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Lecture dans le discours de Mohamed Abdel Aziz à Néma : Les non-dits sur la révision constitutionnelle envisagée

Aziz inaugure l'usine de lait

Le discours prononcé par le président Mohamed Abdel Aziz, ce mardi 3 mai 2016 à Néma, a abordé divers aspects de la vie nationale. Certaines vérités ont été dites et beaucoup de contre-vérités aussi, selon plusieurs observateurs qui soulignent que contrairement à la déclaration du président de la République «tout n’est pas si rose comme il le prétend ». Parmi les points essentiels qui ont retenu l’attention des analystes, le référendum constitutionnel envisagé et le dialogue politique qui pourrait bien être lancé d’ici trois à quatre semaines avec ou sans l’opposition.

De l’aéroport de Néma où il a débarqué à bord d’un avion de la Mauritania Airlines International (MAI), le président Mohamed Abdel Aziz s’est dirigé directement vers la tribune montée la veille sur l’espace qui tient lieu de stade municipal. Dans son discours qu’il a prononcé à l’occasion, le président Mohamed Abdel Aziz a parlé d’économie, de droits de l’homme, d’agriculture, élevage, santé, éducation, hydraulique. Il a surtout renouvelé ses attaques acerbes contre l’opposition dont il a qualifié le discours de radical et de mensonger. S’adressant à la foule venue en surnombre au meeting, Aziz la lancé «méfiez-vous de ces gens et de leur poison ! ».
Abordant l’aspect économique, Mohamed Abdel Aziz a déclaré que contrairement aux fausses thèses de l’opposition, «le pays se porte bien, trop bien même » et que «la Mauritanie se porte dans le meilleur des mondes possibles » malgré un environnement international difficile.
En ce qui concerne la part de la région du Hodh Charghi dans cette «manne économique », il a évoqué trois grands projets en cours, l’usine de lait, le projet hydraulique «Edh Har » qui devra régler définitivement le problème d’eau potable dans la Wilaya et enfin, le nouvel hôpital de Néma.
Pour ce qui est de l’usine de lait, des problèmes persistent et c’est le cafouillis au sein du ministère de l’Elevage chargé de sa gestion. Jusqu’au jour-J de la visite de Mohamed Abdel Aziz à Néma, la ministre de l’Elevage, Vatma Vall Mint Soueina ne savait même pas encore si le président allait inaugurer l’usine (pas encore entièrement au point) ou se suffire d’une simple visite technique pour constater ce qui a déjà été réalisé. Selon plusieurs témoignages, beaucoup d’improvisation et d’impréparation ont caractérisé la confection de cette usine qui représente l’un des principaux maillons du projet «Progrès-Lait » financé en partie par l’Union européenne et qui concerne la Mauritanie et le Sénégal. Cette usine de lait d’une capacité de 30.000 litres par jour mettra fin, selon Ould Abdel Aziz, à la dépendance de la Mauritanie par rapport à l’extérieur, précisant que la Mauritanie importe chaque année 22 milliards d’UM en produits laitiers et dérivés. «Cet argent sert des éleveurs dans des pays étrangers ». La réalisation de l’usine de lait de Néma selon lui contribuera à lutter contre le chômage et la pauvreté, qu’il offrira des revenus stables aux éleveurs mauritaniens. Ceux-ci cèdent le litre de lait à 210 UM le litre et son payés par chèque chaque mois.
Le mégaprojet d’autosuffisance en eau potable de la région du Hodh Charghi, représenté par le projet «Edh Har», est en état avancé selon les techniciens qui déclarent qu’il profitera non seulement à Néma et ses environs mais aussi aux habitants d’Amourj et de Timbédra. «Avec sa finalisation, c’est l’un des problèmes majeurs du Hodh, la soif permanente pour les hommes et les bêtes, qui sera résolue » affirme Saleck Ould Jiddou, un des plus anciens habitants de la ville.
Quant au nouvel hôpital régional de 150 lits, une des plus grandes réalisations qui fait la fierté de Mohamed Abdel Aziz, son chantier est en arrêt depuis six mois. Le bâtiment commence déjà à s’effriter du fait de l’abandon. Ses maçons et ses ouvriers, dont des nationaux et des étrangers, l’ont déserté faute d’avoir reçu le moindre sou depuis le début des travaux.
