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Des cas importés aux cas communautaires : la Mauritanie face à la spirale du Covid-19

A la date du 18 avril 2020, la Mauritanie brandissait un poing de victoire. Zéro cas de Covid-19. C’était le bilan triomphaliste du jour, bien que les services de santé continuaient à appeler à la vigilance. Car, l’état de grâce n’allait pas peut-être perdurer. En effet, il n’a pas perduré, car en l’espace de vingt-quatre heures, entre la nuit du 12 mai et celle du 13 mai 2020, le pays enregistrait coup sur coup 7 cas de Covid-19… Un record jamais enregistré. Et la peur commence à s’installer, car maintenant le virus circule dangereusement dans la communauté. Le scénario catastrophe.

Les cas communautaires, le scénario redouté (Crédit Aidara)

Aujourd’hui, la Mauritanie comptabilise 17 cas de Covid-19, dont deux décès, huit guéris et sept positifs. Le premier cas, un expatrié travaillant à Taziast a été détecté le 13 mars 2020, un cas importé. Un deuxième cas sera signalé le 18 mars, une domestique étrangère de retour en Mauritanie. Encore un cas importé. Le 26 mars, le pays enregistre son troisième cas. Un Mauritanien de 74 ans rentré au pays à bord du vol d’Air France du 15 mars et qui allait contaminer son épouse. Toujours, cas importé.

Le 4ème cas est celui d’une femme, franco-mauritanienne de 48 ans, revenue de France à bord de ce même vol, Air France du 15 mars 2020, et dont l’atteinte au Covid-19 ne sera diagnostiquée qu’après son décès alors qu’elle était en confinement. Un cas encore importé. Le 5ème cas, un Mauritanien de Kaédi qui avait traversé les frontières en provenance du Sénégal et diagnostiqué positif le 28 mars.

Le 18 avril 2020, tous les suspects sont déclarés guéris. La Mauritanie ne comptait plus officiellement à cette date aucun cas de Covid-19. Petit à petit, le nombre de personnes en confinement se rétrécissait. A la date du 11 mai 2020, la Mauritanie se réjouissait n’avoir plus qu’une soixantaine de personnes en confinement sur l’ensemble du territoire…

Le monde entier célébrait la performance mauritanienne, le pays faisant la UNE des journaux du monde dans le combat presque remporté contre le Covid-19, alors que dans les pays voisins, la pandémie faisait des ravages. Mais, patatras !

Le 12 mai 2020, la Mauritanie signalait son sixième cas de Covid-19. Un homme d’affaires de 63 ans, gérant d’une épicerie réputée à Nouakchott. Hélas, son cas ne sera diagnostiqué qu’après son décès. Le deuxième enregistré dans le pays. Les autorités procédèrent à la fermeture du centre commercial, placèrent les employés et la famille du défunt en confinement.

Le 13 mai, lors des tests effectués sur les 31 personnes en confinement, quatre membres de la famille sont testés positifs. Durant la même soirée, deux autres cas sont détectés, à Arafat puis à Teyarett, deux départements du District de Nouakchott, portant à 7 le nombre de cas détectés en moins de 24 heures. Seulement cette fois, l’inquiétude semble légitime, car il s’agit de cas par contamination communautaire. Le scénario catastrophe que tout le monde redoutait. Avec un virus qui circule désormais entre les résidents de Nouakchott, la peur d’une spirale incontrôlée de la pandémie devient latente.

Bien que le Président Mohamed Ghazwani, dans un tweet publié dans la soirée cherchait à apaiser l’opinion, en déclarant que «la situation est sous contrôle », il est difficile pour les services de la santé de cerner toutes les personnes avec lesquelles ces 7 nouveaux cas étaient en contact.

Les habitants de Nouakchott qui se réjouissaient depuis quelques jours de l’allègement des mesures de confinement, avec l’ouverture des marchés, le recul de l’heure du couvre-feu, et qui s’attendaient à l’ouverture des écoles, la reprise de la circulation entre les villes, pourraient bien déchanter. Le couperet est imminent. Un retour à des mesures plus draconiennes est attendu, pour circonscrire un mal qui commence à se diffuser silencieusement et sournoisement dans le tissu social.

