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Chami, Mme Argentina Matavel mesure la forte pression des 40.000 orpailleurs de la ville sur les services de santé sexuelle reproductive

Créé en 2013, la cité dortoir de Chami, située à 250 kilomètres de Nouakchott sur la route de Nouadhibou, croule sous le poids des 40.000 orpailleurs et la forte pression exercée sur les services de santé sexuelle reproductive offerts par l’unique centre de santé de la ville. Le constat a été fait par la Directrice régionale du Fonds des Nations Unies pour la Population pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (UNFPA WCARO), Mme Argentina Matavel et le staff du Bureau Pays, lors de la Journée spéciale pour la continuité des services de santé reproductive, organisée jeudi 14 avril 2022 par l’Association Mauritanienne pour la Promotion de la Famille (AMPF).

Mme Argentina Matavel assiste à Chami aux Journées spéciales de l’AMPF – Crédit Aidara

La Directrice Régionale UNFPA WCARO, Mme Argentina Matavel, dans sa quatrième journée de visite de travail en Mauritanie, a été l’hôte, jeudi 14 avril 2022, de la ville de Chami, un département créé ex-nihilo en 2013, à mi-chemin entre Nouakchott et Nouadhibou. Accompagnée par le Représentant Résident de l’UNFPA Mauritanie, M. Cheikh Fall et son staff, elle a assisté à la journée spéciale pour la continuité des services de santé sexuelle reproductive, y compris la planification familiale, organisée par l’AMPF en présence de Mme Marième Mint Ahmed Aïcha, présidente de l’association.

Visite de courtoisie au Hakem

En visite de courtoisie chez le préfet (Hakem) de Chami, M. El Ghali Ould Ahmedou, la délégation conduite par Mme Argentina Matavel a écouté une courte présentation de la ville dortoir, lieu de concentration d’un peuplement anarchique venu des quatre coins de la Mauritanie et des pays voisins, attirés par le mirage de l’or. Plus de 40.000 orpailleurs et leurs 6.000 voitures Tout Terrain, 4.000 étrangers dont des Maliens, Sénégalais, Soudanais, Ghanéens, entre autres, y déposent leur valise la nuit tombée, masses sombres étalées dans les rues de la cité, après une journée de labeurs dans les zones d’exploitation situées aux alentours du département.  

Rencontre avec le préfet et le maire de Chami – Crédit Aidara

Avec ses 21. 000 Km2 de superficie, Chami compte, selon le préfet, 3 communes, Chami, Mouamghar et Tmeïmichatt, avec deux centres de santé et deux postes de santé.

La forte poussée démographique de ce département créé ex-nihilo il y a près de dix ans, exerce selon le préfet, une pression démesurée sur les ressources en eau et impacte négativement sur son environnement, sans compter les maux sociaux adjacents, drogue et prostitution, avec leurs lots de maladies et de mauvaises mœurs.

Ainsi, la société MAADEN, chargée de la gestion des orpailleurs, trouve du mal à canaliser toute cette faune humaine, tout comme le peuplement inédit de Chami a valu une enquête menée par l’Organisation Internationale de la Migration (OIM) sur la situation des migrants et leur impact sur la vie socioéconomique de la ville.

Un centre de santé sous équipée face aux besoins démesurés

Selon le médecin-chef de Chami, le centre de santé offre environ 50 consultations par jour, 80% des patients étant des orpailleurs, avec 14.000 consultations offertes en 2021. Le centre offre également, selon lui, un service de maternité, avec une salle d’accouchement composée de 4 lits et une salle d’hospitalisation d’une demi-douzaine de lits, sans compter un service de visite prénatal et postnatal, ainsi qu’une pharmacie.

