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Contre l’avancée de la mer : Mauritaniens, Gambiens et Casamançais s’inspirent de l’Aire Marine Protégée de Saint-Louis du Sénégal

La technologie des typhavelles est un exemple de solutions fondées sur la nature que l’Aire Marine Protégée (AMP) de Saint-Louis du Sénégal a développé dans le cadre du projet SEDAD piloté par le Projet Régional pour la Conservation de la zone côtière Marine (PRCM), avec l’appui du Centre de Suivi Ecologique (CSE) de Dakar et l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) soutenu par le Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM). Mauritaniens, Gambiens et Casamançais sont venus s’inspirer de cet exemple au cours d’une visite d’échanges qui s’est déroulée du 27 au 30 novembre 2024.

Des rectangles de piquets de typha de 8m3 chacune pour arrêter la mer – Crédit Aidara (AMP de Saint-Louis Sénégal)

Lorsqu’en 2018, les premières cases de typhavelles furent installées sur l’AMP de Saint-Louis, la mer était à 40 mètres de la terre ferme, selon le capitaine Kabou, Conservateur de l’aire protégée. Elle sortait même souvent de ses limites, selon lui, pour venir chatouiller les eaux du fleuve situées à plusieurs centaines de mètres à l’intérieur du continent.

Aujourd’hui, la mer a reculé à plus de 120 mètres et ne menace plus les vastes hectares de terres qu’elle avait arrachés aux villages avoisinants. Ces terres de culture, seules sources de subsistance des communautés hôtes, ont ainsi repris leurs pleines activités.

Des monticules de dunes se sont en effet formées grâce à cette technique qu’une forêt de filaos plantés un peu plus loin est venu consolider.

Le président du Comité de gestion de l’AMP (à gauche) suivi du capitaine Kabou et à l’extrême droite le Commandant Cissé – Crédit Aidara

Moulaye Mbaye, président du Comité de gestion de l’aire protégée qui représente les communautés hôtes de l’AMP a dit toute la satisfaction des populations face aux efforts déployés par les équipes techniques du Centre de Suivi Ecologique (CSE) de Dakar et de la Direction des Parcs Nationaux du Sénégal (DPNS) qui ont permis le recul de la menace marine.

A la découverte des typhavelles

Il a fallu une marche de 3 kilomètres sur la plage, lors de la 2ème journée de la visite, pour arriver à l’installation des premières cases de typhavelles, des rectangles de typhas – des plantes aquatiques très présentes dans le fleuve – morts de 8 mètres-cubes qui s’étalent sur 2,5 kilomètres en direction de l’embouchure du fleuve Sénégal.

Une longue marche vers les typhavelles -Crédit Aidara

Le dispositif ainsi installé a permis, selon le capitaine Kabou, de récupérer en six ans quelques 80 mètres de plage avec le recul de la mer. Du coup, ce sont des dizaines d’hectares de champs qui ne sont plus menacés par la montée des eaux.

Des dix-neuf villages qui occupaient les zones de culture, seuls six ont pu résister à la charge marine durant les années passées, explique El Hadj Ameth Sène Diagne, président de la coopérative des maraîchers de l’aire protégée. Les activités ont repris selon lui avec des rendements importants en légumes, pommes de terre, oignons, tomates, melons, entre autres.

Une expérience que les délégations ont bien apprécié – Crédit Aidara

Les typhavelles ont ainsi permis de restaurer les zones humides et de lutter contre les érosions côtières.

Justement, c’est cette expérience réussie de solutions fondées sur la nature que la délégation du Parc National du Banc d’Arguin (PNBA) est venue tirer de Saint-Louis dans le cadre du projet Solutions Ecosystémiques d’Adaptation Durable (SEDAD). Ce projet est financé par la coopération canadienne à hauteur de 15 millions de dollars U.S pour la période 2023-2026. L’objectif est d’apporter une réponse aux défis urgents liés à l’adaptation aux changements climatiques dans les écosystèmes fragiles, notamment le Parc National du Banc d’Arguin (Mauritanie), le parc de Niumie et de Jokadu (Gambie) ainsi que l’AMP de Ufoyaal Kassa-Bandial (UKB) en Casamance (Sénégal).

