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Projet SAFIRE ou l’insertion professionnelle des jeunes par le jardinage, avec l’appui du Fonds fiduciaire d’urgence de l’Union européenne

Le Ministre de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports a inauguré, mercredi 21 avril 2020 au PK 17 de la route Nouakchott-Rosso,  l’espace vert JENNA, un espace de formation en maraîchage pour jeunes mauritaniens. C’était en compagnie de l’Ambassadeur chef de la délégation de l’Union européenne en Mauritanie, le maire de Riadh et les représentants d’ONGs partenaires du programme SAFIRE, un programme financé par le Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique de l’Union européenne.

L’expert du site, Carlos (sacoche en bandoulière) entre l’ambassadeur UE (à gauche) et le Ministre de l’Emploi (à droite) et le maire de Riadh (en boubou bleu) – Crédit Aidara

«L’Espace vert JENNA !» Un Eden sorti d’une terre ingrate, au PK 17 de la commune de Riadh, sur la route Nouakchott-Rosso ! Cet espace vert a été inauguré mercredi 21 avril 2020 par le Ministre de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports, Taleb Sid’Ahmed, en compagnie de l’Ambassadeur chef de la Délégation de l’Union Européenne en Mauritanie, SEM. Giacomo Durazzo, du maire de la commune de Riadh, Abdallahi Ould Driss, ainsi que plusieurs autres personnalités représentant le consortium d’ONGs qui forment ce partenariat public-privé. Un partenariat financé par le Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique de l’Union européenne à hauteur de 10 millions d’Euros.

Espace-test agricole JENNA

Au PK17 sur la route Nouakchott-Rosso, sur la piste en terre battue menant vers la centrale qui alimente Nouakchott en eau à partir du Fleuve Sénégal, est né un espace vert. Il y a trois mois, c’était un no man’s land aride et rocailleux, où planter la moindre pousse relevait de la gageure. Aujourd’hui, «l’Espace-test agricole Jenna» est une réalité qui a vu jour grâce à SAFIRE (Sécurité Alimentaire, Formation, Insertion, Résilience, Emploi), un programme de 4 ans (2019-2023), mis en place par le Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique sur financement de l’Union européenne. Ce programme logé au Ministère de l’Emploi et dont l’envergure économique impacte sur la société et l’environnement, cible les populations les plus vulnérables, notamment les jeunes et les femmes.

« L’Espace vert Jenna » Crédit Aidara

Ainsi, dans cet espace de 12.000 mètres carrés (m2), dont seuls 8.000 m2 sont déjà exploités, l’Union européenne y a injecté une partie des 10 millions d’euros que le Projet SAFIRE a étendu dans plusieurs autres régions du pays, Guidimagha, Gorgol, Trarza, Brakna, Hodh El Gharbi et Hodh Charghi, en plus de Nouakchott. Ce programme vise à l’insertion professionnelle, la résilience à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle, et la promotion des complémentarités économiques et sociales, entre territoires urbains et ruraux, ainsi que les opportunités économiques liées aux dynamiques migratoires.

Sous la visite guidée du technicien chargé de la gestion de l’espace, M.Carlos de l’ONG Agri Sahel, spécialisée dans la production agro écologique, la délégation a visité les parcelles où sont cultivées plusieurs variétés de légumes, pastèques, aubergines, tomates, salades, carottes, entre autres. Ils ont visité la salle de formation théorique, une salle composée d’une quinzaine de tables-bancs et un tableau noir, deux magasins qui devront bénéficier d’une double protection intérieure de briques en matériaux locaux pour les compostes, une salle de culture, un enclos d’une demi-dizaine de chèvres et un poulailler.

Tel est le modèle de ferme moderne qui devrait assurer l’autosuffisance des futurs jardiniers actuellement en formation sur les techniques de jardinage au goutte-à-goutte, ainsi que celle de leurs familles, tout en assurant l’autosuffisance en légumes de la collectivité locale et nationale.

Crédit Aidara

Trente jeunes mauritaniens sont pour le moment présents sur le terrain, sur un effectif de quatre-vingt dix, entre garçons et filles, déjà sélectionnés. A raison du Covid-19 et pour respecter les gestes barrières et la distance sociale, seuls 5 à 6 élèves jardiniers travaillent par jour. Il s’agit de porteurs de projets. Chaque année et pendant 3 ans, trente jeunes pourront ainsi mettre en œuvre leur projet d’activité de production maraîchère ou en lien avec le secteur agropastoral. Au cours de leur apprentissage, ils bénéficieront des moyens de production nécessaires à leurs activités (un site de production équipé, du matériel, une parcelle individuelle de 100 m2). Ils bénéficieront aussi d’une formation technique sur les pratiques de maraîchage agro écologique, ainsi qu’un accompagnement individuel et collectif pour la gestion et l’orientation stratégique de leurs activités (élaboration d’un business plan, réseautage, intégration de l’activité dans le contexte local, entre autres).

Il est à noter que les revenus tirés de la production reviennent aux stagiaires bénéficiaires de la formation, tout comme les frais liés à l’exploitation, notamment la consommation d’eau pour l’irrigation.