Cheikh Aïdara


Violences basées sur le genre : les barbus montent de nouveau au créneau

Le Conseil des ministres, au cours d’une réunion extraordinaire, mercredi 6 mai 2020, a approuvé le projet de loi sur les violences basées sur le genre (VBG), loi qu’il compte soumettre aux députés, après deux tentatives infructueuses en 2016 et en 2018. Cette fois-ci, l’éxécutif a pudiquement rebaptisé cette loi, « Loi sur les violences faites aux femmes et aux filles », évitant soigneusement le terme « genre » qui avait fait lever les boucliers des radicaux, et qui explique en partie les différents retraits du texte pour amendement. Même avec ce subterfuge, les infatigables barbus radicaux, hostiles à cette loi montent de nouveau au créneau.

Cela fait des années que les organisations de la société civile, appuyées par un pool de partenaires au développement, font des pieds et des mains, pour l’adoption d’une loi contre les violences basées sur le genre (VBG). Avec cette loi sur les VBG, la Mauritanie est ainsi assise, entre d’une part, l’enclume d’une communauté internationale, notamment le Conseil des droits de l’Home des Nations Unies et la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples, qui à chacune de leur session réitère leur exigence de voir cette loi adoptée,  et d’autre part, le marteau d’un clergé local dont une importante partie est hostile à toute loi qui donnerait des droits supplémentaires à la femme, en particulier en matière de ce qui est connu dans le corpus juridique islamique, comme la « Qawama »,  c’est-à-dire, ce tutorat de l’home, qu’il soit époux ou proche parent (père, frère, oncle, etc.) sur la femme et que le projet de loi cherche à bannir.

Les étapes du nouveau projet de loi

La loi sur les VBG qui a été retirée à deux reprises par le gouvernement, sur la base des observations émises en 2016 puis en 2018 par les commissions spécialisées de l’Assemblée Nationale, se présente dans sa version actuelle sous de nouveaux habits. Le gouvernement a bien pris le soin d’en changer l’intitulé. De « Loi sur les violences basées sur le genre », elle est passée à « Loi contre les violences faites aux femmes et aux filles », car le terme «genre » utilisé dans les deux premières versions est l’une des causes de son rejet par la majorité conservatrice des députés.  Ainsi, le terme « genre » a été banni dans tous les articles du nouveau projet de texte.

Le projet de loi actuel qui doit être soumis incessamment à l’Assemblée Nationale est composé de cinq chapitres, comme les textes précédents, mais au lieu de 74 articles dans la version 2018, le nouveau texte ne comporte que 55 articles. L’article 1er sur l’objectif de la loi stipule qu’elle « a pour objet de prévenir les violences contre les femmes et les filles, d’établir les procédures légales susceptibles de protéger les victimes, de réparer leur préjudice et de réprimer les auteurs ».

Pour assurer l’adoption du nouveau projet de loi par les députés de l’Assemblée Nationale, le gouvernement avait mis sur pied une Commission de contrôle tripartite comprenant les ministres concernés (Affaires Sociales, Justice, Commissariat aux Droits de l’Homme). Cette commission s’est attelée à toiletter le texte initial pour le débarrasser de tous les articles objets de controverses de la part des Ulémas, des Imams et des députés. Cette commission s’est réunie à plusieurs reprises avant d’arriver à une version finale provisoire.

Il a été rajouté au nouveau texte une petite introduction sur les motifs de la loi, avec des arguments tirés de certains versets et hadiths. Une fois le brouillon du texte achevé, il a été transféré au Haut Conseil de la Fatwa, sorte de Haut Conseil Islamique chargé de valider tous les textes de loi avant leur approbation par l’Assemblée Nationale. Ce conseil a aussi ciselé plusieurs articles, ce qui explique que le texte qui était composé de 74 articles, s’est retrouvé avec 55 articles.

Les changements opérés

Dans le nouveau texte, plusieurs articles ont été modifiés et des concepts redéfinis, surtout ceux ayant fait l’objet de controverses et de rejets, en 2016 puis en 2018. L’un des articles qui a été supprimé porte sur les sanctions de 6 mois à 1 an contre le mari qui impose à son épouse un certain comportement ou attitude.

