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Le FMI et nous : quelles perspectives s’offrent à la Mauritanie

Le FMI et les autorités mauritaniennes saluent une économie « résiliente », avec une croissance de 5,2% en 2024 et tous les objectifs quantitatifs du programme atteints. La croissance a été évaluée à 6% en 2025, suite à la visite récente d’une délégation du fonds à Nouakchott il y a quelques semaines, alors que les prévisions parlaient d’un ralentissement autour de 4 à 4,2%, principalement à cause du secteur extractif, remettant en cause la diversification et la robustesse réelle de l’économie.

Le programme permet des décaissements importants (environ 49,8 millions de dollars récemment) pour soutenir la stabilité macroéconomique et financer des réformes structurelles.

Les recommandations (flexibilisation du taux de change, intensification de la collecte fiscale) sont perçues comme des mesures standardisées, déconnectées des réalités locales et qui peuvent frapper les ménages. Il y a surtout cette recommandation sur la levée des subventions sur les hydrocarbures qui pourraient être déstabilisateur pour le pays, car cette mesure frappe directement le pouvoir d’achat des populations déjà très éprouvées.

Les réformes visent, selon le FMI, à renforcer la discipline budgétaire, la transparence des entreprises publiques et la lutte contre la corruption, en s’alignant sur les « normes internationales ». Seulement, les détracteurs du FMI y trouvent une pression exercée sur le gouvernement pour se faire rembourser ses dettes plus vite sans tenir compte du poids social des réformes recommandées.

Le FMI est par ailleurs critiqué pour son « aveuglement » face à la persistance de détournements massifs et d’une impunité dans l’administration, saluant des progrès de gouvernance qui restent superficiels aux yeux de certains critiques.

Un programme spécifique (instrument de résilience et de durabilité) est destiné à améliorer la capacité du pays à faire face aux chocs climatiques. Discours paternaliste et infantilisant, trouvent certains, car pour eux, le dialogue avec le FMI est perçu comme une relation où l’institution impose son agenda, transformant les gouvernants en « exécutants dociles » et confisquant le débat sur le modèle de développement.

Le poids de la dette et le point de non-retour

L’interrogation sur une rupture après les annulations de dette des années 2000 est très pertinente. Cependant, les données montrent que la situation de la dette a considérablement évolué :

La dette extérieure de la Mauritanie s’élevait à 4 209,6 millions de dollars US à la fin 2023. Ce niveau est bien supérieur au plus bas historique de 1 248,3 millions de dollars US atteint en 2007, juste après les allègements de dette. Cela indique que le pays s’est de nouveau fortement endetté.

Ainsi, contre certaines voix qui prônent une rupture avec les institutions de Brettons Wood, dans un tel contexte de surendettement, rompre unilatéralement avec les institutions financières qui sont des créanciers majeurs priverait le pays d’un accès crucial à des financements et pourrait isoler économiquement le pays, rendant le refinancement de la dette encore plus difficile.

Le contexte géopolitique plus large

Il est important de replacer la situation de la Mauritanie dans un cadre global. Aujourd’hui, ces institutions (FMI, Banque Mondiale) font face à une concurrence géopolitique, notamment de la Chine avec son initiative « Belt and Road ». Cela offre théoriquement plus de choix aux pays en développement.

Cependant, comme le note un rapport de l’Atlantic Council, les prêts chinois ont aussi été critiqués pour leur manque de transparence et les clauses parfois onéreuses, conduisant à de lourds problèmes d’endettement dans des pays comme l’Angola ou la Zambie. Face à cela, les programmes du FMI, bien que contraignants, s’inscrivent dans un cadre multilatéral et restent, pour de nombreux gouvernements, un partenaire structurel difficile à éviter.

Un dilemme persistant

En résumé, il est difficile de trancher de manière définitive. D’un côté, la relation avec le FMI n’est pas un « malheur » purement négatif : elle apporte une aide financière immédiate, une forme de caution internationale et un cadre pour des réformes. De l’autre, les préoccupations soulevées par certains sur les conditions contraignantes du FMI sont fondées.

Les conditionnalités peuvent en effet avoir un coût social, et l’impression que les politiques sont dictées de l’extérieur plutôt qu’issues d’un débat national démocratique est un problème réel, documenté par des voix critiques en Mauritanie.

