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Traversées mauritanides lance son deuxième Hiver littéraire

Après l’édition 2019 de son « Hiver littéraire », l’association Traversées mauritanides, présidée par l’écrivain et journaliste Bios Diallo, a lancé mardi 1er décembre 2020 la deuxième édition de ce « play-off » du grand festival « Traversées Mauritanides », dont la 10ème édition est prévue en avril 2021.

L’affiche de la deuxième édition d’Hiver littéraire

La deuxième édition d’Hiver littéraire a été lancée mardi 1er décembre 2020 à l’Institut français de Mauritanie (IFM). Initiée depuis 2019 par l’association Traversées mauritanides, qui prépare la 10ème édition de ses rencontres littéraires en avril 2021, le démarrage de cette édition a été marquée par une conférence animée par un plateau relevé d’auteurs sur le thème « écriture et tabou ». Le public a ainsi pu suivre la lecture croisée que les auteurs-invités se font du tabou dans leurs œuvres. En scène, l’écrivain togolais Samy Tchak, le Franco-Mauritanien Abdoul Ali War, en compagnie de deux auteurs mauritaniens, MBareck Beyrouk et Idoumou Mohamed Vall, sous l’excellente modération de Kissima Diagana, journaliste, et Bios Diallo, président du festival.

Vue partielle du public ‘ Crédit Aidara

Mercredi 2 décembre, la rencontre s’est déportée au Centre culturel marocain sur le thème « traite des humains et liberté ». Comme invité, le Commissaire aux droits de l’homme, à l’action humanitaire et aux relations avec la société civile, représenté à l’occasion par l’un de ses collaborateurs, Isselmou Salihi, journaliste, spécialiste des mouvements djihadistes au Sahel et coordinateur du Centre de Sensibilisation et de Documentation au sein du département.

A ses côtés, Sarr Mamadou, secrétaire exécutif du forum national des organisations des droits de l’homme (Fonadh), Imam Abdoulaye Sarr, membre de l’Union des Ulémas de Mauritanie et Harouna Rachid Ly, écrivain auteur de plusieurs ouvrages dont son roman à succès, « 1989, Gendarme en Mauritanie. »

La Mauritanie entre 1989 et 1991, le principal sujet

Le « passif humanitaire », relatif aux douloureux évènements qui ont eu lieu en Mauritanie entre 1989 et 1991, avec leurs lots de déportations, d’exécutions extrajudiciaires et d’exactions qui ont visé essentiellement la communauté Pulaar, ainsi que l’esclavage et la traite des êtres humains ont été les principaux sujets qui ont été abordés au cours des débats.

Les auteurs devaient se rendre par la suite à Nouadhibou, Akjoujt, Atar et Chinguitty, à la rencontre du public des Alliances françaises de l’intérieur du pays. A noter que parmi les auteurs invités cette année pour cet Hiver littéraire figure la Française Annie Ferret, Ismaël Demba Kane et Néné Dramé.

Cheikh Aïdara


Soixantième anniversaire d’indépendance de la Mauritanie, entre joie festive et deuil embastillé

La police a arrêté plus d’une trentaine de personnes au soixantième anniversaire d’indépendance de la Mauritanie, célébrée en grande pompe le 28 novembre 2020. Comme chaque année, les Mauritaniens fêtent différemment cette journée, entre la joie festive des uns et le deuil des autres.

Manifestation pour réclamer justice le 28 novembre – Crédit Aidara

Pour les Négro-mauritaniens, le 28 novembre a cessé d’être l’anniversaire de l’indépendance de la Mauritanie. C’est une journée sombre, à la veille de laquelle, vingt-huit personnes auraient été exécutées en 1991, dans la base militaire d’Inal. Aujourd’hui, les veuves, les orphelins et les militaires rescapés de ces années de braise ont tenu à célébrer cette journée à leur manière. À quelques encablures d’une parade militaire à laquelle tout le gotha de la République assiste, avec des officiers supérieurs accusés d’avoir trempé dans ces exécutions sommaires. La police a maté la marche organisée à partir du rond point Madrid, et arrêté plus d’une trentaine, avant de les conduire dans différents commissariats de Nouakchott.


