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Aminetou El Hacen Bougal Dia, une chimiste rapporteuse générale du budget à l’Assemblée Nationale

A 33 ans, Aminetou El Hacen Dia, est l’une des plus jeunes députés à l’Assemblée Nationale. Cette native de Monguel, région du Gorgol, a été élue sous les couleurs de la coalition Sawab/RAG, lors des élections locales de mai 2023. Titulaire d’une licence en Chimie, Aminetou a été cooptée par le bureau de l’Assemblée Nationale comme rapporteuse générale du budget. Parcours d’une combattante.

Aminata Dia – Crédit IRA

« Je sens le poids des responsabilités qui pèse sur mes épaules du fait de la confiance que le peuple mauritanien a placé en moi, en me hissant à l’Assemblée Nationale. Je sens ainsi ce poids et ce gage de confiance énorme qui m’oblige aujourd’hui à honorer ma mission première qui est de servir mes concitoyens avec honnêteté et engagement ».

C’est en ces termes qu’Aminetou El Hacen Bougal Dia, fille d’un inspecteur du Travail et orpheline de mère, a extériorisé son ressenti alors qu’elle siège à l’Assemblée Nationale, écharpe frappée aux couleurs nationales sur l’épaule.  

Le sens des responsabilités

La responsabilité que les Mauritaniens ont conféré à Aminetou El Hacen Dia, s’est doublée d’une confiance unanimement exprimée par les membres du Bureau de l’Assemblée Nationale qui lui ont confié la mission lourde de rapporteuse générale du budget. Pourtant, elle appartient à une opposition largement minoritaire au sein de la structure parlementaire.

« Je suis rapporteuse générale du budget de l’Assemblée Nationale par acclamation des députés. Il s’agit d’une tâche difficile, mais je compte être à la hauteur de la confiance placée en moi » a-t-elle commenté.

Titulaire d’une licence en Chimie, Aminetou s’est d’ores et déjà lancé dans une formation accélérée dispensée par des experts tout en passant en revue le travail des rapporteurs qui l’ont précédée.

Un cursus entier à Nouakchott

Aminetou El Hacen Dia est née en 1990 à Monguel, de parents conservateurs et très stricts sur l’éducation. Son père, El Hacen Dia, est un ancien Inspecteur du Travail, et sa défunte mère, Khadijetou Amadou, femme au foyer. Elle a veillé, sa vie durant, à lui inculquer les bonnes valeurs.

Aminetou El Hacen Dia a fait tout son cursus scolaire dans le public à Nouakchott. Ecole primaire Mohamed Tolba d’Arafat de 1997 à 2002, collège d’Arafat de 2003 à 2007, Lycée des Garçons de 2008 à 2011. Baccalauréat en poche, elle s’inscrit en 2012 à l’Université de Nouakchott, Faculté des Sciences, option Chimie. Après sa licence en 2015, elle devait renoncer à un Master au Maroc, faute de moyens.  

Une icône des droits humains

A 33 ans, Aminetou El Hacen Dia, garde toujours cette posture humble d’une jeune fille Peulh élevée dans les valeurs sacrées de la tradition. Mais son apparente timidité et son air jovial cachent mal une redoutable combattante des causes justes. Sa silhouette, pas trop enveloppée, et qui lui donne l’air d’une nymphe à peine sortie de la puberté, est aussi trompeur. Derrière, se cache une dame de fer, avenante en société et intransigeante dans le combat pour les droits humains, selon ses camarades de lutte.

C’est en 2013, qu’Aminetou rejoint l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA). « J’ai toujours été attirée par ce mouvement et sa lutte pour les opprimés et les victimes d’injustices sociales » explique-t-elle.

C’est surtout, bien avant son adhésion, le soutien que les militants d’IRA ont apporté à sa famille quand un puissant homme d’affaires a voulu leur arracher leur lopin de terre à Arafat.

« Un homme très influent voulait nous arracher par la force de ses relations au sein de l’appareil d’Etat notre terrain. Il faut dire que celui-ci est bien placé, à l’angle de deux rues et ouvrant sur un espace. Ce genre de terrain est en général très convoité par les riches » explique-t-elle.

Un problème de terrain renforce ses convictions

La famille Bougal Dia allait perdre leur terrain parce que ne disposant pas de la même force d’influence que leur vis-à-vis. Mais elle n’a rien voulu lâcher, menant des combats désespérés devant les commissariats de police et les instances judiciaires.

C’est alors, ayant entendu parler de IRA, que la famille Dia sollicita l’aide du président du mouvement, Birame Dah Abeid. L’appui des abolitionnistes sera décisif, selon Aminatou.

« Les militants d’IRA nous ont soutenus dans notre combat jusqu’à l’obtention de notre droit » raconte-t-elle, citant au passage Abidine Maatalla, Mohamed Breik et « tous ces braves militants qui nous ont accompagnés nuit et jour dans notre combat » ajoute-t-elle.

Cette intervention a fortement marqué la jeune Aminatou qui l’explique comme l’une des raisons supplémentaires à son adhésion à IRA où elle engagée depuis 2014. Aujourd’hui, Aminatou Dia est citée parmi les militants les plus chevronnés du mouvement. Elle n’a raté aucun de ses combats, portant en bandoulière les stigmates des violences policières et des séjours dans les postes de police.

