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Festival Visa For Music, Rabat la capitale de la musique du monde

La capitale marocaine, Rabat, a abrité du 21 au 24 novembre 2024, la 11ème édition du Festival Visa For Music. Un rassemblement de centaines d’artistes et d’experts venus d’Afrique, d’Europe et d’Asie, des concerts, des conférences sur la musique et des masters class.

Affiche à l’entrée du Théâtre Mohamed V de Rabat. Crédit : Aidara Cheikh

L’Assemblée Générale de la plateforme des acteurs culturels africains, Arterial Network, a eu lieu le 22 novembre 2024 en marge Le festival Visa For Music a tenu toutes ses promesses lors de la 11ème édition, qui a eu lieu du 21 au 24 novembre 2024 au splendide Théâtre Mohamed V de Rabat.

En marge du festival s’est déroulée l’Assemblée Générale de mi-mandat de la plateforme des acteurs culturels africains, Arterial Network, qui a regroupé plus d’une dizaine d’affiliés et quelques membres du Comité de Pilotage et son président. Quelques amendements ont été apportés à la Constitution de l’organisation.

Membres affiliés de Arterial Network (Aidaran 1ère rangée extrême gauche).

Comme chaque année depuis son lancement en 2013, Visa For Music a prouvé qu’il est l’un des évènements culturels phares en Afrique. Un rendez-vous que les musiciens, artistes et experts du domaine culturel attendent avec impatience, édition après édition.

Il faut noter que le festival Visa For Music s’est imposé au fil des ans comme une plateforme essentielle pour la promotion des artistes et des musiques d’Afrique et du Moyen-Orient, un marché musical professionnel qui réunit des artistes, producteurs, agents ainsi que des professionnels de l’industrie musicale. Le programme est varié avec des showcases live, des conférences, des ateliers et des rencontres entre professionnels.

En termes de chiffres, Visa For Music c’est 20 000 festivaliers, plus de 400 artistes, plus de 1200 professionnels et plus de 1400 speed meetings.

Quatre jours de scène et de musique

Pendant quatre jours, les amoureux de la musique ont été nourris à la sève de plusieurs sonorités et trempés dans plus d’une dizaine de cultures.

Esplanade du Théâtre Mohamed V. Crédit : Aidara Cheikh

Le 20 novembre déjà, c’était la parade des artistes avec une parade urbaine sur le boulevard Ben Abdallah au pied du Musée Mohamed VI et une esplanade au Théâtre Mohamed V où furent prononcé les mots de bienvenue des officiels et des organisateurs, notamment celui de Brahim Mezned, le directeur du festival.

Un show musical est venu clore ce lancement avec la troupe marocaine, Tasutan-Imal, le groupe cap-verdien Ferro Vaita et Valérie Exqume, un groupe franco-camerounais.

Les jours suivants, plusieurs groupes se sont succédé sur scène, venus de Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire, Italie, Algérie, France, Angola, Sénégal, Afrique du Sud, Bénin, Madagascar, Seychelles, Emirats, Grèce, Equateur, Espagne, Portugal, République Dominicaine, Jordanie, USA, Irak, Quebec, Egypte, Brésil, Corée du Sud, Libéria, Guadeloupe, Finlande, Australie

Des ateliers, des masterclass et des conférences se sont succédé dans les différents sites du festival, à l’Auditorium du Musée Mohamed VI, à l’Institut Français, au Centre Cervantès, à la Fondation Hiba café de la Scène à la Renaissance, à l’Institut Goethe, etc.

A côté des scènes musicales et l’ambiance feutrée des conférences ou encore le climat studieux des ateliers, le festival abritait aussi plusieurs stands pour les associations, organismes et acteurs culturels venus exposer leurs œuvres ou faire connaître leurs structures dans des échanges spiritueux intra-professionnels mais aussi avec le public et les visiteurs.

