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Les enjeux économiques dans l’espace Maghreb-Sahel face aux acteurs extérieurs

Quelles sont les priorités économiques des acteurs extérieurs au Maghreb-Sahel ? Quel est l’apport de leurs investissements dans les économies des pays ? Comment ces investissements et leurs projections géopolitiques participent-ils aux jeux d’influence de ces acteurs dans la région ? Autant de question que des experts maghrébins et sahéliens ont analysé au cours d’une rencontre organisée à Nouakchott du 20 au 21 février 2023, grâce à la fondation allemande Konrad Adenauer Stiftung (KAS), à travers son Programme régional « Dialogue politique Sud-Méditerranée » et son Programme régional pour le Sahel.

Pendant deux jours, du 20 au 21 février 2023, un groupe d’experts a planché sur des problématiques liés à la présence accrue de plusieurs acteurs extérieurs, Union européenne, Chine, Russie, Turquie et Emirats Arabes Unis, qui se disputent le leadership économique dans l’espace Maghreb-Sahel.

Cette rencontre est le fruit d’une réflexion initiée par la fondation Konrad Adenauer et qui a porté sur plusieurs sujets. Quatre grands panels ont permis d’orienter les débats sur des thématiques variés, dont celui portant sur les « Mutations géopolitiques et le rôle des acteurs extérieurs dans l’espace Maghreb-Sahel ».

Dans ce panel modéré par Dr. Adel Ourabah, associé de recherches au KAS, les débats ont été animés par Mme Fatou Ghrib, Directrice de l’UE, du Maghreb Arabe et des partenaires méditerranéens, Dr. Abdenour Benantar, Maître de conférence à l’Université Paris 8, M. Tijani Mohamed Abdel Kerim, ancien ministre et Directeur de l’Institut Mauritanien pour l’Accès à la Modernité, Dr. Honoré Ouedraogo, Enseignant-chercheur, Expert en Intelligence économique et Stratégie, Théophile Madjitoloum Yombombo, ancien vice-président de l’Assemblée nationale du Tchad.

L’Afrique, cet « impuissant » réservoir de ressources pour le monde

Sur ce registre, Dr. Abdenour Benantar a déclaré que la configuration du continent africain fait de lui un espace de convoitise extérieure, évoquant l’infantilisation dans laquelle elle a été longtemps maintenue, ce qui rend difficile la lecture de son avenir, car le continent continue, selon lui, de servir de réserves aux puissances extérieures. De là, les décisions qui concernent son devenir continuent de dépendre de l’appréciation qu’en feront les autres.

Changer de partenaires et chercher à remplacer par exemple les puissances occidentales par des puissances émergentes, ne résoudra pas, d’après lui, les problèmes de l’Afrique si la structure de dépendance reste en l’état, et si le continent ne cherche pas à se développer par lui-même et à diversifier ses sources d’investissements et ses modèles de développement.

Bref, pour Dr. Abdenour, l’Afrique doit porter ses propres problèmes, précisant que l’appropriation de son marché de la paix consiste à prendre part et à engager ses chaines de commandements, ce qui n’est pas possible, selon lui, si les décisions du contrôle stratégique de sa propre sécurité dépendent de décisions prises en Occident. Selon lui, le Conseil de sécurité de l’ONU contrôlé par les 5 puissances nucléaires peut s’opposer à l’africanisation du maintien de la paix sur le continent. Ce qui devrait pousser l’Afrique, poursuit-il en substance, à déconstruire le schéma de dépendance qui continue à le vriller à l’extérieur.

Il a conclu en déclarant qu’il est impossible cependant de découpler l’Europe et l’Afrique, car les relations de proximité et les liens historiques feront toujours que les flux migratoires de l’espace Maghreb-Sahel iront toujours vers l’Europe et non vers la Chine ou la Russie.

