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Mauritanie : l’opposition divisée ne parvient pas à présenter un candidat unique

L’opposition, en rang dispersé, a raté le coche. Pourtant, le choix d’un candidat unique était possible. Mon avis sur chacun des candidats.

Si l’opposition avait eu l’égo de ses leaders dont chacun veut se prouver, même s’ils savent pertinemment qu’ils ne font pas le poids dans cette présidentielle cruciale pour l’avenir du pays, le choix d’un candidat unique aurait été l’option idéale pour un changement historique, celui attendu par tout un peuple. Qui d’autre que Birame Dah Abeid aurait été le meilleur choix ?

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Palais présidentielle mauritanien. Crédit : Wikipédia commons

Certains n’hésiteront pas à taxer le porteur d’une telle opinion de parti pris pour annoncer que le candidat que l’opposition aurait pu choisir en toute logique pour affronter Ould Ghazouani dans cette présidentielle décisive de juin 2024 est sans contexte Birame Dah Abeid. Cette assertion nullement subjective repose sur des faits et des chiffres.

Birame, le candidat le mieux indiqué

Objectivement, le député et président du mouvement IRA, Birame Dah Abeid, est de loin le candidat le plus sérieux pour apporter l’alternance souhaitée si toutes les forces vives qui œuvrent pour le changement s’étaient liguées autour de sa candidature.

Deux fois deuxième derrière les tenants du pouvoir, lors de la présidentielle de 2014 face à Mohamed Abdel Aziz et celle de 2019 derrière son successeur Ould Ghazouani, Birame est parmi les candidats jusque-là déclarés, celui qui peut se targuer d’un actif politique et « droit de l’hommiste » le plus pesant. 

Sa popularité politique, malgré les massives fraudes électorales, est allée crescendo. Quelques 10.000 voix lors de la présidentielle de 2014, 40.000 voix lors de la députation de 2018 où il alla du cachot au Parlement, 200.000 voix lors de la présidentielle de 2019, 80.000 voix lors de la mascarade élection législative de 2023 où il est parvenu à entraîner avec lui 4 autres députés de sa mouvance.

Il est surtout l’artisan de l’apaisement politique en Mauritanie, alors que les affrontements post-présidentiels de 2019 étaient inéluctables entre des Mauritaniens frustrés par la grande mascarade électorale qui a permis à Ghazouani de remporter la présidentielle et l’armée qui s’était déployée dans les quartiers de Nouakchott.

Depuis son arrivée sur la scène en 2008, en tant que leader du mouvement antiesclavagiste IRA, et fort d’une expérience au sein de SOS Esclaves et de la Commission nationale des droits de l’homme, il est parvenu en l’espace de quelques années à se faire une renommée nationale et internationale incontestée. S’il a gagné sur le front intérieur ses galons en forçant des avancées significatives sur le plan des droits de l’homme, notamment la lutte contre l’esclavage, cette lutte interne lui a valu ses grades sur le plan international. Birame a raflé pratiquement tous les prix des droits de l’homme, dont le Prix des Nations Unies. Reçu dans les plus prestigieux parlements du monde, notamment au Congrès américain et au Département d’Etat, en France, en Belgique, en Suisse, il a figuré à deux reprises sur la liste des 100 personnalités les plus influentes au monde. Il garde également sur sa poitrine l’insigne d’honneur de l’opposant mauritanien le plus emprisonné dans l’histoire politique du pays. 

Aujourd’hui, son aura prend une plus grande envergure, avec le ralliement à sa cause de la communauté maure, alors qu’il ne bénéficiait auparavant que de l’apport de la couche négro-mauritanienne et celui de la communauté harratine, en particulier.

L’annonce de sa candidature mercredi 24 avril 2024 à l’ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott en est la plus parfaite illustration. La grande salle des spectacles ainsi que les arrières cours de cette énorme bâtisse avaient refusé du monde, tellement était gigantesque l’affluence d’une foule arc-en-ciel venue des quatre coins de la capitale et de certains recoins reculés du pays. 

