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A l’Ecole Nationale Supérieure des Sciences de la Santé de Nouakchott, Mme Argentina Matavel rappelle les trois résultats transformateurs de l’UNFPA

Mme Argentina Matavel, Directrice Régionale du Fonds des Nations Unies pour la Population pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (UNFPA WCARO), a visité mardi 12 avril 2022, l’Ecole Nationale Supérieure des Sciences de la Santé (EN3S) de Nouakchott. Son allocution à la fin de la visite guidée, s’est réduite au rappel des trois résultats transformateurs de l’UNFPA.

Mme Argentina Matavel lors de son allocution à l’EN3S de Nouakchott – Crédit Aidara

Dans le grand amphithéâtre de l’EN3S de Nouakchott, logé dans un immeuble ultra moderne, Mme Argentina Matavel, qui venait de visiter les différentes salles de cours pratiques de ce centre supérieur de formations en sciences médicales, ainsi que l’ancienne bâtisse rénovée qui abritait l’ancienne école publique de santé, a été brève dans son allocution.

Les trois résultats transformateurs

Elle a rappelé que l’objectif de l’UNFPA se résume dans les trois résultats transformateurs. D’abord, réduire le nombre de décès maternels évitables, l’un des résultats clés auxquels son institution est très attachée, dira-t-t-elle en substance, afin de faire chuter les taux alarmants de mortalité maternelle dans certains pays comme la Mauritanie, et parvenir à l’horizon 2030 à Zéro décès maternel évitable.

Mme Argentina Matavel en compagnie de M. Cheikh Fall suivant une présentation – Crédit Aidara

Deuxièmement, assurer l’accès des femmes à une méthode contraceptive moderne, de sorte à parvenir en 2030 à Zéro besoin non satisfait en matière de planification familiale.

Troisièmement, éliminer les violences basées sur le genre, les violences sexuelles et conjugales, les mutilations génitales féminines et le mariage des enfants, afin qu’en 2030, il y ait Zéro violence basée sur le genre.

Par la suite, elle a déclaré qu’un centre d’excellence comme l’EN3S de Nouakchott et les autres centres d’excellence dans la région, reposent pour leur performance sur la qualité du personnel d’encadrement et son engagement, en mettant la formation des futurs sages-femmes au cœur de l’optimum recherché, donc dans la qualité et la rigueur professionnelle et déontologique des formateurs. De sorte que les diplômes ne soient délivrés qu’à celles qui le méritent par leur compétence et connaissance.

La Directrice Régionale en compagnie de la Directrice adjointe de l’EN3S lors de la visite guidée – Crédit Aidara

Evoquant l’esprit de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD) de 1994 au Caire et la Conférence de Beijing sur la femme, elle a rappelé l’importance de la santé reproductive dans le dispositif de développement au niveau mondial. Elle a cependant déploré la lenteur observée dans la baisse des taux de mortalité, tant et si bien qu’elle trouve que très peu de pays arriveront en 2030 au seuil des 70% sur lesquels ils se sont engagés.

Elle trouve par ailleurs que le personnel médical doit être soumis à un recyclage obligatoire tous les trois ans pour suivre les évolutions rapides dans le domaine de la santé, notamment le personnel sage-femme et infirmier, tout en exigeant aussi la formation continue des enseignants.

Visite guidée de l’Ecole

Dans une salle de travaux pratiques – Crédit Aidara

Auparavant, la Directrice Régionale, guidée par la directrice adjointe de l’EN3S et son staff administratif ainsi que le corps enseignant, a visité les salles de travaux pratiques, avec leurs équipements anatomiques, les différents stades de l’accouchement, jusqu’à la gestion de la 3ème période (GAPTA), la prévention et le traitement des hémorragies, l’accouchement par voie basse et par ventouse.

Dans une classe Master en biologie – Crédit Aidara

Par la suite, elle a rendu visite à une classe préparatoire en Master biologie, la bibliothèque de l’ancienne bâtisse et ses 3079 ouvrages, les deux salles de formation en ligne, et leurs 34 ordinateurs connectés à Internet.