Travailler les mentalités africaines

Pour Tijani Mohamed Kerim, le problème de l’Afrique doit d’abord être africain, mais que le défi qui se pose est de savoir est-ce que les pays africains ont des populations ou des peuples. Il a ramené in fine le problème de l’Afrique à celui d’un retard dans les mentalités et que la faillite observée n’est pas de la seule responsabilité de l’Europe et que le continent en a la plus grande part.

Le reproche qui pourrait être fait à l’Europe, selon lui, est de ne pas avoir fait grand-chose pour le développement du continent et en particulier l’espace Maghreb-Sahel, prenant l’exemple des pays d’Asie qui ont pu décoller grâce à la bonne gouvernance et une relative stabilité sociale, au contraire du continent africain soumis aux coups d’Etat, à la corruption institutionnalisée, entre autres.

Pour l’ambassadeur Tijani Kerim, le Nord s’est développé grâce notamment à un bon système éducatif, soulignant que le plus grand danger qui s’est emparé du continent, est que le capitalisme financier basé sur la recherche du profit a supplanté le capitalisme économique, évoquant au passage l’intrusion du FMI et de la Banque Mondiale dont les recettes ont souvent participé à l’effondrement de beaucoup d’économies dans la région.

Selon lui, la Chine est une puissance économique qui commerce avec le continent loin de tout diktat idéologique et sans ingérence dans les politiques des Etats, ce qui séduit beaucoup de pays du continent très souvent réfractaires aux narratifs occidentaux sur la démocratie, les droits de l’homme. De même, a-t-il souligné, la présence russe sur le continent est plutôt militaire qu’économique, ce que certains pays pourraient considérer comme avantageux en termes de sécurité face au terrorisme et à l’insécurité.

L’internalisme libéral ou le partage des richesses de l’Afrique entre les puissances

Dr. Honoré Ouedraogo a de son côté précisé que l’Afrique est confrontée à une masse critique de défis, dont les conflits armés et la transformation de son territoire en épicentre d’interventions de forces étrangères dominantes. Il a parlé aussi d’internalisme libéral où le partage des richesses et les défis sécuritaires expliquent l’arrivée en masse de nouveaux acteurs extérieurs dans des pays regorgeant de ressources mais où les populations sont pauvres.

Il a indiqué cependant que la révolution numérique en cours sur le continent est un facteur de changement et qu’il participe à la transformation sociale progressive par rapport aux enjeux actuels.

Il a évoqué aussi la tournée récente du ministre russe des affaire étrangères, Sergueï Lavrov, et la présence de plus en plus insidieuse de la société de sécurité russe Wagner en Afrique, précisant qu’elle est présente aujourd’hui dans une dizaine de pays. Les relations entre la Russie et l’Afrique se développent dans plusieurs secteurs, dira-t-il, dont le nucléaire civil, l’off-shore et le on-shore, sans compter les concessions minières dans lesquelles le groupe Wagner serait fortement impliqué.

Selon Dr.Honoré, la présence russe en Afrique s’explique globalement par des enjeux géostratégiques que le prochain sommet russo-africain prévu en juillet 2023 à Saint Pétersbourg ne manquera pas d’aborder.