Le nouveau texte donne des définitions dans son article 2. Ainsi, la « victime », c’est « la femme ou la fille agressée », le « viol », « tout acte de pénétration sexuelle de quelque nature qu’il soit, en dehors du mariage,  commis sur une femme ou une fille, par violence, contrainte, menace ou surprise ». Donc le viol conjugal n’est pas interdit par le nouveau projet de loi. Le harcèlement sexuel est lui défini comme « le fait d’imposer à une femme ou à une fille, des propos ou agissements répétés, ou attouchement, à connotation sexuelle qui, soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante ». Ici, le viol sur les garçons semble n’avoir pas été pris en compte par le texte de loi.

Le viol incestueux est défini quant à lui, comme toute relation sexuelle forcée sur une femme ou une fille de la part d’un homme qui ne peut juridiquement la marier (père, frère, oncle, neveu, etc.)

Le texte qui est aujourd’hui disponible considère cependant que les violences contre les femmes et les filles constituent un crime imprescriptible.

Un texte plus clément pour les auteurs

Le nouveau projet de loi sur les VBG est considéré comme plus clément pour les auteurs de violences contre la femme et la fille en termes de condamnations par rapport aux versions de 2016 et de 2018. Pratiquement, la plupart des condamnations ne vont pas au-delà d’un an ou deux.

Parmi les actes punis comme crimes, le viol et le viol incestueux (10 à 20 ans), la privation d’héritage (1 à 2 ans), coups et blessures (peines prévues dans le Code pénal art. 285 à 287 avec possibilité pour la femme de demander le divorce), les mutilations génitales féminines (6 mois à 1 an), la séquestration (2 à 6 mois), le harcèlement sexuel (2 mois à 1 an), le mariage des enfants (6 mois à 1 an), le chantage (3 mois à 1 an), les insultes (11 jours à 1 mois), la non-dénonciation (1 à 3 mois), imposition d’un comportement impudique (6 mois à 1 an), privation d’exercice de droits (1 à 2 ans), le refus d’enregistrement à l’Etat civil de l’acte de mariage ou actes de naissances des enfants (6 mois à 1 an).

Le projet de loi retient comme preuve du viol à l’encontre des femmes et des filles l’analyse ADN.

Les amères expériences de 2016 et 2018

Le premier projet de loi sur les VBG de 2016 avait soulevé à son époque un gigantesque tollé aussi bien dans les deux hémicycles du Parlement mauritanien (Sénat et Assemblée nationale) qu’au sein de l’opinion publique. Ce texte n’avait d’ailleurs pas dépassé le seuil de la Commission parlementaire chargée de son étude et le gouvernement a été sommé de relire son papier.

En 2018, rebelote, le gouvernement ayant révisé sa copie, le nouveau texte allait connaître le même sort de la part des parlementaires et le gouvernement fut obligé pour la deuxième fois de retirer son texte. Il est à rappeler que ce texte de 2018 devait être présenté devant les parlementaires par la Ministre des Affaires Sociales de l’époque, Fatimetou Habib, mais tellement le contexte était effrayant qu’elle n’eut pas le courage de défendre son texte, poussant l’actuel ministre de la Justice, Dr. Haimoud Ramadhan, alors simple conseiller du Ministre de la Justice à l’époque, de monter aux charbons pour présenter le texte devant le Parlement.

Voilà que le 6 mai 2020, le gouvernement mauritanien est revenu à la charge en adoptant un troisième document portant loi contre les violences faites aux femmes et aux filles, après avoir changé son intitulé, réduit le nombre de ses articles et soumis le texte au Haut Conseil de la Fatwa. Ce nouveau document aura-t-il plus de chance de passer à travers la censure des députés de l’Assemblée Nationale, ou est-ce qu’il va connaître la même infortune que les textes qui l’ont précédé ? Les semaines à venir sont pleines d’incertitude.