De nombreuses conférences

Plus d’une dizaine de conférences-débats ont été organisés en marge du festival, sur plusieurs thèmes, l’accès à la culture dans le domaine de la musique, valorisation des instruments de musique traditionnelle, inclusion et diversité dans l’industrie musicale, mobilité intra-africaine des artistes et professionnels de la musique, comment restructurer un festival, cas du festival Dougga en Tunisie, la plateforme de streaming Sportify, l’édition musicale, les droits d’auteurs, etc.

La valorisation des instruments de musique traditionnelle

Cette table-ronde a été animée par les experts suivants, Michel Ndondo du Camaroun, Sidi Haiba, Mme Sadegh, Conservatrice adjointe du Musée de Meknés, Ali Ben Slah d’Ayoun Saghiat-Hamra (Maroc), Izzi Chayer, directeur du Grand festival Maroc spécialiste en sonorisation, Moadh Ben Hmady, praticien multi-instrumentaliste.

Panélistes

Pour Michel Ndondo, les instruments de musique traditionnelle, c’est l’histoire des identités culturelles des peuples, soulignant que ce patrimoine culturel et mémoriel est aujourd’hui confronté aux défis de la conservation et de la préservation. D’où l’impérieuse nécessité de la transmission aux générations actuelles et futures. Cette transmission est selon lui d’abord familiale, dans les techniques de fabrication des instruments de la musique traditionnelle, dans la collecte des savoirs musicaux ancestraux et dans la documentation, en prenant en compte la dimension sociale, mais aussi environnementale.

Mme Sadegh du Conservatoire de Meknès a insisté pour sa part sur le problème de la restauration des instruments de la musique traditionnelle, assurant que le conservatoire possède des instruments mais aussi des costumes datant de plus d’un siècle.  Elle a procédé à un survol historique du Conservatoire créé en 1882 et les différentes étapes de son évolution, sous la colonisation française jusqu’aux années 1920, 2014 et 2022 et le statut actuel du conservatoire en tant que 1er Musée de musique du Maroc, lancé dans la recherche, la collecte, la conservation et l’exposition du patrimoine culturel de la musique qui allie musique traditionnelle et musique savante. Le musée s’intéresse aux accords, aux percussions et aux tenues vestimentaires.

Sidi Haiba appartient à une longue lignée de restaurateurs et de fabricants d’instruments de musique traditionnelle marocains. Il a engagé un long débat sur l’origine du luth que d’aucuns rattachent à l’Andalousie, alors qu’il soutient que le luth marocain est totalement différent. Sidi Haiba possède ainsi un atelier de fabrication d’instruments de musique traditionnelle où il accueille une trentaine d’apprentis à différentes saisons.

Ben Salah, originaire d’Ayoun Saghiat-Hamra et de la coopérative Romh s’est fait connaître à travers son compte Instagram. Il est musicien, sculpteur et spécialiste de la rénovation des instruments musicaux sahraouis, en particulier le « Tidinit ». Il possède son propre atelier où il fabrique et restaure des instruments.

Chayer est lui spécialiste de la sonorisation. Pour lui, il a longuement buté sur les difficultés liées à la sonorisation des instruments de la musique traditionnelle, les micros disponibles étant incapables de faire ressortir l’originalité de ce genre de musique non adapté aux outils modernes.  D’où le palliatif qui a consisté à utiliser les pastilles des poupées qui parlent ou encore l’utilisation d’autres procédés.

Pour le praticien Moadh, chaque instrument de musique a sa propre poésie et raconte une histoire tirée d’une expérience humaine. Aussi, a-t-il exprimé sa joie de pouvoir savourer toutes les sonorités, du Maghreb arabe à l’Afrique noire, avec autant d’instruments traditionnels aussi divers et diversifiés, de la Kora de l’Afrique subsaharien au Oud ou au Luth d’Afrique du Nord. L’impression selon lui de voyager entre des mondes qui se recoupent et se complètent.

Bernard Payé de l’Ile de la Réunion a évoqué quant à lui l’apport de la migration africaine et sud-asiatique, notamment indienne, à travers le tambour dans le patrimoine culturel et musicale du Port de la Réunion.

