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Après Nouakchott, la Caravane du Partenariat de Ouagadougou au Niger et au Mali

Après Nouakchott en avril 2018, la Caravane des bailleurs du Partenariat de Ouagadougou (PO), dans sa 5ème édition, se rendra au Niger et au Mali du 24 au 30 avril 2019.

La caravane des bailleurs est arrivée en Mauritanie pour y séjourner du 17 au 20 avril 2018 (Crédit PO)

L’objectif de la 5ème Caravane des bailleurs du PO au Niger et au Mali, tel que présenté par le communiqué de presse ci-dessous cité, est d’élargir les échanges entre les parties prenantes et offrir l’opportunité de soutenir les pays dans leurs efforts de mise en œuvre des Plans d’Action Nationaux Budgétisés (PANB), d’analyser les facteurs inhibiteurs des progrès en matière de planification familiale et de réfléchir sur les solutions. L’occasion aussi de faire le plaidoyer auprès des parties prenantes, notamment les autorités des deux pays, pour le respect des engagements pris auprès du PO et de PF 2020.

Comme la plupart des pays visités lors des précédentes caravanes, le Niger et le Mali souffrent de retards dans le nombre de femmes additionnelles pour atteindre l’objectif du PF 2020. Le Niger doit en effet combler un retard de 41.000 femmes (141.000 recrutées sur 182.000 femmes ciblées), et le Mali, 48.000 femmes (113.000 sur 161.000). Le communiqué de presse rappelle que «lors de la 7ème réunion annuelle du PO à Dakar en décembre 2018, l’ensemble de la communauté du PO a noté la performance de 1.330.000 femmes additionnelles mises sous contraceptifs modernes en 3 ans », soulignant qu’à mi-parcours de la Phase d’Accélération, «les 9 pays du PO ont collectivement atteint 63 % de l’objectif de 2,2 millions de femmes additionnelles visées en 2020 ».

Parmi les  problèmes auquel le Niger est confronté pour la mise en œuvre de son PANB, le renforcement de la chaîne d’approvisionnement, l’insuffisance du suivi et de coordination, l’absence de données actualisées, entre autres. Pour le Mali, les difficultés se situent notamment au niveau de la sécurisation de la chaîne d’approvisionnement des produits contraceptifs, la mauvaise répartition du personnel, l’insuffisance du suivi et de la coordination des acteurs.

Près de 50 personnes participeront à la caravane, dont des bailleurs de fonds, des partenaires techniques et financiers, des organisations de la société civile et des représentants des gouvernements. Les principaux partenaires et bailleurs sont le Canada, le Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères de la France, l’Agence Française de Développement, la Fondation Bill & Melinda Gates, la Fondation William et Flora Hewlett, le Royaume des Pays-Bas, l’OOAS, l’UNFPA et l’USAID.

Selon le communiqué, le groupe sera élargi à des Jeunes Ambassadeurs pour la PF et des représentants des autres pays du PO. Plusieurs personnes seront dans l’agenda des rencontres, plusieurs ministres (Santé, Femme/Affaires Sociales, Jeunesse, Education, Finances/Budget), les acteurs locaux de la SR/PF (bailleurs, équipes techniques nationales et internationales, OSC, jeunes, parlementaires).

Le groupe de la Caravane procèdera aussi à des visites de terrain pour apprécier l’adéquation entre les politiques et les activités mises en œuvre

Il est attendu aux termes de cette tournée au Niger et au Mali, que les progrès réalisés dans la mise en œuvre des PANB/PF soient mieux connus, que les contraintes soient identifiées, que le rôle et la contribution de chaque acteur soient mieux appréhendés, qu’un soutien soit mieux apporté au plaidoyer des jeunes et de la société civile dans le financement des produits contraceptifs, que les autres défis (coordination, alignement sur les priorités, mobilisation des ressources) soient discutés et les mesures de correction identifiées.

Cheikh Aïdara

 

 COMMUNIQUE DE PRESSE

Dakar, le 01 Avril 2019

Le Niger et le Mali accueilleront la 5ème caravane des bailleurs du PO du 24 au 30 Avril prochain.

