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Société civile et journalistes ensemble contre l’esclavage moderne, la traite des personnes et des migrants sous l’égide de Free The Slave

Free The Slave (FTS), une ONG américaine implantée sur plusieurs continents, a organisé les 21 et 22 novembre 2025 à Nouakchott, un atelier d’information et de cartographie des actions communes et complémentaires des acteurs de la société civile et des journalistes face à l’esclavage moderne, la traite des personnes et le trafic des migrants.

Une trentaine de journalistes et d’acteurs de la société civile active dans les droits humains ont participé vendredi 21 et samedi 22 novembre 2025 à Nouakchott à un atelier d’échanges et de concertations autour des questions liées à l’esclavage moderne, à la traite des personnes et au trafic des migrants. Cet atelier a été organisé par l’ONG américaine Free The Slave (FTS) en collaboration avec l’Instance nationale de lutte contre la traite des personnes et le trafic des migrants, relevant du Commissariat aux droits de l’Homme, à l’action humanitaire et aux relations avec la société civile.  

Les journées ont été marquées par la présentation de trois communications, des travaux de groupe et la constitution de deux réseaux, un pour les journalistes et l’autre pour la société civile.

Rappel général, lois, conventions et définitions

La première journée a connu deux présentations. La première, présentée par Cheikh Aïdara, journaliste spécialiste des questions sur l’esclavage, a porté sur un rappel des définitions de l’esclavage moderne, de la traite des personnes et du trafic des migrants contenus dans les conventions internationales et dans les textes nationaux.

Ces définitions sont en effets contenues dans plusieurs instruments juridiques internationaux, tels que la Convention de 1929 sur l’esclavage, la loi de 2007 et celle de 2015 adoptées en Mauritanie, où la pratique a été élevée au rang de crime contre l’humanité, jugé imprescriptible et universel.

Ce rappel était nécessaire pour quelques-uns des nouveaux participants qui n’ont jamais pris part aux précédentes formations organisées par FTS durant les années passées. Cela permettait également aux anciens activistes de rafraîchir les esprits, avant que l’exposant n’aborde les questions spécifiques liées à la Loi 031-2015 criminalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes, ainsi que ses avancées par rapport à la Loi 2007-048 considérée comme mal ficelée par rapport à la gravité du crime.

Quant à l’esclavage moderne, ou travail forcé, il rappelé que cette pratique est encadrée par la Convention 029 de l’Organisation internationale du Travail (OIT) de 1930 qui définit le travail forcé comme « tout travail ou service exigé d’une personne sous la menace d’une sanction, pour lequel elle ne s’est pas portée volontaire ».

Cette forme d’exploitation est aussi prise en charge dans le Code du Travail mauritanien et dans la loi sur l’esclavage de 2015. La Convention 029 de l’OIT ratifiée par la Mauritanie, dispose aussi d’un Protocole additionnel, celui de 2014, et dont la Mauritanie est le 2ème pays signataire en Afrique.

La traite des personnes est encadrée par plusieurs conventions, dont la Convention de Palerme de 2000 et d’autres conventions, et au niveau national, par la Loi 2020-017 du 7 juillet 2020. Cette loi protège aussi les migrants contre toute forme de trafic. Alors que la traite de personnes se distingue par un acte, un moyen et une fin, le trafic de migrants porte sur l’entrée illégale d’une personne dans un pays tiers.

Rôle des journalistes

La deuxième communication, présentée par Mehdi Lemrabott, journaliste expérimentée sur les questions objets de l’atelier, a été beaucoup plus interactive. Elle a abordé la question liée au rôle des journalistes dans la lutte contre l’esclavage moderne, la traite des personnes et le trafic des migrants.

Ici le débat s’est installé quant à l’obligation de neutralité ou non du journaliste dans le traitement des questions liées aux trois thématiques citées. Si certains considèrent que le journaliste doit traiter en toute objectivité les faits en prenant ses distances par rapport aux différents acteurs, d’autres trouvent que le journaliste doit exprimer sa position en faveur des victimes. Fut évoqué dans ce cadre les notions de ligne éditoriale, de la confusion entre journalisme et le militantisme, de la sacralité des faits et de l’engagement contre l’injustice.