La Directrice Régionale de l’UNFPA épluchant en compagnie du médecin-chef le registre des consultations – Crédit Aidara

Les cas compliqués, comme les césariennes, ainsi que les nombreux cas d’accident, la plupart des accidents de travail touchant les orpailleurs, sont référés soit à Nouakchott ou à Nouadhibou. Le centre de santé ne compte aucun service d’urgence ni de radio faute de spécialistes, selon le médecin-chef. Les seuls services offerts avec spécialistes sont, d’après lui, ceux que l’AMPF amène à l’occasion des journées spéciales qu’elle organise régulièrement avec le concours de l’UNFPA, comme c’est le cas ce jeudi 14 avril 2022, avec la gynécologue de l’association, Dr. Marième Vachet. Ainsi en 2021, l’AMPF avait organisé 16 journées spéciales à Chami. Le centre de santé offre aussi un service de vaccination, avec 400 enfants vaccinés en 2021.

Dans la salle d’accouchement – Crédit Aidara

Eu égard à la présence de grandes quantités de mercure et de cyanure pour l’exploitation de l’or, le médecin-chef trouve urgent d’ouvrir une aile de médecine du travail à Chami ou à défaut, former les pratiquants exerçant dans la ville dans cette discipline.

Remise de dons en médicaments et matériels – Crédit Aidara

La visite guidée dans le centre de santé de Chami s’est achevée par une remise de dons, médicaments et matériels médicaux, offerts par l’UNFPA sous la supervision de la Directrice Régionale, Mme Argentina Matavel.  

SOS Pairs Educateurs pour la prévention contre le VIH/Sida

Tous les ingrédients sont réunis à Chami pour la prolifération de maladies sexuellement transmissibles comme le VIH/Sida, avec la présence de plus d’une centaine de travailleurs du sexe dans les deux genres. C’est le constat fait par Diop Amadou, un jeune bénévole de SOS Pairs Educateurs, une ONG qui a installé une antenne sentinelle à Chami, en partenariat avec le Secrétariat exécutif national de lutte contre le sida (SNLS), dont le dernier projet, de trois mois, vient de s’achever.

Diop Amadou (en tee-shirt blanc) expliquant les missions du centre Pairs Educateurs de Chami – Crédit Aidara

Son exposé a été suivi avec intérêt par la Directrice Régionale et sa délégation. Diop Amadou a indiqué que le centre organise régulièrement des séances de causeries et des entretiens individuels, indiquant que 172 travailleuses du sexe sont recensées et suivies par géolocalisation, ainsi que 36 hommes offrant les mêmes services, tous détenant des carnets de soin.

Selon lui, le centre a organisé entre juin et décembre 2021, 67 causeries et 146 entretiens individuels. Il a également expliqué que le centre distribue des préservatifs, livre conseils et orientations, comme il offre le dépistages et l’auto dépistage, sans compter le suivi des séropositifs. Le seul problème qui se pose selon lui, c’est l’absence d’un praticien de la santé au niveau du centre, face à la gêne ressentie par les séropositifs à se rendre au centre de santé pour la confirmation de leur statut. Il a aussi soulevé les difficultés à réorienter ceux qu’il appelle dans son jargon, « les perdus de vue », c’est-à-dire les séropositifs en rupture de ban, ceux qui sont enregistrés au Centre de traitement ambulatoire (CTA) de Nouakchott et qui ont rompu leur traitement.   

Photos de famille avec la Directrice Régionale, le Représentant résident, le médecin-chef et Diop Amadou – Crédit Aidara

La délégation semble avoir été impressionnée par le travail abattu par les Pairs éducateurs. La Directrice régionale a instruit le Bureau Pays pour étudier les voies et moyens d’appuyer le centre dans son travail préventif contre les maladies sexuellement transmissibles dans la ville de Chami.

Cheikh Aïdara


Booster les résultats du projet SWEDD Mauritanie, une recommandation de la Directrice Régionale UNFPA WCARO

Dans sa troisième journée de travail en Mauritanie, la Directrice Régionale du Fonds des Nations Unies pour la Population pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (UNFPA WCARO), Mme Argentina Matavel, a échangé, mercredi 13 avril 2022, avec le tout nouveau Coordonnateur du Projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique (SWEDD) Mauritanie, M. Abass Sylla et son équipe. Au cœur des discussions, l’urgence de booster les résultats à travers une meilleure coordination et l’amélioration de la communication.