La caravane des bailleurs du PO de cette année, tout comme les précédentes, répond à l’ambition d’élargir les moments d’échange entre les parties prenantes du PO. Elle offre un moment exceptionnel pour soutenir les pays dans leurs efforts de mise en œuvre des PANB de célébrer les succès, d’analyser les facteurs qui entravent l’accélération des interventions et de convenir des solutions à y porter. C’est aussi l’occasion de faire un plaidoyer auprès les diverses parties prenantes du PO dont les hautes autorités du pays pour le respect des engagements pris auprès du PO et de FP2020.

Cette édition sera la 5ème du genre.La caravane visitera 2 pays: le Niger du 24 au 26 Avril et le Mali du 29 au 30 Avril.

La contribution du Niger durant ces 3 années est de 141 000 femmes additionnelles sur 182 000 attendues en 2018. Ainsi, le défi pour le Niger est de résorber ce retard de 41 000 femmes additionnelles et d’intensifier les interventions pour atteindre son objectif de 2020.

En effet, la mise en œuvre du PANB du Niger fait face à plusieurs difficultés parmi lesquelles : le renforcement de la chaine d’approvisionnement, l’insuffisance du suivi et de coordination des acteurs et des interventions, l’absence de données actualisées pour la prise de décision, et l’insuffisance de mobilisation des ressources.

En ce qui concerne le Mali, il a pu avoir 113 000 femmes additionnelles sur 161 000 attendues en 2018. Le pays doit donc rattraper un retard de 48 000 femmes additionnelles pour atteindre les objectifs collectifs d’ici 2020.

Parmi les difficultés que rencontre le Mali dans la mise en oeuvre de son PANB, on peut noter: la sécurisation de la chaine d’approvisionnement produits contraceptifs, la mauvaise répartition du personnel résultant de la crise sécuritaire, l’insuffisance du suivi et de coordination des acteurs et des interventions, la faible implication des jeunes, les occasions de PF manquées dont la faible utilisation de la PF postpartum, et l’insuffisance de mobilisation des ressources.

Les priorités des acteurs de la SR/PF au Niger et au Mali sont similaires. Elles comprennent l’importance de la prise en compte des jeunes avec des besoins non satisfaits ; le renforcement de la collaboration avec le ministère de la jeunesse afin que les CECOJE, les infirmeries d’écoles et d’universités intègrent les services adaptés aux besoins des jeunes ; le renforcement de la chaine d’approvisionnement ; le passage à l’échelle de la délégation des tâches y compris l’expansion de DMPA-SC ;

Plus spécifiquement pour le Mali, l’intégration effective de la PF/SMNI/Nutrition y compris dans la vaccination et pour le Niger, le renforcement des structures sanitaires avec des agents de santé qualifiés en l’offre de services de qualité (SONU, Soins infantiles/vaccination…) y compris la  PF postpartum.

Près de 50 personnes participeront à cette caravane parmi lesquelles des représentants des bailleurs de fonds, des partenaires techniques, des organisations de la société civile et des représentants des gouvernements. Ils séjourneront pendant 3 jours au Niger et 2 jours au Mali dans pour y avoir de larges concertations sur les progrès, les défis et perspectives dans la mise en œuvre des diverses composantes des Plans d’Action Nationaux Budgétisés de PF.

A propos du Partenariat De Ouagadougou

Le Partenariat de Ouagadougou a été lancé lors de la Conférence Régionale sur la Population, le Développement et la Planification Familiale tenue à Ouagadougou au Burkina Faso en février 2011 par les 9 gouvernements des pays francophones de l’Afrique de l’Ouest et leurs partenaires techniques et financiers pour accélérer les progrès dans l’utilisation des services de planification familiale au Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Togo.

Le Partenariat de Ouagadougou est basé sur deux principes. Il mise sur une meilleure coordination entre les bailleurs de fonds pour optimiser leurs soutiens aux pays et également sur une collaboration et coopération aux niveaux national et régional pour remédier au taux élevé des besoins non satisfaits en matière de planification familiale.