Fiasco d’un candidat unique

Les efforts qui ont été déployés récemment sur initiative de la CVE pour un candidat unique a malheureusement échoué du fait d’une absence de consensus autour de cette option qui aurait rendu plus de service à l’opposition que cet émiettement dans ses rangs.

En effet, la majorité des candidats qui ont jusque-là annoncé leur candidature à la présidentielle du 29 juin prochain ou ceux qui ont l’intention de la déclarer sont politiquement inconnus sur la scène politique. Certaines candidatures ont même un élan fantaisiste et folklorique.

Mais sous cette configuration de candidatures éclatées de l’opposition, certains noms sortent du lot par l’envergure de ses porteurs.

El Id MBareck

Candidat de la coalition Espoir, Me El Id MBareck est un jeune avocat de 45 ans, député à l’Assemblée Nationale, connu pour ses années de défense des opprimés. Me El Id MBareck est décrit comme un homme d’une grande valeur morale, un homme de principe qui compte beaucoup d’admirateurs et de sympathisants, à cause de ses prestations de haut niveau et de ses critiques acerbes contre les dérapages des pouvoirs en Mauritanie sous la coupole de l’Assemblée Nationale. Il a été élu deux fois à la députation, en 2018 sous les couleurs du RFD et en 2023 sous celle de la Coalition Espoir après son départ du RFD.

Même si la Coalition de l’Espoir qui porte sa candidature a engrangé un important score lors des élections générales de 2023, la réalité de la présidentielle diffère des scrutins locaux et partiels. Il ne s’agit pas des mêmes enjeux.

A rappeler que Me El Id MBareck avait annoncé sa candidature à la présidentielle lors d’une cérémonie organisée en grande pompe au Palais des Congrès de Nouakchott le 2 mars 2024.

Bâ Mamadou Bocar

Président nouvellement élu de l’AJD/MR en janvier 2024, en remplacement de Ibrahima Moctar Sarr, charismatique ancien président et figure de proue de cette formation politique négro-mauritanienne pendant plus de deux décennies, Bâ Mamadou Bocar, député et vice-président du parti avant son élection, part avec un handicap de taille. Son divorce presque consommé avec la CVE pourrait lui être fatal. Grâce à ce consortium, son parti était en effet parvenu à obtenir plusieurs conseillers municipaux et régionaux ainsi que 4 députés à l’Assemblée nationale lors des élections générales de mars 2023.

Le clan de Bâ Mamadou Bocar qui puise son électorat essentiellement dans le milieu Pulaar pourrait ne récolter que des miettes, vu l’éclatement de cet électorat entre la quasi-totalité des autres candidats.

Ahmed Ould Haroune Ould Cheikh Sidiya

Issu d’une des plus grandes familles maraboutiques du pays, avec comme fief Boutilimit, un clan qui a toujours voté pour le candidat du pouvoir après un démarcage de toute opposition après l’expérience des années 90 où le Trarza tout entier avait voté Ahmed Daddah, Ahmed Ould Haroune Ould Cheikh Sidiya peut être décrit comme atypique. Foncièrement opposé au pouvoir de Ghazouani, il prône un changement radical du système politique et de gouvernance en place.

Il a été arrêté en octobre 2021 lorsque conseiller du ministre de la Justice, il avait divulgué l’existence d’un document de corruption que le président Ghazouani avait étouffé. Il sera démis de ses fonctions plus tard suite à un tweet critiquant le pouvoir. 

Il a annoncé sa candidature le 16 avril 2024 au cours d’une conférence de presse organisée à Nouakchott.

Sans carrière politique et n’ayant jamais bénéficié d’un mandat électif, ce magistrat mu par ses seuls principes face à la prévarication ambiante, pourra glaner quelques voix mais pas de quoi inquiéter le candidat du pouvoir. Le dossier constitutif d’un parti politique dénommé « Mouvement de libération et de développement » qu’il porte, dort encore, comme beaucoup d’autres, dans les tiroirs du Ministère de l’Intérieur et attend depuis décembre 2023 un récépissé de reconnaissance.