L’activité en cours s’inscrit également dans la lutte contre le Covid-19, notamment ses conséquences socioéconomiques, car elle permet aux bénéficiaires de générer des revenus pour eux et leur famille tout en promouvant la production maraîchère nationale en milieu urbain, contribuant ainsi à l’approvisionnement du marché local face aux turbulences du commerce international.

Témoignages de bénéficiaires

Awa Diagne, d’agricultrice en milieu familial à porteur de projet maraîcher

Awa Diagne s’entretenant avec le Ministre de l’Emploi (Crédit Aidara)

«Je suis vraiment aujourd’hui une femme épanouie. J’apprends de nouvelles techniques de jardinage que je n’ai jamais connu, bien que me croyant non novice dans le domaine, car j’avais mon propre projet avant cette formation. Je découvre une technique du goutte-à-goutte que j’ignorais, une nouvelle mise à terre que je ne connaissais pas, et des traitements de plantes jusque-là inconnus pour moi. Tenez, je ne savais pas qu’il fallait élaguer la tige de la betterave chaque fois pour qu’elle n’absorbe pas la substance de la plante. Je remercie l’Union européenne et le ministère de l’Emploi pour cette formation de haut niveau, sous la direction d’un expert qui s’y connaît bien, M. Carlos. Je suis issue d’une famille d’agriculteurs, et tout ce qui a lien à la terre est une passion pour moi. Encore mille merci à l’Union européenne et à l’Etat mauritanien pour ce soutien aux jeunes».

«Le secteur agricole, la solution pour la lutte contre le chômage des jeunes»

L’ambassadeur UE entouré du Ministre de l’Emploi et le maire de Riadh au cours de l’entretien avec les médias (Crédit Aidara)

A la fin de l’inauguration, le ministre de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports, Taleb Sid’Ahmed a remercié l’Union européenne, «un excellent allié » de son département, a-t-il souligné en substance, précisant que «cet espace que nous inaugurons aujourd’hui, était il y a trois mois, un désert et maintenant, il produit des légumes». Selon lui, la Mauritanie renferme des potentialités, dans le domaine agricole en particulier, «un secteur à forte potentialité d’emplois pour les jeunes» et une «source d’autosuffisance alimentaire». Il est inacceptable d’après lui que la Mauritanie continue d’importer des légumes, alors qu’elle «dispose d’un vaste territoire et abondamment d’eau». Il a souligné que le gouvernement a donné le feu vert pour accélérer la production agricole dans notre pays. Et c’est dans le cadre du programme SAFIRE financé par l’Union européenne, qu’il a remercié au passage, et placé sous la tutelle du ministère de l’Emploi de la Jeunesse et des Sports, ajoutera-t-il en substance, que «nous sommes venus pour visiter cet espace vert », avant de noter qu’au «moment où nous sommes en train de vaincre le corona, nous avons également la capacité de vaincre toutes les autres crises»

Auparavant, SEM. Giacomo Durazzo devait confirmer l’engagement de l’Union européenne «à accompagner la Mauritanie dans cette période particulièrement difficile, dans cette crise qui touche tout le monde.» Il a rappelé que le soutien européen «se traduit d’une manière plus concrète avec un paquet de 40 millions d’euros, qui ont été exclusivement orientés vers la crise du Covid, notamment dans le renforcement du système sanitaire mauritanien», évoquant l’augmentation de la capacité des programmes de l’Union européenne et leur mutation «pour les rendre plus efficaces et permettre de répondre à la crise sanitaire ». Il trouve par ailleurs que cet appui ne concerne pas seulement la santé, mais touche aussi «les aspects économiques et sociaux qui sont les plus importants, car affectant la population ». C’est bien dans ce cadre qu’intervient selon lui, «le programme JENNA qui s’inscrit dans le projet SAFIRE, un projet de 10 millions d’Euros à travers lequel nous appuyons la formation de jeunes hommes et de jeunes femmes issus de milieux défavorisés, pour leur apprendre le métier d’agriculteurs et de producteurs pour faire du maraîchage, ce qui est essentiel en ce moment où nous devons penser à l’autosuffisance alimentaire ».

Pour sa part, le maire de Riadh avait développé un long plaidoyer en faveur des jeunes, prenant le Ministre de l’Emploi comme ambassadeur auprès du gouvernement afin «que ces quatre-vingt dix jeunes qui vont être formés à raison de trente jeunes par an, puissent avoir accès à des lopins de terre pour poursuivre leurs activités et appliquer les connaissances apprises en matière de jardinage».  Selon lui, «le climat politique actuel est propice pour donner un coup de pouce à cette expérience», évoquant l’engagement du Chef de l’Etat à travers son programme «Mes Engagements » et les possibilités offertes par l’Agence Taazour.»

Cheikh Aïdara


COMMUNIQUE DE PRESSE CONJOINT L’Union européenne engagée aux côtés de la Mauritanie dans la lutte contre le COVID 19.

Face à la crise multiforme due à la propagation du virus COVID-19, l’Union européenne tient à exprimer sa solidarité avec la Mauritanie. C’est ainsi qu’elle a décidé, en répondant à une demande des autorités, de réorienter et anticiper ses programmes pour soutenir les efforts du gouvernement mauritanien contre la pandémie. D’une valeur totale de quelque 40 millions EUR (environ 1,63 milliards MRU), les programmes concernés appuient le système de santé mauritanien et d’autres mesures visant à limiter les conséquences économiques et sociales de la pandémie.

