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Fête de la Musique, CODEX célèbre cette journée entre débats, animations et jeux

A l’instar du reste du monde, les artistes mauritaniens ont célébré comme chaque année, la fête du 21 juin, fête de la musique. Au cœur de l’Ilot K à Nouakchott, plus précisément à « Sunu Keur » (El Vejr), le collectif d’artistes CODEX dirigé par Mister X alias Cheikh Diagne, rappeur, slameur et animateur musical, a organisé une journée de débats et d’échanges entre acteurs culturels.

Des artistes lors de la fête de la musique – Cheikh Aidara

A l’occasion de la fête de la musique, en cette journée du 21 juin 2023, le collectif des artistes unis dans l’art que représente CODEX a célébré sa 3ème édition de sa « Faite de la Muzik » en présence d’un parterre de noms connus dans le milieu culturel, certains depuis un quart de siècle ou plus, et d’autres, encore très jeunes et qui font leurs premiers pas dans le monde culturel et artistique mauritanien. Ils sont musiciens, slameurs, rappeurs, producteurs, réalisateurs, managers, techniciens de son ou d’image, infographes ou vidéocastes, s’ils ne sont dans les nouvelles technologies, comme la musique assistée par ordinateur (MAO), designer…

  • A LIRE : https://aidara.mondoblog.org/2018/03/29/arterial-network-mauritanie-arterial-day-premier-fonds-mauritanien-culture/

Les femmes et les métiers de l’art

Malika DIagana (à gauche) et au milieu Mister X débats sur les métiers de la musique – Crédit Aidara

Une journée où l’intellect a été plus sollicité que le sensoriel dans la mesure où elle a été bercée par une série de débats et d’échanges.

Le premier café-débat, animé par Malika Diagana, artiste-photographe mauritanienne qui dirige la maison D’Art, a porté sur le thème : « la musique est-elle un frein à la réussite sociale et matrimoniale des femmes artistes musiciennes en Mauritanie ? »

Un public entièrement féminin, avec quelques noms biens connus, l’artiste-chanteuse Dioba Guèye, la journaliste Awa Seydou, des artistes comme Fatimata Diakité, Colette, Ebène, Zeyna, Binta Mifa, Médina Ndiaye, Madame Camara, Djifa Touré, Thiolito, Sira Slameuse, Ema FG 92, Fama Mbaye, Nfertiti Diop, Coumba Saala, Oumy Sy la virtuose de la guitare et Hawa Ba.

Pendant près d’une heure, les dames et les demoiselles ont raconté des difficultés de parcours dus parfois à des parents réfractaires ou des maris conservateurs. S’il y a eu des résistantes, il y a eu aussi celles qui pour sauver leur foyer ont observé des pauses dans leur carrière. Mais la passion de la musique, de l’art et de la culture a souvent brisé des tabous, cassé des interdits et rompu des chaînes matrimoniales.

En coulisse, certaines artistes se sont confiées.

Dioba alias Marième Guèye, artiste-chanteuse, militante de la cause des enfants

« Je suis musicienne, guitariste, artiste-peintre, depuis ma tendre enfance. Je suis célibataire, divorcée, issue d’une famille de griots, bien que ma maman se soit opposée à mes débuts car elle ne voulait pas que je devienne musicienne. Personnellement, je n’ai jamais eu de contrainte dans ma carrière, mon ex-mari était artiste, donc il ne s’est jamais opposé à ce que j’exerce ma passion. Mais je pense que normalement, rien ne doit empêcher la femme musicienne de s’épanouir dans son métier. J’ai actuellement un petit groupe et je prépare un deuxième album. Mais souvent je fais appel à d’autres musiciens pour m’accompagner ».