Contact Presse

Marie Ba, Directrice intérimaire de l’UCPO

Tel : (221) 33 869 70 29

Email: mba@intrahealth.org


Rôle de la Société civile dans l’emploi et l’entreprenariat des jeunes en Mauritanie

L’ONG ECODEV a organisé, à l’occasion de ses vingt-ans et en marge de son Assemblée générale annuelle des 10 et 11 avril 2019 à l’hôtel Mauricentre de Nouakchott, un débat très animé sur «le rôle de la société civile dans l’emploi et l’entreprenariat des jeunes en Mauritanie ». Ce débat a été animé par un panel composé de Diop Zeynabou Coulibaly, Directrice de Programmes à OXFAM, Mohamed Bakar Teïss, Ingénieur, directeur général de Helma Forage et président du Club des entrepreneurs de Mauritanie, Mohamed Lemine Atigh qui a dirigé des centres de formation professionnelle (CFPP) dans plusieurs régions du pays et Sidi Khalifou, entrepreneur et Président d’ECODEV.

Les panélistes (Crédit Aidara)

D’entrée de jeu, Haroun Ould Sidatt, expert en entreprenariat et modérateur du débat, a campé le contexte mauritanien et son paradoxe, avant de baliser le terrain pour les panélistes. Auparavant, Mohamed Lemine Ould Abde, membre du Conseil d’Administration d’ECODEV avait adressé, au nom de l’ONG, ses remerciements aux invités et aux participants.

Le paradoxe de l’emploi en Mauritanie

La population mauritanienne est majoritairement jeune, a souligné Haroun Sidatt, soit 60% âgée entre 16 et 35 ans. Une population qui serait selon lui un potentiel extraordinaire de développement si elle est bien utilisée mais aussi une bombe sociale si elle est délaissée, surtout dans un Etat en construction comme la Mauritanie dont les structures sont encore faibles. Il dira que le problème de préparation de cette jeunesse à prendre le relais dans la conduite du pays se heurte aujourd’hui à des défis majeurs sur le plan de l’éducation, de la formation et de l’insertion professionnelle, autant de facteurs qui ne suivent pas selon lui la forte cadence de l’évolution démographique du pays, avec une masse de 50.à 65.000 jeunes, dans la plus optimiste projection, qui rejoigne chaque année un marché du travail qui ne peut en absorber que 12.000.

Cette jeunesse, selon le modérateur, souffre du dysfonctionnement d’un système éducatif, formatif et socioprofessionnel biaisé, marqué par l’absence d’homogénéité dans le parcours des jeunes, avec des jeunes diplômés, des jeunes instruits sans diplôme, des sans éducation, des recalés de l’enseignement. Et toute cette masse de jeunes n’a que trois solutions, rejoindre le secteur public qui recrute au compte-goutte, juste pour remplacer les fonctionnaires partis à la retraite, le secteur privé en construction, sans diversité et sans capacité compétitive, ou créer sa propre entreprise. Le tout est  cependant servi par un cadre d’investissement national peu attractif, avec des déficits criants en infrastructures dans toutes les régions de l’Intérieur, faisant de Nouakchott, le point de ralliement de tous ceux qui veulent ouvrir une entreprise viable.

Le paradoxe de la situation mauritanienne en matière d’emploi et d’entreprenariat a été ressorti, selon Haroun Sidatt, par une étude qui a comparé le nombre exorbitant de jeunes sans travail en Mauritanie et les possibilités offertes par le secteur agropastoral qui serait capable d’absorber 100.000 jeunes chaque année et le secteur halieutique qui pourrait faire travailler annuellement  300.000 jeunes. Ceci sans compter le secteur des Nouvelles technologies, le modérateur citant en exemple le nombre d’emplois créés à Nokhta Sakhina, mais aussi les Start Up de plus en plus nombreux, et le tourisme, un secteur qui reprend de la vigueur. «En réalité, nous n’avons pas de problème d’emplois» dira le modérateur, faisant ressortir encore davantage le paradoxe de la Mauritanie.