La mobilité intra-africaine des artistes et des professionnels de la musique

Le déplacement des artistes africains et des professionnels de la musique à l’intérieur du continent africain est confronté à de multiples défis d’ordre logistique, financiers, administratifs et autres tracasseries.

Panélistes

Cette table-rond organisée par la Zone Franche en présence de son directeur, a été animée par un panel de haut niveau composé de Camille Seck experte en culture, Alassane Babylas Ndiaye président de Arterial Network, Pierre Claver Mabilia coopérative culturelle et directeur congolais de l’Espace culturel et du festival Ndj-Ndj, Ghita Khaldi directrice de projets culturels fondatrice de l’ONG marocaine Afrikayna et Didier Awadi, artiste musicien du Sénégal et directeur du Studio Sankara basé à Dakar.

Il faut souligner que la Zone Franche pour la diversité culturelle travaille sur la mobilité des artistes en les aidant notamment pour l’obtention de visas.  Elle compte 230 adhérents dans une vingtaine de pays africains.

Il faut dire que la mobilité des artistes et des professionnels de la musique reste un défi et un challenge financier énorme face à la cherté des déplacements, avec des billets d’avions aux prix élevés sans compter les coûts liés à l’hébergement et à la nourriture. Il y a, en plus, de escales jugées illogiques qui obligent certains pour se rendre d’un pays africain à un pays africain, à se soumettre à des escales dans des capitales européennes, notamment Paris.

Dans son expérience des tournées, plus de 40 pays africains visités, Didier Awadi a évoqué l’exemple d’hommes qui ont juré de rester debout pour la culture, à l’images des promoteurs de la RDC qui continuent d’organiser des festivals au milieu des fusillades qui endeuillent des villes de l’Est comme Gouma à la frontière rwandaise, avec des millions de tués et des exodes massifs de populations.

Pierre Claver qui a dressé une cartographie des artistes et des festivals en Afrique Centrale, avec glissement en Afrique de l’Ouest, a évoqué l’expérience des déplacements terrestres à travers les frontières où les tracasseries de visa et de passage continuent d’entraver la mobilité des professionnels de la musique.

En général dira-t-il en substance, les budgets des festivals ne parviennent pas à financer le déplacement des artistes avec le coût exorbitant des billets de transport et les cachets des artistes. Il a déclaré de fin 2022 début 2024, la structure qu’il dirige a pu distribuer 74 bourses aux artistes, soutenus plus de 20 festivals en Afrique Centrale dont les invités artistes ont tous voyagé par la route.

Babylas Ndiaya a aussi évoqué le circuit rwandais et un programme de partage des festivals sur le plan de la sonorisation et de la lumière, ainsi que le tracé  du circuit Mali-Côte d’Ivoire-Burkina Faso et le site de Koudougou dont la capacité a plus qu’augmenté, passant de 200 à 5.000 places. Ce programme s’est arrêté, a-t-il expliqué, du fait de la pandémie Covid, l’insécurité des routes et l’état des infrastructures.

Ghita Khaldi a parlé du Fonds Maroc-Afrique Subsaharienne lancé en 2016, un programme de 4 ans qui a permis de soutenir les artistes à travers l’octroi de bourses de mobilité. Ce programme avait permis selon elle de financer plus de 400 vols dans 133 projets qui avaient été soumis. Par la suite, elle a évoqué le circuit Casablanca-Nouakchott-Dakar et le peu de ressources octroyées par les pays africains et le grand apport venant en général de la coopération internationale, telle que l’Union européenne, EuroMed ou le MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord). Mais, ajoute-t-elle, malgré ces fonds, il faut toujours aller chercher d’autres financements pour compléter les gaps.

Elle a évoqué par la suite la faiblesse de la coopération bilatérale, le manque de fonds suffisants pour la circulation des biens culturels. La création de l’ONG AfriKayna serait ainsi le fruit de toutes ces difficultés. Selon elle, il faut se diversifier et s’inspirer des modèles de fonds mobiles qui existent dans d’autres parties du monde.

