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Cérémonie de labélisation à Nouakchott de IKAM Mauritanie

Nouakchott a abrité jeudi 14 décembre 2023 la cérémonie de lancement de la labélisation de l’Institut Kore des Arts et Métiers (IKAM) de Mauritanie sous la présidence de M. Kane Limame dit Monza. L’occasion pour les participants, dont des formateurs venus du Mali, de suivre la conférence inaugurale animée par M. Aziz Dieng, Président du Conseil Permanent du droit d’auteur et des droits connexes de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI).

De G. à Dr. Monza, Bâ Mamadou (Ministère Culture) et Doumbia – Crédit Aidara

La Mauritanie est le troisième pays en Afrique de l’Ouest à bénéficier du Label IKAM, après le Togo et le Burkina Faso. Le lancement du Label IKAM Mauritanie a eu lieu le jeudi 14 décembre 2023 en présence du Coordinateur AWA-ACP-UE Culture, M. Mohamed Doumbia du Mali.

Le Programme AWA

« Le Programme Art in West Africa (AWA) fait partie des six programmes régionaux financés par la Commission de l’Union Européenne et le Secrétariat des Etats ACP (Afrique Caraïbes Pacifiques) pour soutenir la dynamisation de la compétitivité des industries culturelles et créatives dans les six grandes régions, les cinq régions d’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique » a d’emblée introduit M. Mohamed Doumbia.

La salle et les participants, Hawa Ba et Ezzedine au 1er plan – Crédit Aidara

En ce qui concerne ce programme, il a ajouté que c’est le consortium Institut Kore de Ségou (Mali) et l’Institut Français de Paris qui a été retenu pour piloter le projet Afrique de l’Ouest. C’est pourquoi, dira-t-il en substance, le centre Kore de Ségou pilote la mise en œuvre du financement décentralisé. Il s’agit, selon lui, d’un nouveau mécanisme du programme ACP-UE Culture pour le soutien de la culture et de la créativité.

Il a précisé que le programme AWA a été lancé en 2020 pour 40 mois et devra s’achever en avril 2024. Le programme, a-t-il ajouté, est un ensemble de dispositifs organisé autour de trois grands axes.

La salle vue de derrière – Crédit Aidara

Le premier axe est l’axe de soutien financier, le second, celui du renforcement des capacités pour la professionnalisation des acteurs culturels, et enfin, le troisième axe, celui du réseautage.

En termes de soutien financier, Mohamed Doumbia précise que le programme AWA accompagne 115 projets dans les 16 pays d’Afrique de l’Ouest, moins le Libéria qui n’a pas présenté, selon lui de proposition.

En Mauritanie, a-t-il détaillé, sur les différents Appels à Projet, seuls quatre ont été retenus et accompagnés.

En termes de renforcement de capacités, AWA a mis en place un certain nombre de dispositifs, a ajouté Doumbia, notamment les formations courtes et les universités d’été qui sont des accompagnements longs, spécifiques pour un type de financement appelé fonds de structuration, qui permet un accompagnement de 15 jours avec des formations de renforcement de capacités d’opérateurs dont Assalamalekum est lauréat.

au 1er plan, Hawa Ba (assistante de Monza) et >Ezzedine Daddah – Crédit Aidara

Aujourd’hui, insiste Doumbia, c’est le troisième pilier qui est en cours. Il consiste, selon lui, à maintenir l’aide au secteur culturel ouest-africain, via le centre Kore, un groupe qui travaille sur la professionnalisation du secteur culturel à travers son Institut des Arts et Métiers. Dans ce programme, existe un certain nombre de labélisation d’organisations qui se déploient sur le continent. Ainsi, selon Doumbia, il est prévu dans ce programme d’accompagner la labélisation de quatre instituts.

« Aujourd’hui, nous sommes au troisième IKAM, après la mise en place du centre Kore du Togo et celui du Burkina, c’est celui de la Mauritanie et ce mois-ci encore, nous serons en Côte d’Ivoire la semaine prochaine pour la mise en place et la labélisation de IKAM Côte d’Ivoire » a expliqué Mohamed Doumbia.

