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GHAZOUANI – AZIZ : le règlement de compte

Sur les réseaux sociaux la guerre des clans fait rage. Sur les plateformes très animées « la Mauritanie au dessus de tous », « luttons pour la justice », «  la voix de l’opprimé  » et  d’autres, les tirs croisés se multiplient à une vitesse effroyable. D’un côté, les nostalgiques du régime de Ould Abdel Aziz qui a passé le témoin après 10 années d’une gestion très décriée, et de l’autre, les soutiens de la dynamique engagée par le nouveau président qui a permis  au parlement de  faire toute  la lumière sur  la gabegie, le détournement et la corruption en rapport avec des dossiers maintenant aux mains de la justice.                                                                                                    

Si pour certains,- très critiques-, la traque de Ould Abdel Aziz résulte d’un règlement de compte entre lui  et Ould Ghazouani, deux hommes dont les noms sont confondus dans un passif  de relations d’officiers impliqués  solidairement dans certains changements de régimes, pour d’autres,  il  y’a effectivement règlement de comptes,  mais ce règlement de compte oppose plutôt Ould Abdel Aziz au peuple mauritanien.

Dans ce débat qui fait rage  se sont invités  hélas des « inconditionnels » de l’homme qui a régné sur le pays onze ans sans partager les ressources avec des citoyens (dont le taux de mortalité a été élevé par la faim, la misère et la maladie), sans partager le pouvoir avec une opposition  radicale (qui s’est battue seule contre tous et  sur tous les fronts), et enfin  sans partager d’avis avec ses premiers ministres ou ses ministres sur  certains dossiers d’intérêt national ce qui est plus grave encore. Les tirs à bout portant, les mines « anti-personnelles » et les armes de tous calibres employés dans cette guerre « wattsapienne » rend  l’atmosphère politique irrespirable.

Avalanche

Ould Abdel Aziz était un chef d’état  dont le niveau de popularité  a dépassé l’imagination des mauritaniens, des africains et des arabes. Malheureusement et c’est vraiment  regrettable, il est entrain de  tomber  du sommet  comme une avalanche de neige qui  emporte  sur son passage des responsables qui n’ont commis comme crimes  que d’avoir occupé des fonctions de responsabilité. Malheureusement  pour eux, ils se rendent compte maintenant  mais  trop tard,  que les cadeaux qui leurs ont été faits étaient empoisonnés. Leurs promotions reposaient sur un volcan qui dormait mais  qui reprend de l’activité.

Si aujourd’hui le temps les a rattrapé, il  rattrape aussi  Ould Abdel Aziz,  celui qui,  à ce stade des événements se croit vraiment un homme invulnérable, protégé par un bouclier de boucs émissaires enfoncés dans des scandales  parce que simplement ils  ont obéi à  leur  hiérarchie  et  agis sur des ordres reçus du sommet d’une pyramide montée pour des opérations de pillages à « effets boomerang ».

Les mauritaniens opposés

La Mauritanie  par la suite des événements liés aux conclusions de la commission d’enquête parlementaire est très affaiblie. Affaiblie par la prostitution en  « maison close » de ses valeurs morales.  Affaiblie par l’amputation d’une partie des socles sur lesquels reposait son  économie et sa souveraineté. Enfin affaiblie par cette  tendance à diviser les citoyens à cause des tenants et des aboutissants d’une procédure judiciaire qui  n’est engagée contre personne en particulier mais plutôt pour mettre fin aux pratiques de  pillage des ressources du pays que ce soit par  ceux qui  ont dirigés le pays de 2008 à 20019, ou  que se soit  par ceux qui ont lancé  les  chasseurs  à leurs trousses.

Ce qui  est regrettable et  vraiment regrettable c’est de  constater que malgré tout ce que révèlent les investigations,  certains d’entre nous se refusent à admettre que des preuves matérielles justifient ces mises en examens. C’est aussi regrettable que des mauritaniens soient opposés à ce que le pays se décide une fois pour toutes de mettre fin à cette gabegie  pratiquée sous forme de détournement, de pillage des ressources et d’une culture d’influence.