La présence chinoise en Afrique quant à elle, serait basée d’après lui, sur un certain opportunisme économique, même si les relations sino-africaines sont de longue date, évoquant le chiffre de 10.000 entreprises chinoises présentes aujourd’hui sur le continent. Il s’agit dira-t-il de relations gagnant-gagnant dans le domaine de l’investissement et de l’exportation, notamment. Dr. Honoré a rappelé la conférence de Bandung de 1955 et la doctrine de « coexistence pacifique » élaborée en 1949 par Zhou Enlai, ministre des affaires étrangères de la toute jeune République Populaire de Chine, qui permettait d’entamer des relations amicales et fructueuses avec les proches voisins de la Chine et les pays nouvellement décolonisés, notamment en Afrique.  Il a aussi évoqué le consensus de Pékin, qui est un terme décrivant la diplomatie et le modèle de développement proposé par la Chine, en particulier auprès des pays africains. Mais aussi la nouvelle route de la Soie, plus de 1000 milliards de dollars d’investissement, l’une des priorités chinoises consistant à relier économiquement la Chine à l’Europe, en passant par plusieurs pays. La Chine c’est aussi, selon Dr. Honoré, plus de 90% de biens manufacturés vers l’Afrique, ce sont aussi les zones économiques spéciales (ZES), ce sont d’énormes importations de pétrole, de fer, d’engrais, de minerais, de poisson. La Chine, c’est également l’offensive culturelle par le biais des Instituts Confucius installés dans la quasi-totalité des universités africaines, mais aussi des accords signés avec des organismes régionaux comme la CEDEAO.

Citant les défis de ces relations, Dr. Honoré a mentionné le piège de la dette, la concurrence déloyale des entreprises locales, quelques soupçons d’espionnage, la déperdition des normes démocratiques et la culture des droits de l’homme.

La Turquie de son côté, ce sont des échanges commerciaux multipliés par plus de six, passant de 3 Milliards de dollars il y a quelques années à 26 milliards aujourd’hui et 10 milliards d’investissements directs dans le continent, notamment dans le transport, l’agriculture, l’alimentaire…

L’Union européenne, reconnait-il, est un partenaire traditionnel de l’Afrique qui concentre la majeure partie des capitaux qui y circulent et avec laquelle elle partage une communauté de langue et de culture. L’UE, c’est aussi une forte présence médiatique, même si les relations avec une partie des pays du Sahel connaissent aujourd’hui certaines tensions, avec un sentiment anti-français de plus en plus grandissant.

Parmi les raisons de cette perte de vitesse de l’UE dans la région, Dr. Honoré cite la réminiscence du discours paternaliste et une diplomatie à géométrie variable. En conclusion, il reprend une citation de Feu Houphët Boigny qui disait « qui aura l’Afrique, dominera le monde, parce qu’il sera Maître des matières premières ».

Les bisbilles minent la cohésion en Europe et en Afrique

Dr. Théophile Yombombo, a déploré la dépendance de certains Etats de la région vis-à-vis de quelques partenaires étrangers, notamment les anciennes puissances coloniales, à cause de la non maîtrise de leur propre territoire national. De là, l’orientation stratégique de ces puissances, à travers l’occupation des espaces économiques, l’implantation de bases militaires, la recherche de matières premières et de ressources naturelles pour asseoir une certaine zone d’influence économique. Il a parlé de l’existence de sociétés militaires chinoises discrètes dans certains pays de la région, pour dire qu’il n’y a pas seulement Wagner sur ce terrain. Idem pour la Turquie dont la présence économique dans la région est aussi souvent couplée à des accords militaires, faisant de ce pays une puissance douce dont le rush dans l’espace sahélo-maghrébin est de plus en plus incisif

Dr. Théophile a également évoqué la présence russe et la montée en puissance des pays du BRICS dont il assurer le leadership, notamment dans le domaine de la sécurité mais aussi sur le terrain économique. Il a aussi évoqué l’influence rampante des Emirats en Afrique, à travers une approche religieuse basée sur un islam politique et portée par des interventions dans le domaine de l’humanitaire notamment.

Dr. Théophile a parlé d’une Europe plurielle dans ses interventions, à couteaux tirés dans ces guerres intestines, citant le divorce du couple franco-allemand et les bisbilles entre l’Italie et la France. Il a aussi évoqué les guerres d’influence au sein des organisations africaines, notamment autour du climat, avec un continent transformé en dépotoir à ciel ouvert des déchets du monde et un lieu d’essai des expériences bactériologiques.  