Oumou Sarr Mifarasta, chanteuse reggae, choriste et chanteuse traditionnelle

« Je suis Oumou Sarr dit Mifarasta, femmes divorcée. Je fais du reggae et je fais de la musique depuis mon enfance. Dans ma famille, il y avait déjà des musiciens, dont mon oncle Feu Baby Sarr. Il y avait surtout mon grand frère et ma grand-sœur qui faisaient déjà du reggae. Mais le problème, c’est que les femmes qui font du reggae sont mal vues. Nous sommes négligées et marginalisées. Pendant mes neuf mois de mariage, mon mari ne m’avait pas autorisé à faire de la musique mais tolérait que je fasse du sport. J’avais donc observé une pause pendant ma vie matrimoniale pour respecter la volonté de mon mari. Pour dire que c’est vrai, le mariage peut constituer un frein à la carrière des femmes musiciennes surtout si leur partenaire s’y oppose. »

Mamadou Aly situation des métiers de la musique – Crédit Aidara

Le reste de la journée s’est poursuivie par d’autres débats, notamment celui ayant réuni les techniciens et techniciennes de spectacles, tous ces hommes et toutes ces femmes de l’ombre et tous ceux qui travaillent en coulisses autour de la musique.

L’irrésistible besoin en formation

Rencontre d’échanges entre les anciens techniciens, à l’image de Baba Djiré, nostalgiques d’un passé où ils se sont forgés dans un milieu rudimentaire et presque manuel, contrairement à cette jeune génération et les facilités offertes par les nouvelles technologiques de l’information et de la communication, dans un monde où les connaissances universelles sont à la portée d’un clic.

Une assistance captivée par les débats – Crédit Aidara

Mais reste le problème de la relève face à des jeunes qui, selon certains intervenants, préfèrent la facilité au dur apprentissage de métiers qu’ils s’entêtent à exercer sans en chercher l’expertise et la maitrise, pourtant à portée de leur smartphone. L’exemple des managers, souvent choisis parmi l’entourage des artistes, sans compétence et sans talent, a été cité.

Il fut aussi question de l’importance du réseautage dans un contexte où les spécialisations se sont fragmentées. Beaucoup ont regretté la multiplicité des festivals, la poussée inquiétante des egos et la recherche effrénée du gain, compromettant ainsi tout esprit d’union, de regroupement et de capitalisation des ressources et des compétences.

La capitalisation plutôt que le réseautage

Une détente entre deux pauses – Crédit Aidara

C’est l’idée lancée par l’artiste Mamadou Aly Diallo, qui souligne que le réseautage c’est important, mais que la capitalisation c’est encore mieux. Pour lui, la demande est encore très forte en matière de production artistique et musicale, rappelant que 88% de la population mauritanienne est jeune, et que cette jeunesse est hyper consommatrice de cette production. La musique est, selon lui, vecteur de cohésion et d’unité. La musique rassemble. Le hic, dira-t-il en substance, c’est que la plupart des artistes culturels manquent de formation et n’acceptent pas de reconnaître leur ignorance ni leurs insuffisances pour accepter d’être formés.

Mister X devait observer que la tente sous laquelle se sont déroulés tous ces débats d’échanges était la tente de la résidence et de la résistance, celle de la lutte pour la reconnaissance des droits culturels et des droits visuels.

Qui ne réclame rien, n’a rien

Pour Malika Diagana, ce genre de rencontres est le lieu de débats et d’évaluation des ressources, mais aussi le lieu d’apprentissage et de formation. Elle déclare qu’un projet est en cours sur le plan national pour la restructuration du secteur culturel et artistique.

Improvisation d’un live – Crédit Aidara

Une discussion s’est alors engagée sur la nécessité pour les artistes de réclamer leurs droits, dont l’adoption d’une loi garantissant leur statut d’artiste, non sans évoquer leur mise à l’écart par rapport au fonds du Covid-19 où ils ont été complètement exclus. « Les artistes sont ceux qui ont le plus souffert de la crise sanitaire de 2020-2022 » clama l’assistance.