D’autres initiatives sont en train de pousser comme le fonds de mobilité que le festival MASA de Côte d’Ivoire a lancé en janvier 2024. L’idée serait à ce point de lancer un plaidoyer pour la réduction d’au moins 25% des taxes au niveau de la CEDEAO.

Didier Awadi a lui prôné un plaidoyer auprès des instances régionales, comme l’Union africaine, tout en exhortant les professionnels et les artistes à développer le réseautage et en essayant par exemple le modèle anglo-saxon qui pousse les professionnels de la musique en Afrique à se comporter en entrepreneurs plutôt que de rester enchaîné par l’attente des subventions. Il a aussi critiqué le fait que beaucoup de pays ont des bureaux de droits d’auteurs qui ne sont pas encore passés au stade de gestion collective.

Les panélistes ont aussi déploré l’absence dans beaucoup de pays de lois sur le statut de l’artistes, ce qui est un autre frein à la mobilité des acteurs.

D’autres idées sont ressorties de la table-ronde, telle la nécessité de jeter des ponts entre l’Afrique francophone et l’Afrique anglophone, d’intensifier la formation/sensibilisation des artistes, de documenter les circuits et de démocratiser les fonds pour la mobilité, de voyager différemment (la route plutôt que l’avion), de passer de la mentalité d’artiste lié aux financements extérieurs et aux subventions à la mentalité d’entrepreneur, de développer le modèle de sponsoring, d’harmoniser les calendriers des festivals.

La Convention de 2005 de l’UNESCO sur la diversité de l’expression culturelle fait pourtant de la mobilité à l’international des artistes un droit. Ce plaidoyer aurait pourtant été mené auprès des 195 pays membres de l’organisation chargée de l’éducation, des sciences et de la culture dans le monde.

Cheikh Aïdara
Rabat-Maroc


Ould M’hamed : Un passage jugé catastrophique à la tête de “Taazour”

Les rapports de la Commission de contrôle des marchés publics ont révélé une véritable catastrophe dans la gestion de Hamoud Ould M’hamed lorsqu’il occupait le poste de Délégué Général de “Taazour”. Ces rapports ont mis en lumière une mauvaise utilisation des fonds publics et des pratiques personnalisées dans la mise en œuvre des projets.

En effet, les rapports indiquent une mauvaise gestion des marchés publics, caractérisée par une violence de toutes normes en la matière rendant Taazour, une structure dépensière au service d’intérêts personnels.

Le successeur de Hamoud Ould M’hamed à la tête de “Taazour” a été choqué par l’ampleur de la gestion catastrophique de son prédécesseur dominée par l’improvisation, les urgences et l’absence de toute vision programmatique.

A Taazour on dit que sa méthode de gestion reposait sur une planification durable. Les complexes pour jeunes et les marchés construits durant son mandat reflètent clairement une inefficacité flagrante, centrée sur son autopromotion  au détriment des résultats concrets en faveur des bénéficiaires.

Les rapports ont également révélé que Hamoud Ould M’hamed contactait directement les fournisseurs et leur attribuait les marchés avant l’ouverture des appels d’offres au niveau de l’institution. Aujourd’hui, de nombreux fournisseurs subissent les conséquences de cette mauvaise gestion car leurs paiements, sont compromis en raison d’une gestion opaque.

Après ses agissements, Hamoud Ould M’hamed se plaint quotidiennement auprès de ceux qu’il considère comme pouvant lui sauver la tête, notamment le frère aîné du ministre de l’Intérieur et d’autres personnalités. Ceux-là qu’ils considèrent être ses, sauveurs.

La période durant laquelle Ould M’hamed a dirigé “Taazour” continue de susciter de nombreuses interrogations sur sa gestion. Parmi les faits marquants de sa gestion figure l’attribution d’un marché pour la construction de 1 000 logements sociaux au  génie Militaire, contrat annulé par la suite.