Les deux présentations ont été suivies par un débat au cours duquel les participants aguerris à ces différentes thématiques ont livré leurs propres expériences de terrain.

Rôle de la société civile

La deuxième journée a consisté en une communication présentée par Mbaye Oumar sur le rôle de la société civile par rapport aux sujets abordés, à savoir, l’esclavage moderne, la traite des personnes et le trafic des migrants.

Il a évoqué dans ce cadre la centralité du rôle de la société civile dans le traitement des trois thématiques abordées, l’importance du rôle de complément qu’elle joue dans les programmes et politiques mis en œuvre par les autorités pour combattre ces fléaux. Il a parlé aussi des défis que rencontre la société civile dans l’accomplissement de sa mission, manque de moyens aussi bien financiers qu’humains, absence de synergie entre ses acteurs, obstacles d’ordre social et culturel, tabous…

Les opportunités ouvertes à la société civile ont aussi été mentionnées, telles les facilités offertes par les Nouvelles technologies de la communication et de l’information, notamment les réseaux sociaux, l’apport des médias et de la presse, l’existence de sources de financement à capter, l’utilité d’impliquer les jeunes et les femmes, mais aussi les leaders religieux et communautaires, l’intérêt de se forger une crédibilité pour gagner la confiance des partenaires nationaux et internationaux, notamment les autorités, les victimes et les communautés.

Enfin, les journalistes regroupés en groupe de travail ont formulé leurs attentes par rapport à la société civile et vice-versa. Chacun des deux groupes a par la suite dégagé un plan d’action avec deux à trois activités à mettre en œuvre.

La clôture de l’atelier a été marquée comme à son début par un mot du représentant de FTS en Mauritanie, M. Dame Bâ, qui a remercié les participants venus de plusieurs organisations nationales des droits humains, comme SOS Esclaves, Association de Lutte Contre la Dépendance (ALCD), l’Initiative de Résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), l’Association mauritanienne des droits de l’homme (AMDH), Ganbaanaxo, etc.

Dame Bâ a aussi remercié l’Instance nationale de lutte contre la traite des personnes et le trafic des migrants ainsi que l’Etat mauritanien pour leur contribution et leur engagement dans la lutte contre toutes les formes d’injustices et pour leur accompagnement des activités de FTS en Mauritanie.

Cheikh Aïdara


WACA Mauritanie et Journalistes ensemble pour préserver le littoral

En partenariat avec le Projet WACA Mauritanie, l’Association des Journalistes Amis du Littoral (AJAL) a animé jeudi 20 novembre 2025 une journée de sensibilisation et d’animation autour de la question du littoral et les enjeux relatifs à sa protection. L’évènement a eu lieu au niveau de la plage de Nouakchott, sur la brèche située entre Sabah et Terjit Vacances, là où trône une pancarte du Projet WACA.

Malgré les efforts déployés par le Projet WACA Mauritanie pour aider à la régénération du cordon dunaire au niveau de la brèche colmatée située entre l’hôtel Sabah et Terjit Vacances de Nouakchott, de nombreux usagers continuent de piétiner les travaux d’aménagement en cours avec leurs 4X4. Ils viennent nombreux durant le week-end et contournent les rangées de blocs mis en place par WACA pour empêcher l’intrusion de tout véhicule dans la zone.

Sensibiliser les automobilistes

La journée a permis ainsi de sensibiliser quelques automobilistes qui affirment n’avoir jamais été informés des travaux en cours pour redonner vie au cordon dunaire qui protège le littoral. Beaucoup d’entre eux ont fait demi-tour pour garer leurs voitures au parking réservés et ont fait le trajet à pied.