Chez le maître du typha

La visite de Saint-Louis s’est achevée le samedi 30 novembre par une excursion dans le quartier Bango de Saint-Lou is. Les délégations se sont en effet rendues auprès du Mamadou Mbaye, « le maitre du typha » et président du groupement d’intérêt économique (GIE) Soxali Alaam Gui.

Mamadou MBaye, « Maître du Typha » – Crédit Aidara

Là, Mauritaniens, Gambiens et Casamançais ont été édifiés sur la valorisation du typha dans ses aspects écologique, social et économique.

Grâce à cette plante, certes envahissante mais aux multiples usages, le GIE s’est transformé aussi en centre de formation pour les jeunes, dont des étudiants de l’Université Gaston Berger. Ici, ils apprennent tous les métiers liés au typha : la maçonnerie, la charpenterie, la fabrication de compost, de clôtures pour concessions et champs, la transformation en charbon de bois pour la cuisine, et même l’alimentation animale et humaine. Plus de 200 jeunes ont été formés jusque-là, affirme Mamadou Mbaye.

Ainsi, le siège du GIE « SOXALI ALAAM GUI » serait entièrement construit à partir du typha, les murs, les toits et les clôtures. Le typha a même permis, selon Mamadou Mbaye, la reconstitution de l’écosystème, notamment la reforestation en mangrove, une plante aquatique qui avait presque disparue.

Le PNBA se prépare à lancer l’expérience

D’abord réticente par rapport à une éventuelle prolifération du typha dans le parc naturel du Banc d’Arguin (PNBA), la délégation mauritanienne conduite par le Conseiller du Directeur Général, Sidi Mohamed Ould Lehlou, a été rassurée sur le caractère inoffensif des tiges de typha. Cette technique sera implantée au PNBA pour contrer la montée de la mer.

Sidi Mohamed Lehlou (en écharpe) et ses collaborateurs écoutent les explications de Mamadou MBaye – Crédit Aidara

En effet, les villages Imraguens situés dans le parc, notamment Nouamghar, Iwik, Teychet et R’Gueîba, sont sous la menace constante des eaux de l’Océan Atlantique.

La technologie des typhavelles, probablement remodelée selon le contexte du Banc d’Arguin, représente aux yeux des techniciens du CSE de Dakar et de l’AMP de Saint-Louis une belle expérience pour faire reculer la mer et préserver la viabilité du PNBA et de ses habitants.

Des échanges d’expériences et de pratiques enrichissants

A la fin de la visite d’échanges à l’AMP de Saint-Louis, Mauritaniens, Gambiens et Casamançais ont exprimé leur satisfaction par rapport à la mission ainsi que les explications fournies par les techniciens.

De G. à Dr. Salla Bâ, Nicolas MBengue, Lehlou, Commandant Diouf, Aliou Seydou, Commandant Cissé et en face, Marième Soda Diallo – Crédit Aidara

Côté sénégalais, les apports ont été utiles, notamment ceux des Commandants Cissé et Diouf de la Direction des Parcs Nationaux du Sénégal, du capitaine Kabou, Conservateur de l’AMP de Saint-Louis, Aliou Seydou et Nicolas MBengue du Cégep de Dakar, Honorine Diatta du Cégep de Podor et Marième Soda Diallo du CSE de Dakar.

La Délégation mauritanienne, conduite par Sidi Mohamed Ould Lehlou, Conseiller du Directeur Général du PNBA, comprenait deux de ses collaborateurs, en plus de Mme Salla Bâ, Coordinatrice de Programme au Projet Régional pour la Conservation de la zone côtière Marine (PRCM), accompagné de son collègue, Ismail Ould Kebbade, chef de projet, en plus d’une dizaine de jeunes ambassadeurs et ambassadrices climatiques, issus des quatre villages Imraguens du parc, ainsi que des agents locaux du projet SEDAD.