C’est pourquoi, je m’explique très mal pourquoi cette bataille fait rage sur les réseaux sociaux. Je pensais comme de très nombreux mauritaniens que le pays  avait tout à gagner si les pouvoirs publics se maintiennent dans cette dynamique de règlement de compte  entre les auteurs de ce carnage économique et les mauritaniens abusés.

Agir avec fermeté

 Devant l’histoire et devant Dieu, Ould El Ghazouani avocat défenseur des droits  de tous les mauritaniens à des responsabilités qui relèvent de la raison pour laquelle il a été élu. Il est de son devoir  de défendre aussi bien les intérêts de la vieille peuhle  qui vend le lait le soir dans un coin de rue sombre à Satara que ceux de  la descendante des esclaves qui travaille sans contrainte encore chez ses anciens maîtres parce qu’elle n’a ni toit ni moyens  pour  vivre autonome. Dans un pays où,  certains malades qui souffrent du cancer sont  sans possibilité d’accès à une structure médicale de référence, où  la femme accouche encore de nos jours  dans des conditions d’hygiène déplorables, où les infrastructures manquent cruellement, ce pillage est intolérable. Pour que la Mauritanie retrouve le visage de nation qu’elle a perdue depuis 1978, le nouveau président doit se décider.

 Seule la fermeté neutralise la complaisance. Et c’est la complaisance la cause du mal « des maux ». Agir avec fermeté est une décision lourde de conséquences. C’est vrai. Mais la  responsabilité du chef de l’état, qui a signé un contrat d’entente mutuelle avec les citoyens de ce pays dont les ressources ont été détournées,  exige de lui de ne pas reculer devant son devoir. Surtout,  pas en ce moment où il est soutenu dans cette dynamique par le peuple dans sa grande majorité.

Même si les mauritaniens sont divisés,  « divisés » par ceux qui ont les moyens de payer certaines  consciences accrocs  de l’argent volé qui coule à flots  chez les uns et pas chez  d’autres, la responsabilité morale et constitutionnelle de Ould Ghazouani est de siffler la fin de la récréation pour remettre  de l’ordre dans le « désordre » instauré par un cercle fermé d’individus adhérents  à une secte qui ne s’adonnait qu’à la  chasse aux profits.

Peu importe que  cette guerre sur les réseaux sociaux qui oppose  les proaziz  aux  proghazouani, continue de  faire rage. Qui à tort ? Qui a raison ? Qui provoque qui ? Pourquoi ? A toutes ces questions les réponses seront trouvées lorsque les belligérants seront départagés  par une justice indépendante, équitable mais surtout transparente. C’est une mise en défi à laquelle fait face Ould Ghazouani dont des ennemis lancés à ses trousses s’ajoutent à ceux qui « les ont lancés » et qui ne lui feront pas de cadeaux. Il a reçu la déclaration de guerre, c’est le moment idéal  pour lui de prouver –si il l’est vraiment- que c’est un excellent officier et un bon chef de guerre ne serait-ce que pour épargner les civils des dégâts collatéraux d’un conflit qui prend une tournure inquiétante.

Mohamed Chighali


Des kits d’accouchements gratuits pour femmes enceintes vulnérables à Nouakchott

Avec l’appui du Bureau du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) de Mauritanie, les Directions Régionales à l’Action Sanitaire (DRAS) de Nouakchott ont procédé jeudi 13 août 2020 à la distribution de Mille (1.000) kits d’accouchement complets au profit des femmes enceintes les plus démunies et les plus vulnérables, en priorité les femmes vivant avec un handicap.

Le SG de la fédération des handicapés remettant les kits d’accouchement au médecin-chef -Crédit Aidara

Le Ministère de la Santé, avec l’appui de l’UNFPA, a procédé jeudi 13 août 2020, à la distribution de mille (1.000) kits d’accouchement destinés aux femmes les plus vulnérables, en priorité les femmes vivant avec un handicap. Cette opération a concerné les trois régions de Nouakchott et permettra aux bénéficiaires de disposer de tout l’équipement et matériel d’accouchement nécessaire, ce qui leur évitera les tracas liés aux frais de la délivrance.