Militants de IRA lors d’une manifestation à Nouakchott – Source Aidara

« J’ai participé à toutes les manifestations de IRA. J’ai essuyé les jets de grenade et mon corps a connu les matraques de la police. J’ai séjourné dans les hôpitaux et les postes inconfortables des commissariats à chaque action de terrain que nous avons menés pour dénoncer des cas d’esclavage ou d’injustice » énumère-t-elle.

Membre du protocole du mouvement IRA, elle a accompagné son président, Birame Dah Abeid, dans toutes ses tournées à l’intérieur du pays, notamment en 2014, à la veille de sa première candidature à la présidentielle.

Une imperturbable fidélité

Comme les députés élus au Parlement sous les couleurs de Sawab/RAG, Aminatou n’avait aucune chance d’accéder à l’Assemblée Nationale, n’eut été le choix porté sur elle par Birame Dah Abeid et le bureau exécutif du mouvement IRA. « Je n’avais aucune possibilité personnellement d’accéder au Parlement sans l’aide du mouvement, car je n’avais aucun moyen pour financer ma campagne. Celle-ci a été entièrement prise en charge par la coalition et mon élection comme député, je le dois à Birame » témoigne-t-elle.

 Sa cooptation est surtout le fruit de son long combat au sein de IRA, mais surtout sa fidélité inébranlable, malgré les nombreuses défections qui ont jalonné le parcours du mouvement.

« Je ne me suis jamais laissée emporter par ces vagues de défection qu’a connues IRA, pas surtout après l’accord passé entre Birame et Ould Ghazouani » souligne-t-elle.

Elle reconnaît n’avoir jamais été convaincue par la volonté du pouvoir de Ghazouani d’apporter des changements significatifs à la marche du pays. « J’ai cru en mon président, car en tant que leader, sa vision est plus large que la mienne. C’est pourquoi d’ailleurs il est leader. Il peut voir ce qu’une simple militante comme moi ne peut percevoir » se défend-t-elle.

Une Mauritanie réconciliée avec elle-même

Laisser une empreinte indélébile et marquer l’histoire en servant le peuple mauritanien dans toute sa diversité. C’est l’ambition affichée par Aminatou Dia et ses compagnons de lutte, soutient-elle en substance.

« Les pauvres, les laissés pour compte, les faibles et les démunis sont la cible de notre combat. Je veux particulièrement parler des jeunes filles et des jeunes garçons, objets de multiples injustices, sucés jusqu’à l’os puis abandonnés, par les nombreuses entreprises qui les font travailler sans contrat, sans protection sociale, si elles ne les licencient parfois sans droit et sans voie de recours » énumère-t-elle.

Au secours de la jeunesse mauritanienne

Le drame vécu par la jeunesse mauritanienne expliquerait, selon Aminetou, cette déferlante vers le « mur » séparant le Mexique et l’eldorado américain, dans une ruée considérée ces dernières années comme la plus grosse vague d’immigration du pays.  

« Aujourd’hui, ce sont des milliers de jeunes mauritaniennes qui tentent l’aventure vers les Etats-Unis, malgré les dangers qui les guettent sur les routes sud-américaines » détaille-t-elle. Selon elle, même les jeunes qui sont restés au pays sont persécutés et leurs entreprises mises en faillite par un Etat qui semble vouloir les pousser à l’exil.

Il s’agit selon elle, de tous ces jeunes qui ont investi dans de petites affaires, vente de fruits, de cartes de crédit, entreprise de Tuk Tuk. En interdisant aux Maliens, qui représentent plus des trois quarts des chauffeurs de Tuk Tuk, d’exercer, beaucoup de jeunes investisseurs mauritaniens sont sur le carreau, poursuit Aminatou en substance.

Son rêve, conclut-elle, c’est de bâtir une Mauritanie égalitaire, où tous les citoyens auront les mêmes opportunités et bénéficieront des mêmes égards.

Cheikh Aïdara


Ghamou Mint Achour Ould Salek, de la “Gazra d’Arafat » à la chambre des députés

Elue pour le compte de la coalition RAG/SAWAB, à l’issue des élections législatives, communales et régionales de mai 2023, Ghamou Mint Achour est un député atypique, car elle ne répond pas au profil-type du député mauritanien, grande famille, forte tribu, richesse et influence. Epouse d’un manœuvre, sans travail, avec une instruction moyenne, Ghamou Mint Achour habite dans une « Gazra » (squat) fraichement lotie. Elle est issue du bas-peuple et d’une famille très pauvre. Seul son combat de militante chevronnée du mouvement IRA pouvait la hisser au sommet de la République. Portait.

Députée Ghamou Mint Achour – Crédit IRA (avec son autorisation)

La taille frêle, les yeux enfoncés mais pleins d’énergie, Ghamou Mint Achour est une femme endurcie de la communauté Harratine, avec les stigmates de bucheuse qui s’est forgée à contrecoups, face aux vicissitudes de la vie. C’est une mauritanienne porteuse de toutes les valeurs de la société, de ses rêves et de ses ambitions légitimes. Elle est décrite par son entourage comme pas très caractérielle, calme habituellement, mais vindicative quand il le faut, colérique parfois. Elle est membre active et engagée dans le combat de l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA).

