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Député Marième Mint Cheikh, une défenseuse des droits de l’homme moulée dans le militantisme résistant

La députée Marième Mint Cheikh, défenseuse des droits humains, est née dans une famille de militants. Elle a, dans le sang, le combat pour les droits humains Son père, Cheikh Dieng, cadre à la Société nationale industrielle et minière (SNIM), fut syndicaliste, activiste des droits de l’homme et militant politique. Il fut de toutes les luttes depuis les années 80 à Zouerate. Ce sont cet héritage et les grades qu’elle a amassés au fil de plusieurs années de militantisme engagé au sein du mouvement IRA, qui lui valent aujourd’hui sa présence au sein de l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, selon ses camarades de lutte. Parcours.

Marième Mint Cheikh Dieng est née en 1983 à Zouerate, bien que ses parents soient originaires de la Wilaya du Trarza. Elue députée, tête de liste des femmes de la coalition Sawab/RAG, à l’issue des élections locales de mai 2023, elle considère que ses impressions après cette élection se confondent avec celles qu’elle a toujours ressentie en tant que militante du mouvement IRA. « C’est juste un bout de chemin qui vient compléter mon combat pour les droits humains, une nouvelle tribune plus large que je m’offre pour transmettre la souffrance des nombreuses victimes d’injustice et d’oppression » fait-elle remarquer.

Sur son choix comme candidate

« Le choix porté sur ma personne par le président Birame Dah Abeid, leader du mouvement IRA, à la représentation nationale, ne fait que renforcer l’idée que je suis une soldate, prête à servir là où on me le demande » souligne-t-elle.

Comme les deux autres femmes députées de la coalition Sawab/RAG, Ghamou Achour et Aminetou El Hacen Dia, Marième Mint Cheikh considère que leur élection s’inscrit en droite ligne dans la tradition révolutionnaire du mouvement IRA, celle qui a toujours su se poser en antithèse de la pratique ambiante. « Aucune d’entre nous ne répond au profil standard du député mauritanien bon teint bon genre. Nous sommes issues de familles pauvres, au bas-fonds de l’échelle sociale, sans tribu, sans forces de pression, sans influence » détaille-t-elle.

Presque dans un soupir, elle lance, « aujourd’hui, nous sommes tranquilles, aucune dette à payer, au moment où beaucoup de nos autres collègues députés doivent certainement se tenir la tête entre les mains, à cause des sommes colossales qu’ils ont dû emprunter pour financer leur campagne électorale ».

Sawab/RAG aurait pu obtenir plus d’élues si…

Marième Mint Cheikh affirme que si les élections législatives s’étaient déroulées avec plus de transparence, la coalition Sawab/RAG aurait pu faire élire d’autres députés qui affichent le même profil. Celui d’élus choisis non pas parce qu’ils appartiennent à de grandes tribus, ou sont issus de famille riches ou à forte influence, mais parce qu’ils sont représentatifs d’une certaine catégorie de citoyens mauritaniens qui ont connu la souffrance et la marginalisation. C’est, selon elle, le cas de l’ancienne esclave Habi Mint Rabah, libérée en 2008 par IRA après 30 ans de servitude, et qui était 2ème sur la liste nationale mixte de la coalition. C’est aussi le cas de deux autres candidats, une jeune fille et un jeune homme, enfants de martyrs victimes du Passif humanitaire.

« Ces gens, s’ils étaient élus, allaient porter la cause de beaucoup de personnes, celles qui croupissent dans l’esclavage ou en subissent les séquelles, celles qui vivent encore comme veuves ou orphelins depuis la purge des soldats noirs dans les années 90 » illustre-t-elle.

Qui est Marième Mint Cheikh ?