La raison de la mise en place et la labélisation des IKAM s’explique, selon Doumbia, par le fait que ces instituts devront prendre le relais, à la fin du Programme AWA, pour poursuivre la professionnalisation du secteur culturel. Selon lui, il ne s’agit pas seulement de doter les organisations culturelles de financement et de subventions, mais les aider à mieux gérer et à mieux se structurer pour devenir de réelles entreprises culturelles capables de créer des richesses et des emplois dans le secteur des industries culturelles et créatives (ICC).

Aziz Dieng en costume à côté de Karamako (Mali) – Crédit Aidara

En matière de réseautage, Doumbia a évoqué le noyau de réseau AWA Network qui est en train de se développer autour des 15 organisations du fonds de structuration. En termes de financement, il a précisé que le programme AWA est accompagné par un financement de l’Union européenne à hauteur de 6 millions 200 milles euros. A la fin du programme prévu en avril 2024, c’est l’heure des évaluations, a ajouté Doumbia, mais aussi celle des innovations avec la préparation avec l’Université Gaston Berger du Sénégal d’un mécanisme d’auto-évaluation des projets culturels avec des indicateurs que chaque entrepreneur culturel devra élaborer pour mesurer l’impact de son travail.

Un moment historique

M. Limame Kane dit Monza, président de IKAM Mauritanie qui avait ouvert la cérémonie, a reconnu que l’instant est historique, notamment avec la présence de M. Aziz Dieng. « Aujourd’hui, nous sommes honorés, grâce entre autres, à son guidage et à sa protection » a lancé Monza, avant de souhaiter la bienvenue aux invités du Sénégal et du Mali, mais encore Pr. Abdoulaye Doro Sow. Il a aussi remercié la commune de Tevragh-Zeïna avec laquelle son organisation Assalamalekum développe le projet Nouakchott Ville Créative »

Vue partielle des participants – Crédit Aidara

Il faut souligner que le Ministère de la Culture était représenté à la cérémonie par M. Bâ Mamadou, Directeur de la Jeunesse et des Sports, en présence de M. Ezzedine Daddah du ministère de l’Economie et l’Honorable député Balla Touré, entre autres.

Conférence inaugurale

La conférence inaugurale de M. Aziz Dieng, a été modérée par M. Abdoulaye Doro Sow, professeur d’Anthropologie à l’Université de Nouakchott. Il a survolé de manière exhaustive et éclairée le parcours du conférencier, un intellectuel engagé qui a consacré, selon lui, toute sa vie à la défense des intérêts des artistes et à la préservation des biens culturels africains. Il est né à Dakar où il a fait ses études primaires et secondaires avant d’aller en France vers les années 80 pour y suivre des études en sociologie et en musique. Selon lui, M. Aziz Dieng a emprunté l’un des domaines les plus compliqués du droit, celui du droit d’auteur et de la propriété intellectuelle que peu de gens maîtrisent. M. Aziz Dieng a été aussi pendant 12 ans président du Comité des Arts et Métiers du Sénégal.

Première rencontre avec la Mauritanie

M. Aziz Dieng s’est d’abord mis en contexte, en expliquant que c’est la première fois qu’il vient en Mauritanie, mais qu’il a découvert le pays à travers la voix sensuelle de Dimi Mint Abba, un CD qui lui est venu d’Allemagne du temps où il produisait une émission portée sur les musiques du monde. Il dit avoir été soufflé en écoutant le premier CD international de Dimi « Allahou Allahou ». Plus tard, il rencontrera Maalouma Meidah qu’il invitera au Festival Mondial des Arts Nègres de Dakar.

Professeur Sow (à gauche) présente le conférencier Aziz Dieng – Crédit Aidara

Les spécificités du produit culturel

Cette introduction sur l’effet que la voix de Dimi a produit en lui, va lui permettre d’aborder la première caractéristique du produit culturel, le symbolisme et l’identité.