Cette journée a permis aussi de sensibiliser quelques usagers, dont des françaises établies à Nouakchott depuis 20 ans pour l’une d’elle, 10 ans pour une autre et 3 ans pour la dernière. Elles ont apprécié la sensibilisation menée par les journalistes et ont affirmé avoir toujours stationné leurs voitures hors de la zone du littoral bien qu’elles n’aient jamais été au courant des travaux menés par WACA pour la protection de la zone. Elles disent d’ailleurs n’avoir jamais entendu parler de WACA.

Le rôle de la presse et des médias

Le temps fort de la journée fut marqué par les explications fournies par le Coordinateur adjoint du Projet WACA Mauritanie, M. Dia Abdoul, qui a mis en exergue l’importance d’avoir organisé cette activité, louant le rôle des médias et de la presse dans la prise de conscience du public mauritanien sur l’importance de préserver le littoral contre la détérioration du cordon dunaire et les déchets qui polluent son environnement.

Dans son exposé devant les journalistes, M. Dia Abdoul s’est félicité de la mise en œuvre de la convention 2025 entre le projet WACA et l’association AJAL, soulignant la nécessité d’impliquer la presse et les médias sur le front de la sensibilisation autour des questions touchant le littoral.

A rappeler que dans le cadre de sa coopération avec la presse locale, le projet WACA appuie la radio du littoral qui a déjà à son actif plus d’une centaine d’émissions dans les langues nationales.

Il faut noter aussi qu’au niveau de la presse audiovisuelle, de la presse écrite et en ligne, la convention WACA-AJAL a permis la production massive d’articles, de reportages et de matières informationnelles, à travers les journalistes membres de l’association AJAL, depuis sa création en mars 2021.

Colmater les brèches

Par rapport aux efforts du projet WACA Mauritanie, il a affirmé que les 9 brèches les plus dangereuses ont été colmatées sur une distance de 2,3 kilomètres lors de la première phase du projet, sur un total de 21 brèches qui menacent le littoral, estimant que les 12 brèches restantes qui seront colmatées lors des prochaines phases sont moins dangereuses. Selon lui, la restauration du cordon dunaire est nécessaire d’autant qu’au niveau de certaines zones, le cordon serait à des niveaux de 3 mètres environ sinon moins.

D’où le choix porté sur diverses techniques de restauration qui combinent les fixations mécaniques et biologiques pour assurer la régénération des cordons dunaires. Pour préserver ces travaux, 3 postes de surveillance auraient été mis en place par le Ministère de l’Environnement avec l’appui du projet WACA. Cet appui comprend aussi, selon le Coordinateur adjoint, une procédure éducative, un renforcement de l’administration centrale, la promulgation de lois et l’établissement de règles de gouvernance. Il affirme que le littoral est une zone sensible et stratégique pour le développement et que sa protection est vitale pour la ville de Nouakchott et ses environs.

Quelques aspects des réalisations de WACA

Depuis 2018, le Programme régional d’investissement dans les zones côtières d’Afrique de l’Ouest (WACA), financé par la Banque Mondiale , a permis de réaliser des avancées dans la résilience des zones côtières, à travers la restauration de leurs écosystèmes, en comblant les lacunes, en stabilisation les cordons dunaires au niveau des plages, en protégeant la Baie de l’Etoile,  en reboisant les mangroves dans la réserve de Diawling, en soutenant les communautés riveraines pour améliorer leurs moyens de subsistance, et en activant les outils de gouvernance côtière à travers un Plan directeur des plages et l’Observatoire National de l’Environnement et du Littoral.

Le lancement du projet WACA+ serait motivé par la montée du niveau des océans, la pression croissante sur les ressources maritimes et les grands défis liés aux changements climatiques. Ce serait ainsi le prélude à une nouvelle phase vers l’extension à l’économie bleue afin de renforcer la résilience des zones côtières et marines.

Cheikh Aïdara


Le FMI et nous : quelles perspectives s’offrent à la Mauritanie

Le FMI et les autorités mauritaniennes saluent une économie « résiliente », avec une croissance de 5,2% en 2024 et tous les objectifs quantitatifs du programme atteints. La croissance a été évaluée à 6% en 2025, suite à la visite récente d’une délégation du fonds à Nouakchott il y a quelques semaines, alors que les prévisions parlaient d’un ralentissement autour de 4 à 4,2%, principalement à cause du secteur extractif, remettant en cause la diversification et la robustesse réelle de l’économie.