Une parade et un discours prometteur

À quelques mètres de la mêlée entre forces de l’ordre d’une part et rescapés de l’autre, la fête de l’indépendance bat son plein sur la grande avenue de l’ancien aéroport. Devant la tribune officielle où trône le président Mohamed Cheikh Ghazouani, les troupes drapées de leurs plus beaux atours paradent avec panache, sous les applaudissements de la foule. L’image de deux Mauritanie parallèles, l’une fêtant dans la joie et l’allégresse l’anniversaire de l’indépendance et l’autre, portant le deuil et la tristesse.

La foule au rond point Madrid – Crédit Aidara

Ces douloureux évènements des années 1989-1991 continuent de plomber une unité nationale brisée. Les gouvernements successifs, tous d’obédience militaire, ont compté sur le temps, y voyant le seul moyen de purger la conscience de milliers de Négro-africains. Ces derniers réclament un devoir de mémoire, de justice et de réparation, pour régler ce qu’il est convenu d’appeler le «Passif Humanitaire».

Certes, il y a eu les efforts du gouvernement du défunt président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui avait jeté les prémisses d’une solution. Ce dernier avait aussi, pour la première fois, présenté les excuses de l’Etat mauritanien pour toutes les exactions commises entre 1989 et 1991. Mais un coup d’état militaire l’a rapidement détrôné, après quinze mois à la présidence de la République. Il y a aussi eu Kaédi et les indemnisations sommaires de quelques victimes, mais la question du «passif humanitaire » reste entière.

Dans son discours prononcé pour l’occasion, le président Ghazouani dit avoir pris des mesures sociales d’envergure. Mais les vrais problèmes de la Mauritanie sont ceux qui minent l’unité nationale. À savoir l’esclavage, et les exactions commises contre les Négro-mauritaniens, qui restent tabous.

Cheikh Aidara


Lutte contre l’esclavage en Mauritanie, « entre parodie de justice et politique extérieure »

« Entre déni officiel et procès sans présence des accusés ni des victimes, la loi contre l’esclavage en Mauritanie est faite uniquement pour la politique extérieure, malgré la batterie juridique et institutionnelle qui l’accompagne ». Ce sentiment de frustration et de colère a marqué la conférence de presse des avocats de SOS Esclaves, animée vendredi 27 novembre 2020 à Nouakchott.

Boubacar Messaoud (boubou blanc) au milieu entre Me El Id (à g.) et Me Bah (à dr.) – Crédit Aidara

C’est un ras-le-bol face à la gestion hypocrite et peu sincère de la question de l’esclavage par tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 60 ans à la tête de la Mauritanie. Celui ressenti par SOS Esclaves, une organisation non gouvernementale qui lutte contre l’esclavage depuis plus de vingt ans en Mauritanie, et réitéré par son emblématique président, Boubacar Messaoud, ingénieur architecte de formation.

Des « parodies de justice » sans la présence des parties prenantes

Lors d’une conférence de presse animée vendredi 27 novembre 2020 au siège de SOS Esclaves, à la Socogim PS de Nouakchott, les avocats de l’organisation, notamment Me Id Ould Mohameden et ses confrères, Me Bah Ould MBareck et Me Idoumou Ould Sedigh, sont revenus sur les procès qui viennent de se dérouler à Néma et à Kiffa. Ils les définissent comme « des parodies de justice qui n’ont rien de justes ni d’équitables face à la non convocation des victimes et des présumés accusés pour assister aux audiences. » C’est le sentiment général qu’ils ont partagé face à un parterre de journalistes et quelques unes des victimes dont les dossiers ont été évacués par les juridictions citées.

Les femmes victimes en provenance de Bassiknou – Crédit photo : Aidara

« Devant la Cour spéciale chargée des crimes esclavagistes de Néma, nous avions exigé la présence des victimes. Le procès qui s’est tenu le 12 novembre dernier a été renvoyé. Les membres de la Cour ont décidé eux-mêmes d’aller contacter ces dernières, mais sans accepter d’être accompagnés par les avocats. Le lendemain, ils sont revenus pour déclarer que les victimes ne portaient plus plainte. C’est une assertion qu’on ne pouvait pas vérifier, car elles habitent dans une zone non sécurisée et dangereuse à la frontière avec le Mali« , a témoigné Me Idoumou Ould Sedigh. Devant un tel dilemme, les avocats de la défense se sont retirés et l’audience s’est poursuivie, sans défenseurs, sans victimes et sans accusés, a-t-il conclu en substance.