Hamidine Moctar Kane

Hamidine Moctar Kane, économiste et expert en intelligence économique avait annoncé sa candidature à la présidentielle de juin 2024, le 22 février dernier. Seulement, c’est un parfait inconnu sur la scène nationale et c’est la toute première fois que les Mauritaniens en entendent parler. Il semble oublier qu’il ne suffit pas d’être un excellent technocrate pour tenir le challenge dans une élection où la popularité est le premier critère de succès.

Déconnecté des réalités du pays, puisqu’il vit depuis de longues années à l’étranger, Hamidine Kane aurait dû d’abord se frotter aux dures conditions dans lesquelles vivent ses compatriotes, faire ses armes sur le terrain de la revendication socioéconomique, politique et culturelle, se frotter pendant plusieurs années à ses concitoyens, glaner des actifs dans le combat contre l’injustice, se faire un nom et gagner en popularité, avant de vouloir prétendre aux voix des Mauritaniens.

Nourredine Mohamedou

Jeune informaticien de 43 ans, Nourredine Mohamedou est connu pour sa verbe antisystème. D’apparition récente sur la scène nationale, après quelques années passées en France, il porte la fougue des jeunes bourgeois maures écœurés par la situation socioéconomique et politique du pays et la gabegie galopante qui saigne les finances publiques et engraisse les prédateurs de la République.

Nourredine Mohamedou porte les idéaux d’une partie de la jeunesse mauritanienne et la fièvre d’un changement profond qu’il revendique avec les armes de l’intellect. Mais sur le plan pratique, malgré des ambitions politiques affichées qu’il compte imposer à travers un projet politique en gestation « Mauritanie En Avant », il devait attendre l’âge de la maturité, celle nourrie aux sources de l’expérience et de la lutte sur le terrain pratique de la confrontation. Nul changement ne peut intervenir dans un cocon de luxe et des discours grandiloquents. 

Ely Cheikh Ould Hadramy Ould Momma

C’est le jeudi 28 mars 2024 que Ely Cheikh Ould Hadramy Ould Momma, annonça sa candidature pour la présidentielle de 2024. Fils d’une famille Soufi de renommée, dont le père fut gouverneur sous Ould Taya, il est inconnu sur la scène politique et n’a aucune expérience dans le domaine, comme si le seul nom de sa famille suffisait pour lui donner toute la prétention requise pour accéder à la magistrature suprême.

Comme tous ceux qui cherchent à faire adhérer les Mauritaniens à leur aventure présidentielle, il a accompagné l’annonce de sa candidature par des déclarations « copié-collé » du genre, « le pays aujourd’hui vit une réalité insupportable qui est le résultat naturel de décennies de mauvaise gestion systématique, de l’exclusion complète du citoyen et du déni de ses droits de la part des élites de l’État profond ».

Et il promet d’examiner « en profondeur la gestion des énormes richesses de la nation et d’impliquer le citoyen dans sa gestion et sa rationalisation d’une manière qui profite à tous ». Un discours qui se retrouve partout 

Mohamed Lemine Mourteji El Wavi

Fonctionnaire au Trésor Public mauritanien, ce jeune homme de 45 ans, Mohamed Lemine Mourteji El Wavi, peut compter sur un actif, sa course à la présidentielle de 2019 où il obtint 0,40% des voix. Son souci, c’est l’éducation et son ambition d’introduire les langues nationales et étrangères dans l’enseignement, mais surtout son désir de forcer le changement en donnant à la jeunesse les clés de ce renversement générationnel.

Son absence d’expérience en matière politique et son statut de parfait inconnu sur la scène nationale, en font le porteur d’une candidature par effraction. 

Mohamed Ould Mounir

Ancien fonctionnaire des Nations Unies, universitaire et docteur en science politique, observateur de la scène politique, Mohamed El Mounir est engagé dans son combat avec des amis pour impulser une dynamique de réformes. Parmi ses soutiens, des noms bien connus comme Abderrahmane Ould Yessa ou encore l’ancien ministre et président de la CENI de 2018-2019 Mohamed Vall Ould Bellal.

Le courant politique baptisé « La Majorité Silencieuse » qu’il dirige pense que la compartimentation actuelle du schéma social entre une élite minoritaire et corrompue, repliée derrière ses richesses et ses privilèges et une masse silencieuse, colérique et appauvrie, ouvre la voie vers l’autodestruction du pays. 

