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Le syndicat des agriculteurs mauritaniens tient son 2ème congrès et renouvelle ses instances au milieu d’importants défis

La salle de réunion de la Mairie de Teyarett (Nouakchott-Nord) a abrité, le 29 mars 2023, le 2ème Congrès du Syndicat des Agriculteurs de Mauritanie (SAM), avec l’appui de plusieurs partenaires, dont le Bureau International du Travail (BIT), Save The Children et Via Campesina (voix des paysans). Au cours de cette rencontre de quatre jours, les instances dirigeantes ont été élues avec la reconduction du Secrétaire général du syndicat, Dawa Ould Moustahdi.

Cadres du SAM et partenaires à l’ouverture du congrès – Crédit Aïdara

Elles sont venues de toutes les régions du pays, masses compactes d’hommes et de femmes dont l’écrasante majorité vient des classes serviles. C’est la deuxième fois, au cours du congrès ordinaire qui s’est ouvert mercredi 29 mars 2023 à Nouakchott, que les membres du Syndicat des Agriculteurs de Mauritanie (SAM) choisissent leurs instances dirigeantes, à travers l’élection d’un nouveau Secrétaire Général, d’un nouveau Conseil Général et d’un nouveau Comité Exécutif. Une commission de désignation présidée par Mohamed Ould Ahmed Deya a supervisé le scrutin qui s’est déroulé dans une atmosphère calme et sereine.

Le Secrétaire générale lors de sa prise de parole – Crédit Aïdara

Le 2ème congrès ordinaire du SAM a été marqué par la présentation du Rapport moral du Secrétaire général sortant, en présence de Marc Ninerola, représentant du Point Focal du BIT et Aboubekry Dieng, Coordinateur du Projet MAP 16 au BIT, Aïssata Bâ de Save The Children et Malal Diop, de la Caisse Nationale de Solidarité en Santé (CNASS), entre autres.

Lutte pour les droits

Le Secrétaire Général présente son rapport moral – Crédit Aïdara

Dans son rapport, le Secrétaire Général du Syndicat, Dawa Ould Moustahdi, a énuméré les activités menées par son organisation depuis la première réunion de Kaédi en fin juillet 2016. Il a rappelé les différents combats que le syndicat a mené pour préserver les intérêts de ses membres, citant l’affaire de l’homme d’affaires qui a voulu léser les paysans de Dar-El Barka dans la Moughataa de Boghé au Brakna, le problème de Daghveg dans la Moughataa de Barkéol en Assaba lorsqu’un administrateur tenta de clôturer une partie des terres agricoles des habitants et le problème similaire dont ont failli être les victimes les populations de Maghta-Lahjar au Brakna.

L’esclavage au cœur du combat

Des congressistes venus de toutes les Wilayas – Crédit Aïdara

Il surtout mis en exergue les appuis dont le syndicat a bénéficié auprès de certains partenaires, dont le BIT, notamment dans le domaine de la lutte contre l’esclavage, et l’apport important apporté dans ce cadre par SOS Esclaves et Save The Children.

Il a mentionné ainsi les ateliers de formation et de sensibilisation que le BIT a dispensée aux membres du syndicat, en février 2021 à Kaédi et à Kiffa, puis en avril 2021 à Kaédi, sur la résolution des conflits fonciers, l’enrôlement des enfants et la situation des femmes rurales.

L’art comme arme de libération

Ambiance détendue lors du Congrès – Crédit Aïdara

Le Secrétaire général a cité l’art comme vecteur de prise de conscience et de creuset culturel, mais surtout d’arme de lutte qui a été utilisée selon lui dans les années 80 pour éduquer les agriculteurs dans la lutte pour la conquête de leurs droits. En 2016, souligne-t-il en substance, deux ateliers ont été organisés dans ce cadre à Timbedra et à Koubenni, pour échanges d’expériences en partant de la lutte menée au niveau de l’Aftout, de Leegueylatt et des deux Hodhs.