Ainsi, sont expédiés à la va-vite et sans respect d’aucune procédure légale, des dizaines de dossiers d’esclavage dont les verdicts rendus par la Cour spéciale de Néma étaient tous défavorables aux victimes, selon les avocats. Devant la Cour d’Appel de Kiffa, c’était comme si les magistrats s’étaient donné le mot, ont-ils poursuivi, soutenant qu’en une seule journée, neuf dossiers, qui étaient en instance devant les juridictions mauritaniennes depuis plus d’une dizaine d’années, seront évacués sur le même modus operandi. « Sur les neuf présumés auteurs d’actes esclavagistes, un seul était présent à l’audience, mais aucune victime n’a été convoquée, malgré notre insistance« , a poursuivi Me Idoumou Ould Sedigh. « Là aussi, nous nous sommes retirés, car la Cour a souscrit à la demande du Parquet quand nous avons demandé de suspendre l’audience jusqu’à ce que toutes les parties soient présentes, contre sa volonté« , a-t-il ajouté.

« Crime contre l’Humanité, mon œil !« 

Pour Me Bah Ould MBareck, il est étonnant qu’un crime aussi grave que l’esclavage, érigé dans la Constitution comme crime contre l’Humanité, soit l’objet d’une si grande légèreté. Par cette attitude, ce sont des droits qui sont spoliés et des crimes blanchis, a-t-il noté. « En tant qu’avocats et simples citoyens, nous sommes atterrés par le traitement judiciaire réservé aux affaires liées à l’esclavage. On sait que 90 % des dossiers dorment depuis plus de dix ans dans les tiroirs des tribunaux, des crimes contre l’Humanité que la justice refuse de traiter car l’objectif est d’assurer l’impunité à ces auteurs« , a-t-il fustigé.

Mahfoudha Mint Saleck « nos enfants sont derrière les troupeaux des maîtres »
– Crédit Aidara

Plus loin, il ajoute d’un ton grave : « cela ne peut pas continuer. Les droits violés sont ceux de femmes, d’enfants et de personnes âgées, soumis aux pires conditions de servitude« . Me Bah Ould MBareck met en cause l’Etat mauritanien, mettant lui-même en place des institutions comme le Commissariat aux droits de l’Homme et la Commission nationale des droits de l’homme. Il vote aussi des lois, la loi 2015-031 réprimant les crimes esclavagistes, créé trois cours spéciales et continue à se cramponner au déni de l’existence de l’esclavage. « Tant que nous sommes encore dans le déni officiel, ni les officiers de la police judiciaire ni les magistrats ne peuvent aller à l’encontre de la volonté de l’Etat« , a-t-il fait remarquer.

Selon Me Id Ould Mohameden, « il existe une entente tacite entre les acteurs chargés des affaires d’esclavage (la police judiciaire et les magistrats) pour bloquer toute plainte. Ainsi, toutes les plaintes des victimes se heurtent à l’indifférence ; ni elles, ni les présumés maîtres esclavagistes ne sont convoqués ou auditionnés par les instances judiciaires. Il s’agit de tout faire pour montrer au monde extérieur qu’il n’y a pas d’esclavage en Mauritanie. Tel est le mot d’ordre. »  

Mais des failles, il en existe

Ainsi, selon les avocats, toutes les panoplies de la dissuasion sont utilisées par les autorités mauritaniennes pour faire table-rase sur la question de l’esclavage. Et ce, malgré la centaine de dossiers qui croupissent dans différentes juridictions en Mauritanie, et dont certains remontent à 2007.

Salma Mint Messaoud : « j’ai tout fait pour récupérer mes sœurs, encore aux mains des maîtres ».
– Crédit Aidara

Mais des failles dans le système, il en existe. Comme l’affaire Moulkheïry, une membre de longue date de SOS Esclaves, qui avait porté plainte contre le défunt colonel Viyah Ould Maayouf, son dernier maître. Ce n’est qu’après le décès de ce dernier qu’elle se verra offrir il y a juste une année, la bagatelle de 5 millions d’anciennes ouguiyas par ces anciens maîtres. Selon Boubacar Ould Messaoud, cette offre a fait l’objet d’un arrangement à l’amiable supervisé par les autorités pour acheter son silence et la pousser au retrait de la plainte. Un aveu qui vaut, selon lui, son pesant d’or, car ce geste prouve à ses yeux l’échec des gouvernants mauritaniens à vendre l’idée qu’il n’y a plus d’esclaves en Mauritanie.

