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Rôle de la Société civile dans l’emploi et l’entreprenariat des jeunes en Mauritanie

L’ONG ECODEV a organisé, à l’occasion de ses vingt-ans et en marge de son Assemblée générale annuelle des 10 et 11 avril 2019 à l’hôtel Mauricentre de Nouakchott, un débat très animé sur «le rôle de la société civile dans l’emploi et l’entreprenariat des jeunes en Mauritanie ». Ce débat a été animé par un panel composé de Diop Zeynabou Coulibaly, Directrice de Programmes à OXFAM, Mohamed Bakar Teïss, Ingénieur, directeur général de Helma Forage et président du Club des entrepreneurs de Mauritanie, Mohamed Lemine Atigh qui a dirigé des centres de formation professionnelle (CFPP) dans plusieurs régions du pays et Sidi Khalifou, entrepreneur et Président d’ECODEV.

Les panélistes (Crédit Aidara)

D’entrée de jeu, Haroun Ould Sidatt, expert en entreprenariat et modérateur du débat, a campé le contexte mauritanien et son paradoxe, avant de baliser le terrain pour les panélistes. Auparavant, Mohamed Lemine Ould Abde, membre du Conseil d’Administration d’ECODEV avait adressé, au nom de l’ONG, ses remerciements aux invités et aux participants.

Le paradoxe de l’emploi en Mauritanie

La population mauritanienne est majoritairement jeune, a souligné Haroun Sidatt, soit 60% âgée entre 16 et 35 ans. Une population qui serait selon lui un potentiel extraordinaire de développement si elle est bien utilisée mais aussi une bombe sociale si elle est délaissée, surtout dans un Etat en construction comme la Mauritanie dont les structures sont encore faibles. Il dira que le problème de préparation de cette jeunesse à prendre le relais dans la conduite du pays se heurte aujourd’hui à des défis majeurs sur le plan de l’éducation, de la formation et de l’insertion professionnelle, autant de facteurs qui ne suivent pas selon lui la forte cadence de l’évolution démographique du pays, avec une masse de 50.à 65.000 jeunes, dans la plus optimiste projection, qui rejoigne chaque année un marché du travail qui ne peut en absorber que 12.000.

Cette jeunesse, selon le modérateur, souffre du dysfonctionnement d’un système éducatif, formatif et socioprofessionnel biaisé, marqué par l’absence d’homogénéité dans le parcours des jeunes, avec des jeunes diplômés, des jeunes instruits sans diplôme, des sans éducation, des recalés de l’enseignement. Et toute cette masse de jeunes n’a que trois solutions, rejoindre le secteur public qui recrute au compte-goutte, juste pour remplacer les fonctionnaires partis à la retraite, le secteur privé en construction, sans diversité et sans capacité compétitive, ou créer sa propre entreprise. Le tout est  cependant servi par un cadre d’investissement national peu attractif, avec des déficits criants en infrastructures dans toutes les régions de l’Intérieur, faisant de Nouakchott, le point de ralliement de tous ceux qui veulent ouvrir une entreprise viable.

Le paradoxe de la situation mauritanienne en matière d’emploi et d’entreprenariat a été ressorti, selon Haroun Sidatt, par une étude qui a comparé le nombre exorbitant de jeunes sans travail en Mauritanie et les possibilités offertes par le secteur agropastoral qui serait capable d’absorber 100.000 jeunes chaque année et le secteur halieutique qui pourrait faire travailler annuellement  300.000 jeunes. Ceci sans compter le secteur des Nouvelles technologies, le modérateur citant en exemple le nombre d’emplois créés à Nokhta Sakhina, mais aussi les Start Up de plus en plus nombreux, et le tourisme, un secteur qui reprend de la vigueur. «En réalité, nous n’avons pas de problème d’emplois» dira le modérateur, faisant ressortir encore davantage le paradoxe de la Mauritanie.

Il a cité les initiatives prises par l’Etat pour créer de l’emploi à travers la création d’entreprises  Jeunes, comme la Caisse de Dépôt et de Développement (CDD), mais aussi des initiatives prises par le secteur privé, comme les incubateurs. «Mais pendant qu’on avance à petits pas pour mettre en place des stratégies et des plans de mise en œuvre pour l’employabilité des jeunes, la bulle sociale continue d’augmenter sous la poussée démographique» dira Haroun Sidatt.

