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Libération de Mohamed Dellahi, ses partisans animent une conférence de presse

Arrêté le 6 mai 2023 à l’aéroport Oumtounsy de Nouakchott alors qu’il revenait de voyage, Mohamed Dellahi, homme politique et défenseur des droits de l’homme, a été libéré sous contrôle judiciaire le 18 mai, alors que les raisons de son incarcération restent officiellement non encore connues. Ses partisans ont maintenu la conférence de presse organisée le même jour.

Les intervenants lors de la conférence de presse – Crédit Aidara

La conférence de presse organisée par les partisans, sympathisants et amis de Mohamed Dellahi, président du Parti Mauritanien pour le Développement et l’Environnement (PMDE), est intervenue le jour de sa mise en liberté provisoire par le parquet de Nouakchott. Cette conférence de presse qui fait suite à plusieurs jours de protestations dans les médias et des lettres adressées aux institutions chargées de la défense des droits de l’homme dans le pays, avait pour objectif d’exiger sa libération. Chose qui a été faite depuis le matin du jeudi 18 mai 2023.

Le FONADH, une tribune libre

Organisée au siège du FONDAH, la conférence de presse a servi de tribune pour dénoncer les dérives autoritaires du pouvoir de Mohamed Cheikh Ghazouani déjà entachées, selon les différents intervenants, par des élections générales marquées par des fraudes massives et généralisées.

Prenant la parole à l’occasion, Sarr Mamadou, président du FONADH devait constater le recul à tout point de vue des libertés publiques, notamment la liberté d’expression dont sont victimes déjà plusieurs bloggeurs, journalistes et hommes politiques, notamment Mohamed Dellahi.

Il a exhorté la jeunesse à s’affranchir des mauvaises pratiques qui montent crescendo, soulignant que le climat qui avait prévalu en 1966 est le même que nous vivons aujourd’hui sinon pire. Il a évoqué les accusations portées contre son organisation aussi bien par le pouvoir que l’opposition, à cause de son indépendance d’initiative.

Les intervenants sont unanimes à reconnaître que le siège du FONADH a toujours accueilli les opprimés, ceux dont aucune organisation sur place ne veut.

Une « séquestration » illégale

A son tour, Yacoub Ahmed Lemrabott, président du mouvement KAVANA, a déclaré que Sarr Mamadou est une école et que le FONADH est l’unique lieu ouvert à tous les opposants pour faire entendre leur voix. Selon lui, l’arrestation de Mohamed Dellahi est illégale et constitue une atteinte grave à la liberté d’expression. Comme Sarr Mamadou, il a appelé à l’union des Mauritaniens pour relever les défis qui se posent et imposer le respect des lois et des bonnes pratiques, contre le racisme, la discrimination et la mauvaise gouvernance.

Le président Samba Thiam, le président de la CLTM, Samory Ould Bèye, la député Coumba Dado Kane, la Secrétaire générale de l’association des veuves, l’activiste Bekaye Sy, et plusieurs autres intervenants ont dénoncé ce qu’ils appellent le « kidnapping » du président Mohamed Dellahi. Ils ont appelé les Mauritaniens à resserrer les rangs et défendre les idéaux de liberté et de justice dont ils rêvent.

Pour sa liberté de ton

Beaucoup ont lié l’arrestation de Mohamed Dellahi à son combat pour la résolution du passif humanitaire dont il a fait son cheval de bataille, mais aussi pour son franc parler et sa liberté de ton. Ce serait surtout pour sa participation au film documentaire « Le Tribunal du Fleuve » tourné à Dagana (Sénégal) et qui revient sur les douloureux évènements de 1989-1991 avec ses lots de déportations, d’apatrides et de liquidations extra-judiciaires de plusieurs soldats négro-mauritaniens.

Cheikh Aïdara


Elections du 13 mai 2023, Birame et la Coalition de l’Alternance signent leur première sortie pour tirer sur la sonnette d’alarme

« Le Ministre Nany Chrougha a utilisé la base de données de Taazourt pour forcer les familles bénéficiaires à voter pour le parti INSAF » dixit Birame Dah Abeid.

Birame Dah Abeid (2ème à partir de la gauche) entouré à sa droite par Ahmed Oubeid et à sa droite Oumar Yali – Crédit Aidara

Birame Dah Abeid a animé mardi 16 mai 2023 une conférence de presse au cours de laquelle il a exprimé son inquiétude face au climat de colère qui se répand depuis l’organisation scabreuse des élections générales du 13 mai dernier. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) mais aussi les partis qui ont accepté le dialogue parrainé par le Ministre de l’Intérieur sont tous responsables, selon lui, de la mascarade électorale sur l’autel duquel la population mauritanienne a été sacrifiée.