Mais ici comme ailleurs, le combat intellectuel derrière des salles feutrées et des pupitres au docte discours ne remplace pas le combat de terrain et n’offre aucune chance dans une élection où le votant choisit celui qu’il connaît et qui a partagé sa souffrance.

Les autres candidats

Plusieurs autres candidatures se sont manifestées, dont les porteurs semblent, pour certains, être mus par l’unique désir de voir leur nom évoqué ou simplement effleuré. C’est le cas de Dr Mohamed Cheikh, universitaire, militant médiatique et analyste politique mauritanien, Dr Khadijetou Mint Sidna et Belinda Fall, auteure et femme d’affaires, Moussa Bocar Mohamed dit Guelogal Bâ, connu dans le milieu culturel, et l’ancien officier de l’armée, Sidi Ould Bilal. 

Il y a surtout la candidature très logique et jugée opportune du très dynamique Ahmed Ould Samba, cadre des Finances, ancien militant au sein du parti AC et jeune benjamin durant les combats politiques les plus saillants du leader harratine, Messaoud Ould Boulkheir. 

Cheikh Aïdara


Birame Dah Abeid, « j’annoncerai officiellement le 21 avril prochain ma candidature à la présidentielle de juin 2024 »

Au cours d’une conférence de presse qu’il a animée lundi 15 avril 2024 au siège de son mouvement à l’Ilot K de Nouakchott, Birame Dah Abeid, deux fois dauphin aux présidentielles de 2014 et 2019, a exprimé son intention de briguer la magistrature suprême lors de la présidentielle prévue en juin 2024. L’annonce officielle sera faite le 21 avril prochain au Stade Cheikha Boidya où il a promis de présenter son programme politique.

Le système électoral mauritanien et la tactique de l’opposition pour conquérir le pouvoir, mais aussi l’apologie de sa candidature comme la seule capable d’installer l’alternance politique en Mauritanie, ont été au centre de la conférence de presse que Birame Dah Abeid, antiesclavagiste et opposant principal au régime de Mohamed Cheikh Ghazouani, a animé le 15 avril 2024 à Nouakchott.

Gare à ceux qui ont des biens à préserver

D’emblée, Birame Dah Abeid a déclaré que cette conférence de presse est adressée au peuple mauritanien et aux tenants du pouvoir. Aussi bien ce peuple opprimé et ostracisé que ceux qui jouissent des privilèges de la puissance de l’Etat et qui ont des biens ainsi qu’une position à protéger. Selon lui, seuls la sécurité et la stabilité à travers une justice équitable peuvent assurer cette paix sociale que tout le monde recherche. Pour cela, il faudrait, d’après Birame, que le citoyen lambda soit protégé contre toute forme d’injustice par la puissance de la loi et d’un appareil judiciaire équitable, qu’il peut offrir à son enfant une bonne éducation et qu’une fois diplômé, cet enfant peut accéder à un emploi et gravir les échelons par ses seules compétences. Un citoyen convaincu qu’il a accès à de bons services de santé et qu’il peut satisfaire ses besoins essentiels.

Selon Birame, la gouvernance actuelle basée sur l’épuisement de toutes les ressources sans aucune vision pour l’avenir et les générations futures est une gouvernance prédatrice.

Il affirme qu’il ne brigue pas la présidentielle par soif de pouvoir mais pour extirper la Mauritanie et la population mauritanienne des entrailles de la faillite étatique dont les voyants rouges se sont déjà allumés.

« Si j’avais voulu participer à la vendetta actuelle, bénéficier des privilèges liés aux nominations et ses avantages, je l’aurai obtenu, mais cela est contraire à mes convictions et à mon rêve de voir émerger une autre Mauritanie que celle que nous vivons aujourd’hui » a-t-il souligné.

Quel fonds de commerce ?

Il a aussi répondu à ceux qui soutiennent qu’il fait des Harratines et de la lutte contre l’esclavage un fonds de commerce. Il leur répond que seul l’Etat mauritanien est preneur de ce genre de marchandises. Et ceux qui ont bénéficié de ce commerce sont connus, a-t-il ajouté en substance, demandant à ses détracteurs de dévoiler les contreparties qu’il a tirées de ce business. « Par contre, ceux qui ont véritablement mené ce genre de commerce, la contrepartie qu’ils ont reçue sont bien visibles à travers leurs biens fonciers et leurs comptes bancaires » a-t-il illustré.

