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Le Ministère de l’Emploi va lâcher 50 conseillers-emplois sur l’ensemble du territoire

À la fin du Ramadan, les quinze guichets emplois répartis sur l’ensemble du territoire national recevront leurs premiers conseillers-emplois. Un corps de métier que le Ministère de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports, vient de relancer avec l’appui de l’Union européenne (UE), du Bureau International du Travail, et de l’Agence Française de Développement (AFD). En 2013, l’ANAPEJ avait formé 41 conseillers-emploi.

Le Ministre Taleb Sid’Ahmed (à droite) avec ses partenaires – Crédit Aïdara

« Il ne nous reste plus que deux semaines de formation pour doter le pays de coachs dans le domaine de l’emploi, en mettant à disposition des cadres qui seront chargés d’encadrer, d’accompagner et d’orienter les porteurs de projets et les demandeurs d’emplois au niveau de toutes les régions de la Mauritanie ». C’est en ces termes que le formateur du Bureau International du Travail (BIT), mis à la disposition du Ministère de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports, est revenu sur un curricula conçu à l’adresse de la cinquantaine de cadres que le département de l’Emploi et l’Agence « Tachkil », ex-ANAPEJ, ont mobilisé pour ce nouveau corps de métier qu’est le conseil-emploi.

Les stagiaires lors du passage du Ministre et des partenaires – Crédit Aidara

Accompagner les demandeurs d’emploi

Cette déclaration a été faite en marge de la visite d’inspection, effectuée lundi 12 avril 2021 au Stade Olympique de Nouakchott, par M. Taleb Ould Sid’Ahmed, Ministre de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports. Il était en compagnie du Point Focal du BIT, des représentants de la Délégation de l’Union européenne à Nouakchott et de l’AFD.

En cours de formation – Crédit Aidara

« Nous allons briser la chaîne qui sépare le Ministère de l’Emploi et l’Agence « Tachkil » pour mettre dans un panier commun le secteur de l’emploi » a déclaré Taleb Sid’Ahmed, lors d’une rencontre très décontractée qui l’a réuni avec les stagiaires. « Les Inspecteurs de la Jeunesse et des Sports vont ainsi s’imprégner des notions d’emploi, ce qui va très bien d’ailleurs leur permettre de mener leurs missions sur la base de leur spécialité jeunesse et les agents de l’ex-ANAPEJ vont apporter leur expérience » a-t-il poursuivi.

Les conseillers-emplois seront déployés dès la fin du Ramadan dans les quinze Wilayas (régions) du pays, en attendant de former davantage de conseillers pour couvrir l’ensemble des Moughataas (départements). Ils devront, selon le ministre, renforcer les guichets-emplois déjà sur place. Il s’agira pour ces techniciens de l’emploi d’accompagner, d’encadrer et d’orienter les porteurs de projets et les demandeurs d’emplois. Formulation de business plan, écriture de CV et demandes d’embauche, techniques d’entretien, comptabilité…Autant de domaines que les conseillers-emplois devront embrasser, en plus du sens de l’écoute, pour aider le département de la Jeunesse et des Sports à réaliser son projet de plein emploi et réduire considérablement le taux de chômage.

Féderico Barroeta lors de son intervention (entre le Ministre et la représentante de l’AFD) – Crédit Aidara

Une initiative qui répond au nombre croissant de demandeurs d’emplois

Le Ministre de l’Emploi a indiqué que le pays a besoin de beaucoup de conseillers-emplois face à la demande croissante du marché du travail et les opportunités offertes dans le domaine de l’auto-emploi, de l’entreprenariat, de la demande forte des coopératives à l’intérieur du pays et des débouchés énormes du secteur sylvo-agro-pastoral.

« Je ne me verrais plus coincer dans la circulation ou envahi dans mon bureau par des jeunes qui me demandent, désemparés, Monsieur le Ministre, aidez-nous à trouver de l’emploi, nous avons des dossiers et nous ne savons pas à qui s’adresser. Dorénavant, ils auront des interlocuteurs prêts à répondre à leurs sollicitations » a lâché le Ministre de l’Emploi. Selon lui, avec la rénovation des Maisons des Jeunes, qui abritent déjà les guichets-emplois, les chercheurs de travail ou de débouchés, à défaut de trouver réponse à leurs demandes, pourront au moins passer un bon moment, grâce aux animations qui vont faire revivre ces Maisons des jeunes, avec des salles de théâtres, de peintures, de chants, etc.