La vraie question n’est peut-être pas de rompre totalement, mais de savoir comment renforcer la capacité nationale à négocier et adapter ces programmes pour qu’ils servent prioritairement les intérêts des citoyens mauritaniens, tout en luttant efficacement contre les faiblesses de gouvernance interne.

Il est effectivement possible pour un pays de repenser sa relation avec le FMI, et des voix s’élèvent même pour une réforme globale du système de Bretton Woods. Cependant, quitter ces institutions est une décision complexe qui comporte des risques économiques majeurs, comme en témoignent les discussions autour d’autres unions monétaires.

Contexte mauritanien et poids de l’histoire

Certains nostalgiques évoquent l’avant-1984 quand la Mauritanie évoluait loin des institutions internationales et que les choses semblaient se passer à merveille. Pourtant, les études ont montré que la décennie 1970-1980 a été marquée par de graves déséquilibres économiques. À la fin des années 70 et au début des années 80, la situation était qualifiée de « catastrophique » : le PIB baissait, l’inflation était élevée et le déficit commercial se creusait.

Le pays était pris dans un cycle d’endettement/emprunt, où de nouveaux prêts étaient nécessaires pour rembourser les anciennes dettes. C’est dans ce contexte qu’un premier programme de redressement agréé par le FMI a été mis en place, au moins dès juillet 1987. Le gouvernement d’alors, dirigé par le Colonel Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya qui avait pris le pouvoir en 1984, a donc opté pour cette voie pour stabiliser l’économie.

Une marge de manœuvre réelle mais limitée

En conclusion, si une rupture pure et simple avec les institutions de Bretton Woods semble une option très risquée et peu réaliste à court terme, une refonte profonde de la relation est non seulement possible mais nécessaire.

La priorité pour la Mauritanie pourrait résider dans un effort double. En interne, renforcer la bonne gouvernance et la transparence pour éviter que l’aide financière ne soit gaspillée. Sur la scène internationale, s’allier avec d’autres pays en développement pour peser en faveur d’une réforme des règles et des pratiques du FMI, afin que les programmes soient mieux adaptés aux réalités nationales et moins coûteux socialement.

Cette réflexion a été menée avec l’aide de l’IA.


CARNET DE VOYAGE VERS LE SUD-EST MAROCAIN : De Casa à Zagora, le Maroc en diagonale

Arrivé à l’aéroport international de Casablanca, au Maroc, le 28 octobre 2025, je retrouvais mes amis d’Arterial Network, une plateforme culturelle africaine, dont je suis membre du Comité de Pilotage et Président de la zone Afrique du Nord. En fait, c’est Luc Mayitoukou, arrivé en même temps que moi par un vol Dakar-Casa que j’ai rencontré en premier à l’aéroport. Luc est congolais résidant à Dakar, au Sénégal, où il dirige une structure dénommée « Zouk Culture ». Il est régisseur général de plusieurs festivals à travers l’Afrique, dont le festival SOMAROHQ au Madagascar, le Festival sur le Niger ou Festival de Ségou au Mali, entre plusieurs autres festivals en Afrique. Tous les deux nous avons pris le train au sous-sol de l’aéroport Mohamed V pour nous rendre directement à Casa-Voyageurs et de là, à Casa-Port.

Gare de Marrakech avec l’équipe – Crédit Aidara

C’est là, où le restant de l’équipe nous rejoignit. Babylass Ndiaye du Sénégal, président d’Arterial Network ainsi que son assistante, Marie, puis Manassé Nguinambaya du Tchad et Marius Roméo Gamando de la Centrafrique. Nous avions dû prendre un taxi pour retourner à Casa-Voyageur et de là, par train, direction Marrakech. Trois heures de roulements mécaniques avec plusieurs haltes et la valse des voyageurs, ceux qui descendaient et ceux qui embarquaient.

Marrakech, la ville Mourabitya

A la gare de Marrakech, nous rencontrons le directeur de l’Institut Goethe au Maroc. Il était au Sénégal et donc ils se connaissaient, lui, Babylass et Luc. Il était accompagné par sa petite famille. Longues conversations, puis rendez-vous fut donné à M’Hamid Ghizlane, notre destination finale, à quelques 500 kilomètres plus au Sud-Est du Royaume Chérifien et où se tient le festival annuel « Taragalt ». Ce festival était d’ailleurs la raison de notre présence au Maroc. Le directeur de l’évènement, Brahim Sbai, nous y avait conviés.

