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Les femmes de Kiffa battent le macadam pour dire « Non à la violence faite aux femmes ! »

Les femmes de Kiffa (Mauritanie) ont organisé une marche vers la Maison des Jeunes scandant des slogans disant non à toute forme de violence basée sur le genre (VBG). C’était à l’occasion de la Journée Internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, célébrée le 25 novembre 2021.

Le Maire de la commune (boubou blanc) et quelques leaders des femmes en tête
Le Maire de la commune (boubou blanc) et quelques leaders des femmes en tête

A l’instar de la communauté internationale, la Mauritanie a célébré la Journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes, le 25 novembre 2021. A Kiffa, capitale de la Wilaya de l’Assaba, au sud du pays, les femmes de la Plateforme pour la promotion des droits des femmes, en collaboration avec le Réseau des femmes parlementaires mauritaniennes section Assaba, ont organisé une marche très animée, scandant des slogans disant non à toutes les formes de violence faites aux femmes et aux filles. Cette marche s’est ébranlée de la société de téléphonie mauritano-marocaine, Moov Mauritel, vers la Maison des Jeunes, sous l’encadrement des femmes leaders de la Wilaya, avec en tête la Directrice régionale des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille, ainsi que de plusieurs présidentes d’organisations de la société civile et de quelques hautes personnalités, dont le maire de la commune.

Autour d'une table, plusieurs représentants liés à la marche pour lutter contre les violences faites aux femmes
De G.à Dr. Direteur Jeunesse, Présidente Plateforme, commandant, Dircab, Maire, Directrice Régionale Affaires Sociales, Point focal réseau des femmes parlementaires

Ouvrant la cérémonie commémorative de la journée, le Directeur de Cabinet du Wali de l’Assaba, Ahmed Bezeid Ould Ahmed Yacoub, a rappelé l’intérêt que les autorités nationales accordent à la promotion féminine et à l’insertion des femmes dans la dynamique de développement politique, économique et sociale. « Je rappelle que l’Etat n’a ménagé aucun effort pour combattre toute pratique nuisible faite à la femme, y compris la violence à son égard. J’invite mes sœurs, actrices de la société civile, à multiplier la sensibilisation contre la pandémie de Covid-19. Enfin, je vous félicite à l’occasion de la célébration de la journée internationale contre les violences basées sur le genre (VBG) » a-t-il déclaré.

Auparavant, la Directrice régionale des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille, Mounina Mint Chah, avait remercié les autorités administratives et communales locales, notamment le Maire de la commune de Kiffa, pour les appuis qu’elles n’ont cessé d’apporter à la cause des femmes.

Les participantes (au devant les femmes leaders)
Les participantes (au devant les femmes leaders)

Le Maire de Kiffa, Jemal Ould Ahmed Taleb, avait exprimé au nom du conseil municipal et du réseau des maires de l’Assaba qu’il préside, tout l’honneur qu’il ressent de participer à la célébration de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. « Je salue l’activisme et l’engagement des femmes de l’Assaba, toujours aux premiers fronts dans le développement économique et social de la région. Pour moi, les organisations de la société civile féminine de la Wilaya de l’Assaba sont des partenaires incontournables sur qui la commune a toujours compté » a souligné le maire.

A son tour, Sy Fatimata, point focal Assaba du Réseau des femmes parlementaires mauritaniennes, a mis en exergue l’importance que le chef de l’Etat et le gouvernement, ainsi que les partenaires au développement, accordent aux femmes et aux filles, notamment les adolescentes qui bénéficient d’une attention toute particulière que cela soit dans le domaine de l’éducation, de la santé ou de l’autonomisation.

Vue partielle de la salle où se déroulait les échanges dans la lutte contre les violences faites aux femmes
Vue partielle de la salle

Avaient assisté à la cérémonie, la présidente de la section Assaba de la Plateforme pour la promotion des droits des femmes, le Commandant de l’Ecole de formation des sous-officiers d’active et le Directeur régional de la jeunesse.

A noter qu’en marge de la cérémonie officielle, plusieurs femmes activistes n’ont pas caché leurs déceptions face à la non adoption jusqu’à nos jours, et cela malgré trois tentatives, de la Loi contre les violences faites aux femmes et aux filles.