Economie culturelle, une idée nouvelle

Selon Aziz Dieng, la notion d’économie culturelle est de naissance récente. Ni sous Senghor, grand intellectuel, qui a fait beaucoup pour les arts et la culture au Sénégal, ni sous Abdou Diouf qui sous l’effet des ajustements structurels imposés par la FMI et la Banque Mondiale avait fait des coupes sur la culture (fermeture de la prestigieuse école de danse Moudra Afrique et des Archives du Sénégal), ni sous Abdoulaye Wade et ses grandes réalisations dans le domaine culturel (Grande théâtre de Dakar, Grand monument de la Renaissance, Grand festival des intellectuels d’Afrique), la notion d’économie culturelle n’était connue.

Aziz Dieng s’introduit – Crédit Aidara

Les loisirs plus que le développement

Aujourd’hui, selon Aziz Dieng, à partir de son expérience, le développement économique seul ne peut freiner l’exode vers les grands centres urbains, ni l’immigration vers l’Occident. Car, explique-t-il, par-delà, les aspects économiques, ce qui pousse les jeunes à partir de leur terroir ou de leur pays vers les grandes villes ou vers l’Europe, ce n’est pas souvent des raisons économiques, mais l’attrait qu’offre ces villes en termes de divertissement et d’épanouissement. D’où, selon lui, le rôle important que peut jouer la culture contre l’émigration des jeunes.

Les premières révolutions

Remontant au 16ème siècle en Europe, il parlera de la première naissance du réseau de la représentation, la période à partir de laquelle est apparue le premier concert payant. Puis, le passage à la reproduction, avec l’invention de la radio et la révolution qu’elle a entraîné dans la mesure où désormais il était possible de jouir de la musique sans aller au concert.

Ainsi, avec l’exemple de la musique, Aziz Dieng explique comment le produit culturel est tombé dans le champ de la marchandisation.

Aziz Dieng dans ses envolées – Crédit Aidara

Le produit culturel est différent

La deuxième caractéristique du produit culturel tient, selon le conférencier, à la nature du processus de consommation du produit culturel.  Il s’agit selon lui d’un bien non rival, un bien qui peut être donné sans rien perdre. Ainsi, la marchandise ou le produit culturel est différent des autres biens.

Le produit culturel est fragile

En même temps, c’est un produit fragile qui pose la question de survie des artistes avec la piraterie et le crime culturel organisé, où les pirates s’enrichissent alors que les acteurs culturels vivent dans la misère.

Le coût marginal du produit culturel

Troisième caractéristique, un coût marginal infime. Ainsi, de grandes productions culturelles, comme le film Cléopâtre qui a coûté des milliards de dollars alors que les bénéfices sont minimes.

L’imprévisibilité du marché

Quatrième caractéristique, l’imprévisibilité du marché. Il donne l’exemple du disque de Michael Jackson « Thriller » le disque le plus vendu dans l’histoire de la musique, 65 à 100 millions de dollars de rentrées, avec un budget de 750.000 dollars. Quatre ou cinq ans après, il sort « Dangerous » avec un investissement de 10 millions de dollars, qui sera moins vendu, à peine 50 millions de dollars. Quelques années après, il investit dans « History » un double CD avec un budget de 30 millions de dollars. Il n’a pas vendu plus de 50 millions de dollars.

Aziz Dieng a livré sa propre expérience avec le premier studio numérique qu’il avait monté à Dakar et qui a enregistré la plupart des jeunes talents des années 90, Coumba Gawlo, Souleymane Faye, tous les rappeurs et quelques chanteurs traditionnels, etc. Il a tiré de cette expérience que les morceaux sur lesquels on passe plus de temps en studio sont ceux qui marchent le moins.

Des participants. Au 1er plan Hawa Traoré (Journaliste) et au fond, le député Balla Touré – Crédit Aidara

Le produit culturel est unique

Cinquième caractéristique, la remplaçabilité, donc l’aspect unique du produit culturel. Aziz Dieng explique qu’il est facile de remplacer un produit commercial par un autre modèle, mais qu’il est impossible de remplacer par exemple Dimi Mint Abba, ou Salif Keïta.

D’autres caractéristiques du produit culturel ont cités par Aziz Dieng, il s’agit de l’imprévisibilité et la supposée souveraineté du consommateur, souveraineté qui est en réalité canalisée, selon lui, par les intermédiaires, animateurs, publicitaires, libraire, etc. avec la puissance de l’argent, du streaming, du pitching, des recommandations, etc.