Teint noir, forme arrondie et bien remplie au standard mauritanien, Marième Mint Cheikh est une femme du Nord, avec cet héritage de franchise propre aux gens de cette région, cette fausse impression de naïveté et de candeur. Elle garde cependant dans ses gênes, ce côté futé et énigmatique de Ehel Guebla (habitants du Sud, le Trarza), ce penchant pour la provocation et le sens de la répartie. Une lionne sous la peau d’un agneau, aussi chahuteuse, rieuse dans la vie privée, qu’agressive, arrogante et directe sur le champ de la confrontation. Cette description, presque tous les militants du mouvement IRA le partage. Et encore plus.

Née dans une famille de militants

Marième Mint Cheikh est native de Zouerate, là où elle a accompli tout son cursus scolaire. Elle a grandi à l’ombre d’un père, technicien de laboratoire à la SNIM, grand militant des droits de l’homme, syndicaliste et père fondateur de la Confédération générale des travailleurs de Mauritanie (CGTM), membre du mouvement d’émancipation des harratines au début des années 80, El Hor, qu’il représentait au niveau de Zouerate. Enfant, Marième voyait son père rentrer tard après des réunions nocturnes interminables. Habitude qu’il maintiendra, selon elle, lorsqu’il suivit le parcours périlleux du parti Action pour le Changement (AC) de Messaoud Ould Boulkheïr jusqu’à sa dissolution en 2000. Puis, cette nouvelle aventure aux côtés de son leader au sein du parti Alliance Populaire Progressiste (APP) dont il porta l’étendard au niveau du Tiris-Zemmour jusqu’à son décès (Paix à son âme).

« Mon père a connu toutes les pressions imaginables et inimaginables de la part de ses employeurs. C’était au temps du puissant parti-Etat, le Parti Républicain Démocratique et Social (PRDS) dont la devise était « si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi » raconte Marième. Dans un sourire, elle poursuit, « mon père était contre eux ; il le paiera cher, mais jamais il n’a plié ».

Son salaire est réduit et la société le prive de tous ses avantages et primes. Selon elle, il n’arrivait même plus à nourrir correctement sa famille. « Ma mère, Niaye Mint Boulkheïr, n’a jamais essayé de dissuader mon père pour l’amener du côté du pouvoir, ce qui aurait amélioré notre situation. Elle commença à vendre des beignets et des fatayas pour subvenir à nos besoins » souligne-t-elle.

Dans un large sourire, elle lance, « je suis forgée dans cette moule, c’est là où je puise la force de l’endurance, de la persévérance et du goût de la révolte contre l’ordre établi s’il est injuste ».

Une militante à la tête bien pleine

Marième Mint Cheikh est titulaire d’une licence en économie de l’Université de Nouakchott. Elle a passé tout son cursus scolaire à Zouerate. Primaire à l’école 1, secondaire au collège puis au lycée de Zouerate, baccalauréat en 2003.

Elle se lance très jeune, 12 ans, dans l’action militante au sein de SOS Esclaves, cette première association antiesclavagiste dirigée par l’architecte Boubacar Ould Messaoud. Fin 2008 début 2009, elle rejoint le mouvement IRA qui venait d’être créé par un petit groupe de jeunes harratines conduit par Birame Dah Abeid, ancien de l’organisation SOS Esclaves et ex-Secrétaire général de la Commission nationale des droits de l’homme.

Rapidement, Marième Mint Cheikh se forge un nom et se fait remarquer dès les premières confrontations avec les forces de l’ordre. Elle devient rapidement d’ailleurs leur cible. Celle sur qui s’abattent les plus violentes charges policières. Rouée de matraques et de coups de bottes à chaque sortie, elle n’en restait pas moins une montagne de défis. Son franc-parler quand elle dénonce l’esclavage, devient virale au sein des couches visées par ses diatribes.

Marième Mint Cheikh fait partie des militants d’IRA qui ont été les plus interpellés au cours de la décennie passée, ceux qui connaissent le mieux la typologie des différents commissariats de police de Nouakchott. Elle devient une icône de la lutte contre l’esclavage, après ses quatre mois d’incarcération à la prison des femmes.

