein des conseils municipaux.
S’étant totalement mis en marge de la scène politique, les partis formant le FNDU se seraient mués selon quelques analystes en un club de vieux retraités politiques qui ruminent les occasions ratées et attendent que Mohamed Ould Abdel Aziz leur cède le pouvoir sur un plateau d’argent. Une attitude attentiste et opportuniste que beaucoup de Mauritaniens leur reproche aujourd’hui alors que le pouvoir resté seul maître à bord, s’apprête à se perpétuer en toute légalité.

 

Pas d’alternative crédible à Mohamed Abdel Aziz
En effet, l’échéance de 2019 que tous les acteurs attendent, risque d’être une énième déception pour le FNDU qui compte sur le vote populaire pour accéder au pouvoir. Aux yeux de plusieurs observateurs, le suicide politique de l’opposition radicale après plusieurs années d’absence sur le champ de la confrontation politique, risque de lui faire perdre l’opportunité d’une élection présidente inédite prévue en 2019 et où le président sortant ne sera pas candidat à sa propre succession. D’aucun table sur un passage de flambeau qui amènera au pouvoir un pur produit du système actuel au détriment d’une opposition affaiblie par ses divisions et ses querelles byzantines.
Ainsi, beaucoup de Mauritaniens ne voient pas dans les ténors de l’opposition actuelle des alternatives crédibles pour succéder à Mohamed Abdel Aziz, écœurés qu’ils sont par la visée purement électoraliste de ses leaders, lesquels à leurs yeux n’ont eu aucun égard pour la masse des déshérités qui comptaient sur leur leadership et leur clairvoyance pour ne pas laisser le pouvoir être seul maître du jeu.

Le FNDU prône le boycott du référendum constitutionnel
D’où la tentative d’une partie de la société civile mauritanienne de prendre en main son propre destin en faisant des défis économiques et sociaux des Mauritaniens, champ délaissé par le FNDU, leur principal crédo. Ils estiment que les problèmes liés au développement ont fait les frais des querelles politiques, accusant le pouvoir aussi bien que l’opposition, d’avoir délaissé cet important volet de la vie de la Nation. Ils accusent notamment les partis formant le FNDU d’avoir sacrifié l’avenir de la Mauritanie sur l’autel de leurs ambitions personnelles. Ils estiment que ces partis devaient marquer par leur présence, la gestion des affaires publiques, par la participation active et non par le boycott nuisible.
Depuis quelques jours en effet, le FNDU a organisé plusieurs manifestations dont une conférence de presse par laquelle ses leaders ont prôné le boycott du référendum constitutionnel en vue, accusant le pouvoir d’avoir dilapidé les biens du pays, avant d’entamer un marathon de rencontres avec les ambassadeurs occidentaux en poste à Nouakchott. Toute démarche qui aux yeux des Mauritaniens ne fait que confirmer aux yeux de l’opinion publique nationale, la nature virtuelle d’une opposition bureaucratique, adepte des communiqués et des conférences de presse, et dont la présence sur le champ politique est encore plus virtuelle.


Alternance pacifique au pouvoir : La leçon gambienne

Il disait qu’il gouvernera la Gambie pendant des milliards d’années ! Yaya Jammeh, l’indéboulonnable président gambien, 22 ans au pouvoir, s’est enfin incliné devant la vérité des urnes, allant jusqu’à reconnaître sa défaite et féliciter son tombeur, Adama Barrow. Quelle image retiendra-t-on finalement de Jammeh, le dictateur sanguinaire durant ces années de pouvoir ou le démocrate de la dernière heure qui a épargné à son pays les affres d’un refus à l’alternance pacifique au pouvoir dans son pays ? Quelle leçon le pouvoir mauritanien et ses oppositions devront-ils tirer en définitive de la leçon gambienne ?