Premier partenaire de la Mauritanie dans le secteur de la santé indépendamment de la crise mondiale actuelle, l’Union européenne a anticipé la mise à disposition de 32 millions EUR (1,3 milliards EUR) de son programme dans ce domaine (PASS 1 et 2) pour accompagner et appuyer le plan de riposte du Ministère de la Santé.Cela inclut la transformation de 12 millions EUR (490 millions MRU) en appui budgétaire pour renforcer directement le système de santé. Depuis le début de la pandémie, via la flexibilisation immédiate du programme PASS-1 actuellement en cours, l’Union européenne a déjà financé la formation de 150 professionnels du secteur (médecins, personnels infirmiers), la mise en place d’un centre de référence COVID-19 d’une capacité de 50 places à Nouakchott et la fourniture d’équipements de protection individuelle pour environ 250 structures sanitaires.

Pour réduire l’impact négatif du coronavirus sur l’économie mauritanienne, l’Union européenne est en train d’anticiper le déboursement de son appui budgétaire de 8 millions EUR (325 millions MRU) avec l’objectif de renforcer les efforts gouvernementaux dans ce sens. L’Union européenne soutiendra aussi directement des initiatives pour la création d’emplois (projets PromoPêche et WACOM), ainsi que l’accompagnement de jeunes artisans mauritaniens pour la production de masques de protection individuelle (projet SAFIRE). Sur le plan agro-pastoral, l’action de l’UE (projet RIMRAP) appuiera les petits producteurs et les PME locales, pour booster et écouler leur production, tout en améliorant la reprise post-crise.

En collaboration avec les partenaires et le gouvernement mauritanien, l’Union européenne contribue également à la surveillance des frontières à travers la formation et la sensibilisation spécifique aux différents points d’entrée du pays.

« La Délégation de l’Union européenne ainsi que nos collègues au siège travaillent sans relâche pour adapter et anticiper nos programmes afin de mieux répondre aux besoins de la Mauritanie dans cette période difficile. Je crois que ces efforts démontrent clairement que l’Union européenne est un partenaire dédié et fiable de la Mauritanie. » a déclaré S.E.M. Giacomo Durazzo, Ambassadeur de l’Union européenne en Mauritanie.

Pour sa part, M. Abdel Aziz Ould Dahi, Ministre de l’Economie et de l’Industrie a considéré que « La réactivité de l’Union européenne aux demandes et besoins de la Mauritanie est un signe de partenariat étroit et contribue à l’efficacité des réponses du gouvernement au COVID-19. »

Cet appui de l’Union européenne qui revêt aussi une composante humanitaire, fait partie de la contribution mondiale de l’UE face à la pandémie du COVID-19, estimée à 15,6milliards EUR. Elle vient renforcer des relations de partenariat déjà existantes dans divers domaines, pour le développement économique et social de la Mauritanie, et plus largement du continent africain.

Délégation de l’Union européenne en Mauritanie
delegation-mauritania-press@eeas.europa.eu

Téléphone: (222) 45 25 27 24
Télécopie: (222) 45 25 35 24


Confédération Générale des Travailleurs de Mauritanie CGTM DECLARATION 1er MAI 2020

Le 1er mai 2020 intervient cette année dans un contexte mondial particulier caractérisé par l’avènement d’une pandémie dénommée COVID 19 qui fait encore plusieurs milliers de victimes dans tous les continents. Nous nous inclinons à la mémoire de toutes les personnes qui ont perdu la vie et compatissons avec leurs familles et leurs proches en ces moments de douleur et de recueillement, sans oublier tous les malades sous surveillance médicale.

En effet, cette pandémie a fini de démontrer que la gouvernance mondiale actuelle dictée par la domination des capitaux et de l’économie du marché, imposée par les politiques néolibérales depuis la fin du siècle dernier, a conduit tout le système basé sur la dérèglementation des acquis sociaux et des droits fondamentaux au travail, de subir un cuisant échec d’une ampleur sans précédent.  Le démantèlement des filets de sécurité et de protection sociales, la privatisation des systèmes nationaux de santé, l’exclusion des millions de travailleurs et travailleuses de toute assurance médicale, le recours à l’accumulation des bénéfices et des dividendes en faveur des plus riches, la paupérisation de plus de ¾ de l’humanité à travers des règles inégales du commerce mondial, sont les conséquences de ces politiques néolibérales imprimées à la mondialisation actuelle.

A l’instar des organisations syndicales unies au sein du groupement Global Unions, nous attirons l’intentionde notre gouvernement et de tous les gouvernements du monde, ainsi que des institutions financières internationales comme le FMI et la Banque mondiale,sur la nécessité de privilégier la coordination de leurs réponsesfaceà la crise mondiale économique et de santé publique. Dans les semaines à venir, les Réunions de printemps au niveau des institutions de Breton Woods, doivent donner l’occasion de planifieret coordonner la relancebudgétaire et monétaire mondiale, avec des réponses qui renforcent les systèmes de santépublique de première ligne, qui protègent les emplois et qui stimulent l’économie réelle. Une partie indispensable de cette riposte doit consister à fournir un soutien adéquat aux pays en développement, faute de quoi des vies seront perdues et la crise économique mondiale s’aggravera.Le groupement Global Unionsappelle à une émission de Droits de tirages spéciaux (DTS) accompagnée de la création d’un fonds fiduciaire des donateurs qui permette les transferts des DTS aux pays en développement, affectés spécifiquement à la relance de l’économie réelle, à la santé publique, à la protection sociale et à l’emploi.Les premières estimations de l’OIT indiquent une hausse significative du chômage et du sous-emploi dans le sillage du virus.