La société civile a un rôle important à jouer, dira-t-il, par son expertise, sa proximité des populations et sa capacité de mobilisation de fonds, dans la capture du potentiel national et dans l’optimisation de l’impact emploi chez les jeunes.

Zeynabou Coulibaly, «le problème de l’emploi est dû en grande partie à un manque de volonté politique»

Mme Diop Zeynabou Coulibaly a de prime abord soulevé le caractère contraignant de la géographie de la Mauritanie, située dans la zone sahélo-saharienne avec un territoire à majorité désertique et soumis aux aléas d’un climat cyclique rude, avec des successions de sécheresse, la poussée de la désertification, la dégradation des sols et les érosions côtières, entre autres. S’ajoute à ces facteurs naturels, l’absence de valorisation de l’existant, comme les terres arables, 1% de la surface du pays, où seuls environ 50.000 hectares sont valorisés par année, sur un total de 502.000 hectares disponibles et prêts à l’emploi.

C’est le même constat qu’elle fera dans le domaine de l’élevage, avec un potentiel extraordinaire, mais mal valorisé, car basé sur un élevage extensif et souvent de prestige, avec une absence totale de visée économique et de rationalisation. Elle citera à titre d’exemple, les quantités innombrables de lait que les éleveurs déversent par terre, parce que représentant une surconsommation qu’ils ne peuvent ni utiliser, ni commercialiser faute de route et d’outils de conservation. Et cela, ajoute-t-elle, malgré l’existence aujourd’hui d’usines de transformation des produits laitiers, déjà confrontés à la rude concurrence du lait importé.

Mme Zeynabou Coulibaly ramène ainsi l’absence de valorisation des richesses agropastorales, à un manque de volonté politique pour protéger et booster la production nationale. Elle a évoqué ainsi, la faible part du budget de l’Etat, moins de 5%, accordée au secteur primaire, malgré les deux engagements faits à Maputo puis à Malabo, de consacrer 10% du budget dans le secteur agropastoral. Le constat du désengagement de l’Etat dans ce secteur se lit, selon elle, par la situation dégradée dans laquelle se trouvent aujourd’hui les Délégations régionales de l’Agriculture et de l’Elevage, par rapport à leur situation il y a plusieurs années.

Elle a ramené ses défis par le fait de politiques et de stratégies sectorielles concoctées sans aucune participation des populations, les véritables acteurs de développement ; ce qui débouche, dira-t-elle en substance, sur des problèmes de mise en œuvre. Elle a également évoqué la non adaptation des systèmes de production agropastorale au contexte actuel, notamment dans les domaines de l’agrobusiness et de l’innovation technologique. A cela s’ajoute, souligne-t-elle, l’absence de conscience citoyenne, d’éveil et de sens de l’initiative, déplorant l’attitude attentiste des communautés rurales, en particulier les jeunes.

Mohamed Bakcar Ould Teïss, «absence de données et de système d’information fiable, facteurs de blocage dans l’accès des jeunes au secteur privé»

Mohamed Bacar Ould Teïss a centré son intervention sur la forte demande des jeunes chercheurs d’emploi auprès d’un secteur privé embryonnaire et offrant peu d’opportunités de travail. Selon lui, l’Etat reste le principal employeur, mais aussi l’acteur principal de l’emploi à travers ses stratégies et ses politiques qu’il doit, selon lui, bâtir avec la participation du secteur privé et de la société civile, mais pas seulement les experts, pour empêcher la bulle sociale d’exploser.

L’intervenant estime que le problème d’embauche reste problématique en Mauritanie, les directeurs d’entreprise faisant peu confiance «aux inconnus ». Ce qui fait du secteur privé, selon une participante, un ensemble d’entreprises familiales, bâties sur la parenté et les connaissances. «La plupart de ceux qui se trouvent sur le marché du travail sont en général peu qualifiés, ou présentent un profil qui ne correspond pas à celui recherché. Nous sommes en tant qu’entrepreneurs confrontés à un problème d’information sur les ressources humaines disponibles » a-t-il déploré. Et d’ajouter «je reçois surtout des CV d’étrangers, et peu de CV de Mauritaniens ». Selon lui, c’est à l’Etat de créer un système efficace et crédible d’informations dans ce domaine, malgré l’existence de l’Agence nationale d’emploi des jeunes (ANAPEJ, sensée s’occuper de ce volet emploi-jeunes, et que certains participants ont critiqué pour la qualité de ses données.