Les acteurs culturels sont spoliés

Il a aussi évoqué la présence de plusieurs plateformes comme Spotify et Applemusic, qui offrent toutes les musiques au monde, mais qui en profite, se demande Aziz, qui dit que beaucoup de musiciens en Afrique ne sont même pas au courant que leurs musiques sont dans ces plateformes à leur insu.

Cheikh Aïdara


De la non-application de la loi sur l’esclavage en Mauritanie, cas de la famille Chehlawi

La Cour Spéciale chargée des crimes d’esclavage de Nouakchott-Sud a rendu son verdict, mercredi 13 décembre 2023, dans l’affaire de l’esclave de la famille Chehlawi, Marième Cheibany et ses enfants. La cour a prononcé des condamnations moindres que celles prévues par la Loi 031-2015 contre Cheikhna Chehlawi et sa fille Salma, pour crimes d’esclavages.

Des militants de IRA avec l’avocat de la défense – Crédit IRA

En deux jours de procès, l’affaire du dossier de la famille Chehlawi, accusée de pratiques esclavagistes contre Marième Mint Cheibany et ses enfants a connu son épilogue le mercredi 13 décembre 2O23, date du prononcé du verdict. Cheikhna Chehlawi et sa fille Salma ont été condamnés à des peines très en dessous de celles prévues par la Loi 031-2015 incriminant l’esclavage et criminalisant les pratiques esclavagistes.

Verdict complaisant

En effet, Cheikhna Chehlawi a été condamné à 5 ans de prison dont deux ans fermes et 3 ans avec sursis ainsi que 100.000 MRU (1 million ancienne ouguiya) d’amende, tandis que sa fille, Salma, a écopé de 5 ans fermes.

Militants IRA devant le tribunal – Crédit IRA

La Loi dans son chapitre II stipule en l’article 7 : « Quiconque réduit autrui en esclavage ou incite à aliéner sa liberté ou sa dignité ou celle d’une personne à sa charge ou sous sa tutelle, pour être réduite en esclave, est puni d’une peine de réclusion de dix (10) à vingt (20) ans et d’une amende de deux cent cinquante mille (250.000) ouguiyas à cinq millions (5.000.000) d’ouguiyas ».

La question posée est de savoir pourquoi la Cour décide de prononcer une peine minimum non prévue par la loi.

Une affaire qui date de 2 ans

L’affaire qui a éclaté en 2021 dans la localité de Aïn Varba au Hodh Gharbi a d’abord été portée devant le Parquet d’Aïoun. Le Procureur avait à l’époque reconnu Cheikhna Chehlawi et sa fille Salma, coupables de crimes d’esclavage. Ecroué sur une décision de la Chambre d’accusation, Cheikhna Chehlawi bénéficiera quelques jours plus tard de la liberté provisoire.

Marième Cheibany et ses enfants – Crédit IRA

Les observateurs trouvent ainsi que le verdict prononcé le 13 décembre 2023 par le tribunal spécial de Nouakchott-Sud est trop complaisant, vue que la victime a vécu toute sa vie, plus d’une trentaine d’années, dans la servitudes, exploitée physiquement et sexuellement par son maître Cheikhna Chehlawi. Sa fille, Salka, aurait également subi des maltraitances à caractère esclavagiste avec sa maîtresse Salma.

Un procès sous haute vigilance

Abdallahi Abou Diop (en costume) et Ide Elhaj (coordonnateur) et des membres de IRA-Crédit IRA

https://cndh.mr/fr/accueilIl faut noter que ce procès s’est déroulé en présence des militants du mouvement antiesclavagiste IRA, dont les militants n’ont pas quitté les alentours du tribunal durant les deux jours d’audience. C’est le mouvement IRA qui a été d’ailleurs le moteur déclencheur de cette affaire lorsqu’en 2021, ces militants ont dévoilé ce cas d’esclavage. ils ont accompagné depuis, la victime à Nouakchott, déplorant l’absence de toute prise en charge de Marième Mint Cheibany et ses enfants par les structures de l’Etat chargées de la question, en l’occurrence la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), le Commissariat aux droits de l’homme, encore moins l’Agence  Nationale de Solidarité TAAZOUR, dont une partie du colossal budget est pourtant sensée prendre en charge les personnes indigentes, surtout les victimes libérées de l’esclavage.  