Avec les graves perturbations entraînées par la crise dans les chaines de distribution, les systèmes de santé publiqueet de protection sociale constituent les premières lignes de défense. Nous ne devons laisser personne de côté alors que nous formulons notre riposte, et devons donc construire une protection sociale universelle comportant des socles sociaux et une couverture médicale universelle. Il convient de généraliser le soutien au revenu afin de répondre au chômage croissant, sans que les travailleurs informels ou atypiques rencontrent d’obstacle pour y accéder. Le moment est venu d’une nécessaire ambition, qui ne laisse pas la place aux solutions parcellaires, aux programmes conçus de manière trop étroite qui excluent ceux qui en ont le plus besoin ou aux systèmes qui déplacent tous les risques du côté des travailleurs. Toute politique de relance devrait être conçue de manière à donner la priorité à l’économie réelle et à respecter les normes fondamentalesdu travail de l’OIT.

Dans notre pays, nous saluons l’initiative de Son Excellence, Monsieur le Président de laRépublique, qui a lancé un appel à toutes les forces vives de la Nation afin de bâtir des plans de riposte et de sensibilisation au niveau de tous les segments de notre société face à cette pandémie. Les résultats importants et encourageants obtenus par notre pays dans le combat contre le coronavirus covid 19 sont à magnifier. L’élan de solidarité nationale mis en place doit être l’occasion de renforcer la cette cohésion des forces vives autour d’objectifs largement partagés et bénéfiques à toute la population, sans discrimination aucune. A cet égard, les services publics spécialisés dans l’assistance humanitaire ainsi que les organismes de même nature doivent jouer le premier rôle dans la distribution des appuis aux populations, en toute transparence et dans l’équité et l’égalité entre tous les citoyens.

Des centaines de milliers de travailleurs du secteur public, du secteur privé et de l’économie informelle, ont vu leurs activités décroître sinon s’arrêter brusquement, exposant leurs familles au dénuement total et à des risques aggravés face à cette pandémie. D’autres catégories de travailleurs dont les travailleurs migrants, sont abandonnés à leur sort, sans aucune assistance et laissés en rade par le plan de riposte sanitaire et alimentaire mis en place.

La CGTM rappelle ses revendications d’un chômage indemnisé à 100% de la rémunération, la couverture sanitaire générale, une protection sociale universelle, l’interdiction des licenciements à quel titre que ce soit ainsi que la suspension des plans de suppression d’emplois, la mise en place dans toutes les entreprises de commissions santé, sécurité et conditions de travail dotées de réels pouvoirs d’intervention, la reconnaissance d’un état de catastrophe sanitaire permettant de mobiliser le secteur assurantiel, la suspension des versements des dividendes aux actionnaires des sociétés publiques et parapubliques.

La CGTM exhorte le gouvernement à privilégier la gestion des plans de riposte face au COVID 19 dans un cadre d’un partenariat social impliquant les travailleurs, les employeurs et ce à l’échelle nationale et territoriale mais aussi au niveau des entreprises publiques et privées. Les travailleurs et travailleuses de tous les secteurs professionnels sont les plus vulnérables et les premiers à payer les risques directs liés à la pandémie à travers des pertes d’emplois et de revenus et de santé, particulièrement dans les branches suivantes : Hôtellerie, Restauration, Tourisme, Transport, Pêche, Sous-traitance, Emploi domestique, Bâtiments et Routes, Docks et Ports, Transport aérien, Economie Informelle, Personnel de la Santé, entre autres.

La CGTM renouvelle son appel à une large prise en compte par les travailleurs et les travailleuses, des mesures sanitaires édictées par les services de la santé de notre pays.

La CGTM rappelle une fois de plus qu’il est temps, surtout en cette période d’érosion des emplois, que des négociations sociales tripartites soient tenues entre les partenaires sociaux afin que des solutions adéquates soient trouvées pour une meilleure reprise économique et sociale dans le pays.

La CGTM félicite les travailleurs et travailleuses de notre pays à l’occasion de la fête internationale du travail, laquelle, malheureusement, ne sera pas célébrée par des rassemblements de masses et leur demande de bien respecter les consignes sanitaires en vigueur.

Nouakchott, le 20 avril 2020

Le Comité exécutif de la CGTM


Interview du député Biram Dah Abeid, président du mouvement IRA : «Notre bloc est la seule contre-proposition historique à l’ordre de l’oligarchie militaro-féodale»

S’étant rendu en Belgique pour des soins médicaux, l’honorable député Birame Dah Abeid, Président de l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M) et double candidat de l’alternance au pouvoir depuis 2014, se retrouve coincé en Belgique, depuis le 18 mars 2020, par la fermeture des frontières aériennes entre l’espace Schengen et le reste du monde à cause du Covid-19. Dans cet entretien exclusif (via watsapp), il commente l’actualité politique de son pays et lève un coin du voile sur plusieurs questions que se posent les Mauritaniens à son propos, notamment ses rapports avec les pouvoirs successifs, ainsi que l’état de la lutte contre l’esclavage.