Marché de Marrakech

D’ailleurs, le chauffeur de la voiture Mercedes Vitro, Saïd, était déjà sur place et nous attendait. A Marrakech, nous avons récupéré Ninette Nyiringango dite Empress, une artiste musicienne canadienne d’origine rwandaise.

Marrakech ou « El Baja », la « ville rouge », a été créé en 1062 par Youssouf Ben Tachfine et la dynastie des Mourabitounes venue de l’espace actuel de la Mauritanie. Ville impériale, avec plus d’1 million d’habitants, c’est la troisième cité marocaine la plus importante avec plus de 900 années d’histoire derrière elle. Aujourd’hui, Marrakech est la ville la plus touristique du Maroc avec environ 3 millions de visiteurs par an.

Au pied de l’Atlas

Le soleil était au zénith lorsque nous nous arrêtons à un restaurant vendant des plats locaux, tajine, poulet rôti, grillades, entre autres mets aux couleurs et aux saveurs variés. A la sortie de Marrakech, le souffle du désert précédait notre ascension vers les sommets du Haut-Atlas.

Maison aux côteaux de la montagneCrédit Aidara

La luxuriante végétation faite d’eucalyptus, de figuiers, de chaînes et de palmeraies se poursuivaient dans une verdure de plus en plus dense. Le col de Tizi n’Tichka qui relie Marrakech et Ouarzazate nous offrit son panorama de rêve. Un enchevêtrement de routes qui serpentaient au milieu des formations d’acier qui se rapprochaient parfois, s’éloignaient ensuite, dans des dédales qui montaient vers le ciel, puis redescendaient abruptement à travers des virages secs par endroits.  

Un paysage à couper le souffle défilait, fait de vallées, de cols et de plateaux, traversant des villages berbères à flancs de côteaux. L’axe serpentait entre plusieurs localités et sites historiques, à l’image de la Kasbah de Telouet ou encore le Ksar d’Aït Benhadou, classé patrimoine de l’Unesco.

Bref arrêt entre Ouarzazate et Zagora – Crédit Aidara

Nous marquons un bref arrêt à l’un des nombreux points de repos qui jalonnent la route. Le temps de dégourdir les jambes, de payer des rafraîchissements et de prendre quelques photos souvenirs.

Ouarzazate, le « Hollywood » marocain

La ville de Ouarzazate apparut dans toute sa majesté, confortant son surnom de « Porte du désert ». Nous vîmes défiler plusieurs studios de l’industrie cinématographique, comme « Atlas Studio », « Fint Studio » ou encore « CLA Studio ». La région, notamment la Kasbah de Taourirt et son palais du XIXème siècle, fut le lieu de tournages de productions internationales célèbres comme « Lawrence d’Arabie », « Haute tension », « La momie », « Gladiator » ou encore « Kingdom Of Heaven ».

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Avec sa géographie rocailleuse, Ouarzazate offre dans sa partie nord-ouest la ville fortifiée en terre rouge d’Aït Ben Haddou, alors que les gorges du Toudra s’étendent au nord-est. A travers les palmeraies luxuriantes, la Vallée du Drâa s’enfonce en direction du désert.

Plus on s’éloigne de Ouarzazate, plus le paysage change de visage. Nous traversons la petite localité de Tamgrout. Sur le chemin, plusieurs boutiques de ventes d’objets en poteries traditionnelles et des bols de dimensions variées scintillant sous les rayons du soleil avec leurs motifs savamment dessinés.

Zagora, l’antique cité caravanière

C’est de Zagora d’où partait il y a de cela plusieurs siècles, dans un long voyage par chameau de 52 jours, le commerce transsaharien vers Tombouctou au Mali. Nous sommes dans le Drâa Tafilalet, là où la dynastie de l’Empire chérifien, les Saadiens, allaient inaugurer en 1591, la première expédition vers Tombouctou.

Vue partielle dune rue à Zagora – Crédit Aidara

La ville peuplée aujourd’hui d’environ 52.000 habitants, avec son aéroport et ses infrastructures offre une architecture typique et harmonisée qui donne une âme à la cité. Plusieurs Kasbahs dans la région sont peuplés d’Amazighes, de Chlouhas, de berbères et de juifs qui vivent en toute symbiose depuis des temps immémoriaux.