Dans l’amphithéâtre de l’EN3S, la Directrice régionale UNFPA WCARO qui était accompagnée par le Représentant Résident du Bureau Pays, M. Cheikh Fall et son staff, a suivi une projection sur l’historique de l’école et ses 8.549 étudiants formés depuis sa création en 1966 à nos jours.

La Directrice régionale a cependant déploré l’absence de résidence pour les étudiants, notamment ceux en provenance des autres régions du pays.

Cheikh Aïdara


La directrice régionale de l’UNFPA rencontre la société civile mauritanienne

Argentina Matavel, directrice régionale du Fonds des Nations Unies pour la Population a visité le 12 avril, la clinique de l’Association Mauritanienne pour la Promotion de la Famille (AMPF).

Mme la Directrice serrant dans ses bras le bébé qu’une jeune survivante avait amené en classe – Crédit Aidara

A l’entame de sa deuxième journée en Mauritanie, la Directrice régionale de l’UNFPA WCARO, Mme Argentina Matavel, a visité mardi 12 avril 2022 deux structures de la société civile, la clinique de l’AMPF et le Centre WEVA de l’AMSME, situés tous les deux dans les départements pauvres et déshéritées de Dar-Naïm et d’El Mina à Nouakchott, la capitale.

Les services au rabais de l’AMPF au profit des populations pauvres en SSR et PF

L’AMPF fournit depuis sa création en 1990, des services en santé sexuelle et reproductive (SSR) ainsi qu’en planification familiale (PF) au profit des populations pauvres aussi bien dans les départements déshérités de Nouakchott qu’à l’intérieur du pays. Elle sensibilise aussi les populations et les décideurs politiques et religieux sur ces aspects de la santé publique qui butent encore sur des insuffisances et des préjugés.

La présidente de l’AMPF (en voile) accueille Mme Argentina Matavel dans son siège – Crédit Aidara

Le Centre AMPF de Dar-Naim fut la première porte d’entrée de la Directrice Régionale de l’UNFPA WCARO dans le monde associatif mauritanien. Accompagnée du staff du Bureau Pays sous la houlette du Représentant Résident, M. Cheikh Fall, Mme Argentina Matavel a été accueillie à son arrivée à la clinique multifonctionnelle de l’AMPF à Dar-Naïm par la présidente de l’Association, l’ancienne ministre, Mme Marième Mint Ahmed Aïcha entourée de ses collaborateurs.

Dans la salle d’accouchement de la clinique ‘Crédit Aidara

Une visite guidée qui a permis aux hôtes de l’AMPF de découvrir la gamme de services à bas prix offerts aux populations vulnérables du département, des accouchements assistés par des sages-femmes, à la salle d’hospitalisation, aux consultations gratuites offertes par d’éminents gynécologues et à la pharmacie en passant par la pédiatrie et le service dentaire, jusqu’aux référencements par ambulance en partenariat avec l’Hôpital Cheikh Zayed situé à quelques encablures.  

Avec la sage-femme – Crédit Aidara

En plus des services SSR et PF, l’AMPF fournit également des conseils en prénatal et post-natal, des soins pour la mère et le nouveau-né, la vaccination, les soins de l’avortement incomplet et d’aiguillage, la protection contre le VIH et le SIDA, y compris la protection contre la transmission mère-enfant (PTME). L’AMPF fournit les produits contraceptifs à des prix abordables pour cette population cible et en distribue gratuitement en cas de dons offerts par ses partenaires, notamment l’UNFPA et l’IPPF.

Rencontre avec les jeunes – Crédit Aidara

La visite de la Directrice Régionale s’est achevée par une rencontre avec de jeunes activistes encadrés par l’AMPF dans le domaine de la sensibilisation sur la SSR et la PF au niveau communautaire.