En résumé, Mohamed Bakar Ould Teïss trouve que l’information sur la ressource humaine disponible sur le marché du travail est le meilleur outil que l’Etat peut mettre à la disposition du secteur privé pour lui permettre de créer plus d’emplois.

Mohamed Mahmoud Ould Atigh, «la société civile peut jouer un rôle important dans la fixation des jeunes dans leur terroir»

Pour Mohamed Mahmoud Ould Atigh, la situation de l’emploi est explosive en Mauritanie, citant la Stratégie sur l’Emploi de 2003 qui n’avait pas pu voir jour, puis la Stratégie 2018-2030 qui consacre une bonne partie à la politique d’emploi des jeunes. Comme son prédécesseur, il a ramené le problème de l’emploi dans le pays à un problème de communication

Il a été complété dans son intervention par le modérateur qui est revenu sur certains créneaux innovants mis en route depuis quelques années, comme le Marathon de l’Entrepreneur dans lequel la plupart des soumissionnaires sont des jeunes qui ont présenté des projets technologiques innovants dans le domaine de l’agriculture de la pêche à l’intérieur du pays, comme celui qui a présenté un projet sur la pisciculture au Gorgol.

Sidi Khalifou, «la société civile est une bonne école de passage pour les candidats à l’entreprenariat»

Selon Sidi Ould Khalifou, «la société civile est une bonne école de formation pour les politiciens électoralistes, et ceux qui veulent se lancer dans l’entreprenariat », donnant son propre parcours comme expérience.

Il a mis en exergue le nouveau rôle que la société civile veut aujourd’hui endosser, loin des sentiers battus du bénévolat social et de l’urgence humanitaire, pour prospecter des domaines comme la formation de richesses au profit des actions sociales, ou encore l’aspect d’agent économique qui cherche à s’installer dans la durabilité et la pérennité.

Aujourd’hui, dit-il à titre d’illustration, ECODEV cherche après des tentatives infructueuses dans les petits financements au profit des jeunes et des populations, à s’orienter vers l’entreprenariat et l’employabilité des jeunes à travers la création d’incubateurs sur l’étendue du pays.

Ce riche débat a été suivi d’interventions pertinentes de la part de l’assistance, parmi lesquels beaucoup d’experts.

Cheikh Aïdara


« L’appui aveugle et sans réserve » ou cette « hypocritologie » de l’élite intellectuelle mauritanienne

La longue dictature militaire qui gouverne la Mauritanie depuis plus de quarante ans est en fait entretenue par une élite intellectuelle qui a créé une nouvelle science politique, « l’hypocritologie », qui fait des émules génération après génération. C’est même devenu un métier, avec ses directeurs de conscience, ses experts, ses stagiaires, un métier qui rapporte autant d’argent frais que celui de parent du «Président de la République » ou celui « d’obligé d’un généralissime de l’armée ». Des oisifs privilégiés qui vivent à l’œil sur le dos de la communauté, dont la volonté a longtemps été confisquée.

L’indécence générale de cette philosophie érigée depuis quelques années en raccourcis pour « non doués » empuantit l’air et fait de l’intellectuel arriviste un modèle qui a fini par vider de sa substance le mérite et la bonne conscience professionnelle. Résultat, l’idée de toute réflexion a déserté les esprits de la plupart de nos cadres, formatés à ne plus cogiter mais à se faire téléguider et robotiser par celui qui manipule les commandes à partir de la présidence de la République. Le mot de ralliement de ce nouveau type d’intellectuel scotché aux mirages de « l’Etat vache à traire » est « l’engagement sans faille, inconditionnel et sans réserve » qu’il profère au début de tout discours courtisan. Une fois bénie par son Totem à qui il offre son destin sur le plateau de ces ambitions, offrant par la même occasion le destin de sa fratrie et celui de sa famille, il peut alors tout se permettre, dut-il vouloir détruire la nation, comme si le reste du peuple, par cette prostitution de l’élite, devenait du coup un corps sans idée, sans avis et sans vision pour son avenir et celui de son pays. Le Manitou, devant qui la République intelligente et pensante a fait allégeance, le fait très bien à sa place.