Les femmes rurales au cœur des défis

Forte mobilisation des femmes rurales – Crédit Aïdara

Il a évoqué la visite effectuée par les partenaires du projet et le Ministère des Affaires Sociales pour des actions ciblant les femmes rurales issues d’anciennes classes serviles, notamment leur insertion et leur autonomisation économique. Des projets de développement ont été proposés, comme la filière couscous à Bousteila (Hodh Charghi), la clôture du barrage d’Atrid (Hodh Gharbi), la constitution de groupes de vigilance contre l’esclavage, entre le syndicat et SOS Esclaves, des formations sur la loi 031-2015 criminalisant l’esclavage, la prise en charge des survivants de cette pratique, l’identification des cas et leur libération.

Intenses campagnes d’adhésion

Les paysans fortement mobilisés – Crédit Aïdara

Selon le Secrétaire général, la campagne d’implantation menée en 2022 a permis de fortes adhésions dans plusieurs Wilayas, notamment au Gorgol, Brakna, Guidimagha, Assaba, le Tagant et les deux Hodhs. La campagne d’affiliation se poursuit selon lui dans la Wilaya du Trarza, en particulier à Tékane.

L’occasion a été saisie pour rendre hommage au premier Secrétaire Général du Syndicat, le défunt Mohamed Yenge Ould Sidi Ahmed, qui aurait effectué la première campagne d’adhésion à pied.

L’objectif du SAM est d’inclure, selon le Secrétaire général, tous les paysans du pays, de diversifier les adhérents afin qu’il puisse englober toutes les composantes, encourager la participation des jeunes et des femmes dans les instances de prise de décision.

L’état-civil, l’un des principaux problèmes

Une congressiste pose les problèmes des paysannes – Crédit Aïdara

A ce jour, dira le Secrétaire Général, le syndicat a permis l’enrôlement de 446 enfants qui ne disposaient pas de papiers d’état-civil et de 147 femmes qui n’en avaient pas à cause de leur pauvreté et de leur situation antérieure d’esclave.

Aujourd’hui, le Syndicat des Agriculteurs de Mauritanie, compte 19.650 adhérents issus de plusieurs régions du pays.

Via Campesina, ou la paysannerie mondiale

Le représentant de Via Via Campesina en vidéoconférence – Crédit Aïdara

Les congressistes ont suivi la brève allocution prononcée via vidéoconférence par Hatem El Oueni, au nom de Via Campesina (Voix du Paysan), l’organisation internationale de la paysannerie. Hatem Oueini a félicité les congressistes et rappelé le rôle important qu’ils jouent dans la vie socioéconomique du pays. Il a surtout rappelé les jours qu’il a passés en Mauritanie et sa satisfaction par rapport aux activités menées par le SAM au profit du monde rural dans le pays.

Les congressistes posent leurs problèmes

Un paysan énumère les défis du monde rural – Crédit Aïdara

Des échanges ont ponctué la journée. Plusieurs hommes et femmes se sont ainsi exprimés pour poser les problèmes auxquels ils sont confrontés. Les ennemis de l’agriculture, les maladies qui affectent les plantes, le manque d’eau, les animaux errants face à l’absence de clôture grillagée pour protéger les cultures, le manque d’outils modernes de travail, les problèmes fonciers, le non accès aux crédits, l’absence de papiers d’état-civil et la non scolarisation des enfants…Autant de défis qui ont été posés par les différents intervenants, Aïchetou Bâ du Gorgol, Fatimetou Samba de Foum Gleïta (Gorgol), Breïk Ould Daoud de Moït (Gorgol), Oumar Ousmane Dia de Boghé (Brakna), Mohamed Hafedh de Moudjéria (Tagant), Moustapha Ely de Kiffa (Assaba), Ghaber Ould Cheikhna de Jeïgui à Amourj (Hodh Charghi), Ezze Mint Breïk de Maghta-Lahja (Brakna)…

Elections de nouvelles instances

Amadou Dia de Boghé pose les problèmes des agriculteurs dans sa région – Crédit Aïdara

Le deuxième jour du congrès ordinaire du SAM a été marqué par les travaux en commissions et l’adoption des résolutions issues des discussions suivies de formulation d’un certain nombre de recommandations.