Ainsi à Nouakchott Sud, Dr. Moustapha Ould Mohameden, Médecin-chef du Centre de santé de Riadh, a procédé en compagnie du Secrétaire Général de la Fédération Mauritanienne des Associations Nationales des Personnes Handicapées, Ahmed Salem Ould Bouh, à la réception puis à la distribution de 150 kits d’accouchements, dons offerts par l’UNFPA , représentée à l’occasion par Mm Marième Bassoum, Point Focal Sages-femmes au sein de l’institution.

Sensibiliser

Cette opération de distribution, avec l’afflux d’une bonne dizaine de femmes, a rehaussé l’ambiance au sein d’une structure implantée au beau milieu d’un des départements les plus pauvres de Nouakchott et qui ne désemplit pas. Dans le mot prononcé à l’occasion, Dr. Moustapha Mohameden n’a pas manqué de le souligner, lui qui n’a que l’embarras du choix entre les trois maternités qu’il gère et qui sont éclatées entre les quartiers démunis de son département, y compris Kosovo, l’un des plus vulnérables. «Je remercie l’UNFPA et la Fédération des handicapées pour cette initiative et j’ose espérer que ce partenariat va perdurer et s’étendre, surtout qu’il vise à améliorer les conditions de vie de franges importantes de personnes extrêmement démunies et faibles» a-t-il conclu.

Devant le lot de kits, Marième Bassoum (à gauche), Toutou Talab et Selem Mohamed Vall – Crédit Aidara

De son côté, Ahmed Salem Ould Bouh, a remercié le Médecin-chef pour l’accueil et les bonnes dispositions prises pour la cérémonie, mais aussi l’UNFPA pour l’aide constante qu’il n’a cessé d’apporter à sa fédération et aux personnes handicapées en particulier, surtout dans cette période difficile de Covid-19. «Cette manifestation vise deux objectifs essentiels, d’une part, sensibiliser les femmes enceintes vivant ou non avec un handicap mais qui partagent un degré plus ou moins égal de vulnérabilité sur la nécessité de poursuivre les consultations médicales pour leur santé et celle de leur bébé, et d’autre part, sensibiliser en particulier les femmes enceintes handicapées et leur dire qu’elles sont comme toutes les femmes et qu’elles doivent plus que les autres veiller à suivre les visites maternelles pour ne pas mettre au monde des enfants handicapés, ce qui ne fera qu’augmenter encore leur fardeau» a-t-il déclaré.

Violences basées sur le genre

Revenant sur cette initiative de l’UNFPA, et par rapport à l’atteinte des résultats des Trois Zéros Transformateurs « Zéro décès maternel, Zéro besoin non satisfait en planification familiale, Zéro violence basée sur le genre », Marième Bassoum devait déclarer que «pour contribuer  à cet effort, l’UNFPA a mis à la disposition de la Fédération Mauritanienne des Associations Nationales des Personnes Handicapées, 1.000 kits d’accouchement destinés aux femmes enceintes vivant avec un handicap et des femmes enceintes démunies ».

Selon elle, «la Fédération a procédé aujourd’hui à la remise de ces kits au niveau des structures de santé ciblés en commun accord avec les DRAS au niveau des trois régions de Nouakchott. Ces kits permettront à ces femmes d’accoucher dans les centres de santé avec en leur possession tout le matériel nécessaire pour un accouchement propre et sûr. Nous saluons cette initiative et espérons pouvoir l’élargir à d’autres structures, surtout à l’intérieur du pays».

La cérémonie de distribution des kits d’accouchement a eu lieu en présence de Mme Toutou Mint Taleb, de la DRAS de Nouakchott-Sud et de Mme Salma Mohamed Vall, sage-femme principale du centre de santé de Riadh. Elles ont toutes les deux salué l’initiative qui vise selon elles, des femmes fragiles qui sont les plus exposées aux accouchements difficiles.