Ils apprendront cependant que faute d’accès à l’information, et face à leur inertie, ils n’ont bénéficié d’aucune compensation de la part de l’Etat, au moment où l’association des griots par exemple a reçu 60 millions d’ouguiyas anciennes parce qu’ils ont multiplié les protestations.

La Mauritanie ne veut pas d’artistes

Les artistes ont regretté le peu d’intérêt que les gouvernements successifs en Mauritanie ont toujours accordé aux artistes, exprimant leurs regrets de voir des centaines de jeunes talents laissés pour compte, poussant beaucoup d’entre eux à l’exil ou à des conversions douloureuses.

Mister X – Crédit Aidara

« Les plus grandes victimes du mépris d’Etat parmi les artistes, ce sont les rappeurs et le monde du Hip-Hop qui occupent pourtant les trois quarts de la jeunesse mauritanienne, dont une écrasante majorité de négro-mauritaniens », ont observé certains intervenants.

« Cela ne va nullement dire que les autres artistes et griots de toutes les communautés ne souffrent pas de la mauvaise volonté du département chargé de la Culture. Tous sont mécontents de la situation lamentable du monde artistique et culturel, malgré les nombreuses conventions et traités signés par la Mauritanie, notamment la Convention de l’Unesco portant sur la diversité et l’expression culturelle » font-ils cependant remarquer.

L’accès aux fonds culturels

Sur ce plan, Abderrahmane Lahy, réalisateur, producteur et cinéaste, fondateur du festival Nouakshort Film, devait souligner qu’à travers cette convention, l’Etat mauritanien reçoit une subvention égale à 80% des financements, les 20% restant étant destinés à la société civile.

Il ajoutera que la rétorsion de l’information a voulu que la plupart des artistes n’ont pas été informés des modalités d’accès aux fonds et n’ont pas rempli les formulaires d’accès à ces ressources. Seul l’Etat avait bouclé son rapport, plus deux ou trois associations qui ont pu envoyer des formulaires, a-t-il noté en substance.

Ensuite, Abderrahmane a informé l’assistance de l’existence de fonds destinés aux acteurs culturels et artistiques, rappelant la position privilégiée de la Mauritanie qui a accès aussi bien aux fonds arabes qu’aux fonds africains, tels que le fonds arabe AFAC du Liban ou encore le fonds de la diversité culturelle de l’Unesco.

Aux artistes d’aller à la chasse à l’information

Abderrahmane que l’on surnomme aussi Abderrahmane Toto, a mentionné également l’existence d’un bureau de droits d’auteurs et d’un directeur payé mensuellement, notant que ce bureau a déjà organisé plusieurs réunions avec la Francophonie et l’Unesco. Ainsi, les artistes peuvent bien aller le voir pour défendre leurs droits en cas d’utilisation abusive de leurs œuvres, suggère-t-il.


Enfin, de par son expérience, Abderrahmane a conseillé les artistes de bien soigner leur langage car, dit-il, « les politiques et les sponsors nous écoutent toujours avec l’oreille de l’intérêt, alors que nous leur parlons de l’amour de notre art ». En d’autres termes, lorsque l’artiste porte avec passion et amour son projet auprès d’un homme politique ou d’un sponsor pour chercher des financements, ce dernier évalue ce que ce projet peut lui rapporter d’abord, a-t-il détaillé.

La journée commémorative de la fête de la musique s’est poursuivie par des jeux, des projections, de la chorégraphie et du live.

Cheikh Aidara


Lancement de RIMedia, un ambitieux projet de deux ans pour requinquer la presse mauritanienne

Appui aux médias, renforcement des capacités de gouvernance et de régulation des acteurs de l’information, éducation aux médias et à l’information. Tels sont, durant deux ans, les trois axes sur lesquels va travailler le projet RIMedia, dont le lancement a eu lieu mardi 20 juin 2023 à Nouakchott. C’est le fruit de la coopération entre la Haute Autorité de la Presse de l’Audiovisuel (HAPA), la plateforme franco-africaine « Média & Démocratie » et l’Ecole publique de journalisme de Tours (EJPT), sous l’égide de l’ambassade de France et son Service de coopération à l’action culturelle (SCAC) en Mauritanie.