Par la pression, les arrangements financiers, les parodies de justice et les refus de traitement des affaires esclavagistes, le dossier de l’esclavage en Mauritanie continuera ainsi, selon SOS Esclaves et ses avocats, de tanguer entre striptease international et mépris des victimes au niveau local.

Ainsi, Mahfoudha Mint Saleck et Salma Mint Messaoud, parmi d’autres victimes, ne verront peut-être pas de si tôt leurs enfants et leurs proches, encore aux mains de leurs maîtres dans les confins de Bassiknou. « Certains de ses enfants sont placés en location comme « boys » dans des maisons et le maître passe récupérer leurs salaires », s’écrie Salma. Quant à Idoumou Ould Abeid de SOS Esclaves, il risque encore de verser beaucoup plus de larmes face à une injustice qui semble vouloir perdurer. La Mauritanie officielle a déjà choisi son camp, celui des maîtres esclavagistes.

Cheikh Aïdara


Covid-19 : la Fondation Noura protège les femmes détenues de Nouadhibou

La Fondation Noura, avec l’appui technique et financier du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), s’est rendue du 25 au 26 novembre 2020 auprès des détenues femmes de la prison civile de Nouadhibou. Ces dernières ont reçu un lot d’équipements collectifs et individuels ainsi que des produits désinfectants contre la pandémie de Covid-19.

Remise symbolique du don offert par l’UNFPA via la Fondation Noura à la prison de Nouadhibou. Bâ Djibril remet un échantillon au régisseur. Crédit photo : Aidara

La Fondation Noura, créée en 1988 aux Pays-Bas est présente en Mauritanie depuis 1997 et très active en milieu carcéral. Avec l’appui de l’UNFPA, elle a livré à la prison civile de Nouadhibou un lot d’équipements et de produits désinfectants destinée aux femmes détenues. Ces équipements sont composés de six machines à coudre électriques, un lot de fils et élastiques, six paires de ciseaux, 300 mètres de tissus pour permettre aux femmes détenues de confectionner des masques de protection contre la Covid-19 et pouvoir en tirer des revenus. Ils comprennent également un congélateur de 400 litres. Pour protéger les pensionnaires contre la propagation en milieu carcéral du Covid-19, des produits désinfectants ont été offerts, savon, eau de javel et dispositifs de lavage des mains. Un kit de dignité, comprenant des melahfas (voiles) leur ont également été offert.

En période de Covid-19, une pensée pour les femmes détenues

Le régisseur de la prison civile de Nouadhibou, M. Mohamed Yeslem Ould Mohamed Meyara, a tenu à cette occasion à remercier la Fondation Noura et l’UNFPA pour cet important don qui contribuera certainement, selon lui, à mieux prémunir les femmes détenues de la pandémie de Covid-19. « Actuellement, nous avons huit femmes détenues, le nombre baisse et augmente au gré des déferrements« , a-t-il précisé, soulignant que les autorités pénitentiaires au niveau de Nouadhibou apprécient à leur juste valeur les interventions judicieuses de la Fondation Noura auprès des prisonniers.

Le lot d’équipements et de produits offerts à la prison de Nouadhibou. Crédit photo : Aidara

Le Directeur de la Fondation Noura en Mauritanie, Alfred Mbemba et ses collaborateurs, accompagnés de Bâ Djibril de l’UNFPA, du capitaine de la garde pénitentiaire et du régisseur, se sont rendu dans l’aile réservée aux femmes détenues pour discuter avec elles et leur remettre des kits contenants des voiles (melahfas). Le reste des équipements et des produits désinfectants ont été remis au régisseur de la prison.

Alfred Mbemba (Crédit Aidara)

Selon Alfred Mbemba, « nos activités se déroulent en général dans les établissements pénitentiaires où nous assurons des activités de formation, d’éducation et d’insertion sociale, ainsi que de la justice réparatrice. Depuis six mois, nous travaillons avec l’UNFPA pour le renforcement des capacités de résilience des femmes détenues, notamment en cette période de Covid-19 ».