Du compromis et autres manœuvres politiques

Abordant le sujet relatif aux manœuvres politiques, il a déploré l’ignorance des Mauritaniens à ce sujet, d’où les railleries dont il fut l’objet durant l’apaisement politique entre lui et le régime de Ghazouani. Il donne l’exemple de l’opposant sénégalais Abdoulaye Wade et la manière dont il amadoua l’ancien président Senghor dans les années 70, à l’époque du parti unique. Il raconte que lorsque Abdoulaye Wade a demandé à Senghor de lui autoriser un parti, Senghor lui a répondu qu’il ne donne pas d’autorisation aux partis d’opposition. Abdoulaye Wade de lui répondre qu’il ne s’agit pas d’un parti d’opposition, mais d’un parti de contribution.

Contribution à quoi ? lui demanda Senghor. Contribution pour l’expérience démocratique et le progrès du Sénégal, lui répond Wade. C’est ainsi qu’est né le PDS plus tard. Ce qui n’empêcha pas Wade de maintenir de bonnes relations avec Senghor. Faisant le parallèle avec son cas, Birame de déclarer c’est exactement comme moi lorsque j’ai dit que j’ai trouvé mon ami. Une tournure mal interprétée par ceux qui ignorent les méandres cachés des manœuvres politiques.

Pourtant dit-il, la démocratie sénégalaise que tout le monde applaudit a progressé à l’ombre de ces compromis entre tenants du pouvoir et opposants, car après Wade qui entra dans le gouvernement de Abdou Diouf qu’il battit plus tard à la présidentielle, Macky Sall qui a grandi à l’ombre de Wade qu’il servit dans son pouvoir, a fini par se démarquer de lui en le battant à la présidentielle de 2012.  

Du combat armé de Kagamé et Mandela au pacifisme de Birame

Autre mythe renversé durant cette conférence de presse, cette ignorance mauritanienne par rapport au combat politique de Paul Kagamé de Rwanda et de Nelson Mandela d’Afrique du Sud brandis comme exemple de chantre de la paix, alors que lui et ses compagnons sont taxés de violents. Là également, le candidat à la future présidentielle a révélé que Paul Kagamé fut commandant du groupe rebelle, le Front Patriotique rwandais, qui a remporté la guerre civile au Rwandais et mis fin au génocide de 1994. De même que Mandela a dirigé l’aile militaire de l’ANC avant d’être arrêté et condamné à vie, avant de devenir après 27 ans de prison, président de l’Afrique du Sud. Pour Birame, le parcours de ces deux hommes s’est inscrit dans la lutte armée, alors que le mouvement IRA qu’il dirige et lui-même n’ont jamais usé de violences même sous les assauts sanglants des forces de l’ordre et de sécurité.

Qui parmi les candidats a subi le martyr pour le peuple

Birame Dah Abeid se décrit comme l’homme politique le plus persécuté en Mauritanie, celui qui a subi les pires exactions, en termes d’emprisonnement dans plusieurs pénitenciers du pays, le plus diabolisé et le plus violenté. Bref, celui qui a le plus souffert dans la défense des opprimés et pour la défense des intérêts des Mauritaniens. Quid pour les autres candidats déjà déclarés ?

La fraude est déjà programmée

Birame a cité des sources proches du pouvoir parmi ceux avec lesquels il entretient de bonnes relations qui lui ont révélé que les scores sont déjà fixés. Selon eux, il y a plus de 50% des voix qui seront réservées à Ghazouani et que le reste des voix seront dispatchées selon le gabarit électoral des autres candidats. Bref, des élections taillées sur mesure et qui seront de pures formes. Une réalité bien connue aussi bien du peuple que des partenaires internationaux conscients que la Mauritanie n’a nullement l’intention d’organiser des élections libres et transparentes. Des élections où les fonctionnaires et travailleurs du secteur privé et public ainsi que les forces armées et de sécurités seront soumis à toutes sortes de menaces, y compris le licenciement, s’ils ne votent pas pour le candidat du pouvoir. Sans compter les bureaux de vote tribaux et claniques dérobés aux regards des observateurs.