Lancement du projet RIMeidia – Crédit Aidara

Depuis 2019, l’ambassade de France en Mauritanie s’est lancée dans un ambitieux programme de renforcement des capacités des journalistes mauritaniens en appui aux efforts déployés par les autorités, en particulier la HAPA. Cette coopération vient de prendre un nouvel élan avec le projet RIMedia dont le lancement a été supervisé mardi 20 juin 2023 par l’ambassadeur de France en Mauritanie, SEM. Alexandre Garcia, le Directeur de l’EJPT, M. Alain Bigo, le directeur de la Plateforme « Média & Démocratie » M. Olivier Piot et le Président de la HAPA, M. Houceine Medou.

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Un espace médiatique en mutation institutionnelle

En annonçant officiellement le lancement du Projet RIMedia, M. Houceine Ould Medou a insisté sur l’importance de la formation des journalistes dans le programme annuel de son institution, évoquant une formation de deux semaines qui vient de s’achever à l’Ecole Nationale d’Administration, de Journalisme et de Magistrature (ENAJM) au profit d’une centaine de journalistes de la presse privée.

Olivier Piot au micro et à sa gauche, SEM l’ambassadeur de France – Crédit Aidara

En outre, a-t-il indiqué en substance, le projet RIMedia intervient alors que d’importantes réformes entamées en 2020 sont en cours de mise en œuvre, à travers notamment l’élargissement des compétences et prérogatives de la HAPA, le décret portant carte de presse et l’augmentation de l’aide publique à la presse, entre autres.

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Selon lui, l’appui de l’ambassade de France à la formation des acteurs des médias est l’expression d’une coopération de plus en plus dynamique dans le domaine de la presse entre la France et la Mauritanie. Il n’en veut pour preuve, dira-t-il en substance, la réunion prévue ce jour, du comité de pilotage du projet RIMedia.

Formation globale jusqu’aux élèves et la société civile

Auparavant, SEM. Alexandre Garcia a passé en revue la coopération initiée depuis 2019 entre son institution et la HAPA et qui est restée dynamique jusqu’en 2022. Ces formations qui se sont intensifiées en 2023 ont porté notamment, selon lui, sur le journalisme d’investigation, la production de contenus numériques, les réseaux sociaux, la lutte contre la désinformation et le fact-checking, avec l’appui de l’EJPT.

Amadou Sy -Crédit Aidara

Tout serait parti, dira-t-il en substance, par l’accord de coopération entre la HAPA et l’autorité de régulation française ARCOM. Ce qui s’est traduit, d’après lui, par d’intenses réunions et des séries de formation au profit des acteurs des médias et des régulateurs.

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Avec RIMedia, dira en substance l’ambassadeur, la formation va s’étendre aux acteurs non professionnels comme les influenceurs et les blogueurs, mais aussi la société civile spécialisée.

« Médias & Démocratie », une plateforme tournée vers l’Afrique

Pour Olivier Piot, la plateforme « Média & Démocratie » créé en 2016 mais qui n’a réellement démarré qu’en 2018 est majoritairement composée de journalistes africains. Elle a déjà organisé plusieurs sessions de formation au profit de journalistes mauritaniens qui ont profité selon lui du jumelage Tunis-Bordeaux avec immersion dans plusieurs médias en Tunisie et en France. La plateforme anime aussi plusieurs conférences, colloques et des formations de pair à pair.

Selon Olivier Piot, plus de 100 journalistes africains, dont 45 mauritaniens, ont ainsi bénéficié des formations par jumelage offert par « Médias & Démocratie », annonçant au passage un nouveau circuit Nouakchott-Marseille.