En effet, le siège du mouvement IRA qui a servi de siège de campagne pour la Coalition de l’Alternance formée sous la bannière du parti Sawab, lors de la campagne électorale préparatoire du scrutin du 13 mai 2023, a abrité mardi 16 mai, une conférence de presse animée par Birame Dah Abeid (IRA), Oumar Ould Yali (RAG) et Ahmed Ould Oubeid (Sawab).

Le pouvoir est le plus grand perdant

Dans sa première sortie publique depuis la fin du scrutin du 13 mai 2023, Birame Dah Abeid, tête de liste du parti Sawab à la députation, a déclaré que la fraude massive qui a émaillé les élections sont sans commune mesure dans l’histoire politique du pays. Il a comparé le climat qui a prévalu durant ces scrutins à ceux qui ont eu lieu en 2003 sous Ould Taya, lorsqu’il offrit à ces deux principaux concurrents de l’époque, Ahmed Daddah et Messaoud Boulkheir, trois voix chacun.

Selon lui, la mascarade électorale à laquelle les Mauritaniens viennent d’assister dessert plus le régime de Ghazouani que ses opposants, car elle offre au monde une image non reluisante de la démocratie mauritanienne.

@ Crédit Aidara

Il déclare avoir pris ses distances par rapport à Ghazouani depuis qu’il a renoncé au dialogue inclusif auquel tous les acteurs étaient conviés et qu’il avait mis en garde les partis politiques de l’opposition d’aller à l’abattoir auquel le Ministre de l’Intérieur les avait conviés pour leur imposer les règles du jeu : pas d’encre dans les bureaux de vote, pas de procès-verbaux pour les représentants des partis, pas de décalage de la date des élections, etc. Tous ses constats, l’opposition vient d’en tirer les conclusions, a-t-il ajouté, dans la dernière déclaration qu’elle vient de diffuser par rapport aux violations qui ont émaillé les élections.

Birame a souligné que Ghazouani n’a pas besoin de vivre l’amère expérience de Ould Taya qui a essuyé un coup d’état manqué après le scrutin de 2003, mais dont les retombées l’ont éjecté du pouvoir. Selon lui, « tout le monde n’est pas Birame ou le mouvement IRA qui militent pour la non-violence, et je trouve que les Mauritaniens ont le droit de prendre les armes », si le pouvoir veut continuer d’après lui, à maintenir la population par la violence publique, la transgression des lois et de la Constitution, le mépris de leur liberté de choix et la provocation primaire.

Pour Birame, le régime actuel est en train d’étouffer la population et de tuer tout espoir de changements auxquels elle aspire, précisant que tout cela est une patate chaude qui risque d’éclater à tout moment sur son visage.

Il en appelé à la rescousse des sages et des cadres imbus des constances de la République pour interpeller le Chef de l’Etat et lui demander de prendre ses responsabilités en annulant les résultats des élections du 13 mai durant lesquelles le choix des électeurs mauritaniens a été confisqué et dévoyé par son entourage.

Enfin, il a souligné que le pouvoir actuel n’a pas hésité à utiliser la vulnérabilité d’une couche de la population à des fins électorales pour le compte du parti au pouvoir. Il a accusé directement le ministre de l’Equipement et Porte-parole du gouvernement, Nany Ould Chrougha, d’avoir utilisé la base de données de l’Agence Taazour pour plier les 200.000 familles bénéficiaires des vivres et des cash-transfert à la volonté du régime et de son parti. Transportés à bord de bus, ces pauvres auraient ainsi été transbahutés d’une localité à l’autre, pour submerger les électeurs locaux et les livrer aux barons du parti au pouvoir avant de quitter les lieux.

Oumar Ould Yali, « du jamais vu »

Le président du parti Refondation pour une Action Globale (RAG), l’ancien ministre Oumar Ould Yali a déclaré qu’il n’a jamais vu durant toute sa carrière politique et même sous les pires régimes d’exception, des élections pires que celles que les Mauritaniens viennent de vivre. Au parti RAG et au mouvement IRA, cela semble ne pas les avoir surpris, a-t-il avoué en substance, soulignant que leur participation à ces scrutins était considérée comme une manière de participer à l’évolution démocratique dans le pays et à son rayonnement.