Après adoption en plénière des différentes résolutions, les congressistes ont élu leurs nouvelles instances avec la présence d’une seule femme au Bureau Exécutif. Le Secrétaire Général sortant, Dawa Ould Moustahdi a été reconduit dans ses fonctions.

Cheikh Aïdara


En Mauritanie, le premier festival culturel de Djéol à la découverte du patrimoine historique

L’érudit et fondateur des Ecoles Falah, El Hadj Mahmoud Bâ, le guerrier Samba Guéladjegui, le général d’armée Farba Djéol, la bataille de Sendougou, la « Grotte de l’Hyène », la montagne Hayré Youlndé… Des vestiges riches d’un passé glorieux que le premier festival culturel de Djéol, organisé du 17 au 19 mars 2023, a permis de déterrer.

Le président Ould Ghazouani lors de la cérémonie officielle d’ouverture du festival – Crédit Aidara

Le festival de Djéol a vécu, avec la présence effective du président de la République, Mohamed Cheikh Ghazouani, plusieurs membres du gouvernement dont le ministre de la Culture, Mohamed Ould Soueidat, les élus de la région du Gorgol et l’omniprésent maire de Djéol, Ly Oumar Abdoulaye.

Ghazouani lors de la course des pirogues, entre le Wali du Gorgol (en tenue bleue) et le ministre de la Culture – Crédit Aidara

C’est la première fois que le festival des villes anciennes sort de son circuit traditionnel. Depuis son lancement en 2015, il était entièrement circonscrit aux cités de Chinguitty, Ouadane, Oualata et Tichitt. L’organisation pour la première fois d’un tel évènement dans la Vallée est une manière de « consolider l’unité nationale et la cohésion sociale« , selon le ministre de la Culture, artisan du festival.

Le ministre de la Culture (tout sourire) lors de l’inauguration de la stelle « Djéol, cité historique » – Crédit Aidara
Le Maire de Djéol lors de la pose de la stelle « Djéol cité historique » – Crédit Aidara

Si Djéol a été une étape comme les autres, à travers les soirées culturelles, les expositions de produits de l’artisanat local et des autres régions du pays, sans compter les conférences et les concours, le festival a permis de découvrir les richesses culturelles et historiques d’une cité connue par son rayonnement religieux et spirituel, mais aussi par ses rois, ses Farba (généraux) et ses Almamy, avec leurs sempiternelles guerres de domination.

Des exposants lors du festival de Djéol – Crédit Aidara
Entre les pavillons de l’exposition – Crédit Aidara
Jeunes filles de Djéol dans leurs tenues traditionnelles – Crédit Aidara

El Hadj Mahmoud Ba et les écoles Fallah

Là, vécut et mourut El Hadj Mahmoud Bâ – Crédit Aidara
Mosquée de El Hadj Mahmoud Bâ – Crédit Aidara

El Hadj Mahmoud Bâ (1905-1978) est la figure emblématique de Djéol. C’est à partir de ses rues sinueuses qu’il sortira à l’âge de 16 ans pour aller à la conquête du savoir. Il étudia le Coran et les sciences islamiques, fit le pèlerinage à pied en 1924, resta à la Mecque pour parfaire ses connaissances et revint chez lui à Djéol où il créa en 1941 la première école « Falah », avant d’en étendre l’implantation dans plusieurs pays de la religion. Combattu par le colon et les marabouts, il permit à plusieurs centaines de personnes de sortir de l’ignorance, s’opposa à l’esclavage et participa largement à l’expansion de la langue arabe dans sa communauté. Il fut conseiller à la présidence de la République et s’occupa pendant de longues années de l’enseignement dans le pays.