Cheikh Aïdara

TEMOIGNAGES
Seydi Camara, présidente des Femmes Volontaires de Développement de l’Assaba, membre de la Plateforme pour la promotion des droits des femmes

Seydi Camara

« Cette année, nous avons célébré cette journée internationale en partenariat avec les femmes parlementaires et les organisations de la société civile, pour amplifier nos voix et dire « Non à la violence faite aux femmes et aux filles ». Nous luttons pour l’égalité entre les hommes et les femmes et sommes engagées également à faire le plaidoyer pour l’adoption de la loi contre les violences faites aux femmes et aux filles, la seule qui permettra de les protéger contre les violences multiformes dont elles sont les victimes. Chaque région ayant sa spécificité, l’Assaba n’est pas comme la plupart des autres Wilayas, toutes les ethnies y sont représentées, ce qui veut dire qu’on y trouve toutes les formes de violences à l’égard des femmes, dont les deux plus répandues, la violence sexuelle et la violence conjugale ».


Lancement à Kiffa de la Stratégie de Croissance Régionale Accélérée et de Prospérité Partagée (SCRAPP) de l’Assaba, un conclave de 5 jours avec plus de 100 participants

Le Secrétaire général du Ministère des Affaires Economiques et des Secteurs Productifs, M. Abdi Ould Jiyid, a présidé mardi 23 novembre 2021 à Kiffa, au lancement du processus d’élaboration de la SCRAPP pour la Wilaya de l’Assaba. A la date du 27 novembre 2021, autorités administratives, services décentralisés de l’Etat, élus et membres de la société civile ainsi que les partenaires devront aboutir à un plan d’action global pour le développement intégré de la région à l’horizon 2025.

Vue de la table officielle – Crédit Aïdara

Les attentes restent longues pour la population de l’Assaba. Un ras-le-bol général, venu notamment de la part des élus et de la société civile pour fustiger des ateliers sans lendemain, des phases d’exécution qui ne viennent jamais, des stratégies à n’en plus finir, des promesses creuses depuis des décennies, mais surtout des milliards injectés dans le développement de l’Assaba qui n’ont produit que davantage de pauvreté et de misère. Le taux de pauvreté dans la région, l’un des plus élevés du pays, est de 39, 4%, selon les derniers chiffres d’une enquête réalisée en 2019.

Ce cri de cœur qui a émaillé le processus d’élaboration de la SCRAPP 2022-2025 de la Wilaya de l’Assaba, objet de l’atelier ouvert à Kiffa le 23 novembre 2021, a permis au Secrétaire Général du Ministère des Affaires Economiques et des Secteurs Productifs, M. Abdi Ould Jiyid, de contenir tous ces ressentiments. Il a en effet fait comprendre aux participants que cet atelier, ainsi que le processus en cours pour le développement de l’Assaba, n’est en rien pareil aux ateliers qui l’ont précédé, et que la volonté politique n’est pas la même. Il en veut pour preuve, dit-il en substance, la visite programmée du Premier Ministre dans quelques jours, en compagnie d’un groupe de bailleurs pour financer la SCRAPP de la Wilaya du Hodh Charghi, qui a connu exactement il y a une année, le même processus que celui qui vient de démarrer en Assaba.

Abdi Ould Jiyid – Crédit Aidara

M. Abdi Ould Jiyid a déclaré, à l’entame des travaux, que le gouvernement vient d’approuver une loi d’orientation portant Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée (SCAPP) 2030-2063, qui prévoit en son article 9, l’élaboration d’une SCAPP par région qui prendra en compte les spécificités locales et les opportunité économiques disponibles. Il a indiqué que l’atelier de Kiffa entre dans ce sillage avec une approche participative et inclusive qui regroupe l’ensemble des acteurs au niveau local, autorités administratives, élus, départements sectoriels, secteur privé, société civile et partenaires au développement.

Il a indiqué par la suite que la SCRAPP repose sur trois piliers essentiels. D’abord, bâtir un socle économique fort, basé sur les ressources des secteurs productifs essentiels, notamment l’élevage et l’agriculture, sur lesquels pourront être érigées des unités de transformation à valeur ajoutée, capable de créer de l’emploi et de la productivité. Deuxièmement, le développement du capital humain et l’accès aux services sociaux de base. Troisièmement, la consolidation de la bonne gouvernance et de la transparence.