Cheikh Aïdara


Administration territoriale, le plus large mouvement de l’histoire et le plus décrié par une certaine frange

Les nominations opérées au niveau de l’Administration territoire au cours du Conseil des ministres du jeudi 30 avril 2020 sont les plus vastes connues à ce jour. Alors que les partisans du pouvoir de Mohamed Cheikh Ghazwani considèrent ce mouvement comme le plus important jusque-là opéré depuis sa prise de pouvoir, et qu’il a été caractérisé par le rajeunissement de l’administration territoriale, les détracteurs voient par contre à travers ces nominations fleuves une grave atteinte à l’unité nationale et à la cohésion sociale eu égard au peu de places accordées aux Négro-mauritaniens.

Le Ministère de l’Intérieur vient d’opérer le plus vaste mouvement de l’administration territoriale sous l’ère Ghazwani. Un remaniement décidé au cours du Conseil des Ministres du jeudi 30 avril 2020 et  qui a touché plusieurs régions du pays, mais qui a aussi fait couler beaucoup d’encre. Nominations de Walis, de Walis Mouçaid, de Hakems et de leurs adjoints, de chefs d’arrondissement, de directeurs de cabinets, de conseillers et de chargés de mission. Au total, plus d’une centaine de changements au niveau du commandement, tant au niveau central qu’au niveau local. Il y a eu des permutations, des nouveaux promus, des promotions et des départs.

Pour les partisans de Mohamed Ghazwani, ce changement constitue l’une des premières mesures prises par un pouvoir qui cherche à placer ses hommes de confiance et à rompre avec un héritage laissé par l’ancien pouvoir. Parmi les nouveaux promus au niveau de l’administration territoriale, plusieurs jeunes issus des dernières promotions de l’Ecole Nationale d’Administration qui font leurs premiers pas dans le commandement, mais aussi plusieurs fonctionnaires qui dormaient au niveau de l’administration centrale sans aucune charge.

Débat autour des quotas

Ce remaniement massif au niveau de l’administration territoriale anime les débats dans les réseaux sociaux. La polémique enfle d’une manière jamais égalée, au point que de virulentes empoignades commencent à attiser les flammes communautaristes et les tensions sociales. Pour la communauté négro-africaine, ces nominations ne sont qu’un continuum d’un «système raciste et raciale qui consolide la mainmise de la communauté maure sur les commandes de l’Etat au détriment des autres composantes de la Nation».

Sur ce plan, les comptes sont tout de suite faits. Sur les 18 Walis et Walis Mouçaid, seuls 3 négro-africains ont été promus. Sur les 13 chargés de mission, les négro-africains ne sont que 4, zéro sur 5 au niveau de l’Inspection interne, 1 négro-africain sur les 7 attachés de cabinet, 1 négro-africain directeur sur les 16 directeurs nommés, 2 sur 9 conseillers. Sur les 19 conseillers et directeurs de cabinet au niveau des Wilayas, un seul négro-africain, 7 négro-africains sur les 69 Hakems, Hakems Mouçaid et Chefs d’Arrondissement, avec un 1 seul Hakem négro-africain.

Ainsi, sur un total de 163 nominés, les Négro-africains ne sont que 18, soit à peu près 11% des postes, contre 89 % occupés par leurs compatriotes maures.

Donc, le dernier remaniement au niveau de l’administration territoriale n’a fait que raviver un vieux et  éternel débat en Mauritanie autour de la représentativité communautaire dans un pays déchiré par des tensions sociales et raciales. Certains n’ont pas hésité à reprendre la terminologie «Apartheid» collée à la Mauritanie et que les élites négro-africaines et Harratines ne cessent de dénoncer.

La question genre complètement occultée

Beaucoup de féministes voient pour la plupart d’entre elles, à travers le dernier mouvement au sein de l’Administration territoriale, une note martiale et masochiste, eu égard au peu de femmes qui ont été promues. Avec zéro femme au niveau des chargés de mission, deux femmes conseillères sur 9 et 1 femme à l’Inspection Interne sur 5, la gente féminine semble ainsi être les moins visibles dans l’administration du Ministère de l’Intérieur. Elles ne sont en effet que 5 au niveau central, contre Zéro Wali, zéro Wali Mouçaid, 1 seule conseillère de Wali et 3 Hakems, Hakem Mouçaid sur un effectif de 70.