Hôtel Le Dromadaire Gourmand – Crédit Aidara

Après près de 8 heures de route, nous descendîmes enfin à l’hôtel « Le Dromadaire gourmand » de Moustapha Aït Mekin, un ancien chamelier, commerçant d’objets d’art légués par ses parents, puis hôtelier. Chaque soir, il rentre chez lui, comme de nombreux commerçants de la ville, à Amzrough, une Kasbah située à près de 4 kilomètres.

Après l’ouverture officielle du « Festival Taragalt » dans le splendide hôtel REDA de Zagora, le 30 octobre 2025, nous fîmes cap le lendemain en direction de M’Hamid Ghizlane, lieu des spectacles.

Mhamid Ghizlane, fin du trajet

Aux abords de la route bitumée, juste après Zagora, un tapis de pierres et des surfaces rocailleuses. Les montagnes réapparaissent comme de grises sentinelles qui tantôt nous étreignent et tantôt desserrent leurs masses noires. La végétation est de plus en plus clairsemée, striée par endroits par des défilés de palmeraies. Des routes secondaires viennent par intermittence entrecouper la nationale, zigzaguant vers des hauteurs lointaines. De temps à autre, des bâtisses solitaires surgissent dans la grisaille du jour. Nous traversons des ouvrages et des ponts. Puis, surgit la Kasbah d’Aitisoul, avec ses champs de palmeraies, ses panneaux solaires et ses pylônes aux allures insolites.  

Sur les hauteurs du col de N’Tichka – Crédit Aidara

Quelques kilomètres plus loin et nous tombons sur Tagounit. De l’entrée de la cité, arpentée par des dizaines d’écoliers et d’élèves drapés de blouse blanche, jusqu’à la sortie, la circulation est ralentie par des travaux sur la route. Un bon quart d’heure de soubresauts. Puis, défilent l’Oued Ben Hakki, Regabi, avec ses maisons basses en argile, ses palmeraies et ses coopératives agricoles.

A 13 heures 55, le 31 octobre 2025, le panneau apparut : M’Hamid Ghizlane. Fin du trajet. Large soupir de soulagement des passagers de la voiture, mes amis d’Arterial Network, repus de sommeil, avec quelques bribes de souvenir sur le trajet. Quant à moi, la curiosité m’avait tenu éveillé tout au long du voyage.

Sur le site du festival Taragalt – Crédit Aïdara

M’Hamid Ghizlane, encore appelé Targala ou Taragalt, est située à la lisière du Sahara, sur les confins algéro-marocains. Sa population fait un peu plus de 7.000 habitants, avec des ergs de sable, des oasis et des populations nomades environnantes.  Elles vivent du tourisme essentiellement, offrant des excursions dans le désert, notamment vers les dunes de l’erg Chegaga et ses dernières colonies de gazelles encore vivantes dans leur milieu naturel.

Le « Festival Taragalt » pour lequel nous sommes venus à M’Hamid vit sa 16ème édition avec la présence de plusieurs touristes essentiellement européens. Il offre un cadre de brassage avec un jumelage avec deux autres célèbres festivals, celui de Tombouctou et celui de Ségou au Mali, avec lesquels, il entretient une caravane dénommée « Caravane de la Paix » fondée en 2013.

Cheikh Aïdara
M’Hamid Ghizlane
(pour le journal L’Authentique)


APEFAS, le retour de OMZO et le débat entre Rap et questions politiques et sociales en Mauritanie

L’Association ACTIMUM, créé par Adama Diallo dit OMZO du groupe de Rap Minen Tey, en partenariat avec l’Association pour la Promotion de l’Enfant et de la Femme et de l’Action Sociale (APEFAS), a organisé mardi 1er avril 2025 à Nouakchott, un atelier d’écriture et un débat sur l’impact social et politique du Rap en Mauritanie. C’était en présence d’un panel relevé, composé entres autres de, OMZO de Minen Tey qui signe son retour au bercail et le député Khally Diallo.

Affiche de l’évènement – Crédit Aidara

En termes de proximité avec le peuple, l’association APEFAS a tapé dans le mille, en s’implant dès sa création il y a neuf années, dans le très populaire quartier de 6ème, département d’El Mina à Nouakchott.  Ce centre est une véritable ruche de culture et de bienfaisance. Il intervient en particulier en milieu scolaire avec la distribution chaque année de milliers de kits aux enfants issus de milieux défavorisés.

C’est cette association de jeunes que le Rappeur Adama Diallo dit OMZO a choisi comme partenaire alors qu’il signe son come-back dans son pays natal, après un long séjour avec son groupe Minen Tey en Belgique. Dans ses bagages, il apporte une association, ACTIMUM, destiné à la formation des jeunes.