 

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La défaite surprise de Yaya Jammeh lors des présidentielles en Gambie, son abdication et les félicitations adressées à son successeur, ont été la plus grande surprise de cette année 2016 finissante. Peu d’observateurs avaient prédit la fin de Yaya Jammeh. La majeure partie d’entre eux avaient au contraire parié sur sa réélection pour un énième mandat à la tête d’un pays qu’il gouverne depuis 22 ans d’une main de fer. Ce scénario était d’autant plus envisageable que le régime gambien avait coupé le service Internet dès mercredi, isolant le pays du reste du monde, alors que les résultats étaient attendus dans la nuit du jeudi au vendredi dernier. Cet incident, premier du genre, dénotait selon plusieurs observateurs locaux, de la fébrilité d’un régime aux abois face à une déferlante populaire qui comptait user de la fenêtre d’opportunité démocratique qui s’était ouverte d’une façon miraculeuse en Gambie, pour le chasser du pouvoir.
La victoire annoncée le vendredi 2 décembre 2016 d’Adama Barrow, vainqueur du scrutin présidentiel par plus de 45% des voix contre 36 pour le président sortant, marque ainsi le début d’une ère historique pour les Gambiens. Le nouveau président élu a promis de bâtir un pays plus libre et plus démocratique, où les droits seront respectés. Parmi ses priorités, la restauration des relations avec le Sénégal que le président sortant avait plongé dans un marasme sans précédent.

Les résultats inattendus de l’élection

Alors que les échos de la fête se font encore entendre de Banjul, les analystes les plus chevronnés se sont déjà lancé dans le décryptage d’une élection qui a défrayé tous les pronostics. Ce seraient enfin les conditions économiques difficiles de la Gambie qui auraient en partie précipité la chute de Yaya Jammeh. Ce serait surtout l’union de l’opposition gambienne autour d’un candidat consensuel qui aurait pesé le plus sur la balance, mais aussi le rôle de la diaspora et des réseaux sociaux. Une leçon que l’opposition mauritanienne devra mûrir, elle dont la participation en ordre dispersé aurait jusque-là empêché une véritable alternance pacifique au pouvoir en Mauritanie. L’absence d’un leadership accepté par toute l’opposition constituerait ainsi un sérieux handicap qui l’empêche de capitaliser le mécontentement de l’opinion publique mauritanienne face à un régime qui a multiplié, selon ses détracteurs, les impairs depuis son arrivée au pouvoir en 2008.

Sont citées, les conditions difficiles des ménages mauritaniens, l’insécurité urbaine, la dilapidation des ressources nationales, la corruption et les détournements d’échelle, la fracture communautaire et les atteintes graves à l’unité nationale, la mort du tourisme de masse par les mauvaises politiques étrangères du pays, la médiocrité des gouvernants, la déliquescence de l’administration et les restrictions sur les libertés, sont autant de griefs sur lesquels l’opposition mauritanienne aurait pu surfer pour mettre un terme au pouvoir actuel.
La leçon gambienne constitue aujourd’hui une référence historique que les détenteurs des pouvoirs mais aussi les oppositions africaines devront décrypter.
Aujourd’hui, l’opposition mauritanienne fait face à un tournant historique, avec la décision de Mohamed Abdel Aziz de respecter la constitution en ne briguant pas un troisième mandat en 2019, malgré les cris de sirène qui l’incitent à rester ad aeternam. Face aux différents scénarios évoqués ici et là, dont une transmission probable du flambeau à un dauphin, dans une perspective de conservation du pouvoir par procuration, l’opposition mauritanienne devra dès à présent, selon plusieurs observateurs, travailler sur un candidat consensuel pour affronter cette importante échéance et briser enfin la mainmise de l’armée sur les rouages du pouvoir politique qui perdure depuis 1978 en Mauritanie.