Auparavant, le Wali de l’Assaba, Mohamed Ould Ahmed Maouloud et le Président du Conseil Régional, Mohamed Mahmoud Ould Lehbib, ont mis l’accent sur le processus d’échanges en cours, mettant l’accent sur les potentialités de la région et la volonté des pouvoirs publics d’en faire les bases d’un développement intégré et durable en faveur de la population.

Vue partielle des participants – Crédit Aïdara

A l’entame des travaux, le Maire de Kiffa, Jemal Ould Ahmed Taleb, avait souhaité la bienvenue à la délégation du Ministère des Affaires Economiques, aux autorités présentes, aux experts et aux participants.

A noter que le processus d’élaboration de la SCRAPP de l’Assaba est piloté par deux cabinets d’experts conduits par l’ancien ministre Mohamed Ould Abed. Il est soutenu par la coopération allemande (GIZ) et l’UNICEF qui a participé dans tout le processus de formulation.

Les participants discuteront pendant cinq jours de plusieurs thématiques, petite enfance, habitat et aménagement territorial, santé, éducation, élevage et agriculture, protection sociale, emploi, hydraulique, gouvernance territoriale, transport et énergie, environnement et changements climatiques, entre autres sujets. Les cabinets d’expertise avaient parallèlement organisé des focus groupes avec les jeunes et les femmes pour prendre en compte leurs préoccupations, notamment dans les domaines des loisirs, de la culture, des sports et du tourisme.

La vindicte des échanges qui ont marqué l’ouverture des concertations sur la SCRAPP en Assaba, augure déjà de la richesse des débats qui vont émailler les travaux de l’atelier qui débuteront mercredi 24 novembre pour s’achever en principe le 27 novembre.

Cheikh Aïdara
Groupe des Journalistes Mauritaniens pour le Développement (GJMD)

QUELQUES INTERVENTIONS

Maham Babou, maire de Barkéwol

« Nous sommes habitués depuis plusieurs années à des ateliers sans lendemain qui n’apportent aucun changement. A quand un atelier d’exécution et non un atelier qui nous ramène aux diagnostics, étant entendu que chaque commune dispose d’un plan de développement où le diagnostic des problèmes est déjà fait mais ce qui manque, c’est juste un plan d’exécution. Ce que nous voulons c’est du concret, pas de paroles en l’air et les maires que nous sommes, nous n’avons vraiment plus le temps d’assister à des ateliers qui ne débouchent jamais sur du concret. Combien d’ateliers a-t-on fait sur la santé, sur l’éducation, combien de structures de santé sont bien équipées et bien pourvues en personnel suffisant et de qualité, combien de salles de classes où les enfants s’assoient par terre, sans table-banc. Nous en avons assez des diagnostics, nous voulons de l’exécution »

Mohamed Vall Mohamed Saadna, président sous-section commune de Kiffa

« Il y a des problèmes d’employabilité qui se pose et un taux de chômage très élevé. Comment se fait-il qu’en Mauritanie, qui ne fait même pas 4 millions d’habitants et on n’a même pas 100.000 fonctionnaires ? Nous avons aussi des problèmes de marginalisation et d’exclusion, des problèmes structurels qui se posent depuis des années, comme l’eau et l’électricité ». 

Moulkheïr Mint Levragh, Présidente association de bienfaisance

« Tous les moyens qui sont mis dans la région sont partis en fumée, on n’en voit aucune trace. L’Assaba d’une manière générale et Kiffa en particulier souffre de problèmes multiformes malgré les énormes investissements consentis. »

Moyma Mint Saad Bouh, activiste des droits de l’homme

« Les femmes qui représentent 52% de la population mauritanienne sont exclues et marginalisées dans tous les programmes de développement. Elles sont très minoritaires au niveau des centres de décision. Pourtant, la femme de l’Assaba est connue pour son dynamisme et sa productivité, mais où sont-elles. L’Assaba compte des dizaines de maires, mais il n’y a qu’une seule femme maire. Ce qui nous importe, c’est le développement, pas des querelles stériles sur les langues de développement. Quant à ceux qui se plaignent des diagnostics, sachez qu’aucun médecin ne peut vous soigner sans vous avoir consulté et diagnostiqué votre mal. Le diagnostic est toujours utile et le développement local passe nécessairement par l’exploitation des ressources disponibles au niveau local. Ce sont surtout les interventions et les ingérences dans tous les secteurs qui freinent le bon fonctionnement de l’administration. Il y a surtout la non application des textes qui explique la faiblesse de l’Etat. Pour bâtir un Etat fort, il faut veiller à l’application stricte des lois et combattre l’impunité ».