Le programme permet des décaissements importants (environ 49,8 millions de dollars récemment) pour soutenir la stabilité macroéconomique et financer des réformes structurelles.

Les recommandations (flexibilisation du taux de change, intensification de la collecte fiscale) sont perçues comme des mesures standardisées, déconnectées des réalités locales et qui peuvent frapper les ménages. Il y a surtout cette recommandation sur la levée des subventions sur les hydrocarbures qui pourraient être déstabilisateur pour le pays, car cette mesure frappe directement le pouvoir d’achat des populations déjà très éprouvées.

Les réformes visent, selon le FMI, à renforcer la discipline budgétaire, la transparence des entreprises publiques et la lutte contre la corruption, en s’alignant sur les « normes internationales ». Seulement, les détracteurs du FMI y trouvent une pression exercée sur le gouvernement pour se faire rembourser ses dettes plus vite sans tenir compte du poids social des réformes recommandées.

Le FMI est par ailleurs critiqué pour son « aveuglement » face à la persistance de détournements massifs et d’une impunité dans l’administration, saluant des progrès de gouvernance qui restent superficiels aux yeux de certains critiques.

Un programme spécifique (instrument de résilience et de durabilité) est destiné à améliorer la capacité du pays à faire face aux chocs climatiques. Discours paternaliste et infantilisant, trouvent certains, car pour eux, le dialogue avec le FMI est perçu comme une relation où l’institution impose son agenda, transformant les gouvernants en « exécutants dociles » et confisquant le débat sur le modèle de développement.

Le poids de la dette et le point de non-retour

L’interrogation sur une rupture après les annulations de dette des années 2000 est très pertinente. Cependant, les données montrent que la situation de la dette a considérablement évolué :

La dette extérieure de la Mauritanie s’élevait à 4 209,6 millions de dollars US à la fin 2023. Ce niveau est bien supérieur au plus bas historique de 1 248,3 millions de dollars US atteint en 2007, juste après les allègements de dette. Cela indique que le pays s’est de nouveau fortement endetté.

Ainsi, contre certaines voix qui prônent une rupture avec les institutions de Brettons Wood, dans un tel contexte de surendettement, rompre unilatéralement avec les institutions financières qui sont des créanciers majeurs priverait le pays d’un accès crucial à des financements et pourrait isoler économiquement le pays, rendant le refinancement de la dette encore plus difficile.

Le contexte géopolitique plus large

Il est important de replacer la situation de la Mauritanie dans un cadre global. Aujourd’hui, ces institutions (FMI, Banque Mondiale) font face à une concurrence géopolitique, notamment de la Chine avec son initiative « Belt and Road ». Cela offre théoriquement plus de choix aux pays en développement.

Cependant, comme le note un rapport de l’Atlantic Council, les prêts chinois ont aussi été critiqués pour leur manque de transparence et les clauses parfois onéreuses, conduisant à de lourds problèmes d’endettement dans des pays comme l’Angola ou la Zambie. Face à cela, les programmes du FMI, bien que contraignants, s’inscrivent dans un cadre multilatéral et restent, pour de nombreux gouvernements, un partenaire structurel difficile à éviter.

Un dilemme persistant

En résumé, il est difficile de trancher de manière définitive. D’un côté, la relation avec le FMI n’est pas un « malheur » purement négatif : elle apporte une aide financière immédiate, une forme de caution internationale et un cadre pour des réformes. De l’autre, les préoccupations soulevées par certains sur les conditions contraignantes du FMI sont fondées.

Les conditionnalités peuvent en effet avoir un coût social, et l’impression que les politiques sont dictées de l’extérieur plutôt qu’issues d’un débat national démocratique est un problème réel, documenté par des voix critiques en Mauritanie.