Cheikh Aïdara
Saint-Louis


Des sages-femmes d’Afrique du Centre et de l’Ouest à Nouakchott pour apprendre à former dans les gestes qui sauvent

Le véritable cauchemar d’une sage-femme ! Assister à la mort d’une mère ou d’un bébé sur la table d’accouchement. En Afrique de l’Ouest et du Centre, le drame est énorme. Les chiffres morbides sont les plus élevés au monde. D’où la frénésie des formations pour des soins de qualité. Nouakchott accueille ainsi du 25 novembre au 10 décembre 2024, une cohorte d’une trentaine de sages-femmes venus de près d’une dizaine de pays de la région du Centre et de l’Ouest africain. Objectif, apprendre les techniques du maître mentorat qui consiste à accompagner les sages-femmes dans les gestes qui sauvent.

1ère journée de formation à l’EN3S – Crédit Aidara

L’Ecole Nationale Supérieure des Sciences de la Santé (EN3S) de Nouakchott, un centre d’excellence en mentorat clinique des sages-femmes, accueille du 25 novembre au 10 décembre la première session régionale de formation des maitres mentors. Elles sont venues de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Equatoriale, Guinée Conakry, Mali, Niger, République de Centrafrique, Sénégal et Togo.

Cette session est organisée par le Ministère mauritanien de la Santé, avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA). La formation de deux semaines est accompagnée par le Projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel (SWEDD), l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’UNICEF et plusieurs autres partenaires.

L’orientation clinique, une innovation de taille

Dans le mot qu’il a prononcé lors de l’ouverture officielle de la formation, le Secrétaire Général par intérim du Ministère de la Santé, Ely Ould Moida a bien pointé le curseur.

SG du Ministère de la Santé (Mauritanie) – Crédit Aidara

Selon lui, « l’objectif de cette formation est de développer les compétences des maîtres mentors qui formeront à leur tour des sages-femmes et des mentors dans le domaine des pratiques de santé maternelle et néonatale et de planification familiale ».

La finalité, ajoutera-t-il en substance, c’est d’accélérer la transition vers la portée de l’approche d’orientation clinique dans la région et contribuer à réduire la mortalité maternelle.

Il a ajouté que le projet SWEDD a développé trois centres d’excellence pour former les cadres de la santé des pays appartenant à sa zone d’intervention, dont la Mauritanie.

« L’orientation clinique est en bonne place, car elle inclut des stratégies innovantes pour accélérer la réduction de la mortalité maternelle dans le document publié par le Bureau Régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (WACARO) » a-t-il souligné.

Investir dans les sages-femmes, c’est sauver plus de 4 millions de vie

La Représentante résidente de l’UNFPA en Mauritanie, Dr. Olga Sankara, avait auparavant exprimé sa joie, au nom de l’UNFPA, de s’adresser aux participants dans cet atelier de partages d’expériences et de compétences, leur souhaitant la bienvenue en Mauritanie, « pays d’un million de poètes ».

Dr. Olga Sankara – Crédit Aidara

Elle a salué la prise de conscience élevée face à la nécessité d’accélérer la réduction de la mortalité maternelle en période périnatale en particulier.

« Dans notre région, toutes les 4 secondes, une femme meurt en donnante la vie et toutes les 17 secondes, c’est un nouveau-né qui meurt » a-t-elle illustré, comparant l’hécatombe des mamans et des bébés qui meurent en Afrique de l’Ouest et du Centre au crash annuel de 1000 avions dont aucun des 200 passagers à bord ne survit.

Pourtant, déplore-t-elle en substance, il s’agit de morts évitables car, selon les données du rapport mondial sur la pratique sage-femme, en investissant dans les sages-femmes, 4,3 millions de vie seront sauvées d’ici 2035.