Mme Argentina entourée de MM. Abass Sylla (en costume) et Cheikh Fall – Crédit Aidara

La Directrice Régionale UNFPA WCARO, Mme Argentina Matavel a eu une séance de travail avec l’équipe de l’Unité de Gestion du Projet (UGP) SWEDD Mauritanie, dont la Coordination vient d’être confiée à M. Abass Sylla, précédemment Directeur des Stratégies et Politiques au Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs. La rencontre qui a eu lieu mercredi 13 avril 2022 s’est déroulée en présence du Représentant Résident du Bureau de l’UNFPA Mauritanie, M. Cheikh Fall et son staff, des assistants techniques du projet et des représentants du Ministère des Affaires Economiques.

Des exigences nouvelles dans l’assistance technique de l’UNFPA

Après avoir suivi une présentation de l’UGP SWEDD Mauritanie (résultats réalisés, objectifs et défis), Mme Argentina Matavel a rapporté des attentes non satisfaites de certains départements qui se plaignent de la lenteur dans l’atteinte de certains résultats, même si elle trouve que les volets sociaux prennent du temps à se réaliser. Elle trouve cependant qu’il y a beaucoup d’attentes et d’espoirs suscités par le projet chez les communautés qui tardent à percevoir son impact. Ainsi, selon elle, l’objectif de l’UNFPA est de voir comment l’assistance technique qu’elle fournit au projet peut s’accélérer et s’améliorer davantage, d’où des réaménagements en cours au niveau du Bureau Régional et du Secrétariat Technique Régional.

Vue de la salle de réunion – Crédit Aidara

Elle trouve que cette assistance devient encore plus complexe avec l’élargissement des pays, de six au départ à neuf aujourd’hui, alors que quatre autres pays frappent à la porte du projet SWEDD, sans oublier l’existence d’autres partenaires comme l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS), et l’arrivée de nouveaux acteurs comme l’Agence Française de Développement (AFD), l’Union africaine et les organisations régionales (Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest et Communauté Economique de l’Afrique Centrale).

Impliquer davantage les départements ministériels

Elle a relevé par ailleurs l’impatience des six ministères clients des services du SWEDD en Mauritanie, les Affaires Economiques, la Santé, l’Education, les Affaires Sociales, les Affaires Islamiques et l’Emploi, qui se plaignent d’une faible implication dans l’exécution des activités et d’un déficit de communication, malgré l’existence de points focaux SWEDD dans ces différents départements.

L’assistance suit une projection sur l’historique du projet en Mauritanie – Crédit Aidara

D’autre part, la Directrice Régionale trouve que pour l’UNFPA, les exigences sont encore plus grandes aujourd’hui, parce qu’il y a davantage de fonds injectés dans le projet SWEDD. D’où la nécessité selon elle, d’exiger davantage d’engagement de la part des agents d’exécution du projet au sein des ministères ci-haut cités.

Un déficit de communication et de coordination

Elle a également relevé un déficit de communication dans les activités du projet qui, malgré leurs diversités et leur importance, restent encore invisibles aux yeux des populations dont la plupart ne serait pas selon elle, au courant des réalisations du projet. Elle trouve qu’il est impérieux d’activer le volet communication, mener des enquêtes et des sondages pour mesurer le degré de perception du SWEDD auprès des populations bénéficiaires.

Enfin, Mme Argentina Matavel voit dans le nouveau Coordonnateur de l’UGP SWEDD Mauritanie, M. Abass Sylla, un technicien capable d’assurer la coordination qui fait encore défaut, soulignant que son prédécesseur a fait sa part dans l’exécution des activités et qu’elle est sûre qu’il portera encore plus loin les résultats escomptés.