Marché à bétail de Boghé en Mauritanie : éleveurs et courtiers ont pris possession des lieux

Depuis une année, le nouveau marché à bétail de Boghé, construit par le Projet Régional d’Appui au Pastoralisme au Sahel (PRAPS-Mauritanie) accueille éleveurs et courtiers venus des quatre coins du département. Fini les réticences d’avant. Aujourd’hui, tous apprécient le confort des infrastructures et la commodité des lieux. C’est ce qu’une équipe de journalistes a constaté sur place le 28 octobre 2021.

Eleveurs et courtiers dans le nouveau marché à bétail de Boghé- Crédit Aidara

« Nous attendons juste d’être fixé sur les directives pour qu’on débute réellement la gestion du marché, gestion qui d’ailleurs a commencé depuis près d’une année, mais il manque seulement quelques détails à régler pour foncer à plein régime. »

Abdourahim Sall – Crédit Aidara

C’est en ces termes que M. Abdourrahim Ibrahima Sall, président du Comité de gestion du marché à bétail de Boghé construit par le PRAPS, a accueilli un groupe de journalistes en visite au marché ce jeudi 28 octobre 2021. Une partie des journalistes étaient d’ailleurs à Boghé, il y a un peu plus d’un an, lorsque le nouveau marché venait juste d’être terminé. Ils ont encore en écho la réticence des éleveurs et courtiers lorsqu’ils leur avaient demandé, s’ils comptaient y déménager. « Jamais ! » s’était récrié la plupart.

Un nouveau marché équipé incomparable avec l’ancien

Aujourd’hui, c’est avec un grand sourire que les récalcitrants d’hier reconnaissent avoir été dans le tort. « L’habitude par rapport à notre ancien espace de vente nous avait fait croire qu’on ne pourra pas trouver meilleur endroit, bien qu’on était exposé aux intempéries sans aucun refuge autre que des abris de fortune, avec l’insécurité en plus » reconnaît Sow Elimane, courtier à Boghé.

Anarchie et insécurité, l’ancien marché de Boghé – Crédit Aidara
Sécurité et commodités du nouveau marché – Crédit Aidara

« Il n’y a rien de comparable entre l’ancien marché et celui-ci construit par le PRAPS. Avant, nous étions sur un terrain appartenant à un particulier, ouvert aux quatre vents, sans aucune infrastructure. Nos animaux étaient souvent exposés au vol et personne n’osait y laisser traîner un cabri. Nous partions avec notre bétail le soir pour les ramener le lendemain à cause de l’insécurité » débite M. Abdourrahim Sall. Puis, reprenant son souffle, il déclare, la voix grave : « Ici, nos bêtes sont en sécurité. L’endroit est clôturé par des murs en dur surmonté de barbelés. Il y a un gardien. Nous avons des enclos, une salle de prière et une grande véranda pour le repos, des toilettes, de l’eau courante et de l’électricité. Qu’est-ce-que vous voulez de plus ? » s’interroge-t-il, en jetant un regard rapide sur ses deux adjoints et quelques curieux qui suivaient les échanges, comme pour les prendre à témoin. Tous acquiescent de la tête.

Rentrées substantielles pour la commune

Nejib Imijine -Crédit Aidara

Nejib Ould Imijine est le percepteur de la commune chargé de collecter la taxe sur le bétail. Selon lui, les rentrées sont encore modestes, soulignant que, par jour, ce sont environ 40 à 50 caprins, et entre 10 et 15 vaches environ, qui rentrent et sortent du marché. « Les activités sont actuellement au ralenti ; c’est surtout durant les grands évènements, comme les fêtes religieuses, où le marché connaît vraiment son pic » reconnaît-il. En attendant que les procédures de gestion soient établies, il évoque quelques failles dans le contrôle des flux de bétails qui entrent ou sortent. Pour le moment, il trouve que les retombées du marché sur la commune et les acteurs sont appréciables. Pas beaucoup de charges financières sur les éleveurs et courtiers de nature à entraver leurs activités d’une part et d’autre part, quelques rentrées subsidiaires qui permettent à la commune d’assurer la gestion des lieux. « Nous prélevons 100 MRO par jour et par mouton, et 200 MRO pour les vaches, ce qui fait environ des recettes journalières qui varient entre 2.000 à 4.000 MRO par jour pour la commune » estime-t-il.