La vraie question n’est peut-être pas de rompre totalement, mais de savoir comment renforcer la capacité nationale à négocier et adapter ces programmes pour qu’ils servent prioritairement les intérêts des citoyens mauritaniens, tout en luttant efficacement contre les faiblesses de gouvernance interne.

Il est effectivement possible pour un pays de repenser sa relation avec le FMI, et des voix s’élèvent même pour une réforme globale du système de Bretton Woods. Cependant, quitter ces institutions est une décision complexe qui comporte des risques économiques majeurs, comme en témoignent les discussions autour d’autres unions monétaires.

Contexte mauritanien et poids de l’histoire

Certains nostalgiques évoquent l’avant-1984 quand la Mauritanie évoluait loin des institutions internationales et que les choses semblaient se passer à merveille. Pourtant, les études ont montré que la décennie 1970-1980 a été marquée par de graves déséquilibres économiques. À la fin des années 70 et au début des années 80, la situation était qualifiée de « catastrophique » : le PIB baissait, l’inflation était élevée et le déficit commercial se creusait.

Le pays était pris dans un cycle d’endettement/emprunt, où de nouveaux prêts étaient nécessaires pour rembourser les anciennes dettes. C’est dans ce contexte qu’un premier programme de redressement agréé par le FMI a été mis en place, au moins dès juillet 1987. Le gouvernement d’alors, dirigé par le Colonel Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya qui avait pris le pouvoir en 1984, a donc opté pour cette voie pour stabiliser l’économie.

Une marge de manœuvre réelle mais limitée

En conclusion, si une rupture pure et simple avec les institutions de Bretton Woods semble une option très risquée et peu réaliste à court terme, une refonte profonde de la relation est non seulement possible mais nécessaire.

La priorité pour la Mauritanie pourrait résider dans un effort double. En interne, renforcer la bonne gouvernance et la transparence pour éviter que l’aide financière ne soit gaspillée. Sur la scène internationale, s’allier avec d’autres pays en développement pour peser en faveur d’une réforme des règles et des pratiques du FMI, afin que les programmes soient mieux adaptés aux réalités nationales et moins coûteux socialement.

Cette réflexion a été menée avec l’aide de l’IA.


CARNET DE VOYAGE VERS LE SUD-EST MAROCAIN : De Casa à Zagora, le Maroc en diagonale

Arrivé à l’aéroport international de Casablanca, au Maroc, le 28 octobre 2025, je retrouvais mes amis d’Arterial Network, une plateforme culturelle africaine, dont je suis membre du Comité de Pilotage et Président de la zone Afrique du Nord. En fait, c’est Luc Mayitoukou, arrivé en même temps que moi par un vol Dakar-Casa que j’ai rencontré en premier à l’aéroport. Luc est congolais résidant à Dakar, au Sénégal, où il dirige une structure dénommée « Zouk Culture ». Il est régisseur général de plusieurs festivals à travers l’Afrique, dont le festival SOMAROHQ au Madagascar, le Festival sur le Niger ou Festival de Ségou au Mali, entre plusieurs autres festivals en Afrique. Tous les deux nous avons pris le train au sous-sol de l’aéroport Mohamed V pour nous rendre directement à Casa-Voyageurs et de là, à Casa-Port.

Gare de Marrakech avec l’équipe – Crédit Aidara

C’est là, où le restant de l’équipe nous rejoignit. Babylass Ndiaye du Sénégal, président d’Arterial Network ainsi que son assistante, Marie, puis Manassé Nguinambaya du Tchad et Marius Roméo Gamando de la Centrafrique. Nous avions dû prendre un taxi pour retourner à Casa-Voyageur et de là, par train, direction Marrakech. Trois heures de roulements mécaniques avec plusieurs haltes et la valse des voyageurs, ceux qui descendaient et ceux qui embarquaient.