A côté de ces trois réalisations, Mohamed Abdel Aziz a aussi évoqué deux autres projets d’importance, une fabrique d’aliment de bétail et une décortiqueuse de riz. Il soulignera dans son intervention que la Mauritanie importe chaque année la valeur de 2,8 milliards d’UM en aliments de bétail et que le pays a assuré son autosuffisance en riz à hauteur de 85%.
S’attaquant à l’opposition, Mohamed Abdel Aziz qualifiera ses adeptes de menteurs et d’affabulateurs, «qui ont échoué lorsqu’ils avaient à diriger le pays et qui ne savent faire qu’aligner des inepties ». Selon Ould Abdel Aziz, le tableau apocalyptique que l’opposition dresse du pays ne serait que le fruit de leur «imagination malade ». S’adressant aux populations massées à ses pieds, il leur dira «écoutez les bonnes informations que je vais vous donner, la situation économique du pays va bien et il n’y a aucun problème ». Et d’ajouter sur sa lancée «le budget de la Mauritanie a toujours été déficitaire par le passé ; en 2015, nous avions un excédent de 19 milliards d’UM grâce à une bonne gouvernance et une gestion rationnelle des ressources publiques ».
Evoquant le cas de la SNIM, Mohamed Abdel Aziz reconnaît «oui, c’est vrai la SNIM a connu des problèmes dus à la conjoncture internationale ; la tonne de fer est passé de 174 dollars US la tonne à moins de 50 dollars, enregistrant une baisse de recettes de 650 millions de dollars à 124 millions de dollars ». Ce déficit enregistré par la SNIM a été résorbé, dira-t-il en substance, «grâce à des politiques saines de gestion économique ». C’est grâce à une lutte rigoureuse contre la gabegie, ajouta-t-il, que «le budget de l’état est passé de 205 milliards en 2007 à 452 milliards d’UM en 2015 ». Plus catégorique, il s’est interrogé, «comment peut-on nous qualifier de gabegiste alors que le fonds des hydrocarbures installé dans un compte à l’étranger est crédité de 30 milliards d’UM ». Selon lui, «l’opposition est déconnectée par rapport à la réalité et ne raconte que des mensonges ». Pour lui, l’opposition serait même antipatriotique et qu’elle saute sur chaque occasion pour salir l’image du pays à l’extérieur. «Ils nous ont accusé d’avoir fait la guerre par procuration, lorsque nous avons attaqué les terroristes » faisant allusion à l’opération conjointe franco-mauritanienne au Mali, notamment dans la forêt de Wagadu et Hassi Sidi au Mali. «Nous n’avions agi que dans l’intérêt de la Mauritanie pour éloigner le mal terroriste de nos frontières », évoquant le refus de l’armée mauritanienne à participer aux deux opérations franco-africaines, Serval puis Barkane. «Parce que nous estimons que cette guerre-là ne nous concernait pas » s’est-il justifié. Mohamed Abdel Aziz a ainsi démenti les informations livrées par l’armée américaine sur un quelconque deal avec Al Qaïda. «Nous n’avons jamais versé un sou à Al Qaïda et nous n’avons libéré le moindre prisonnier parmi les éléments du mouvement en détention dans nos prisons » a-t-il martelé.

Sur le plan politique, Mohamed Abdel Aziz affirme que «la Mauritanie est un pays démocratique qui ne compte le moindre prisonnier d’opinion ni de prisonnier politique, aucun journaliste n’est en prison». Il est revenu sur le débat enflammé sur la Constitution, sans qu’il n’ait évoqué la question du 3ème mandat. Selon lui, le peuple est le seul détenteur de la souveraineté, et le seul à décider s’il doit modifier la constitution ou pas. Selon lui, l’occasion n’est pas encore venue de s’approfondir sur la question, soulignant que «l’opposition mauritanienne actuelle ne constitue pas pour le moment une alternative politique». Il a évoqué la dissolution du Sénat et a déclaré aux Mauritaniens de se préparer pour un référendum constitutionnel dans ce cadre.
Quant au thème sur l’esclavage, les observateurs n’ont noté aucun changement dans le discours de Ould Abdel Aziz sur cette question. «Il s’entête encore à jouer aux négationnistes, accusant les organisations de lutte contre le fléau de profiteurs qui chevauchent ce thème pour leur intérêt personnel, répétant qu’il n’existe aucun esclave en Mauritanie».