Renforcer la planification entre le bureau UNFPA Mauritanie et le SWEDD pays

Les assistants techniques du projet avancent leurs observations – Crédit Aidara

Pour sa part, le Représentant Résident de l’UNFPA Mauritanie, M. Cheikh Fall, a fait remarquer que les défis qu’il a relevés à son arrivée sont les mêmes que ceux soulevés lors de la dernière rencontre du Comité de Pilotage du Projet (CRP) SWEDD qui a réuni le 24 mars 2022 à Nouakchott, les représentants des 13 pays membres. Il a souligné qu’à son niveau, des dispositions ont été prises par rapport au projet SWEDD pour améliorer la communication et le processus de planification pour éviter les doublons. Il a par ailleurs proposé la diffusion d’un bulletin régulier sur les réalisations du SWEDD, en impliquant davantage les médias et en renforçant la communication sociale pour le changement de comportement, tout en œuvrant pour que les départements concernés puissent s’approprier encore davantage les actions menées par le projet.

Dans l’atteinte des résultats

Parmi les intervenants, certains ont déploré le manque d’expertise dans l’élaboration des Termes de référence qui prennent beaucoup de retard dans leur conception, mais aussi le retard dans le recrutement au niveau régional des ONG de la société civile pour la mise en œuvre des activités. Dans la même foulée, il a été recommandé de créer plusieurs répondants dans chaque département en plus des points focaux, ces derniers étant en général des directeurs de département qui n’ont pas beaucoup de temps à consacrer aux activités SWEDD qu’ils considèrent parfois comme un travail supplémentaire et non un moyen d’atteindre leurs propres objectifs.

Vue partielle de la salle (des assistantes techniques du projet) – Crédit Aidara

Dans le domaine de la santé communautaire, certains trouvent que la faiblesse de la prévalence contraceptive s’ajoute au retard dans la réduction des besoins non satisfaits en planification familiale, les ruptures de stocks, comme celles observées en 2021, étant fréquentes et souvent dues à un manque de coordination entre les services ministériels concernés. Parmi également les objectifs non encore atteints, la difficulté à faire de l’Ecole Nationale Supérieure des Sciences de la Santé (EN3S) un centre d’excellence pour le mentorat clinique des sages-femmes, mais aussi les difficultés à faire fonctionner les plateformes régionales de lutte contre les violences basées sur le genre, et le retard dans la mise en place des espaces sûrs.

En définitive, la Mauritanie qui vient de bénéficier de la deuxième phase du projet SWEDD, porte une double responsabilité, au regard des fonds supplémentaires qui lui ont été alloués par la Banque Mondiale (un budget de 60 millions de dollars U.S pour 4 ans) et sa présidence actuelle du CRP SWEDD.

Cheikh Aïdara


A l’Ecole Nationale Supérieure des Sciences de la Santé de Nouakchott, Mme Argentina Matavel rappelle les trois résultats transformateurs de l’UNFPA

Mme Argentina Matavel, Directrice Régionale du Fonds des Nations Unies pour la Population pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (UNFPA WCARO), a visité mardi 12 avril 2022, l’Ecole Nationale Supérieure des Sciences de la Santé (EN3S) de Nouakchott. Son allocution à la fin de la visite guidée, s’est réduite au rappel des trois résultats transformateurs de l’UNFPA.

Mme Argentina Matavel lors de son allocution à l’EN3S de Nouakchott – Crédit Aidara

Dans le grand amphithéâtre de l’EN3S de Nouakchott, logé dans un immeuble ultra moderne, Mme Argentina Matavel, qui venait de visiter les différentes salles de cours pratiques de ce centre supérieur de formations en sciences médicales, ainsi que l’ancienne bâtisse rénovée qui abritait l’ancienne école publique de santé, a été brève dans son allocution.

Les trois résultats transformateurs

Elle a rappelé que l’objectif de l’UNFPA se résume dans les trois résultats transformateurs. D’abord, réduire le nombre de décès maternels évitables, l’un des résultats clés auxquels son institution est très attachée, dira-t-t-elle en substance, afin de faire chuter les taux alarmants de mortalité maternelle dans certains pays comme la Mauritanie, et parvenir à l’horizon 2030 à Zéro décès maternel évitable.