Aussi, l’intellectuel imbu « d’hypocritologie » ne se pose pas de question sur la personne à qui il se donne comme une offrande, et cela apparait de manière plus claire en période électorale, comme cette présidentielle décisive dont les Mauritaniens vivent déjà les prémisses, et qui va déterminer leur avenir dans les cinq ou dix ans à venir. Ce Manitou pour qui on s’est dépouillé et à qui on a offert notre âme au Diable, quel type d’homme est-ce, quel est son programme, quel est son background, qui sont les hommes qui l’entourent ?

Ces questions, capitales dans les démocraties conscientes et nimbés de patriotisme, nos intellectuels « intestins digestifs » ne se la posent pas. Ils sont comme la grenouille de Pavlov. Ils ne répondent qu’à une seule stimulation, la voix de leur maître.

Cheikh Aïdara


7 ans après la création du «Camp Mberra», l’aide humanitaire d’urgence dans sa forme classique reste-t-elle d’actualité ?

Pour la 7ème année consécutive, le «Camp de Mberra » qui reçoit quelques 50.000 réfugiés maliens continue de vivre sous perfusion de la communauté internationale. Une gestion par l’aide humanitaire d’urgence de plus en plus décriée par plusieurs spécialistes des Etats fragiles et des crises multidimensionnelle à longue durée. L’équipe Pays de la Mauritanie doit-elle poursuivre dans cette même démarche d’assistanat en se substituant à l’Etat et aux acteurs nationaux, ou doit-elle chercher une autre méthode plus inclusive et participative, en se fondant sur le nouveau paradigme basé sur la «fragilité de la résilience » qui consiste à renforcer les capacités nationales pour gérer les crises à durée indéterminée ?

Crédit OIM

Pour la septième année consécutive, le camp de Mberra situé au Hodh Oriental, revient au devant des préoccupations des agences des Nations Unies et des ONG internationales qui les accompagnent (voir communiqué de presse ci-dessous).

En bon gestionnaire de ce pré-carré en terre mauritanienne sous perfusion internationale, l’Equipe humanitaire pays continue comme un letimotive à se poser une question récurrente depuis le déclenchement de la crise malienne et l’arrivée des réfugiés en 2012 : «comment améliorer les conditions de vie des réfugiés et des communautés hôtes ? »

Cette question a fait l’objet d’une réunion tenue le 11 avril 2019 en présence des représentants du gouvernement mauritanien et de l’ambassadeur des Etats-Unis, SEM. Michael Dodman, dont le pays finance le projet de l’OIM en charge de ce dossier, par le biais du Bureau de la Population, des Réfugiés et de la Migration (PRM) au Département d’Etat.

Ce projet exécute le même toolkit qu’il y a sept ans : AGR, accès à l’eau, aide à l’élevage familial, dialogue intercommunautaire.

Un modèle de gestion de l’aide humanitaire de plus en plus décriée par les analystes des Etats fragiles et des crises qui lui préfèrent une nouvelle approche.

Crédit OIM

Vers la gestion humanitaire par «Fragilité à la résilience »

Dans un article publié par «The New Humanitarian», un organe spécialisé dans le journalisme au cœur des crises, Jonathan Papoulidis, Conseiller exécutif sur les États fragiles pour World Vision US, livre une analyse sur le caractère obsolète d’une industrie de l’aide qui s’est trop appuyée à son goût sur l’aide humanitaire d’urgence, pour s’attaquer aux crises de longue durée, aux institutions en ruine et aux besoins essentiels dans les Etats fragiles. (Voir lien : https://www.thenewhumanitarian.org/opinion/2019/04/10/fixing-fragility-why-it-s-time-rewrite-rulebook?utm_source=The+New+Humanitarian&utm_campaign=28c3596331-RSS_EMAIL_CAMPAIGN_ENGLISH_AID_AND_POLICY&utm_medium=email&utm_term=0_d842d98289-28c3596331-75503301)

Des enfants réfugiés au camp de Mberra (Photo PAM/Justin Smith)

«Bien que la réponse par défaut d’un modèle humanitaire d’assistance humanitaire à court terme par les donateurs ait sauvé d’innombrables vies, elle s’est également dégradée face aux crises prolongées et récurrentes de conflits, de catastrophes et de misère» a-t-il constaté. Il citera à titre d’exemple, la RDC et son «camp d’urgence » pour les déplacés qui entrent dans leur deuxième décennie, expliquant comment ce modèle a érodé les capacités de réaction et a accru les griefs des personnes déplacées et les communautés d’accueil. Idem pour la Somalie où ce même modèle d’intervention s’est transformé en un mode improvisé de prestation de services à long terme pour la santé, l’éducation, l’eau, l’assainissement et l’assistance alimentaire. Une sorte de dépendance entretenue qui verrouille les opérations humanitaires.