Il a cité les initiatives prises par l’Etat pour créer de l’emploi à travers la création d’entreprises  Jeunes, comme la Caisse de Dépôt et de Développement (CDD), mais aussi des initiatives prises par le secteur privé, comme les incubateurs. «Mais pendant qu’on avance à petits pas pour mettre en place des stratégies et des plans de mise en œuvre pour l’employabilité des jeunes, la bulle sociale continue d’augmenter sous la poussée démographique» dira Haroun Sidatt.

La société civile a un rôle important à jouer, dira-t-il, par son expertise, sa proximité des populations et sa capacité de mobilisation de fonds, dans la capture du potentiel national et dans l’optimisation de l’impact emploi chez les jeunes.

Zeynabou Coulibaly, «le problème de l’emploi est dû en grande partie à un manque de volonté politique»

Mme Diop Zeynabou Coulibaly a de prime abord soulevé le caractère contraignant de la géographie de la Mauritanie, située dans la zone sahélo-saharienne avec un territoire à majorité désertique et soumis aux aléas d’un climat cyclique rude, avec des successions de sécheresse, la poussée de la désertification, la dégradation des sols et les érosions côtières, entre autres. S’ajoute à ces facteurs naturels, l’absence de valorisation de l’existant, comme les terres arables, 1% de la surface du pays, où seuls environ 50.000 hectares sont valorisés par année, sur un total de 502.000 hectares disponibles et prêts à l’emploi.

C’est le même constat qu’elle fera dans le domaine de l’élevage, avec un potentiel extraordinaire, mais mal valorisé, car basé sur un élevage extensif et souvent de prestige, avec une absence totale de visée économique et de rationalisation. Elle citera à titre d’exemple, les quantités innombrables de lait que les éleveurs déversent par terre, parce que représentant une surconsommation qu’ils ne peuvent ni utiliser, ni commercialiser faute de route et d’outils de conservation. Et cela, ajoute-t-elle, malgré l’existence aujourd’hui d’usines de transformation des produits laitiers, déjà confrontés à la rude concurrence du lait importé.

Mme Zeynabou Coulibaly ramène ainsi l’absence de valorisation des richesses agropastorales, à un manque de volonté politique pour protéger et booster la production nationale. Elle a évoqué ainsi, la faible part du budget de l’Etat, moins de 5%, accordée au secteur primaire, malgré les deux engagements faits à Maputo puis à Malabo, de consacrer 10% du budget dans le secteur agropastoral. Le constat du désengagement de l’Etat dans ce secteur se lit, selon elle, par la situation dégradée dans laquelle se trouvent aujourd’hui les Délégations régionales de l’Agriculture et de l’Elevage, par rapport à leur situation il y a plusieurs années.

Elle a ramené ses défis par le fait de politiques et de stratégies sectorielles concoctées sans aucune participation des populations, les véritables acteurs de développement ; ce qui débouche, dira-t-elle en substance, sur des problèmes de mise en œuvre. Elle a également évoqué la non adaptation des systèmes de production agropastorale au contexte actuel, notamment dans les domaines de l’agrobusiness et de l’innovation technologique. A cela s’ajoute, souligne-t-elle, l’absence de conscience citoyenne, d’éveil et de sens de l’initiative, déplorant l’attitude attentiste des communautés rurales, en particulier les jeunes.

Mohamed Bakcar Ould Teïss, «absence de données et de système d’information fiable, facteurs de blocage dans l’accès des jeunes au secteur privé»

Mohamed Bacar Ould Teïss a centré son intervention sur la forte demande des jeunes chercheurs d’emploi auprès d’un secteur privé embryonnaire et offrant peu d’opportunités de travail. Selon lui, l’Etat reste le principal employeur, mais aussi l’acteur principal de l’emploi à travers ses stratégies et ses politiques qu’il doit, selon lui, bâtir avec la participation du secteur privé et de la société civile, mais pas seulement les experts, pour empêcher la bulle sociale d’exploser.