Birame Dah Abeid

L’Authentique : actualité oblige, quel regard jetez-vous sur l’arrestation de l’une des militantes de la première heure du mouvement IRA, en l’occurrence Marièm Cheikh, en détention depuis le 13 avril 2020 ?

Biram Dah Abeid : l’arrestation de Marième Cheikh c’est du déjà-vu. Nous sommes toujours et sans doute les mieux préparés à affronter de telles situations. Hier nous menions la bataille contre la sacralité du code négrier, de l’impunité des esclavagistes et tortionnaires, et de l’esclavage agricole ; en somme, l’expérience de la lutte nous a forgés; le pouvoir ne sortira pas grandi de cette bataille autour du discours de la haine comme il le dit, ou du concept d’Apartheid comme nous disons. Nous cultivons et entretenons la certitude que la vérité et le droit inclinent sans cesse vers nous. Marième Cheikh hérite de cette assurance en l’avenir. 

Néanmoins, l’attitude d’hostilité ouverte du pouvoir tranche, non sans paradoxe, sur le sacrifice et à l’effort que nous avons fait depuis la dernière élection présidentielle dont nous fûmes le principal acteur au sein de l’opposition. L’Ira-M et la coalition Rag-Sawab, représentent l’unique bloc de la contre-proposition historique à l’ordre de l’oligarchie militaro-féodale, des tribus et de la ségrégation, en vigueur depuis 40 ans. Nous incarnons, seuls, le choix du peuple s’il lui est donné, un jour, la faculté de décider, dans les urnes, s’il doit vivre dans la misère, l’obscurantisme religieux et les inégalités ou, enfin, oser la rupture. Voici le message que nous portons ! 

En face de nous, persiste le même ressentiment, malgré le changement de personne à la tête de l’Etat ; la reproduction des méthodes qui avait prévalu contre nous à l’époque de Mohamed Abdel Aziz, l’expliquent assez : ce n’était pas un homme qui nous réprimait mais des hommes, des femmes, bref un système solidaire dans ses pratiques, atteint de cécité et par-dessus les risques, suicidaire. 

L’Authentique : quelle appréciation faites-vous du travail de la Commission nationale des droits de l’homme et celui du Commissariat dans l’ancrage des droits de l’homme et leur amélioration depuis l’avènement du pouvoir de Ghazouni ?

Biram Dah Abeid : Ahmed Salem Ould Bouhoubeïny, une personnalité qui a déjà mis son empreinte dans la défense des droits de l’homme en Mauritanie et le ministre commissaire chargé des droits de l’homme, Mohamed Elhassen Ould Boukhreïs, se distinguent par des qualités personnelles que nous apprécions ; hélas, celle-ci ne produisent d’incidence significative sur la virulence de l’aversion que le système nous voue. Une posture individuelle de franc-tireur ou de cadre autonome du groupe, à l’image des deux précités, ne peut rien changer aux pratiques structurantes de leur employeur, en l’occurrence l’Etat des prébendiers, de la médiocratie et de l’impunité. C’est pourquoi Me Ould Bouhouneiny fut court-circuité, assez vite, par son entourage hélas trop pourri qui l’a devancé au sein de la Commission des droits de l’homme ; là, siège, toujours, maint fraudeur, rôdé aux faux témoignages et à l’espionnage, sous l’injonction de la cupidité. 

C’est pourquoi (rires) après notre rencontre avec Ould Bouhouneiny et notre satisfaction de son travail, nous envisagions même de collaborer avec l’institution pour promouvoir, en Mauritanie et devant les forums internationaux, le projet d’une collaboration étroite, sur la voie de l’égalité et de la citoyenneté inclusives. A notre arrivée à Genève, nous fumes surpris de découvrir, que des rapports mensongers contre nous, sont distillés, aux interlocuteurs étrangers, au nom de la Commission des droits de l’homme. Il s’avéra que Me Bouhoubeiny était étranger à la manœuvre de ses proches collaborateurs et ne pouvait rien leur opposer. Je dois noter, aussi à sa décharge, qu’il demeure le premier et l’unique parmi les dirigeants d’institutions officielles, de partis politiques ou d’ongs, à avoir demandé la reconnaissance de notre parti et de notre associations, encore arbitrairement interdits, à ce jour. Désenchantement aussi (rires) envers Ould Boukhreiss après que l’ambassadeur de Mauritanie à Genève a commis, sous sa tutelle, toujours pour la consommation extérieure, une correspondance catastrophique, une lettre digne des époques où fleurissaient la langue de bois et le mensonge ; nous avons pu en prendre connaissance, grâce à nos propres circuits. Conclusion, en Mauritanie, difficile, pour les hommes, de changer leur environnement, y compris mental mais hélas, toujours aisé, pour cet environnement, de transformer les hommes, surtout de les maintenir sous le diktat de la réalité. En dépit de leur volontarisme, Ould Bouhoubeiny et Ould Boukhreiss restent prisonniers de leurs conditions de clercs au service d’une banqueroute ambulante qui fuit l’audit. 