Affaire Ghaya Maiga

Cheikh Vall (militant IRA) avec Ghaya Maiga – Crédit IRA

Le jeudi 14 décembre 2023, le même tribunal spécial de Nouakchott-Sud va juger également une autre affaire qui avait défrayé la chronique en 2019. Il s’agit de l’affaire de Ghaya Maïga, un procès qui sera suivi de très près par les militants de IRA Mauritanie, notamment le président de la section Droits de l’homme du mouvement, l’infatigable Abdallahi Abou Diop.

Le jugement de cette affaire qui implique une fille mineure au moment des faits avait déjà posé, au-delà de la qualification des faits qui avait opposé le mouvement IRA, le Procureur de la République et le juge d’instruction, le problème de l’applicabilité de la loi 031-2015 sur l’esclavage en Mauritanie.

Cheikh Aïdara


Journée internationale des droits de l’homme célébrée en Mauritanie

L’initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) a célébré le 10 décembre 2023 lors d’une conférence, la 75ème Journée internationale des droits de l’homme, créée en 1948 à Paris. Cette journée est à l’origine de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), dont s’inspire une grande partie des constitutions du monde. L’occasion pour les intervenants de revenir sur le thème retenu : « Mauritanie, gouvernance de l’impunité des crimes contre l’humanité ».

Mohamed MBoukhoukha (conseiller du président de l’IRA) à la lecture du communiqué – Crédit Aïdara

Des personnalités mobilisées pour célébrer cette Journée

La salle de conférence de l’hôtel Azalaï de Nouakchott a refusé du monde, cet après-midi du 10 décembre 2023, Journée internationale des droits de l’homme, célébrée avec emphase par le mouvement abolitionniste IRA Mauritanie. Plusieurs leaders politiques et membres de la société civile étaient présents, notamment Samba Thiam, président des Forces Progressistes pour le Changement (FPC) et Cheikh Haidara, représentant de la Coalition du Vivre Ensemble (CVE).

Cette journée a été marquée par le mot de bienvenue prononcé par la vice-présidente de l’IRA, Kadiata Bâ, en l’absence du leader du mouvement Birame Dah Abeid en tournée en Europe. Elle a constaté dans son intervention l’inexistence totale des droits humains en Mauritanie.

Pour sa part, Abdallahi Abou Diop, président de la section des droits de l’homme au sein du mouvement IRA, a fait le parallèle entre l’article 1 de la DUDH « tous les hommes naissent libres et égaux en droits et en dignité » et la réalité de cet article en pratique en Mauritanie. Selon lui, bien que cet article figure dans le préambule de la Constitution, il n’en est rien dans la pratique.

Partie du public au 1er plan les députés Marième et Ghamou – Crédit Aïdara

Il en va de même selon lui pour le reste des articles de la DUDH, notamment l’article 2 « chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés sans distinction aucune », l’article 3 « tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne » et l’article 4 « nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ».

Samba Thiam a lui aussi fait une déclaration dans laquelle il a salué la présence massive des femmes de toutes les communautés, soulignant que « cette présence augure d’un avenir prometteur pour la lutte contre la violation des droits de l’homme en Mauritanie ». Le président des FPC a regretté également l’absence de la Commission nationale des droits de l’homme et du Bureau des Nations Unies pour les droits de l’homme à cette rencontre. Selon lui, « cette absence questionne sur la crédibilité et la neutralité de ces deux institutions ».

Les participants ont assisté par la suite un communiqué de presse du mouvement IRA à l’occasion de la journée, suivi d’un panel sur les droits humains en Mauritanie.