Témoignages

Jemal Mint Grara, femme naine enceinte

«Je remercie les initiateurs de cette initiative. C’est la première fois à ma connaissance que ce genre d’appui bénéficie aux femmes handicapées, ce qui dénote de l’intérêt de plus en plus grand qui leur est accordée. Je vais garder précieusement ce kit jusqu’au jour de mon accouchement et j’espère que ce jour arrivera Inchallah».

Néné Abou Sow, femme handicapée moteur

«C’est une bonne action que celle qui vise les femmes faibles comme nous. J’ai déjà eu des enfants et je connais les difficultés d’accoucher dans nos hôpitaux où on vous fait tout payer, jusqu’à l’aiguille d’une seringue, les gants de la sage-femme, les compresses…Beaucoup de femmes démunies préfèrent parfois accoucher chez elle avec une matrone même inexpérimentée avec tous les risques afférents. Alhamdoulilah, avec ces kits, nous espérons que nous n’aurons pas les mêmes tracasseries. Mais cela doit continuer, car si on va accoucher demain ou après demain, il nous faudra encore d’autres kits pour les prochaines grossesses (rires)»

Cheikh Aïdara


Le Syndicat des Journalistes Mauritaniens reçu par la Commission nationale de réforme de la presse

Une délégation du Syndicat des Journalistes Mauritaniens (SJM) conduite par son Doyen, Ahmed Salem Ould Dah, a été reçue le mercredi 12 août 2020 par le président de la Commission nationale de la réforme de la presse, l’ancien ministre Mohamed Mahmoud Ould Wedadi et ses collaborateurs.

Photo de groupe à la fin de l’audience (crédit Aidara)

L’objectif de cette rencontre organisée sur initiative de la Commission de réforme était d’écouter le point de vue du SJM par rapport à la réforme envisagée du secteur de la presse, l’état des lieux, les obstacles, les défis et les solutions.

Ouvrant les débats, Abdallahi Ould Mohamedou, membre de la Commission devait souligner l’intérêt particulier qu’attache le président Mohamed Cheikh Ghazwani à la presse au point de considérer la réforme de la presse comme condition sine qua none de la réforme de la société mauritanienne. Il a rappelé à ce titre la mission que le Chef de l’Etat a confié à cette commission en terme de formulation de propositions visant une réforme globale de la presse publique et privée à travers une large consultation avec les acteurs du secteur, en s’inspirant de leurs expériences et compétences.

Pour sa part, le Doyen du SJM, Ahmed Salem Ould Dah devait rappeler les démarches entreprises par le syndicat pour la réforme de la presse, notamment l’audience que le Chef de l’Etat avait accordé au Syndicat et les recommandations qui s’en étaient suivies auprès des responsables du secteur au niveau du gouvernement, jusqu’à la constitution du groupe watsapp sur le Pacte des journalistes mauritaniens puis, le groupe professionnalisation du secteur des médias. Des initiatives qui avaient pour objectif de susciter le débat autour de la réforme de la presse et la production de documents consensuels contenant des propositions et recommandations.

Ahmed Salem Ould Dah a déclaré avoir été le premier à saluer la constitution de la commission à travers le point de presse qu’il a lui-même animé le mercredi 22 juillet 2020 au siège du syndicat et au cours duquel  il avait déclaré que la mise en place de la «commission marque un tournant important dans l’histoire du paysage médiatique mauritanien, car, pour la première fois, les pouvoirs publics lancent une véritable réforme du secteur de la presse, mise en œuvre par les journalistes eux-mêmes ».

Les autres membres de la délégation du syndicat se sont appesantis à leur tour sur les aspects liés aux obstacles liés à l’anarchie qui règne au sein du secteur, notamment l’absence d’une représentativité syndicale unique, faisant de la Mauritanie une exception dans le monde.  Ils ont également dénoncé le laisser-aller dû au non respect des critères liés aux institutions de presse ni la non application des normes définis par le Code de la presse sur le statut du journaliste, ainsi que la violation par les établissements de presse, en premier lieu les organes publics, des dispositions du Code du travail, par l’exploitation des employés et les violations flagrantes du droit du travail. La formation initiale et la formation continue des journalistes et techniciens ont aussi été abordées, au filigrane d’une proposition liée à la création d’un institut ou d’une haute école de journalisme en Mauritanie.