Son élection comme députée, son écharpe frappée aux couleurs nationales, tout cela ne lui est pas monté à la tête. Elle ressent cependant une immense fierté.  « Mes impressions sont indescriptibles aujourd’hui ; c’est presque un rêve car sans moyen financier, issue d’une famille très pauvre, je me voyais mal accéder au Parlement » témoigne-t-elle.

Tout cela, selon elle, est l’œuvre de son leader, Birame Dah Abeid, président du mouvement IRA.  « Je remercie mon leader Birame Dah Abeid qui a permis une telle révolution, car d’habitude n’accèdent au parlement que les gens riches ou issus de familles riches, soutenues par une force tribale ou des forces de pression très fortes. Devenir parlementaire, sans un sou, et être choisie parmi des centaines de militants, ne peut que me rendre fière de mon combat au sein de IRA et rendre grâce à Allah puis à mon président Birame » a-t-elle soutenu.

Des ruelles de Satara à la « Gazra d’Arafat »

Ghamou Mint Achour est née en 1979 à Satara, quartier populaire de Rosso dans la région du Trarza. Son père, Achour Ould Saleck, gère une petite boutique. A l’âge de 8 ans, Ghamou assiste au divorce de ses parents. Sa mère, Selemha Mint Mahmoud, s’installe à la « Kebba » de Nouakchott (bidonville) et se lance dans le commerce de légumes et de poissons au marché marocain. La petite Ghamou reste avec sa tante et sa grand-mère à Rosso, puis rejoint en 1990 sa maman à Nouakchott. La famille squatte plus tard un espace à la « Gazra d’Arafat » au milieu d’autres familles pauvres qui n’ont pas les moyens de s’acheter un terrain ou de louer une maison. Leur demeure est faite de plaques de bois et de zincs.

Image d’une Kebba et d’une Gazra à Nouakchott

Ghamou entre à l’école à l’âge de 11 ans, fréquente le collège des Jeunes Filles, elle et sa grande- sœur, Jemal Mint Achour. En 3ème année, elle rate le brevet et ne peut plus poursuivre ses études. Sa mère s’était remariée et il fallait quelqu’un à la maison pour s’occuper des enfants, de la cuisine et des travaux domestiques. Pour renforcer les revenus de la famille, sa grande sœur interrompt elle aussi ses études et se lance dans le commerce de légumes et de poissons comme sa mère. 

En 1999, Ghamou se marie avec un manœuvre, le père de ses huit enfants. Sa fille aînée est aujourd’hui mariée et les autres sont encore enfants. Pour s’occuper, elle coud des habits et les vend. Puis, elle est embauchée par la société Pizzorno, société française chargée de la collecte et du traitement des déchets solides à Nouakchott. Elle perçoit un salaire mensuel de 28.500 UM (anciennes). En 2014, le contrat de Pizzorno est rompu par le gouvernement mauritanien. Ghamou Achour se rend alors en Arabie Saoudite pour un travail de domestique. Elle n’y reste que 3 mois avant de revenir au pays. Les Saoudiens la traitaient comme une esclave avec un travail dur et sans répit.

IRA, un combat pour les droits humains

« J’ai rejoints le mouvement IRA en 2011, mais mon véritable engagement date de 2012, lorsque Birame a brûlé les livres qui justifient les pratiques esclavagistes et qui régentent la pratique religieuse dans le pays » explique-t-elle.

La première fois qu’elle a pris contact avec Birame et le mouvement IRA, c’est lorsqu’elle était encore employée à Pizzorno. Toute une famille l’avait bastonnée quand elle leur a demandé de ne pas jeter des ordures alors qu’elle venait juste de nettoyer. L’affaire est portée à la police et la famille agresseur ameute toute la tribu. Ghamou allait perdre la bataille à cause de la forte influence de ses adversaires. Mais l’intervention des activistes d’IRA va faire tout basculer. La justice condamne ses agresseurs. Elle emporte le procès. Cette affaire va bouleverser toute sa vie. Elle et sa famille intègrent le mouvement IRA et participent depuis, à tous ses combats. Quelques mois plus tard, c’est l’autodafé de Riadh (département de Nouakchott appelé aussi PK) et l’incinération des livres de référence islamiques en Mauritanie.

Ghamou, un symbole pour les droits humains

Ghamou Mint Achour s’est forgé un nom au fil des manifestations. Son courage devient le symbole de la lutte pour les droits humains au sein du mouvement IRA. Elle gagne des galons dans la hiérarchie des combattants de la liberté. C’est surtout cette image virale d’elle, le bras sous un plâtre qui en fera l’icône de la lutte IRA. Ghamou et sa sœur ont eu en effet le bras cassé suite à une charge violente des forces de police lors d’une manifestation.

Ghamou Achour après sa fracture en 2016 suite à une manifestation réprimée par la police – Crédit IRA

 « J’ai subi beaucoup de violences policières et plusieurs arrestations, la dernière, c’était à Kiffa, il n’y a pas longtemps ; je suis restée six jours à la brigade de gendarmerie » témoigne-t-elle.