Vue partielle des participantes – Crédit Aidara

« C’est pour cela que Dr. Sennen Hounton, Directeur régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre n’a pas hésité à fournir des ressources pour la tenue de la présente formation dont l’objectif est de développer une masse critique de maîtres-mentors qui à leur tour pourront former des sages-femmes et maïeuticiens mentors » a-t-elle précisé.

À ce titre, elle a rappelé que le mentorat clinique est inscrit en bonne place dans les stratégies innovantes d’accélération de la réduction de la mortalité maternelle dans le document qui vient d’être publié par WCARO.

Elle a enfin salué l’engagement de la Mauritanie dans la poursuite des efforts tendant à garantir à toutes les femmes et les enfants des soins de santé maternelle et infantile de qualité. En témoigne, selon elle, les mesures d’accélération qui sont en train d’être mises en place par le Ministère de la Santé et sa disponibilité exprimée à abriter cette formation.

D’autres orateurs s’étaient exprimés au cours de cette cérémonie officielle, en l’occurrence, le Directeur général de l’EN3S, Ahmed Ould Armyah.

La cérémonie s’était déroulée en présence des représentants de l’OMS, l’UNICEF et du SWEDD.

Cheikh Aïdara

TEMOIGNAGES DE QUELQUES PARTICIPANTES

Ahanhanzo Gléglé Clarisse épouse Agonglo du Bénin, Responsable nationale des soins obstétricaux

« Un sentiment de satisfaction de participer à cette formation de maitres-mentors. Vous n’êtes pas sans savoir que c’est toute l’Afrique de l’Ouest et du Centre qui sont regroupés dans cette session de formation. Cela constitue ainsi un creuset très instructif d’échanges d’expériences. Depuis hier nous apprenons beaucoup de choses. Nous avons travaillé dans la mise en œuvre du mentorat clinique. Nous avons beaucoup appris de nos collègues er affinons ce que nous faisons déjà au Bénin »

Amakoukoué Kayi Neeli du Togo, sage-femme au district de Kloto chargée de la maternité

« Nous sommes ici dans le cadre de la formation des maîtres-mentors, une formation indispensable pour toutes les personnes exerçant au niveau de la maternité. Nous sommes là pour renforcer nos compétences dans la réduction de la mortalité morbidité de la mère et du nouveau-né dans notre sous-région. Ce matin, nous avons vu comment sauver les mamans, comment à les aider à survivre. On sait que la première cause de la mortalité maternelle c’est l’hémorragie lors de la délivrance. Pour sauver les femmes dans cette situation, le facteur temps joue un rôle primordial. Il faut référer à temps car il faut sauver la maman et son bébé qu’il faut aider à respirer. Ce qui fait que tout le matériel de survie doit être présent dans la salle d’accouchement pour une prise d’urgence de la maman et de son nouveau-né. D’où l’importance de cette formation qu’il faut porter à l’échelle. »

Mme Diène née NGoné Guèyedu Sénégal, responsable de la santé de la reproduction à la Direction de la Santé de la mère et du nouveau-né

« Nous sommes honorées du choix qui a été porté sur nous et de représenter le Sénégal. Nous espérons au retour de cette formation que nous puissions renforcer ce mentorat clinique qui est déjà mis en œuvre au niveau du Sénégal avec une dissémination dans plusieurs régions. Le choix avait d’abord porté sur deux régions pilotes, avec des critères de choix, en l’occurrence les progrès qui ont été réalisés par ces régions en termes de mortalité maternelle et néonatale, le leadership des managers entre autres. Il faut noter qu’au Sénégal, beaucoup de progrès ont été réalisés sans compter le mentorat qui a été introduit pour la lutte contre la mortalité maternelle, parce que le Sénégal a quand même réalisé une performance avec un taux de mortalité maternelle qui est passé de 396 à 156 décès pour 100.000 naissances vivantes. Un progrès à saluer même si ce taux reste élevé par rapport aux objectifs de 70/100.000 visés. Le taux de mortalité néonatale reste également très élevé, 23/1.000 naissances vivantes, alors qu’il faut aussi le réduire d’ici 2030. »


Festival Visa For Music, Rabat la capitale de la musique du monde

La capitale marocaine, Rabat, a abrité du 21 au 24 novembre 2024, la 11ème édition du Festival Visa For Music. Un rassemblement de centaines d’artistes et d’experts venus d’Afrique, d’Europe et d’Asie, des concerts, des conférences sur la musique et des masters class.