Marrakech, la ville Mourabitya

A la gare de Marrakech, nous rencontrons le directeur de l’Institut Goethe au Maroc. Il était au Sénégal et donc ils se connaissaient, lui, Babylass et Luc. Il était accompagné par sa petite famille. Longues conversations, puis rendez-vous fut donné à M’Hamid Ghizlane, notre destination finale, à quelques 500 kilomètres plus au Sud-Est du Royaume Chérifien et où se tient le festival annuel « Taragalt ». Ce festival était d’ailleurs la raison de notre présence au Maroc. Le directeur de l’évènement, Brahim Sbai, nous y avait conviés.

Marché de Marrakech

D’ailleurs, le chauffeur de la voiture Mercedes Vitro, Saïd, était déjà sur place et nous attendait. A Marrakech, nous avons récupéré Ninette Nyiringango dite Empress, une artiste musicienne canadienne d’origine rwandaise.

Marrakech ou « El Baja », la « ville rouge », a été créé en 1062 par Youssouf Ben Tachfine et la dynastie des Mourabitounes venue de l’espace actuel de la Mauritanie. Ville impériale, avec plus d’1 million d’habitants, c’est la troisième cité marocaine la plus importante avec plus de 900 années d’histoire derrière elle. Aujourd’hui, Marrakech est la ville la plus touristique du Maroc avec environ 3 millions de visiteurs par an.

Au pied de l’Atlas

Le soleil était au zénith lorsque nous nous arrêtons à un restaurant vendant des plats locaux, tajine, poulet rôti, grillades, entre autres mets aux couleurs et aux saveurs variés. A la sortie de Marrakech, le souffle du désert précédait notre ascension vers les sommets du Haut-Atlas.

Maison aux côteaux de la montagneCrédit Aidara

La luxuriante végétation faite d’eucalyptus, de figuiers, de chaînes et de palmeraies se poursuivaient dans une verdure de plus en plus dense. Le col de Tizi n’Tichka qui relie Marrakech et Ouarzazate nous offrit son panorama de rêve. Un enchevêtrement de routes qui serpentaient au milieu des formations d’acier qui se rapprochaient parfois, s’éloignaient ensuite, dans des dédales qui montaient vers le ciel, puis redescendaient abruptement à travers des virages secs par endroits.  

Un paysage à couper le souffle défilait, fait de vallées, de cols et de plateaux, traversant des villages berbères à flancs de côteaux. L’axe serpentait entre plusieurs localités et sites historiques, à l’image de la Kasbah de Telouet ou encore le Ksar d’Aït Benhadou, classé patrimoine de l’Unesco.

Bref arrêt entre Ouarzazate et Zagora – Crédit Aidara

Nous marquons un bref arrêt à l’un des nombreux points de repos qui jalonnent la route. Le temps de dégourdir les jambes, de payer des rafraîchissements et de prendre quelques photos souvenirs.

Ouarzazate, le « Hollywood » marocain

La ville de Ouarzazate apparut dans toute sa majesté, confortant son surnom de « Porte du désert ». Nous vîmes défiler plusieurs studios de l’industrie cinématographique, comme « Atlas Studio », « Fint Studio » ou encore « CLA Studio ». La région, notamment la Kasbah de Taourirt et son palais du XIXème siècle, fut le lieu de tournages de productions internationales célèbres comme « Lawrence d’Arabie », « Haute tension », « La momie », « Gladiator » ou encore « Kingdom Of Heaven ».

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Avec sa géographie rocailleuse, Ouarzazate offre dans sa partie nord-ouest la ville fortifiée en terre rouge d’Aït Ben Haddou, alors que les gorges du Toudra s’étendent au nord-est. A travers les palmeraies luxuriantes, la Vallée du Drâa s’enfonce en direction du désert.

Plus on s’éloigne de Ouarzazate, plus le paysage change de visage. Nous traversons la petite localité de Tamgrout. Sur le chemin, plusieurs boutiques de ventes d’objets en poteries traditionnelles et des bols de dimensions variées scintillant sous les rayons du soleil avec leurs motifs savamment dessinés.