Mohamed Abdel Aziz à Néma : Kaléidoscope d’une visite tribalement colorée et politiquement encadrée

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Le président Mohamed Abdel Aziz est arrivé à Néma aux environs de 8 heures du matin, mardi 3 mai 2016. Il s’est dirigé aussitôt vers la tribune dressée dans l’espace destinée au stade. Il a entamé son discours en présence d’un parterre de cadres et plusieurs centaines d’habitants du Hodh Charghi déversés depuis des jours à partir des six Moughataas de la région et des localités les plus éloignées. L’accueil a été chaleureux et folklorique. Reportage.

La ville de Néma n’a pas fermé l’œil pendant toute la nuit du lundi 2 mai et cela, jusqu’au matin du 3 mai 2016. C’est à partir de cinq heures à l’aube que les foules avaient commencé à affluer le long de la route goudronnée située entre l’aéroport et la résidence du Wali, Mohamed Belamech. Des centaines et des centaines de personnes, en groupes ou individuellement, banderoles au vent et curiosité au bout des yeux. Là, ce sont les ressortissants de Beribavat, là-bas, les Joumanes, ou encore les Zmarig et les Kounta.
Dans un vaste terrain contigu à la route, les Taleb Mokhtar, ont dressé quinze tentes en demi-cercle encadrant un énorme «Gueïtoune » aux couleurs variées. «Nous sommes heureux de cette visite du président et nous espérons qu’elle va contribuer à améliorer nos conditions de vie » a affirmé Chérif Moustapha Ould Mohamed Vadel Ould Mamime, notable de Néma. Il affirme avoir essayé à plusieurs reprises pour rencontrer le président en vain. Il a évoqué le cas de sa fille, Lalla, admise au concours d’entrée à l’école des infirmières et qui selon lui a été biffée de la liste. «Ils ont mis le nom d’une autre fille, Lalla Mint Mohamed Lemine tout en conservant son numéro d’ordre» s’est-il indigné. Autres réactions, celles de Tourad Ould Sidaty ou encore Mohamed Vadel Ould Cheikh Bouya, Inspecteur régional du Travail à Nouadhibou. A coups de «Haïdara ! Haïdara ! » les populations de Beribavat scandaient des slogans de bienvenue au son du «Tbal».
«Ejam ! Ejam ! » Ainsi ont scandé les Joumane, l’une des tribus fondatrices de Néma. Par centaines, ils s’étaient alignés dès l’aube tout au long de la route qu’allait emprunter le président Mohamed Abdel Aziz et sa délégation. Alignés en ordre impeccable et banderoles au vent ils dansaient sous le rythme de tambourins au milieu des youyous saccadés de dizaines de femmes dépoitraillées.
Arrive ensuite la délégation venue de Djiguenni et alliés du Premier ministre Yahya Ould Hademine. Cette délégation est amenée par plusieurs cadres du parti UPR, lesquels ont réalisé une grande mobilisation. Parmi ces cadres nous avons rencontré Brahim Ould Sidaty, directeur administratif et financier au ministère des Finances. Plusieurs Peulhs de la Moughataas ont également marqué de leur présence avec leurs folklores et leurs chants pittoresques.
Un peu plus loin, les gens de Timbédra. Parmi la foule bigarrée et les populations enjolivées venues de cette Moughataa, plusieurs cadres dont l’ex-ministre de la Santé, Ould Jelvoune, mais aussi Cheikh Ould Gawad, directeur des Transports.
Vinrent ensuite les ressortissants de Chami. Mohamed Lemine Ould Cheikh, un quinquagénaire a improvisé sur le coup un long poème en hassaniya où il a loué les réalisations accomplies sous Mohamed Abdel Aziz.
Pratiquement toutes les localités, ethnies, tribus, clans, courants politiques diverses, ont tenu à marquer de leur présence la visite du président Mohamed Abdel Aziz.
Il faut noter que plusieurs partis de la majorité présidentielle ont fait le déplacement avec le Chef de l’Etat, notamment Cheikh Aboul Maali, président en exercice de la majorité et Boïdiel Ould Houmeïd, président du parti El Wiam.