3ème Prix africain du journalisme d’investigation en Mauritanie

Il a aussi évoqué le démarrage incessant de deux outils en Mauritanie, une étude diagnostic sur l’écosystème des médias et l’éducation aux médias destinés à 120 écoliers mauritaniens. Une autre étude serait également prévue portant sur la création d’une Maison de la Presse à Nouakchott, mais aussi l’organisation de la 3ème édition du Prix africain du journalisme d’investigation pour la première fois en Mauritanie.

Au passage, Olivier Piot était accompagné de deux membres du conseil d’administration de son institution, dont notre confrère Amadou Sy, Directeur Pays de « Média & Démocratie » qui a prononcé un bref mot à l’occasion.

Des cellules de fact-checking dans 5 médias mauritaniens

Prenant la parole, M. Laurent Bigo a déclaré que l’école publique de journalisme qu’il dirige à Tours (France) intervient dans plusieurs pays d’Afrique, comme le Mali, les Comores, Madagascar, Cameroun, Gabon, Tchad, Tunisie, Maroc, Sénégal. Son école est surtout réputée pour ses formations en fact-checking, lutte contre la désinformation et éducation aux médias.

« L’EJPT est ouverte sur le reste du monde » a-t-il déclaré, avant d’évoquer le prolongement du dépôt de candidature à l’Appel lancé pour la formation et l’accompagnement pendant deux ans de 5 futurs entrepreneurs de presse et de la société civile pour la création de médias numériques innovants.

Cheikh Aidara


Passage en revue de la coopération avec le PNUD en 2022, « la Mauritanie maintient son rang de pays à développement moyen, à l’heure du grand recul mondial »

L’ancien Palais des Congrès de Nouakchott a abrité jeudi 15 juin 2023 une rencontre d’informations sur le bilan de la coopération entre le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et ses partenaires nationaux en matière de résultats atteints en 2022. Une rencontre organisée avec le concours du Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs et qui a réuni plusieurs personnalités du secteur privé, de la société civile, des universitaires et des cadres du système des Nations Unies exerçant en Mauritanie.

Dans l’attente du film documentaire, les participants échangent – Crédit Aïdara

La « Rencontre d’information et de communication sur les interventions en faveur du développement durable », organisée par le Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) s’est tenue jeudi 15 juin 2023 à l’ancien Palais des Congrès de Nouakchott.

Le rendez-vous a donné lieu à la projection d’un film documentaire sur les résultats réalisés par le gouvernement mauritanien avec l’appui du PNDU en matière de résultats atteints en 2022 en termes de développement durable.

Cette rencontre qui a réuni plusieurs acteurs nationaux, en présence du ministre Secrétaire général du Gouvernement et d’un chargé de mission de la Présidence de la République, visait à renforcer la compréhension commune des défis relevés, des opportunités et des perspectives à saisir au service du développement durable de la Mauritanie.

Le PNUD, un partenaire important

Dans le mot qu’il a prononcé à l’occasion, le Secrétaire Général du Ministère des Affaires Economiques, M. Yacoub Ahmed Aïcha, a expliqué que la rencontre va permettre de consolider la compréhension des défis et des solutions prévues à l’issue des échanges entre l’ensemble des partenaires.

M. Yacoub Ahmed Aïcha – Crédit Aidara

« La coopération avec le PNUD est d’une importance capitale pour la Mauritanie dans son apport pour le développement durable du pays. Le Système des Nations Unies, par l’intermédiaire de ses agences spécialisées telles que le PNUD, joue un rôle crucial dans la promotion de la coopération multilatérale et la fourniture de services techniques et financiers pour la mise en œuvre des stratégies de développement de la Mauritanie » a précisé le Secrétaire général.

Il a ajouté que « l’exécution des programmes est dans un état avancé grâce aux orientations du Chef de l’Etat, Mohamed Cheikh Ghazouani et son programme prioritaire élargi (ProPEP). Les outils ont été validés et sont conformes aux différents leviers de la Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée (SCAPP) ».