A la place de cette forme classique de l’aide humanitaire, l’auteur préconise une nouvelle approche basée sur le retour sur les principes primaire de l’aide au développement, à savoir la promotion de la croissance économique des Etats pour les aider à résorber la pauvreté, plutôt qu’à les aider à gérer des risques complexes et des crises indéfinies aux causes profondes, parfois structurelles et institutionnelles.  Le nouveau paradigme de l’aide doit se baser, selon Jonathan Papiloudis, sur la notion de «fragilité à la résilience». Cette stratégie vise à identifier les risques complexes et interactifs de conflits, de catastrophes et de dénuement dans les Etats fragiles et à aider à soutenir et à renforcer diverses capacités nationales à y faire face.

Elle se base sur la croissance des économies «inclusives » pour répondre aux besoins humains, alors que l’aide d’urgence classique se concentre sur la satisfaction des besoins et la gestion des risques, des causes et des crises multidimensionnelles. Ce nouveau paradigmes suscite de plus en plus, selon lui, l’intérêt de la communauté internationale, citant en exemple le rapport «Parthways for Peace » publié par l’ONU et la Banque Mondiale en 2018, ou encore l’OCDE qui, en 2018,  a redéfini le concept de fragilité conformément à l’accent mis sur la résilience, notant que «la fragilité s’est définie comme la combinaison d’une exposition au risque et d’une capacité d’adaptation insuffisante de la part de l’Etat, du système et/ou des communautés pour gérer, absorber ou atténuer ces risques».

Cette notion de résilience est également revenue dans l’étude menée par un groupe de réflexion basée à Maastricht, le Centre européen de gestion des politiques de développement (ECDPM) qui montre comment le mécanisme de coordination de pays a joué un rôle important dans la résolution des problèmes d’action collective entre le gouvernement, les donateurs et les parties prenantes afin de faire progresser le plan de développement national, comme en atteste l’expérience menée en Somalie. En conclusion, Jonathan Papoulidis pense qu’il n’est pas sûr « si la communauté de l’aide aura suffisamment d’appétit politique et de risque pour soutenir les États fragiles dans la longue marche d’un véritable changement ». Mais ce qui est certain, «c’est que le statu quo ne peut pas être maintenu si nous espérons respecter l’engagement mondial pris de ne laisser personne derrière dans les situations les plus difficiles ».

Cheikh Aïdara 

Amélioration des conditions de vie des communautés d’accueil des réfugiés en Mauritanie

Nouakchott – La région du Hodh Ech Chargui, en Mauritanie fait face à des défis liés à l’accès à l’eau et à la santé animale, vu que l’élevage est le seul moyen de subsistance. Plus de 50 000 réfugiés qui vivent dans le camp, et les communautés d’accueil sont éleveurs de bovins.

Pour aborder certains de ces défis, des représentants du gouvernement mauritanien, des agences des Nations Unies et des ONG se sont réunis le 11 avril 2019 pour répondre à la question « Comment les gouvernements et la communauté humanitaire internationale peuvent-ils améliorer les conditions de vie des réfugiés et des communautés d’accueil ? ». Le gestionnaire du projet de l’OIM, Momme Ducros, a présenté, au cours de la réunion, les sultats de ce projet à trois phases, « Augmentation des opportunités de subsistance pour les réfugiés maliens et des communautés hôtes sélectionnées au Hodh Ech Chargui« , financé par le ureau de la Population, des Réfugiés et de la Migration (PRM) au Département d’État méricain, et mis en œuvre en Mauritanie.

Exécuté depuis 2015, le projet a permis d’améliorer sensiblement les conditions de vie des réfugiés et des populations hôtes en établissant des mécanismes pour prévenir et gérer les conflits liés aux maigres ressources de subsistance.