Une rencontre et quatre panels

Trois autres thèmes ont aussi été abordés au cours des deux jours de débats. Le deuxième a porté sur les « priorités économiques des acteurs extérieurs dans le Sahel », animé par Harouna Niang, ancien ministre malien, Dr. Aboube Mahaman Laouan, de l’Université Abdoul Moumouni du Niger, Mamadou Lamine Sylla, Financier et Dr. Moctar Alaoui, conseiller diplomatique mauritanien, avec la modération de Yacoub Berthé, Coordonnateur KAS Sahel.

Le troisième panel a porté sur le thème les « priorités économiques des acteurs extérieurs au Maghreb ». Modéré par Monther Khanfir, Directeur “ For a Shared Prosperity in Africa”, la session a été animée par Dr. Fouad M. Ammor, économiste, Dr. Mohamed Yazid Boumghar, staticien-économiste, Dr. Mourad Goumri, universitaire et consultant, et Pr. Karim Ben Kahla, économiste, professeur des universités.

La dernière journée de la rencontre a été marquée par un panel intitulé « Nexus économique Maghreb-Sahel : quelles perspectives pour la coopération et les investissements étrangers ».

Il a été animé par Mme Lilia Hachem Naas, chef du bureau pour l’Afrique du Nord et Moyen-Orient, Centre du Commerce International (ITC) Genève, Anisse Terai, Directeur général Tell Group, CPL/ELI Follow à l’Université de Harvard, Monther Khanfir, Dr. Isselmou Ould Boye, consultant socio-économiste. La modération a été assurée par Dr. Théophile Yombombo.

A la fin de la rencontre, Dr. Thomas Volk, Directeur du Programme régional « Dialogue Politique Sud-Méditerranée » et M. Ulf Laessing, Directeur du Programme Régional Sahel, de Konrad Adenauer, ont pris la parole pour remercier les participants et ont promis de poursuivre les réflexions sur les thèmes économiques liés à l’espace Maghreb-Sahel.

Cheikh Aïdara

TEMOIGNAGES

Thomas Volk

« Dans cet espace d’échange du Sahel et du Maghreb, nous travaillons de manière à ce que les deux rives de la Méditerranée puissent vivre et échanger dans une meilleure compréhension. L’Europe et l’Afrique sont voisins et se sont toujours intéressés à la situation des uns des autres. En tant que fondation politique allemande, nous essayons aussi de sensibiliser la population allemande sur ce sujet. Nous allons poursuivre ce dialogue qui est cher à notre fondation toujours en alternance dans la région du Maghreb et du Sahel ».

Harouna Niang

« Nous venons de participer à une rencontre initiée par KAS qui a consisté à réunir les Sahéliens et les Maghrébins pour voir comment cet espace commun que nous partageons pourrait se traduire par des relations économiques, faciliter les échanges et les investissements de manière à ce que la quête de bonheur de part et d’autre puisse se concrétiser. Je pense que c’est une très bonne initiative. Nous avons eu droit à des présentations de haute facture. Chacun de nous a pu faire des rencontres individuelles et nous avons convenu de garder le contact à travers un réseau pour qu’on puisse poursuivre la réflexion. Je suis content d’avoir participé à cet évènement ».

Dr. Honora Ouedraogo

« Nous avons été très ravis d’avoir participé à une telle conférence qui a réuni des acteurs d’horizons divers pour plancher sur des questions d’importance majeure en lien avec le développement de l’Afrique, en particulier de la zone sahélo-maghrébine. Les échanges ont été fructueux et nous en sommes édifiés. Nous sommes reconnaissants aux structures organisatrices. Vivement que de telles rencontres soient perpétuées. Nous espérons que les synthèses seront produites et diffusées en grande masse pour qu’elles puissent parvenir aux décideurs afin d’aboutir à des actions constructives. Après tout, il ne s’agit pas seulement d’analyser ou de diagnostiquer mais de prendre des décisions. L’Afrique regorge de beaucoup de potentialités multidimensionnelles et c’est un désastre que de voir les populations végéter de nos jours. Il est temps pour le continent de tirer profit de toutes les ressources dont elle regorge afin de donner une impulsion véritable à un développement économique, durable et inclusive ».