Mme Argentina Matavel en compagnie de M. Cheikh Fall suivant une présentation – Crédit Aidara

Deuxièmement, assurer l’accès des femmes à une méthode contraceptive moderne, de sorte à parvenir en 2030 à Zéro besoin non satisfait en matière de planification familiale.

Troisièmement, éliminer les violences basées sur le genre, les violences sexuelles et conjugales, les mutilations génitales féminines et le mariage des enfants, afin qu’en 2030, il y ait Zéro violence basée sur le genre.

Par la suite, elle a déclaré qu’un centre d’excellence comme l’EN3S de Nouakchott et les autres centres d’excellence dans la région, reposent pour leur performance sur la qualité du personnel d’encadrement et son engagement, en mettant la formation des futurs sages-femmes au cœur de l’optimum recherché, donc dans la qualité et la rigueur professionnelle et déontologique des formateurs. De sorte que les diplômes ne soient délivrés qu’à celles qui le méritent par leur compétence et connaissance.

La Directrice Régionale en compagnie de la Directrice adjointe de l’EN3S lors de la visite guidée – Crédit Aidara

Evoquant l’esprit de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD) de 1994 au Caire et la Conférence de Beijing sur la femme, elle a rappelé l’importance de la santé reproductive dans le dispositif de développement au niveau mondial. Elle a cependant déploré la lenteur observée dans la baisse des taux de mortalité, tant et si bien qu’elle trouve que très peu de pays arriveront en 2030 au seuil des 70% sur lesquels ils se sont engagés.

Elle trouve par ailleurs que le personnel médical doit être soumis à un recyclage obligatoire tous les trois ans pour suivre les évolutions rapides dans le domaine de la santé, notamment le personnel sage-femme et infirmier, tout en exigeant aussi la formation continue des enseignants.

Visite guidée de l’Ecole

Dans une salle de travaux pratiques – Crédit Aidara

Auparavant, la Directrice Régionale, guidée par la directrice adjointe de l’EN3S et son staff administratif ainsi que le corps enseignant, a visité les salles de travaux pratiques, avec leurs équipements anatomiques, les différents stades de l’accouchement, jusqu’à la gestion de la 3ème période (GAPTA), la prévention et le traitement des hémorragies, l’accouchement par voie basse et par ventouse.

Dans une classe Master en biologie – Crédit Aidara

Par la suite, elle a rendu visite à une classe préparatoire en Master biologie, la bibliothèque de l’ancienne bâtisse et ses 3079 ouvrages, les deux salles de formation en ligne, et leurs 34 ordinateurs connectés à Internet.

Dans l’amphithéâtre de l’EN3S, la Directrice régionale UNFPA WCARO qui était accompagnée par le Représentant Résident du Bureau Pays, M. Cheikh Fall et son staff, a suivi une projection sur l’historique de l’école et ses 8.549 étudiants formés depuis sa création en 1966 à nos jours.

La Directrice régionale a cependant déploré l’absence de résidence pour les étudiants, notamment ceux en provenance des autres régions du pays.

Cheikh Aïdara


La directrice régionale de l’UNFPA rencontre la société civile mauritanienne

Argentina Matavel, directrice régionale du Fonds des Nations Unies pour la Population a visité le 12 avril, la clinique de l’Association Mauritanienne pour la Promotion de la Famille (AMPF).

Mme la Directrice serrant dans ses bras le bébé qu’une jeune survivante avait amené en classe – Crédit Aidara

A l’entame de sa deuxième journée en Mauritanie, la Directrice régionale de l’UNFPA WCARO, Mme Argentina Matavel, a visité mardi 12 avril 2022 deux structures de la société civile, la clinique de l’AMPF et le Centre WEVA de l’AMSME, situés tous les deux dans les départements pauvres et déshéritées de Dar-Naïm et d’El Mina à Nouakchott, la capitale.

Les services au rabais de l’AMPF au profit des populations pauvres en SSR et PF

L’AMPF fournit depuis sa création en 1990, des services en santé sexuelle et reproductive (SSR) ainsi qu’en planification familiale (PF) au profit des populations pauvres aussi bien dans les départements déshérités de Nouakchott qu’à l’intérieur du pays. Elle sensibilise aussi les populations et les décideurs politiques et religieux sur ces aspects de la santé publique qui butent encore sur des insuffisances et des préjugés.