L’intervenant estime que le problème d’embauche reste problématique en Mauritanie, les directeurs d’entreprise faisant peu confiance «aux inconnus ». Ce qui fait du secteur privé, selon une participante, un ensemble d’entreprises familiales, bâties sur la parenté et les connaissances. «La plupart de ceux qui se trouvent sur le marché du travail sont en général peu qualifiés, ou présentent un profil qui ne correspond pas à celui recherché. Nous sommes en tant qu’entrepreneurs confrontés à un problème d’information sur les ressources humaines disponibles » a-t-il déploré. Et d’ajouter «je reçois surtout des CV d’étrangers, et peu de CV de Mauritaniens ». Selon lui, c’est à l’Etat de créer un système efficace et crédible d’informations dans ce domaine, malgré l’existence de l’Agence nationale d’emploi des jeunes (ANAPEJ, sensée s’occuper de ce volet emploi-jeunes, et que certains participants ont critiqué pour la qualité de ses données.

En résumé, Mohamed Bakar Ould Teïss trouve que l’information sur la ressource humaine disponible sur le marché du travail est le meilleur outil que l’Etat peut mettre à la disposition du secteur privé pour lui permettre de créer plus d’emplois.

Mohamed Mahmoud Ould Atigh, «la société civile peut jouer un rôle important dans la fixation des jeunes dans leur terroir»

Pour Mohamed Mahmoud Ould Atigh, la situation de l’emploi est explosive en Mauritanie, citant la Stratégie sur l’Emploi de 2003 qui n’avait pas pu voir jour, puis la Stratégie 2018-2030 qui consacre une bonne partie à la politique d’emploi des jeunes. Comme son prédécesseur, il a ramené le problème de l’emploi dans le pays à un problème de communication

Il a été complété dans son intervention par le modérateur qui est revenu sur certains créneaux innovants mis en route depuis quelques années, comme le Marathon de l’Entrepreneur dans lequel la plupart des soumissionnaires sont des jeunes qui ont présenté des projets technologiques innovants dans le domaine de l’agriculture de la pêche à l’intérieur du pays, comme celui qui a présenté un projet sur la pisciculture au Gorgol.

Sidi Khalifou, «la société civile est une bonne école de passage pour les candidats à l’entreprenariat»

Selon Sidi Ould Khalifou, «la société civile est une bonne école de formation pour les politiciens électoralistes, et ceux qui veulent se lancer dans l’entreprenariat », donnant son propre parcours comme expérience.

Il a mis en exergue le nouveau rôle que la société civile veut aujourd’hui endosser, loin des sentiers battus du bénévolat social et de l’urgence humanitaire, pour prospecter des domaines comme la formation de richesses au profit des actions sociales, ou encore l’aspect d’agent économique qui cherche à s’installer dans la durabilité et la pérennité.

Aujourd’hui, dit-il à titre d’illustration, ECODEV cherche après des tentatives infructueuses dans les petits financements au profit des jeunes et des populations, à s’orienter vers l’entreprenariat et l’employabilité des jeunes à travers la création d’incubateurs sur l’étendue du pays.

Ce riche débat a été suivi d’interventions pertinentes de la part de l’assistance, parmi lesquels beaucoup d’experts.

Cheikh Aïdara


« L’appui aveugle et sans réserve » ou cette « hypocritologie » de l’élite intellectuelle mauritanienne

La longue dictature militaire qui gouverne la Mauritanie depuis plus de quarante ans est en fait entretenue par une élite intellectuelle qui a créé une nouvelle science politique, « l’hypocritologie », qui fait des émules génération après génération. C’est même devenu un métier, avec ses directeurs de conscience, ses experts, ses stagiaires, un métier qui rapporte autant d’argent frais que celui de parent du «Président de la République » ou celui « d’obligé d’un généralissime de l’armée ». Des oisifs privilégiés qui vivent à l’œil sur le dos de la communauté, dont la volonté a longtemps été confisquée.