Cheikh Aïdara


Covid-19, les éleveurs du Guidimagha soutenus par plusieurs ONGS lancent un SOS de désespoir

Le 15 avril 2020, le président Mohamed Ould Ghazwani lançait un plan d’urgence de 1, 2 milliards MRU (32 millions de dollars U.S) pour sauver le cheptel, durement frappé par une sècheresse endémique, l’inexistence de pâturage, la rareté de l’eau et la forte concentration du bétail dans les régions boisées du Sud du pays. Depuis plus d’une semaine, les éleveurs attendent toujours d’avoir accès aux aliments de bétail enfermés dans des magasins, tandis que les volets hydrauliques et santé animale du plan d’urgence restent encore un vœu pieu. Les ONGs du Guidimagha lancent de nouveau un appel pressant pour sauver un monde rural durement frappé par la soudure et le confinement dû au Covid-19.

Transhumants à la recherche de pâturage (Crédit Aidara)

Plus d’une dizaine d’organisations de la société civile actives dans la Wilaya du Guidimagha viennent de lancer un deuxième SOS pour attirer l’attention des autorités publiques sur la situation catastrophique du monde rural, en particulier les éleveurs, dont le bétail est menacé de décimation, faute de nourriture et d’eau.

Mohamed Lemine (Crédit Aidara)

«Depuis une semaine je fais le va-et-vient entre le campement et Sélibaby pour voir si les magasins ont commencé à vendre l’aliment de bétail. Les camions envoyés par Ghazwani sont arrivés depuis plusieurs jours mais leur contenu est enfermé dans des magasins, on ne sait pas pourquoi. Au lieu de les distribuer aux éleveurs dont le bétail est menacé, on nous renvoi de rendez-vous en rendez-vous » confie (via téléphone) Mohamed Lemine, un éleveur dont le troupeau de bovins et de caprins paissent à quelques kilomètres de la ville sur la route vers Gouraye.

La région du Guidimagha, l’une des plus exposées à la pandémie du Covid-19 en raison de sa position géographique entre deux foyers de danger, le Mali et le Sénégal, est surtout le lieu de haute concentration de bétails venus de plusieurs autres régions du pays, Assaba, Brakna, Gorgol, Tagant et Trarza. Habitués à traverser le Guidimagha pour transhumer vers le Sénégal et le Mali, les éleveurs sont ainsi coincés par la fermeture des frontières et le confinement. Résultat, en l’absence de pâturage, le cheptel dont des milliers de camelins, de bovins et de caprins sont en train de décimer le couvert végétal, tandis que les coupes d’arbres de chauffe se multiplient sous l’assaut des familles d’éleveurs installés partout dans cette vaste région, hier, fière de sa luxuriante végétation/

Le président de l’ONG ADIG s’entretenant avec des éleveurs (Crédit Aidara)

Ainsi, l’après Covid-19 risque d’être désastreuse pour les ressources ligneuses de la région. Le constat est fait par les ONGs qui, après plusieurs missions de terrain, n’ont cessé depuis quelques jours de tirer la sonnette d’alarme sur «une situation plus que préoccupante à tous les niveaux, eaux-santé animale et aliment de bétail» témoigne Hamada Bneijara, président de l’Association pour le développement intégré du Guidimagha (ADIG).

D’importants financement ont pourtant été dégagés par les autorités mauritaniennes pour sauver un secteur pastoral fortement menacé et dont le poids dans l’économie nationale est considérable.

Faute de pâturage, les animaux mangent du sable (Crédit Aidara)

En effet, l’Etat a débloqué 30 millions MRU pour l’hydraulique pastoral, plus de 834 millions MRU pour l’aliment de bétail, plus de 20 millions MRU pour la santé animale et plus de 222 millions MRU pour la mise en œuvre du Plan d’urgence, lequel Plan d’urgence a perdu toute sa valeur d’urgence, après une semaine sans le début de la moindre mise en œuvre de cet ambitieux programme.