Une activité économique encore au ralenti

Mohamed Ould Salem – Crédit Aidara

Le ralentissement des activités est partout patent en cette journée d’octobre, et la pluviométrie n’a pas été clémente cette année, se plaignent plusieurs éleveurs interrogés. C’est le cas de Mohamed Ould Salem, courtier. « Notre travail consiste à acheter et revendre des moutons. Les prix ont beaucoup baissé. Un mouton se vend aujourd’hui entre 26 et 40.000 MRO. Avant, durant les mois passés, ça allait jusqu’à 50 ou 60.000 MRO » témoigne-t-il. « Il nous arrive de partager à trois ou quatre l’achat d’un mouton pour ensuite diviser les bénéfices après la vente, pour vous dire notre état de vulnérabilité » poursuit-il. Lui et ses deux amis qui l’accompagnent trouvent que le nouveau marché de Boghé est de loin plus rentable et plus fréquentable que « la calamité que nous avions auparavant » lance Mohamed Ould Salem dans un sourire narquois. Amady Hamadou Sow de Thialgou est du même avis, même s’il reconnaît qu’il n’y a pas encore assez d’acheteurs qui se bousculent au marché à bétail ces temps-ci.

C’est la même complainte de la part de Vatimetou Mint Imijine, vendeuse de thé. Plateau de verres et grosse théière entre les mains, elle se plaint de ses faibles entrées. « L’activité économique est lente ici, et parfois je rentre à la maison sans la dépense de la journée » gémi-t-elle. « Mais Alhamdoulilah, le nouveau marché est là, et nous disposons de toutes les commodités. Regarde le grand hangar dans lequel j’officie ! Avant, je n’avais rien pour me couvrir du soleil et du vent » lance-t-elle dans un soupir.

La mairie de Boghé impose son autorité aux acteurs du marché à bétail

Mahmoud Ahmed Dia, 2ème Adjoint Maire de Boghé – Crédit Aidara

« Nous entretenons d’excellentes relations avec les acteurs du nouveau marché à bétail » se félicite M. Mahmoud Ahmed Dia, deuxième adjoint au maire de Boghé, dans un excellent arabe. Pour ce qui est des problèmes connexes, il y en aura toujours, reconnaît-il en substance. Par rapport, par exemple, aux plaintes liées aux inondations qui rendent le marché inaccessible pendant l’hivernage, il déclare que cette situation n’est pas propre au marché, et que même les locaux de la municipalité et tout le quartier situé dans la partie Boghé Less, souffrent des mêmes problèmes d’accessibilité pendant la période des pluies. « Nous parvenons cependant toujours à résoudre ce problème en pompant l’eau » souligne-t-il. Il a évoqué par ailleurs le retard pris dans le début d’une vraie gestion du marché. Ce qui est dû selon lui, à des procédures administratives en cours de finalisation liées aux directives à suivre par le bureau du Comité de gestion. « N’empêche, dira-t-il, la gestion est bien assurée depuis l’ouverture du marché ».

Un courtier en provenance de Thialgou – Crédit Aidara

Pour imposer son autorité, le maire adjoint a déclaré que la commune a sorti une circulaire dont copie a été remise au Hakem et aux forces de l’ordre, la gendarmerie et la police notamment, interdisant toute opération de vente ou d’achat de bétail en dehors du nouveau marché, au niveau du département de Boghé. Les contrevenants, selon lui, s’exposent à de lourdes amendes.

Des éleveurs et courtiers venus de tout le département de Boghé – Crédit Aidara

Il a enfin remercié le PRAPS pour cette infrastructure d’envergure qui permet, selon lui, d’organiser plus rationnellement la vente du bétail sur pied, pour le grand bien des acteurs du secteur, pour la commune et pour les services déconcentrés de l’Etat, comme les services vétérinaires, entre autres.