Il a organisé ainsi, mardi 1er avril 2025 au siège d’APEFAS, une matinée école pour la formation de 50 jeunes dans l’écriture et autres métiers des musiques urbaines. Le soir, un panel très relevé a été animé. Un débat sur l’impact social et politique du RAP en Mauritanie, avec l’excellente modération de MISTER X.

Un panel de 8 experts des cultures urbaines

Comme vedette de la rencontre, il y avait Adama Diallo dit OMZO du groupe Minen Tey basé en Belgique, mais qui a décidé lui de retourner en Mauritanie pour former des jeunes à travers son association ACTIMUM, mais aussi pour participer au développement socioéconomique et culturel du pays. Faisait également partie du panel, le jeune député Khally Diallo, « Le Député du Peuple » dont les sorties à l’Assemblée Nationale font la fierté des laisser pour compte de la République. Lui-même formé aux cultures urbaines, il était déjà connu depuis des années pour son engagement social à travers son association « La Marmite du Partage ».

Photo des panélistes ‘- Crédit Aidara

Le panel comptait aussi des figures emblématiques du RAP mauritanien, à l’image de Cheikh Baby directeur du festival de Hip Hop de Kaédi, Awa Bâ, cadre au Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et Chargé de communication du groupe de RAP Diam Min Tekky, basé en Belgique.  Dans le panel se trouvait aussi Salimata Bâ de l’Association culturelle pour la lecture du défunt Zakarya Sall, mais aussi le grand intellectuel Thierno Diallo. Sans oublier le grand DESIRE ou DEZI DEZ dont l’apport dans le RAP mauritanien est indéniable. Il y avait également MAMZO D Lam Toro, un jeune rappeur de la dernière génération qui monte et enfin, le maître des lieux, Ama Tall, président de l’association APEFAS.

Consensus sur l’apport du RAP dans l’éveil des consciences et le développement socioéconomique

Indéniablement, les intervenants ont été unanimes à souligner l’apport des cultures urbaines dans la culture de la paix, de l’unité nationale et de la cohésion sociale en Mauritanie. Le Rap a aussi permis, selon eux, de remuer le cocotier et d’étaler les problèmes et les défis auxquels le pays est exposé.

Aperçu partiel du public – Crédit Aidara

Les Rappeurs mauritaniens ont en effet dénoncé tous les abus et ont abordé tous les thèmes, l’exclusion, le racisme, l’esclavage, le foncier, la corruption, le népotisme et le clientélisme, le racisme, l’immigration, etc.

Vecteur de transmission et de partage des valeurs

Pour OMZO qui s’est exprimé en Pulaar, le Hip Hop a participé à la communication et à la sensibilisation surtout en milieu jeune. Il s’agit selon lui d’un important vecteur de transmission et de partage des valeurs, un outil de conscientisation, un instrument efficace de plaidoyer auprès des décideurs, mais aussi un tremplin pour l’épanouissement de la jeunesse et un objecteur de conscience.

OMZA entouré par Khally Diallo (à droite) et Salimata Ba – Crédit Aidara

La capacité de mobilisation du RAP auprès des jeunes qui constituent plus de 70% de la population, selon lui, a ainsi poussé les hommes politiques, de la majorité comme de l’opposition, à faire appel pendant les campagnes électorales aux RAPPEURS pour cibler cet extraordinaire électorat. Les opérateurs économiques font aussi appel à leur service quand il s’agit de faire la promotion de leurs produits.

Le RAP met les mots sur nos maux

Salimata Bâ trouve pour sa part qu’elle a un impact sur le Rap comme le Rap a un impact sur elle. Le RAP l’a trouvée, selon elle, à la maison, car sa sœur ne cessait d’en fredonner. Pour Salimata, le Rappeur a su s’imposer au monde et à sa société, par son affirmation de soi, par sa démarche, ses vêtements et son vocabulaire. Puis, elle dit avoir rencontré de nouveau le RAP à l’Université, là où les Mauritaniens se rencontrent réellement, mais aussi à travers son activisme au sein du Syndicat national des étudiants de Mauritanie (SNEM). Le RAP, reconnaît-elle, met les mots sur nos maux. C’est le moyen d’expression des jeunes. Le RAPPEUR, affirme-t-elle, va droit au but là où les autres contournent la vérité.