Zagora, l’antique cité caravanière

C’est de Zagora d’où partait il y a de cela plusieurs siècles, dans un long voyage par chameau de 52 jours, le commerce transsaharien vers Tombouctou au Mali. Nous sommes dans le Drâa Tafilalet, là où la dynastie de l’Empire chérifien, les Saadiens, allaient inaugurer en 1591, la première expédition vers Tombouctou.

Vue partielle dune rue à Zagora – Crédit Aidara

La ville peuplée aujourd’hui d’environ 52.000 habitants, avec son aéroport et ses infrastructures offre une architecture typique et harmonisée qui donne une âme à la cité. Plusieurs Kasbahs dans la région sont peuplés d’Amazighes, de Chlouhas, de berbères et de juifs qui vivent en toute symbiose depuis des temps immémoriaux.

Hôtel Le Dromadaire Gourmand – Crédit Aidara

Après près de 8 heures de route, nous descendîmes enfin à l’hôtel « Le Dromadaire gourmand » de Moustapha Aït Mekin, un ancien chamelier, commerçant d’objets d’art légués par ses parents, puis hôtelier. Chaque soir, il rentre chez lui, comme de nombreux commerçants de la ville, à Amzrough, une Kasbah située à près de 4 kilomètres.

Après l’ouverture officielle du « Festival Taragalt » dans le splendide hôtel REDA de Zagora, le 30 octobre 2025, nous fîmes cap le lendemain en direction de M’Hamid Ghizlane, lieu des spectacles.

Mhamid Ghizlane, fin du trajet

Aux abords de la route bitumée, juste après Zagora, un tapis de pierres et des surfaces rocailleuses. Les montagnes réapparaissent comme de grises sentinelles qui tantôt nous étreignent et tantôt desserrent leurs masses noires. La végétation est de plus en plus clairsemée, striée par endroits par des défilés de palmeraies. Des routes secondaires viennent par intermittence entrecouper la nationale, zigzaguant vers des hauteurs lointaines. De temps à autre, des bâtisses solitaires surgissent dans la grisaille du jour. Nous traversons des ouvrages et des ponts. Puis, surgit la Kasbah d’Aitisoul, avec ses champs de palmeraies, ses panneaux solaires et ses pylônes aux allures insolites.  

Sur les hauteurs du col de N’Tichka – Crédit Aidara

Quelques kilomètres plus loin et nous tombons sur Tagounit. De l’entrée de la cité, arpentée par des dizaines d’écoliers et d’élèves drapés de blouse blanche, jusqu’à la sortie, la circulation est ralentie par des travaux sur la route. Un bon quart d’heure de soubresauts. Puis, défilent l’Oued Ben Hakki, Regabi, avec ses maisons basses en argile, ses palmeraies et ses coopératives agricoles.

A 13 heures 55, le 31 octobre 2025, le panneau apparut : M’Hamid Ghizlane. Fin du trajet. Large soupir de soulagement des passagers de la voiture, mes amis d’Arterial Network, repus de sommeil, avec quelques bribes de souvenir sur le trajet. Quant à moi, la curiosité m’avait tenu éveillé tout au long du voyage.

Sur le site du festival Taragalt – Crédit Aïdara

M’Hamid Ghizlane, encore appelé Targala ou Taragalt, est située à la lisière du Sahara, sur les confins algéro-marocains. Sa population fait un peu plus de 7.000 habitants, avec des ergs de sable, des oasis et des populations nomades environnantes.  Elles vivent du tourisme essentiellement, offrant des excursions dans le désert, notamment vers les dunes de l’erg Chegaga et ses dernières colonies de gazelles encore vivantes dans leur milieu naturel.

Le « Festival Taragalt » pour lequel nous sommes venus à M’Hamid vit sa 16ème édition avec la présence de plusieurs touristes essentiellement européens. Il offre un cadre de brassage avec un jumelage avec deux autres célèbres festivals, celui de Tombouctou et celui de Ségou au Mali, avec lesquels, il entretient une caravane dénommée « Caravane de la Paix » fondée en 2013.

Cheikh Aïdara
M’Hamid Ghizlane
(pour le journal L’Authentique)