Une performance en matière d’IDH

A son tour, le Représentant du PNUD en Mauritanie, M. Mansour Ndiaye, dans sa reddition des comptes envers les autorités et la population mauritanienne, a déclaré d’emblée que son institution s’est prêté à l’exercice de redevabilité il y a une semaine, en soumettant son rapport annuel 2022 aux Etats membres à l’occasion du conseil d’administration du PNUD.

M. Mansour NDiaye, Représentant Résident du PNUD Mauritanie – Crédit Aïdara

Il a salué l’ambition des autorités mauritaniennes dans une dynamique de transformation socioéconomique vertueuse à la faveur d’une mise en œuvre efficiente de la SCAPP et du ProPEP, avec des perspectives de croissance économique moyenne de plus de 5% sur la période 2023-2027.

Il a également salué l’effort de la Mauritanie qui a su maintenir son rang de pays à développement moyen, à l’heure où 90% des pays à travers le monde ont accusé un recul dans leur indice de développement humain, le ramenant à leur niveau de 2016.

Sauver les ODD

M. Mansour Ndiaye a cependant noté sur le plan mondial les insuffisances en matière d’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD) à l’horizon 2030 et la persistance des inégalités de genre, évoquant l’appel récent du Secrétaire Général des Nation Unies à sauver l’agenda du développement durable. D’où, dira-t-il en substance, la réponse du PNUD à travers son plan stratégique global 2022-2025 décliné autour de six solutions : pauvreté et inégalités, gouvernance, résilience, environnement, énergie, égalité du genre.

Vue partielle de la salle – Crédit Aidara

« Durant l’année 2022, nous avons investis 12,5 millions de dollars US, soit plus de 4 milliards d’ouguiyas anciens en appui aux priorités nationales » a-t-il déclaré, avant de conclure que « le PNUD est à l’écoute de vos suggestions et recommandations pour approfondir sa coopération et relever avec ses partenaires nationaux, les défis de développement au bénéfice des populations mauritaniennes ».

Défilé des directeurs nationaux des programmes

Plusieurs départements ministériels ayant bénéficié d’apports de la part du PNUD pour des programmes spécifiques se sont succédés sur le plateau pour des présentations courtes.

Conférence de presse du SG du Ministère des Affaires Economiques et du Représentant du PNUD – Crédit Aidara

Le Ministère de la Justice a ainsi bénéficié d’un financement de 7 milliards MRO pour l’accessibilité des usagers aux services judiciaires grâce à l’introduction des technologies de l’information et de la communication ainsi que l’outil informatique.  Une justice de proximité serait installée, permettant de régler les conflits mineurs sans encombrer les tribunaux (règlement par des imams de quartier ou de village).

Le Ministère de la transformation numérique a mis en place, grâce au PNUD, un dispositif national de pilotage qui touche plusieurs secteurs, avec création d’une agence numérique, le développement de solutions numériques, telles que l’identité numérique qui permet aux usagers d’accéder à tous les services publics.

Le Ministère de l’Energie et du Pétrole a lui aussi bénéficié de l’apport du PNUD dans son programme d’électrification rurale en zones isolées (PERZI). Il s’agit de relever le défi lié à l’accès à l’énergie dans des zones éloignées et enclavées. Ce projet développe aussi la solution verte grâce à l’éligibilité au Fonds Vert et aux fonds environnementaux, ainsi que l’accès à la formation professionnelle dans le domaine de l’énergie verte.

Comme résultat, le département a réalisé 200 mini-centrales solaires au profit de 600.000 personnes dont 60% de femmes et la création de services à revenus durables.

Le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable, a su relever, grâce au PNUD, le défi lié à la résilience des écosystèmes, à découpler la courbe de développement et la courbe d’accroissement des émissions de gaz à effet de serre (GES) pour assurer la transition énergétique.