Le RAP donne de l’espoir aux jeunes

Pour sa part, DESIRE est revenu un peu sur l’histoire du RAP en Mauritanie, faisant partie d’une des générations de précurseurs. Il trouve que la Mauritanie est un cas particulier dans le monde des cultures urbaines. Il a raconté comment il a aidé un jeune rappeur qui, désespéré, allait tenter un voyage clandestin pour rejoindre l’Europe au risque de sa vie. Aujourd’hui et sans le nommer, il dit que ce jeune fait partie actuellement des valeurs sûres qui monte et qu’il a réussi son ascension et ne pense plus prendre le risque d’une aventure en mer. Selon lui, le RAP donne de l’espoir aux jeunes. 

Thierno DIallo entouré de DESIRE (à droite) et Awa Bâ – Crédit Aidara

Il a aussi évoqué l’extraordinaire apport du NET pour la nouvelle génération de rappeurs, citant notamment ADVISER et Cheikh REFLEX, ajoutant que les meilleurs rappeurs en langue pulaar au niveau de toute la sous-région, c’est sans doute les Mauritaniens.

Le RAP aujourd’hui remplit les stades

Cheikh Baby a évoqué l’impact réel de Diam Min Tekky dans l’ascension internationale du RAP Mauritanien. Puis, il a déploré le manque de moyens et de sponsors, soulignant que chaque année il organise le Festival de Hip-Hop de Kaédi sur ses modestes et propres moyens. Ce festival offert aux jeunes de Kaédi, deuxième ville après Nouakchott en termes de consommation des musiques urbaines, dédaigne aujourd’hui, selon lui, les modestes salles du Cinéma de Kaédi et de sa Maison des Jeunes, là où tout se passait. « Aujourd’hui, les nouvelles générations, à l’image de BREMS et AUTHENTIQUE, remplissent le Stade de Kaédi » a-t-il lancé avec fierté.

Khally Diallo (à gauche), Baby Cheikh (au milieu) MAMZLO D (à droite) – Crédit Aidara

La révolution linguistique du RAP mauritanien

Thierno Diallo que quelqu’un a comparé à une bibliothèque ambulante, est revenu sur l’impact linguistique que le RAP a su imposer. Auparavant, dit-il, c’était le RAP en Wolof qui dominait en Mauritanie. Aujourd’hui, ajoute-t-il, les jeunes ont su travailler leur texte au point d’imposer les autres langues nationales comme le Pulaar, le Soninké ou le Hassaniya. Ce qui a apporté, selon lui, un réel impact sur le plan identitaire et culturel.

Il a souligné au passage la différence entre le discours intellectuel et le discours plus populaire du RAP qui a permis une véritable révolution des consciences. Avec des mots simples accessibles et la hargne qui l’accompagne le message du Rappeur passe plus au niveau populaire que le discours pompeux et pédant, selon Thierno Diallo. 

Certes, il trouve intéressant le caractère révolutionnaire du RAP, basé souvent sur des revendications identitaires, celles de la contestation de l’ordre établi, mais il trouve que pour que l’impact politique soit plus porteur, ce discours doit se départir d’un certain niveau de dénigrement à outrance. Il trouve qu’aujourd’hui, les jeunes Rappeurs mauritaniens vivent de leur travail contrairement aux anciens, car il a créé un environnement économique plus vaste, avec les bigmakers, les techniciens du son et de la lumière, les graffiteurs, etc.

 Chaque génération et son apport

Le RAP a beaucoup contribué au développement social et politique en Mauritanie, selon MAMZO D, notamment, précise-t-il, sur le plan de la sensibilisation. D’après lui, chacune des générations de RAP en Mauritanie a apporté sa pierre à l’édifice.

Il souligne qu’en 2011, l’idée déclencheur de la révolution apportée par la nouvelle génération a été déclenchée par Diam Min Tekky, avec les problèmes liés à la nationalité et à la célébration du 28 novembre.

Vue partielle de l’assistance – Crédit Aidara

Pour Ama Tall, le RAP a beaucoup changé le monde, notamment en Mauritanie, dans le domaine de la prise de conscience des populations face à leurs réalités. Il a cité l’écho qu’a eu la chanson « Ndiyam » (l’eau) de Diam Min Tekky, « Miskine » (le pauvre) du groupe Oulad Leblad.

L’essentiel, selon lui, c’est d’éviter de verser dans la violence ou de céder à l’impulsivité, mais de véhiculer la culture de la paix et de contribuer au développement du pays.