Selon Ould Yali, les prémisses d’une élection tronquée d’avance sont apparues depuis le jour où les partis politiques ont accepté de laisser le Ministère de l’Intérieur piloter les règles du jeu, comme au bon vieux temps de l’époque dictatoriale de Ould Taya où tout se jouait dans les locaux du Ministère de l’Intérieur.

Ainsi, pour Oumar Ould Yali, les élections démocratiques en Mauritanie sont désormais enterrées. C’est la première fois, dira-t-il en substance, que les horaires du scrutin pourtant fixés par la loi, ont été prolongés ad aeternam par la volonté d’un haut responsable du parti-Etat. Cela sans compter, le déplacement et la création subite de bureaux de vote, comme au temps où chaque chef de tribu avait son propre bureau dans lesquels les représentants des partis de l’opposition n’étaient pas admis. Il a lancé un appel au président de la République pour qu’il prenne ses responsabilités en sauvant les acquis démocratiques du pays, en imposant le respect des institutions de la République et ses symboles.

Ahmed Ould Oubeid, « sonner l’alarme »

Pour le vice-président du parti Sawab, Ahmed Ould Oubeid, l’objet de cette conférence de presse, « ce n’est pas pour parler des résultats des élections, nous le ferons à la fin des décompte », précisant qu’il s’agit de sonner l’alarme face à l’ampleur de la colère qui sourd dans toutes les régions du pays à cause de la fraude généralisée et éhontée qui a caractérisé les élections.

Il s’agit aussi, selon lui, d’alerter les responsables chargés de l’organisation des élections des dangers que court le pays et les inviter à un débat serein pour étudier les voies et moyens d’en sortir sans dégâts.

Selon lui, la CENI qui a été dotée de tous les moyens financiers et matériels nécessaires n’a pas pu jouer son rôle, en conservant son indépendance et sa neutralité par rapport à l’Exécutif et au parti au pouvoir. Plus grave, dira-t-il en substance, les commissions décentralisées de la CENI, au niveau régional, départemental et au niveau des arrondissements, n’ont pas été formées sur les opérations électorales, tout comme les représentants des partis candidats. D’où les erreurs mortelles qui ont marqué les élections et dont la responsabilité incombe en grande partie à la CENI et à son comité des sages ainsi qu’à ses cadres.

Ahmed Ould Oubeid a déclaré que ces scrutins sont aussi marqués par la descente dans l’arène électorale, pour la première fois, de tous les membres du gouvernement, lesquels ont utilisé leur fonction pour menacer les populations de privation des services de leur département s’ils ne votent pas pour le parti au pouvoir.

Il a enfin lancé un appel aux sages du pays pour une rencontre ouverte afin de tirer les conclusions néfastes de ces élections et rectifier ses dégâts mortels sur la sérénité politique et la confiance des populations dans les institutions de la République.

Cheikh Aïdara


Arrestation de Mohamed Ould Dellahi, un large mouvement populaire pour sa libération

De retour d’un voyage à l’étranger, l’activiste et homme politique, Mohamed Ould Dellahi, président du Parti Mauritanien pour le Développement et l’Environnement (PMDE), est arrêté le 9 mai 2023 à l’aéroport Oum Tounsy de Nouakchott. Depuis une semaine, sa famille, ses amis et ses nombreux partisans réclament sa libération et dénoncent une arrestation sans motif légal.

Mohamed Dellahi

Pétitions et marches de protestation sont devenues presque le quotidien de centaines de personnes, amis, familles et partisans de l’homme politique, Mohamed Ould Dellahi, arrêté sans motif déclaré le 9 mai 2023 à l’aéroport de Nouakchott, alors qu’il revenait d’un voyage à l’étranger. Une plateforme numérique sur les groupes WhatsApp lui est d’ailleurs dédiée où plusieurs sympathisants se relaient en permanence pour demander sa libération et dénoncer une violation flagrante de la liberté d’expression et d’opinion dont il est victime.

Partout en Europe et aux Etats-Unis, des organisations de défense des droits de l’homme dirigées par des membres de la diaspora mauritanienne appellent son élargissement et dénoncent son arrestation. La communauté internationale a même été interpellée pour la cause.

Pris dans les nasses de la campagne électorale et des élections générales qui ont couvert le mois de mai 2023, les médias mauritaniens ont peu relayé l’information relative à l’arrestation de Mohamed Ould Dellahi.