Affiche à l’entrée du Théâtre Mohamed V de Rabat. Crédit : Aidara Cheikh

L’Assemblée Générale de la plateforme des acteurs culturels africains, Arterial Network, a eu lieu le 22 novembre 2024 en marge Le festival Visa For Music a tenu toutes ses promesses lors de la 11ème édition, qui a eu lieu du 21 au 24 novembre 2024 au splendide Théâtre Mohamed V de Rabat.

En marge du festival s’est déroulée l’Assemblée Générale de mi-mandat de la plateforme des acteurs culturels africains, Arterial Network, qui a regroupé plus d’une dizaine d’affiliés et quelques membres du Comité de Pilotage et son président. Quelques amendements ont été apportés à la Constitution de l’organisation.

Membres affiliés de Arterial Network (Aidaran 1ère rangée extrême gauche).

Comme chaque année depuis son lancement en 2013, Visa For Music a prouvé qu’il est l’un des évènements culturels phares en Afrique. Un rendez-vous que les musiciens, artistes et experts du domaine culturel attendent avec impatience, édition après édition.

Il faut noter que le festival Visa For Music s’est imposé au fil des ans comme une plateforme essentielle pour la promotion des artistes et des musiques d’Afrique et du Moyen-Orient, un marché musical professionnel qui réunit des artistes, producteurs, agents ainsi que des professionnels de l’industrie musicale. Le programme est varié avec des showcases live, des conférences, des ateliers et des rencontres entre professionnels.

En termes de chiffres, Visa For Music c’est 20 000 festivaliers, plus de 400 artistes, plus de 1200 professionnels et plus de 1400 speed meetings.

Quatre jours de scène et de musique

Pendant quatre jours, les amoureux de la musique ont été nourris à la sève de plusieurs sonorités et trempés dans plus d’une dizaine de cultures.

Esplanade du Théâtre Mohamed V. Crédit : Aidara Cheikh

Le 20 novembre déjà, c’était la parade des artistes avec une parade urbaine sur le boulevard Ben Abdallah au pied du Musée Mohamed VI et une esplanade au Théâtre Mohamed V où furent prononcé les mots de bienvenue des officiels et des organisateurs, notamment celui de Brahim Mezned, le directeur du festival.

Un show musical est venu clore ce lancement avec la troupe marocaine, Tasutan-Imal, le groupe cap-verdien Ferro Vaita et Valérie Exqume, un groupe franco-camerounais.

Les jours suivants, plusieurs groupes se sont succédé sur scène, venus de Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire, Italie, Algérie, France, Angola, Sénégal, Afrique du Sud, Bénin, Madagascar, Seychelles, Emirats, Grèce, Equateur, Espagne, Portugal, République Dominicaine, Jordanie, USA, Irak, Quebec, Egypte, Brésil, Corée du Sud, Libéria, Guadeloupe, Finlande, Australie

Des ateliers, des masterclass et des conférences se sont succédé dans les différents sites du festival, à l’Auditorium du Musée Mohamed VI, à l’Institut Français, au Centre Cervantès, à la Fondation Hiba café de la Scène à la Renaissance, à l’Institut Goethe, etc.

A côté des scènes musicales et l’ambiance feutrée des conférences ou encore le climat studieux des ateliers, le festival abritait aussi plusieurs stands pour les associations, organismes et acteurs culturels venus exposer leurs œuvres ou faire connaître leurs structures dans des échanges spiritueux intra-professionnels mais aussi avec le public et les visiteurs.