Invitée à l’international

Après sa libération de prison, Marième Mint Cheikh est invitée en Allemagne en 2015, alors que Birame est incarcéré. Elle parle de IRA, de son combat, de la situation des droits de l’homme et de l’esclavage en Mauritanie. Elle sera invitée plus tard à Bruxelles pour évoquer la torture que les 13 militants et cadres d’IRA avaient subi, suite à l’affaire connue sous le nom de « Gazra Bouamatou ».

Sur son rôle futur de député

Aujourd’hui députée, 2ème rapporteur de la Commission des Affaires Etrangères au sein du Parlement, Marième Mint Cheikh estime que sa mission portera essentiellement sur la défense des droits des victimes d’injustice, en particulier le droit des femmes. Elle estime que c’est la frange la plus opprimée dans le pays. Elle donne l’exemple des pères qui enlèvent leurs enfants pour les amener sans l’avis de leur maman et sans que cette dernière ne puisse disposer de la moindre possibilité de recours. Elle donne aussi l’exemple de ce pouvoir qu’ont les pères en Mauritanie d’arranger avec les agresseurs des contentieux subis par leurs enfants et sans que leurs mamans ne puissent avoir droit au chapitre. C’est contre ce tutorat abusif des hommes, qu’une certaine interprétation de la religion leur confère, qu’elle compte s’ériger.

« La femme est la plus exposée aux injustices dans notre pays, et cela dans tous les domaines, en particulier dans le domaine de l’esclavage » trouve-t-elle. Et de poursuivre, « c’est le maillon faible de nos sociétés ».

Au sein de la commission des affaires étrangères, Marième soutient que son rôle sera d’autant plus grand que c’est dans cette cellule où sont débattus les grands dossiers de la coopération internationale. « C’est là où les pratiques de corruption pourraient être les plus importantes, là où je ferais tout pour en atténuer les incidences ou en dénoncer les faits » avertit-elle.

Cheikh Aïdara


4ème Assemblée générale de l’Alliance Sahel à Nouakchott, un partenariat renforcé avec le G5 Sahel

Nouakchott a abrité le 10 juillet 2023, la 4ème Assemblée Générale de l’Alliance Sahel, sous la présidence effective de Mohamed Cheikh Ghazouani, président en exercice du G5 Sahel. En plus du passage du flambeau entre le président sortant de l’Alliance, le Ministre Espagnol des Affaires Etrangères, de l’Union européenne et de la Coopération, Jose Manuel Albares et la Ministre Fédérale allemande de la Coopération économique et du Développement, Mme Svenja Schulze, plusieurs recommandations ont été adoptées par les 120 représentants et les partenaires sahéliens.

Photo de famille – Crédit Aidara

Ouvrant les travaux, le président de la République de Mauritanie, a mis l’accent sur les cycles de crises sécuritaires que connait la région et qui dépassent, selon lui, les capacités de résilience du G 5 Sahel. « « Nous ne pouvons espérer rompre ce cycle que par la mise en synergie des efforts, l’adoption d’une approche holistique et la mise en place d’une forte réponse collective, durablement appuyée par une solidarité agissante de la part de la communauté internationale » a-t-il affirmé.

Discours d’ouverture de Ghazouani – Crédit Aidara

Pour sa part, le Ministre Espagnol des Affaires Etrangères, de l’Union européenne et de la Coopération, Jose Manuel Albares qui présidait la rencontre a souligné que « L’Espagne estime que le lien entre sécurité, développement et changement climatique est crucial ».

Il faut souligner que le Sahel est impacté par un environnement complexe marqué par la dégradation de la situation sécuritaire, humanitaire et alimentaire. Les membres de l’Alliance Sahel ont réaffirmé leur soutien à l’intégration et à la solidarité régionale. Ils ont proposé dans ce cadre d’accroître leur engagement en faveur des populations sur trois priorités, la création d’opportunités par l’emploi, l’éducation et le développement des compétences, la résilience aux chocs, le développement des territoires et l’accès aux services de base.