Un adversaire têtu du pouvoir actuel

Connu pour sa verve et son franc parlé, Mohamed Ould Dellahi, a toujours été dans le collimateur des différents détenteurs du pouvoir qui se sont succédés depuis la dernière décennie.

Homme politique chevronné, défenseur invétéré des justes causes, selon ses partisans, Mohamed Ould Dellahi a toujours défendu les victimes d’injustices, de racisme et de discrimination, allant jusqu’à attaquer frontalement le pouvoir actuel dirigé par Mohamed Cheikh Ghazouani, et avant lui celui de son cousin, Mohamed Ould Abdel Aziz.

Mohamed Dellahi

Selon les dernières informations, le pouvoir actuel reprocherait à Mohamed Ould Dellahi son farouche engagement dans les causes défendues par la communauté négro-mauritanienne et relative à ce que ces derniers considèrent comme le racisme d’Etat et leur exclusion.

En effet, Mohamed Ould Dellahi est l’un des rares leaders de la communauté maure qui ne cesse, selon les Négro-mauritaniens, de dénoncer sans relâche le « Passif humanitaire », générique qui désigne la déportation massive des noirs de Mauritanie au Sénégal et au Mali en 1989, ainsi que les pogroms qui ont visé des soldats de la même communauté entre 1990 et 1991.

Sur le règne de l’actuel chef de l’Etat, Ghazouani, et celui de son prédécesseur Ould Abdel Aziz, il disait dans les colonnes du site « Le Calame », « la décennie d’Ould Abdel Aziz est reconnue par tout le monde comme un malheur et une catastrophe pour le pays. J’aimerais ici expliquer qu’il n’y a pas de différence entre cette décennie et les deux années de Ghazouani. Le système est resté le même. ».

Selon lui, les deux régimes se ressemblent. « Ils sont pareils, tous deux sont responsables de la destruction de notre pays. Ce système composé des barons de l’UPR, de certains généraux et oulémas qui gouvernaient hier avec Ould Abdel Aziz et actuellement avec Ghazouani sont responsables de la spoliation des biens de notre nation et de son isolement du monde extérieur » a-t-il poursuivi dans la même interview.

Sur le bilan de l’actuel Chef de l’Etat, il soutient qu’il s’agit d’un échec total, qualifiant l’équipe au pouvoir de médiocre. Pour lui, « Ghazouani a déçu toute la classe politique, même ses partenaires politiques sont déçus. Il n’a pas ni la force ni la capacité de diriger ce pays. Il est faible et nous demandons sa démission ».

Un rapprochement « suspect » avec les Négro-mauritaniens

Son dernier déplacement au Sénégal pour participer au tournage d’un film sur le « Passif humanitaire » serait la goutte d’eau qui a fait déborder la vase des récriminations que lui voue le pouvoir actuel. S’ajoutent à cela, ses attaques incessantes contre les figures emblématiques du système politique en place, ses cadres, ses généraux et ses thuriféraires.

Il n’en fallait pas plus pour placer ce révolutionnaire rétif dans le collimateur d’un pouvoir politique qui ne tolère pas souvent les dérapages verbaux et les opinions qui menacent son emprise sur le pays.

En effet, le discours de Mohamed Ould Dellahi jugé de violent par certains observateurs, ainsi que son caractère très osé sur des questions aussi sensibles que l’esclavage, les déportations et les massacres des années de braise, dérangent au plus haut point les dirigeants actuels.

Ainsi, selon l’aveu de certains de ses partisans, son arrestation après ses déplacements au Maroc et au Congo, était prévisible.

En attendant, Mohamed Dellahi qui souffre de problèmes cardiaques a eu deux malaises, dont l’un qui a forcé ses geôliers à le conduire à l’hôpital cardiologique de Nouakchott puis à le transférer dans un endroit plus ou moins plus confortable. Son avocat suit de près son dossier et déclare n’avoir pas eu encore des explications sur les motifs d’arrestation de son client.

Sa famille a lancé un cri de détresse pour ameuter l’opinion nationale et internationale sur ce qu’elle qualifie de séquestration extra-judiciaire, exigeant sa libération, et invoquant son état de santé fragile.

Cheikh Aïdara


Elections 2023, dernier baroud d’honneur de la Coalition de l’alternance à Nouadhibou et Rosso

Après une tournée réussie dans toutes les régions de la Mauritanie, selon ses partisans, la Coalition de l’Alternance amenée par Birame Dah Abeid sous les couleurs du parti SAWAB, ont parachevé jeudi 11 mai 2023, leur campagne électorale par deux régions symboles, Nouadhibou et Rosso.