Le récit de Mariam : une douleur sans fin

Mariam, 27 ans, réside dans le village de Bagoueinitt, situé dans la commune d’Aïn Farba, une petite localité isolée du Hodh Gharbi. Ce village se trouve à 63 km de la route de l’Espoir et à 123 km d’Aïoun, la capitale régionale. La vie y est modeste mais éprouvante : les services de santé sont quasiment absents, et les traditions, même les plus préjudiciables, continuent d’imposer leur emprise sur le quotidien.

Il y a six mois, Mariam a donné naissance à sa première fille, Kethoum, après trois garçons. Elle était ravie d’avoir enfin une fille, un rêve qu’elle nourrissait depuis son mariage à 18 ans. La petite Kethoum était sa fierté, une lumière dans sa vie.

Mais dans leur communauté, une croyance profonde persiste : une fille doit être excisée pour être considérée comme « propre » et « mariée un jour ». Malgré ses doutes, Mariam a subi la pression de sa belle-famille et des anciennes du village. « C’est pour son bien, pour son honneur, » lui ont-elles dit.

Le jour fatidique est arrivé. Une exciseuse locale, sans formation médicale, a été appelée. Kethoum, alors âgée de deux mois à peine, a crié de douleur alors que l’excision était pratiquée. Mariam, le cœur serré, ne pouvait qu’assister, impuissante.

Quelques heures plus tard, le drame s’est produit. Kethoum a commencé à saigner abondamment. Sa petite fille, si fragile, s’affaiblissait à vue d’œil. Mariam a supplié son mari et ses voisins de chercher de l’aide, mais le centre de santé le plus proche était à des heures de marche, et personne ne possédait de moyen de transport. Avant la tombée de la nuit, Kethoum a rendu son dernier souffle dans les bras de sa mère.

Le silence pesant du village s’est installé. Mariam était dévastée, inconsolable. Les paroles de réconfort des autres femmes lui paraissaient vides. « C’est la volonté de Dieu, » disaient-elles. Mais au fond d’elle-même, Mariam savait que cela n’était pas la volonté de Dieu.

Aujourd’hui, Mariam est déterminée à ce qu’aucune autre mère de son village ne vive ce qu’elle a vécu. Avec l’aide de l’ONG ODZASAM, elle participe à des séances de sensibilisation sur les dangers de l’excision et milite pour que les traditions néfastes soient abandonnées. « Ma petite Kethoum est partie, mais si son histoire peut sauver d’autres filles, alors son sacrifice n’aura pas été vain, » dit-elle, les larmes aux yeux.

NB : Ce récit vise à montrer l’impact humain des mutilations génitales féminines, tout en soulignant l’importance de la sensibilisation et de l’éducation pour prévenir ces tragédies.


Festival Culture Métisse, un évènement phare de la scène musicale mauritanienne

Avec peu de moyens, et le seul soutien de l’Institut Français de Mauritanie (IFM), le Festival Culture Métisse tient haut le flambeau de la diversité culturelle et musicale mauritanienne depuis douze ans. Cette 12e édition, prévue du 23 au 27 octobre 2024, outre ses tables rondes et ses webinaires qui titillent l’intellect, le MEDH (gospel mauritanien) représenté aujourd’hui par la troupe Terranim a été mêlée à la fête ainsi que des groupes locaux et deux débarqués de France.

Sur la scène de l’IFM avec TERRANIM. Crédit : Aidara

Lamine Kane, artiste musicien et directeur de Culture Métisse a expliqué la création du festival en 2013 : son groupe dirige avant tout un centre de formation de musique et de gestion de technique du spectacle.