Ghamou et les ambitions d’une Mauritanie réconciliée

Ghamou estime que le peuple mauritanien aspire à être dirigé par un gouvernement civil et républicain. « Ce changement-là, c’est l’objectif de notre mouvement. Nous œuvrons pour l’égalité entre les Mauritaniens, que tous les enfants puissent jouir des mêmes opportunités d’études et qu’ils puissent également accéder à des emplois d’une manière équitable. Nous luttons pour l’égalité et la justice pour que tous les citoyens mauritaniens soient soumis aux mêmes règles de droit » explique-t-elle.

A propos de la trêve entre Birame et Ghazouani

Suite à la forte campagne menée contre Birame Dah Abeid, après le deal qu’il aurait passé avec Ghazouani et qui a provoqué le départ de plusieurs cadres du mouvement IRA, Ghamou assène sans ambages : « ils ont menti ».

Selon elle, la plupart des départs a été suscité par les Renseignements Généraux (RG) à travers le pouvoir de la corruption et l’appât du gain. « Ce qui s’est passé, souligne-t-elle, c’est un apaisement voulu par le président Ghazouani qui a invité Birame, et d’autres leaders de l’opposition, à discuter des problèmes du pays pour leur trouver des solutions ».

Cette négociation ne s’est pas faite sous la table, d’après Ghamou, qui ajoute que Birame a été très transparent dans sa démarche. Elle précise qu’il a consulté tous les militants du mouvement IRA et du parti Refondation pour une Action Globale (RAG) en gestation, pour leur demander leur avis sur cette trêve souhaitée par le régime de Ghazouani qui venait d’être élu suite à la présidentielle de 2019.

Ce que Ghazouani a mis sur la table, avance Ghamou, personne ne pouvait être contre, améliorer les conditions de vie des populations, engager de grandes réformes de développement, lever l’interdiction contre la reconnaissance des associations et des partis politiques.

Elle explique que malgré tout, Ghazouani a son projet de société comme Birame a le sien, en plus de ses ambitions présidentielles. Selon elle, ils ne pouvaient converger que dans le cadre d’une vision basée sur la justice, l’équité et l’égalité entre tous les Mauritaniens, sur la jouissance des droits fondamentaux, la fin des emprisonnements abusifs, entre autres. « C’est sur cette base que Birame, comme d’ailleurs tous les leaders de l’opposition, se sont entendu avec Ghazouani. » ajoute-t-elle précisant que cela ne doit pas être avancé comme raison pour quitter le mouvement IRA. « Nous ne sommes pas dupes et nous savons les raisons de tant de dissidence » susurre-t-elle.

Membre de la Commission Affaires Islamiques

Au sein du Parlement, Ghamou est membre de la commission des affaires islamiques où elle compte jouer un rôle par rapport à tous les avis qui seront portés sur les textes de loi qui passeront devant cette commission. Elle s’engage ainsi à faire ressusciter tous ces projets de loi qui dorment dans les tiroirs, à contribuer à la réforme du système éducatif et de santé, ainsi qu’à consolider la place de la société civile.

Cheikh Aïdara


Débat sur les « 50 ans du hip-hop » en marge de la 16ème édition du Festival Assalamalekum

Alors que le Festival Assalamalekum se poursuit dans la capitale économique, Nouadhibou, et à Nouakchott par des concerts, des expositions, des ateliers et des rencontres, les artistes ont célébré les « 50 ans du mouvement hip-hop ». Ce fut autour d’un débat animé par des icônes du mouvement, Didier Awadi et Kane Limam dit Monza, en compagnie du manager et producteur, Fadel Camara dit DaddyDelf et sous la modération de Abdil Bocoum, journaliste culturel mauritanien.

A l’occasion du cinquantenaire du mouvement « hip-hop », le siège de l’association Assalamalekum a abrité jeudi 29 juin 2023 un débat sur l’évolution de ce mouvement et ce qu’il a apporté au secteur des arts et de la culture, ainsi que sa contribution dans la conscientisation de la jeunesse, mais aussi son influence dans le monde.

« Il faut souligner que le hip-hop, ce n’est pas juste qu’un style musical, c’est tout une culture urbaine qui regroupe beaucoup de choses : rap, danse, DJing, graffiti, tenue vestimentaire… Crée dans les années 1970 dans les rues du Bronx à New York, le mouvement hip-hop s’est développé et répandu dans le monde entier ».

Didier Awadi, Monza et Fadel Camara, trois acteurs qui accompagnent l’évolution du hip-hop depuis quelques décennies en Mauritanie, au Sénégal, au Sahel et dans le monde, ont livré leurs expériences personnelles et campé l’état des lieux. Les échanges ont été modérés par le journaliste culturel malien, Abdil Bocoum, en présence d’un parterre d’artistes venus du Sénégal, du Bénin, du Mali, du Burkina Faso et de la Côte d’ivoire.

Didi Awadi, du breakdance au plafond du hip-hop africain

Didier Awadi – Crédit Aidara

Né un certain 11 août 1969, le même jour et le même mois où le Rapp a vu le jour à New York quatre ans plus tard, en 1973, le rappeur sénégalais Didier Awadi avoue cependant n’avoir pas commencé par le Rapp, mais le breakdance et le smurf, début des années 80, avant de se lancer plus tard dans le hip-hop, dont il est aujourd’hui l’une des icônes en Afrique.