L’Authentique : certaines sources proches du gouvernement, partant d’exemples comme celui du Sénégal qui a fortement dit aux Rapporteurs des Nations-Unies que l’homosexualité n’y sera jamais tolérée, semblent accorder peu d’importance aux Rapporteurs spéciaux des Nations Unies quand ils critiquent la loi sur la discrimination appliquée aujourd’hui à l’encontre de Marièm Cheikh ; en effet, selon eux, cette loi constitue une entrave aux libertés. Ils ont même adressé une correspondance aux autorités mauritaniennes dans ce sens. Qu’en pensez-vous ?

Biram Dah Abeid : l’institution des Rapporteurs spéciaux des Nations Unies n’est pas une institution coercitive. Elle n’ordonne pas aux autorités gouvernementales des pays et n’utilise la contrainte. Les Rapporteurs des Nations Unies représentent une autorité morale reconnue dans le concert des nations et leur point de vue a un très grand impact sur la respectabilité des Etats, leur capital symbolique. Le Sénégal est un pays à haute culture diplomatique, donc je doute fort que cette grossièreté rapportée par votre source officielle en Mauritanie, soit l’attitude du gouvernement ou de la diplomatie du Sénégal. Le Sénégal est un grand pays, en avance sur nous dans bien des domaines, en particulier l’égalité ethnique, la tolérance, la visibilité de la femme et le respect de l’intégrité physique des gens. 

Je suis néanmoins surpris que cette source du gouvernement mauritanien compare la majorité du peuple, constituée de communautés d’esclaves et anciens esclaves, de négro-africains et de plusieurs strates de maures castés, à une minorité sexuelle ; c’est beaucoup de myopie, au moins, que de comparer une majorité spoliée de ses droits, à une poignée de gens, marginalisée par leurs revendications spécifiques envers et contre le corpus des mentalités africaines. Il y a, dans cette comparaison, beaucoup de mépris. 

Ces situations de non-intérêt accordé aux injonctions de la communauté internationale peuvent ne pas être dangereuses, à court terme, pour des gouvernements aveuglés et obnubilés par l’insolence, l’omnipotence ponctuelle, bref, la force d’écrasement dont ils disposent…Néanmoins, je le pense, un gouvernement dans le siècle où nous sommes, doit faire de la prudence sa béquille, afin de se ménager la capacité d’anticiper et de prévenir le pire. L’on ne peut se murer dans la conscience d’un rapport de force favorable sur le moment pour adosser son désir sur la dissuasion ou spéculer sur le silence des victimes, leur peur ou résignation. Une telle légèreté de jugement, tôt ou tard, joue de sales tours, d’ailleurs beaucoup plus rapidement que prévisible…L’histoire est un livre d’une écriture nette pour qui sait lire…

L’Authentique : Nombreux sont les gens qui ne comprennent pas encore votre réaction quand vous vous êtes opposés à la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur la gestion des biens publics durant les dix dernières années. Ce qui suscite une autre question sur les relations que vous auriez entretenu avec l’ancien président, pendant et après sa présidence et la question récurrente que vous êtes une fabrication de Mohamed Abdel Aziz.

Biram Dah Abeid : Ces attaques contre moi, à travers cet angle, sont conçues et distillées par des lâches, sans courage ni dignité et dont l’impuissance et le défaitisme leur confèrent seulement le choix entre lécher les pattes d’Aziz ou faire profil bas jusqu’à son départ. Les bénéficiaires de Aziz ou simples articles de sa création sont aujourd’hui aux commandes de l’Etat et des forces armées et de sécurité. Le Président Ghazouni et la plupart de ses collaborateurs doivent tout à Aziz qui leur a livré un pouvoir dont il n’avait nullement envie de se départir.  A ce jeu d’accusations, nous allons rire : Biram, lui n’a pas été fabriqué par Aziz. Il y a beaucoup de « made in Aziz » en circulation et Biram ne figure sur la liste. Le peuple connait tout ça, c’est pourquoi il me soutient, malgré les montages, la diffamation et la perfidie des conjectures, comme celle-ci.  Ce sont des dons que Dieu me prête : le peuple me suit, me comprend, même si on me refuse la parole dans les médias de l’Etat, en interdisant le parti auquel j’adhère, l’association que je dirige.

D’autre part, je persiste et signe, au sujet de cette commission d’enquête parlementaire : je ne participerai pas à leurrer le peuple. Cette commission n’est pas destinée à faire la lumière ni à dire la vérité au profit des humbles. Non. Il s’agit d’un règlement de compte entre les protagonistes d’un même système qui se battent pour leurs intérêts divergents et, d’ailleurs, prenons-en le pari, ils finiront par s’entendre et enterrer cette lubie vertueuse, comme ils ont enterré, tant de cadavres, entre 1986 et 1991. Vous souvenez-vous de la fameuse Commission d’enquête contre l’épouse et les enfants de l’ancien Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi ?! Qu’est-elle devenue ? 

Mes rapports avec l’ancien président, nul n’en ignore les violentes confrontations. Je n’ai pas faibli devant son omnipotence ; or, aujourd’hui que tous ces nouveaux opposants sont apparus lorsqu’Aziz n’est plus qu’un simple citoyen et ne représente plus une menace, je ne me mêlerais pas avec eux. Notre agenda ne se recoupe. Non, moi je n’entretiens plus de rapports conflictuels d’opposant avec Aziz, car ce dernier n’existe plus et personne ne peut m’instrumentaliser contre un épouvantail. Non. 