Au total, près de 20 000 réfugiés et 35 000 personnes parmi les populations d’accueil ont bénéficié d’un appui aux activités génératrices de revenus, ont eu accès à l’eau, à un appui à l’élevage familial et à un dialogue intercommunautaire, dans le cadre des activités du projet.

En Mauritanie, l’OIM s’est installée dans la Wilaya du Hodh Ech Chargui pour répondre à l’afflux de réfugiés maliens après le déclenchement de la crise en 2012. Les activités de l’OIM dans la région comprennent la stabilisation des communautés et la promotion du dialogue intercommunautaire.

En ouvrant la séance, l’Ambassadeur des États-Unis d’Amérique en Mauritanie, Son Excellence M. Michael Dodman, a souligné que :« notre compréhension des approches mises en œuvre nous permettrait d’avoir un impact dans notre façon de servir et d’aider les populations dans le besoin à Mbéra, dans le Hodh El Chargui, et au-delà ».

Pour les représentants du gouvernement mauritanien et de la communauté humanitaire internationale travaillant en Mauritanie, la réunion a été une occasion pour partager les meilleures pratiques sur la stabilisation, la résilience et le rétablissement des moyens de subsistance de ces populations dans un pays au centre de l’action humanitaire, de la paix et de développement.

« L’appui constant fourni par les États-Unis d’Amérique, à travers le Bureau PRM, démontre leur prise de conscience des besoins essentiels des réfugiés et des populations hôtes dans le Hodh Chargui, qui ont, aujourd’hui plus que jamais, besoin d’améliorer leurs moyens de subsistance et de prévenir les conflits sur les ressources naturelles.

 ‘‘Je saisis cette occasion pour lancer un appel aux contributions des donateurs pour combler les manques importants dans le secteur de subsistance, à l’intérieur comme à l’extérieur du camp de réfugiés de M’bera.« , A déclaré Laura Lungarotti, Chef de Mission de l’OIM en Mauritanie.

Le projet, financé par le Bureau de la Population, des Réfugiés et de la Migration (PRM) au Département d’État Américain, est essentiel pour fournir un appui à la fois aux réfugiés et aux Communautés Hôtes et réduire les tensions liées aux ressources rares comme l’eau et la santé du bétail.

Pour plus d’informations, veuillez contacter : Momme Ducros, Chef de projet de l’OIM, Tél :  +222 42 88 89 44, Email : mducros@iom.intou visiter www.rodakar.iom.int


Education Primaire en Mauritanie, quel rôle pour les Associations des Parents d’élèves (APE) ?

En marge de son 20ème anniversaire et de son Assemblée générale annuelle tenue dans la foulée, l’ONG de développement ECODEV a réuni jeudi 11 avril 2019, un panel d’experts pour débattre des problèmes de l’enseignement en Mauritanie et dégager des pistes de solution.

Panel sur l’éducation (Crédit Aidara)

Le panel était composé de l’ancien ministre, ancien Président de l’Université de Nouakchott, Dr.Bekaye Ould Abdel Maleck, NGaïdé Alassane, Conseiller du Ministre de l’Education Nationale, Cheikh Ould Maata, ancien maire de Riadh et Directeur du Centre d’Etudes et de Recherches Pédagogiques (CERP), El Hadj Ould Rabani, expert planificateur COGES (Conseil de Gestion des Ecoles), Mohamed Ould Tolba de la Banque Mondiale et Dr.Abdallahi Ould Ewah, professeur d’université et gérant du Projet TOME (Transparence dans le budget de l’Education). La rencontre a été modérée par Dr.Mohamed Lemine Hamady, Expert au CERF et professeur d’université.

Survol général

Introduisant le débat, le modérateur a fait un survol de la situation globale de l’enseignement en Mauritanie, avec chiffres et données à l’appui, comme l’amélioration des infrastructures  permettant une capacité d’absorption de tous les enfants en âge scolaire, avec 600.000 enfants qui vont à l’école (statistique de 2018), pour 15.000 enseignants. La Mauritanie compte, selon lui, 4.000 écoles dont 600 pour le privé, avec un ratio de 33 élèves par enseignant et un taux de plus de 100% de scolarisation. Seulement, relève-t-il, le taux d’inscription est de 80%, le taux de déperdition scolaire de 24% , avec un déficit de 145.000 tables-bancs, et 80% des écoles ne disposant ni d’aire de jeu ni de terrain de sport.