Centre WEVA pour la prise en charge des survivantes des VBG

L’après-midi du mardi 12 avril 2022, la Directrice Régionale de l’UNFPA WCARO, accompagnée du Représentant Résident et de son staff se sont rendus dans le populeux quartier d’El Mina au centre WEVA de prise en charge des filles survivantes de violences sexuelles créé par l’AMSME.

Mme Zeynabou Taleb Moussa ( 3ème à partir de la gauche) accueille la Directrice Régionale et le Représentant Résident – Crédit Aidara

Elles ont en général entre 12 et 17 ans, assises dans des salles de classe où elles tentent, à l’aide des bénévoles de l’association, de reconstruire des vies brisées.

L’émotion se lisait sur le visage de Mme Argentina Matavel qui n’hésita pas à arracher un bébé tenu entre deux bras frêles d’une fillette à peine sortie de la puberté.

Des besoins énormes en protection

Mme Zeynabou Mint Taleb Moussa, présidente de l’association, égrenait les difficultés d’un combat qui fut celui de sa vie, un arsenal juridique mal appliqué, l’impunité sur le dos de la pauvreté des ménages, des centaines de petite vie brisée sur l’aune des arrangements sociaux… En effet, depuis sa création en 1999, l’AMSME qui est le fruit d’un idéal partagé avec son équipe pour la défense des droits des femmes et des enfants mauritaniens, allait mesurer selon elle, l’ampleur d’une entreprise tout à la fois exaltante et pénible. « Nous n’avions pas mesuré à l’époque le volume des besoins et des attentes qui semblait prendre de l’importance année après année » a-t-elle souligné.

Avec l’enseignant (en costume) – Crédit Aidara

Les filles, en majorité mineures, sont réparties en deux classes, une pour l’alphabétisation pour celles qui n’ont jamais fait les bancs et une autre pour le renforcement de niveau pour celles déscolarisées suite à leur mésaventure.  En effet, selon Mme Zeynabou Mint Ahmed Taleb, en plus d’être stigmatisées par leur famille et la société, les filles sont accablées comme si elles sont responsables de leur propre viol. La plupart des parents les retirent de l’école. D’autres sous le traumatisme et le choc quittent spontanément les classes.

Au Centre WEVA, en plus de leur réinsertion dans le milieu scolaire, les filles apprennent la couture et la fabrication de savon grâce à un partenariat entre l’AMSME et une fondation américaine. La base de données reste confidentielle et les filles sont fichées par code impossible d’accès sauf au responsable administratif.

Poignantes histoires de vie

La Directrice tenant en main un savon fabriqué par les survivantes – Crédit Aidara

Devant Mme Argentina Matavel, quelques filles ont refait le parcours de leur histoire, avec un sens de maturité qui a forcé l’admiration et fait couler quelques larmes. C’est la même émotion qui a étrillé quelques membres du staff à l’entame de l’histoire d’une bénéficiaire, originaire du Hodh Gharbi, dont la charge locative et alimentaire à son profit et celui de ses enfants est assurée par l’AMSME. Il s’agit d’une femme dont les six filles ont été victimes de leur propre géniteur. Un criminel en puissance, selon Mme Zeynabou Mint Taleb Moussa, condamné à dix ans de prison et libéré avant d’avoir purgé sa peine.  

L’impunité des agresseurs sexuels

L’ex-commissaire (rangée de droite, 2ème) – Crédit Aidara

C’est toute la difficulté de l’application de la loi pénale, selon l’ex-commissaire à la retraite devenu conseiller juridique de l’ASME, Ould Ahmed Taleb, un gradé de la police que l’ONG avait apprécié durant ses années de service comme un défenseur né des droits humains. Selon lui, la justice mauritanienne souffre de la non-application des textes juridiques en vigueur. Il souligne que l’écrasante majorité des viols se termine par le retrait de la plainte à tous les stades de la procédure, de l’instruction du dossier jusqu’en plein procès. Ce qui a donné lieu, selon lui, à la prolifération des récidives et la non prise en compte de la situation des survivantes dont l’unique salut est la société civile. Pire encore, dira en substance l’ancien commissaire, les agresseurs issus des rangs des forces de l’ordre et de sécurité sont quasiment assurés de l’impunité. Selon lui, les survivantes appartiennent dans leur écrasante majorité à des familles pauvres et déshéritées, proies faciles et faibles devant la pression sociale, tribale et financière.