Meeting de Nouadhibou – Crédit Aidara

Arrivée mardi 10 mai de Kaédi et d’Aleg, ultimes étapes d’une tournée dans les régions de l’Est, celles de la Vallée et du Brakna, la Coalition de l’Alternance conduite par son leader, Birame Dah Abeid, s’est rendue à Nouadhibou, la capitale économique, puis à Rosso où il a clôturé sa campagne électorale, le jeudi 11 mai.

Nouadhibou, la reddition

A Nouadhibou où le candidat Birame Dah Abeid avait battu Ould Ghazouani lors de la présidentielle de 2019, le réveil des troupes ne fut pas chose difficile, selon plusieurs observateurs. La foule était impressionnante au point de faire oublier le rassemblement monstre de Kiffa qui avait ébranlé la coordination locale du parti au pouvoir INSAF. Le Coordinateur du parti-Etat dans la région de l’Assaba, Ould Bouna et son équipe de campagne, avaient en effet reconnu avoir été surpris par la popularité de Birame, alors qu’ils l’avaient exclu de la compétition au niveau de la région.

Discours de Birame à Nouadhibou – Crédit Aidara

A Nouadhibou, la Coalition de l’Alternance avait pratiquement rappelé aux ténors de la majorité qu’il fallait compter avec le poids électoral de Birame Dah Abeid dans leurs calculs au niveau local.

Los du gigantesque meeting organisé mercredi 10 mai 2023, plusieurs orateurs se sont succédés au micro pour galvaniser la troupe et réchauffer le plateau avant l’entrée en lice de celui que toute la population massée à ses pieds attendait avec ferveur.

En effet, la montée de Birame Dah Abeid sur scène a été accompagnée d’une salve de sifflements d’honneur, d’applaudissements et de cris hystériques.

Comme à son habitude, l’attaque fut frontale, contre les tenants du pouvoir et leur gestion catastrophique de Nouadhibou. Birame a touché du doigt, selon l’aveu de plusieurs participants, les maux dont souffre la population, le manque d’eau, le chômage des jeunes, le bradage des ressources halieutiques et minières au profit des multinationales. Attaque frontale aussi contre l’homme fort de la commune, Mohamed Vall Ould Bellal qui brigue un énième mandat, malgré la longue confrontation avec le pouvoir de Mohamed Abdel Aziz d’abord, puis celle de l’actuel président Mohamed Cheikh Ghazouani.

Vue partielle de la foule à Nouadhibou – Crédit Aidara

Mais pour Birame, Ould Bellal et le parti qu’il représente, le parti Karama, ne sont que l’autre face du parti INSAF au pouvoir. Selon lui, les deux formations de la majorité présidentielle sont complices de la mal gouvernance qui ronge le pays. Pour preuve, le procès en cours de l’ancien président Ould Abdel Aziz de la part de ces ex-compagnons aujourd’hui aux rennes du pouvoir, dévoile, selon lui, l’ampleur de la complicité qui a prévalu et qui continue de prévaloir au cœur de l’Etat mauritanien.

Il a promis de restituer les richesses volées au pays, pour soulager les souffrances d’un peuple acculé jusque dans son dernier souffle de vie. La faim, la pauvreté, la disparition du poisson, l’inaccessibilité des prix de consommation, est aujourd’hui son lot, dira-t-il en substance.

Selon lui, la coalition a déjà dépensé dans sa campagne, 32,5 millions d’ouguiyas limpides, soit moins de 3 millions par région, là où le parti INSAF a dépensé plusieurs milliards d’ouguiyas issus de l’argent sale.  Il a déclaré que sa coalition présente des candidats propres de tout soupçon, là où de l’autre côté, le parti-Etat présente des candidats au passé douteux.

L’accueil à Chami

Il faut noter que la délégation de la Coalition de l’Alternance avait, tard dans la nuit, observé un arrêt dans la ville de Chami sur son chemin de retour en provenance de Nouadhibou vers Rosso. La délégation a reçu, malgré l’heure très tardive, un accueil chaleureux de la part de la population, notamment les nombreux orpailleurs qui ont exprimé leurs souffrances face à l’esclavage dont ils sont victimes de la part de la société aurifère canadienne Taziast et ses armées de tâcherons, avec la complicité de l’Etat mauritanien.