Pour Mohamed Lemine Hamady, la société civile, notamment les parents d’élèves, sont un partenaire incontournable dans l’amélioration de la qualité de l’enseignement, soulignant la nécessité pour chaque école de disposer d’une association de parents d’élèves. «Tout le monde est aujourd’hui conscient de la crise de l’école en Mauritanie » a-t-il déclaré, ajoutant que la solution est une solution globale qui interpelle tous les acteurs.

Rappelant l’évaluation qui a été réalisée sur la performance du système éducatif, le modérateur a souligné que l’Etat a dépensé des milliards dans l’enseignement sans résultat qualitatif, soulignant que le taux d’admission dans tous les examens nationaux n’a pas dépassé 35%, que 40% des enseignants ne sont pas passés par l’Ecole Nationale des Instituteurs, que sur l’ensemble des enseignants en arabe, seuls 14% maîtrisent la langue, comme seuls  4% des enseignants en français maîtrisent le français. Cela s’est répercuté, a-t-il souligné sur les résultats, avec 26% d’admission à l’entrée en sixième, 29 % au brevet et 15% au baccalauréat. S’il y a dépenses exhaustives sur les infrastructures, cela s’est traduit de l’autre côté par la baisse de la qualité, a-t-il affirmé, pointant du doigt le système dirigiste et non inclusif qui a jusque-là prévalu, en l’absence de toute implication des acteurs de l’enseignement que sont les parents d’élèves, les centres d’études et les experts indépendants dans la confection des programmes, dans les modèles de gestion de l’enseignement et les programmes pédagogiques. Selon Mohamed Lemine Hamady, toutes les études ont montré que la non implication des APE dans les politiques éducatives sont l’une des causes essentielles de l’échec du système éducatif.

Pour remédier à cette situation, il a suggéré la nécessité d’adopter une stratégie de gouvernance sociale avec les APE comme partenaires centraux, soulignant qu’une étude menée en 2018 a démontré que l’implication des APE encourage la scolarité et le suivi pédagogique.

Cheikh Ould Maata, l’apport des centres d’études et le rôle des APE

Partant de l’expérience du Centre d’études, le CERP, qu’il dirige, l’ancien maire de Riadh à Nouakchott, Cheikh Ould Maata a mis l’accent sur la recherche, la formation et la sensibilisation pour améliorer la qualité de l’enseignement, mais surtout sur l’implication des APE. Ce débat devrait permettre selon lui, de tirer des recommandations qui pourront faire l’objet d’une stratégie capable de recentrer l’apport des parents d’élèves dans le système pédagogique national, ce qui n’est pas encore le cas, a-t-il déploré en substance :

Le Président de la Fédération nationale des associations de parents d’élèves et étudiants, Ahmed Ould Sghaïr, s’est pour sa part félicité du rôle joué par ECODEV dans le domaine de l’éducation, citant les actions à résultats déjà palpables sur le terrain,  comme au niveau de Riadh à Nouakchott et de Tidjikja au Tagant, où l’ONG a formé en 2018 quelques 40 bureaux de parents  d’élèves dans le suivi pédagogique.

Dr.Bekaye Ould Abdel Maleck et les Zones d’Education Prioritaires (ZEP)

Concept nouveau développé en France dans les années 80 pour harmoniser l’enseignement et offrir une éducation de qualité égale à tous les enfants notamment ceux issus de familles défavorisées, les ZEP servent à renforcer le système éducatif à tous les niveaux et sur l’ensemble du territoire, car comme l’a souligné Dr.Bekaye Ould Abdel Maleck, le système éducatif est un tout, tant et si bien que toute faiblesse dans une des chaînes peut compromettre le fonctionnement de l’ensemble. La ZEP sert ainsi, selon lui, à corriger les incohérences et  les disparités dues à des problèmes économiques ou sociaux des parents.