Sous la tente, à l’écoute de quelques bénéficiaires – Crédit Aidara

Une loi non votée et une insuffisante implication de la société civile

Pour clore ce triste registre, note l’ex-commissaire, une loi contre la violence faite aux femmes et aux filles et que le parlement mauritanien a rejeté trois fois, la plus récente en 2021, sans compter la non activation de l’aide judiciaire devenu un instrument vide et sans coquille.

@Crédit Aidara

Enfin, Mme Argentina Matavel et sa suite ont visité la salle d’assistance technique téléphonique des femmes et enfants victimes des violences et de maltraitance, la ligne verte 1013 créée en 2010, fonctionnel 24 H/ 24 et 7 jours/7 et dont le suivi est assuré par des équipes de jeunes conseillers. Là, également, la volonté politique reste absente pour accompagner cet instrument de veille qui, selon Mme Zeynabou Mint Taleb Moussa, a permis de secourir plusieurs victimes. Selon elle et ses assistants, le nombre de violences a plus que doublé durant la Covid-19, avec une double sanction marquée par la suspension des services de santé reproductive et la rupture en pullule du lendemain, ce qui a eu pour conséquences l’explosion des grossesses non désirées issues de viol.

A l’écoute d’un jeune conseiller – Crédit Aidara

La visite du Centre WEVA s’est achevée par une projection sur les statistiques en terme de violences enregistrées, 1921 cas entre 2013 et 2022.

Cheikh Aidara


Mauritanie : la directrice régionale du Fonds des Nations Unies pour la Population prépare le programme de coopération

La directrice régionale du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Mme Argentina Matavel, a entamé dimanche 10 avril 2022 une visite de travail de cinq jours en Mauritanie. Au cœur de cette tournée, renforcer les relations avec la Mauritanie qui assure la présidence tournante du Projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel (SWEDD) et préparer en même temps le nouveau programme quinquennal de coopération Mauritanie-UNPFA.

Entretien avec le ministre des Affaires Economiques et son staff – Crédit Aidara

Arrivée dimanche soir à Nouakchott, capitale de la Mauritanie, Mme Argentina Matavel, directrice régionale du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, a rencontré lundi 11 avril 2022, le ministre des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs, M. Ousmane Mamoudou Kane. C’était en présence du Représentant Résident de l’UNFPA en Mauritanie, M. Cheikh Fall, du Secrétaire Général du Ministère des Affaires Economiques, M. Mohamed Moustapha Ould Abdi Ould Jiyid et du Directeur adjoint des Politiques et Stratégies au même département, M. Mohamed Abderrahmane Ould Deddi.

Mme Argentina Matavel à sa sortie d’audience avec le ministre Ousmane Kane et à ses côtés le représentant résident – Crédit Aidara

A sa sortie d’audience, Mme Argentina Matavel a déclaré que la rencontre avec le ministre des Affaires Economiques a été l’occasion de raffermir les relations de partenariat qui existent entre son institution et la Mauritanie. « Nous avons eu l’occasion de discuter de notre programme de coopération », a-t-elle déclaré, annonçant dans la foulée la préparation d’un nouveau programme quinquennal de coopération. « Comme c’est un programme de 5 ans, il fallait en discuter avec le ministre en charge de la coordination de toutes les actions de développement, notamment avec les organisations et agences internationales de développement actives dans le pays », a-t-elle souligné.