Mission médicale marocaine en Mauritanie : Avec AMAMI, des dizaines de malades indigents soignés gratuitement

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En collaboration avec deux associations marocaines, l’Association marocaine pour l’unité et la solidarité et l’Association les Amis du Patient, l’ONG AMAMI (Association mauritanienne des amis des malades indigents) présidée par Dr.Moulaye El Mehdi Ould Moulaye El Arbi dispense depuis le 26 avril 2016, et cela jusqu’au 30 avril prochain, des consultations et des soins à titre gratuit et offre des médicaments tout aussi gratuits à plus de quatre cent malades indigents. Plusieurs spécialités sont offertes, gynécologie, dermatologie, ophtalmologie, pneumologie et pédiatrie.

DSC04144DSC04145Dans la structure sanitaire ouDSC04142verte par l’ONG AMAMI, sis au quartier déshérité de Bouhida à Nouakchott, c’est l’effervescence des jours exceptionnels. Des dizaines de malades font le pied de grue depuis les premières heures de ce jeudi 28 avril 2016. La sensibilisation menée par les équipes de l’ONG AMAMI ainsi que le bouche à oreille semblent avoir bien marché. L’arrivée de la mission médicale marocaine, constituée de plusieurs spécialités médicales, n’est pas passée inaperçue.
Haja, la trentaine, protège son enfant avec une couverture zébrée. Elle est venue un peu tard au centre. «Je viens de Toujounine ; c’est ma sœur qui loge dans les parages qui m’a avertie» déclare-t-elle. Son enfant ne cesse de pleurer depuis quelques jours, témoigne-t-elle, le gamin endormi sur son épaule. «Il passe toute la nuit à pleurer  et nous n’avons pas pu en savoir la raison. Nous l’avons-conduit à l’hôpital, mais l’ordonnance était hors de notre portée» déclare-t-elle. A la porte d’â côté, Dr.Charghawya Samia, gynécologue, consulte sa quarantième patiente de la journée. Elle déclare avoir décelé plusieurs types de problèmes gynécologiques dont la majorité selon elle, nécessite un suivi à moyen ou long terme.

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A quelques enjambées, de l’autre côté du couloir, la pharmacie. Debout devant la porte, Dr.Anouar Ben Hamed, chef de la délégation de la mission médicale marocaine se fait aider par Dr.Khaled Zoueine, pour distribuer les médicaments suivant les ordonnances qui leur viennent de leurs collègues spécialistes. Sur son dos, à l’intérieur de la salle, plusieurs sacs en vrac et une étagère remplie de médicaments, des solutions buvables et injectables, des pommades, des comprimés et des médicaments pour toutes les pathologies. «Il y en a pour plusieurs variétés et c’est gratuit » déclare Khaled.
En véritable coordinateur de la mission, Dr.Eloujdani Abdel Hagh, installé depuis des années en Mauritanie à la tête de l’Association marocaine pour l’unité et la solidarité, se félicite de ce partenariat qui, selon lui, concourt à resserrer les liens de fraternité et d’amitié entre la Mauritanie et le Maroc.

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Au milieu du brouhaha des patients, un sexagénaire attend devant la porte de l’ophtalmologue. Il s’agit de Mohamed Ould Ahmed, accompagné de sa petite-fille. Il souffre de problèmes de vision. «Qu’Allah les rétribue, ce qu’ils font pour les pauvres, seul Allah peut les payer » souligne-t-il à l’intention des membres de la mission marocaine, forte de six praticiens.