Tour à Tour, Federico Barroeta, Point Focal du BIT en Mauritanie, Jorge Valliente de la Délégation de l’UE et la représentante de l’AFD, ont mis en exergue l’intérêt d’une telle démarche. Pour Federico Barroeta, « les meilleurs seront retenus comme formateurs en coaching dans le domaine de l’emploi », tandis que Jorge Valliente considère que « ce corps de métier des conseillers-emploi est la pierre angulaire dans la politique publique d’accompagnement des jeunes chercheurs d’emploi ». La représentante de l’AFD a dit toute la disponibilité de sa structure à accompagner les pouvoirs publics dans leur politique d’employabilité des jeunes.

Les stagiaires auront ainsi l’occasion de se familiariser avec des projets déjà expérimentés dans le domaine de l’emploi et de l’auto-emploi comme le Projet Safire de l’Union européenne, le projet « Moustaqbeli » du Ministère de l’Emploi, et d’autres projets comme le Projet Sport-emploi que le département est en train d’initier.

Hamady Diop – Crédit Aidara

« Nous sommes très contents d’avoir bénéficié de cette formation en conseil-emploi, car en tant qu’Inspecteur de la Jeunesse et des Sports, l’emploi est un secteur nouveau pour nous, mais avec les échanges fructueux avec le formateur et nos collègues de « Tachkil » ex-ANAPEJ, nous avons beaucoup appris et nous pensons que nous pourrons mener merveilleusement bien notre mission dans l’encadrement, l’accompagnement et l’orientation des porteurs de projets et des demandeurs d’emplois » a déclaré Hamady Diop, inspecteur de la Jeunesse et des Sports, qui s’est exprimé au nom de ses collègues pour remercier le Ministère de l’Emploi et ses partenaires.

Que sont devenus les conseillers-emploi formés en 2013 ?

À première vue, la formation en conseil-emploi n’est pas une nouveauté en Mauritanie. En effet, 41 agents de l’ANAPEJ ont suivi en 2013 une formation diplômante en conseil-emploi, avec l’appui du BIT, de l’Agence d’emploi du Maroc et le projet TEAM de l’Union européenne. Ces 41 conseillers-emploi de 2013 avaient pour mission, exactement comme ces 50 nouveaux conseillers, d’accueillir et d’accompagner les demandeurs d’emploi dans leur parcours. Il s’agissait pour l’ANAPEJ de construire une offre de service et d’accompagnement de qualité pour répondre efficacement au problème de chômage qui touche plus d’un tiers de la population active du pays, selon l’Enquête permanente sur les conditions de vie des ménages (EPCV 2008).

Ce projet a été mené à l’époque par le Ministère Délégué auprès du Ministre d’Etat à l’Education Nationale chargé de l’Emploi, de la Formation Professionnelle et des Nouvelles Technologies. Beït Allah Ould Ahmed Leswed, actuel Directeur de l’ANAPEJ était déjà en fonction à la tête de l’agence. Que sont devenus ces 41 conseils-emploi pour qu’une cinquantaine d’autres soient formés aujourd’hui ? Ne risque-t-on pas de tomber dans la quadrature du cercle ?

Cheikh Aïdara


Leadership et innovation, les jeunes de Rosso organisent leur 2ème Foire

Les jeunes de Rosso ont organisé du 2 au 5 avril 2021, la 2ème Foire nationale de partage des bonnes pratiques en matière de leadership et d’innovation, avec la participation de jeunes venus du Sénégal et l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA).

Vue partielle du public – Crédit Aidara

La Maison des Jeunes de Rosso, capitale du Trarza, a abrité le 2 avril 2021, le lancement de la 2ème Foire Nationale sur le leadership et l’innovation, échanges des bonnes pratiques. La cérémonie d’ouverture a été marquée par le mot de bienvenue du Secrétaire général de la commune, Cheikh Sehla, qui a salué l’initiative des jeunes de Rosso en faveur de la promotion de cette importante frange et du rôle central qu’elle joue dans le développement socioéconomique du pays et de la région du Trarza en particulier.

Auparavant, le Coordinateur du projet, Aly Kébé, devait déclarer que cette deuxième foire est l’aboutissement d’un effort collectif des jeunes de Rosso et qu’elle vise à renforcer leur capacité dans le leadership et l’innovation. Formations pratiques, partage d’expériences, entreprenariat, migration…Tels sont, selon lui, les différents thèmes qui seront abordés au cours de cette foire qui va s’étaler sur quatre jours, avec la participation de jeunes venus du Sénégal.