Selon la directrice régionale de l’UNFPA, les discussions avec le ministre des Affaires Economiques ont également porté sur l’autonomisation de la femme, la mortalité maternelle, le maintien des filles à l’école, entre autres. Par ricochet, les échanges, dira-t-elle en substance, ont porté sur le projet SWEDD, projet régional qui regroupe 13 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, et dont la présidence confiée à M. Ousmane Mamoudou Kane, ministre des Affaires Economiques, vient de lui être renouvelée. Il s’agissait surtout selon elle de discuter avec le président du projet SWEDD de la meilleure manière d’améliorer l’assistance technique que les 13 pays membres ont confié à l’UNFPA.

Mme Argentina Matavel entourée du Représentant Résident M. Cheikh Fall (à gauche) et M. Anthony Boamah – Crédit Aidara

La question centrale reste d’après elle, comment introduire des changements de comportement au sein des familles, de manière à ce qu’elles accordent plus d’intérêt à la scolarisation des filles et qu’elles soient convaincues que la fille peut contribuer au développement au même titre que le garçon. 

La directrice régionale de l’UNFPA a rendu par la suite une visite de courtoisie au coordinateur résident du système des Nations Unies en Mauritanie, M. Anthony Kwaku Ohemeng Boamah. Elle était accompagnée par le représentant résident de l’UNFPA en Mauritanie, M. Cheikh Fall.

Mme Argentina Matavel avec le représentant résident M. Cheikh Fall lors de la rencontre avec le personnel du Bureau Pays – Crédit Aidara
Vue partielle de la salle lors de la rencontre avec le personnel – Crédit Aïdara

Par la suite, Mme Argentina Matavel s’est réunie avec le staff et le personnel du bureau pays de l’UNFPA. Une rencontre empreinte de cordialité et de spontanéité. Au cours de la rencontre, les échanges ont porté sur le document pays et le programme de coopération quinquennal en préparation.

Mme la Directrice Régionale UNFPA lors de son entretien avec le Ministre de la Santé – Crédit Aidara

L’après-midi, la directrice régionale a eu un entretien avec le Ministre de la Santé, M. Mokhtar Ould Dahi. Au centre des discussions, la santé maternelle, néonatale, infantile et adolescent, la santé sexuelle et reproductive, notamment celle des adolescentes et des jeunes filles, la planification familiale et la disponibilité des produits contraceptifs au kilomètre près, ainsi que l’équipement des structures de santé et la formation du personnel. Dans tous ces volets, la directrice régionale a exprimé la disponibilité de l’UNFPA à assurer son soutien et son appui technique au département de la santé.

Cheikh Aïdara


Mauritanie : inauguration du nouveau siège du mouvement abolitionniste, IRA

Installé dans un immeuble rénové à l’Ilot K, au cœur de Nouakchott, le nouveau siège d’IRA a été le théâtre d’une inauguration haut en couleur, samedi 9 avril 2022, en présence des cadres et militants du mouvement, sous la houlette de l’emblématique député et président Birame Dah Abeid. L’occasion d’un déballage sur plus de 13 années de combat contre l’esclavage et de lutte politique pour l’accession au pouvoir, avec un focus sur les dessous de l’apaisement actuel avec le pouvoir du président Ould Ghazouani.

Une foule dense devant le siège de IRA – Crédit Aidara

« Contrairement aux ragots, notre deal avec le pouvoir du président Mohamed Cheikh Ghazouani ne repose sur rien d’autre que sur l’apaisement populaire que nous avons su imposer au soir de la proclamation des résultats contestés et contestables de la présidentielle de 2019, et en retour, la paix pour la Mauritanie et une reconnaissance de notre mouvement IRA et du parti RAG » a déclaré Birame Dah Abeid, président de l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA) et député à l’Assemblée Nationale.C’était lors de l’inauguration, samedi 9 avril 2022, du nouveau siège de son mouvement, sis à l’Ilot K de Nouakchott.