Mme Svenja Schulze – Crédit Aïdara

Les membres de l’Alliance se sont ainsi engagés à accroître leurs interventions dans les secteurs de concentration de l’Alliance qui avaient affiché entre 2021 et 2022 une hausse de 15% en valeur et 18% en nombre de projets en exécution, pour un montant total de 26,5 milliards d’euros. 

A la fin des travaux, une version révisée du protocole de partenariat liant l’Alliance Sahel et le G5 Sahel a été signée par le Secrétaire exécutif du G5 Sahel et le Chef de l’Unité de Coordination de l’Alliance Sahel. Les membres de l’Alliance se sont engagés à renforcer le dialogue régional sur les priorités de politique publique et les réformes jugées prioritaires pour soutenir les trajectoires de développement des pays du G5 Sahel en s’alignant sur les priorités de la nouvelle Stratégie Développement et Sécurité du G5 Sahel.

L’après-midi, une conférence de presse est venue clore les travaux de l’Assemblée générale de l’Alliance Sahel.

Cheikh Aïdara


Journée mondiale de la Population 2023, investir dans l’égalité homme-femme, c’est investir pour un avenir commun

La Mauritanie a célébré le 11 juillet 2023, la Journée mondiale de la population (JMP) sous le thème : « libérer le pouvoir de l’égalité entre les hommes et les femmes : faire entendre la voix des femmes et des filles pour libérer les possibilités infinies de notre monde ». Echanges de discours officiels, remise solennelle du Rapport 2023 sur l’état de la population mondiale et un panel ont ponctué la journée marquée par une forte présence de femmes leaders de la société civile.

De Dr. à G. Présidente AMPF, Cheikh Fall, Yacoub Ahmed Aicha – Crédit Aidara

La Mauritanie a célébré la journée mondiale de la population (JMP) le 11 juillet 2023, en présence du Secrétaire général du Ministère de l’Economie et du Développement Durable, ainsi que le représentant résident du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) et leur staff. La forte présence des femmes leaders de la société civile donnait un cachet particulier au thème choisi cette année, « libérer le pouvoir de l’égalité entre les hommes et les femmes : faire entendre la voix des femmes et des filles pour libérer les possibilités infinies de notre monde ».

La femme, une cible prioritaire du gouvernement

Le Secrétaire général du Ministère de l’Economie – Crédit Aidara

Ouvrant les travaux de la rencontre, le Secrétaire général du Ministère de l’Economie et du Développement Durable, Monsieur Yacoub Ould Ahmed Aïcha devait souligner la pertinence du thème de la JMP 2023, précisant qu’il s’inscrit dans les priorités de la politique de l’Etat. Il a mis en exergue le rôle central que la femme mauritanienne joue sur le plan social, économique, culturel et politique du pays. Selon lui, « la place donnée aux femmes et aux jeunes filles mauritaniennes dans l’exercice de leurs droits fondamentaux répond à un cadre structurel façonné par la particularité d’un pays nourri aux sources de ses traditions et d’une religion pionnière dans la promotion des droits des femmes ».

Investir dans l’égalité des sexes

Le Représentant résident de l’UNFPA, Monsieur Cheikh Fall, devait citer un passage du Rapport 2023 sur l’état de la population mondiale qui affirme que « lorsque les sociétés donnent aux femmes et aux filles les moyens d’exercer leur autonomie sur leur vie, elles s’épanouissent, de même que leurs familles ». Il a salué dans ce cadre le programme « Taahoudaty » (Mes Engagements) du président Mohamed Cheikh Ghazouani qui « promeut l’autonomisation des femmes pour une participation active au développement ».

Cheikh Fall (à droite) remettant au SG du Ministère de l’Economie le tableau de la JMP 2023 -Crédit Aidara

Il a rappelé que l’UNFPA publie chaque année depuis 1978 un rapport sur l’état de la population mondiale, pour mettre en lumière les nouveaux enjeux relatifs à la santé et aux droits en matière de procréation. Ces rapports visent, selon lui, à mieux faire connaître ces enjeux aux populations afin d’en examiner les difficultés et les possibilités qui leur sont associés dans la perspective du développement mondial.