«Si l’engagement politique est réel, la traduction de l’engagement du Président de la République en actes sur le terrain fait défaut» note Bneijara qui constate que «les éleveurs sont dans le besoin par rapport aux trois composantes du programme, une composante Aliment de bétail disponible mais non accessible encore aux bénéficiaires, épuisés par d’incessants aller-retour entre leur campement et le centre ville, deux composantes Eaux et Santé animale dont le démarrage est toujours attendu

Cheikh Aïdara

Guidimagha : Appel à l’exécution immédiate du programme pastoral spécial

Plus que toute autre région de la Mauritanie, le Guidimakha se trouve être le plus exposé à la pandémie du COVID-19, en raison de sa position transfrontalière et de sa vocation migratoire principalement orientée en Europe, épicentre de la pandémie. Pour contribuer à ce sursaut national, les OSC du Guidimakha signataires de la présente déclaration se sont rendus sur le terrain pour s’enquérir de la situation du pastoralisme en cette période de confinement.

La fermeture des frontières dans le cadre des mesures prises pour endiguer la Pandémie ont affecté gravement les éleveurs transhumants et leurs troupeaux qui avaient traditionnellement l’habitude de transhumer, bon an et mal an, vers le Mali et le Sénégal à la recherche de pâturages.

Cette fermeture intervient au moment où le Guidimakha est convoité par tous les cheptels venus de plusieurs régions du Pays (Assaba, Brakna, Gorgol, Tagant et Trarza). Cette concentration animalière a des effets tant sur la disponibilité des ressources herbacées que sur l’environnement, dans un contexte de rareté d’eau et d’absence de services vétérinaires.

Le manque de pâturage et le retard de la mise en œuvre du plan de réponse pastoral ont poussé les éleveurs à opérer d’importantes coupes d’arbres pour nourrir leur bétail. Ceci constitue une sérieuse menace pour la sauvegarde des ressources ligneuses de la région.

Les organisations signataires à la suite de la mission de terrain constatent que la situation pastorale est préoccupante à tous les niveaux : Eau – Santé et Aliment de bétail.

Pourtant, d’importantes sommes ont été mobilisées par les Pouvoirs Publics pour ce secteur vital pour notre économie.Le tableau suivant donne les explications sur leur volume :

Hydraulique pastorale 30 000 000 MRU
Aliment de Bétail 834 513 240 MRU
Santé animale 20 719 000 MRU
Mise en Œuvre 222 000 000 MRU

Le Président mauritanien, Mohamed Ould Cheikh El GHAZOUANI, a lancé, ce  vaste Programme pastoral d’urgence visant à venir en aide aux éleveurs pendant cette période de soudure après une saison pluvieuse infructueuse. Par cet acte, nous constatons un engagement politique de haut niveau.

Egalement, nous constatons que les éleveurs sont dans le  besoins de ces trois composantes. La composante Aliment de Bétail est disponible  mais non encore accessibles aux bénéficiaires, déjà épuisés par d’incessants mouvements du terroir aux centres de vente. Cette dernière doit démarrer immédiatement pour sauver le cheptel et réduire la pression sur l’environnement.

Les deux autres composantes (Hydraulique pastorale et Santé animale) doivent elles aussi démarrer d’autant plus que nous sommes à la veille de la saison des pluies. Nous devons enfin veiller dans un souci de transparence et d’efficacité penser à  l’implication effective  de la Société Civile.

Liste des OSC signataires

Union des Coopératives des Femmes du Guidimakha (UCFG)
Forum des Organisations Nationales des Droits Humains (FONADH)
Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH)
Association pour le Développement Intégré du Guidimakha (ADIG)
Association pour une Initiative de Développement de l’Environnement (AIDE)
Action pour la Santé et le Développement (ACSADE)
Association Mauritanienne pour le Développement et l’Alphabétisation (AMDA)
Association pour la Prospérité des Femmes du Guidimakha (APFG)
Association des Jeunes pour la Protection de l’Environnement et le Développement(AJPED)
Association Towvigh
Association  Mauritanienne pour la Promotion des Adolescents (AMPA)
Association Les Amis de la Santé Avagh
Association Elwava
Groupe Recherche Action pour le Développement Durable (GRADD)
Association Pour l’Education et Promotion Sociale (APEPS)
Association Djalaw
Association Nationale pour le Développement et la Biodiversité (ANDB)