Les échanges entre les deux parties se sont soldées par la remise d’un document de base contenant la vision du SJM par rapport à la réforme de la presse, suivies d’une photo de groupe prise à la fin de la rencontre.

Cheikh Aïdara


Enquête parlementaire, démission du gouvernement, la mini révolution politique de l’ère Ghazwani

Après une année de magistrature à la tête de l’Etat mauritanien, le Président Mohamed Cheikh Ghazwani a définitivement rompu le cordon ombilical qui le liait à l’ancien système, celui que lui avait légué son ancien ami et prédécesseur, Mohamed Abdel Aziz.  Le temps d’une rupture politique, sous couvert de pandémie Covid-19 et d’une enquête parlementaire sur la décennie passée, l’ère Ghazwani entame son envolée sous de nouveaux auspices, avec un nouveau gouvernement  dirigé par un jeune cadre hartani, Mohamed Bilal, et une inédite escapade judiciaire en vue, sous la Chancellerie de l’érudit Ould Boya. Autant de matières d’inspiration pour  commentateurs, analystes et prévisionnistes.

Le Président Mohamed Ghazwani avec son nouveau PM Mohamed Bilal

Qui pouvait soupçonner que sous l’impassible caractère du général à la retraite Mohamed Cheikh Ghazwani, et sous son air débonnaire, pouvait se cacher un homme de poigne aux certitudes trempées à l’acier, profondément imbu du sens de la République et de ses institutions. Comment ce côté mystérieux du personnage pouvait échapper à son ami de quarante ans. En le choisissant comme dauphin, pour le remplacer à la tête de l’Etat mauritanien et en mettant à sa disposition, une machine électorale aussi redoutable que le parti Union Pour la République (UPR) et sa centaine de partis satellites, mais aussi l’institution militaire et l’armada des hommes d’affaires, Mohamed Abdel Aziz qui avait organisé la plantureuse soirée électorale baignée au méchoui pour savourer la victoire préméditée de Mohamed Cheikh Ghazwani, ne pouvait un instant soupçonner que l’homme qu’il s’apprêtait à introniser allait se payer sa tête. Celui qui devait couvrir ses forfaitures et celles de son entourage proche et lointain, sera en définitive son tombeur, celui qui assistera, impassible, à sa descente aux enfers.

Le mois d’août qui fut le mois de sa consécration en tant que Président de la République, marque ainsi pour Mohamed Cheikh Ghazwani, le mois de son sevrage, après tant de mois d’un compagnonnage aussi gênant que compromettant.  Exit le gouvernement du Premier ministre Ismaël Ould Bodde Ould Cheikh Sidiya et ceux que la masse populaire appelle «les ministres et figures de la décennie», en l’occurrence, le ministre Secrétaire général de la Présidence de la République, Ahmed Salem Ould Béchir, éphémère Premier ministre de fin de règne de Aziz, le ministre du Pétrole et des Mines, Mohamed Abdel Vetah, le ministre des Pêches et de l’Economie Maritime, Nana Ould Chrougha, l’ADG de la SNIM, Moctar Ould Djay, ex-ministre des Finances de Ould Abdel Aziz, l’ancien Premier ministre Yahya Ould Hademine, l’ancien ministre et ADG de la SNIM, Mohamed Abdallahi Ould Oudaa, la DG de la compagnie Mauritania Airlines, Amal Mawloud, ancienne ministre de l’Habitat pour ne citer que ceux-là.

Tous ces ministres et hauts responsables «débarqués» ont en commun leur citation dans le rapport très compromettant de la Commission d’enquête parlementaire sur les dix années de Mohamed  Abdel Aziz au cours desquelles, ils auraient été impliqués dans l’attribution de marchés ou dans la confection de dossiers jugés aujourd’hui douteux.