A Chami à côté du candidat maire – Crédit Aidara

Se sont succédé au micro pour l’occasion plusieurs orateurs parmi lesquels, le candidat à la députation Zayed El Mouslimine Ould Maalainine et le candidat à la mairie Hamed Ould Sidi Lemine Ould El Vadhi.

Un discours galvaniseur de Birame qui a insufflé une véritable levée de boucliers contre les candidats locaux du parti INSAF et une salve à l’encontre du système politique en vigueur

Rosso et la restitution des terres spoliées

La population de Rosso avait rendez-vous durant la soirée du jeudi 11 mai 2023, ultime virage avant l’extinction des feux de la campagne, avec les candidats de la Coalition de l’Alternance et le discours enflammé de son leader.

Birame et à sa droite le candidat au Conseil Régional du Trarza – Crédit Aidara

La capitale du Trarza, fief de Birame Dah Abeid, a eu en effet l’honneur d’accueillir le meeting de clôture de la coalition Sawab-RAG, après quinze jours d’intenses tournées dans les quatre coins du pays. Rosso reste dans ce cadre une des citadelles de résistance où Birame, selon ses partisans, avait battu à plate-couture Aziz et Ghazouani lors de la présidentielle de 2019.

Durant cette soirée de clôture, les candidats de la coalition au Trarza ont ainsi défilé devant le micro, notamment les deux députés, Dame Fall et Hacen Taleb Khyarna, le maire de Rosso, Moussa Keîta et le président du Conseil régional, Hamoud Magha, ainsi que la chevronnée militante du mouvement IRA, Jemal Achour.

La foule à Rosso – Crédit Aidara

Dans son discours, Birame a donné à la population de Rosso une leçon sur la démocratie et sa finalité, qui est de changer les gouvernants qui ne satisfont pas les attentes du peuple. Il les a mis en garde contre la vente des consciences, soulignant que la carte d’électeur est la force qu’ils détiennent pour punir et chasser leurs mauvais élus, tels ceux qui se sont succédé à la tête de Rosso et du Trarza sans jamais avoir réalisé les attentes de la population et ses aspirations.

Il est temps, selon lui, de mettre fin à l’emprise des thuriféraires locaux, à l’image de Hacen Ould El hadj et de mettre fin à la spoliation des terres agricoles, au point où les paysans du Trarza n’ont plus de terre de culture. Leurs champs ont été distribués selon lui à la mafia locale et celle venant de Nouakchott, rappelant les douloureux calvaires des habitants de PK 10 et de Djeuk.

L’accueil à Tiguint – Crédit Aidara

Il a cité parmi les injustices subies par les populations, les concours à caractère raciste, mettant en exergue le racisme ancré dans les consciences qui empêchent ainsi les tribus auxquels appartiennent par exemple ses deux candidats, Hacen Taleb et Ould MBoukhoukha, de venir les soutenir, au lieu de s’afficher dans les rangs du pouvoir par peur des représailles et des punitions collectives.

Il a attaqué le parti Massar qui n’existe pas, selon lui, hors du Trarza et n’a été créé que pour le combattre, dans une guerre par procuration dans laquelle des harratines sont utilisés pour l’abattre.

Arrêt à Tiguint – Crédit Aidara

Pour Birame, la véritable bataille est celle de la présidentielle de 2024, soulignant que les candidats de la coalition sont connus pour leur virginité politique et leurs mains propres. Il a précisé que Ghazouani n’est pas fait pour la présidence et qu’il est mal entouré. Il a promis aux populations de Rosso et du Trarza, la restitution de leurs terres de culture au détours d’une véritable révolution agricole qu’il compte conduire s’il prend le pouvoir.

Il a ajouté que les héritiers du pouvoir de 1978 ne pensent qu’à eux-mêmes et à se reproduire au pouvoir, soulignant que chaque président qui vient crée sa propre classe d’hommes d’affaires, dont les ambitions se limitent à leur enrichissement personnel, quitte à détourner l’argent des projets d’infrastructures, telles les routes mal conçues, à gonfler les factures, à déverser sur le marché des médicaments falsifiés et des produits alimentaires périmés qui sèment la mort et la désolation.

C’est par ce discours qui a attiré plusieurs centaines de personnes que s’est achevé la campagne électorale de la coalition de l’Alternance.

Il faut noter que sur sa route vers Rosso, la délégation de la coalition a effectué un arrêt à Tiguint, 90 Km de Nouakchott où un accueil populaire et chaleureux lui a été réservé.

Samedi 13 mai sera le jour du verdict des urnes et la coalition espère en tirer un grand profit.

Cheikh Aïdara