De nombreuses conférences

Plus d’une dizaine de conférences-débats ont été organisés en marge du festival, sur plusieurs thèmes, l’accès à la culture dans le domaine de la musique, valorisation des instruments de musique traditionnelle, inclusion et diversité dans l’industrie musicale, mobilité intra-africaine des artistes et professionnels de la musique, comment restructurer un festival, cas du festival Dougga en Tunisie, la plateforme de streaming Sportify, l’édition musicale, les droits d’auteurs, etc.

La valorisation des instruments de musique traditionnelle

Cette table-ronde a été animée par les experts suivants, Michel Ndondo du Camaroun, Sidi Haiba, Mme Sadegh, Conservatrice adjointe du Musée de Meknés, Ali Ben Slah d’Ayoun Saghiat-Hamra (Maroc), Izzi Chayer, directeur du Grand festival Maroc spécialiste en sonorisation, Moadh Ben Hmady, praticien multi-instrumentaliste.

Panélistes

Pour Michel Ndondo, les instruments de musique traditionnelle, c’est l’histoire des identités culturelles des peuples, soulignant que ce patrimoine culturel et mémoriel est aujourd’hui confronté aux défis de la conservation et de la préservation. D’où l’impérieuse nécessité de la transmission aux générations actuelles et futures. Cette transmission est selon lui d’abord familiale, dans les techniques de fabrication des instruments de la musique traditionnelle, dans la collecte des savoirs musicaux ancestraux et dans la documentation, en prenant en compte la dimension sociale, mais aussi environnementale.

Mme Sadegh du Conservatoire de Meknès a insisté pour sa part sur le problème de la restauration des instruments de la musique traditionnelle, assurant que le conservatoire possède des instruments mais aussi des costumes datant de plus d’un siècle.  Elle a procédé à un survol historique du Conservatoire créé en 1882 et les différentes étapes de son évolution, sous la colonisation française jusqu’aux années 1920, 2014 et 2022 et le statut actuel du conservatoire en tant que 1er Musée de musique du Maroc, lancé dans la recherche, la collecte, la conservation et l’exposition du patrimoine culturel de la musique qui allie musique traditionnelle et musique savante. Le musée s’intéresse aux accords, aux percussions et aux tenues vestimentaires.

Sidi Haiba appartient à une longue lignée de restaurateurs et de fabricants d’instruments de musique traditionnelle marocains. Il a engagé un long débat sur l’origine du luth que d’aucuns rattachent à l’Andalousie, alors qu’il soutient que le luth marocain est totalement différent. Sidi Haiba possède ainsi un atelier de fabrication d’instruments de musique traditionnelle où il accueille une trentaine d’apprentis à différentes saisons.

Ben Salah, originaire d’Ayoun Saghiat-Hamra et de la coopérative Romh s’est fait connaître à travers son compte Instagram. Il est musicien, sculpteur et spécialiste de la rénovation des instruments musicaux sahraouis, en particulier le « Tidinit ». Il possède son propre atelier où il fabrique et restaure des instruments.

Chayer est lui spécialiste de la sonorisation. Pour lui, il a longuement buté sur les difficultés liées à la sonorisation des instruments de la musique traditionnelle, les micros disponibles étant incapables de faire ressortir l’originalité de ce genre de musique non adapté aux outils modernes.  D’où le palliatif qui a consisté à utiliser les pastilles des poupées qui parlent ou encore l’utilisation d’autres procédés.

Pour le praticien Moadh, chaque instrument de musique a sa propre poésie et raconte une histoire tirée d’une expérience humaine. Aussi, a-t-il exprimé sa joie de pouvoir savourer toutes les sonorités, du Maghreb arabe à l’Afrique noire, avec autant d’instruments traditionnels aussi divers et diversifiés, de la Kora de l’Afrique subsaharien au Oud ou au Luth d’Afrique du Nord. L’impression selon lui de voyager entre des mondes qui se recoupent et se complètent.

Bernard Payé de l’Ile de la Réunion a évoqué quant à lui l’apport de la migration africaine et sud-asiatique, notamment indienne, à travers le tambour dans le patrimoine culturel et musicale du Port de la Réunion.