Il explique comment collégien, il avait commencé à organiser des concours de dance dans les collèges à Dakar en commençant par son établissement, « Sacré Cœur ». Il copiait sur ce qui se faisait en France et aux Etats-Unis, en s’inspirant des aînés de l’époque comme Afrika Bambaataa, et le Zulu Nation qui fédérait les cultures urbaines, les Sydney, mais aussi il regardait les City Breakers de France, de Dakar et d’Abidjan.

C’est en copiant surtout les Américains et les Français, selon Awadi, qu’il est entré réellement dans le Rapp, tout en se réjouissant que les Ivoiriens étaient déjà dedans, citant Yves Zogbo Junior, le groupe Abidjan City Breakers qui était, selon lui, très fort et dont l’un des membres, Frank Pacôme, était d’ailleurs à Dakar. Et cela l’a beaucoup inspiré, reconnaît-il. Seulement, Awadi déclare qu’il n’avait pas l’ambition de faire du Rapp une carrière.

Naissance du « Positive Black Soul »

Ainsi, de son petit groupe de collégiens breakedancers, qui s’appelait « Syndicate » début des années 80, il allait connaître, vers les années 88-89, évènements sénégalo-mauritaniens, un déporté mauritanien, Aly Waiga dit Dazy O, qui fut le premier à rapper 100% en wolof.

Les quatre panélistes, Monza, Awadi et DaddyDef en compagnie de Bocoum – Crédit Aidara

« Au Sénégal, le Rapp se faisait en Français et en Anglais, avec un peu de wolof », confie Awadi qui avait, à l’instar des rappeurs, emprunté un surnom américain, « Grand Master », puis ce fut « Grand Master Dji », faisant sourire le public emporté par son propre rire. Donc, selon lui, le groupe de Aly Waiga et Aménophis, « King MC » leur faisait une grande concurrence à l’école, avant que les deux groupes ne fusionnent pour créer « Positive Black Soul ». Ce groupe fera en 1992 le premier MC Solar, puis invitation à Paris, rencontre avec « IAM », « Sens Unik » le premier groupe suisse.

Premiers pas vers le succès

Selon Awadi, les Français furent surpris du niveau du Rapp sénégalais, et il explique qu’à l’époque ils suivaient ce qui se passait aux Etats-Unis et recevaient les cassettes des premières nouveautés, copiaient les danses et les sons. Ils rencontrèrent plus tard un grand frère, manager de Steve Wonder, un certain Soumaré, et c’est le premier qui va les conseiller de faire du Rapp 100% wolof puisque leurs messages étaient d’abord destinés à leurs compatriotes, leur expliqua-t-il.

Ils lui avaient présenté des productions avec de l’Anglais approximatif et du Français, qu’il mit de côté. Il voulait du Rapp en wolof. Cela ne les a pas emballés au début, rapporte-t-il. Il avoue qu’ils ont fait un texte en wolof pour lui montrer qu’ils savaient bien le faire, mais cela ne les emballait pas. Seulement, il reconnait que l’impact de ce premier morceau les a pétrifiés.

C’est le début d’une carrière qui les mènera en 1994 à se faire détecter par un label anglais renommé. Invitation à Londres, signature du premier contrat et début d’une carrière internationale, puis la préparation d’une relève jeune, car sans « un mouvement derrière, pas d’avancement » souligne-t-il. « Seul, on s’essouffle » détaille-t-il. Donc compilation Senerapp 1, puis Senerapp 2, etc.

Sur les traces des aînés

DaddyDef – Crédit Aidara

Producteur et manager, DaddyDef, alias Fadel Camara, déclare être arrivé dans l’univers de la musique à travers sa famille, notamment ses grands frères, Ismael, Tourad et Moctar, ainsi que son cousin Ismael Kane. Selon lui, ils possédaient des cassettes américaines et sénégalaises, et tout petit il écoutait la musique hip-hop, apprenant l’anglais à travers le Rapp, répétant les chansons américaines. Puis avec des amis, ils ont commencé à créer des groupes, nommant au passage Adviser, aujourd’hui l’un des plus grands artistes mauritaniens aux dimensions internationales, Le Baron, installé à Nouadhibou et nominé au dernier festival de Rapp à Ouagadougou, ainsi que des jeunes comme Authentique, Mosby.

Au niveau du hip-hop mauritanien, il précise qu’il était plutôt dans le Off, soulignant que lui-même, il ne fait pas du Rapp, mais accompagne les artistes au niveau de l’écriture, de l’arrangement, des relations, de la constitution de dossiers pour les sponsors, ou l’élaboration de business plan pour les albums.

Le Rapp débute à New York

DaddyDef s’est lancé par la suite dans un bref historique du mouvement hip-hop, à ses débuts le 11 août 1973 et un DJ nommé Kool Herc, « père » du mouvement hip-hop, et qui a eu l’idée de réunir des jeunes du Bronx pour une soirée. Il n’y avait pas de Rappeurs à l’époque, explique-t-il, mais des DJ et des B-boys, puis ceux qui font le graffiti. Les rappeurs viendront plus tard, selon lui, avec les « MC », les Beastie Boys, The Sugarhill Gangs, Grandmaster Flash et de nouveaux mouvements les Native Tongues… Lors de cette soirée, poursuit-il, il y eut des prestations en B-boys, en DJ et en Graffiti.

vue partielle du public – Crédit Aidara

Revenant sur le festival Assalamalekum, il a tenu à rendre hommage aux artistes du graffiti, notamment les Sénégalais du RBS Crew, auteurs d’impressionnantes fresques qui tapissent le siège de l’association, précisant que ces artistes font partie du mouvement hip-hop.