Dans sa déclaration, le directeur Mauritanie de la Fondation Noura s’est réjoui de la réaction immédiate de l’UNFPA à leur demande d’appui dans ce cadre, pour la plus grande satisfaction des femmes détenues qui selon lui, « ont reçu des kits et des équipements pour pouvoir produire des masques et améliorer leurs conditions de détention ». Il a souligné que son organisation réfléchit déjà à d’autres pistes de collaboration avec l’UNFPA, pour mieux assister les femmes détenues dans d’autres aspects, comme la prévention contre les violences faites aux femmes.

Les femmes détenues ont pour leur part tenu à exprimer leur satisfaction par rapport à ce geste humanitaire, remerciant au passage la Fondation Noura et l’UNFPA. Elles se sont dites entièrement confiantes quant à la bonne gestion de ce don par l’administration pénitentiaire.

Entrée principale de la prison civile de Nouadhibou. Crédit photo : Aidara

A son tour, Bâ Djibril, expert VBG/MGF auprès de l’UNFPA, s’est félicité du bon déroulement de la mission. Il s’est dit « satisfait de la sensibilisation et de la formation dispensées au personnel de la garde pénitentiaire sur les règles internationales relatives aux droits des prisonniers. » Il est aussi heureux des des « cours de morale islamique livrés par l’Imam Abdoulaye Sarr aux prisonniers sur la Miséricorde divine ».

Bâ Djibril a déclaré que les résultats attendus de ce renforcement des capacités de résilience des femmes détenues, qui a déjà profité à la prison des femmes de Nouakchott, est de leur offrir un environnement carcéral propre et assaini, d’assurer leur épanouissement et de susciter en elles un désir de leadership transformateur.

Il  a rappelé le contexte de la Mauritanie, où « le déséquilibre du pouvoir tend à être étroitement lié aux normes sociales, à l’accès à la justice, à la dépendance économique des femmes et à leur insécurité financière. La majorité d’entre elles sont issues de classes sociales défavorisées ».

Gardes et détenus sensibilisés sur les droits et les devoirs du prisonnier

La Fondation Noura, sur la base d’un « guide du détenu » qu’elle a élaboré, a dispensé mercredi 26 novembre 2020 un cours de droit international sur les droits et obligations des prisonniers à l’intention du personnel pénitencier de Nouadhibou. Alfred Mbemba a déclaré dans ce cadre que « les gardes ont un rôle de sécurité, mais aussi un rôle d’éducation dans la moralisation et l’humanisation de l’univers carcérale ». Il a souligné, du haut de sa longue expérience dans les prisons mauritaniennes, que « les gardes mauritaniens se sont beaucoup professionnalisés« . Selon lui, ils sont plus proches des prisonniers et gèrent pratiquement à 80 % le milieu carcéral, à côté de l’administration pénitentiaire. « C’est pourquoi il faut encore renforcer leurs capacités », a-t-il précisé.

Cour de droit international sur le traitement des prisonniers à l’intention des gardes de la prison de Nouadhibou.
Crédit photo : Aidara

Le directeur de la Fondation Noura a déclaré, d’autre part, que « les prisonniers doivent gagner de l’argent durant leur détention pour assurer leur indépendance dès leur libération ». Il a aussi précisé que son organisation, qui dispose d’un avocat dans chaque prison, œuvre pour l’accès des détenus aux services de justice, pour aider notamment les prisonniers dont les délais de prévention excèdent les délais légaux et dont les dossiers tombent dans la plupart des cas dans l’oubli des administrations pénitentiaires et judiciaires.

Alfred Mbemba dans son cours de droit dispensé aux gardes. Crédit photo : Aidara

Alfred Mbemba a loué le dispositif de prévention en vigueur en Mauritanie dans le milieu carcéral contre la pandémie de Covid-19, notamment à Nouakchott, où les déférés passent d’abord par un centre de rétention sanitaire pendant quatorze jours avant d’aller en prison si le test est négatif. Il a cependant regretté que ce dispositif ait exclu les femmes et les enfants détenus.

Imam Sarr. Crédit photo : Aidara

Pour sa part, l’Imam Abdoulaye Sarr a organisé une conférence devant un parterre de prisonniers sur la Miséricorde divine et le repentir. Une leçon qui selon le témoignage de quelques détenus, était très instructive. Ce cours a suscité un débat entre l’Imam et les détenus, qui semblaient avoir été captivés.

Cheikh Aïdara