Communiqué de l’IRA

Mauritanie 2023 : Les 10 plaies du 10 décembre

A l’instar des multitudes éprises de liberté, l’Ira célèbre, ce 10 décembre 2023, la journée mondiale des droits de l’homme. L’occasion de partager, avec l’opinion, le passif mauritanien en la matière, justifie une commémoration à la hauteur du défi. La lourdeur et l’ancienneté du contentieux requièrent un constat dénué de complaisance. Si l’on doit se réjouir de l’arsenal juridique et des tribunaux mis en place aux fins de pénaliser les crimes d’esclavage, l’on constate, cependant, qu’aucun criminel n’a été emprisonné ; le blanchiment d’infractions aussi graves et anachroniques reste l’unique option des autorités. D’ailleurs, les commanditaires et auteurs de tueries, de déportations à visée ethnique continuent à jouir de l’immunité, tandis que le nombre des préposées à la torture ne cesse de croître, d’une année à la suivante.

Des extraits du Coran lus lors de l’ouverture – Crédit Aïdara
  • Pour ne citer que les exemples récents, l’on se souviendra de Souvi Jibril Soumaré, dit Ould Cheïne, assassiné le 09 février 2023 au commissariat de police de Dar Naim (Nouakchott sud). Les tortionnaires ont d’abord essayé de s’exonérer du forfait létal, avant de se rétracter sous la pression de la rue. L’officier de police judiciaire et les exécutants sous son commandement furent arrêtés et soumis à une instruction de justice ; néanmoins, les résultats tardent. Quelques mois après, survint, le 29 mai 2023, à Sebkha (Nouakchott ouest), à l’intérieur d’un bâtiment de la police et dans des circonstances de facture identique, le décès de Oumar Diop, natif de MBagne (sud). Devant la flagrance de l’abus, la colère s’est emparée d’une partie de la jeunesse urbaine, fragilisant davantage la cohésion de la société. Des centaines d’adolescents, d’ascendance subsaharienne, seront traqués et suppliciés, parfois à domicile, puis détenus durant 72 heures. Là aussi, la version officielle concluait à une mort, par arrêt cardiaque, à l’Hôpital national. Or, le personnel médical certifie avoir accueilli, aux urgences, un corps sans vie. Une sombre autopsie, effectuée au Maroc, viendra corroborer le récit tronqué. D’ailleurs et jusqu’à ce jour, le site Facebook de la direction de la sûreté continue d’afficher la thèse de deux accidents, alors même que le Parquet reconnaissait le caractère violent du premier homicide et ordonnait la mise à l’écrou des persécuteurs. A cause du poids de l’impunité et des réflexes grégaires de la médiocratie, la communication des organes en charge du maintien de la paix suit un cours spécifique, que caractérise l’autonomie envers les autres segments de l’Etat. A l’Etat de droit qui s’affiche, s’oppose l’Etat d’exception qui prévaut ; sous la façade des slogans et du zèle factice à signer et ratifier les conventions internationales, veille et se reproduit le monstre familier de la fraude, du double langage et des faux semblants. Le vernis est si mince. Si Janus devait se choisir un passeport, il s’enrôlerait en Mauritanie.
  • A la suite de la révolte devant la récurrence et la banalisation des brutalités racistes, le gouvernement, pris de court, s’empressa de suspendre, pendant quelques jours, l’accès à l’internet. Il s’agit, ici, d’un manquement délibéré à l’intégrité élémentaire de la personne, derrière lequel se profile, toujours, la volonté de réprimer en silence, loin des regards. Pire, lors des protestations à Boghé (sud), Mohamed Lemine Alioune N’Daiye, né en 1996, a été abattu, d’un tir ciblé. Suivant une jurisprudence bien établie en République islamique de Mauritanie, le tireur et le donneur d’ordre demeurent à l’abri de la moindre sanction. Leur identité relève du secret.
Partie du public – Crédit Aïdara
  • Quasiment l’ensemble des démonstrations non-violentes de l’Ira suscitent, de la part des unités antiémeutes, un déchaînement de coups et blessures, d’une intensité disproportionnée. Beaucoup de nos militants gardent les stigmates et les séquelles de la maltraitance ; ils en témoignent sans répit ni exagération, photos et vidéo à l’appui.
  • Les atteintes à la dignité de l’individu et à la jouissance de ses droits civiques, n’ont épargné les députés, tel l’honorable Biram Dah Abeid, plusieurs fois séquestré, maintenu en détention préventive ou condamné des peines relevant du délit d’opinion.