A l’investiture de Ghazwani, Aziz ( à sa gauche) était loin de penser que son dauphin allait le lâcher un jour

La démission de ce gouvernement «transitoire» entre l’An I de Ghazwani marquant une fidélité tacite à l’ancien système et l’AN II de sa gouvernance indépendantiste qui s’ouvre, est en soi un fait marquant dans l’histoire politique de la Mauritanie dans son aspect lié au devoir  de responsabilité et au devoir de «rendre compte». Notions jusque-là inconnues dans un pays où l’impunité a été depuis les origines érigée en règle de gouvernance. Les maigres économies de la Mauritanie et son patrimoine tangible et intangible ont toujours été à la merci des gouvernants qui se sont succédé. Les Mauritaniens sont ainsi passés de la période où les plafonds des sommes détournés frisaient les centaines de  millions d’ouguiyas sous Ould Taya, aux milliards d’ouguiyas qui constituaient le minimum tolérable sous Ould Abdel Aziz. Sauf que sous l’air du Capo Dei Capi, ou le Chef de tous les Chefs dans le jargon de la mafia sicilienne, le patrimoine de l’Etat s’était confondu avec le patrimoine personnel du clan. Le Capo Dei Capi régna ainsi sur un empire qui avait une double dimension nationale et internationale avec des ramifications dans tous les secteurs et des tentacules qui embrassaient tout ce qui se situait entre les cieux et la terre, entre l’Océan  Atlantique et le vaste désert jusqu’aux abysses. Les ministres n’étaient que des médiums, juste bon pour assouvir les désirs et les desideratas du chef, des exécuteurs de ses besognes, les élagueurs de ces moindres élucubrations. Il suffit juste de parcourir certains échos résiduels des témoignages de certains hauts responsables devant la Commission d’enquête pour se rendre compte de la puérilité de ceux qui gouvernaient ce pays. Des responsables qui se démarquent de leurs responsabilités en accablant le président de la République, à l’image de l’ancien Premier ministre Moulaye Mohamed Laghdaf qui, à propos d’une opération foncière déclare «j’ai été informé de la vente des blocs rouges par l’ancien président de la République, tout juste quelques jours avant la date fixée à cet effet. Il m’a juste demandé d’envoyer un conseiller pour assister à l’opération de cession». Là où c’est plus grave, c’est à propos du contrat avec la société chinoise Poly Hondong dans lequel il déclare «Mohamed Abdel Aziz m’a demandé de laisser ce dossier afin qu’il en assure personnellement le suivi. Je n’ai pas été mêlé à la gestion de ce dossier faisant l’objet de suspicion».

Aujourd’hui les Mauritaniens, secoués par tant de bouleversements auxquels ils ne sont pas habitués ont du pain sur la planche et de la matière à s’occuper. D’un côté, un gouvernement à moitié renouvelé où ne sont restés que ceux qui n’ont pas de maille avec la justice. Un gouvernement taillé sur mesure pour le régime Ghazwani, enfin débarrassé de tout ce qui peut rappeler un passé chargé d’opprobre. Un gouvernement dirigé par un jeune cadre hartani, sorte de rectification tardive de la sempiternelle question du partage du pouvoir, et qui renferme en son sein un bon quota de négro-africains, et une mince consolation aux gens de Boutilimit avec l’entrée d’une ministre qui semble n’avoir comme mérite que celui de porter le nom de Ehel Cheikh Sidiya.

Enfin un gouvernement où les Tolbas, 42 ans après Moctar Ould Daddah sauvagement débarqué par les militaires et 11 ans après la chute de Sidi Ould Cheikh Abdallahi lâchement évincé en 2009, semblent vouloir prendre leur revanche sur les «Arabes » dont le bûcher est en préparation. Avec des Tolbas partout dans le gouvernement de Mohmed Ould Bilal, les Arabes doivent avoir du mal à dormir ces temps-ci.

Cheikh Aïdara