Plus qu’un festival, un centre de formation musicale

« En partant des formations que les jeunes mauritaniens reçoivent dans notre centre, chaque année, ils obtiennent au bout de cinq ou six ans un accompagnement professionnel pour acquérir de l’expérience, et c’est pourquoi nous avons créé ce festival afin de créer entre ces jeunes formés et les groupes professionnels invités un courant d’échanges sur les standards internationaux et répondre d’autre part aux exigences de la scène » a-t-il expliqué. Ces jeunes reçoivent ainsi des formations sur le plan instrumental, mais aussi sur tous les métiers qui tournent autour de la musique.

Selon Lamine Kane, il est vrai que les concerts sont festifs, mais le plus important, ce sont les résidences et les échanges entre les artistes, mais aussi les ateliers et les séminaires qui gravitent autour du festival. Il s’agit notamment de formations sur la régie générale, la régie son, la lumière. Toutes ces formations ont d’ailleurs commencé, d’après lui, depuis le 10 octobre 2024 et s’achèvent le 27 octobre.

Lamine Kane a souligné que la présente édition a sa particularité, et malgré le manque de moyen, le festival a invité des artistes français, comme le Trio Jéricho, qui en est à sa deuxième participation, et une troupe de MEDH dénommée Terranim.

Le festival va aussi valoriser de jeunes talents mauritaniens et trois groupes de danse avec lesquels le festival Culture Métisse compte développer un projet courant 2025.

Développer le vivre-ensemble

Revenant sur la terminologie « culture métisse » qui renvoie à l’idée d’unité nationale et de cohésion sociale, Lamine Kane explique que c’est d’ailleurs cela l’idée des résidences qui réunissent chaque année dans la salle polyvalente de l’IFM et pendant un mois, quatre à cinq jeunes artistes issus des différentes cultures du pays.

« Ils vont répéter et trouver ensemble un répertoire afin de répondre aux exigences du public qui demandent chaque année un tremplin et en même temps apporter la contribution du festival par rapport à l’unité nationale et le vivre ensemble » a souligné Lamine Kane.

Le festival Culture Métisse dans son édition 2024 est placé sous le thème de l’Intelligence Artificielle (IA) et son impact sur l’activité musicale, selon Lamine Kane qui s’explique.

Intelligence ou perversion artificielle

« Nous avons constaté malheureusement que nos artistes aujourd’hui ne créent plus, ne réfléchissent plus. Ils utilisent l’IA qui créé et fait tout à leur place. Ils sortent ainsi des CD de cette façon en se portant auteur alors que tout a été fait via l’IA. Cela est mauvais pour l’expression artistique et c’est mauvais pour la pratique instrumentale, mauvais pour le patrimoine culturel national et mauvais économiquement, car les instrumentalistes ne sont plus sollicités pour des enregistrements dans les studios ».

Selon Lamine Kane, l’IA doit être utilisée pour faciliter le travail du studio et que la création doit rester humaine. Il rappelle qu’une conférence a été d’ailleurs animée à l’IFM par Papis Diarra, artiste musicien et formateur, sur ce thème juste après la conférence de presse de lancement du festival le 23 octobre. Des recommandations ont été formulées à l’issue de la rencontre qui a connu de très vifs échanges et débats.

Une scène diverse et diversifiée

Durant le tremplin du vendredi 25 octobre, la scène a été animée par la troupe de Terranim, une première, suivi du groupe français Trio Jéricho et Jallow, un talent montant de la musique mauritanienne avec lequel un playback a été joué.

Lui a succédé sur scène, le jeune Mamzodi avec lequel le festival a développé un projet pour 2025 et qui est programmé à l’occasion de la sortie de son album en juillet dernier. Le clou de la soirée a été marqué par la prestation des trois troupes de danse.

Le festival « Culture Métisse » est connecté avec des festivals en France, au Sénégal, au Maroc et au Mali. Sur le plan local, les échanges sont amicaux avec des festivals comme Assalamalekum, Sunukeur et Terranim. Avec la Coordination des Acteurs Culturels de la Mauritanie (CACM), la synergie se porte mieux, même si le ministère de la Culture reste inscrit aux abonnés absents dans ses rapports avec les artistes mauritaniens.

Cheikh Aïdara