L’indécence générale de cette philosophie érigée depuis quelques années en raccourcis pour « non doués » empuantit l’air et fait de l’intellectuel arriviste un modèle qui a fini par vider de sa substance le mérite et la bonne conscience professionnelle. Résultat, l’idée de toute réflexion a déserté les esprits de la plupart de nos cadres, formatés à ne plus cogiter mais à se faire téléguider et robotiser par celui qui manipule les commandes à partir de la présidence de la République. Le mot de ralliement de ce nouveau type d’intellectuel scotché aux mirages de « l’Etat vache à traire » est « l’engagement sans faille, inconditionnel et sans réserve » qu’il profère au début de tout discours courtisan. Une fois bénie par son Totem à qui il offre son destin sur le plateau de ces ambitions, offrant par la même occasion le destin de sa fratrie et celui de sa famille, il peut alors tout se permettre, dut-il vouloir détruire la nation, comme si le reste du peuple, par cette prostitution de l’élite, devenait du coup un corps sans idée, sans avis et sans vision pour son avenir et celui de son pays. Le Manitou, devant qui la République intelligente et pensante a fait allégeance, le fait très bien à sa place.

Aussi, l’intellectuel imbu « d’hypocritologie » ne se pose pas de question sur la personne à qui il se donne comme une offrande, et cela apparait de manière plus claire en période électorale, comme cette présidentielle décisive dont les Mauritaniens vivent déjà les prémisses, et qui va déterminer leur avenir dans les cinq ou dix ans à venir. Ce Manitou pour qui on s’est dépouillé et à qui on a offert notre âme au Diable, quel type d’homme est-ce, quel est son programme, quel est son background, qui sont les hommes qui l’entourent ?

Ces questions, capitales dans les démocraties conscientes et nimbés de patriotisme, nos intellectuels « intestins digestifs » ne se la posent pas. Ils sont comme la grenouille de Pavlov. Ils ne répondent qu’à une seule stimulation, la voix de leur maître.

Cheikh Aïdara


7 ans après la création du «Camp Mberra», l’aide humanitaire d’urgence dans sa forme classique reste-t-elle d’actualité ?

Pour la 7ème année consécutive, le «Camp de Mberra » qui reçoit quelques 50.000 réfugiés maliens continue de vivre sous perfusion de la communauté internationale. Une gestion par l’aide humanitaire d’urgence de plus en plus décriée par plusieurs spécialistes des Etats fragiles et des crises multidimensionnelle à longue durée. L’équipe Pays de la Mauritanie doit-elle poursuivre dans cette même démarche d’assistanat en se substituant à l’Etat et aux acteurs nationaux, ou doit-elle chercher une autre méthode plus inclusive et participative, en se fondant sur le nouveau paradigme basé sur la «fragilité de la résilience » qui consiste à renforcer les capacités nationales pour gérer les crises à durée indéterminée ?

Crédit OIM

Pour la septième année consécutive, le camp de Mberra situé au Hodh Oriental, revient au devant des préoccupations des agences des Nations Unies et des ONG internationales qui les accompagnent (voir communiqué de presse ci-dessous).

En bon gestionnaire de ce pré-carré en terre mauritanienne sous perfusion internationale, l’Equipe humanitaire pays continue comme un letimotive à se poser une question récurrente depuis le déclenchement de la crise malienne et l’arrivée des réfugiés en 2012 : «comment améliorer les conditions de vie des réfugiés et des communautés hôtes ? »

Cette question a fait l’objet d’une réunion tenue le 11 avril 2019 en présence des représentants du gouvernement mauritanien et de l’ambassadeur des Etats-Unis, SEM. Michael Dodman, dont le pays finance le projet de l’OIM en charge de ce dossier, par le biais du Bureau de la Population, des Réfugiés et de la Migration (PRM) au Département d’Etat.

Ce projet exécute le même toolkit qu’il y a sept ans : AGR, accès à l’eau, aide à l’élevage familial, dialogue intercommunautaire.

Un modèle de gestion de l’aide humanitaire de plus en plus décriée par les analystes des Etats fragiles et des crises qui lui préfèrent une nouvelle approche.