Bâ Mamoudou lors de son intervention. Aly Kébé (au milieu) et le SG de la commune (en bleu) – Crédit Aidara

Il a évoqué le rôle du leader dans un groupe de travail et d’actions, ainsi que l’importance de la mise en place d’un cadre de leadership dans le développement des pays et le renforcement de la capacité des jeunes.

S’exprimant au nom de l’UNFPA, Bâ Mamoudou, Chargé de communication, a mis l’accent sur le leadership féminin, tout en rappelant les trois résultats transformateurs de l’UNFPA, à savoir 2éro décès maternel évitable, Zéro besoin non satisfait en matière d’espacement des naissances et Zéro violence basée sur le genre.

A noter que la 1ère Foire était axée sur l’entreprenariat agricole et le recyclage et que cette 2ème phase sera marquée par des séries de formation, dont une sur la prise de parole en public, avec des soirées d’animation, et des échanges sur le recyclage, le dialogue entre les aînés et les jeunes.

Cheikh Aïdara


RWANDA, l’autre vérité

Oui le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 par des extrémistes Hutus fût une horreur absolue. Mais oui aussi, d’autres Hutus ont sauvé des Tutsis, souvent au péril de leur vie, lors du génocide, comme en témoigne Jean Hatzfeld dans son dernier ouvrage « Là où tout se tait » (Gallimard Janvier 2021).

C’est l’honneur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda siégeant à Arusha (Tanzanie), d’en avoir tiré de justes conclusions en acquittant certains responsables Hutus accusés à tort.

Tel fût le cas pour l’accusé Ignace Bagilishema, ancien Bourgmestre (Maire) de la Commune de Mabanza dans l’Ouest du Rwanda, bien loin de Kigali la capitale. Avec le Bâtonnier Maroufa Diabira (Mauritanie) nous avions été commis d’office à sa défense en Avril 1999.

Ignace Bagilishema était le cinquième accusé à être jugé par le TPIR.

Comme le permettait la procédure anglo-américaine utilisée devant ce Tribunal international, il était de notre responsabilité de mener nos propres enquêtes et de vérifier les accusations portées par le Procureur, notamment en nous rendant sur place au Rwanda.

Après plusieurs mois d’enquêtes sur le terrain avec notre assistante Héleyn Unac (alors jeune avocate languedocienne, ayant depuis poursuivi une belle carrière aux Nations Unies) et nos deux enquêteurs (l’un Hutu, l’autre tutsi), nous avions acquis la conviction que notre client n’avait pas participé aux crimes dont le Procureur l’accusait.

A notre demande, la Chambre de première instance, présidée par le Juge Norvégien Erik Mose, acceptait d’organiser pour la première fois un transport sur les lieux au Rwanda.

Pendant 3 jours, Juges, Procureur et Défense, nous avons ainsi visité tous les sites de massacres dans lesquels le Procureur impliquait notre client, y compris les tristement célèbres collines de Bisesero où Ignace Bagilishema affirmait n’être jamais allé pendant le génocide.

Ce transport fût déterminant pour constater que plusieurs témoins de l’accusation ne pouvaient pas, de la position où ils affirmaient s’être tenus, et dont ils avaient témoigné auprès du Procureur, avoir vu quoi que ce soit impliquant Ignace Bagilishema. Le procureur lui-même dût en convenir…

A l’inverse, de nombreux témoins Tutsis témoignèrent devant le Tribunal, qu’Ignace Bagilishema leur avait sauvé la vie,  qu’il s’était notamment opposé au péril de sa vie, à une horde de tueurs (« les abakigas ») déferlant sur la commune de Mabanza. Un Pasteur témoignait avoir reconnu certains de ses catéchumènes dans cette horde. Les ayant interpelé « mais que faites vous donc ? » il s’entendait répondre, « Pasteur on va tuer les Tutsis et ensuite on demandera pardon à Dieu… ».

Plusieurs témoins Tutsis présentaient ainsi au Tribunal, par notre intermédiaire, de fausses cartes d’identité établies pour eux par Ignace Bagilishema et mentionnant comme identité « Hutu ». C’était à cette époque « un laisser passer » pour avoir la vie sauve.