Pour Dr.Bekaye Ould Abdel Maleck, la ZEP est créée selon plusieurs principes et critères, la discrimination positive, la prise en charge totale des enfants des familles défavorisées (bourse, trousse), la faible capacité d’accès, la fragilité socioéconomique, la forte déperdition scolaire. La ZEP est administrée à travers des conseils comprenant l’administration, les communes, les APE, avec des commissions spécialisées, comme celles chargées de lutter contre la violence et la délinquance en milieu scolaire, contre les stupéfiants, etc. La ZEP a besoin ainsi, selon l’intervenant, d’enseignants payés plus que leurs autres collègues et plus motivés, avec des primes de suggestion spéciale. Des bourses doivent être octroyées aux élèves ainsi qu’une prise en charge totale sur le plan de l’alimentation dans les cantines scolaires et en fournitures, pour compenser des parents dont ils constituent le plus souvent les seules forces de travail. Dr.Bekaye a suggéré d’ouvrir dans une première phase des ZEP modèles dans les localités les plus pauvres, puis généraliser l’approche dans une seconde étape.

Pr.El Hadj Ould Rabani et l’expérience de COGES

Le Conseil de participation communautaire et de gestion des écoles (COGES) est bâti selon Pr.El Hadj Ould Rabani sur un décret qui donne une place centrale aux APE. Il est composé, conformément à l’article 3 du décret, d’un président élu, d’un Secrétaire général et d’un gestionnaire, plus un représentant de la commune, un représentant des APE, un représentant du personnel enseignant et un représentant des élèves. Il se réunit une fois par mois et discute de tous les problèmes scolaires.

Dr.Abdallahi Ould Ewah et le Projet TOME

Le Projet TOME (Transparency Of Mauritanian Education Budget) liant l’ONG ECODEV et le GPSA (Global Partenership For Social Acountability) de la Banque Mondiale a été lancé le 18 janvier 2017 pour une durée de quatre ans. Son objectif est d’améliorer la transparence du Budget et la qualité de l’éducation primaire à travers les outils de la redevabilité sociale dans les Wilayas cibles, Nouakchott Sud et le Tagant.

Sur la base du diagnostic de la stratégie nationale de l’éducation et du Plan national 2001-2011 puis 2012-2020, il est apparu selon Dr.Abdallahi Ould Ewah que le budget alloué à l’éducation représente 4% du PIB, dont 44 % pour l’enseignement fondamental. «Il y a certes une forte augmentation dans l’accès à l’éducation, beaucoup d’écoles ont été construites, beaucoup d’enseignants recrutés, beaucoup plus d’élèves scolarisés, mais la qualité de l’enseignement a continué à baisser, avec des élèves souffrant de faiblesse générale dans toutes les matières. Un résultat catastrophique » a-t-il arrêté.  Et de poursuivre «100 % des enfants mauritaniens entrent à l’école, mais 90% ressortent dans la rue durant leur parcours scolaire et une fois aux portes du baccalauréat ». Et  de se demander «ces enfants vont où ?».La plupart vont alimenter les gangs, versent dans la délinquance, la drogue, à la merci des premiers recruteurs djihadistes. Avec des enseignants mal formés (non intéressés par leur métier), mal payés, évoluant dans des classes souvent délabrées, sans aucun matériel didactique, le résultat ne peut être que celui offert par le système actuel, dira-t-il en substance.

La solution réside selon lui dans la redevabilité sociale, telle que préconisée par le Projet TOME, à travers un comité de suivi participatif au niveau de chaque école. Ce principe repose sur le fait que l’éducation est l’affaire de tout le monde et que la solution doit venir aussi bien de l’Etat, du secteur privé, des mécènes, des parents d’élèves, de la société civile, des partenaires, dans un même élan coordonné et planifié.

NGaïdé Alassane, encore sur le rôle des APE

Conseiller du Ministre de l’Education Nationale en charge de la Promotion du Partenariat avec les syndicats et les APE, NGaïdé Alassane, est revenu sur le rôle des APE, comme partenaire essentiel du système éducatif. Il a évoqué l’institutionnalisation de ce partenariat entre le Ministère et les APE à travers la révision en cours du Décret 137-1999, soulignant que les parents d’élèves disposent pour leurs actions de prérogatives tirées du circulaire du ministre, de la mise en place de comités de veille, entre autres mécanismes d’intervention.

Des discussions, questions et interventions pertinentes de la part des participants ont par la suite émaillé les débats.

Cheikh Aïdara