«Birame n’est pas en exil forcé et peut rentrer quand il le voudra»

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Le collectif des 13 détenus du mouvement IRA (Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste) a animé le 30 novembre dernier une conférence de presse au cours de laquelle a été évoquée l’affaire de la Gazra Bouamatou pour laquelle ses membres ont été condamnés à des peines allant de 3 à 15 ans. Libérés par la Cour d’Appel de Zouerate lors de l’audience du 14 novembre, ils ont réitéré leur engagement à poursuivre la lutte pacifique que le mouvement n’a cessé de mener contre l’esclavage, la discrimination et le racisme d’état institué par le régime mauritanien, tout en se disant mobilisé pour faire libérer leurs trois camarades encore en détention.
Tour à tour, les deux vice-présidents d’IRA, Brahim Bilal Ramadan et Diop Amadou Tijane se sont exprimés sur la manipulation menée par les Renseignements généraux et le Parquet de la République pour mêler IRA dans des manifestations où ses militants n’étaient nullement impliqués. Bala Touré, Mohamed Jarallah, Khattri Rahel, Ousmane Lô et Ousmane Anne, mais aussi Hamady Lehbouss, ont quant à eux évoqué les conditions barbares dans lesquelles ils étaient séquestrés pendant plusieurs jours en dehors de toute légalité, puis torturés physiquement et psychologiquement.
«Les bande sonores présentées par le Parquet contiennent des preuves tangibles sur l’implication directe d’anciens militants d’IRA aujourd’hui enrôlés par les RG qui excitaient les habitants du bidonville et qui n’ont pas été inquiétés malgré leur présence physique sur le terrain des opérations » a déclaré Balla Touré.

Interrogés sur la situation du président Birame Dah Abeid, absent du pays depuis le mois de juin 2016, Brahim Bilal Ramadan a démenti les rumeurs selon lesquels le président d’IRA serait en exil forcé. «Birame n’est pas en exil forcé et peut rentrer au pays à tout moment qu’il le voudra » avant d’ajouter «il est en train de mener un travail là où ça fait plus mal au régime mauritanien, c’est-à-dire auprès des instances, organismes et institutions internationales, car c’est là, le talon d’Achille du pouvoir en place ». Diop Tijane de compléter, «Birame poursuit un agenda de voyages internationaux programmés de longue date et ce travail à l’extérieur est tout aussi important que celui que nous menons à l’intérieur du pays».

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En marge de la rencontre, le service communication d’IRA a distribué un communiqué de presse qui rappelle le verdict prononcé par la Cour d’Appel de Zouerate en date du 18 novembre 2016 condamnant, à trois ans de prison dont deux fermes, Moussa Birame et Aballahi Saleck. En réalité, selon les militants d’IRA, ces deux condamnations compensent la défaite du pouvoir judiciaire mauritanien qui cherche toujours des boucs émissaires à la place des vrais auteurs de la casse du bidonville de Bouamatou et qui veut dérober aux regards de l’opinion nationale et internationale deux prisonniers qui portent encore les stigmates de la torture. Abdallahi Abou Diop a écopé d’un an dont six mois fermes. Ont été acquittés, Ousmane Lô, Ousmane Anne et Jemal Samba. Quant à Hamady Lehbouss, Mohamed Hamar Vall, Balla Touré, Diop Amadou Tidjane, Khattri Rahel, Mohamed Jarallah et Mohamed Daty, ils ont écopé d’un an de prison dont quatre fermes. Ayant purgé leurs peines, ils ont ainsi été libérés.

Au jour de la conférence de presse, les détenus d’IRA déclarent avoir perdu les sommes d’argent déchargés au niveau des différents commissariats de police. Quant à leurs téléphones portables, leurs ordinateurs et deux véhicules, ils seraient toujours aux mains de la police.


Souvenirs d’Antsirabe : visite des lacs aux légendes

Lac des amoureux
Lac Tritriva

Samedi 20 novembre 2016, l’hôtel «Les Thermes » d’Antsirabe vit dans l’effervescence du départ pour la visite des sites historiques et des lieux touristiques. La visite des lacs semble avoir drainé une foule importante de curieux parmi les 300 invités des 45èmes Assises de l’Union de la Presse Francophone (UPF), une kyrielle de journalistes venus de plusieurs pays d’Afrique et d’Europe.