Il faut noter que le nouveau marché à bétail de Boghé, comme celui construit par le PRAPS, avec l’appui de la Banque Mondiale, dans plusieurs villes et localités en Mauritanie, a coûté 6 millions MRU (60 millions anciennes ouguiyas). Il comprend une grande salle de prière, des toilettes, un grand hangar pour le repos des visiteurs du marché, une aire d’embarquement et de débarquement des animaux, plus quatre enclos, le tout sur une surface clôturée de 5 hectares, non loin de l’axe routier.

Cheikh Aïdara


Cas d’esclavage à Aïn Varba, la Chambre d’accusation près de la Cour d’Appel place deux présumés esclavagistes en prison

Le cas d’esclavage signalé par l’Initiative du mouvement abolitionniste (IRA) dans la localité de Aïn Varba, département de Tintane au Hodh El Gharbi, a connu un spectaculaire rebondissement. La Chambre d’Accusation près de la Cour d’Appel de Kiffa a placé en dépôt, lundi 15 novembre 2021, un père et sa fille, accusés de pratiques esclavagistes, conformément à la Loi 2015-031 du 10 septembre 2015 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes.

Marième Mint Cheibani – Crédit Aidara

La Chambre d’Accusation près de la Cour d’Appel du Tribunal de Kiffa (Assaba) a finalement tranché les tergiversations du juge d’instruction du tribunal d’Aïoun (Hodh Gharbi) qui contrairement à la requête du Procureur de la République portant mise sous écrou du principal accusé, avait tenté de le placer sous contrôle judiciaire lui et sa fille. Lundi 15 novembre 2021, la Chambre d’Accusation a requis la mise sous dépôts des deux présumés esclavagistes, Cheikhna Chehlawi et sa fille Salma, en attendant leur jugement devant la Cour spéciale de justice chargée des questions d’esclavage à Néma au Hodh Echarghi.

Au commencement de l’affaire

Vers la première semaine du mois de novembre 2021, éclate l’affaire Marième Mint Cheibani, une femme de 39 ans qui affirme être victime de servitude domestique héréditaire de la part de la famille Cheikhna Chehlawi dans la localité de Aïn Varba, relevant du département de Tintane au Hodh Gharbi. La femme se plaint auprès de l’ONG IRA et déclare que ses deux enfants sont confisqués et exploités par ses maitres, lesquels ont également, selon elle, confisqué sa pièce d’identité quand ils ont appris qu’elle s’est plaint devant des défenseurs des droits de l’homme.

Marième Cheibani en compagnie de son mari (à gauche) et de son bébé – Crédit Aidara

Une mission du mouvement IRA se rend sur place le 8 novembre 2021 pour vérifier les accusations portées par la plaignante. Les membres de la mission accompagnent alors la victime à la brigade de gendarmerie pour porter plainte pour pratiques esclavagistes. Des pratiques fortement réprimées par la loi 2015-031 du 10 septembre 2021 et érigées en crimes contre l’humanité dans la Constitution mauritanienne.

Très vite, le mouvement IRA dans un communiqué publié le même jour exprime ses craintes quant à un éventuel blanchissement de l’affaire, rappelant des faits similaires en 2011 quand ses militants furent arrêtés, torturés et emprisonnés suite à la dénonciation d’un cas d’esclavage dans cette même localité de Aïn Varba.

L’affaire est portée devant le Tribunal d’Aïoun

Devant le tribunal d’Aïoun où l’affaire a été portée, le présumé coupable d’actes esclavagistes, Cheikhna Chehlawi est convoqué pour audition. L’une des filles de la plaignante, Salka, donnée en cadeau de noces, selon elle, à Salma Mint Chehlawi est ramenée de Nouakchott, mais les observateurs s’étonnent que sa maîtresse ne le soit pas. Certains présumés esclaves de Cheikhna Chehlawi, notamment les sœurs, tantes et nièces de la plaignante, auraient même été mobilisées pour défendre leurs maîtres devant le tribunal. Le plus étonnant pour les observateurs est le fait que le Procureur en ait pris acte, surtout que le motif serait à leurs yeux ridicule, plainte pour plainte portée à l’encontre de Cheikhna Chehlawi.

Mais les appréhensions des défenseurs des droits de l’homme seront vite dissipées, car dans la nuit du 13 novembre 2021, le juge d’instruction et le Procureur du Tribunal d’Aïoun, accusent Cheikhna Ould Chehlawi et sa fille Salma de pratiques esclavagistes sur Marième Mint Cheibani et ses deux filles.