Crédit OIM

Vers la gestion humanitaire par «Fragilité à la résilience »

Dans un article publié par «The New Humanitarian», un organe spécialisé dans le journalisme au cœur des crises, Jonathan Papoulidis, Conseiller exécutif sur les États fragiles pour World Vision US, livre une analyse sur le caractère obsolète d’une industrie de l’aide qui s’est trop appuyée à son goût sur l’aide humanitaire d’urgence, pour s’attaquer aux crises de longue durée, aux institutions en ruine et aux besoins essentiels dans les Etats fragiles. (Voir lien : https://www.thenewhumanitarian.org/opinion/2019/04/10/fixing-fragility-why-it-s-time-rewrite-rulebook?utm_source=The+New+Humanitarian&utm_campaign=28c3596331-RSS_EMAIL_CAMPAIGN_ENGLISH_AID_AND_POLICY&utm_medium=email&utm_term=0_d842d98289-28c3596331-75503301)

Des enfants réfugiés au camp de Mberra (Photo PAM/Justin Smith)

«Bien que la réponse par défaut d’un modèle humanitaire d’assistance humanitaire à court terme par les donateurs ait sauvé d’innombrables vies, elle s’est également dégradée face aux crises prolongées et récurrentes de conflits, de catastrophes et de misère» a-t-il constaté. Il citera à titre d’exemple, la RDC et son «camp d’urgence » pour les déplacés qui entrent dans leur deuxième décennie, expliquant comment ce modèle a érodé les capacités de réaction et a accru les griefs des personnes déplacées et les communautés d’accueil. Idem pour la Somalie où ce même modèle d’intervention s’est transformé en un mode improvisé de prestation de services à long terme pour la santé, l’éducation, l’eau, l’assainissement et l’assistance alimentaire. Une sorte de dépendance entretenue qui verrouille les opérations humanitaires.

A la place de cette forme classique de l’aide humanitaire, l’auteur préconise une nouvelle approche basée sur le retour sur les principes primaire de l’aide au développement, à savoir la promotion de la croissance économique des Etats pour les aider à résorber la pauvreté, plutôt qu’à les aider à gérer des risques complexes et des crises indéfinies aux causes profondes, parfois structurelles et institutionnelles.  Le nouveau paradigme de l’aide doit se baser, selon Jonathan Papiloudis, sur la notion de «fragilité à la résilience». Cette stratégie vise à identifier les risques complexes et interactifs de conflits, de catastrophes et de dénuement dans les Etats fragiles et à aider à soutenir et à renforcer diverses capacités nationales à y faire face.

Elle se base sur la croissance des économies «inclusives » pour répondre aux besoins humains, alors que l’aide d’urgence classique se concentre sur la satisfaction des besoins et la gestion des risques, des causes et des crises multidimensionnelles. Ce nouveau paradigmes suscite de plus en plus, selon lui, l’intérêt de la communauté internationale, citant en exemple le rapport «Parthways for Peace » publié par l’ONU et la Banque Mondiale en 2018, ou encore l’OCDE qui, en 2018,  a redéfini le concept de fragilité conformément à l’accent mis sur la résilience, notant que «la fragilité s’est définie comme la combinaison d’une exposition au risque et d’une capacité d’adaptation insuffisante de la part de l’Etat, du système et/ou des communautés pour gérer, absorber ou atténuer ces risques».

Cette notion de résilience est également revenue dans l’étude menée par un groupe de réflexion basée à Maastricht, le Centre européen de gestion des politiques de développement (ECDPM) qui montre comment le mécanisme de coordination de pays a joué un rôle important dans la résolution des problèmes d’action collective entre le gouvernement, les donateurs et les parties prenantes afin de faire progresser le plan de développement national, comme en atteste l’expérience menée en Somalie. En conclusion, Jonathan Papoulidis pense qu’il n’est pas sûr « si la communauté de l’aide aura suffisamment d’appétit politique et de risque pour soutenir les États fragiles dans la longue marche d’un véritable changement ». Mais ce qui est certain, «c’est que le statu quo ne peut pas être maintenu si nous espérons respecter l’engagement mondial pris de ne laisser personne derrière dans les situations les plus difficiles ».