Poursuivant son survol historique, il a cité certains pionniers du Rapp comme le « Sugar hill records », un label qui produisait des artistes, « African Bambaataa », « Grandmaster Flash », précisant que c’est à partir de ce dernier groupe que le Rapp a pris son aspect conscient, avec un premier texte structuré, rompant avec la tendance première qui se contentait de faire du show. Il continue en citant les Kurtis Blow » et d’autres pionniers.

Tâche d’huile sur le monde

Ce mouvement a connu selon DaddyDef différents courants, le Rapp conscient, avec les N.W.A, et le Rapp show qui fait beaucoup de bruit, avec des artistes de l’une ou l’autre tendance, comme Tupak, les MC Newyorkais, tels Nas, Jay-Z, jusqu’aux « Fifty’s » actuellement.

« Dans les années 2000, puis 2010, avec l’essor de nouveaux médias et du web 2.0, les auditeurs découvrent et téléchargent ou diffusent de la musique hip-hop par le biais de réseaux sociaux comme Myspace, et de sites web de diffusion comme YouTube, Worldstar hiphop, SoundCloud et Spotify« 

DaddyDef a également distingué les artistes qui évoluent en groupes et ceux qui font du solo. Il poursuit en disant que le mouvement hip-hop et le Rapp faisant leur chemin aux Etats-Unis, cela a fait tache d’huile à travers le monde. Ainsi, selon lui, une hiérarchie s’est établie, avec comme première capitale du Rapp, New York, suivie de Paris, puis de Dakar, soulignant qu’actuellement d’autres pays africains sont en train de bousculer cette hiérarchie.

Il rappelle que Awadi et son groupe, le « Positive Black Soul » ont fait quelque chose d’inédit, en produisant le premier album de Rapp qui a connecté plusieurs continents, l’Amérique, l’Europe et l’Afrique, à travers l’axe New York-Paris-Dakar.

Monza, président de la « Rue-Publik » de Mauritanie

Monza – Crédit Aidara

Kane Limam dit Monza, Directeur du Festival Assalamalekum qui fête ses 16 ans cette année, producteur du label « Zaza Production », initiateur de Assalamalekum Découvertes et Assalamalekum Culture, président de l’association continentale Arterial Network, déclare être entré dans le mouvement hip-hop grâce à la télévision et la chaîne MCM où il découvre le groupe « Fush Nickens ».

« Quand j’ai vu ça, je me suis dit que c’est ça que je vais faire, sauf que je ne l’ai pas fait » glisse-t-il avec humour. A l’époque, dit-il, il traînait avec des jeunes qui faisaient du « khoumbeul » (ambiance) dans les mariages et les baptêmes, notamment dans le quartier populaire d’El Mina où se tenait le marché « Tieb-tieb » et qui s’appelait « Taz », rappelle-t-il. A l’époque, précise-t-il, c’est dans ce quartier populaire où se tenaient tous les soirs, des concours de danse, des free-styles et des beatbox, soulignant qu’il s’est connecté avec les jeunes d’El Mina, à travers le basket, quittant chaque soir la demeure familiale à Tevragh-Zeina pour aller les rejoindre.

Un début de galère

Abdil Bocoum – Crédit Aidara

L’idée était à l’époque, à la fin des années 90, selon lui, d’improviser des textes, lui et ses camarades qui se faisaient appeler, les « mifaozo », jeu de mot voulant dire « mafioso ». Monza se rappelle de la première fois qu’il a décidé de faire un texte écrit, soulignant que le Rapp était pour lui une façon de matérialiser à travers des mots et une musique ce pour quoi il se lève chaque jour. Il dit se sentir à l’époque en déphasage par rapport à ce qu’il faisait et son milieu d’origine, se décrivant comme un brillant élève assidu de la bibliothèque du Centre culturel français (CCF), aujourd’hui Institut Français de Mauritanie (IFM) où il lisait des ouvrages et écrivait des textes.

Sa véritable entrée dans le Rapp, dit-t-il, c’est avec le duo « Doremifa » avec JFEX, son ami et alter ego, dont le nom d’artiste est « J’ai la Fièvre de l’EXpression » alors que lui Monza se faisait appeler « Azrael » l’ange de la mort, rapport à ses adversaires du « Free Style ». Puis, suite à ces moments de galère entre différentes piaules au milieu des divers ilots de Nouakchott (Ilot L, Ilot M…), il se fit appeler « Galiarano ».

Vers un projet professionnel

A partir du début des années 2000, il dit avoir décidé de travailler dans un vrai projet, suite à ses études à Dakar où il a enregistré sa première maquette, en 2001.