A en croire les déclarations de Mohamed Lemine, l’époux de la présumée esclave Marième Mint Cheibani, le Hakem et le Maire de Tintane seraient sous la coupe de l’article 18 de la loi 2015-031 qui stipule que « tout officier ou agent de police judiciaire qui ne donne pas suite aux dénonciations de pratiques esclavagistes qui sont portées à sa connaissance est puni d’un emprisonnement de deux à cinq ans et d’une amende de cinq cent milles (500.000) à un million (1.000.000) d’ouguiyas. »

Ceci sur la base de la déclaration selon laquelle, ces deux fonctionnaires auraient été saisis sur le cas de Marième Mint Cheibani. Son mari déclare être parti se plaindre auprès du Hakem qui se trouvait en ce moment en compagnie du maire, parce que Cheikhna Chehlawi aurait refusé de lui remettre la pièce d’identité de son épouse pour lui permettre de se soigner. Au lieu de l’aider, le Hakem et le Maire l’auraient éconduit. C’est lorsque les portes de l’administration se sont fermées devant lui, que le mari déclare avoir été contraint de prendre contact avec les représentant d’IRA à Tintane.

Les défenseurs des droits de l’homme décèlent beaucoup de non-dits dans ce dossier, tel que l’impunité du père des deux filles de Marième, le nommé Didi, qui devait selon eux être écroué pour complicité d’esclavage, mais aussi les parents de la plaignante pour avoir fait de faux témoignages devant le tribunal et des calomnies dans les réseaux sociaux à l’encontre de la plaignante et de son mari.


Positon de la Commission national des droits de l’homme

Au cours d’une conférence de presse animée dimanche 14 novembre 2021 par le président de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), Mohamed Salem Ould Bouhoubeini, l’organisation déclare avoir dépêché une mission à Aïn Varba, entre le 10 et le 12 novembre 2021 suite à des allégations d’esclavage dans cette localité. Cette mission était composée de membres de la commission, des représentants du Bureau du Haut-commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme et quelques ONG de défense des droits de l’homme.

Le président de la CNDH a expliqué la méthodologie d’enquête suivie par la mission, avant de conclure qu’aux termes des investigations, son organisation estime qu’il y a « de fortes présomptions de cas d’esclavages conformément aux termes de la loi de 2015 ». La CNDH encourage les autorités judiciaires à continuer les investigations afin de vérifier des éléments qui puissent confirmer ou infirmer le cas.

Il a exprimé sa satisfaction face à la diligence avec laquelle les autorités judiciaires ont réagi et les encourage à continuer la lutte contre l’impunité dans le cadre de la mise en œuvre de la loi 2015-031.

Il a aussi remercié le gouvernement pour les efforts fournis dans le cadre de la lutte contre l’esclavage qui ont été salués par le dernier rapport américain sur la traite des êtres humains, salués aussi par la Haute Commissaire aux droits de l’homme des Nations Unies dans son dernier discours, ainsi que le rapporteur spécial contre l’esclavage qui visitera la Mauritanie incessamment à l’invitation du gouvernement.

La Chambre d’Accusation écroue les deux principaux auteurs

Lundi 15 novembre 2021, alors que plusieurs sit-in sont organisés par les militants d’IRA devant les Palais de Justice d’Aïoun, de Nouakchott et de Nouadhibou, la Chambre d’Accusation près de la Cour d’Appel du Tribunal de Kiffa, émet deux mandats de dépôts, à l’encontre de Cheikhna Ould Chehlawi qui a été écroué à la prison d’Aïoun et de sa fille, Salma Mint Chehlawi, qui a été acheminée vers la prison des femmes de Nouakchott.

L’instruction du dossier serait toujours en cours, en attendant sa finalisation et le déferrement de l’affaire devant la Cour spéciale chargées des questions esclavagistes de Néma, au Hodh Charghi.

Aux dernières nouvelles, nous avons appris que la présumée victime d’esclavage, Marième Mint Cheibani, ses trois filles ainsi que son mari ont été contraints de venir à Nouakchott avec l’aide du mouvement IRA, suite à des exactions et à leur expulsion de la localité de Ain Varba et de Tintane. Une conférence de presse est prévue dans ce cadre, en présence de cette famille de présumés esclaves, ce jeudi 18 novembre 2021.

Cheikh Aïdara