Le panel

Après les échanges de discours et la remise, par Monsieur Cheikh Fall, d’une copie du rapport mondial sur la population 2023 ainsi qu’un tableau, à Monsieur Yacoub Ould Ahmed Aïcha, un panel a été mis en place. Il est composé du consultant, Isselmou Ould Mohamed, statisticien et ancien ministre, Atika Dieng, responsable éducation citoyenne à la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Vatimetou Mint Moulaye, Coordinatrice du Programme national de santé de la reproduction (PNSR), Vatimetou Mint Horma, Conseillère chargée du secteur privé au Ministère de l’Economie et Lebneik Mint Soula, Directrice femmes, promotion et genre, au Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille (MASEF).

Genre et engagements à Nairobi

Les panélistes – Crédit Aidara

Il fut question de l’objectif 5 du développement durable (ODD 5) relatif à l’égalité des sexes et des 11 engagements de la Mauritanie lors de la Conférence internationale population et développement (CIPD) tenue en 2019 à Nairobi. Un thème largement disséqué par l’expert-consultant, Isselmou Ould Mohamed.

Au vu des résultats actuels, la Mauritanie pourrait ne pas atteindre les ODD ni honorer ses engagements d’ici 2030, selon l’expert, qui n’exclue pas un rebondissement spectaculaire si des mesures énergiques sont engagées pour renverser les tendances actuelles, à moins de sept ans de la date butoir.

Participation politique des femmes

Les chiffres restent alarmants, avec un faible accès des femmes aux sphères de décision, d’où la persistance de l’iniquité et de l’inégalité des sexes, selon les intervenants. Selon les résultats des élections de mai 2023, 31,5% des conseillers régionaux sont des femmes, qui représentent aussi 35% des conseillers municipaux, avec seulement 2 maires sur 238 et une présidente de conseil régional sur 15.

Vue partielle des participants – Crédit Aidara

Pourtant, en termes de participation électorale, selon les chiffres avancés par Atika Dieng, les femmes représentent 54% des votants. Mais sur le plan des candidatures, les femmes représentent 15% (3 femmes sur 20) sur la liste nationale, 27% (3 sur 11) sur la liste des jeunes, 12% (15/125) sur la liste législative départementale et 41 députés sur 176.

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Journée Mondiale de la Population 2021, une semaine d’intenses activités sur la santé de la reproduction dans plusieurs régions de Mauritanie

Mortalité élevée des femmes

La mortalité maternelle est une vraie tragédie en Mauritanie, selon Vatimetou Mint Moulaye, qui souligne que cet indice est révélateur du niveau de performance du système de santé d’un pays et détermine son degré de développement. Un pays à fort taux de mortalité maternelle est considéré comme un pays sous développé. Avec la tendance actuelle, la Mauritanie ne pourrait pas honorer ses engagements d’ici 2030, ce qui a poussé à une revalorisation de la cible, portée de 70 à 144, le taux de mortalité maternelle actuelle étant de 424/100.000 naissances vivantes (NV) selon l’Enquête Démographique et de Santé (EDS) 2019-2020.

Malgré les efforts consentis, forfait obstétrical avec prise en charge de 55% des frais par l’Etat, 35% des femmes continuent d’accoucher sans assistance d’un personnel qualifié et 48% ne suivent pas toutes leurs consultations post et prénatales. Les besoins non satisfaits en planification familiale sont de 31%.

Entreprenariat féminin

Vue partielle des participants – crédit Aidara

Les femmes jouissent des mêmes opportunités d’accès aux affaires que les hommes, selon Vatimetou Mint Horma, qui estime que les Mauritaniennes sont encore en prise à des chaînons invisibles qui les confinent dans un rôle social donné. Elles ont droit, selon elle, à ouvrir un compte bancaire, à obtenir des crédits, à créer leur propre entreprise, mais selon les données, elles ne sont que 16% à participer à l’effort économique national. S’agissant des crédits bancaires, Vatimetou Mint Horma, estime que les femmes sont invisibles, évoquant des barrières psychologiques qui plombent encore leur potentiel.