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Dehors dans la rue, des dizaines de femmes s’agglutinent devant la porte d’AMAMI. Pour cause, les salles à l’intérieur sont pleines ainsi que les allées. Quelques rares hommes, souvent des personnes du troisième âge sont dans les rangs. Dermatologie, pédiatrie, gynécologie et pneumologie, sont les cinq spécialités offertes par la mission médicale marocaine.
«Ce genre de mission médicale  auquel nous a habitué AMAMI est une providence pour nous, gens de modeste revenu, car nous n’avons pas les moyens suffisants pour nous faire consulter ou nous soigner tout le temps » confie Vatma Mint Soueid, la quarantaine. Elle dit souffrir de démangeaison surtout au niveau des membres supérieurs. «J’ai été consulté et j’ai reçu des médicaments, merci AMAMI, merci le Maroc » a-t-elle conclu.

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Il est presque quatorze heures. L’équipe médicale harassée par une journée de dur labeur peut alors prendre sa pause. Aux décomptes, ils ont consulté le double qui était prévu durant cette première journée, soit quatre cents patients. Le nombre initialement prévu pour l’ensemble des journées. Mais plus de deux cent autres malades semblent s’être invités à la case imprévue. La mission a décidé ainsi de poursuivre son travail, ce vendredi 29 avril, un peu avant la cérémonie officielle programmée en fin d’heure.


L’aventure des chercheurs d’or en Mauritanie : Vers le «No Man’s land City »

 

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Mohamed et Aly sont des instituteurs. Le premier est parvenu à se faire envoyer un puissant GPX 4500 détecteur d’or par l’entremise d’un frère installé à Dubaï. Les prix de ces appareils ont flambé en Mauritanie et coûtent aujourd’hui près de 2 millions d’ouguiyas. Quand à Ali, il est parvenu à convaincre son père, un transporteur interurbain, de lui prêter sa Toyota, lui miroitant la fortune qui l’attend à des encablures de Nouakchott, sous quelques pelletés. Ils ont été rejoints par Brahim, un banquier qui trouve stupide de rater une occasion de se taper des millions. Il rêve de s’installer à son propre compte au lieu d’attendre des miettes à la fin du mois. C’est lui qui prend en charge la logistique.
Une autre voiture s’était jointe à eux. A son bord, deux amis, avec des manœuvres. Sidi Salem, un peshmerga désabusé par une presse qui n’est plus la vache à traire qu’elle était du temps de Ould Taya et Vallou, un commerçant détaillant qui a bradé sa petite échoppe au marché de Teyarrett pour participer à l’aventure.
Serrés comme des saucissons, les occupants des deux véhicules scrutent la porte d’entrée du Fret de Nouakchott, là où viennent de s’engouffrer Mohamed et Sidi Salem pour dédouaner leur détecteur. Tout alentour, une immense foule bariolée, entremêlas de boubous bleu et blanc. La circulation est pratiquement bloquée entre le rond point de l’aéroport de Nouakchott et la porte du Garnison de l’air. C’est toute la Mauritanie qui est prise ces jours-ci par la fièvre de l’or. Même des émigrés mauritaniens à l’extérieur, Angola, pays du Golfe, Etats-Unis, Europe, sont revenus au bercail, paraît-il.