La mobilité intra-africaine des artistes et des professionnels de la musique

Le déplacement des artistes africains et des professionnels de la musique à l’intérieur du continent africain est confronté à de multiples défis d’ordre logistique, financiers, administratifs et autres tracasseries.

Panélistes

Cette table-rond organisée par la Zone Franche en présence de son directeur, a été animée par un panel de haut niveau composé de Camille Seck experte en culture, Alassane Babylas Ndiaye président de Arterial Network, Pierre Claver Mabilia coopérative culturelle et directeur congolais de l’Espace culturel et du festival Ndj-Ndj, Ghita Khaldi directrice de projets culturels fondatrice de l’ONG marocaine Afrikayna et Didier Awadi, artiste musicien du Sénégal et directeur du Studio Sankara basé à Dakar.

Il faut souligner que la Zone Franche pour la diversité culturelle travaille sur la mobilité des artistes en les aidant notamment pour l’obtention de visas.  Elle compte 230 adhérents dans une vingtaine de pays africains.

Il faut dire que la mobilité des artistes et des professionnels de la musique reste un défi et un challenge financier énorme face à la cherté des déplacements, avec des billets d’avions aux prix élevés sans compter les coûts liés à l’hébergement et à la nourriture. Il y a, en plus, de escales jugées illogiques qui obligent certains pour se rendre d’un pays africain à un pays africain, à se soumettre à des escales dans des capitales européennes, notamment Paris.

Dans son expérience des tournées, plus de 40 pays africains visités, Didier Awadi a évoqué l’exemple d’hommes qui ont juré de rester debout pour la culture, à l’images des promoteurs de la RDC qui continuent d’organiser des festivals au milieu des fusillades qui endeuillent des villes de l’Est comme Gouma à la frontière rwandaise, avec des millions de tués et des exodes massifs de populations.

Pierre Claver qui a dressé une cartographie des artistes et des festivals en Afrique Centrale, avec glissement en Afrique de l’Ouest, a évoqué l’expérience des déplacements terrestres à travers les frontières où les tracasseries de visa et de passage continuent d’entraver la mobilité des professionnels de la musique.

En général dira-t-il en substance, les budgets des festivals ne parviennent pas à financer le déplacement des artistes avec le coût exorbitant des billets de transport et les cachets des artistes. Il a déclaré de fin 2022 début 2024, la structure qu’il dirige a pu distribuer 74 bourses aux artistes, soutenus plus de 20 festivals en Afrique Centrale dont les invités artistes ont tous voyagé par la route.

Babylas Ndiaya a aussi évoqué le circuit rwandais et un programme de partage des festivals sur le plan de la sonorisation et de la lumière, ainsi que le tracé  du circuit Mali-Côte d’Ivoire-Burkina Faso et le site de Koudougou dont la capacité a plus qu’augmenté, passant de 200 à 5.000 places. Ce programme s’est arrêté, a-t-il expliqué, du fait de la pandémie Covid, l’insécurité des routes et l’état des infrastructures.

Ghita Khaldi a parlé du Fonds Maroc-Afrique Subsaharienne lancé en 2016, un programme de 4 ans qui a permis de soutenir les artistes à travers l’octroi de bourses de mobilité. Ce programme avait permis selon elle de financer plus de 400 vols dans 133 projets qui avaient été soumis. Par la suite, elle a évoqué le circuit Casablanca-Nouakchott-Dakar et le peu de ressources octroyées par les pays africains et le grand apport venant en général de la coopération internationale, telle que l’Union européenne, EuroMed ou le MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord). Mais, ajoute-t-elle, malgré ces fonds, il faut toujours aller chercher d’autres financements pour compléter les gaps.

Elle a évoqué par la suite la faiblesse de la coopération bilatérale, le manque de fonds suffisants pour la circulation des biens culturels. La création de l’ONG AfriKayna serait ainsi le fruit de toutes ces difficultés. Selon elle, il faut se diversifier et s’inspirer des modèles de fonds mobiles qui existent dans d’autres parties du monde.