AfricaTivistes CitizenLab Mauritanie, une autre manière d’investir le champ politique et civique par le numérique

« AfricaTivistes CitizenLab Mauritanie » est le nouveau hub d’innovation et de production de contenus numériques que de jeunes Mauritaniens ont lancé le 20 février 2023 à Nouakchott en présence d’acteurs de la société civile, de la presse et de représentants institutionnels.

De Dr. à G; Cyriac, Nabil Hajjar, Ahmed Taleb – Crédit Aidara

A l’instar de plusieurs pays de la région, la jeunesse active en Mauritanie a lancé lundi 20 février 2023 à Nouakchott, « AfricaTivistes CitizenLab Mauritanie », un espace citoyen dont l’ambition est d’appuyer, d’accompagner et d’outiller les acteurs de la société civile, à travers des formations, des développements d’outils numériques et d’accompagnement à l’innovation et à la création.

Il faut dire que le projet « AfricaTivistes Mauritanie » est composé d’une équipe dynamique, avec une coordination, une équipe technique et une équipe de communication, le tout porté par 17 jeunes connus pour leur engagement et leur activisme.

Ouverture officielle

Le lancement de ce nouvel espace virtuel d’expression et d’action s’est déroulé sous forme de séminaire qui a eu pour thème « le numérique au service de l’engagement et de la participation citoyenne en Mauritanie ». C’était en présence du vice-président d’AfricaTivistes basé à Dakar, Cyriac Gbogou, du président des Syndicats des journalistes mauritaniens, Ahmed Taleb Ould Maaloum, du consul honoraire des Pays-Bas, Nabil Hajjar, et de plusieurs acteurs de la société civile et des médias.

Vue des participants – Crédit Aidara

La Mauritanie doit se mettre au numérique

Ouvrant les travaux du séminaire, Cyriac Gbogou a reconnu que « beaucoup d’efforts ont été relevés au niveau de la pratique démocratique avec la participation de la société civile ». Il a également souligné que « le temps est venu de joindre le numérique à ces acquis ». Selon lui, la Mauritanie doit tirer profit de la révolution digitale et qu’AfricaTivistes y apportera sa contribution.

Pour Cyriac Gbogou, cette plateforme numérique est « une force de proposition de solutions innovantes, mais aussi une force de contribution à travers la capitalisation, la coconstruction et la collaboration pour une meilleure implication et une participation effective des différents acteurs ».

Citant l’ancien président Mokhtar Ould Daddah qui disait que « la Mauritanie de demain sera ce qu’en fera sa jeunesse », il a déclaré que le rêve de « AfricaTivistes CitizenLab Mauritanie » est de créer une fabrique citoyenne, à la demande de sa jeunesse et de sa société civile.

Pour sa part, Nabil Hajjar a salué cette initiative avant d’inviter les jeunes à s’investir dans la construction d’une vraie citoyenneté au service du pays et de sa population.

Deux panels de discussion et une table-ronde ont ponctué la journée, qui a été clôturée par une déclaration dite « Déclaration de Nouakchott pour l’engagement citoyen ».

Panels de discussion

Le premier panel a porté sur le thème « de la démocratie numérique : quel rôle pour les médias », animé par Khally Diallo, journaliste et activiste, Dahaba Diagana, acteur de la société civile. Il a été suivi par une vidéo de présentation du CitizenLab Mauritanie dans les langues locales.

Le deuxième panel a porté sur « l’accès à l’information : où en est la Mauritanie ». Les panélistes ont planché sur le cadre juridique, rappelant les lois en vigueur dans le domaine du numérique et de la société de l’information.

Une table-ronde sous le thème « partage d’expériences : les défis de l’engagement citoyen en Afrique » est venue clore la journée, suivi par la lecture de la déclaration dite de Nouakchott.