L’absence d’une culture juridique chez les femmes

Beaucoup de femmes et de filles ignorent leurs droits, notamment le Code du statut personnel, selon Lebneik Mint Soulé, qui considère que cette frange a besoin d’une véritable culture juridique, telle que le droit au travail, le droit à l’exercice d’une activité économique, etc.

Elle a mis en exergue les activités menées par son département dans l’appui aux entreprises féminines, dans les échanges et l’innovation chez les jeunes filles et les femmes, la formation professionnelle, l’incitation à l’épargne et à l’investissement notamment dans l’immobilier.

Quelques données dans le monde et en Mauritanie

Monsieur Bâ Alassane, Démographe, chef de service des Etudes démographiques à l’Agence nationale des statistiques et d’analyses démographiques et économiques (ANSADE) a livré des données sur l’état de la population, précisant que le monde compte 8 milliards d’habitants depuis le 15 novembre 2022, contre 3 milliards en 1960 et 10 milliards en 2050.

L’Inde et la Chine (1,4 milliards d’habitants chacun) sont les plus peuplés au monde, suivis des Etats-Unis. En Afrique, le Nigéria (216 millions d’habitants) est le pays le plus peuplé suivi de la RD Congo.

S’agissant de la Mauritanie, la population est passée de 1.097.700 habitants en 1965 (estimation) à 4.475.683 aujourd’hui (EDS), les femmes représentant 51,3% de la population, avec un taux de croissance de 2,77 entre 2000 et 2013. Indice synthétique de fécondité (ISF), 5,2 enfants par femme en 2019 (EDS) contre 6,2 en 1981, le Guidimagha et les Hodhs affichant les plus grands indices.

Très forte baisse de la mortalité infanto-juvénile, 41/1.000 en 2019 contre 185/1.000 en 1981. Mortalité maternelle, encore l’une des plus élevées dans le monde et en Afrique, 454/100.000 NV contre 745 en 1993-1994. Espérance de vie, de 32 ans en 1965 (estimation) à 62,8 ans en 2015 pour les hommes, de 36 ans en 1965 (estimation) à 64 ans en 2015 pour les femmes.

Les débats très animés ont enregistré quelques pertinentes interventions, comme celle de Zeynabou Mint Taleb Moussa, présidente de l’Association mauritanienne pour la santé de la mère et de l’enfant (AMSME) ou encore celle de Khadijetou Lô, Chargée de programme Genre à l’UNFPA.

A noter que le Secrétaire général du Ministère des Affaires Sociales et la Présidente de l’Association mauritanienne pour la promotion de la famille (AMPF) ont assisté à l’ouverture officielle de la JMP 2023.

Cheikh Aïdara


Aminetou El Hacen Bougal Dia, une chimiste rapporteuse générale du budget à l’Assemblée Nationale

A 33 ans, Aminetou El Hacen Dia, est l’une des plus jeunes députés à l’Assemblée Nationale. Cette native de Monguel, région du Gorgol, a été élue sous les couleurs de la coalition Sawab/RAG, lors des élections locales de mai 2023. Titulaire d’une licence en Chimie, Aminetou a été cooptée par le bureau de l’Assemblée Nationale comme rapporteuse générale du budget. Parcours d’une combattante.

Aminata Dia – Crédit IRA

« Je sens le poids des responsabilités qui pèse sur mes épaules du fait de la confiance que le peuple mauritanien a placé en moi, en me hissant à l’Assemblée Nationale. Je sens ainsi ce poids et ce gage de confiance énorme qui m’oblige aujourd’hui à honorer ma mission première qui est de servir mes concitoyens avec honnêteté et engagement ».

C’est en ces termes qu’Aminetou El Hacen Bougal Dia, fille d’un inspecteur du Travail et orpheline de mère, a extériorisé son ressenti alors qu’elle siège à l’Assemblée Nationale, écharpe frappée aux couleurs nationales sur l’épaule.  