Une paperasserie administrative harassante
«Trois cent trois mille ouguiyas ! » lance Mohamed, jetant une facture froissée à ses compagnons. Le visage défait et le boubou froissé, il dit avoir bataillé comme un Titan pour parvenir au guichet de la douane. «Heureusement que nous avions déjà achevé les autres formalités ! » maugrée Ali.
«Etfou ! Al Hamdoullilah » renchérit Mohamed qui se rappelle les bousculades devant la Direction des Domaines pour payer la quittance de 100.000 UM exigée par la Direction des Mines pour l’autorisation de prospection.  «Il a fallu deux jours de bataille homérique à chaque étape de ce fastidieux processus ! Je crois que l’Etat doit faciliter le circuit pour les gens, en créant par exemple un guichet unique » commente Brahim.
Les deux Toyota sont surchargées de bidons d’eau et de gasoil, des couvertures, des matelas et oreillers, des ustensiles de thé et de cuisine, une tente, de la nourriture pour cinq jours.
«Allô Sidi Salem, on est prêt ! » lance Mohamed dans son téléphone Thoraya à l’intention des occupants de l’autre véhicule qui les suivent, le pied droit nonchalamment posé sur le tableau de bord, les orteils dépassant légèrement la vitre entrouverte. Ils avaient payé deux Thoraya, pour rester en communication. Tout le monde est enturbanné. «Il paraît qu’il fait une chaleur d’enfer sur place » commente Ali.
«Un ami qui est rentré hier me l’a dit. La vache ! Il est revenu avec 75 grammes d’or en trois jours de prospection si on le croit » commente-t-il, les yeux perdus sur la route de Soukouk, une bretelle au Nord de Nouakchott devenue une grande agglomération. La voiture venait de s’engager sur la route  «Sahraoui» qui désenclave cette partie de la capitale, envahie par des villas cossues qui sortent de terre. Derrière, l’autre véhicule vient de suivre ses sillages».
«Pourquoi ne passes-tu pas par le goudron Nouadhibou ? » demande Ali. Le chauffeur qui se sent interpellé hocha de la tête. «Je suis un grand connaisseur de la région, crois-moi, ce raccourci va nous permettre de gagner de précieuses heures » répondit-il sans détourner la tête du chemin cahoteux qu’il venait d’emprunter ». Vaincu, Ali se confina dans le silence, s’en remettant à sa volonté.
La route bitumée a disparu depuis belle lurette, laissant place à une voie sinueuse serpentant entre des dunes énormes. La nouvelle université s’éloignait au loin, tandis que les véhicules s’écartent de toute vie. La chaleur qui commence à envahir la cabine, les cahots provoqués par les secousses finirent par assommer les passagers.
Personne ne sut combien d’heures le calvaire avait duré. Seul le chauffeur est resté éveillé pendant tout le trajet. «Ew Aw ! Réveillez-vous ! » cria-t-il soudain. Les yeux  écarquillés, ils scrutent au loin des formes cubiques et des silhouettes que le halo solaire fait flotter. «Ici, c’est Nokta Sakhina ! » renseigne le chauffeur. Un énorme bazar à ciel ouvert où tout se vend et s’achète à prix…d’or. Ici, les commerçants ne résonnent qu’en milliers d’ouguiyas. Un paquet de Marlboro vendu à 600 UM à Nouakchott coûte 6.000 UM, un baril d’eau vendu à 300 UM est cédé à 5.000 UM. Même les vendeurs de thé se sucrent. Un verre coûte 500 UM au lieu de 50 UM. Quelques prospecteurs sont à pied d’œuvre quelques encablures un peu plus loin. Du ciel, tombe une lave de chaleur.
«Allons à Hmeymine ! » indiqua Ali. Juste le temps de se dégourdir les jambes, tâter le pouls de ce premier contact avec «No Man’s Land City » et voilà les deux Toyota vrombir de nouveau pour s’enfoncer 120 kilomètres plus au Nord.