Avec Ghazouani, un deal sur la stabilité sociale et la reconnaissance de IRA

« Ould Ghazouani ne nous a donné ni ministère, ni direction, ni banque, ni argent, ni ballot de tissus » a précisé Birame Dah Abeid, soulignant que la contrepartie exigée par son mouvement contre la déstabilisation planifiée aux lendemains de l’élection présidentielle d’août 2019 par le prédécesseur de Ould Ghazouani, ne s’est pas mesurée en monnaies sonnantes et trébuchantes, mais en reconnaissance méritée d’un combat populaire dont la légitimité se mesure à l’aune des voix qui l’ont porté dans l’antichambre de la Présidence de la République.

Le leader de IRA Birame Dah Abeid jouit du bain de foule – Crédit Aidara

Auparavant, le leader abolitionniste avait passé en revue les durs sacrifices consentis par les militantes et les militants du mouvement IRA ainsi que ses dirigeants, matés à coups de répression policière, de tortures, de procès inique et d’emprisonnements, tout au long des treize années passées à se battre contre les injustices et les exactions sociales commises à l’encontre des populations faibles et déshéritées, dont l’écrasante majorité des Harratines et des Négro-mauritaniens.

Une classe de pseudo intellectuels à l’époque de Aziz

« La diabolisation dont nous fûmes l’objet, adossée sur un statut d’éternel non-reconnu sur la scène sociale et politique, me pousse à douter de l’existence d’une classe intellectuelle en Mauritanie durant cette période » a asséné Birame Dah Abeid parlant de la décennie passée, rappelant au passage que l’étiquette intellectuelle avait été collée en 1905 à un groupe d’écrivains, de juristes, de journalistes et de penseurs français qui avaient pris fait et cause pour Alfred Dreyfus contre l’opinion française. Leur seul souci était de défendre la vérité et les opprimés, le capitaine Dreyfus étant accusé de haute trahison à la place d’un haut gradé de bonne famille, parce que juif, dans une société française où les juifs jouissaient à l’époque du même statut que celui des Harratines en Mauritanie aujourd’hui, a expliqué Birame en substance. Crier avec les loups et aboyer avec les loubars, toujours du côté des supposés plus forts, n’est pas le fait des intellectuels, mais c’est celui des opportunistes et des manants, a-t-il détaillé en substance.

Une relation de paix et de respect avec l’actuel pouvoir

Birame lors de son discours – Crédit Aidara

Sur ces relations avec le président Ghazouani, Birame est revenu sur les « qu’en dira-t-on » à propos de ceux qui lui reprochent cette accointance jugée de compromettante, estimant que seuls les mal intentionnés peuvent nourrir de tels ressentiments. Il trouve pour sa part que le jeu avec le pouvoir actuel est très clair et qu’il est bâti sur un respect réciproque basé sur l’apaisement voulu par le nouveau locataire de la présidence, trouvant toutefois ce rapprochement d’inachevé tant que le parti RAG ne sera pas reconnu.

IRA-Sawab, une école en science politique

Par la suite, Birame a rendu un vibrant hommage au parti Sawab et à sa jeunesse qui avaient su, selon lui, briser le mur de l’intolérance, en s’alliant à Birame dans une aventure électorale inédite, qui constitue aujourd’hui une école de référence en matière politique. Il a également salué ses militants, déclarant qu’ils ont été formés et dopés aux idéaux du mouvement, ce qui fait de chacun d’entre eux, un leader potentiel capable de prendre sa relève.  