Il se retourne pour montrer dans l’assistance, un nommé Bruno, qui fut le premier à l’avoir enregistré. Applaudissements de l’assistance pour Bruno qui lève le poing.

« C’est la première maquette que j’ai enregistrée au nom de MONZA (Musique Originale Nature de la Zone Afrique) et le premier projet sur lequel j’ai travaillé » explique-t-il.

Puis, il sort en 2004, son premier album, qui sera suivi d’une tournée partout en Mauritanie. Il se fait alors appeler « Président de la Rue Publik », le titre de ce premier Opus.

Chez lui comme à Kaédi, il lui est reproché de chanter en français, reconnait-il. Il décide de faire une chanson en Peulh, mais à condition que cela serve sa communauté. Son père (Paix à son âme), dit-il, va l’aider à écrire la chanson en traduisant la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en Pulaar, pour répondre aux aspirations de la communauté halpulaar de Mauritanie dont les préoccupations étaient essentiellement tournées autour des droits fondamentaux.

« J’ai adopté le texte en chanson et quelques années après, je me faisais inviter par le Haut-commissariat aux Réfugiés (HCR), sur la question du retour des réfugiés parce qu’il voulait cette chanson pour sensibiliser mais aussi parce qu’elle correspondait au contexte d’alors » précise-t-il.

Naissance de Assalamalekum

Siège de Assalamalekum – Crédit Aidara

Monza se fera inviter ainsi à Genève, puis il commence à tisser des connexions. A son retour au pays, son ambition première fut de mettre en place un cadre tout en continuant à faire de la musique. Il profitera d’une opportunité, celle d’une résidence en France. Au lieu d’y aller, il utilise l’argent de la bourse pour créer le premier festival Assalamalekum en 2008.

Sa devise « le Rapp est ma maladie, la Rue est mon Paradis et la Mauritanie, mon pays, ma patrie et mon amour ». Il reconnaît avoir tout donné à son pays et que depuis 2009, il n’a pas produit d’album, mais des « One shoot » qui répondent à une situation, l’ancienne décennie par exemple, avec le morceau « Ça suffit ! ». Il trouve que l’artiste doit prendre position face à des questions nationales, surtout pour dénoncer les injustices.

Selon lui, le hip-hop est indissociable des changements qui s’opèrent dans le monde, d’où le devoir de responsabilité des acteurs, soulignant que le Rapp représente une large part des industries créatives. Selon lui, on parle beaucoup de l’immigration africaine vers le Nord, mais on ne voie pas la migration opposée, celle d’industriels de la culture d’autres horizons qui viennent s’installer sur le continent.

Cheikh Aïdara


16ème édition Assalamalekum : « le rôle des artistes dans la paix au Sahel », un panel pour fêter les 50 ans du Hip-Hop

A l’occasion du 50ème anniversaire du Hip-Hop et en marge de la 16ème édition du Festival Assalamalekum, le siège de l’association Assalamalekum et de sa boîte « Zaza Production », sis à la Cité Plage de Nouakchott, a abrité jeudi 29 juin 2023, un panel sur le « rôle des artistes dans la consolidation de la paix au Sahel ». Animé par Didier Awadi, Monza et Fadel Dadidef Camara, sous la modération du journaliste culturel malien, Bocoum, le débat a réuni plusieurs artistes mauritaniens, maliens, béninois, ivoiriens, burkinabés, sénégalais, entre autres.

De G;. à Dr. : Monza, Bocoum, Awadi, DaddyDef – Crédit Aidara

Alors que le Festival hip-hop, organisé par l’association Assalamalekum depuis 2008, bat son plein depuis le 22 juin 2023, avec deux concerts déjà produits à l’Institut Français de Mauritanie puis au Stade Olympique de Nouakchott, un panel a été animé jeudi 29 juin au siège de l’association. Le lendemain, les artistes se sont rendus à la cité économique du pays, Nouadhibou, quelques 400 kilomètres plus au Nord, pour un premier concert décentralisé du festival à l’intérieur de la Mauritanie.

Le débat sur le « rôle des artistes dans la consolidation de la paix au Sahel » a commencé par un tour de table pour faire connaître les trois panélistes, Awadi, Monza et Daddidef, sous la modération de Abdil Bocoum, journaliste culturel malien.

Discussion à bâton rompus entre artistes avant le débat – Crédit Aidara

Le débat fut le lieu d’une mûre réflexion sur les défis auxquels sont confrontés les pays du Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) et leurs conséquences sur l’insécurité, terrorisme, trafics de tous genres, tensions inter-ethniques, pauvreté… Au cœur de la réflexion, le rôle de la société civile, en particulier celui des artistes, dans  la consolidation de la paix.

La paix, un concept adossé sur des principes

S’exprimant à propos du rôle des artistes dans la paix au Sahel, Monza trouve que la paix est un concept qui s’inscrit dans un processus qui doit conduire à un environnement de stabilité, de compréhension, de consensus et d’acceptation de l’autre. Selon lui, les artistes ont un devoir et une contribution dans la consolidation de la paix, à travers leur rôle central dans le dénouement des crises, l’apaisement des tensions et la résolution des crises. « Etre artiste, c’est de dire tout haut ce que le peuple pense tout bas » résume Monza.