Le sens des responsabilités

La responsabilité que les Mauritaniens ont conféré à Aminetou El Hacen Dia, s’est doublée d’une confiance unanimement exprimée par les membres du Bureau de l’Assemblée Nationale qui lui ont confié la mission lourde de rapporteuse générale du budget. Pourtant, elle appartient à une opposition largement minoritaire au sein de la structure parlementaire.

« Je suis rapporteuse générale du budget de l’Assemblée Nationale par acclamation des députés. Il s’agit d’une tâche difficile, mais je compte être à la hauteur de la confiance placée en moi » a-t-elle commenté.

Titulaire d’une licence en Chimie, Aminetou s’est d’ores et déjà lancé dans une formation accélérée dispensée par des experts tout en passant en revue le travail des rapporteurs qui l’ont précédée.

Un cursus entier à Nouakchott

Aminetou El Hacen Dia est née en 1990 à Monguel, de parents conservateurs et très stricts sur l’éducation. Son père, El Hacen Dia, est un ancien Inspecteur du Travail, et sa défunte mère, Khadijetou Amadou, femme au foyer. Elle a veillé, sa vie durant, à lui inculquer les bonnes valeurs.

Aminetou El Hacen Dia a fait tout son cursus scolaire dans le public à Nouakchott. Ecole primaire Mohamed Tolba d’Arafat de 1997 à 2002, collège d’Arafat de 2003 à 2007, Lycée des Garçons de 2008 à 2011. Baccalauréat en poche, elle s’inscrit en 2012 à l’Université de Nouakchott, Faculté des Sciences, option Chimie. Après sa licence en 2015, elle devait renoncer à un Master au Maroc, faute de moyens.  

Une icône des droits humains

A 33 ans, Aminetou El Hacen Dia, garde toujours cette posture humble d’une jeune fille Peulh élevée dans les valeurs sacrées de la tradition. Mais son apparente timidité et son air jovial cachent mal une redoutable combattante des causes justes. Sa silhouette, pas trop enveloppée, et qui lui donne l’air d’une nymphe à peine sortie de la puberté, est aussi trompeur. Derrière, se cache une dame de fer, avenante en société et intransigeante dans le combat pour les droits humains, selon ses camarades de lutte.

C’est en 2013, qu’Aminetou rejoint l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA). « J’ai toujours été attirée par ce mouvement et sa lutte pour les opprimés et les victimes d’injustices sociales » explique-t-elle.

C’est surtout, bien avant son adhésion, le soutien que les militants d’IRA ont apporté à sa famille quand un puissant homme d’affaires a voulu leur arracher leur lopin de terre à Arafat.

« Un homme très influent voulait nous arracher par la force de ses relations au sein de l’appareil d’Etat notre terrain. Il faut dire que celui-ci est bien placé, à l’angle de deux rues et ouvrant sur un espace. Ce genre de terrain est en général très convoité par les riches » explique-t-elle.

Un problème de terrain renforce ses convictions

La famille Bougal Dia allait perdre leur terrain parce que ne disposant pas de la même force d’influence que leur vis-à-vis. Mais elle n’a rien voulu lâcher, menant des combats désespérés devant les commissariats de police et les instances judiciaires.

C’est alors, ayant entendu parler de IRA, que la famille Dia sollicita l’aide du président du mouvement, Birame Dah Abeid. L’appui des abolitionnistes sera décisif, selon Aminatou.

« Les militants d’IRA nous ont soutenus dans notre combat jusqu’à l’obtention de notre droit » raconte-t-elle, citant au passage Abidine Maatalla, Mohamed Breik et « tous ces braves militants qui nous ont accompagnés nuit et jour dans notre combat » ajoute-t-elle.

Cette intervention a fortement marqué la jeune Aminatou qui l’explique comme l’une des raisons supplémentaires à son adhésion à IRA où elle engagée depuis 2014. Aujourd’hui, Aminatou Dia est citée parmi les militants les plus chevronnés du mouvement. Elle n’a raté aucun de ses combats, portant en bandoulière les stigmates des violences policières et des séjours dans les postes de police.