Par ailleurs, il faut souligner que le taux de pénétration d’Internet reste faible en Mauritanie, 37,5%, alors que 64,5% de la population est non connectée. Les statistiques parlent de 1,73 million d’internautes en Mauritanie et 1 million d’utilisateurs de réseaux sociaux, soit 20,7% de la population.

Cheikh Aïdara


Décès de la Première Dame de Mauritanie : l’exceptionnel combat de Marième Daddah

La Première Dame de Mauritanie, Marième Daddah, née Marie-Thérèse Gadroy, est décédée le 12 février 2023 dans un hôpital militaire à Nouadhibou, près de vingt-ans après la disparition de son mari, Me Mokhtar Ould Daddah, premier chef d’Etat de la Mauritanie (1960-1978), disparu le 14 octobre 2003 à Paris.

De G. à Dr. Marième Daddah, Mokhtar Ould Daddah, Bios Diallo – Crédit Bios Diallo (avec son autorisation)

Sa disparition n’est nullement passée inaperçue, dans un pays où l’actualité battante et chaude était toute tournée vers le procès historique de l’ancien président Mohamed Abdel Aziz et de son régime. Elle l’a surclassée, le temps d’un deuil que chaque Mauritanien, les anciens notamment, a porté pendant plusieurs jours.

L’écrivain et homme de lettres, Bios Diallo, lui a consacré un hommage émouvant, rappelant sa rencontre avec celle que les Mauritaniens appelaient affectueusement « Madame la Présidente ». Cela s’était passé à Nice, en France, en février 1999 alors qu’il travaillait pour Jeune Afrique Economie.

Une rencontre, dit-il en substance, où ils avaient évoqué ensemble, « avec des mots emprunts d’humanisme Sélibaby (où le président s’était rendu) et Nouakchott où des homonymes portent leurs noms ».

Dr. Maïmouna Mint Mokhtar, une des nombreuses filleules de la Première Dame, raconte dans un long témoignage en arabe comment elle a pu reprendre l’école au Collège des jeunes filles à Nouakchott, après qu’elle en fut retirée par sa mère et sa grand-mère de Boutilimit, ville natale du président Mokhtar. « Comment veux-tu encourager les filles à poursuivre leurs études si tes propres parents s’y opposent ! » avait-elle lancé à son mari.

Ce fut un long combat, dira Dr. Maïmouna Mint Mokhtar, entre son père qui voulait qu’elle reprenne ses cours et ses mères qui trouvaient incongrues qu’une jeune fille soit délaissée seule à Nouakchott. Finalement, son père l’amena à la présidence, qui était en fait, une petite maison sans étage où elle occupa la place réservée aux hôtes de passage.

Elle évoque une femme déterminée à accompagner son mari dans l’édification et la construction d’un pays dont la capitale venait juste de naître entre deux dunes de sable. Les crèches qu’elle a ouvertes, l’usine de tapisserie qu’elle avait aidé à installer, ses cours en civisme qu’elle animait pour construire des hommes de demain amoureux de leur patrie, ses animations radiophoniques, sa supervision sur les films qui devaient être projetés dans les salles de cinéma, pour qu’aucune séquence nuisible ne puisse être passée. Une dame qui a servi la Mauritanie, accompagné la promotion et le combat des femmes, jusqu’à la chute dramatique de Mokhtar Ould Daddah, une soirée du 10 juillet 1978, quand des militaires le renversèrent et embarquèrent vers la prison de Oualata, alors qu’elle assistait à un séminaire à Dakar.

Jeune Afrique, sous la plume de l’écrivain MBareck Ould Beyrouk, lui a consacré une page en rappelant sa première arrivée à Nouakchott, accompagnant son mari qui venait de se lancer dans un grand défi, bâtir un Etat où tout manquait, et où plus de 90% de la population était nomade. Une nouvelle République dont la capitale venait juste de sortir du sable.