Djéol, un sanctuaire aux fortifications naturelles

Djéol, cité historique au cœur du Fouta, fut le lieu de rudes conflits d’expansion et d’occupation, entre les différentes forces présentes sur les lieux, mais aussi, avec quelques intrusions d’émirats maures avoisinants.

Le conteur Aboud Mamadou Diop – Crédit Aidara

Selon Abou Mamadou Diop, la cinquantaine, chasseur et conteur traditionnel, Djéol accumule un passé historique prestigieux. Ce passé est dominé par les récits presque mythiques du guerrier Samba Guéladjégui, sorte de Robin des Bois du Fouta, dont les exploits ont longtemps nourri une émission matinale de Radio Mauritanie et continuent de bercer la mémoire collective de tout le Fouta dans ses deux rives.

Djéol est essentiellement peuplé de Halpulaar et de Soninké, deux communautés qui vivent depuis des siècles en totale symbiose entre la montagne Wali Souba et la montagne Damé, entre une longue procession de villages, Kadel Bedjou, Kadel Nambéri, Maali Tourel, Toundé Makajam des Nianiabé, et d’autres contrées.

L’Oeil de Djéol sur la montagne Hayré Youlndé – Crédit Aidara

Au Nord de Djéol, se tient la montagne « Hayré Youlndé », et son « œil » de vigile. Au Sud, la « Grotte des Perdus », entre Djeumé et le village soninké de Gouri. A l’Est, c’est la « Colline du Prophète », ou « An Nabiu », qui retient dans ses traces picturales ce qui ressemble au pied d’une personne et la patte d’un chameau.

Façade de la Grotte des Hyènes – Crédit Aidara

Au Nord-Est, la Grotte des Hyènes, ou « Sudu Fowru », où des dizaines de grottes restent encore visibles même si leurs anciens funestes occupants ont disparu. Il fut aussi le refuge des féticheurs, d’où son autre nom « Sudu Turu ».

Vue de la grotte des hyènes du côté opposé à la façade – Crédit Aidara

C’est entre la Grotte des Hyènes et la Colline du Prophète que se situe la Colline des Sentinelles, là où les vigiles du colon français surveilleront plus tard les habitants de Djéol.

Vue d’en haut de la cité, sur la colline des Sentinelles – Crédit Aidara

C’est là, entre ces différentes escarpes qui entourent la cité, où se dérouleront les plus célèbres batailles de la cité. Notamment la bataille de Sendougou qui opposa Samba Guéladjégui au Farba Djolof, sur les dunes blanches bordant la rive droite en face de Djéol, où celle l’ayant opposé à son cousin Konko Bou Moussa.

C’est de l’autre côté, sur ces plages blanches, qu’eut lieu la bataille de Sendougou – Crédit Aidara

L’histoire de la brève intrusion de l’émir Sid’Ahmed Bakar, entre les quatre grands guerriers du Fouta, Farba Djéol, Pathé Hamath de Aoueïnat, Farba Kaédi et Abdoul Bakar de Dabiyé, marque l’histoire du Fouta. Même si un territoire lui a été octroyé à Namat, entre Djeuné Guiraye, village de pêcheurs et Aoueïnat, il ne put durablement s’installer dans la région et se retirera plus tard.  

Cité des érudits

Les cimetières de Djéol – Crédit Aidara

Djéol, c’est surtout la cité du savoir islamique. Avec ses nombreux érudits, comme El Hadj Mahmoud Bâ, les frères Tandia, Alpha Hamidou NGaïdé, Alpha Hamady Bâ, Cheikh Abdoulaye et l’érudit maure, Chérif Abdoul Moumine, dont la tombe à Djéol, marque le symbole de son attachement à une terre dont les populations le lui ont bien rendu.