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Lac Tritriva, ou « Lac des amoureux »

On raconte qu’un jeune paysan et une princesse du temps des Rois malgaches s’aimaient. Devant leur amour impossible, ils se jetèrent du haut d’une falaise de 147 mètres dans un lac profond. Leurs âmes se seraient incarnées dans un arbre aux troncs entrelacés. Autre supposée incarnation. Sans que leurs progénitures ne puissent survivre, un couple de poissons peuplerait également ce lac qui porte le nom féerique de Tritriva, là où des milliers de touristes se rendent chaque année pour s’imprégner de la beauté des lieux. L’endroit est surréel et magnifique, avec sa lourde végétation et son lac d’un vert éclatant qui aurait inspiré n’importe quel poète lyrique. L’accès au lac requiert cependant une bonne condition physique, tant est difficile la descente glissante vers les bords de l’étendue d’eau que la montée vers les hauteurs abruptes.

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Pour y parvenir, on traverse une succession de villages et des champs de riz, de maïs, de pommes de terre, de patates douces et d’haricots. Madagascar est le 1er producteur de pommes de terre au monde et ses habitants sont d’ailleurs appelés les «souffleurs de pommes de terre».

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Une nuée d’enfants vous accueille à la porte du parc, surmonté d’une pancarte où se détachent en lettres bleues «Lac Tritriva». L’entrée est à 5.000 ariarys, soit 1,5 euros, ce qui génère de bonnes recettes pour la commune.

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Une nuée de gosses vous assaille avec un entêtement de mule, vous propose des objets de l’artisanat local, des boules faites de pierres précieuses avec ou sans collier, s’ils ne vous demandent pas tout simplement l’aumône. «Madame, j’ai faim ! » «Monsieur, je veux payer mes études !», «Monsieur, donnez quelque chose à partager, vous êtes notre seule source de revenus ! » vous lancent-ils comme une leçon bien apprises.  Quand vous leur demandez où est leurs parents, la plupart vous disent qu’ils sont morts, comme pour accentuer davantage leur dramatique condition.


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Lac Andraikiba, ou le « Lac de la Noyée »

Soit pour rendre encore plus pittoresque leurs vestiges historiques, soit pour jouer sur l’imaginaire des touristes qui prennent d’assaut leur pays chaque année, les Malgaches sont férus de légende. Malgré des siècles de christianisme, avec une dominante Luthérienne protestante et catholique, les Malgaches restent encore attachés à leurs religions ancestrales, avec un rapport très fort aux anciens, dont les linceuls sont renouvelés chaque fois que les moyens le permettent. Ainsi, après le Lac Tritriva, le Lac Andraikiba aurait également sa propre légende. Ainsi, le mot andraikiba signifierait «Oh, mon ventre ! » ou «Oh, je coule ! ». Il s’agirait de la légende d’un Roi malgache qui aurait demandé à ses deux épouses de traverser le lac à la nage pour choisir sa préférée d’entre les deux. C’est ainsi que Rasoamasaya qui était enceinte se noya, en criant «Oh, mon ventre ! «Oh, je coule !». Sortie indemne de l’épreuve, Rasoabé, la deuxième épouse devint ainsi la préférée du roi.

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C’est dans cet endroit féerique, à la porte d’Antsirabe, que l’on dégusta un bon plat de riz aux légumes et viande de zébu, dans la terrasse d’un restaurant qui surplombe le lac. Sous nos yeux, la chorale d’une église nous servit un ballet traditionnel malagasy, le fameux Fakoudjazana. Vêtue de robes jaunâtres aux motifs attrayants, une trentaine de femmes, dont certaines à l’âge avancé, se trémoussait, sous les rythmes et les danses venus du tréfonds de la tradition. Elles étaient accompagnées par trois bonhommes en tenues de fanfares, tapant sur des tambours, excitant les danseuses avec des chants aux racines africaines. Une consœur du Congo Kinshasa en avait les larmes aux yeux. «Tout ça me rappelle les cérémonies traditionnelles chez nous » confia-t-elle.