Cheikh Aïdara 

Amélioration des conditions de vie des communautés d’accueil des réfugiés en Mauritanie

Nouakchott – La région du Hodh Ech Chargui, en Mauritanie fait face à des défis liés à l’accès à l’eau et à la santé animale, vu que l’élevage est le seul moyen de subsistance. Plus de 50 000 réfugiés qui vivent dans le camp, et les communautés d’accueil sont éleveurs de bovins.

Pour aborder certains de ces défis, des représentants du gouvernement mauritanien, des agences des Nations Unies et des ONG se sont réunis le 11 avril 2019 pour répondre à la question « Comment les gouvernements et la communauté humanitaire internationale peuvent-ils améliorer les conditions de vie des réfugiés et des communautés d’accueil ? ». Le gestionnaire du projet de l’OIM, Momme Ducros, a présenté, au cours de la réunion, les sultats de ce projet à trois phases, « Augmentation des opportunités de subsistance pour les réfugiés maliens et des communautés hôtes sélectionnées au Hodh Ech Chargui« , financé par le ureau de la Population, des Réfugiés et de la Migration (PRM) au Département d’État méricain, et mis en œuvre en Mauritanie.

Exécuté depuis 2015, le projet a permis d’améliorer sensiblement les conditions de vie des réfugiés et des populations hôtes en établissant des mécanismes pour prévenir et gérer les conflits liés aux maigres ressources de subsistance.

Au total, près de 20 000 réfugiés et 35 000 personnes parmi les populations d’accueil ont bénéficié d’un appui aux activités génératrices de revenus, ont eu accès à l’eau, à un appui à l’élevage familial et à un dialogue intercommunautaire, dans le cadre des activités du projet.

En Mauritanie, l’OIM s’est installée dans la Wilaya du Hodh Ech Chargui pour répondre à l’afflux de réfugiés maliens après le déclenchement de la crise en 2012. Les activités de l’OIM dans la région comprennent la stabilisation des communautés et la promotion du dialogue intercommunautaire.

En ouvrant la séance, l’Ambassadeur des États-Unis d’Amérique en Mauritanie, Son Excellence M. Michael Dodman, a souligné que :« notre compréhension des approches mises en œuvre nous permettrait d’avoir un impact dans notre façon de servir et d’aider les populations dans le besoin à Mbéra, dans le Hodh El Chargui, et au-delà ».

Pour les représentants du gouvernement mauritanien et de la communauté humanitaire internationale travaillant en Mauritanie, la réunion a été une occasion pour partager les meilleures pratiques sur la stabilisation, la résilience et le rétablissement des moyens de subsistance de ces populations dans un pays au centre de l’action humanitaire, de la paix et de développement.

« L’appui constant fourni par les États-Unis d’Amérique, à travers le Bureau PRM, démontre leur prise de conscience des besoins essentiels des réfugiés et des populations hôtes dans le Hodh Chargui, qui ont, aujourd’hui plus que jamais, besoin d’améliorer leurs moyens de subsistance et de prévenir les conflits sur les ressources naturelles.

 ‘‘Je saisis cette occasion pour lancer un appel aux contributions des donateurs pour combler les manques importants dans le secteur de subsistance, à l’intérieur comme à l’extérieur du camp de réfugiés de M’bera.« , A déclaré Laura Lungarotti, Chef de Mission de l’OIM en Mauritanie.

Le projet, financé par le Bureau de la Population, des Réfugiés et de la Migration (PRM) au Département d’État Américain, est essentiel pour fournir un appui à la fois aux réfugiés et aux Communautés Hôtes et réduire les tensions liées aux ressources rares comme l’eau et la santé du bétail.

Pour plus d’informations, veuillez contacter : Momme Ducros, Chef de projet de l’OIM, Tél :  +222 42 88 89 44, Email : mducros@iom.intou visiter www.rodakar.iom.int