Par la suite, un débat question-réponse a été engagé avec les participants. La rencontre s’est achevée par une conférence de presse avec le Secrétaire général du Ministère des Affaires Economiques et le Représentant du PNUD en Mauritanie.

Cheikh Aïdara
Pour le Groupe des Journalistes de Développement (GJD)


Brèches sur le littoral, l’Association des Journalistes Amis du Littoral constate l’ampleur de la menace sur Nouakchott

Un groupe de journalistes membres de l’Association des Journalistes Amis du Littoral (AJAL) a effectué vendredi 16 juin 2023, une visite de terrain sur le littoral de Nouakchott. Vingt et une brèches, recensées par les experts du Ministère de l’Environnement et du Programme de Gestion du Littoral Ouest-Africain (WACA) Mauritanie, livrent Nouakchott et son million d’habitants aux furies de l’Océan Atlantique en cas de remontée de la mer. Des solutions sont cependant envisagées.

Daffa Adama (chemise bleue à gauche) explique la question des brèche aux journalistes – Crédit Aidara

L’ambiance était détendue à bord du bus qui transportait ce vendredi 16 juin 2023, une vingtaine de journalistes de la presse privée et publique. Direction, les deux brèches les plus dangereuses du littoral au niveau de Nouakchott, celle située près de l’hôtel Ahmedi et l’autre près de « Tergit Vacances ». Face au cordon dunaire qui a disparu aujourd’hui, alors qu’il mesurait plus de trois mètres de hauteur jusque dans les années 90, la ville de Nouakchott est désormais exposée à la montée des eaux de mer.

Quelques pas vers la mer pour évaluer sa distance à la ville – Crédit Aidara

Organisée par AJAL, une association créée en mars 2021 en marge d’un atelier sur la gestion du littoral, avec le soutien du Ministère de l’Environnement et du Développement Durable et du Programme WACA Mauritanie, cette excursion a permis aux journalistes de constater avec quelle inconscience, le million d’habitants de Nouakchott vaque tranquillement à ses occupations, alors que le « monstre Atlantique » risque de les engloutir à tout moment.

Première brèche, près de l’hôtel Ahmedi

Terrain plat, de la mer on voit la ville et les voitures sur la route. Rien ne nous sépare du danger – Crédit Aidara

A quelques mètres de l’antique hôtel Ahmedi, abandonné et presqu’en ruine aujourd’hui, alors qu’il a connu ses heures de gloire dans les années 60, se trouve la brèche n°9 d’une longueur d’environ 600 mètres sur 300 mètres de large. L’une des plus dangereuses parmi les trois répertoriées, selon l’expert Daffa Adama, spécialiste en suivi-écosystème auprès de WACA Mauritanie.

Le plastique, un danger méconnu

Une rangée de détritus jonche le sol, là où des vagues en léchant la côte, emportent dans leurs retraits, plusieurs dizaines de bouteilles en plastique. Malaxés par les violents tourbillons marins, ces bouteilles sont écrasées en milliers de micro-organisme que les poissons avalent, les prenant pour du plancton. Et ces micro-organismes en caoutchouc finissent dans les plats, puis au fond des estomacs, créant toutes sortes de maladies.

Retour du plastique et de la saleté à la plage trois jours après le grand nettoyage – Crédit Aidara

Pourtant, cette plage a été nettoyée et récurée par des dizaines de volontaires lors de cette quinzaine de l’environnement qui bat son plein depuis le 5 juin dernier. Trois jours après, la plage est de nouveau livrée à l’insouciance des promeneurs.

Une affaire sous-régionale

Selon Daffa Adama, la dégradation du littoral marin ne touche pas seulement la Mauritanie. Elle touche également, d’après lui, d’autres pays, notamment les six pays membres du projet WACA financé par la Banque Mondiale, le Sénégal, la Côte d’ivoire, la Sierra-Léone, le Togo et le Bénin, en plus de la Mauritanie.