Monza – Crédit Aidara

Pour lui, la question du Sahel est complexe et que d’un point de vue citoyen, il est important d’observer l’environnement géopolitique dans lequel baigne les pays du Sahel. Il souligne que cette région est confrontée à une série de problèmes à cause de ses richesses naturelles et de son sous-sol, objet de convoitise des puissances. Selon Monza, il y a des populations qui vivent dans cette région, qui n’ont pas droit, selon lui, à la parole et dont les souffrances sont rapportées par d’autres. Il reconnaît que la région vit dans l’instabilité et que le rôle des artistes est de transcrire le quotidien de ces populations.

 Des générations désabusées

Sur l’exemple du Mali, Monza commence par le problème du passif humanitaire en Mauritanie où un groupe d’artistes a été mobilisé pour donner la dimension humaine à la situation. C’est ce qui aurait été fait au Mali (festival de Ségou) avec l’artiste Awa Maïga, ici présente. Monza a évoqué le problème de l’immigration massive des jeunes du Sahel qui souffrent chez eux du manque de cadres d’épanouissement et de perspectives d’avenir.

« Toute une génération privée de leurs droits fondamentaux, du droit d’expression, même culturelle, du droit de loisir comme en Mauritanie. Répondre à tous ces problèmes fait partie du rôle de l’artiste » pointe Monza. Car, selon lui, cette situation pousse les jeunes, soit vers l’exil, soit vers la radicalisation. Ainsi, l’artiste, dira-t-il, doit porter ces souffrances à bras-le-corps, interpeller les décideurs, alerter l’opinion publique nationale et internationale, pour améliorer la situation pour éviter l’implosion des rues par une jeunesse qui représente 75% de la population au Sahel.

Industrialiser et digitaliser les traditions

Pour Monza, il s’agit de s’appuyer sur les valeurs morales dont regorgent les pays du Sahel pour stopper les vagues d’émigration et de radicalisation à travers la sensibilisation et les cris de conscience. D’où, selon lui, l’impérieuse nécessité pour les populations du Sahel d’industrialiser les traditions, donnant l’exemple de « Kirikou » cette BD africaine qui cartonne dans l’industrie du cinéma pour enfant. A travers ce patrimoine et la digitalisation, les jeunes africains sont capables selon Monza de creuser un filon qui leur permettra de monétiser leur propre culture.

Les artistes ne peuvent rien changer seuls

Awadi – Crédit Aidara

Pour Didier Awadi, ce ne sont pas les Rappeurs qui vont changer quoi que ce soit et qu’il appartient aux Etats du Sahel de prendre leur responsabilité. Si dans une partie du territoire, l’Etat ne met aucune infrastructure de base, la nature a horreur du vide, d’autres vont venir avec leur système de pensée et l’imposer par la force, explique-t-il.

Selon lui, ceux qui prétendent venir islamiser des populations qui sont déjà musulmanes, donnent déjà un aperçu de leur fausse mission. En réalité, dit-il, le fond de leur supposé Djihad, c’est le business qui se nourrit de l’absence d’Etat. Pour Awadi, ce qui se passe au Sahel est le fruit de nos propres incapacités car nous n’avons pas pu au début prendre nos responsabilités. Comment prétendre à l’indépendance si on n’a pas d’armée et que notre protection dépend de forces étrangères, se demande-t-il.  Selon lui, nul ne peut raisonnablement déléguer sa sécurité à quelqu’un qui pendant des siècles vous a réduit à l’esclavage et vous a colonisé. De la même manière, poursuit-il, il est insensé de confier son argent à celui qui vous a volé pendant des siècles pour prendre l’exemple du Cfa.

L’incapacité de se prendre en charge

En gros, Awadi trouve que le problème du Sahel c’est le refus de son peuple et de ses gouvernants à prendre en main leur destin, préférant la confier à d’autres. Donc, les artistes auront beau chanter et danser, dénoncer et crier, dit-il, ils ne pourront rien changer s’il n’y a pas un Etat derrière eux.

Message auprès des réfugiés

Fadel Camara dit DaddyDef – Crédit Aidara

Selon Fadel Camara dit DaddyDelf, les problèmes au Sahel sont de nature économique, politique et culturelle. Il a énuméré les activités menées pour le compte du HCR par son artiste, Le Baron, auprès des réfugiés maliens au camp de Mberra avec un concert qui a réuni plus de 8.000 personnes avec des messages porteurs. Il a aussi cité une autre aventure dans le cadre de l’UNICEF avec Adviser, ambassadeur de cette institution.

L’aspect économique

Selon Daddydelf, il faudrait régler le problème économique des pays du Sahel avec des projets complets avec des chaînes de valeur complètes, et non des projets qui se réduisent à de simples espaces d’autoconsommation familiale sans possibilité d’extension commerciale. C’est le modèle imposé au Sahel, selon lui par des bailleurs, à quoi s’ajoute la compétition imposée par les produits agricoles importés, comme ceux du Maroc, à bas prix, et non concurrentiels par rapport à ceux produits localement dans des zones isolées et qui ne disposent pas de l’infrastructure nécessaire pour la conservation.

Il a expliqué aussi comment par le poids de la dette coloniale, les pays du Sahel se sont livrés pieds et poings liés à certaines puissances.

Cheikh Aidara