Des dizaines, voire des centaines d’érudits, ont été formées entre les quatre murs de Djéol, caractérisée comme toutes les antiques cités, par ses entrelacs de rues sinueuses et serrées, des concessions ouvertes les unes sur les autres, dans des espaces sans limites où les familles vivent en vases communicants.

Vue plongeante sur Djéol dans sa partie Sud – Crédit Aidara

Aujourd’hui, Djéol connaît une expansion géographique plus au Nord, là où plusieurs familles se sont installées dans des zones plus spacieuses et loties. C’est le Djéol moderne avec ses villas cossues et son architecture qui tranche avec celle de l’ancienne cité, là où baignent les rives du fleuve, avec ses lavandières et ses piroguiers.

De jeunes lavandières au bord du fleuve – Crédit Aidara

Richesses culturelles

L’ambassadeur de l’Union européenne entre les cavaliers – Crédit Aidara

Le festival de Djéol fut l’occasion d’une exhibition culturelle extraordinaire. Les cavaliers aux accoutrements de guerre, fiers sur leur monture, ont été l’objet d’admiration, notamment de la part de l’ambassadeur de l’Union européenne, seul diplomate présent au festival, avec sa collaboratrice.

Course de pirogues – Crédit Aidara
Parade de femmes lors de la course des pirogues – Crédit Aidara

La course des pirogues, avec le panache des compétiteurs et leur vigueur sur les pagaies, a été l’attraction culturelle qui fut suivie avec délectation par le président Ghazouani, entouré pour l’occasion par le Wali du Gorgol et le ministre de la Culture.

Cheikh Aïdara


Fête du 8 mars à la Délégation de l’Union européenne : cocktail dinatoire et débat sur le leadership et l’entreprenariat féminin en Mauritanie

Clôturant la 4ème édition de son « Women Independance Festival » entamé depuis le 1er mars 2023, l’association « Assalamalekoum Culture », accompagnée par la Délégation de l’Union européenne en Mauritanie, a offert mercredi 8 mars, journée internationale de la femme, un somptueux dîner-gala, sous fond de débat sur le leadership et l’entreprenariat féminin en Mauritanie, le tout agrémenté par un entraînant concert musical.

Houleye Kane entourée de Cristina (à gauche) et Salma – Crédit Aidara

C’est sous un imposant dispositif sécuritaire que la Délégation de l’Union européenne en Mauritanie a abrité mercredi 8 mars 2023 un cocktail dinatoire pour clôturer la 4ème édition du « Women Independance Festival » organisé par l’association « Assalamalekoum Culture » sous l’égide de son président, Limam Kane dit Monza et de la coordinatrice de l’évènement, Mme Hawa Ba. Une autre façon aussi de célébrer la journée internationale de la femme, dont la cérémonie de commémoration a été organisée au Palais des Congrès de Nouakchott par le Ministère des Affaires Sociales sous la présidence effective de la Première Dame.

L’Union européenne, un partenaire des femmes

Les invités (au premier plan des femmes artistes venués d’horizons divers) – Crédit Aidara

La soirée a été marquée par un mot de bienvenue de l’ambassadeur délégué de l’Union européenne, SEM. Gwilin Jones, qui a évoqué la dynamique entraînée par les nouvelles technologues dans le domaine des affaires, mettant en exergue le dynamisme et l’engagement de la femme mauritanienne dans tout ce qui est innovation, créativité et business. Il a évoqué les opportunités qui s’offrent aux femmes, par-delà les difficultés liées à l’accès aux crédits et aux financements, citant notamment les mesures envisagées par les autorités mauritaniennes dans ce domaine, mais aussi la disponibilité des partenaires, comme l’Union européenne, à accompagner les femmes dans leur dynamique entrepreneuriale. 

Il a cité pour l’exemple une banque numérique, le Time Bank et ses deux millions de clients à travers le monde dont 50% de femmes.