La présidente de l’AMPF (en voile) accueille Mme Argentina Matavel dans son siège – Crédit Aidara

Le Centre AMPF de Dar-Naim fut la première porte d’entrée de la Directrice Régionale de l’UNFPA WCARO dans le monde associatif mauritanien. Accompagnée du staff du Bureau Pays sous la houlette du Représentant Résident, M. Cheikh Fall, Mme Argentina Matavel a été accueillie à son arrivée à la clinique multifonctionnelle de l’AMPF à Dar-Naïm par la présidente de l’Association, l’ancienne ministre, Mme Marième Mint Ahmed Aïcha entourée de ses collaborateurs.

Dans la salle d’accouchement de la clinique ‘Crédit Aidara

Une visite guidée qui a permis aux hôtes de l’AMPF de découvrir la gamme de services à bas prix offerts aux populations vulnérables du département, des accouchements assistés par des sages-femmes, à la salle d’hospitalisation, aux consultations gratuites offertes par d’éminents gynécologues et à la pharmacie en passant par la pédiatrie et le service dentaire, jusqu’aux référencements par ambulance en partenariat avec l’Hôpital Cheikh Zayed situé à quelques encablures.  

Avec la sage-femme – Crédit Aidara

En plus des services SSR et PF, l’AMPF fournit également des conseils en prénatal et post-natal, des soins pour la mère et le nouveau-né, la vaccination, les soins de l’avortement incomplet et d’aiguillage, la protection contre le VIH et le SIDA, y compris la protection contre la transmission mère-enfant (PTME). L’AMPF fournit les produits contraceptifs à des prix abordables pour cette population cible et en distribue gratuitement en cas de dons offerts par ses partenaires, notamment l’UNFPA et l’IPPF.

Rencontre avec les jeunes – Crédit Aidara

La visite de la Directrice Régionale s’est achevée par une rencontre avec de jeunes activistes encadrés par l’AMPF dans le domaine de la sensibilisation sur la SSR et la PF au niveau communautaire.

Centre WEVA pour la prise en charge des survivantes des VBG

L’après-midi du mardi 12 avril 2022, la Directrice Régionale de l’UNFPA WCARO, accompagnée du Représentant Résident et de son staff se sont rendus dans le populeux quartier d’El Mina au centre WEVA de prise en charge des filles survivantes de violences sexuelles créé par l’AMSME.

Mme Zeynabou Taleb Moussa ( 3ème à partir de la gauche) accueille la Directrice Régionale et le Représentant Résident – Crédit Aidara

Elles ont en général entre 12 et 17 ans, assises dans des salles de classe où elles tentent, à l’aide des bénévoles de l’association, de reconstruire des vies brisées.

L’émotion se lisait sur le visage de Mme Argentina Matavel qui n’hésita pas à arracher un bébé tenu entre deux bras frêles d’une fillette à peine sortie de la puberté.

Des besoins énormes en protection

Mme Zeynabou Mint Taleb Moussa, présidente de l’association, égrenait les difficultés d’un combat qui fut celui de sa vie, un arsenal juridique mal appliqué, l’impunité sur le dos de la pauvreté des ménages, des centaines de petite vie brisée sur l’aune des arrangements sociaux… En effet, depuis sa création en 1999, l’AMSME qui est le fruit d’un idéal partagé avec son équipe pour la défense des droits des femmes et des enfants mauritaniens, allait mesurer selon elle, l’ampleur d’une entreprise tout à la fois exaltante et pénible. « Nous n’avions pas mesuré à l’époque le volume des besoins et des attentes qui semblait prendre de l’importance année après année » a-t-elle souligné.