Ma cible, reste le pouvoir. Je dis, encore, que la gabegie n’est pas l’œuvre d’Aziz seul. Il y était le chef d’orchestre d’une troupe de prédateurs, dont ses collègues généraux ainsi que d’autres serviteurs qui l’adoraient, l’élevaient quasiment à la divinité. Je ne regrette, je ne regretterai mon refus de participer à cette « permission inquiète » – oui, je l’appelle ainsi – et n’y participerai jamais. J’avais dit aux députés auxquels l’on a ordonné de proposer ce truc, que je veux une instance sincère destinée à traiter les problèmes cruciaux de la Mauritanie, surtout les plus graves à mes yeux, en l’occurrence l’assassinat pluriel au motif de la race, la torture, la déportation, la spoliation foncière, l’épuration de l’appareil d’Etat et, surtout, le refus de publier la vérité. Ensuite, nous poserions, sur la table, la question existentielle : pourquoi et jusqu’à quand une minorité ethnique s’approprie-t-elle un quasi-monopole sur les instruments de la violence légitime, l’agriculture, la pêche, la religion, les terres arables, les banques, la douane, les permis d’exploitation minière et les chaines de radiotélévision ?!! Voici du travail concret pour une commission digne de son objet ! 

L’Authentique : que pensez-vous du travail de cette commission d’enquête et croyez-vous qu’elle ira jusqu’au bout de sa mission ?

Biram Dah Abeid : J’ai déjà répondu à la question. La commission est sans lendemain, elle n’ira nulle part puisque l’architecture dont elle procède s’appuie sur un fondement d’inégalité et utilise un étai de feinte et de contournement. 

L’Authentique : quel commentaire de votre part après le retour en Mauritanie des personnalités qui ont été forcées à l’exil par l’ancien pouvoir ?

Biram Dah Abeid : je suis très content du rapatriement des hommes d’affaires et des autres, tous forcés à l’exil. C’est leur droit car ils ont été injustement éloignés de leur pays. C’est pourquoi nous n’avons jamais cessé de les soutenir et de dénoncer les injustices dont ils étaient l’objet depuis que le pouvoir les visait. Certains ont commencé à parler d’eux quand Aziz a quitté le pouvoir. Il y a de quoi sourire, avec pitié. Je recommande juste à nos amis de retour de bien faire attention à rester lucides et éviter de se dissoudre dans la gratitude et le désir de plaire aux maîtres du jour. Un gouvernement correct est celui qui a besoin de conseil avisé, point de complaisances. 

L’Authentique : quelles appréciations avez-vous sur le début du pouvoir de Ghazouani, en quoi peut-il être considéré comme différent du régime qui l’a précédé et que pensez-vous de la conférence de presse de Ghazouani et de sa position par rapport à l’esclavage ?

Biram Dah Abeid : Je pense que le bilan de ces mois de Ghazouani est très mitigé. Il n’a rien à envier à son prédécesseur sur le plan de l’illisibilité des politiques publiques, notamment des nominations dans l’appareil d’Etat. Parfois, il donne l’impression de vouloir plaire à tout le monde ce qui, bien entendu, interdit la bonne gouvernance. Bref, il sait rassurer, séduire, respecte ses invités, les écoutes et, l’instant d’après, plus rien. Ghazouani veut diriger par la promesse sans délai, la courtoisie, la patience contagieuse et la ruse du fatalisme, l’abus de Incha Allah en guise d’auto-exonération. De telles méthodes comportent des avantages certains dans une contrée prospère où règne une relative harmonie. Tel n’est le cas de notre Mauritanie martyrisée. Le Monsieur, s’il est de bonne foi, parviendra, assez tôt, à la conclusion que le pays est malade et son sauvetage requiert un remède de cheval, administré par des praticiens résolus, gère des mesurettes tremblotantes de scrupule et de spéculation sur la baraka….

Quant à la conférence de presse que vous mentionnez, au cours de laquelle Ghazouani a invité quelques journalistes, ce n’était pas une rencontre d’usage mais plutôt une manière de communiquer. Il a tout maîtrisé et les journalistes étaient quasi inexistants. Ghazouani voulait passer ses messages comme il l’entend, sans protagonistes, juste des témoins dociles. Les journalistes servaient de boîte d’enregistrement et Ghazouani a juste fait passer ses messages comme dans une boîte à lettres. Je pense, par ailleurs, que la position de Ghazouani sur l’esclavage tient du négationnisme habituel parmi les maures, exactement à l’image de son compagnon de 41 ans, Aziz. 

L’Authentique : vous aviez très tôt, aux lendemains de la présidentielle du 22 juin 2019, appelé au dialogue avec les nouvelles autorités, où en est ce dialogue et où en est la situation politique depuis lors ?