Parterre de personnalités

Vue partielle des invités – Crédit Aidara

C’était face à un parterre d’invités de marque, parmi lesquels le ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports et des Relations avec le Parlement, M. Ahmed Ould Soueidat, le président du Patronat mauritanien, M. Zeine El Abidine Ould Cheikh Ahmed, du président de la Commission nationale des droits de l’homme, Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeïny, de plusieurs femmes d’affaires et chefs d’entreprises.

Panel sur le leadership féminin

Les invités ont eu droit par la suite à un panel de facture, modérée par Houleye Kane et animée par Mme Cristina Isabel Santos, Représentante résidente de la Banque Mondiale en Mauritanie et Mme Salma Hmeida, ingénieur polytechnicienne, consultante et chef d’entreprise.

L’artiste Sarah sur les planches pour le concert – Crédit Aidara

Mme Cristina évoquera de prime abord la relation innée entre femme et innovation, femme et création. L’accès aux financements et aux crédits, sont les principaux problèmes auxquels les femmes font face selon elle. Elles considèrent qu’à chance égale et moyens égaux, les femmes sont aussi capables d’aller loin dans tous les domaines autant que les hommes.

Pour Salma, le principal obstacle sur lequel bute la femme mauritanienne, ce sont les pesanteurs sociales qui veulent que la femme ne puisse faire ceci ou cela. Pour elle, les femmes jouissant d’un environnement social favorable sont celles qui s’en sortent le mieux en général, citant son propre cas, celui d’un père qui l’a soutenue et accompagnée à réaliser son plein potentiel, dans un domaine aussi pointu que l’ingénierie et les sciences, et auquel seules quelques rares femmes ont accès.

Selon elle, si les femmes mauritaniennes sont en général versées dans le commerce, seule une rare élite a prospecté le domaine des services et de l’industrie, où elles sont encore minoritaires. Pourtant, ces créneaux, selon elle, sont ceux qui sont porteurs d’une plus-value pour l’économie et pour l’emploi.

Le public s’invite dans le débat

L’une des lauréates du concours des meilleurs projets féminins – Crédit Aidara

Le public a également alimenté les débats, à l’image de Marième Kane, vice-présidente du Comité Olympique mauritanien et qui a interpellé le chef du patronat pour plaider pour l’investissement dans le sport, soulignant qu’aujourd’hui la diplomatie sportive est plus efficace que la diplomatie classique.

Dans sa réplique, le président du patronat a indiqué que les hommes d’affaires s’impliquent de plus en plus dans le sport, notamment dans le football. Il a par ailleurs indiqué que les obstacles liés à l’accès aux crédits et aux financements, qui sont jusque-là de véritables freins pour l’essor de l’entreprenariat, en particulier l’entreprenariat féminin, sont en train d’être levés, à travers un fonds de garantie que le patronat et l’Etat mauritanien sont en train de mettre en œuvre en faveur des petites et moyennes entreprises.

Selon lui, les banque font d’ailleurs plus confiance aux femmes qu’aux hommes, parce qu’elles sont plus solvables. Il a par ailleurs déclaré qu’il existe au sein du patronat une fédération des femmes chefs d’entreprises, ce qui dénote du dynamisme croissant des femmes dans le domaine des affaires.

Aminetou Diallo, chef d’entreprise et présidente d’une mutuelle d’épargne et de crédit a déclaré que les femmes ont l’intelligence, la capacité et la force de créer des entreprises autant que les hommes, mais qu’elles butent contre la discrimination au crédit bancaire et l’absence de financement. Elle a appelé les banques primaires à dégager des lignes de crédit de facilitation pour les femmes entrepreneurs et a exhorté les partenaires à les accompagner dans leur combat pour l’autonomisation financière des femmes.

« Chtaari », concert et prix

Vue partielle des invités – Crédit Aidara

Les invités ont par la suite suivi un « Chtaari rapé » (chtaari, mot hassaniya qui signifie : quoi de neuf ? : ndlr) avec des artistes mauritaniennes, sénégalaises, belges et françaises. Un concert musical a par la suite tenu en haleine l’assemblée qui s’est servie de la vaste cour de la Délégation de l’Union européenne pour esquisser des pas de danse dans la joie et l’allégresse.