Selon lui, cette situation va perdurer tant que c’est le Ministère de l’Intérieur qui supervise les élections, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) n’étant qu’un de ses appendices à côté des Walis et des Hakems ainsi que des présidents de bureaux triés sur le volet.

Selon lui, une telle perspective prévoit des lendemains sombres pour l’Etat car le peuple acculé sur ses derniers retranchements risque d’avoir des réactions inattendues.

Une opposition mal partie

Birame soutient qu’il était favorable, à défaut d’un candidat unique pour l’opposition, à trois candidats, un candidat fort de Tawassoul issu des régions Est du pays et un candidat également charismatique des régions du Nord. Seulement, souligne-t-il, ces candidatures ne sont plus efficaces à quelques jours du scrutin présidentiel, déclarant qu’ils devaient être préparés depuis trois ou quatre ans, le temps d’être connus par le grand public.

Néanmoins, il a invité les autres candidats de l’opposition à unir leurs efforts pour se battre contre la fraude électorale par des protestations auprès des responsables de l’organisation du scrutin, puis par la protestation populaire et si cela ne suffisait pas, par un boycott concerté des échéances. Aussi, a-t-il invité les Mauritaniens à ne pas céder au désespoir et au pessimisme et de se battre pour défendre leurs voix et forcer des élections réellement libres et transparentes.

Enfin, Birame a déclaré qu’il va annoncer le 21 avril prochain au Stade Cheikha Boidya (provisoirement) sa candidature à la présidentielle de juin 2024. Lors de cette manifestation, il va étaler l’ambitieux projet politique qu’il compte soumettre au peuple mauritanien.

Cheikh Aïdara


GÉNOCIDE DES TUTSIS : TOUS LES HUTUS NE SONT PAS DES ASSASSINS

Tous les Hutus ne sont pas des assassins dans le génocide au Rwanda. C’est ce qu’a utilement rappelé le Tribunal Pénal International pour le Rwanda.

Facade du TPIR – Source Wikipedia

Maroufa Diabira, ancien Bâtonnier de Mauritanie, ancien Directeur du Bureau des Droits de l’homme des Nations Unies au Burundi et François Roux, avocat honoraire, ancien Chef du Bureau de la Défense au Tribunal Spécial pour le Liban (2009-2018) ont publié ensemble un écrit sur le génocide des Tutsis au Rwanda, sous le titre « Génocide des Tutsis : tous les Hutus ne sont pas des assassins »

Ils reprenaient par-là les propos des juges du Tribunal Pénal International pour le Rwanda où l’affaire a été portée en 1995, soit une année après les massacres qui se sont déroulés entre le 1er janvier 1994 et le 31 décembre 1994 au Rwanda, et dont le nombre de morts est estimé à 800.000 personnes tuées. Certains soutiennent qu’il y a plus d’un million de morts.

La défense procède à ses propres enquêtes sur place

Maroufa Diabira et François Roux ont été commis d’office pour assister l’ancien maire de la commune de Mabanza, préfecture de Kibuye, Ignace Bigilishema, accusé de génocide. La commune qu’il dirigeait est proche des sinistres collines de Bissessero où les massacres les plus horribles ont eu lieu.

Les deux avocats ont alors choisi deux enquêteurs, un Tutsi et un Houtou pour les aider dans leurs démarches. Avec leurs assistants, les deux avocats étaient la deuxième équipe de défenseurs à se rendre sur place au Rwanda. Ils étaient également la première équipe à se rendre au Rwanda à plusieurs reprises pour tenter de comprendre et d’entendre de nombreux témoins. Cette démarche s’explique par le fait que le Tribunal Pénal International travaille sur le modèle anglo-saxon, où il appartient à la défense de faire elle-même ses propres enquêtes car il n’y a pas de juge d’instruction.