La prière funéraire organisée à la mosquée Ibn Abass de Nouakchott sur sa dépouille fut le lieu d’une large communion. Des dizaines de Mauritaniens ont tenu à lui rendre un dernier hommage avant que son corps ne soit conduit à Boutilimit pour y être mis sous terre à côté de son mari.

Mais le récit de sa vie restera une longue épopée qui sera certainement gardée jalousement dans la mémoire collective des Mauritaniens. Les dernières séquences furent marquées par l’exil de son mari en France, après un bref passage en Tunisie. Là, où Mokhtar Ould Daddah créa en 1980 l’Alliance pour une Mauritanie Démocratique (AMD), avant d’être autorisé en 2001 à retourner au pays et de se retirer de la vie politique.

Après son décès, Marième crée la Fondation Mokhtar Ould Daddah pour entretenir la mémoire de son mari. Le couple Daddah a eu trois enfants, Mohamedenne, Ezzedine et Faïza.

Cheikh Aïdara


Les Emirats Arabes Unies en pointe dans le domaine de la transition énergétique

En matière d’offre énergétique, les Émirats arabes unis se trouvent en pôle position. C’est ainsi que dans le domaine crucial des énergies renouvelables, il  joue un rôle clé dans l’élargissement du portefeuille du pays avec des investissements dans les énergies propres dans plus de 40 pays, dont plusieurs pays en développement en Afrique et en Asie et dans des États insulaires vulnérables.

Les Emirats arabes unis, ont récemment annoncé la feuille de route pour le leadership en matière d’hydrogène, un plan national complet visant à soutenir les industries nationales à faible émission de carbone, à contribuer à l’objectif de zéro émission nette du pays et à faire de ce dernier un exportateur d’hydrogène compétitif.

Les Emirats arabes unis ont également annoncé l’initiative stratégique « UAE Net Zero by 2050 », une initiative nationale visant à atteindre des émissions nettes nulles d’ici à 2050, faisant des Emirats la première nation du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) à y parvenir. Conformément à cette initiative, aux objectifs de dé-carbonisation de l’OMI 2030 et aux objectifs de développement durable 2030, le ministère vise à améliorer la qualité de vie dans le pays.

En effet, les Émirats arabes unis diversifient leur propre mix énergétique.
– Ils sont les premiers à déployer l’énergie nucléaire pacifique.
-Ils ont établi trois des centrales solaires les plus grandes et les moins chères au monde et ont établi de nouveaux records pour l’énergie solaire et éolienne la plus compétitive aux coûts aux Émirats arabes unis et dans le monde.
– C’est le premier pays de la région à déployer une technologie de capture du carbone à l’échelle industrielle.
– C’est un pionnier et un moteur de l’énergie hydrogène.
– Le pays investit activement pour réduire l’impact carbone des hydrocarbures.

Leadership international :
– À ce jour, les Émirats arabes unis ont investi 50 milliards de dollars dans les énergies renouvelables dans 70 pays et se sont engagés à investir plus de 50 milliards de dollars dans des projets d’énergie propre au pays et à l’étranger au cours de la prochaine décennie.
– Depuis 2009, les Émirats arabes unis accueillent le siège de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables.
– Les Émirats arabes unis et les États-Unis ont lancé en novembre 2022 le Partenariat pour accélérer la transition vers une énergie propre (PACE), un nouveau cadre d’énergie propre destiné à catalyser 100 milliards de dollars en financement, investissement et autres soutiens pour déployer 100 GW d’énergie propre d’ici 2035, en particulier dans les pays en développement.

En juillet 2022 le président émirati Mohammed ben Zayed a effectué en France sa première visite d’Etat depuis qu’il a officiellement pris les rênes du pays en mai. Les accords signés entre les deux pays visent à sécuriser l’approvisionnement énergétique de la France, à court et long terme.