Biram Dah Abeid : après les élections présidentielles, juste au lendemain de la proclamation des résultats, mon devoir, en qualité de l’un des deux principaux acteurs, ayant le peuple avec moi, face à une armée dressée à casser du noir, j’ai voulu prendre les devants, éviter l’escalade. C’était de mon option d’assurer la paix civile. Dans ce cadre, j’ai bel et bien appelé au dialogue, même si les opposants autour de moi, jugeaient une faiblesse de proposer la discussion, en premier. Le pouvoir aussi – ses émissaires me l’ont dit – estimait signe de faiblesse, de sa part, que de demander d’emblée, l’apaisement. Finalement, le Président Ghazouani a dit qu’il ne voulait pas de dialogue, car ce n’était pas nécessaire, et il se suffirait de consultations périodiques avec certains hommes politiques triés sur le volet, lesquels, à ses yeux, sont les vrais responsables de l’opposition. 

Les gens qu’ils ont triés, et dont je ne faisais pas partie, se retrouvent à l’aise dans cette situation. Ils pensent que tout est réglé. C’est leur position, ils sont libres de savourer l’illusion. Pour ma part, je crois que toutes les questions pressantes au titre desquelles nous nous battions durant la décennie brutale de Mohamed Abdel Aziz demeurent irrésolues. Afin de sortir de l’impasse, il faut une Ceni indépendante, un Conseil constitutionnel remodelé conformément au vœu de l’impartialité, un recensement libre, l’accès démocratique à l’état-civil, une liste électorale concertée et transparente, la révision des autorisations de média audiovisuels, une administration et une justice indépendante. Il faut d’abord, j’insiste dessus, une entente sur le règlement des dossiers lourds qui plombent encore le développement, la paix civile et la cohésion des Mauritaniens : nous interpellent, plus que jamais, les dossiers de l’esclavage, de l’impunité des crimes racistes, l’exclusion et la misère, le partage des richesses du pays, la discrimination à tous les niveaux, administratifs et socioculturels. 

L’Authentique : que répondez-vous à ceux qui vous reprochent votre absence du pays au moment du Covid-19 ?

Biram Dah Abeid : je ne sais pas sur quoi se basent ces gens pour me reprocher mon absence du pays pendant le Covid-19. Je ne suis pas le Président de la République, je ne suis pas le Premier ministre ni le ministre de la Santé. Je n’ai aucun rôle à jouer dans la riposte du gouvernement à une pandémie. C’est le 18 mars dernier que le médecin m’a libéré. Il n’y avait plus d’avion, la Belgique comme toute l’Europe avait fermé ses frontières. J’attends la fin du confinement ; dès la réouverture des frontières, je reviendrais en Mauritanie, mais dirais, à ceux qui me pensent capable de miracles contre le Covid-19, de déchanter. Même si j’étais là-bas, je n’aurai rien pu faire. L’homme politique, à la différence du religieux professionnel, ne vend pas de la magie dans un emballage de superstition, à une clientèle en panique. 

L’Authentique : certains se demandent aussi quelle est la contribution du mouvement IRA dans la lutte contre le Covid-19 ?

Birame Dah Abeid : IRA et moi-même, nous n’avons pas de contribution que l’on pourrait donner pour la lutte contre le Covid-19. IRA est une organisation interdite et non reconnue en Mauritanie tout comme le parti RAG, en d’autres termes, deux associations de malfaiteurs aux yeux du pouvoir, exactement comme l’ANC et le PAC en Afrique du Sud, à l’époque de l’apartheid. Les deux ne peuvent disposer d’un compte bancaire, recevoir de dons ni récolter de l’argent, encore moins pas s’organiser. 

L’Authentique : êtes-vous d’avis avec les autorités qui considèrent que l’esclavage n’existe plus et qu’il n’existe que des séquelles ?

Biram Dah Abeid : L’Etat considère que l’esclavage n’existe plus en Mauritanie. Bon, c’est une position que nous connaissons bien, celle de tous les régimes, depuis les indépendances. Rien n’a changé, le déni produit encore de la dénégation et les auteurs de cette rhétorique continuent à s’en repaître, comme un exutoire à leur culpabilité. El Hor et SOS Esclaves et bien d’autres associations ont contribué à défaire cet autisme, grâce à la publication, chaque année, de requêtes de prétoire, qui témoignent de l’actualité fondamentale de la servitude de naissance, en République islamique de Mauritanie

L’Authentique : quel est le bilan d’IRA après toutes ces années et qu’est-ce que le mouvement a apporté à la lutte contre l’esclavage et les discriminations ?

Biram Dah Abeid: Ira-M existe depuis 2008, ce qui fait d’elle, chez nous, la plus jeune Ong de défense et de promotion des droits humains. J’aimerais que la question sur les acquis de l’Ira-M soit posée aux citoyens ; vous devriez leur demander pourquoi ils en ont choisi les dirigeants au détriment de tous les autres, plus anciens sur la scène. Je pense qu’il nous revient d’avoir démystifié la peur parmi les noirs, parmi les opprimés, décomplexé leur jeunesse et transformé l’espoir vacillant en espérance de conquête, fierté virile. Nous sommes sans doute les premiers contestataires à rassurer le groupe dominant, notamment sa frange éduquée, que l’égalité et l’équité sont le prix raisonnable de la paix. Nous misons, à présent, sur le succès de cette idée, pour nous épargner les larmes, le chagrin et la ruine consécutifs à toute révolution.

Propos recueillis par
Cheikh Aïdara