Selon les deux avocats, la situation semblait volatile et un jour, ils furent avertis par le nouveau préfet de Kibuye qu’il ne pouvait pas garantir leur sécurité. Car, selon lui, une décision du Tribunal dans un autre dossier avait déplu à la population en colère.

De retour de mission, Maroufa et François déposent une requête pour solliciter un « transport sur les lieux » convaincus que sans cela, le Tribunal ne pourra pas juger équitablement. Ils estiment que la demande était osée, mais que la Chambre présidée par le juge Norvégien, Erick Möse y fait droit.

Ils affirment que pour la première fois devant ce Tribunal, les juges se déplacèrent pendant trois jours sur tous les lieux visés dans l’accusation, dont les collines de Bissessero. Cela tourna à la confusion pour l’équipe du Procureur, soutiennent-ils en substance.

Acquittement non prévu et inattendu

Quelques mois plus tard, affirment les deux avocats, le Tribunal Pénal International pour le Rwanda acquitte leur client, Ignace Bagilishema de tous les chefs d’accusation. Ce qui fut une surprise, notent-ils, car l’acquittement n’était pas prévu dans le statut du Tribunal.

Selon eux, la communauté internationale, sans doute tellement culpabilisée de son inaction pendant le génocide des Tutsis, avait oublié les fondamentaux du procès équitable et désignait les suspects comme des « présumés coupables ».

Ils expliquent que ce fut un véritable panique qui s’empara du Tribunal qui se demandait « que faire d’un acquitté ? ». Au surplus, disent-ils en substance, le Procureur fit immédiatement appel.

Asile en France

Les deux avocats racontent qu’il leur a fallu beaucoup d’imagination, avec l’aide du greffier Adama Dieng, pour permettre à leur client de demeurer en liberté en France, accueilli dans une communauté Emaus.

Un an plus tard, poursuivent-ils dans leur récit, la Chambre d’Appel confirma à l’unanimité l’acquittement de Ignace Bagilishema.

« Avec les mêmes intervenants, plus la médiation de l’Ambassadeur Stéphane Hessel auprès des autorités françaises, nous obtiendrons l’autorisation pour Ignace Bagilishema de revenir s’installer en France » rapportent-ils.

Non à la stigmatisation des Hutus

Diabira Maroufa et François Roux ont déclaré qu’avec la même équipe de défense, notamment leurs deux enquêteurs, le Tutsi et le Hutu, ils accompagneront successivement deux autres accusés dans un plaidoyer de culpabilité. « Non comme auteurs de génocide, mais pour non-assistance à personne en danger pour n’avoir pas su ou pu empêcher la commission de crimes » expliquent-ils.

Ils obtiendront en plus, de la part de la Procureure Carla Del Ponte, un non-lieu pour deux autres accusés, dont le Commandant directeur de l’Ecole Supérieure Militaire de Kigali.

En conclusion, Maroufa et François affirment que jamais après, ils n’ont accepté cette thèse surréaliste et révisionniste développée par certains de « double génocide » au Rwanda.

Ils soulignent que cette longue expérience et assistance juridique devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, les a conduits à insister pour que l’ensemble des Hutus ne soient pas stigmatisés comme « génocidaires ».

Ils estiment que comme dans la « Liste de Schindler », nombreux sont ceux qui ont résisté à la folie meurtrière, devenant pour certains, des héros ainsi que l’a rappelé Jean Hatzfeld dans son ouvrage paru chez Gallimard « Là où tout se tait ».

Diabira Maroufa et François Roux déclarent avoir profité de la célébration du trentenaire du génocide des Tutsis au Rwanda qui a eu lieu le 7 avril 2024, pour faire un rappel durant ces « temps de commémoration de l’infamie » sur le triste génocide, car pour eux, « c’est la condition de la paix retrouvée ».

Cheikh Aïdara


L’ONG mauritanienne ALCD à la 68ème session de la Commission des Nations Unies sur la condition de la femme

La présidente de l’ONG mauritanienne « Association de Lutte Contre la Dépendance (ALCD) », Mme Toutou Mint Ahmed Jiddou prend part à la 68ème session de la Commission des Nations Unies sur la condition de la femme. Les travaux se sont ouverts le 11 mars 2024 et se poursuivront jusqu’au 22 mars à New York.