  • La promulgation des normes sur la cybercriminalité ou des restrictions relatives à la préservation des « symboles » rétrécit l’espace, fort exigu des libertés d’expression et d’association. Aussi l’on retiendra, à titre d’illustration, l’extradition – de Dakar – et l’emprisonnement de Youba Siby, un sympathisant de l’Ira, pourtant de nationalité sénégalaise. Jugé en comparution expresse, il écopera de 4 années de réclusion. Le tribunal expéditif lui reprochait des propos de réprobation du racisme et des inégalités de naissance. L’audience se déroulait, en catimini, sans avocat même commis d’office, ni présence de la famille. La pseudo-commission nationale des droits de l’Homme (Cndh), tenta de faire avaliser la régularité de la procédure, par le représentant accrédité à Nouakchott du Haut-commissariat des nations unies.
Samba Thiam lors de son speech, entouré de Kadiata Ba et Abdallahi Abou Diop – Crédita Aïdara
  • En cette fin d’année 2023, les partis les plus représentatifs des peuples autochtones de Mauritanie réclament la participation à la démocratie dont le statu quo les prive. Il convient de souligner, en particulier, le cas des partis Radical pour une action globale (Rag) et Forces progressistes du changement (Fpc).
  • Les populations dominées et discriminées aux motifs inavoués de la couleur, de la langue, de la culture et de la généalogie, ne parviennent à obtenir les pièces d’état-civil biométrique, point d’accès à l’exercice du vote.
  • Les rescapés et les héritiers des milliers de concitoyens déportés ou exécutés, de 1986 à 1991, ne peuvent plus dénoncer, en réunion publique, la loi d’amnistie qui absout les responsables de telles cruautés. Une multitude d’entre eux, réfugiée aux Sénégal et Mali voisins, continue à survivre dans la précarité et la morsure de l’exil. Les ministères en charge du litige et de son règlement leur refusent le rapatriement organisé. Apatrides, de parents en progéniture, ils écument des contrées hostiles, en quête de gîte et de couvert. Quiconque s’insurge ou proclame sa solidarité avec eux se retrouve suspecté de racisme. En Mauritanie, le raciste n’est jamais le tueur.
  • Malgré la disponibilité rhétorique du pouvoir à protéger, les femmes et les filles, contre les excès séculaires du patriarcat, l’habitude de la duplicité face aux partenaires extérieurs, rappelle cette manie de la dictature des militaires, qui consiste à servir un discours et son contraire, selon la capacité financière de l’interlocuteur. Mieux encore, le projet de texte, passé sous la censure du Haut-conseil de la fatwa et des recours gracieux, s’est perdu dans les méandres de la bureaucratie. La fameuse instance de contrôle de conformité religieuse se place au-dessus du Conseil constitutionnel et des titulaires de la souveraineté populaire. Ironie du sort, ses membres ne sont pas élus. Enfin, depuis des semaines, le Parlement, quoique sous influence des cercles obscurantistes, attend la première lecture du document.
Présence massive des femmes – Crédit Aïdara
  • Comble de l’horreur, l’article 306 du code pénal, dans sa mouture de 2018, étend la liquidation physique à des infractions morales, comme le refus de prier, le blasphème, et l’apostasie. Quand il supprime la faculté du repentir, il fait, de la Mauritanie, le seul pays d’Afrique dont le dispositif légal consacre l’imitation de Daesh ; bien plus que l’Arabie saoudite, l’Afghanistan, l’Iran, Brunei et les Maldives, réunis, nous nous sommes piégés, en toute préméditation. Certes, l’Etat n’applique les prescriptions ainsi revendiquées mais, en les maintenant dans le corpus des lois, il accorde, aux apprentis illuminés de demain, un formidable outil de sauvagerie et de sexisme. « Gouverner, c’est prévoir et ne rien prévoir c’est courir à sa perte », avertissait, dès 1852, le journaliste français Emile Girardin…

                                                                                                    Nouakchott, le 10 décembre 2023


Loi Karama en Mauritanie : le mouvement « Femmes Leader » entre urgence législative et controverses religieuses

En marge des préparatifs de la célébration de la fête nationale de l’Indépendance le 28 novembre 2023, diverses manifestations ont éclaté à travers la Mauritanie. À Nouakchott, le mouvement Femmes Leader, regroupant des députées et militantes de la société civile, a pris part à une marche pour soutenir le projet de loi ‘Al Karama’ contre les violences envers les femmes, actuellement bloqué à l’Assemblée Nationale.