Voyant ainsi son accusation s’effondrer, le Procureur avait cru devoir menacer Ignace Bagilishema de le poursuivre pour faux…

Par Jugement en date du 7 Juin 2001 Ignace Bagilishema était acquitté de toutes les accusations (Génocide, crimes contre l’humanité) portées contre lui. Le Tribunal indiquait dans son Jugement que non seulement le Procureur n’avait pas rapporté la preuve de la culpabilité d’Ignace Bagilishema, mais qu’au contraire, beaucoup de preuves attestaient que celui-ci avait sauvé de nombreuses vies et évité beaucoup de massacres malgré les faibles moyens dont il disposait.

Et plusieurs Tutsis, encouragés par cette décision, insistaient encore auprès de nous lors de nouvelles enquêtes au Rwanda pendant la procédure d’appel initiée par le Procureur, pour témoigner qu’il leur avait sauvé la vie.

Un an plus tard, le 3 Juillet 2002 les cinq Juges internationaux de la Chambre d’Appel, présidée par le Juge français Claude Jorda, confirmaient à l’unanimité le Jugement.

Comme nous l’avions plaidé lors de l’audience finale, en faisant référence au film « La liste de Schindler », « Qui sauve une vie, sauve l’humanité ». Ignace Bagilishema fût de ceux-là.

Oui, des Hutus, certains, membres de l’Administration rwandaise comme Ignace Bagilishema, d’autres, anonymes, ont utilisé leur fonction ou leur position pour sauver des Tutsis au péril de leur vie pendant le génocide.

L’acquittement d’Ignace Bagilishema par le TPIR fût une délivrance pour tous ces Hutus jusque là stigmatisés : enfin il était déclaré par la Justice Internationale que l’on pouvait être Hutu sans avoir été automatiquement un génocidaire.

Merci Jean Hatzfeld de l’avoir rappelé.

François Roux Avocat Honoraire au Barreau de Montpellier

Ancien Chef du Bureau de la Défense au Tribunal Spécial pour le Liban (2009-2018).

Dernier ouvrage paru « Justice Internationale la parole est à la défense ».

Indigène éditions 2016. Version arabe, anglaise et française chez Arab Scientific Publishers.Inc 2017.

Tribune publiée dans « Midi Libre » le 3 avril 2021


Forfait obstétrical en Mauritanie : une affluence massive au centre de santé de Sélibaby

Quatre millions huit cent quatre-vingt-deux milles nouvelles ouguiyas (4.882.000 MRU) ! C’est le montant mobilisé par l’UNFPA au profit du gouvernement mauritanien, à travers l’association mauritanienne pour la promotion de la famille (AMPF). Il répond à la vulnérabilité en matière de mortalité maternelle et néonatale dans les régions du Hodh El Charghi, de l’Assaba et du Guidimagha. Face à la gratuité du forfait obstétrical, le centre de santé de Sélibaby ne désemplit plus.

Une patiente se fait rembourser ses 400 MRU – Crédit Aidara

Aïssata Niang est le point focal du forfait obstétrical au centre de Santé de Sélibaby. Ce matin du 7 avril 2021, elle est débordée. Elle ne sait où tourner de la tête, sous la pression de dizaines de femmes venues des villages les plus reculés du Guidimagha. « Les remboursements des frais expliquent en partie cette affluence. Celles qui avaient versé 400 MRU, doivent se faire rembourser, car le forfait est désormais gratuit », explique-t-elle. Entre la caissière principale et elle, la valse des forfaitaires ne cesse de donner le tournis.

Le forfait obstétrical pour freiner la mortalité maternelle et néonatale
Aïssata Niang, Point Focal forfait obstétrical Sélibaby – Crédit Aidara

Aïssata Niang est prise entre deux feux. Elle jette ici et là un regard furtif. « Toi, tu as payé en février 2021. Va faire une photocopie du reçu, tu passes me voir ensuite pour le signer et tu pars à la caisse pour te faire rembourser tes 400 MRU », lance-t-elle en Pulaar à une jeune dame, qui a pris du temps pour comprendre ce que veut dire « photocopie ». Elle vient d’un village Peulh près de MBeydiya. Aïssata est submergée.