Militants de IRA lors d’une manifestation à Nouakchott – Source Aidara

« J’ai participé à toutes les manifestations de IRA. J’ai essuyé les jets de grenade et mon corps a connu les matraques de la police. J’ai séjourné dans les hôpitaux et les postes inconfortables des commissariats à chaque action de terrain que nous avons menés pour dénoncer des cas d’esclavage ou d’injustice » énumère-t-elle.

Membre du protocole du mouvement IRA, elle a accompagné son président, Birame Dah Abeid, dans toutes ses tournées à l’intérieur du pays, notamment en 2014, à la veille de sa première candidature à la présidentielle.

Une imperturbable fidélité

Comme les députés élus au Parlement sous les couleurs de Sawab/RAG, Aminatou n’avait aucune chance d’accéder à l’Assemblée Nationale, n’eut été le choix porté sur elle par Birame Dah Abeid et le bureau exécutif du mouvement IRA. « Je n’avais aucune possibilité personnellement d’accéder au Parlement sans l’aide du mouvement, car je n’avais aucun moyen pour financer ma campagne. Celle-ci a été entièrement prise en charge par la coalition et mon élection comme député, je le dois à Birame » témoigne-t-elle.

 Sa cooptation est surtout le fruit de son long combat au sein de IRA, mais surtout sa fidélité inébranlable, malgré les nombreuses défections qui ont jalonné le parcours du mouvement.

« Je ne me suis jamais laissée emporter par ces vagues de défection qu’a connues IRA, pas surtout après l’accord passé entre Birame et Ould Ghazouani » souligne-t-elle.

Elle reconnaît n’avoir jamais été convaincue par la volonté du pouvoir de Ghazouani d’apporter des changements significatifs à la marche du pays. « J’ai cru en mon président, car en tant que leader, sa vision est plus large que la mienne. C’est pourquoi d’ailleurs il est leader. Il peut voir ce qu’une simple militante comme moi ne peut percevoir » se défend-t-elle.

Une Mauritanie réconciliée avec elle-même

Laisser une empreinte indélébile et marquer l’histoire en servant le peuple mauritanien dans toute sa diversité. C’est l’ambition affichée par Aminatou Dia et ses compagnons de lutte, soutient-elle en substance.

« Les pauvres, les laissés pour compte, les faibles et les démunis sont la cible de notre combat. Je veux particulièrement parler des jeunes filles et des jeunes garçons, objets de multiples injustices, sucés jusqu’à l’os puis abandonnés, par les nombreuses entreprises qui les font travailler sans contrat, sans protection sociale, si elles ne les licencient parfois sans droit et sans voie de recours » énumère-t-elle.

Au secours de la jeunesse mauritanienne

Le drame vécu par la jeunesse mauritanienne expliquerait, selon Aminetou, cette déferlante vers le « mur » séparant le Mexique et l’eldorado américain, dans une ruée considérée ces dernières années comme la plus grosse vague d’immigration du pays.  

« Aujourd’hui, ce sont des milliers de jeunes mauritaniennes qui tentent l’aventure vers les Etats-Unis, malgré les dangers qui les guettent sur les routes sud-américaines » détaille-t-elle. Selon elle, même les jeunes qui sont restés au pays sont persécutés et leurs entreprises mises en faillite par un Etat qui semble vouloir les pousser à l’exil.

Il s’agit selon elle, de tous ces jeunes qui ont investi dans de petites affaires, vente de fruits, de cartes de crédit, entreprise de Tuk Tuk. En interdisant aux Maliens, qui représentent plus des trois quarts des chauffeurs de Tuk Tuk, d’exercer, beaucoup de jeunes investisseurs mauritaniens sont sur le carreau, poursuit Aminatou en substance.

Son rêve, conclut-elle, c’est de bâtir une Mauritanie égalitaire, où tous les citoyens auront les mêmes opportunités et bénéficieront des mêmes égards.

Cheikh Aïdara