Des militantes lors de la marche du 28 novembre 2023 pour l’adoption de la loi contre les violences faites aux femmes.
Crédit Aidara

En Mauritanie, près de 70% des femmes sont confrontées à une forme de violence (physique, sexuelle, psychologique, économique). Cette alarmante réalité renforce la conviction des Femmes Leaders pour le Développement en Mauritanie (FLDM) selon laquelle le vote de la loi KARAMA est une urgence cruciale pour protéger les femmes et les filles mauritaniennes contre les différentes formes de violence, notamment les violences domestiques, les viols et les discriminations multiples qui sont leur quotidien depuis des décennies.

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Karama : une loi urgente

Drapées de voiles et de boubous aux couleurs rouge vif et orange, les femmes membres du FLDM ont brandi des pancartes où étaient inscrits des slogans en arabe et en français dénonçant la violence faite aux femmes et aux filles qu’elles considèrent comme le comble de l’humiliation. Sur d’autres pancartes, on peut lire « pour briser le silence des femmes victimes de violence, appuyons la loi Karama ». Ou encore, « Marchons pour un avenir sans violence avec la loi Karama ».

Ces messages poignants trouvent leur résonance dans la triste réalité où une grande partie des femmes mauritaniennes sont confrontées à des violences au quotidien. Ils s’inscrivent dans un combat qui vise à débloquer (au niveau du parlement mauritanien) l’une des lois les plus combattues par les groupes radicaux religieux. Ces groupes sont appuyés par certaines voix qui sont encore réfractaires à toute révolution contre le caractère machiste d’une grande partie de la société mauritanienne.

Des militantes lors de la marche du 28 novembre 2023 pour l’adoption de la loi contre les violences faites aux femmes.
Crédit Aidara

Controverse et opposition religieuse

L’ampleur du phénomène des violences sexuelles n’est lui pas bien connu, cette forme de violence étant encore souvent considérée par la population comme une affaire privée ! Peu de victimes osent porter plainte, par peur d’être stigmatisées, rejetées, punies, d’autant plus que la loi mauritanienne reste encore floue en ce qui concerne la pénalisation des violences basées sur le genre. La législation mauritanienne ne reconnaît toujours pas le viol marital.

Il faut rappeler que la loi sur les violences contre les femmes continue de faire l’objet de controverses en Mauritanie. La presse internationale s’est saisie de la question, comme les médias mauritaniens. Le 2 octobre 2023, à Nouakchott, plusieurs citoyens, imams et prédicateurs avaient profité de la rentrée parlementaire pour manifester devant le Parlement contre le projet de loi. Ces hommes soutiennent que les versions du texte sont contraires à l’Islam. L’État mauritanien, mais aussi les hautes instances religieuses du pays, avaient pourtant démenti ces allégations.

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Mauritanie : controverse autour d’un projet de loi contre les violences faites aux femmes

Appel à l’engagement masculin

La présidente de l’association, Mme Anna Aidara, considère que le combat pour l’éradication de toute forme de violence à l’égard des femmes est un combat qui ne doit pas mobiliser seulement les femmes. Selon elle, les hommes ont aussi le devoir de porter ce combat pour bannir toute forme de violence commise à l’encontre de cette frange. « Défendre cette cause qui fait partie des droits humains, c’est défendre aussi nos mères, nos sœurs, nos nièces et leur reconnaître le droit à la dignité » a-t-elle ajouté.

La société civile mauritanienne continue ainsi d’exiger l’adoption de la loi « Al Karama » et la marche organisée par les femmes leaders à la veille du 28 novembre en est une parfaite illustration.

Cheikh Aîdara