A noter qu’à l’issue du concours organisé par l’association « Assalamalekoum Culture » deux lauréates ont remporté les premières places. Il s’agit de Salma Adama et de Fayol Amadou Bâ.

Cheikh Aidara


Lancement du Women Independant Festival, Viviane et une constellation d’artistes cassent la baraque à Nouakchott

Le stade Olympique de Nouakchott a fait le plein le 4 mars 2023, à l’occasion du lancement officiel du Women Independant Festival dédié aux femmes mauritaniennes. Jusqu’au 11 mars prochain, plus d’une dizaine d’artistes venues de l’étranger et des talents locaux, mais aussi d’éminents conférenciers tiendront haut le pavé de la culture à Nouakchott lors de cette 4ème édition organisée par l’association Assalamalekoum Culture, soutenue par plusieurs partenaires. 

Le Stade Olympique craque sous la foule – Crédit Aidara

Des milliers de jeunes, venus des quatre coins de Nouakchott, des quartiers les plus périphériques, tels que Riadh, Basra, Dar-Naïm, Arafat, ont convergé tôt dans la soirée du samedi 4 mars 2023 vers le Stade Olympique de Nouakchott, qui affichait plein dès 20 heures.

Sur l’estrade ultra moderne et tout autour, où des centaines de vigiles et d’agents de sécurité, doublés par plusieurs unités de la police veillaient au grain, l’effervescence n’avait d’égal que les mégatonnes de décibels lâchés sur la ville en ébullition.

Hawa Bâ (en foulard) échange avec les membres de l’UE et le Représentant – Crédit Aidara

Organisé par l’association Assalamalekoum Culture (pour sa 4ème édition), le festival a été marqué par le mot d’ouverture prononcé par le principal sponsor, l’ambassadeur Chef de la Délégation de l’Union Européenne en Mauritanie, Son Excellence Gwilin Jones, mais aussi celui du Maire de Tevragh-Zeina, Taleb Abderrahmane Ould Mahjoub et celui de Hawa Bâ, Coordinatrice de Women Independant Festival.

Accompagner et promouvoir l’autonomisation des femmes

Dans son speech, Hawa Bâ a déclaré que l’objectif de ce festival est de « promouvoir et accompagner l’indépendance économique des femmes mauritaniennes, d’accroître leur participation au développement du pays et leur place dans l’espace public, en dépassant les clichés et non-dits présents dans notre société ».

L’ambassadeur de l’UE en Mauritanie face à la foule – Crédit Aidara

Lancé depuis 2019, le festival vise cette année à mettre l’accent, selon elle, sur « l’insertion professionnelle et l’entreprenariat dans le domaine de la culture, du développement durable et de la citoyenneté ». Et d’annoncer l’organisation d’un concours dont les deux premières lauréates bénéficieront d’un financement octroyé par l’Union Européenne, tandis que d’autres candidates bénéficieront d’un accompagnement technique dans le cadre d’un réseau mis en place par l’association Assalamalekoum Culture depuis 15 ans.

La jeunesse au cœur du développement
Pour le maire de Tevragh-Zeina, « la jeunesse est au cœur du développement, elle représente le poumon de la Nation ». Véritable ambassadeur de la culture, la commune de Tevragh-Zeina tisse un partenariat privilégié avec l’Association Assalamalekoum que préside l’artiste international, Monza, le parrain de ce festival.

Le Maire, à sa droite Monza et à sa gauche Mister X – Crédit Aidara

C’est ce que le maire a mis en exergue en soulignant que les jeunes « sont le cœur de la créativité et que la commune restera à côté des artistes, notamment les artistes femmes et leurs projets ». Il a précisé que « la question des femmes est une préoccupation de la cité et du pays entier ».