Koura Demba Diawo, 22 ans

Elle a le sourire un peu dérobé, derrière des lèvres noircies par le tatouage. « Je suis très contente, surtout que je ne m’y attendais pas. Je ne m’attendais pas à me faire rembourser 400 MRU, au moment où je me demandais quoi faire pour ramener ce soir un peu de lait en poudre au village ». Venue de MBeydiya, à plusieurs kilomètres au Sud de Sélibaby, elle a brusquement le rire fou, lorsqu’on lui demande pourquoi elle ne connaît pas « photocopie ». « C’est la première fois que j’entends ce mot, je ne pensais pas qu’on pouvait faire une photo, sauf à une personne », réplique-t-elle au milieu de l’hilarité générale.

Des dizaines de femmes, de toutes les communautés, emplissent la salle d’attente ouverte aux quatre vents. Elles caquettent, discutent entre elles, assaillent Aïssata et la caissière, carnets entre les mains.

Mamya Mint Kaber, 26 ans

Mamya vient de Adabaye Ghouwiya, à vol d’oiseaux de Sélibaby. Elle fait partie du lot de femmes qui avait déjà bénéficié de la gratuité du forfait. Enceinte de six mois, elle est venue pour sa troisième consultation. « Je suis très contente avec ce système de forfait. Nous nous soignons gratuitement, même les « telveza » (échographies), les accouchements et les consultations. Avant, on n’avait pas de quoi payer ces services et on accouchait à domicile, avec les risques que nous connaissons. Maintenant que les grossesses sont prises en charge par l’Etat, les femmes du village viennent dans les structures de santé », confie-t-elle.

Pour Mamya, la pandémie du Covid-19 n’a eu aucun effet sur leurs conditions de vie, ni sur leur santé maternelle. Sauf au début de la pandémie, en 2020. « Nous avions eu quelques difficultés l’année dernière, lorsqu’on avait limité la circulation très tôt l’après-midi, à 16 heures, puis à 18 heures. Cela avait perturbé le travail de nos hommes et limité nos déplacements, même pour venir au centre de santé », précise-t-elle.

Vue partielle des patientes au centre de santé de Sélibaby – Crédit Aidara

Le forfait est un système d’assurance basé sur le partage du risque obstétrical, entre la patiente enceinte qui décide d’adhérer, paye une cotisation (400 MRU), et l’Etat qui verse 500 MRU. Ces frais couvrent l’ensemble des soins futurs liés à la grossesse (consultations pré et post-natales, deux échographies, les examens médicaux, l’évacuation, l’accouchement et la césarienne, en cas de besoin). L’objectif est de réduire la mortalité maternelle et néonatale, qui est en Mauritanie respectivement de 586 pour 100.000 et 29 pour 1.000 naissances vivantes. Le ratio de mortalité maternelle et le taux de mortalité néonatale sont parmi les plus élevés de la sous-région. Aujourd’hui, les femmes enceintes du Guidimagha ne payent plus la moindre ouguiya pour leurs frais de grossesses et d’accouchement.

La télémédecine pour booster l’offre de santé au Guidimagha

Dr. Taleb Salem, directeur de l’hôpital régional de Sélibaby, apprécie l’unité de télémédecine dont sa structure vient d’être dotée. « Il s’agit d’un grand apport pour le système de santé au niveau de la région du Guidimagha. Nous n’aurons plus désormais besoin d’évacuer les malades à Nouakchott par manque de certaines spécialités. Avec la télémédecine, nous pouvons prendre contact avec n’importe quel spécialiste à Nouakchott. Il nous oriente par rapport à certaines pathologies nécessitant, avant, des évacuations coûteuses et périlleuses », explique-t-il.

Dr. Taleb Salem devant l’écran de l’appareil de télémédecine – Crédit Aidara

Dans le cadre du soutien des Nations Unies au plan de réponse du gouvernement mauritanien contre la Covid-19, notamment l’accroissement de la deuxième vague, le PNUD et l’UNFPA ont appuyé le Ministère de la Santé, le Ministère des affaires économiques, le Ministère des Finances et la cour des comptes à travers un dispositif complet d’équipements en télémédecine et matériels de vidéoconférence (66 équipements de vidéoconférence, 61 écrans téléviseur, 71 ordinateurs de bureau, 4 ordinateurs portables, 61 onduleurs, 100 tablettes, 1 imprimante multifonctionnelle et 1 vidéo projecteur + écran de projection). Cet appui permettra de renforcer les capacités opérationnelles du Gouvernement et de faciliter les formations, réunions et consultations à distance.

Cheikh Aïdara