Les millions de Bouamatou et la guerre contre les religieux

La foule des militants a attendu des heures pour entendre son leader – Crédit Aidara

Sur le ton de l’ironie, Birame est revenu sans le nommer sur l’homme d’affaires Bouamatou et les 250 millions d’ouguiyas qu’il lui avait donnés en guise d’appui à sa campagne pour la présidentielle de 2019. Il estime que ce montant est assez dérisoire par rapport aux milliards qu’il a distribué aux autres candidats de l’opposition pour qu’on en fasse le buzz lorsque la contrepartie en termes de soumission à ses desiderata fut par lui repoussée. Il a aussi rappelé la campagne insidieuse menée contre lui et contre IRA à la suite de l’autodafé des livres à Riadh en 2012, et à la cabale qui s’en suivit, mais aussi ses sempiternelles guéguerres avec le pouvoir de Ould Abdel Aziz, ses juges, ses procureurs, sa police et sa gendarmerie, fustigeant l’entourage de l’actuel Chef de l’Etat, dont certains issus de l’ancien système cherchent toujours selon lui, à briser l’entente explicite qui les lie aujourd’hui.

13 années de combat passées au crible

Auparavant, plusieurs leaders du mouvement IRA et du parti RAG ont pris la parole à l’occasion de l’inauguration du nouveau siège pour apporter des témoignages ou fournir d’amples explications sur les enjeux politiques actuels.

L’ancien ministre et président du parti RAG Oumar Ould Yali – Crédit Aidara

C’est le cas du président du parti RAG, l’ancien ministre Oumar Ould Yali qui est revenu sur les blocages qui freinent toujours la reconnaissance officielle de son parti dont les dossiers dorment depuis quelques années dans les tiroirs du Ministère de l’Intérieur. Selon lui, le parti RAG est déjà officiel aux termes des dispositions de la loi sur les partis politiques en Mauritanie qui disposent que si dans un délai de 6 mois après le dépôt de reconnaissance d’un parti, aucune réponse n’est donnée par l’administration, le parti peut entamer ses activités.

Des militantes venues des trois régions de Nouakchott et les 9 départements – Crédit Aidara

Ont également pris la parole dans les langues nationales (hassaniya, wolof, soninké, pulaar) la militante d’IRA Ghamou Mint Achour qui est revenue sur les luttes passées d’IRA, puis Yali Ndiaye, vice-président du parti RAG, Bakary Diarra et Youssou Camara, du mouvement IRA, ainsi que Zeynabou Wade coordinatrice du mouvement IRA.

Youssou Camara, cadre du mouvement IRA faisant le bilan – Crédit Aidara

Youssou Camara a fait l’économie du combat de IRA au cours de la décennie, passant en revue la situation de la gouvernance dans ses aspects liés au mauvais fonctionnement de l’administration et ses aspects socioéconomiques marqués par la hausse des prix, fustigeant au passage l’agence Taazour, le Commissariat à la sécurité alimentaire, estimant que ces deux institutions symbolisent la collision d’intérêts maffieux entre une administration corrompue et une classe d’homme d’affaires véreux. Il s’est également attaqué à la justice qui serait selon lui sous la botte des esclavagistes et des puissants. Il a survolé enfin une unité nationale sapée par les nominations corporatistes à relent tribalo-affairiste et les concours taillés sur mesure au profit d’une seule communauté.

Une campagne électoraliste avant la lettre pour 2024

En définitive, et pour bon nombre d’observateurs, Birame a emporté une bataille, la reconnaissance du mouvement IRA. Selon eux, lui reconnaître un parti politique, face à la force populaire qu’il draine, fait encore peur aux faucons du système. Les élections de 2024 qui pointent à l’horizon, s’annoncent déjà très rudes.  

La jeunesse de IRA, fer de lance de la lutte – Crédit Aidara

Si du côté du pouvoir, on se prépare déjà à ces échéances au regard du nouveau gouvernement qui vient d’être nommé et que beaucoup considèrent comme un gouvernement de campagne, Birame aussi semble avoir décidé d’ouvrir les hostilités, en entamant dès le 11 avril prochain une tournée qui va le mener dans plusieurs Wilayas, notamment à Sélibaby, Kaédi et Aleg.

Entre les speechs, des entractes jouissifs marqués par le tama des wolofs et le tbal maure, mais aussi des rythmes dédiés aux jeunes, entre les solos langoureux de Cheikh Guèye et la voix suave du jeune rappeur Kader NDB.

Cheikh Aîdara