Toutou Mint Ahmed Jiddou au 1er plan (autorisation pour publication) – Crédit ALCD

Sous le thème « Accélérer la réalisation de l’égalité entre les hommes et les femmes et l’autonomisation de toutes les femmes et les filles en s’attaquant à la pauvreté et en renforçant les institutions et le financement dans une perspective d’égalité entre les hommes et les femmes », la 68ème session de la Commission des Nations Unies sur la condition de la femme (CSW) poursuit ses travaux en présence de délégués venus des cinq continents. 

La Mauritanie est représentée à cette rencontre par une délégation conduite par la Ministre de l’Action Sociale, de l’Enfance et de la Famille. La présence de la société civile et celle de la présidente de la Région de Nouakchott, Fatimetou Abdel Maleck, ont été également notées.

ONG ALCD

Habituée des rencontres internationales, Toutou Mint Ahmed Jiddou, a été cependant invitée à New York pour assister à cette session du CSW au nom de son ONG ALCD. Cette dernière est d’ailleurs membre de plusieurs réseaux, dont le Réseau francophone de l’égalité femme homme présidée par l’ancienne ministre du Sénégal, NDioro NDiaye.

C’est le lieu de souligner que l’ONG ALCD est dotée du statut consultatif auprès du Conseil Economique et Sociale des Nations Unies. Créée en 1999, cette association est implantée dans toutes les Wilayas et sur l’étendue du territoire national. Elle dispose de centres d’accueil RIHAB et de centres d’écoute des victimes de violences basées sur le genre et de promotion des enfants à Nouakchott et Nouadhibou, ainsi que des coordinations régionales au niveau des Wilayas de l’Assaba, du Guidimagha, du Gorgol et des deux Hodhs. Elle contribue ainsi depuis plusieurs décennies à l’amélioration des conditions de vie des populations en l’occurrence les couches les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants à travers la promotion de leurs droits.

Au cours des travaux de la 68ème session du CSW, la présidente de l’ONG ALCD, a pu nouer d’importants contacts, tout en présentant les progrès significatifs réalisés par la femme mauritanienne en termes de participation politique et de leadership économique et social.

Nicolas FÉRELLEC via Wikicommons

Il faut rappeler que la 68ème session de la Commission de la condition de la femme (CSW) est le plus grand rassemblement annuel des Nations Unies consacré à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes.

Quelques chiffres sur le plan mondial attestent des inégalités entre les deux sexes dans le monde

Selon les données de ONU-FEMMES :

  • 10,3% des femmes vivent dans l’extrême pauvreté et sont plus pauvres que les hommes
  • Il faut 360 milliards de dollars de plus chaque année pour parvenir à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes

Selon les données avancées, les investissements dans des politiques et programmes relatifs aux inégalités entre homme et femme, pourraient sortir de la pauvreté plus de 100 millions des femmes et des filles.

  • Plus de 300 millions d’emplois pourraient être créés d’ici 2030
  • L’emploi pourrait augmenter de 20% le Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant

Les chiffres de l’égalité homme femme en Mauritanie

Selon les sources du groupe de travail des Nations Unies sur la discrimination à l’égard des femmes tiré du rapport en date du 6 octobre 2023 relatif à l’égalité de genre en Mauritanie :

  • 39% des filles sont mariées avant l’âge légal fixé à 18 ans
  • Un quota de 20% est accordé aux femmes dans les élections
  • Les femmes ne représentent que 25% dans le gouvernement
  • Les femmes fonctionnaires représentent 34,6%
  • Sur le marché du travail, il y a seulement 25,4% de femmes actives pour 56,6% d’hommes
  • En 2018, seulement 11% des entreprises étaient détenues par les femmes
  • Seulement 4,2% des femmes rurales possèdent des terres
  • Le pourcentage des filles inscrites dans les universités publiques est passé de 37% en 2019 à 48% en 2023
  • Le taux de scolarisation des filles au primaire est de 98% et au secondaire de 38%. Seules 45% des filles terminent le premier cycle du secondaire
  • Seules 9% des femmes sont couvertes par une assurance maladie

Cheikh Aïdara