L’action néfaste de l’homme

Daffa (chemise bleue) en pleines explications…avec passion – Crédit Aidara

Daffa Adama considère que là où l’action de l’homme n’a pas exercé son empreinte destructrice, comme à Tiguint (commune relevant de Boutilimit au Trarza, située à 90 kilomètres de Nouakchott, sur l’axe Nouakchott-Rosso) le cordon dunaire a conservé toute sa majestueuse stature de paravent contre les effets des remontées de mer. Ce qui n’est plus le cas à Nouakchott où vingt et une brèche ont été répertoriées, regrette-t-il en substance.

« La construction de Nouakchott postindépendance, avec ses infrastructures, ses bâtiments et ses habitations, à coup de sable marin par camionnées, a détruit la protection naturelle qui défendait la ville et sa population », a-t-il ajouté avec amertume.

Des partenaires à la rescousse

Face à ce danger, plusieurs partenaires sont intervenus comme la GIZ, rappelle Daffa Adama, notamment lors d’une incursion marine dans les années 90. « Aujourd’hui, WACA a pris le relais pour restaurer le littoral dans les six pays ouest-africains cités plus haut, dont la Mauritanie » affirme-t-il.

Quelques options

Séances d’échanges, de questions-réponses et de photos – Crédit Aidara

« Là, au niveau de cette brèche, plusieurs options sont sur la table, le bétonnage, le dallage ou le tout-venant, pour renforcer la protection contre la remontée des eaux » a expliqué Daffa Adama qui précise que Nouakchott est située à moins d’un mètre au-dessous de la mer.

Selon l’expert, WACA va colmater les trois brèches les plus dangereuses, les n° 9, 13 et 16, qui sont programmées, avec six autres brèches, pour les trois années à venir et durant l’année 2023 en cours. En 2021, précise-t-il, la Banque Mondiale avait demandé un certain nombre de compléments d’études, ce qui a un peu retardé l’entame des travaux. C’était pour éviter d’effectuer des travaux dans l’urgence et de tomber dans la même erreur qu’au Togo avec les brise-lames qui ont créé après des problèmes, selon lui. Il déclare qu’au niveau de la Mauritanie, l’entreprise qui va procéder aux colmatages est connue et que ce n’est plus qu’une question de temps pour lancer les opérations.

Près de « Tergit Vacances », la méthode biologique pour fixer les dunes

A gauche, les hectares de sessivium, et devant, la mer – Crédit Aidara

En dépassant le marché aux poissons sis à la plage de Nouakchott, un peu vers l’hôtel Sabah et « Tergit Vacances, là où s’achève le bitume, une grande bifurcation à gauche, direction la mer et la grande plaque de WACA, située sur la partie béante d’une des plus grandes brèches du littoral.

Une énorme clôture en barbelés, 2000 mètres de long sur 150 mètres de large, soit 30 hectares, délimite un vaste champ où pousse des plantes. Ce sont les sessivium, plantes halophiles adaptées à l’environnement et efficaces pour la fixation biologique du sable. Une des méthodes qui a été utilisée au niveau de cette brèche, explique Daffa Adama, pour faire régénérer le cordon dunaire.

Plus loin vers le Nord, ajoute Daffa Adama, le ministère de l’Environnement et WACA ont aménagé plusieurs hectares au bord du littoral et envisagent d’y planter des filaos, des prosopis ou pourquoi pas la Typha, pour fixer le sable et aider à reconstruire le cordon.

En attendant, des mesures s’imposent selon plusieurs observateurs, notamment Daffa Adama. Il faudrait réglementer, selon eux, l’accès des populations à la plage, en interdisant le jet du moindre objet plastique et le passage des véhicules, mais aussi interdire toute extraction du sable marin et des coquillages. Cela passe nécessairement, ajoutent-ils en substance, par des campagnes permanentes de sensibilisation pour les usagers des plages et des hôtels environnants, en plus de l’application stricte des textes et des sanctions pour donner l’exemple.

Cheikh Aïdara