La «Californie » mauritanienne
Féru de lectures, Mohamed tente de briser le silence. «Vous savez, ce que nous vivons là, les Américains l’avaient déjà vécu il y a près de 150 ans, quand la Californie attira quelques 300.000 ouvriers après la découverte de l’or dans une ville qui s’appelle Sutter’s Mill ».  Puis, après un bref silence, il ajoute «l’aventure n’avait duré que huit ans. On ne sait pas combien d’années, ça va durer ici ». Silence dans la cabine. Chacun imaginait ces milliers de personnes qui ont rêvé en ces temps-là de faire fortune comme eux aujourd’hui. «Le malheur, souligne Mohamed, beaucoup avaient fait fortune et d’autres sont retournés chez eux avec guère plus que ce qu’ils possédaient au départ ».
Re-silence encore plus lourd. Chacun se rappelle de récits faits par certains orpailleurs mauritaniens, revenus de leur aventure dans ces vastes étendues de l’Inchiri sans une once d’or.
Au loin, des centaines de Tout-terrain et des tentes dépenaillées. Des visages ocre, tannés par le soleil, scrutent le convoi qui vient d’arriver. Hmeymime !
Mohamed, Brahim et Ali furent rejoints par Sidi Salem et Vallou ainsi que leurs deux ouvriers. Rapidement, deux tentes furent dressées  et un semblant d’installation vit le jour. Harassés par la longue chevauchée, ils décidèrent de commencer la prospection le lendemain. Une chape de plomb les avait cueillis à froid. La nuit ne tarda pas d’ailleurs à envelopper cette vaste contrée aux allures de camp pour réfugiés.
Tôt le matin à l’aube, les hommes sont sur pied. A peine la fente du jour se déchira que les deux équipes s’éparpillèrent dans la demi-obscurité. Les détecteurs entamèrent leur première prise de service.
Seuls le cliquetis des pelles qui raclent la surface et le silence mortel des détecteurs scandèrent cette journée. Tout alentour, aussi loin que porte le regard, des milliers et des milliers de silhouettes, tête enturbannée, échines courbées, bras prolongés par des tiges mécaniques à la recherche du précieux métal. «Personne ne dira ce qu’il a trouvé » souffle Ali. «Mais une main qui farfouille dans l’autre, au milieu d’un gravas de sable placé sur une paume, un rapide geste vers la poche, permet de détecter une trouvaille. Cela se voit au visage qui rayonne un laps de temps avant de se refermer dans une gravité faussement indifférente » poursuit-il.
«Dans ce désert rocailleux, chacun craint pour sa vie et n’ose crier victoire. La peur les empêche de partager une simple petite joie. On ne fait confiance même pas à son père » déclare Mohamed.
A plusieurs reprises, le détecteur émet le son délivreur.  A chaque fois, Mohamed et Ali se précipitent sur la surface, creusent avec frénésie. Là-bas, Sidi Salem et Vallou surveillent de près le geste de leurs ouvriers. Le soir, décompte. Personne n’ose dire réellement ce qu’il a déniché.
«Bof, à peine 18 grammes ! » renseigne Mohamed. «Nous, c’est presque la même quantité, environ 20 grammes ! » lâche Vallou. Mais personne n’était dupe. Chacun savait que l’autre mentait. Mais c’est la loi de l’Omerta que tout le monde semble respecter.
Des dizaines de véhicules continuent à affluer et des centaines de chasseurs d’or viennent chaque jour surpeupler les 1700 kilomètres de surfaces autorisés par l’Etat aux orpailleurs. Durant les trois jours que dura l’aventure, des gendarmes mobiles sont passés plusieurs fois inspecter les lieux et vérifier les autorisations. Quelques irréguliers orpailleurs sont arrêtés et leurs matériels confisqués.
«Ici, on trouve du tout, des fonctionnaires du public, des cadres du privé, des hommes d’affaires, des étudiants, des diplômés-chômeurs et même de plus en plus de femmes » renseigne un gendarme. Une histoire d’amour serait même née ici. «Une dame a épousé son employé,  lorsqu’après s’être accordée avec lui sur la moitié de sa moisson, elle voulut le dribbler » raconte un sexagénaire, accompagné de ses deux fils.
Une ville est en train de naître ici à Hmeyime, comme partout où la recherche de l’or a attiré du monde, à l’image de Kwaténa au Bénin, Kobodan au Mali, ou encore Bountwanou au Burkina Faso. «L’or attire des populations qui finissent par s’installer et cela donne naissance à une ville » raconte un vieux briscard des  mines d’or maliennes, Alioune Samba. Un gars aux épaules énormes, dont les aventures meublent les soirées obscures de l’Inchiri, au moment où les hommes vaincus par les ténèbres ressassent des rêves de lendemains meilleurs.
L’histoire est en train de se répéter en Mauritanie. Mohamed et Ali sont revenus avec 85 grammes d’or, d’après ce qu’ils ont bien voulu avouer. Le temps de vendre leurs produits, ils comptent retourner vers l’Eldorado. Brahim lui, a choisi pour sa part de poursuivre son séjour avec Sidi Salem et Vallou. Leur histoire alimentera certainement le «Chtari » qui fleurit sur cette fièvre aurifère en Mauritanie. Elle suscitera probablement de nouvelles ambitions chez d’autres aventuriers.