Quand Rapper était un crime

Awa Bâ a brièvement rappelé que le député Khally Diallo a été Manager de Diam Min Tekky et qu’il doit servir d’inspiration pour la nouvelle génération. Elle a rappelé les combats des précurseurs, comme Military Underground, Minen Teyi, Diam Min Tekky dans la dénonciation de fléaux comme la corruption et la malgouvernance. C’était du temps, rappelle-t-elle, où les Rappeurs ne faisaient pas le RAP pour de l’argent mais pour défendre des idéaux et dénoncer les injustices contre les opprimés. Ils ont permis à leur génération de porter leurs maux et de les comprendre, comme ceux liés au processus du vote.

Cette période était surtout marquée, d’après Awa, par l’oppression exercée par l’Etat sur les Rappeurs, avec ses lots d’arrestation, d’emprisonnements, de concerts interrompus et de pourchasses dans les ruelles et sur les grandes avenues.

Les Rappeurs doivent viser les hautes sphères de décision

Selon le député Khally Diallo, le RAP peut être considéré comme un outil de socialisation et une arme politique. IL est surtout né, selon lui, des souffrances vécues dans les Ghettos, aux USA d’abord, puis dans le monde. Dans le contexte mauritanien, trouve-t-il, le RAP a traversé toutes les épreuves vécues par le pays, de Maaouiya à nos jours, en passant par le CMJD et Aziz.

Le député Khally DIallo – Crédit Aidara

Khally Diallo déclare qu’à l’Assemblée Nationale, le reproche lui est souvent fait par rapport à ses déclarations crues qui percent la vérité sans s’alourdir de simagrées, un discours sans filtre ni démagogie. Ils ne savent pas, dit-il, qu’il est le fruit des musiques urbaines et du Hard RAP. Le Hip-Hop, précise-t-il, restitue le message tel qu’il est et non comme on veut l’entendre. Il exorcise les maux et heurte le conventionnellement admis.

Selon Khally, « le RAP nous a permis de sortir le politique des salons feutrés pour le mettre sur l’espace public ». Ce fut le cas à toutes les époques, en particulier sous Ould Taya, souligne-t-il.  De son temps, raconte-t-il, nul ne pouvait rapper sans aller en prison.

Khally Diallo est partisan d’un engagement politique des RAPPEURS qui doivent viser selon lui, les plus hautes sphères de décision, là où le destin du peuple est engagé. Il a donné l’exemple de certains Rappeurs comme Kyagulari Ssentamu qui a débuté sa carrière dans les années 2000 sous le nom de scène Bobi Wine. Il est devenu leader de l’opposition ougandaise et bête noire du régime du président Yuweri Museveni dont il fut le principal adversaire lors de la présidentielle de 2021.

Cheikh Aïdara


COMMUNIQUE RELATIF A L’ANNONCE DES RESULTATS DU CONCOURS DES MEILLEURS ARTICLES DE PRESSE ORGANISE PAR AJAL EN PARTENARIAT AVEC LE PROJET WACA MAURITANIE

L’Association des Journalistes mauritaniens Amis du Littoral (AJAL), en collaboration avec le Projet d’Investissement de Résilience des Zones Côtières en Afrique de l’Ouest section Mauritanie (WACA Mauritanie), a participé ce lundi 10 mars 2025 à la cérémonie de remise des Prix des Meilleurs Articles de Presse qu’ils ont organisé ensemble. C’était en marge de la Cérémonie d’inauguration de 3 brèches du littoral de Nouakchott présidée par Son Excellence, Madame la Ministre de l’Environnement et du Développement Durable, en présence de ses collègues de la Pêche et des Domaines ainsi que des autorités administratives et sécuritaires de Nouakchott.

Les lauréats dont les noms suivent ont été primés au cours de cette journée. Ce concours, le premier du genre organisé par AJAL, a vu la participation de plusieurs journalistes francophones et arabophones de la presse écrite. Il a été lancé en novembre 2024.

Lauréats de la presse francophones :

1er : Mohamed Ould Sneiba
2ème : Bakary Guèye
3ème : Ousmane Doucouré

Lauréats de la presse arabophone :

1er : Moustapha Mohamed Abdallahi
2ème : Izza Mint Abidine
3ème : Abdou Ahmed Salem

Le Président

Dieh Moctar Cheikh Saad Bouh dit Cheikh Aïdara