Viviane NDour met le feu

Viviane enflamme la foule – Crédit Aidara

L’artiste et la super star sénégalaise, Viviane Chedid NDour, a mis le stade Olympique de Nouakchott en ébullition. Elle s’en est pris à deux reprises pour prester, tellement la pression de la foule avait fait sauter les barrières de sécurité. Quand le calme revint, son répertoire, dont « Yen Yi » a fait danser tout le monde et mis en transe plusieurs jeunes filles emportées par l’émotion. Les agents de la Protection Civile n’ont pas chômé une minute tellement les cas d’évanouissement et d’étourdissement ne se comptaient plus.

A vingt-deux heures, le stade n’en pouvant plus de respirer, ses portes furent fermées. Plus d’entrée ni de sortie. Au dehors, face au goudron séparant le stade et les immeubles avoisinants, la foule était encore plus nombreuse que celle qui était dans l’enceinte. C’était le délire.

Défilés d’artistes et des conférences à la pelle

Sous l’impulsion des deux DJ les plus populaires de la Mauritanie, DJ Paco et Mister X, des volutes de salsa, de rumba, de street-dance et de rap, ont entretenu les intervalles. Des prestations de qualité, notamment celle de la jeune Djamila accompagnée par le guitariste le plus doué du pays, Papis Koné, mais aussi l’Italienne Comegatte, et d’autres encore, ont maintenu la flamme, soutenu par un public juvénile, qui mémorisait les moindres répliques.

Une public jeune – Crédit Aidara

Tour à tour, le public a eu droit aux prestations d’acteurs d’ici et d’ailleurs, la Française DJ Skyleia et la Franco-marocaine Nayra, les Mauritaniennes Leila, Ebene, Jemila et Missy Haga.

En dehors des concerts de musique, d’autres événements organisés…

Il faut dire que le Women Independant Festival avait débuté le 1er mars par une projection débat sur les droits des femmes.

Le 5 mars, deux tables-rondes sur le « Marché du Travail » et « Inégalités Hommes-Femmes » avaient été animées à l’Espace Riyad, suivies par un Show-case concert animé par Hawa Seck, DJ Skyleia et Melissa Farah.

La jeunesse dans son enthousiasme – Crédit Aidara

Le 6 mars, un atelier de création artistique et un Chitaari Femme ont été organisés au siège de Assalamalekoum, suivis d’une table-ronde sur le « Défi de la migration et la traite des femmes ».

Jusqu’au 11 mars, plusieurs activités sont au programme, notamment un tournoi de football féminin les 7 et 8 mars (le 8 mars : Journée internationale des droits des femmes), suivi d’un gala de clôture.

Et pour terminer, les 10 et 11 mars, ce sera la cérémonie de clôture des ateliers de formation.

Cheikh Aïdara

TEMOIGNAGES

En marge des concerts, certaines artistes se sont exprimées sur le Women Independant Festival

DJ Skyleia

« Assalamalekoum, je suis DJ hip-hop, afro. Je suis venue en Mauritanie avec mon partenaire pour le festival pour l’indépendance de la femme. Nous avons été très bien accueillis par les Mauritaniens, trop sympas. Merci à tous de nous avoir invités. Et Machallah. Merci beaucoup ».

Comegatt

« Bonjour, je suis rappeur Italienne et je représente toutes les femmes qui aspirent à leur indépendance et je suis heureuse d’être ici à Nouakchott pour représenter tout ce monde, mais aussi mes compagnons de voyage et mes amis. Je reviendrai en Mauritanie et je suis heureuse d’être ici (dis en anglais et hassaniya) ».

Nayra

« Je suis avec mon amie DJ Skyleia. Je chante. Je suis heureuse de partager avec le public mauritanien ces instants de bonheur. C’est la première fois que je suis en Mauritanie. Wow, quel accueil ! Vous êtes les meilleurs ».