D’autres initiatives sont en train de pousser comme le fonds de mobilité que le festival MASA de Côte d’Ivoire a lancé en janvier 2024. L’idée serait à ce point de lancer un plaidoyer pour la réduction d’au moins 25% des taxes au niveau de la CEDEAO.

Didier Awadi a lui prôné un plaidoyer auprès des instances régionales, comme l’Union africaine, tout en exhortant les professionnels et les artistes à développer le réseautage et en essayant par exemple le modèle anglo-saxon qui pousse les professionnels de la musique en Afrique à se comporter en entrepreneurs plutôt que de rester enchaîné par l’attente des subventions. Il a aussi critiqué le fait que beaucoup de pays ont des bureaux de droits d’auteurs qui ne sont pas encore passés au stade de gestion collective.

Les panélistes ont aussi déploré l’absence dans beaucoup de pays de lois sur le statut de l’artistes, ce qui est un autre frein à la mobilité des acteurs.

D’autres idées sont ressorties de la table-ronde, telle la nécessité de jeter des ponts entre l’Afrique francophone et l’Afrique anglophone, d’intensifier la formation/sensibilisation des artistes, de documenter les circuits et de démocratiser les fonds pour la mobilité, de voyager différemment (la route plutôt que l’avion), de passer de la mentalité d’artiste lié aux financements extérieurs et aux subventions à la mentalité d’entrepreneur, de développer le modèle de sponsoring, d’harmoniser les calendriers des festivals.

La Convention de 2005 de l’UNESCO sur la diversité de l’expression culturelle fait pourtant de la mobilité à l’international des artistes un droit. Ce plaidoyer aurait pourtant été mené auprès des 195 pays membres de l’organisation chargée de l’éducation, des sciences et de la culture dans le monde.

Cheikh Aïdara
Rabat-Maroc


Ould M’hamed : Un passage jugé catastrophique à la tête de “Taazour”

Les rapports de la Commission de contrôle des marchés publics ont révélé une véritable catastrophe dans la gestion de Hamoud Ould M’hamed lorsqu’il occupait le poste de Délégué Général de “Taazour”. Ces rapports ont mis en lumière une mauvaise utilisation des fonds publics et des pratiques personnalisées dans la mise en œuvre des projets.

En effet, les rapports indiquent une mauvaise gestion des marchés publics, caractérisée par une violence de toutes normes en la matière rendant Taazour, une structure dépensière au service d’intérêts personnels.

Le successeur de Hamoud Ould M’hamed à la tête de “Taazour” a été choqué par l’ampleur de la gestion catastrophique de son prédécesseur dominée par l’improvisation, les urgences et l’absence de toute vision programmatique.

A Taazour on dit que sa méthode de gestion reposait sur une planification durable. Les complexes pour jeunes et les marchés construits durant son mandat reflètent clairement une inefficacité flagrante, centrée sur son autopromotion  au détriment des résultats concrets en faveur des bénéficiaires.

Les rapports ont également révélé que Hamoud Ould M’hamed contactait directement les fournisseurs et leur attribuait les marchés avant l’ouverture des appels d’offres au niveau de l’institution. Aujourd’hui, de nombreux fournisseurs subissent les conséquences de cette mauvaise gestion car leurs paiements, sont compromis en raison d’une gestion opaque.

Après ses agissements, Hamoud Ould M’hamed se plaint quotidiennement auprès de ceux qu’il considère comme pouvant lui sauver la tête, notamment le frère aîné du ministre de l’Intérieur et d’autres personnalités. Ceux-là qu’ils considèrent être ses, sauveurs.

La période durant laquelle Ould M’hamed a dirigé “Taazour” continue de susciter de nombreuses interrogations sur sa gestion. Parmi les faits marquants de sa gestion figure l’attribution d’un marché pour la construction de 1 000 logements sociaux au  génie Militaire, contrat annulé par la suite.