Avec l’enseignant (en costume) – Crédit Aidara

Les filles, en majorité mineures, sont réparties en deux classes, une pour l’alphabétisation pour celles qui n’ont jamais fait les bancs et une autre pour le renforcement de niveau pour celles déscolarisées suite à leur mésaventure.  En effet, selon Mme Zeynabou Mint Ahmed Taleb, en plus d’être stigmatisées par leur famille et la société, les filles sont accablées comme si elles sont responsables de leur propre viol. La plupart des parents les retirent de l’école. D’autres sous le traumatisme et le choc quittent spontanément les classes.

Au Centre WEVA, en plus de leur réinsertion dans le milieu scolaire, les filles apprennent la couture et la fabrication de savon grâce à un partenariat entre l’AMSME et une fondation américaine. La base de données reste confidentielle et les filles sont fichées par code impossible d’accès sauf au responsable administratif.

Poignantes histoires de vie

La Directrice tenant en main un savon fabriqué par les survivantes – Crédit Aidara

Devant Mme Argentina Matavel, quelques filles ont refait le parcours de leur histoire, avec un sens de maturité qui a forcé l’admiration et fait couler quelques larmes. C’est la même émotion qui a étrillé quelques membres du staff à l’entame de l’histoire d’une bénéficiaire, originaire du Hodh Gharbi, dont la charge locative et alimentaire à son profit et celui de ses enfants est assurée par l’AMSME. Il s’agit d’une femme dont les six filles ont été victimes de leur propre géniteur. Un criminel en puissance, selon Mme Zeynabou Mint Taleb Moussa, condamné à dix ans de prison et libéré avant d’avoir purgé sa peine.  

L’impunité des agresseurs sexuels

L’ex-commissaire (rangée de droite, 2ème) – Crédit Aidara

C’est toute la difficulté de l’application de la loi pénale, selon l’ex-commissaire à la retraite devenu conseiller juridique de l’ASME, Ould Ahmed Taleb, un gradé de la police que l’ONG avait apprécié durant ses années de service comme un défenseur né des droits humains. Selon lui, la justice mauritanienne souffre de la non-application des textes juridiques en vigueur. Il souligne que l’écrasante majorité des viols se termine par le retrait de la plainte à tous les stades de la procédure, de l’instruction du dossier jusqu’en plein procès. Ce qui a donné lieu, selon lui, à la prolifération des récidives et la non prise en compte de la situation des survivantes dont l’unique salut est la société civile. Pire encore, dira en substance l’ancien commissaire, les agresseurs issus des rangs des forces de l’ordre et de sécurité sont quasiment assurés de l’impunité. Selon lui, les survivantes appartiennent dans leur écrasante majorité à des familles pauvres et déshéritées, proies faciles et faibles devant la pression sociale, tribale et financière.

Sous la tente, à l’écoute de quelques bénéficiaires – Crédit Aidara

Une loi non votée et une insuffisante implication de la société civile

Pour clore ce triste registre, note l’ex-commissaire, une loi contre la violence faite aux femmes et aux filles et que le parlement mauritanien a rejeté trois fois, la plus récente en 2021, sans compter la non activation de l’aide judiciaire devenu un instrument vide et sans coquille.

@Crédit Aidara

Enfin, Mme Argentina Matavel et sa suite ont visité la salle d’assistance technique téléphonique des femmes et enfants victimes des violences et de maltraitance, la ligne verte 1013 créée en 2010, fonctionnel 24 H/ 24 et 7 jours/7 et dont le suivi est assuré par des équipes de jeunes conseillers. Là, également, la volonté politique reste absente pour accompagner cet instrument de veille qui, selon Mme Zeynabou Mint Taleb Moussa, a permis de secourir plusieurs victimes. Selon elle et ses assistants, le nombre de violences a plus que doublé durant la Covid-19, avec une double sanction marquée par la suspension des services de santé reproductive et la rupture en pullule du lendemain, ce qui a eu pour conséquences l’explosion des grossesses non désirées issues de viol.

A l’écoute d’un jeune conseiller – Crédit Aidara

La visite du Centre WEVA s’est achevée par une projection sur les statistiques en terme de violences enregistrées, 1921 cas entre 2013 et 2022.

Cheikh Aidara